Cannes 2019 : Qui est Diao Yinan ?

Posté par MpM, le 18 mai 2019

Depuis ses débuts derrière une caméra, Diao Yinan fait sensation, cumulant deux sélections cannoises et un Ours d’or à Berlin en quatre longs métrages. C’est pourtant en tant qu’acteur et scénariste qu’il a fait ses premiers pas, et le public occidental l’a notamment découvert à l’affiche du film d’anticipation politique All tomorrow’s parties de Yu Lik Wai, sélectionné en section Un Certain Regard à Cannes en 2003.

Issu d’un milieu simple mais cultivé (son père est rédacteur dans un magazine culturel, sa mère est actrice), il s’oriente vers l'Académie de Pékin et l'écriture théâtrale. Après une dizaine d’années en tant qu’acteur et scénariste, il passe à la réalisation de son premier long métrage, Uniforme (2003), dont l’un des conseillers artistiques n’est autre que son compatriote Jia Zhang-ke. Le film met en scène un jeune homme à l’avenir complètement bouché, qui découvre l’ivresse du pouvoir en endossant l’uniforme de policier qu’il a trouvé. Sélectionné au Festival de Vancouver, puis à celui de Rotterdam, il remporte plusieurs récompenses dont le prix Dragons and Tigers et le prix NETPAC.

C’est ensuite la reconnaissance cannoise avec Train de nuit à Un Certain Regard (2007). Le film raconte la rencontre amoureuse entre une femme huissier de justice et le mari de la détenue condamnée à mort dont elle a la charge. A la fois portrait d’une femme chinoise, "opprimée par sa solitude, épiée par ses voisins et témoins des atrocités du système " comme nous l'écrivions alors, et dénonciation d’une "société chinoise écrasante, niant l’individu".

Sept ans plus tard, Diao Yinan remporte l’Ours d’or avec Black coal, Thin Ice, un polar poisseux et désenchanté aux accents romantiques mêlés de cynisme. Sur fond d’enquête pour découvrir qui a tué et démembré un employé d’une carrière minière, le cinéaste brosse à nouveau le portrait d’un pays au bord de l’explosion, dans lequel il n’est plus possible que de survivre difficilement. La violence individuelle, filmée sans fard, apparaît comme le reflet d’une violence collective plus insidieuse, basée notamment sur l’argent et la puissance qu’il confère à ceux qui en sont pourvus.

En 2014, il expliquait dans un entretien au Figaro : "Ma critique de la société passe par l'intrigue policière parce qu'elle permet d'exprimer deux thèmes qui m'importent: la violence et la solitude. La violence m'effraie, et plus j'en ai peur, plus j'ai envie de l'exprimer à l'écran, en lui donnant une dimension esthétique ou satirique. Parce que l'écart entre riches et pauvres crée beaucoup de situations et d'événements absurdes dans la société chinoise."

Contre toute attente, Black Coal connaît un succès populaire en Chine, et c’est auréolé de ce double plébiscite que le cinéaste chinois revient cette année avec son 4e long métrage, Le lac aux oies sauvages, propulsé pour la première fois en compétition à Cannes. Il s’agit à nouveau d’un polar qui réunit au cœur d’une chasse à l’homme "un chef de gang en quête de rédemption" et "une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté". Un programme qui pourrait bien accélérer la rapide ascension de Diao Yinan dans le club fermé des cinéastes chinois de tout premier plan.

Marché du film : Rachel McAdams retrouve Will Ferrell pour un « Eurovision » sur Netflix

Posté par wyzman, le 18 mai 2019

Quinze ans après le succès de Serial noceurs, Rachel McAdams serait en négociation avec Netflix pour retrouver le réalisateur de la comédie, David Dobkin, et sa co-star Will Ferrell. Si l’on en croit les informations de Deadline, Eurovision devrait se dérouler pendant le concours de chant international du même nom et permettre aux deux acteurs de nous montrer une fois de plus l’étendue de leur talent comique.

Ecrit par Will Ferrell et Andrew Steel, Eurovision sera produit par Jessica Elbaum, Chris Henchy de Gary Sanchez. Adam McKay est d’ores et déjà annoncé comme producteur exécutif.

Pour rappel, Rachel McAdams a récemment brillé dans Passion de Brian de Palma, Spotlight de Thomas McCarthy et Désobéissance de Sebastian Lelio. De son côté, Will Ferrell était il y a peu l'une des stars de Zoolander 2 de Ben Stiller et Holmes & Watson d'Etan Cohen.

Cannes 2019: Il était une fois… Claude Lelouch, Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant

Posté par vincy, le 18 mai 2019

En 1966, un jeune homme réalisait une romance à Deauville. Un homme et une femme obtient la Palme d’or en mai, puis les Oscars du meilleur film étranger et du meilleur scénario, trois Golden Globes (film étranger, réalisateur et actrice). Claude Lelouch ne recevra plus jamais une telle ovation. Les César le boude et il vient souvent à Cannes hors-compétition. Il y revient cette année d'ailleurs avec un film lié à sa Palme.

Le film a un retentissement considérable, qui lance enfin la carrière du cinéaste obstiné, après dix films qui ont terminé leur course par un échec, quand ils sont achevés ou sortis en salles. Un homme et une femme reste le plus succès du réalisateur (4,3 millions d’entrées en France).

Les chabadabadas de Nicole Croisille sur la musique de Francis Lai ont contribué à lui faire traverser le temps. Le film pose les bases du cinéma romanesque et romantique de Lelouch, qui a alors presque 30 ans, avec une caméra très mobile, des tourbillons qui encerclent la relation homme-femme, un amour absolu et libre, des dialogues ou monologues percutants.

Anouk Aimée est déjà une star. Elle tourne depuis 20 ans, à l’étranger et en France, pour André Cayatte, Henri Decoin, Julien Duvivier, Jacques Becker, Georges Franju, Jean-Pierre Mocky… Depuis quelques années, elle est au générique de grandes œuvres comme La dolce vita (autre Palme d’or) et Huit et demi de Federico Fellini, Lola de Jacques Demy, Le jugement dernier de Vittorio De Sica, Sodome et Gomorrhe de Robert Aldrich et Sergio Leone, Il successo de Dino Risi.

Jean-Louis Trintignant tourne depuis dix ans et brûle les planches, notamment avec Jean Vilar et Claude Régy depuis 16 ans. Roger Vadim le révèle en 1956 dans Et Dieu créa la femme, même s’il est éclipsé par l’explosion de Brigitte Bardot. Il recroise Vadim pour Les Liaisons dangereuses puis tourne avec Abel Gance, Georges Franju, Robert Hossein, Dino Risi (Le fanfaron), Alain Cavalier… Film après film, il devient l’une des vedettes du cinéma européen de l’époque, dans Mata Hari, Compartiments tueurs, Merveilleuse Angélique.

Deux acteurs qui auront un prix d'interprétation à Cannes

Jamais césarisée, Anouk Aimée a remporté le prix d’interprétation féminine en 1980 (Le saut dans le vide). Césarisé sur le tard, pour Amour, autre Palme d’or à l’actif de l’acteur, Jean-Louis Trintignant sera sacré en 1969 avec un prix d’interprétation masculine pour Z.

En 1986, il filme Un homme et une femme : vingt ans déjà. Les amants, qui se sont perdus de vus se retrouvent. Le film est présenté à Cannes mais fait un flop dans les salles avec 470000 spectateurs. Cinq ans plus tard, le duo fait une infidélité à Lelouch en jouant sur sc§ne Love Letters.

Il revient cette année, toujours hors-compétition pour la fin d’une trilogie improvisée. Les plus belles années d’une vie est une fois de plus l’histoire de Jean-Louis et Anne, 52 ans après leur coup de foudre. Cette fois-ci on croise Marianne Denicourt, Souad Amidou et Monica Bellucci. L’histoire, aussi belle soit-elle, aura donc une fin. Ce pourrait aussi être le dernier film d’Anouk Aimée (87 ans) et de Jean-Louis Trintignant (88 ans), qui avait décidé d’arrêter sa carrière.

Le film sort le 22 mai dans les salles.

Cannes 2019 : 12 films d’animation qui ont marqué le festival

Posté par MpM, le 18 mai 2019

Concernant l'animation sur la Croisette, comme l'expliquait Mickaël Marin, directeur du festival d'Annecy dans notre dossier sur la place de Cannes, voir le verre à moitié vide ou à moitié plein est une question de perspective. Par le passé, le cinéma d'animation a pu parfois sembler un peu oublié, voire exclu. Pourtant, il a toujours eu sa place sur la croisette, ne serait-ce que dans les sélections de court métrage. Dix-huit courts animés ont ainsi gagné une Palme d'or, de Blinkity Blank de Norman Mc Laren (1955) à La traversée de l'Atlantique à la rame de Jean-François Laguionie (1978), en passant par Balablok de Bretislav Pojar (1973) ou Fioritures de Gary Bardine (1988).

Depuis plusieurs années, une nouvelle dynamique semble également s'être mise en place pour le long métrage d'animation, qui a eu les honneurs de l'ouverture de la sélection officielle, de la compétition et bien sûr de Cannes Classics ou des sections parallèles. Les films présentés cette année sont au nombre de quatre : La fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti (Un Certain Regard), Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec  (Un Certain Regard), J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (Semaine de la Critique) et Le serpent blanc de Taiji Yabushita (Cannes Classic).

Par ailleurs, dans son souhait de renforcer la présence de l’animation sur la Croisette, le Marché du Film de Cannes a décidé de s'associer avec Annecy pour créer Animation Day, une journée entière dédiée à l'animation, dans laquelle s'intègre désormais l'événement "Annecy goes to Cannes" lancé en 2016. Ce dimanche 19 mai, le cinéma d'animation sera donc à la fête avec la présentation de cinq long métrages en work in progress qui auront ainsi l'opportunité de se faire connaitre par les nombreux professionnels réunis à Cannes (distributeurs, investisseurs, agents de vente). Les heureux élus sont : Dragonkeeper de Ignacio Ferreras et Jian-Ping Li, Archipel de Félix Dufour-Laperrière, Samsam de Tanguy de Kermel, Bob Crache – Nous n’aimons pas les gens de Cesar Cabral et Yakari de Xavier Giacometti. Suivra ensuite une table ronde autour de l'animation adulte : Quelles stratégies jusqu’à la salle pour les longs métrages d’animation "adultes" ?

A l'occasion de cette journée consacrée à l'animation, retour sur douze longs métrages animés qui ont marqué le Festival de Cannes.

Peter Pan de Clyde Geronimi, Hamilton Luske et Wilfried Jackson


Walt Disney lui-même accompagna Peter Pan sur la Croisette en 1953. Présenté en compétition, le film est le 18e long métrage d'animation des studios Disney. Adapté de la pièce de J. M. Barrie créée en 1904, il raconte le voyage au Pays imaginaire de Wendy, Michel et Jean, trois enfants guidés dans cet univers fantastique par Peter Pan et la fée Clochette. Ils y rencontrent le terrible Capitaine Crochet, mais aussi les garçons perdus, et vivent toutes sortes d'aventures extraordinaires. Considéré par beaucoup comme l'un des chefs d'oeuvre des studios, c'est incontestablement l'un des grands classiques du cinéma d'animation familial.

La planète sauvage de René Laloux


Présenté en compétition en 1973, La planète sauvage est le premier long métrage de René Laloux, adaptation (libre) du roman Oms en série de Stefan Wul, co-écrit avec Roland Topor, dont les dessins ont servi de bases pour la fabrication des images. Sur la planète Ygam, les Draags, une espèce d'humanoïdes bleus aux yeux rouges mesurant douze mètres de haut, pourchassent et exterminent une autre espèce, les Oms, perçus au mieux comme des animaux de compagnie, au pire comme des créatures nuisibles. Dans un univers surréaliste, tantôt onirique, tantôt cauchemardesque, cette planète pleine de surprises nous tend un miroir souvent dérangeant, et nous interroge sur nos propres pratiques face aux espèces que nous ne jugeons pas aussi évoluées que nous. Le film, envoûtant et curieux, fut l'un des tout premiers longs métrages d'animation destiné à un public adulte. Malicieuse fable écologique avant l'heure, il fit grande impression à Cannes et repartit auréolé d'un prix spécial du jury présidé par Ingrid Bergman.

Shrek d'Andrew Adamson et Vicky Jenson


On l'oublie parfois, mais Shrek, l'ogre vert et bougon de Dreamworks a été en compétition à Cannes. Deux fois, même, en 2001 et avec son deuxième volet en 2004. On ne présente plus ce personnage misanthrope qui voit son beau marais boueux envahi par des créatures de conte de fées qui ont été expulsées de leur royaume par le tyrannique Lord Farquaad. Irrévérencieux, hilarant et irrésistible, le film se moque de Disney, dynamite les contes de notre enfance, et détourne tous les codes du genre. Un pur divertissement qui a enchanté par deux fois les spectateurs du Théâtre Lumière.

Innocence : Ghost in the shell de Mamoru Oshii


Suite du film culte Ghost in the shell sorti en 1995 (et adapté du manga du même nom de Shirow Masamune), Innocence a eu les honneurs de la compétition en 2004, soit en même temps que le 2e volet de Shrek. Une situation qui ne s'est pas reproduite depuis, et dont on se demande parfois si elle est encore possible. Toujours est-il qu'inviter le cinéma complexe et visuellement éblouissant de Mamoru Oshii dans la course à la palme d'or fut à l'époque une manière élégante de mettre sur un pied d'égalité prise de vue réelle et animation, et surtout de rendre hommage à la beauté de l'animation japonaise d'anticipation. Innocence, véritable réflexion sur l'Humanité et son avenir, est l'une des incursions les plus marquantes du Cyberpunk sur le tapis rouge cannois.

Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud


Adapté des romans graphiques de Marjane Satrapi, Persépolis est une plongée dans l'Iran de la fin des années 70. Avec humour et justesse, la dessinatrice-réalisatrice y raconte son enfance puis son adolescence à Téhéran, avant, pendant et après la Révolution. Dans un style graphique très dépouillé, tout en noir et blanc, fort d'un casting voix impressionnant (Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Chiara Mastroianni), le film repartira de la compétition cannoise 2007 avec un prix du jury, et rencontrera un énorme succès critique et public. Douze ans plus tard, il reste un exemple à suivre, voire un eldorado inatteignable, pour le long métrage d'animation pour adultes.

Valse avec Bashir de Ari Folman


En 2008, les festivaliers médusés découvrent un film mi-documentaire, mi-fiction, qui s'inspire de témoignages réels et d'un montage de 90 minutes d'images tournées en vidéo. Il aborde l'histoire personnelle du réalisateur qui a participé à l'opération israélienne au Liban "Paix en Galilée" pendant son service militaire. Peu à peu, des souvenirs de son implication dans le massacre de Sabra et Chatila remontent à la surface... Valse avec Bashir marque ainsi un jalon dans l'histoire du cinéma d'animation, à la fois parce qu'il est l'un des premiers documentaires animés découverts par le grand public, mais aussi par son sujet, et par son retentissement.

La tortue rouge de Michael Dudok de Wit


Première collaboration des studios Ghibli avec une production européenne animée, La Tortue rouge est un conte minimaliste sans dialogue, au dessin épuré, qui raconte l'existence d'un naufragé sur une île déserte. Présenté à Un Certain regard en 2016, c'est une parabole poétique, parfois un peu trop "mignonne", mais aux accents charmants, qui séduit par ses couleurs pastels chaudes et la simplicité de son récit.

Ma vie de courgette de Claude Barras


Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs en 2016, Ma vie de courgette est l'adaptation en stop-motion, avec des marionnettes, du roman Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris. Un drôle de film tendre et joyeux malgré son sujet, la vie d'un petit garçon qui se retrouve placé dans un foyer pour enfants après la mort accidentelle de sa mère. Entre complicité et mélancolie, amitié et résilience, le récit parvient à nous émouvoir tout en nous faisant rire, quand ce n'est pas l'inverse. Toujours avec une forme de simplicité qui permet d'aborder les sujets les plus graves sans jamais perdre le jeune public.

La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach


2016 fut définitivement une grande année d'animation sur la Croisette, puisqu'on y découvrait aussi le premier long métrage de Sébastien Laudenbach, connu pour ses courts. Réalisé dans une grande économie de moyens, avec une animation esquissée qui assume d'être inachevée, le film qui fit l'ouverture de l'ACID est adapté d'un conte de Grimm, dans lequel un meunier vend son plus bel arbre ainsi que sa fille au diable en échange d'une richesse éternelle. Vendue et mutilée, la jeune fille s'enfuit, s'émancipe des hommes, et commence ainsi un parcours initiatique destiné à la libérer de toutes ses entraves. Un conte à la fois édifiant, poétique et follement libre, dans son propos, sa tonalité et son esthétique.

Là-haut de Pete Docter et Bob Peterson


En 2009, c'est un film d'animation en 3D qui faisait l'ouverture du festival. Là-haut, issu des studios Pixar, est un merveilleux récit d'aventures et de transmission qui nous emmène de la tristesse d'un maison de retraite à la jungle amazonienne en Amérique du Sud. On y suit Karl, un vieil homme de 78 ans bougon et solitaire, s'envoler littéralement pour le voyage de sa vie, emmenant sans le savoir Russell, un scout de neuf ans. Evidemment, ces deux-là devront apprendre à se connaître et à s'apprécier, tout en déjouant les plans machiavéliques d'un autre explorateur. Gai, irrévérencieux et profondément humain, c'est probablement l'un des rares films d'ouverture cannois à avoir allié aussi brillamment le pur divertissement et le cinéma d'auteur.

Vice-versa de Pete Docter, Ronaldo Del Carmen


En 2015, Cannes présente Vice-Versa en séance hors compétition... et s'entend dire par certains journalistes facétieux qu'il s'agit du meilleur film du festival et qu'il méritait la Palme. Et pourquoi le dernier-né des studios Pixar n'aurait-il pas mérité une place en compétition ? Drôle et malin, divertissant et fantasque, et surtout singulier et audacieux, il met en effet en scène un "quartier général" qui régit les humeurs et les réactions de la petite Riley, 11 ans. Formé par cinq émotions complémentaires (la colère, la peur, la joie, le dégoût et la tristesse), ce centre de contrôle aide la fillette à mener une vie heureuse et paisible, jusqu'au jour où Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de sa mémoire... plongeant le spectateur dans une longue suite d'aventures cocasses, entre pur divertissement et tentation psychologique d'analyser nos comportements par le biais d'un trop plein d'émotions.

Teheran tabou d'Ali Soozandeh


En compétition à la Semaine de la Critique en 2017, ce premier long métrage du réalisateur d'origine iranienne Ali Soozandeh confirme la propension du cinéma d'animation à s'emparer de questions politiques ou sociales sensibles, voire taboues, en mettant en scène trois femmes et un jeune musicien dans la ville de Téhéran. Tous les quatre cherchent à leur manière un moyen de s'émanciper d'une société iranienne corsetée par la morale et gangrenée par l'hypocrisie. Utilisant le procédé de la rotoscopie, qui consiste à filmer des acteurs, puis à les redessiner et à les intégrer dans des décors peints, le réalisateur propose un pamphlet politique virulent et d'une extrême noirceur, qui trouve parfois ses limites, mais n'en demeure pas moins un portrait saisissant et singulier de l'Iran contemporain.

Cannes 2019 : Qui est Maud Wyler ?

Posté par MpM, le 18 mai 2019

Maud Wyler a eu très tôt, à cinq ans, la vocation de comédienne. En grandissant, elle apparaît donc dans quelques spots publicitaires et conserve intact son désir de jouer. En 2005, elle intègre ainsi le Studio-théâtre d’Asnières, avant de rejoindre le Conservatoire national supérieur d’Art dramatique dont elle sortira en 2008. On la voit beaucoup au théâtre, notamment dans Mademoiselle Julie de Strindberg, ou Cyrano de Bergerac d'après Edmond Rostand, et dans quelques courts métrages signés Agathe Riedinger ou Jean-Baptiste Saurel.

Son premier long métrage, Vertige d’Abel Ferry, est un film d’horreur en pleine montagne, aux côtés de Johan Libéreau et Fanny Valette. Suivent La brindille d’Emmanuelle Millet (avec Christa Théret) et Louise Wimmer de Cyril Mennegun, dans lequel elle incarne la fille du personnage principal, puis La mer à boire de Jacques Maillot et Low Life de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval (2012).

C’est justement en la voyant dans Louise Wimmer et Low life que le réalisateur Sébastien Betbeder la remarque et lui confie le rôle féminin principal de Deux automnes, trois hivers dans lequel son talent dans le domaine du drame comme de la comédie ne laisse plus aucun doute. On aime sa fausse fragilité, sa fantaisie à fleur de peau, son regard profond et intrigant.

On la revoit alors régulièrement sur grand écran, chez Benoit Jacquot (Journal d’une femme de chambre, 2015), Laurent Tuel (Le Combat ordinaire, 2015), Nobuhiro Suwa (Le Lion est mort ce soir, 2017), Fabrice Gobert (K.O., 2017)... En parallèle, elle continue sa carrière au théâtre (en 2017 elle est dans Notre Faust, saison 2 de Robert Cantarella au Théâtre des Amandiers). Le cinéma a de plus en plus de mal de se passer d’elle, et rien qu’en ce début d’année, on l’aura vue dans L’ordre des médecins de David Roux, où elle est la sœur de Jérémie Rénier, et dans La Lutte des classes, toujours à l'affiche, où elle joue une avocate jalouse de sa consœur Leïla Bekhti. Prochainement, elle sera même Marie-Antoinette pour la télévision (Ils ont jugé la Reine d’Alain Brunard).

Mais d’ici là, on a le bonheur de la retrouver deux fois à Cannes, deux fois à la Quinzaine des réalisateurs. Tout d’abord dans Alice et le Maire de Nicolas Pariser, dans lequel elle incarne une artiste torturée, obsédée par la fin du monde. Un rôle à la fois dramatique et comique, entre lucidité terrible sur le temps, et folie lunaire. Mais elle sera surtout le personnage féminin principal dans Perdrix d’Erwan Le Duc, le premier long métrage du réalisateur.

Leur première collaboration remonte en 2013, pour le court métrage Jamais, Jamais. Ils se sont ensuite retrouvés pour Miaou miaou fourrure (2015) et Le Soldat vierge (présenté à la Semaine de la Critique en 2016). Dans Perdrix, la comédienne est l’insaisissable Juliette Webb qui chamboule l’existence trop rangée de Pierre Perdrix (Swann Arlaud) et de sa famille (Fanny Ardant, Nicolas Maury). On l’imagine parfaite en tornade incontrôlable, drôle et légère, en diapason avec l’univers singulier d’Erwan Le Duc.

On aurait envie d’écrire que le cinéma ne confie pas assez de rôles à Maud Wyler, mais ce serait nier le désir de la comédienne de construire les choses sur la longueur, en s’offrant la liberté de choisir soigneusement ses personnages. Rare, peut-être, bien que cela soit de moins en moins vrai, mais au fond plus présente, plus singulière, plus intense.

Cannes 2019 : La star du jour… Pedro Almódovar

Posté par wyzman, le 17 mai 2019

A 69 ans, Pedro Almódovar est un habitué de la Croisette. En effet, le réalisateur, scénariste et producteur espagnol fait partie de ceux dont la présence sur les marches n’a plus rien d’une surprise puisqu’il totalise sept sélections officielles.

Membre du jury présidé par Gérard Depardieu en 1992, il n’a pourtant reçu sa première sélection qu’en 1999 avec Tout sur ma mère. Malgré les César et Oscar du meilleur film étranger qui viendront quelques mois plus tard, Pedro Almódovar n’aura raflé à Cannes que le Prix de la mise en scène cette année-là. Viennent ensuite La Mauvaise éducation (2004), Volver (2006, Prix d’interprétation collectif et Prix du scénario), Étreintes brisées (2009), La Piel que habito (2011, Prix Vulcain pour le directeur de photographie José Luis Alcain et Prix de la jeunesse) et Julietta (2016).

Après avoir été président du jury en 2017, Pedro Almódovar nous revient cette année avec Douleur et gloire, l’histoire d’un réalisateur (Antonio Banderas) qui, en croisant différentes personnes de son passé, est confronté à une introspection sur son existence et sa propre panne de création. Sans doute l'un de ses plus beaux films...

Cannes 2019 : Qui est Antxon Gomez ?

Posté par vincy, le 17 mai 2019

Il y a la mise en scène, le scénario, les comédiens et la musique. Douleur et Gloire frappe aussi le spectateur avec son esthétique. Le style de Pedro Almodovar est sans aucun doute sublimé par le design – décors et objets. Et ce nouveau film du maître espagnol, en compétition cette année à Cannes, n’y déroge pas. Derrière cette splendeur visuelle, il y a Antxon Gomez, basque né en 1952.

Le directeur artistique a obtenu un Goya avec un film présenté en compétition à Cannes, Che de Steven Soderbergh. Pourtant c’est bien sa collaboration avec Pedro Almodovar qui en fait une star du métier. Ils travaillent ensemble depuis Carne Trémula (En chair et en os), en 1997. Autrement dit, c’est à lui qu’on doit la direction artistique de Tout sur ma mère, Parle avec elle, La mauvaise éducation, Etreintes brisées, La piel que habito, Les amants passagers et Julietta, la plupart présentés à Cannes.

Etudiant en chimie, militant communiste durant sa jeunesse, collectionneur  de nature, est arrivé tardivement au cinéma, par l’entremise de Bigas Luna (Macho aka Huevas de oro), en 1993. Cela faisait près de 15 ans qu’il travaillait dans la publicité à Barcelone. Il est décorateur pour des lieux de fête en pleine movida, et pour plus de six cent films publicitaires.

Au cinéma, il apporte sa touche personnelle à Gaudi Afternoon de Susan Seidelman, Chuecatown de Juan Flahn, Le moine de Dominik Moll, Salvador de Manuel Huerga, Tuya Siempre de Manuel Lambadero ou même au documentaire Messi d’Alex de la Iglesia.

Mais il avouait il y a quelques années au Monde : « Je n'aime rien tant que travailler avec Pedro car il accorde beaucoup d'importance aux décors. » De la couleur du carrelage aux sets de table, d’objets qu’il dessine lui-même à des tableaux qu’il collectionne, il s’amuse comme un enfant. Dans Douleur et gloire, on admirera la vaisselle, les azulejos, les portes coulissantes ou encore toutes ces fausses affiches de cinéma savoureuses. C’est pop et moderne, bordélique et pourtant cohérent. Du turquoise séduisant au rouge obligatoire, on a rapidement envie de vivre dans ses lieux imaginés pour le cinéma.

Cannes 2019 : Il était une fois… Taron Egerton, Jamie Bell et Richard Madden

Posté par wyzman, le 17 mai 2019

Annoncé depuis 2012 par Elton John himself, le biopic Rocketman a longtemps fait rêver les bookmakers. Justin Timberlake puis Tom Hardy en Elton John, Lee Hall à l’écriture et Michael Gracey à la réalisation. Mais en 2017, au moment de racheter les droits de distribution – et dans l’ombre du biopic de Queen Bohemian Rhapsody –, Paramount Pictures s’offre quelques libertés. Plus coloré que jamais, le biopic devient une comédie musicale à la limite du fantastique et débarque dans la vie de trois acteurs britanniques prêts à toucher les étoiles.

Taron Egerton (29 ans) est une star depuis 2015. En incarnant le rebelle Eggsy dans Kingsman, il réconcilie le public avec les comédies d’espionnage so british et est bien décidé à ne pas s’arrêter là. Avant une suite un peu moins originale sortie en 2017, il fait la rencontre de l’acteur devenu réalisateur Dexter Fletcher sur le tournage d’Eddie the Eagle. Ce biopic tourné comme une comédie britannique rend hommage au skieur Michael « Eddie » Edwards et permet au jeune homme de prouver qu’il n’est pas qu’un acteur. C’est un interprète. Rocketman est son ticket pour les plus grandes cérémonies de remises de prix américaines.

Jamie Bell (33 ans) est une icône depuis qu’il a 14 ans. Grâce à Billy Elliot, qui avait été l'une des sensations sur la Croisette en étant sélectionné par la Quinzaine, il accède à une notoriété instantanée et durable. Pourtant la décennie 2000 ne lui est pas des plus favorables. Malgré des rôles conséquents dans King Kong de Peter Jackson, Mémoires de nos pères de Clint Eastwood et Jumper de Doug Liman, il ne brille pas autant . Il faudra attendre Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne pour que le monde prenne conscience de son potentiel. Depuis, on l’a vu chez Bong Joon-ho (Snowpiercer), Lars von Trier (Nymphomaniac) et le moins mémorable Josh Trank (Les 4 Fantastiques). Rocketman doit le remettre dans les petits papiers des organisateurs des BAFTA.

Richard Madden (32 ans) est depuis 2011 “le mec de Game Of Thrones”. Un titre peu flatteur et qui lui colle à la peau bien que son personnage ait disparu de la série en 2013. Outre des apparitions notables dans Cendrillon de Kenneth Branagh, Bastille Day de James Watkins et Ibiza d’Alex Richanbach, c’est la série de la BBC Bodyguard à l’automne dernier qui le place en tête de liste pour succéder à Daniel Craig dans le rôle de James Bond. Carton d’audience outre-Atlantique (11 millions de curieux pour le final), le thriller politique le transforme en héros national. Après ce succès et celui à venir de Rocketman, il espère ne plus avoir à se demander quand il retrouvera du travail.

Autant dire que les trois comédiens britanniques sont parmi les plus hots du moment et devraient créer quelques émeutes sur le tapis rouge. Au son de "I'm still Standing".

Marché du film : Jamie Bell devient un soldat britannique dans Dynamite Room

Posté par wyzman, le 17 mai 2019

D’après les informations de Deadline, Jamie Bell prépare activement l’après-Rocketman. En effet, après Skin, Film Stars Don’t Lie et donc Rocketman, qui est présenté aujourd'hui à Cannes, l’acteur de 33 ans s’apprête à incarner un soldat britannique qui, durant l’été 1940, protège de manière très particulière Lydia, une fillette de 12 ans dont il sait beaucoup de choses.

Basé sur le roman de Jason Hewitt, Dynamite Room sera écrit par le dramaturge EV Crowe dont la première pièce Kin a reçu les honneurs de l’Evening Standard. Le film sera réalisé par Olly Blackburn (Victoria) et produit par Ivana MacKinnon (Jersey Affair) et Oliver Roskill (Under the Shadow).

Présenté au marché du film cannois, Dynamite Room devrait y trouver ses distributeurs à l'international.

Cannes 2019 : Qui est Jérémy Clapin ?

Posté par MpM, le 17 mai 2019

Voilà déjà quinze ans que Jérémy Clapin construit sur grand écran une œuvre singulière et atypique dont les récits mettent souvent en scène des êtres à part, des personnages "différents". Cet ancien étudiant aux Arts décos a lui-même un profil inhabituel, ne serait-ce que parce qu’il a été professeur de tennis à mi-temps pendant et à l’issue de ses études, pour s’assurer une certaine liberté. Il a aussi choisi de ne pas compléter sa formation par une école spécialisée en animation, et de ne pas non plus réaliser de film de fin d’études.

C’est grâce au festival d’Annecy, et plus précisément de ses différentes sélections de courts métrages qu’il découvre la richesse et la diversité du cinéma d’animation, mais aussi les multiples manières de raconter une histoire. "Ça m’a marqué", expliquait-il en 2009 au magazine Format Court. "J’aimais beaucoup le dessin, j’avais aussi envie de raconter des histoires, tout seul."

C’est pourquoi il n’hésite pas lorsqu'on lui propose de réaliser son premier court métrage trois ans après avoir fini les Arts décos. Ce sera Une histoire vertébrale, l’histoire d’un homme qui a la tête basculée vers l’avant, le regard rivé au sol, et qui cherche l’amour. Un récit simple, muet, aux teintes plutôt ternes et sombres, qui mélange avec brio une forme d’humour décalé et une profonde mélancolie.

Quatre ans plus tard, il réalise Skhizein, qui est sélectionné à la Semaine de la Critique. Cette fois, le personnage central est Henri, un homme frappé de plein fouet par une météorite de 150 tonnes. Il raconte en voix off comment ce choc l’a décalé d'exactement 91 centimètres par rapport à là où il devrait être. Là encore, on est face à un récit singulier qui hésite entre le rire et le malaise, la légèreté et la chape de plomb de la maladie mentale. Esthétiquement, la palette graphique reste extrêmement désaturée, dans des camaïeux de noir, de gris et de beige. Le film est nommé au César du meilleur court métrage et reçoit de nombreux prix internationaux.

En parallèle, le réalisateur continue de travailler dans l’illustration, et signe quelques films publicitaires, dont l’amusant Good vibration pour les assurances Liberty Mutual en 2009, dans lequel des employés de bureau s’amusent des différentes chutes provoquées par les vibrations d’un marteau-piqueur sur un chantier.

En 2012, il propose un nouveau court métrage, Palmipedarium, qui connaît lui aussi un beau succès en festival. On y voit un petit garçon qui accompagne son père à la chasse aux canards, avant de faire la rencontre d’une étrange créature déplumée qui semble aspirer à l’envol. Un film à la fois touchant et glaçant, qui crée une atmosphère presque anxiogène avec seulement quelques plans muets et elliptiques.

On ne peut donc pas dire que l’on ait été franchement surpris de découvrir que J'ai perdu mon corps, son premier long métrage, s’intéresse à une main séparée de son corps, qui entreprend tout un périple pour le retrouver. Cette adaptation du roman Happy Hand de Guillaume Laurant s’annonce comme une œuvre mélancolique à l’esthétique assez réaliste, alliée à une tonalité tour à tour onirique, romantique et épique.

Comme un retour aux sources, c’est à la Semaine de la Critique que ce film ambitieux et atypique connaîtra sa première mondiale, apportant sur la Croisette une vision de l’animation qui n’y a pas souvent sa place, car à la fois intimiste et épurée, déconnectée de tout "grand" sujet historique ou d’actualité, et clairement à destination d’un public adolescent et adulte. Triplement immanquable, donc.