Les 5 finalistes du Prix Alice Guy 2020

Posté par vincy, le 21 janvier 2020

78 films étaient en lice pour la troisième édition du 3e Prix Alice Guy qui récompense la réalisatrice de l’année.

Cinq finalistes ont été pré-sélectionnés lors un vote ouvert à tous, accessible sur le site internet prixaliceguy.fr et qui s’est déroulé du 15 décembre 2019 au 15 janvier 2020. 2985 internautes (+ 25% de participants par rapport à l'an dernier) ont élu leurs cinq films réalisés par une femme:

Un jury de professionnels du cinéma se réunira le 20 février prochain pour élire le lauréat de l'année. En espérant que cette année, une deuxième réalisatrice dans l'histoire des César reparte avec le trophée du meilleur réalisateur, 20 ans après Tonie Marshall.

Les acteurs votent Parasite et les producteurs choisissent 1917

Posté par vincy, le 20 janvier 2020

Les producteurs et les acteurs ont rendu leur verdict ce week-end avec leurs palmarès annuels. Dans le premier cas, la Producers Guild choisit souvent ce qui va devenir l'Oscar du meilleur film. Les producteurs avaient notamment choisit des films pas forcément favoris comme Démineurs, The Artist, 12 Years a Slave, Birdman... Ils se sont trompés en 2015 et 2016 avec The Big  Short et La La Land. Cette année les PGA ont choisi 1917 de Sam Mendès face à Joker, Once Upon a Time in Hollywood et The Irishman, les trois autres grands favoris des Oscars. Côté animation, Toy Story 4 a dominé la compétition, tandis que Apollo 11 a remporté le prix pour le documentaire. Chernobyl, Succession et Fleabag l'ont emporté pour la télévision.

Mais la compétition reste ouverte puisque les acteurs ont préféré un autre film. La Screen Actors Guild, la plus puissante avec un cinquième des votants aux Oscars, a opté pour Parasite de Bong Joon-ho, Palme d'or à Cannes. Même si, depuis Spotlight en 2015, aucun film couronné pour l'ensemble de son casting n'a été sacré par l'Oscar du meilleur film, cela donne un bon indicateur sur la compétition qui s'annonce. C'est la première fois qu'un film en langue étrangère remporte ce prix convoité. Il a aussi pu compter sur l'absence de 1917 dans cette catégorie qui comprenait Bombshell, The Irishman, Jojo Rabbit et Once Upon a Time in Hollwyood.

Plus important, il semble que les quatre comédiens récompensés hier soir soient le quatuor qu'on retrouvera le soir des Oscars, tant ils raflent tout chacun dans leur catégorie: Joaquin Phoenix (Joker) en meilleur acteur, Renee Zellweger (Judy) en meilleure actrice, Brad Pitt (Once Upon a Time in Hollywood) en meilleur second-rôle masculin et Laura Dern (Marriage Story) en meilleur second-rôle féminin. Avengers:Endgame a été distingué pour l'ensemble de ses cascadeurs.

Pour le petit écran, soulignons les victoires de Sam Rockwell et Michelle Williams pour la mini-série Fosse/Vernon, de Peter Dinklage, enfin sacré pour Game of Thrones, de Jennifer Aniston qui vaut à Apple son premier prix majeur, de Phoebe Waller-Bridge et Tony Shalhoub en comédie et surtout de la saison 3 de The Crown et de The Marvelous Mrs Maisel pour l'ensemble de leur casting.

BAFTA 2020: 1917, seul favori britannique dans la course

Posté par redaction, le 7 janvier 2020

Les "Oscars" britanniques ont plébiscité trois productions américaines Joker, Once Upon a Time in Hollywood et The Irishman. Les Bafta, British Academy of Film and Television’s Film Awards, ont donné respectivement 11 nominations au premier et 10 nominations aux deux autres. 1917, fort de son Golden Globe du meilleur film dramatique hier, en récolte 9, alors qu'il s'agit d'une production bien plus anglaise.

Les Bafta ne sont pas à l'abri d'une polémique avec un manque de diversité flagrant tant dans les films nommés que dans leurs composantes: des films d'hommes blancs. Même du côté des acteurs, il n'y a aucune diversité. Tous blancs. Les femmes ne représentent qu'un tiers des nommés. La Palme d'or sud-coréenne Parasite semble l'arbre qui cache le désert.

Scarlett Johansson obtient une double nomination pour Marriage Story et Jojo Rabbit. Et Margot Robbie est deux fois nommée dans la même catégorie (meilleur second-rôle féminin) avec Once Upon a Time in Hollywood et Bombshell.

Notons que les Bafta ont aussi introduit une nouvelle catégorie, celle des chefs de casting.

Côté cinéma britannique, les nominations ont privilégié 1917, le documentaire Pour Sama, Rocketman, The Two Popes, Bait et Sorry We Missed You. Tandis que dans la catégorie des films en langue étrangère, Pour Sama est en compétition avec L'Adieu, Douleur et gloire, Parasite et Portrait d'une jeune fille en feu.

Résultats le 2 février pour cette 73e cérémonie qui sert d'antichambre aux Oscars et démontre un peu plus chaque année la colonisation du Royaume-Uni par Hollywood. Car dans toute cette liste, il y a majoritairement des américains.

Meilleur film
1917 ; THE IRISHMAN ; JOKER ; ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD ; PARASITE

Meilleur film britannique
1917 ; BAIT ; FOR SAMA ; ROCKETMAN ; SORRY WE MISSED YOU ; THE TWO POPES

Meilleur première œuvre (scénario, réalisation, production)
BAIT ; FOR SAMA ; MAIDEN ; ONLY YOU ; RETABLO

Meilleur film en langue étrangère
THE FAREWELL ; FOR SAMA ; PAIN AND GLORY ; PARASITE ; PORTRAIT OF A LADY ON FIRE

Meilleur documentaire
AMERICAN FACTORY ; APOLLO 11 ; DIEGO MARADONA ; FOR SAMA ; THE GREAT HACK

Meilleur film d'animation
FROZEN 2 ; KLAUS ; A SHAUN THE SHEEP MOVIE: FARMAGEDDON ; TOY STORY 4

Meilleur réalisateur
1917 - Sam Mendes ; THE IRISHMAN - Martin Scorsese ; JOKER - Todd Phillips ; ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD - Quentin Tarantino ;
PARASITE - Bong Joon-ho

Meilleur scénario
BOOKSMART ; KNIVES OUT ; MARRIAGE STORY ; ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD ; PARASITE

Meilleure adaptation
THE IRISHMAN ; JOJO RABBIT ; JOKER ; LITTLE WOMEN ; THE TWO POPES

Meilleure actrice
JESSIE BUCKLEY - Wild Rose ; SCARLETT JOHANSSON - Marriage Story ;SAOIRSE RONAN - Little Women ; CHARLIZE THERON - Bombshell ;
RENÉE ZELLWEGER - Judy

Meilleur acteur
LEONARDO DICAPRIO - Once Upon a Time in Hollywood ; ADAM DRIVER - Marriage Story ; TARON EGERTON - Rocketman ; JOAQUIN PHOENIX - Joker ; JONATHAN PRYCE - The Two Popes

Meilleur second-rôle féminin
LAURA DERN - Marriage Story ; SCARLETT JOHANSSON - Jojo Rabbit ; FLORENCE PUGH - Little Women ; MARGOT ROBBIE - Bombshell ;
MARGOT ROBBIE - Once Upon a Time in Hollywood

Meilleur second-rôle masculin
TOM HANKS - A Beautiful Day in the Neighborhood ; ANTHONY HOPKINS - The Two Popes ; AL PACINO - The Irishman ; JOE PESCI - The Irishman ; BRAD PITT - Once Upon a Time in Hollywood

Meilleure musique
1917 - Thomas Newman ; JOJO RABBIT - Michael Giacchino ; JOKER - Hildur Guonadóttir ; LITTLE WOMEN - Alexandre Desplat ; STAR WARS: THE RISE OF SKYWALKER - John Williams

Meilleur chef de casting
JOKER ; MARRIAGE STORY ; ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD ; THE PERSONAL HISTORY OF DAVID COPPERFIELD ; THE TWO POPES

Meilleure image
1917 ; THE IRISHMAN ; JOKER ; FORD V FERRARI ; THE LIGHTHOUSE

Meilleur montage
THE IRISHMAN ; JOJO RABBIT ; JOKER ; FORD V FERRARI ; ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD

Meilleurs décors
1917 ; THE IRISHMAN ; JOJO RABBIT ; JOKER ; ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD

Meilleurs costumes
THE IRISHMAN ; JOJO RABBIT ; JUDY ; LITTLE WOMEN ; ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD

Meilleurs maquillages et coiffures
1917 ; BOMBSHELL ; JOKER ; JUDY ; ROCKETMAN

Meilleur son
1917 ; JOKER ; FORD V FERRARI ; ROCKETMAN ; STAR WARS: THE RISE OF SKYWALKER

Meilleurs effets visuels
1917 ; AVENGERS: ENDGAME ; THE IRISHMAN ; THE LION KING ; STAR WARS: THE RISE OF SKYWALKER

Meilleur court métrage d'animation britannique
GRANDAD WAS A ROMANTIC. ; IN HER BOOTS ; THE MAGIC BOAT

Meilleur court métrage britannique
AZAAR ; GOLDFISH ; KAMALI ; LEARNING TO SKATEBOARD IN A WARZONE (IF YOU’RE A GIRL) ; THE TRAP

Prix du nouveau talent
AWKWAFINA ; KAITLYN DEVER ; KELVIN HARRISON JR. ; JACK LOWDEN ; MICHEAL WARD

[2019 dans le rétro] Le cinéma de genre en quête d’un nouveau souffle

Posté par kristofy, le 4 janvier 2020
C’était quoi le cinéma de genre en 2019 ?

L'année dernière parmi une production pléthorique au niveau international, il y avait tout de même eu une dizaine de films français notables (dont Revenge de Coralie Fargeat, La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher, La Femme la plus assassinée du monde de Franck Ribière...). Les surprises les plus fortes de 2018 en films de genre, de la SF à l'horreur, nous étaient venues en fait des plus grands cinéastes : Guillermo del Toro avec La Forme de l'eau, Steven Spielberg avec Ready player one, Lars von Trier avec The House that Jack built, la version en 3D de Détective Dee: la légende des Rois Célestes de Tsui Hark, et Ghostland du français Pascal Laugier.

Une fois ce souvenir ravivé, force est de constater que pour ce qui est des films sortis en salles en 2019, il y a toujours une belle diversité, mais beaucoup moins de succès populaire qui séduit au delà des spectateurs aficionados de sensations fortes, sauf à quelques exceptions.

Le genre sacré dans les festivals

Le succès d'estime de l'année avec un bouche-à-oreille de la part de ceux qui l'ont vu est sans doute le cauchemardesque Midsommar de Ari Aster. Même si, avec autant de buzz, on s'attendait à un succès bien plus large. Sans doute un excès de vanité et un culte peut-être trop prématuré (le film a été ressenti comme très flippant pour beaucoup, et trop long et navrant pour d'autres).

Bien évidemment on peut toujours compter sur les films coréens à sous-texte politique comme Le Gangster, le flic et l'assassin de Lee Won-tae (passé par le Festival de Cannes), billard à trois bandes efficace. L'année 2019 aura d'ailleurs été marquée par un autre succès plus extraordinaire lié au cinéma de genre mais qui dépasse ce type même de cinéma, un succès d'autant plus extraordinaire puisqu'il a déjoué n'importe quelle prédiction : il s'agit de Parasite de Bong Joon-ho qui a reçu la Palme d'or et attiré en salles par plus de 1,6 million de spectateurs en France (devenant le film à Palme d'or le plus vu depuis 15 ans et le film coréen le plus populaire de l'histoire). Tellement fédérateur, qu'il figure dans le top des favoris de l'année de tout le monde,  avec peut-être bientôt l'Oscar du meilleur film international... A cette Palme d'or, Venise a répondu par un Lion d'or à un autre film "de genre", et le sempiternel combat du Bien contre le Mal si américain, avec Joker de Todd Phillips, qui a su renouveler le film de super-héros.

Le cinéma de genre français se (re)cherche...
Il ne faut pas se le cacher: ce type de film représente un risque financier (un peu moins s'il est en langue anglaise), d'autant plus s'il est soumis à l'interdiction aux moins de 16 ans qui fait peur aux distributeurs et aux exploitants. Pourtant le public est bel et bien là comme le prouve les gros succès de certains films américains prémâchés et formatés (Ça - chapitre 2, Annabelle 3, Simetierre...).

L'embellie de l'année dernière est passée et malheureusement, en 2019, le cinéma de genre français dans les salles était quasiment invisible. Girls with balls de Olivier Afonso a connu une regrettable difficulté avec son distributeur initial et a dû être diffusé sur la plateforme Netflix. En fait, le seul film a être sorti discrètement en salles aura été Tout les dieux du ciel de Quarxx. Pour se consoler il y a eu tout de même une poignée d'autres films qui en s'approchant de certains éléments du genre sont à saluer : le sous-marin en guerre de Le Chant du Loup de Antonin Baudry, efficace, le rite vaudou de Zombi Child de Bertrand Bonello, délirant, et différentes folies meurtrières jouissives dans Le Daim de Quentin Dupieux (avec Jean Dujardin) ou dans Furie de Olivier Abbou, sans oublier le plutôt drôle Rebelles de Allan Mauduit (avec Cécile De France). On en voudrait plus... Pour se regonfler notre égo on peut se dire que le meilleur film de genre de 2018 avait été Ghostland réalisé par le français Pascal Laugier, qui a cartonné à l'international. Et il en est de même encore en 2019 (là encore tourné en langue anglaise) avec le "survival" dans une maison inondée en plein ouragan face à des alligators de Crawl de Alexandre Aja. Cela pourrait changer dans les années qui viennent depuis que le CNC a mis à disposition une aide spécifique aux films de genre. Mais il reste toujours le problème de la diffusion.

Le cinéma de genre américain capitalise ses recettes...
Au global les plus gros succès aux Etats-Unis en millions de dollars sont, comme d'habitude, des suites avec des super-héros. Le cinéma de genre est donc aussi inclus dans cette exploitation d'un univers déjà connu avec diverses suites : Godzilla 2: Roi des monstres, Retour à Zombieland, Happy Birthdead 2 You, et bien sûr Star Wars, épisode IX: l'ascension de Skywalker. Et quand on ne fait pas de suite alors on produit un reboot d'une histoire bien connue mais avec un autre acteur comme le nouveau (et raté) Hellboy de Neil Marshall, et l'ambitieux Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez, qui espérait en faire une trilogie. Parfois le plaisir (coupable) est bien là, mais souvent bien que le spectacle soit plaisant la déception s'invite aussi.

Les grands noms ne font plus recette...
Il y a quelques années certains noms sur une affiche étaient suffisamment vendeur pour remplir les salles, un succès précédent était la promesse d'un nouveau succès, mais ce n'est clairement plus le cas. Il y a eu plusieurs résultats (à divers degrés) très en dessous des espérances des distributeurs, et surtout de celles du spectateurs. C'est le cas pour Gemini Man de Ang Lee avec Will Smith, malgré ses prouesses techniques, Glass de M. Night Shyamalan avec Bruce Willis, alors que le film remplissait son contrat, Ad Astra de James Gray avec Brad Pitt, sans doute trop métaphysique, et The Dead don't die de Jim Jarmusch avec Bill Murray, trop léger. Cette année on a frôlé l'overdose de nouvelles adaptations d'histoires de Stephen King : Doctor Sleep (la suite de Shining), Simetierre (le remake), Ça: chapitre 2 (la suite du remake). Mais King reste une valeur sûre en salles si on en croit le box office des deux derniers.

A noter toutefois que c'est avec le cinéma de genre que l'actrice noire Lupita Nyong'o regagne en popularité depuis son Oscar pour 12 Years a Slave en 2013. Après avoir reçu peu de propositions, elle a su rebondir sur le carton de Black Panther l'année dernière. Cette année, elle était l'héroïne principale de deux films fantastiques, à se battre contre des zombies dans Little monsters (récompensé du Corbeau d'or au BIFFF) et contre son double maléfique dans Us de de Jordan Peele.

Les surprises les plus rafraîchissantes...
Si les gros films, pour généraliser, n'ont pas été cette année à la hauteur des attentes, il y a eu d'autres films plus modestes qui ont été des bonnes surprises (comme chaque année d'ailleurs). Captive State de Rupert Wyat ayant connu un échec aux Etats-Unis est sorti presque inaperçu courant avril tout comme la comédie-phnéomène cultissime Ne coupez pas! du japonais Shin'ichirô Ueda, sortie très discrète aussi de Brightburn: l’enfant du mal de David Yarovesky.

C'est clairement le cinéma nordique qui renouvelle le plus le cinéma de genre, même si il est relativement ignoré, faute d'un manque de diffusion des films : Cutterhead du danois Rasmus Kloster Bro, The Quake du norvégien John Andreas Andersen, The Unthinkable du collectif suedois Crazy Pictures (sorti en dvd), et Border en Suède par le danois Ali Abbasi sorti en salles début janvier 2019 (après une récompense au Festival de Cannes 2018). N'oublions pas le norvégien André Øvredal, qui a réalisé aux Etats-Unis Scary Stories (co-scénarisé par Guillermo Del Toro).

Pour conclure, finissons sur un espoir pour l'année à venir. La nouvelle actrice qui peut prétendre au titre de la 'Screaming Queen' de 2019 est Samara Weaving dans l'attrayant Wedding Nightmare...

First Love : rencontre avec Takashi Miike

Posté par kristofy, le 31 décembre 2019

Pour son nouveau long-métrage, Takashi Miike mêle les genres pour un résultat détonant que l’on ne peut que valider. A Tokyo, un boxeur ayant appris qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau s’éprend d'un call-girl toxicomane. Impliquée malgré elle dans un trafic de drogue, la jeune femme est poursuivie par un policier corrompu, des yakuzas et des assassins chinois... Le cinéaste japonais ultra-prolifique oscille entre les genres avec une habileté des plus remarquables. First Love se la joue film de yakuzas un instant avant de plonger dans la comédie d’action la scène suivante et de finir en drame romantique au détour de quelques répliques. Violent et gore, drôle et piquant, First Love est en salles dès ce 1er janvier.

Le film avait été présenté à La Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes, au lendemain de cette projection rencontre sur une plage de la croisette avec Takashi Miike :

EcranNoir : Pour présenter  la séance de First Love aux festivaliers de Cannes vous avez dit cette blague à destination de vos fans : "il n’y aura pas de sang, pas de violence, c’est une histoire d’amour" : pourquoi avoir attendu de faire environ 80 films pour parler un peu plus d’amour ?
Takashi Miike : On ne me demandait pas de faire des histoires d’amour jusqu’à présent mais beaucoup plus des histoires de yakuzas. Au Japon, les films d’amour qui sont produits sont surtout des romances pour plaire en particulier à des collégiennes et des lycéennes, avec rien dedans qui ne risque de leur faire peur. D’autres réalisateurs font déjà ce genre de films à l’eau de rose. Moi ici j’ai voulu raconter une histoire d’amour mais à ma façon, alors oui bien sûr, il y a dedans un certain degré de violence.

EN : On y voit des scènes d’action avec des sabres, des bras coupés, des pistolets, comme on peut s’y attendre ; mais il y a aussi beaucoup de gags de comédie avec plein de moments drôles dans ce film, soit un beau mélange des genres. Est-ce qu'au départ du projet First Love, il s’agissait d'aller vers une forme de polar, et l’humour s’est invité, ou au contraire de faire d’abord une comédie avec de l’action ?
TM : En fait dans le scénario il y avait déjà certains moments avec de la violence et d’autres avec de l’humour, ces deux registres cohabitaient à différents moments, et je les ai fait se rapprocher ensemble dans plusieurs séquences. Il y a certains personnages violents qui peuvent provoquer un rire, et aussi une situation drôle qui peut provoquer la violence d’un personnage. Ce qui s’est passé aussi sur le tournage c’est que certains acteurs qui devaient jouer un personnage violent y ont apporté leur propre dose d’humour. Ayant vu que certains "méchants" pouvaient être drôles dans leurs comportements violents, alors j’ai accentué un peu plus l'humour par rapport au scénario.

EN : Ces dernières années il y a eu plusieurs de vos films présentés à Cannes dans cette section de La Quinzaine des Réalisateurs (Gozu en 2003, Yakuza Apocalypse en 2015) et aussi d’autres qui étaient en sélection officielle en compétition (Hara-Kiri: Mort d'un samouraï en 2011, Shield of Straw en 2013,) et hors-compétition (For love's sake en 2012, Blade of the Immortal en 2017). Vous préférez faire découvrir vos films dans quel cadre : celui solennel de la très grande salle où tout le monde est habillé en smoking après avoir monté les marches ou dans cette autre ambiance de salle moins grande où à la fin les gens viennent vous voir pour vous saluer et prendre des photos ?
TM: On peut dire en effet que c’est deux types de public different, c’est un peu deux salles deux ambiances, ça contraste beaucoup! C’est ça qui est intéressant au Festival de Cannes, chaque section a sa propre couleur en choisissant sa sélection de films, et ça dépend aussi de l’attente autour du film. Chaque film n’a pas forcément la même importance, tous ne peuvent pas prétendre à une palme d'or. C’est ça qui me plait avec ces différentes sections, on y voit des choses très différentes. Ce qui compte c’est d’être présent à Cannes. Je dirais que je préfère La Quinzaine des Réalisateurs puisque je peux y voir mon film avec un public qui est peut-être plus mon public.

EN: Vous avez déjà réalisé plusieurs dizaines de films mais il y a des spectateurs en France qui vous découvriront pour la première fois avec First love : est-ce qu’il y aurait quelques titres que vous leur conseillerez de voir ensuite pour qu’ils découvrent qui est Takashi Miike ?
TM : C’est difficile d’en choisir, certains sont assez sérieux et et d'autres peuvent être très bizarres... Je conseillerais à qui ne me connais pas de commencer par voir d’abord Gozu, c’est d’ailleurs le premier à avoir été présenté à Cannes alors que même moi je trouve que c’est un film très bizarre ! Après, voir Hara-Kiri: Mort d'un samouraï qui est un film d’époque assez traditionnel mais en 3D. Ensuite je conseillerai Audition qui est devenu très populaire, et puis pourquoi pas après Ichi the killer. Ainsi il y a une sorte de progression crescendo, parce que commencer directement par Ichi the killer, ça va apparaitre comme beaucoup trop violent. Il faudrait parcourir ma filmographie de manière progressive vers l’extrême.

EN: Certains de vos films ont été un tel succès que vous en avez fait une suite, ou même une trilogie, comme Dead or alive, Zebraman, Crows Zero... est-ce qu’il est imaginable que First Love ait lui aussi une suite ?
TM : Si je fais une suite avec les deux personnages principaux qui sont amoureux, la suite serait qu’ils aient des problèmes et qu’ils se séparent, mais je n'en ai pas envie. Pour cette histoire, je préfère rester sur la note idéale où à la fin ils sont amoureux et ensemble. Je préfère garder cette note positive. Par contre il y a dans First Love le personnage de Kase joué par Shôta Sometani qui m’intéresse beaucoup pour raconter peut-être une autre aventure. Si un jour il y a une suite ça pourrait être plutôt axé sur lui et sur comment il est devenu un yakuza. Mais c’est une idée en l’air, il n’y a pas de projet de suite. On verra, j’espère que First Love aura beaucoup de succès...

[2019 dans le rétro] Les 50 films qu’il fallait voir en 2019 (5/5)

Posté par redaction, le 30 décembre 2019

La vie invisible d’Euridice Gusmao de Karim Aïnouz

Du Brésil, il y a eu ce mélodrame romanesque superbe, primé à Un certain regard à Cannes. L'histoire de deux sœurs que le destin sépare. L'une conservera son rang, dans la bourgeoisie, tout en poursuivant un rêve de plus en plus inaccessible. L'autre sera reniée, et devra se refaire une famille, déclassée parmi les pauvres. Ce tableau du Brésil des années 1950 est aussi un magnifique portrait de femmes mais surtout une belle esquisse à la condition de la femme dans un pays sexiste et machiste. On en ressort bouleversé.

Only You de Harry Wootliff

La plupart des films romantiques se focalisent sur la rencontre ou sur la séparation. Plus rares sont ceux qui se polarisent sur l'entre deux. L’anglaise Harry Wootliff signe la plus émouvante histoire d’amour de l’année à propos des aléas qui fragilisent un couple qui cherche à se construire. Only You se développe d'abord comme une tendre comédie romantique autour d'une différence d'âge (la femme a presque 10 ans de plus que l’homme), puis il évolue vers len drame intime, avec un désir d'enfant qui ne peut être comblé, tout cela avec en plus les influences de leur entourage... Présenté aux Festival de Dinard et de Cabourg, il a été doublement recompense aux British Independent Film Awards. Le film vibre d’autant plus fort qu’il réunit Laia Costa et Josh O'Connor, définitivement parmi les grands de sa génération.

The Lighthouse de Robert Eggers

On savait le réalisateur de The Witch talentueux mais rien ne nous préparait à la claque que fût son second long-métrage. Centré sur les péripéties de deux gardiens de phare coincés sur une île des plus mystérieuses dans la Nouvelle-Angleterre du XIXe siècle, The Lighthouse est un puzzle absolument impossible à reconstituer. Une œuvre qui hante pendant des semaines tant ses plans troublent la rétine. D’un Willem Dafoe en transe grâce à la lumière du phare et un Robert Pattinson sexuellement obsédé par une sirène, The Lighthouse n’a laissé personne indifférent sur la Croisette. Certains ont adoré les plans complètement WTF quand d’autres sont restés bloqués sur cette bande son angoissante. Dans tous les cas, il s’agit d’un grand film sublimé par un noir et blanc savamment utilisé et un duo d’acteurs au sommet.

Ville neuve de Félix Dufour-laperrière

"On est seulement en juin, et Ville neuve est déjà le plus beau film de l’année" écrivions-nous au moment de sa sortie. On est en décembre, et (pour au moins l'une d'entre nous) c'est toujours le cas. Parce que le premier long métrage de Félix Dufour-laperrière, libéré des contraintes narratives ou esthétiques traditionnelles, expérimente en toute liberté pour nous proposer un film vertigineux de beauté dans lequel cohabitent les espaces du rêve, du souvenir, de l’espoir, du collectif et de l’intime.

So long my son de Wang Xiaoshuai

Fresque historique à la fois intime et tragique, So long my son raconte la grande histoire de la Chine sur plusieurs décennies à travers le destin de trois couples liés par une profonde amitié depuis l’époque de la Révolution culturelle. Wang Xiaoshuai explore ainsi les thématiques liées à la culpabilité et à la résilience, et brosse le portrait sensible et attachant d'une poignée d'individus pris dans le vent de l'histoire. Ne dressant jamais les protagonistes les uns contre les autres, il met au contraire au jour les absurdités criminelles d'un système qui broie ses propres forces vives.

El reino de Rodrigo Sorogoyen

Le cinéma espagnol conserve son éclat dès qu'il s'agit de thriller. El Reino confirme le talent de de Rodrigo Sorogoyen comme scénariste et réalisateur, avec son protégé, le formidable Antonio de la Torre. Tous ripoux, cette mort (politique) aux trousses est une longue traque qui use des codes de la série pour nous tenir en haleine. La corruption mine la démocratie et l'innocence est relative. Entre sens de l'épate et quête de la vérité, ce film efficace est un plaisir coupable où le cinéaste semble s'amuser à jouer avec nos nerfs et ceux de ses personnages.

Tel Aviv on Fire de Sameh Zoabi

Une fois de plus, le cinéma du Proche-Orient flirte avec l'absurde pour notre plus grand plaisir. Acide et noir, ce film corrosif et humaniste tente l'impossible réconciliation entre deux pays en guerre, mariant l'humour et le suspens. Cette satire israélo-palestinienne se sert de son aspect "feel-good" pour délivrer un discours politique où chacun en prend pour son grade. C'est bien cette ironie mordante qui séduit.

Atlantique de Mati Diop

Polar ou film fantastique, étude sociologique ou tragédie romantique, Atlantique a été l'un des premiers films les plus remarquables de l'année, à la fois une histoire d’amour et d’émancipation, fable moderne sur l’immigration et sur les rapports de classe.
Mati Diop parvient ainsi à donner un visage, une histoire et même une forme de justice aux milliers de réfugiés qui reposent dans les fonds sous-marins, sans sépulture et sans oraison funèbre., tout en nous offrant une grande richesse narrative dans un Sénégal contemporain, loin des clichés sur l'Afrique.

J'accuse de Roman Polanski

Eloignons-nous de la polémique sur le réalisateur. J'accuse reste l'un des films importants de l'année. Grand prix du jury à Venise, ce thriller légaliste et historique autour de l'affaire Dreyfus est avant tout une dénonciation de l'antisémitisme culturellement ancré dans la France de l'époque et un décryptage de la montée de cet antisémitisme qui conduira à l'horreur de l'Holocauste. Loin du film d'époque engoncé, J'accuse oscille entre fatalisme historique et foi en l'homme, capable de résister au système au nom d'un combat juste.

Brooklyn affairs de Edward Norton

Mélange de classicisme hautement référence et de mise en scène moderne sans fioritures, cette fresque au service des exclus et des minorités est un des plus beaux films américains de l'année. Pas seulement par ce qu'il dénonce (la corruption, la paupérisation, l'exclusion), mais bien par ses méandres romanesques. Il ne s'agit pas seulement d'une investigation en eaux troubles. C'est aussi une très belle histoire d'amour, une ode au jazz, un hymne à New York, une déclaration à la résistance citoyenne. On n'en demandait pas temps et on regrette d'avance que ce film soit injustement oublié des palmarès de fin d'année.

[2019 dans le rétro] Les 50 films qu’il fallait voir en 2019 (4/5)

Posté par redaction, le 29 décembre 2019

Douleur et gloire de Pedro Almodovar

Il y a une forme de triple mise en abime: un réalisateur et son double, un cinéaste et son œuvre, le cinéma et la vie. Douleur et Gloire est un grand Almodovar. Par sa richesse narrative, sa complexité psychologique, par ce tour de force où Antonio est Pedro et Banderas incarne son mentor. Histoire d'une dépression, d'un mal-être physique et psychique, d'une panne d'inspiration. Une panne sexuelle finalement. Une impuissance à retrouver le désir. Tout un chemin pour y parvenir, en fouillant dans l'enfance (jusqu'à la scène la plus érotique de l'année), en retrouvant les "éloignés", en cherchant ce qu'il peut encore raconter. Ce drame lumineux et sombre, coloré et noir, est presuqe un tableau de maître. Une peinture des sentiments.

La cordillère des songes de Patricio Guzmán

Patricio Guzman conclut sa trilogie entamée en 2010 avec Nostalgie de la lumière et complétée en 2015 avec Le Bouton de nacre par une réflexion puissante sur les réalités contrastées du Chili. Il poursuit ainsi son travail de mise en lumière et de documentation de l’Histoire de son pays, et notamment des années noires de la dictature, tout en annonçant prophétiquement les récentes manifestations populaires réclamant une société plus égalitaire. “Le système de Pinochet perdure aujourd’hui” déplore justement l'un des protagonistes. D'où la nécessité de témoigner, toujours plus impérieuse, qui ne cesse d'animer le réalisateur, et  l'amène une nouvelle fois à “confronter les hommes, le cosmos et la nature” dans un film-expérience unique et indispensable.

Cutterhead de Rasmus Kloster Bro

Au nord de l’Europe il y a aussi des films remarquables. Du Danemark est venu ce claustrophobe Cutterhead de Rasmus Kloster Bro. Il y a un chantier en profondeur dans le sol pour creuser un tunnel, il y a un accident qui emprisonne dans un réduit de quelques mètres une photographe avec deux ouvriers qui parlent une autre langue. Pas de nourriture, l’oxygène baisse comme les chances de survivre, la lutte que pour soi, avec et contre les deux autres commence. L’angoisse qui monte est filmée au plus près des visages pour oppresser aussi le spectateur, avec des dilemmes à faire suffoquer la morale.

Us de Jordan Peele

Après le succès de Get Out, Jordan Peele était largement attendu au tournant. Un acteur comique qui a surpris la critique avec un thriller horrifique peut-il vraiment surprendre deux fois ? Force est de reconnaître qu’à 40 ans, celui que l’on a découvert dans la série Key & Peele semble au sommet de son art. Grâce à une Lupita Nuyong’o plus impressionnante que jamais, il signe avec Us un sublime film d’horreur sur une Amérique qui a peur de son ombre. Une manière de figurer la dualité qui repose en chaque citoyen ainsi que les traumatismes du passé. Une vraie réussite !

Le voyage du prince de Jean-François Laguionie

Avec malice et ironie, le merveilleux Jean-François Laguionie se moque de nos lâchetés, de notre mesquinerie et de notre étroitesse d'esprit dans un film d'aventures tout public qui est à la fois poétique et drôle. Impossible, en découvrant cette société régie par la peur et le consumérisme, terrorisée à l'idée qu'il existe d'autres peuples que le leur, de ne pas penser à la tragédie qui se joue quotidiennement en Méditerranée et à notre indifférence complice.

Yesterday de Danny Boyle

Tout le monde a oublié l’existence des Beatles, tout le monde sauf Jack... C’est écrit sur les différentes affiches du film : la comédie feel-good par les créateurs de Slumdog millionaire et de Love actually. C’était l’équation idéale : film britannique, Richard Curtis et Danny Boyle derrière, devant les yeux, la révélation Himesh Patel (qu'on retrouvera dansTenet de Christopher Nolan), Lily James et même le chanteur Ed Sheeran. Et dans les oreilles le souvenirs des chansons des Beatles. Peut-être plus musical que romantique Yesterday est en effet la comédie de l’année qui fait sortir de la salle avec un grand sourire.

Chambre 212 de Christophe Honoré

Christophe Honoré ne nous a jamais fait autant rire et sourire. Il signe là un film proprement emballant sur le couple, la fidélité, l'émancipation féminine, inversant ainsi les codes ancestraux du Vaudeville, rompant avec le sexisme et le patriarcat. Ici sont convoqués les rois de la screwball comedy américaine, Bernard Blier , Woody Allen, Alfred Hitchcock et autres grands maîtres du huis-clos surréaliste où les répliques fusent comme des balles pour toucher l'autre ou se protéger des attaques. Chiara Mastroianni trouve son plus beau rôle dans une chorale à quelques voix dissonantes. Un film à la croisée des chemins d'un couple, hors des sentiers battus cinématographiques, passant par des chemins de traverse narratifs. Un petit régal.

Avengers : Endgame d’Anthony et Joe Russo

Au rayon des blockbusters offerts par Disney cette année, il y en a deux qu’il ne fallait pas manquer. Le Roi Lion et Avengers : Endgame. Si le premier a surpris par son hyper-réalisme, c’est bien le second qui a été le centre d’attention de toute la sphère cinéphile au printemps. Entre ceux qui détestent cette surenchère d’effets spéciaux et ceux qui raffolent de ce divertissement inimaginable sans pop corn, la bataille a fait rage sur les réseaux sociaux. Du quatrième Avengers, nous retiendrons néanmoins la capacité de Disney et Marvel à rassembler un nombre incroyable d’acteurs nommés ou victorieux aux Oscars et leur intérêt pour la notion même d’héritage. Dans un monde où les divisions sont de plus en plus visibles et les extrêmes de plus en plus populaires, Avengers : Endgame a rappelé à ceux qui en doutaient encore que l’union fait la force et que le choix de ses ennemis est aussi important que sa stratégie d’attaque. Drôle et émouvant, le « final » des Avengers ouvre de nouvelles portes — que l’on ne voyait pas jusque-là.

Marriage story de Noah Baumbach

Il n'y a pas eu de meilleur divorce depuis des lustres. Noah Baumbach ausculte avec précision l'effondrement d'un couple et le système qui va détruire ce qu'il restait d'amour. Avec une intelligence de la mise en scène et une excellence du jeu d'acteurs, Marriage Story nous hante longtemps grâce à l'émotion et la colère qu'il dégage, tout en s'offrant des intermèdes légers et des scènes lourdes de symboles. De petits défauts mignons liés à la routine aux grands combats pour leur survie individuelle, les époux Barber nous semblent familier.Leur histoire est aussi poignante que splendide, banale qu'universelle.

Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan

L'envoûtement est immédiat tant l'esthétique du film nous hypnotise. Sous ses allures de polar, ce film noir et tragique, qui en utilise tous les codes, va se révéler tourbillonnant et sans répit. Les eaux de ce lac ne sont pas calmes. L'atmosphère est moite et sanglante, l'intrigue inquiétante et imprévisible. Diao Yinan emprunte à tous ses confrères chinois,d e Jia Zhangke (Boney M remplace les Pet Shop Boys) à Wong Kar-wai (dans ce pas de deux romantique et mutique), en passant par Johnnie To (pour les scènes collectives violentes). Son ambition formelle prend le pas sur le récit, et avec son minimalisme intense, conduit à un film à multiples dimensions sur la Chine, sans acrifier le romanesque.

[2019 dans le rétro] Les 50 films qu’il fallait voir en 2019 (3/5)

Posté par redaction, le 28 décembre 2019

It must be heaven d'Elia Suleiman

Qu'il est bon d'observer les absurdités du monde à travers le regard malicieusement distancié d'Elia Suleiman ! L'éternel Auguste du cinéma palestinien promène son mutisme mélancolique, son air perpétuellement impassible et son auto-dérision touchante de Nazareth à New-York, en passant par Paris, et constate avec résignation et humour que l'obsession pour la sécurité, la dictature des normes et les multiples aberrations du quotidien sont loin d'être l'apanage de la seule Palestine. Il n'y a probablement rien de mieux que son cinéma résolument poétique, visuel et burlesque pour dénoncer les violences en général et les exactions israéliennes en particulier.

Parasite de Bong Joon-ho

C’est la palme d’or inespérée du Festival de Cannes, suive ensuite d’un large succès inattendu (et mondial) : ce nouveau film de Bong Joon-ho est l'une des plus belles surprises de l’année. Ça ressemble à un film d'arnaque, mais c’est bien plus que ça : c’est aussi une affaire de famille, et un drame social. Cherchez l’intrus ! Parasite est une succession de rebondissements et d'escalade, où la misère est enfouie dans les sous-sols. Chaque nouvelle situation bouscule la précédente et rend imprévisible la suite, passant de la comédie au thriller. C’est un film à revoir pour être de nouveau soufflé par son brio. le diable se niche dans les détails. Ce coup de maître de Bong Joon-ho est virtuose et promis à rester l'un des films marquants de la décennie qui s'achève.

J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin

Un récit ténu et intime, à fleur de peau, qui convoque à la fois le cinéma de genre et le récit initiatique, pour une réflexion sur le destin qui n'est dénuée ni d'humour, ni de souffle épique. On se laisse porter par la mise en scène précise et inspirée de Jérémy Clapin qui parvient à rendre bouleversant un simple champ contre-champ entre un livreur de pizza et un interphone, et à donner vie, émotion et personnalité à une main coupée abandonnée à elle-même. Quant à la mélancolie sourde qui hante le récit, sublimée par la musique de Dan Levy, c'est celle des souvenirs et des regrets, ravivés par la nostalgie d’un temps révolu, et le désir indicible de trouver un jour sa place dans le monde.

Les invisibles

Ce succès en salles n'était pas forcément prévisible, lui non plus. Et osons-le dire, ce fut l'un des films français les plus intéressants de l'année, par son scénario, son interprétation et son sujet. La comédie sociale de Louis-Julien Petit, qui penche du côté des laissés pour compte et des marginaux, face à un Etat normatif et déshumanisé, est plus que réjouissante. En mélangeant réalité et fiction, en se mettant du côté des résistants qui tentent de construire des digues pour que certains retrouvent leur dignité, le réalisateur parvient à un équilibre parfait entre drame et comédie, avec des touches de mélo de temps en temps. Une sorte de coup de cœur qui réchauffe justement les cœurs et nous tend un miroir déculpabilisant sur l'horreur économique, tout en restant positif.

The Irishman de Martin Scorsese

En décidant de proposer son dernier film sur Netflix, Martin Scorsese pourrait bien avoir offert au géant du streaming (actuellement en danger) le film qu’il lui manquait dans son roaster. Véritable plongée dans le quotidien d’un vrai tueur à gages mêlé à des syndicats, The Irishman donne aux spectateurs une réelle leçon de cinéma. Pendant 3 heures et 29 minutes, Martin Scorsese filme en effet Robert De Niro comme il ne l’a jamais fait : avec la pudeur des amis de longue date, la franchise des collaborateurs réguliers et l’intelligence des grands cinéastes. Sur plusieurs décennies, Martin Scorsese montre en outre les motivations et les implications du crime organisé dans l’Amérique de l’après-guerre. La légende de 77 ans rassemble ses thèmes phares (crime, famille et foi) dans une oeuvre majeure qui ne manquera pas de faire du bruit aux prochains Oscars !

Mektoub My Love: Intermezzo de Abdellatif Kechiche

C’est l’intermède le plus long et le plus sidérant du cinéma français avec 3h30 de film dont 3h dans une boite de nuit, ça danse, ça se drague, ça se confie ... et ça lèche. La quête narrative absolutiste de Kechiche à capter le ‘vrai’ dans sa durée valorise particulièrement ses actrices qui jouent sans vraiment jouer. Au point de choquer le spectateur ou de le perturber hors de sa zone de confort. C’est le choc polémique de Cannes et de 2019, qui devrait sortir en salles prochainement, sans doute rmeixé, remanié, remonté. En attendant la 3ème partie de cette aventure Mektoub My Love. Une audace formelle absolument captivante, déroutante, rebutante, fascinante.

Bacurau de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho

Le cinéma brésilien est entré en résistance. Ce western SF est avant tout un pamphlet politique, dans un cadre presque apocalyptique, un décor de désolation où les pauvres sont menacés d'expropriation, d'exploitation et même d'extinction. A la violence sociale et l'autoritarisme qui règne, arbitraire et crue, les deux réalisateurs opposent la solidarité et la défiance par les armes. Puisque l'époque est sauvage, soyons-le. Cette parabole qui rappelle la trame d'Astérix contre les romains est à la fois un spectacle intimiste et un drame brutal et combattif. En jouant sur les sensations et en manipulant les genres, les deux brésiliens ne dissipent pas nos inquiétudes mais nous montrent qu'il ne faut jamais laisser les bras.

90’s de Jonah Hill

Chronique d’un jeune adolescent qui intègre un groupe de skaters un peu plus âgés que lui. Il va souvent observer et parfois partager leur mode de vie alternatif, évitant ainsi le morne quotidien des autres… Tout dans le film y compris sa mise en scène témoigne de ces années 90 qui ont vu grandir le héros (et l’acteur Jonah Hill devenu ici réalisateur inspiré) à travers différents passages initiatiques. 90’s est une restitution étonnante de l’époque, où on se découvre une possible autre famille avec plus de libertés, sans éviter les dangers. Car grandir a ses risques. Entre insouciance et inconscience, aspiration à couper le cordon et sécurité du refuge qu'est le foyer familial, ce film pas loin de Van Sant, est une fable harmonieuse sur la douleur, celle d'apprendre à être soi-même. Skateboarding is not a crime ?

Give Me Liberty de Kirill Mikhanovsky

Dès les premières minutes, Give Me Liberty déroute. Particulièrement bruyant et agité, le film de Kirill Mikhanovsky nous entraîne dans la ville de Milwaukee (et de manière générale l’Amérique profonde) des laissés-pour-compte : les immigrés, les malades, les handicapés, etc. Fait avec tout l’amour du réalisateur pour ses origines russes, Give Me Liberty mêle à la fois le film social, le drame familial et le documentaire politique. Porté par Chris Galust (une sacrée graine d’acteur) et Lauren ‘Lolo’ Spencer, le film présenté à la Quinzaine des Réalisateur fait rire et émeut par alternance pendant près de 2 heures. Un cinéaste à suivre. Que demander de plus ?

La vérité de Hirokazu Kore-eda

Généralement, les cinéastes étrangers venus filmer Paris et ses comédiens et comédiennes restent dans la carte postale et ses clichés. Sans doute parce que Catherine Deneuve a été l'inspiratrice et l'accompagnatrice du cinéaste japonais, Palme d'or 2018, cette nouvelle affaire de famille est une jolie réussite, gourmande, subtile, délicieuse. Evidemment, La vérité est un hymne à Deneuve, qui trouve ici l'un de ses plus grands rôles, à la fois elle-même tel qu'on se l'imagine, et une autre. En multipliant les références à sa filmographie et en s'amusant avec son image, avec quelques répliques vachardes dignes du théâtre comique français, le réalisateur lui fait un immense cadeau. Mais c'est aussi un film de Kore-eda, dans son ADN, avec cette famille de sang éclatée, cette famille de cinéma hypocrite, où finalement tous les masques vont tomber. Brillante allégorie où la vie et la fiction s'entremêlent jusqu'à ne plus distinguer l'émotion sincère de celle que l'on reproduit.

[2019 dans le rétro] Les 50 films qu’il fallait voir en 2019 (2/5)

Posté par redaction, le 27 décembre 2019

Être vivant et le savoir d'Alain Cavalier

Collage complexe de moments et de souvenirs, de tentatives minuscules de lutter contre l’ironie du sort, de mantras et de confidences à cœur ouvert, Etre vivant et le savoir est le portrait ténu de l'auteure Emmanuèle Bernheim, amie d'Alain Cavalier, qui est décédée alors qu'ils étaient en train d'écrire un film ensemble. A sa manière, faite de bribes et de fragments, le réalisateur conjure la mort, célèbre la vie et le cinéma, et empêche une nouvelle fois les disparus qui lui sont chers de disparaître tout à fait.

Tremblements de Jayro Bustamente

Alors que les thérapies de conversion sont de plus en plus contestées légalement, le cinéma s'en empare depuis quelques temps, avec des histoires fortes, souvent vraies. Cette fois-ci, cela ne se passe pas dans un pays occidental mais dans un Guatémala conservateur, catholique, avec un homme marié et père d'un certain âge, faisant partie de l'élite. Bouleversant, le film provoque un sentiment de révolte tant le procédé de "guérison" , entre secte et hypocrisie, est absurde et aberrant. Quand la société broie les destins au nom des convenances et de la morale, cela donne un spectacle où la purification et la castration d'un individu par les siens fait en effet trembler.

Crawl, de Alexandre Aja

Pour Quentin Tarantino c’est carrément son film préféré de 2019, c’était au moins un des films de cet été : un ouragan qui inonde les maisons, des gens coincés à l’intérieur avec l’eau qui monte de plus en plus et des alligators tout autour ! Le scénario de Crawl est certes basique mais efficace, tout l’intérêt du film est de découvrir comment les héros vont s’en sortir. Ce qui élève ‘Crawl’ est justement qu’il est réalisé sous haute tension par l’expert du genre Alexandre Aja : c’est un pur film de mise en scène qui joue avec la géographie d’un presque huis-clos d’une maison depuis la cave jusqu’au toit. Ce survival se double en même temps d’un drame familial entre l’héroïne Kaya Scodelario et son père Barry Pepper : deux interprètes très bons et plusieurs alligators très féroces, c’est bingo.

Et puis nous danserons de Levan Akin

Pour son troisième long-métrage, le réalisateur suédois Levan Akin s’est laissé porter par la terre de ses ancêtres, la Géorgie. Le résultat est sans appel. Bien plus qu’une histoire d’amour gay, Et puis nous danserons est un portrait d’homme d’aujourd’hui particulièrement fort. Dans une Géorgie toujours régie par l’homophobie, Merab pense s’épanouir grâce à l’amour sans vraiment réaliser que reconnaître ses sentiments et l’objet de son attirance n’est que le premier pas vers l’acceptation de soi et l’indépendance. Plus lumineux que Moonlight et Call Me By Your Name, Et puis nous danserons est une bouffée d’air frais chez les drames LGBTQ et la preuve que le coming out demeure une source d’inspiration inépuisable. A l’image de Levan Gelbakhiani, acteur révélation de la Quinzaine des Réalisateurs dont la sensibilité n’a pas fini de nous fasciner.

Le traitre de Marco Bellocchio

Le cinéma italien a révélé sa pleine forme cette année, avec ce biopic d'un mafieux repenti en tête, hélas reparti bredouille de la Croisette. Ce film aussi politique qu'historique sur la moisissure et la pourriture qui contamine un pays, dont le traitre est formidablement interprété par Pierfrancesco Favino, est à la fois un bon polar, un film de procès et le portrait d’un homme qui décide de venger la mort des siens en faisant tomber tous les autres. En gardant la foi tout en portant un regard désespéré sur son pays, Bellocchio réalise une œuvre magistrale sur l'humanité qu'il y a en chacun de nous, même face aux pires conservatismes et aux pires injustices.

Perdrix d'Erwan Le Duc

Pour son premier long métrage, Erwan le Duc continue de filer le cinéma subtilement décalé qui a fait le succès de ses courts. Avec des choix formels très marqués, ainsi qu'un rythme syncopé qui va à l'encontre des standards de la comédie, Perdrix parvient à être à la fois drôle, attachant et bizarre, ce qui n'est pas la moindre de ses qualités. On est conquis par son quatuor familial dysfonctionnel, ses nudistes révolutionnaires, son commissariat nonchalant, et surtout par Juliette Webb, exceptionnelle Maud Wyler qui réinvente le rôle de l'héroïne volcanique qui bouleverse tout sur son passage.

Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino

Presque chacun de ses films est précédé (sur l’affiche ou dans son générique même) d’une numérotation, celui-ci est officiellement le 9ème film de Quentin Tarantino qui a juré s’arrêter à 10. Il a (re)visité presque tous les genres, du western au kung-fu, des guerres à l'exploitation. Once Upon a Time… in Hollywood continue dans cette voie, composée d'une narration en forme de longs chapitres très dialogués et une nostalgie plus personnelle. Retour en 1969 comme symbole d’un certain âge d’or du cinéma en compagnie de certains (anti) héros qui aspirant eux-aussi à entrer dans la légende. La tragédie qui guette la célèbre Sharon Tate ouvrira un portail justement vers une autre légende… Le 7e art est capable de tout. Tarantino persévère ainsi à transformer l'Histoire en sublimant une réalité où les méchants sont toujours perdants.

Asako I & II de Ryusuke Hamaguchi

En compétition à Cannes en 2018, ce fut le premier beau film sorti en 2019. Cette romance mélancolique et fantomatique, aussi délicate que sensible, suit les élans du coeur de ses personnages. Film dual, où tout fonctionne par deux, fonctionnant sur des ellipses temporelles et une finesse d'écriture séduisante, Asako est touchant de bout en bout, sans dramaturgie excessive, et en laissant le spectateur libre de ses interprétations. Une démonstration de la force du cinéaste japonais qui sait écouter et défendre chacun de ses personnages, entre nuances intelligentes et simple empathie.

Boy Erased de Joel Edgerton

En adaptant le les mémoires de Garrard Conley, fils de pasteur contraint de suivre une thérapie de conversion pour soigner son homosexualité, Joel Edgerton prenait de sacrés risques. Mais à voir le résultat, on se demande encore comment l’on a pu douter du réalisateur de The Gift. Porté par un incroyable casting (Lucas Hedges, Russell Crowe, Nicole Kidman, Joe Alwyn, Xavier Dolan, Troy Sivan), Boy Erased est un de ces films qui font réfléchir. Particulièrement poignant, il aura en effet soulevé de nombreuses interrogations chez ses spectateurs. Preuve s’il en fallait une qu’il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers lorsqu’il est question d’acquis sociaux ou d’acceptation des différences.

Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais

Si on s'interroge régulièrement sur le formatage de la narration cinématographique, sur la capacité du 7e art à nous raconter des histoires avec une véritable originalité et un point de vue réellement singulier, on a la preuve avec ce film que tout est encore possible. Avec un texte très littéraire, profondément intime, le réalisateur raconte en voix off un passage dépressif de sa vie, la France rurale, et l'incapacité à aller de l'avant. Pour illustrer ses mots et ses maux, il se sert d'images d'autres films. Un pillage en règle où il rend à la fois hommage à toutes les formes de cinéma et démontre que le cinéma a déjà presque tout montré. A la limite de l'expérimentation, le film bouscule nos regards et trouble nos repères. Ce qui en fait, de loin, le film le plus audacieux de l'année, et l'un des plus poignants.

[2019 dans le rétro] Les 50 films qu’il fallait voir en 2019 (1/5)

Posté par redaction, le 26 décembre 2019

Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan

Le deuxième long métrage du cinéaste chinois Bi Gan est une expérience sensorielle et métaphysique rare qui nous emmène sur les traces d’une femme autrefois aimée et disparue, aux confins des souvenirs et des rêves. Le trip le plus planant et existentiel de l'année, qui allie beauté formelle et recherche cinématographique pure.

Ne coupez pas! (One cut of the dead - Kamera o Tomeru na!), de Shinichiro Ueda

On observe parfois un phénomène du type The Blair witch project : un petit film inattendu au mini budget qui est tellement surprenant qu’il en devient visible dans les salles du monde entier tout en rapportant des millions de dollars… C’est ce qui s’est passé avec le japonais ‘Ne coupez pas!’ qui va devenir cultissime. Sa production semble amateur autant pour la mise-en-scène que l’interprétation mais cela renforce une certaine authenticité de vérité, et progressivement on découvre le hors-champs avec le vrai et le faux qui se confondent de manière très élaborée. Un joli tour de farce et attrape qui joue avec à la fois avec les codes du cinéma de genre et la grammaire du cinéma tout court, pour au final une réjouissante comédie.

Glass de M. Night Shyamalan

Deux ans après Split, M. Night Shyamalan conclut sa trilogie sur des super-héros avec un panache absolument déconcertant. En installant Bruce Willis en force tranquille et James McAvoy en acteur tout-terrain, le réalisateur d’Incassable et Split permet à Samuel L. Jackson de briller par sa folie douce tout en nous en mettant plein les yeux. Particulièrement doué, il a fait perdre la tête à la Toile. Complexe, hitchcockien et bourré de rebondissements, Glass est un des must-see de l'année.

Le Daim de Quentin Dupieux

Film d’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs 2019, Le Daim était sans doute la parfaite synthèse de cette sélection parallèle : une liberté de ton, des prises de risques et des acteurs à contre-emploi. En engageant Jean Dujardin et Adèle Haenel pour incarner un duo de nobody obsédé par une veste en daim (qui parle !), le réalisateur d’Au poste a sans doute signé ici son meilleur film. Une comédie romanesque et résolument absurde !

C’est ça l’amour de Claire Burger

Primé à Venise puis aux Arcs, ce premier film en solo de la co-réalisatrice de Party Girl (Caméra d'or à Cannes) est d'une éblouissante sincérité. En suivant cet homme déboussolé par le départ de sa femme et devant apprendre à vivre avec leur deux filles adolescentes, Claire Burger nous fait vibrer, rire, pleurer, s’énerver avec des personnages qui nous ressemblent, englués dans des vies qui pourraient être les nôtres, avec une authenticité qui rabat les cartes des jeux de l'amour et du hasard.

Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska

Avec ses dialogues incisifs, son personnage haut en couleurs, et son propos sévère sur le pays, Dieu existe, son nom est Petrunya s'avère une comédie grinçante et irrévérencieuse qui propose un portrait au vitriol de la société macédonienne misogyne et craintivement inféodée à l'Eglise. On y découvre en prime l'un des personnages les plus enthousiasmants de l'année, Petrunyia, jeune trentenaire nihiliste et désabusée qui tient brillamment tête aux différents représentants du patriarcat, et affirme haut et fort la nécessité, pour son pays, d'entrer de plein pied dans la modernité.

Joker de Todd Phillips

Cet homme fragile qui se donne une autre image de lui même, dissimule son étrangeté derrière une autre apparence. Joaquin Phoenix utilise son corps avec une démarche tantôt claudicante ou dansante selon la tristesse ou la frénésie du moment, et surtout son visage et ses yeux qui traduisent, en plus de ses dialogues, un langage décryptant sa folie. Une performance impressionnante. Le film est une spirale infernale vers la psychose, et c’est aussi un énorme succès inattendu à cette hauteur (1 milliard au box-office) : iconique, inquiétant, flamboyant… Et Lion d'or à Venise. De quoi, enfin, redorer le blason cinématographique des super-héros.

Deux moi de Cédric Klapisch

Cédric Klapisch vient-il de signer son meilleur film ? C’est la question que l’on est en droit de se poser après avoir vu Deux moi, comédie dramatique sur deux trentenaires victimes de solitude à Paris. Résolument optimiste et humain, le film réconcilie les Parisiens avec les Provinciaux (terme ici utilisé sans aucun mépris). En montrant l’envers du quotidien de ceux qui vivent dans des métropoles et sont hyper-connectés, Deux moi est une belle piqûre de rappel : il convient d'apprécier chaque minute de sa journée et de savourer les moindres rencontres que le hasard crée. Ana Girardot et François Civil sont particulièrement touchants tandis que Camille Cottin, Eye Haïdara et Pierre Niney signent des apparitions inoubliables !

La Favorite de Yorgos Lanthimos

Même s'il s'agissait pour nous d'un film de l'année précédente, c'est bien une œuvre sortie en 2019, couronnée aux Oscars et aux European Film Awards. Une allégorie aux allures historiques et pourtant terriblement contemporaine. Un jeu de pouvoir entre trois femmes dont on retient le sacre d'Olivia Colman. La perversion dans les dialogues, la lumière froide et presque crépusculaire, la mise en scène stylisée et le soin apporté aux décors, tout rappelle La règle du jeu de Renoir et Barry Lyndon de Kubrick. On ressort fasciné par cette vision d'une élite aussi oisive que monstrueuse, où l'esprit est aussi cruel que dans les Liaisons dangereuses. Un formidable portrait de la décadence.

Les Misérables de Ladj Ly

La merveille de Montfermeil. En signant un premier film aux influences résolument américaines, notamment ce film à la John Carpenter, Ladj Ly a donné un autre regard sur la "banlieue", avec ce dialogue impossible entre les habitants et la police, sur fond de communautarisme et de république en voie de désintégration. Une impasse où le vivre ensemble parait un souvenir du passé. Avec une absence de manichéisme nécessaire pour son propos, et ce désir de comprendre plus que de juger, Les Misérables est devenu un film indispensable sur notre société, comme un miroir aux conflits qui la traversent depuis une vingtaine d'années. Cette violence sourde entre les laissés pour compte d'un système à cran et les garants de la protection qui ne savent pas y répondre autrement qu'en entretenant ces nerfs à vif. Un insoutenable cercle vicieux qui laisse K.O.