Et si on regardait… Tootsie

Posté par vincy, le 23 mars 2020

Ce soir, sur France 5 à 20h50, on vous recommande Tootsie. Cette comédie (un peu dramatique) de Sydney Pollack et datant de 1982 a été un énorme succès (3,85 millions d'entrées en France).

Tootsie ((surnom de Dorothy) n'est autre que Dustin Hoffman, au sommet de son jeu en jeune mâle, comédien et chômeur, qui ose se travestir en femme pour obtenir un rôle dans un soap opéra. Ce qui transcende le film est bien qu'Hoffman y est une formidable comédienne. Il est entouré de Jessica Lange, amoureuse de Tootsie mais incapable de devenir lesbienne pour autant, Teri Garr, Dabney Coleman, Charles Durning, Bill Murray, évidemment loufoque, Sydney Pollack et Geena Davis.

Cette comédie sur le travestissement et sur la télévision est considéré comme un classique, et même, selon l'American Film Institute, comme l'une des meilleures comédies de tous les temps. Si Jessica Lange a été la seule à recevoir un Oscar (du meilleur second-rôle), Tootsie a quand même cumulé la plupart des nominations possibles: meilleur film, meilleur acteur pour Dustin Hoffman, meilleure actrice dans un second rôle pour Teri Garr, meilleure photographie, meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleure musique originale, meilleure direction artistique, meilleur son, meilleur scénario original.

Il parait, selon l'équipe de tournage, que Dustin Hoffman, perfectionniste et réputé très pointilliste sur les plateaux, étaient bien plus "gentil" en étant travesti en femme. De l'aveu même de l'acteur, Tootsie lui aurait permis de prendre conscience à quel point il avait été sexiste dans la vie. C'est ironiquement aussi le vrai sujet du film: le personnage masculin sans emploi et dragueur un peu lourdingue devient meilleur en étant une femme, confrontée à de multiples problèmes comme le harcèlement, le rejet des actrices d'un certain âge ou les inégalités entre sexe. Autant de sujets toujours d'actualité et qui empêche le film de vieillir.

Cette subversion masque aussi les deux failles du film, qui l'empêche d'être totalement féministe et totalement queer. D'une part, c'est un homme qui vole un job à une femme, avec un subterfuge aujourd'hui inacceptable, d'autre part, l'ambiguïté sexuelle ne va pas jusqu'au bout (comme souvent dans ce genre de films) et n'ose jamais la transgression ultime de ce genre (l'homosexualité).

Reste que la mécanique du scénario, le brio du jeu des acteurs, les rebondissements et quiproquos, la touche de perversité dans certaines situations font de ce film un divertissement réussi, avec cette touche d'années 80 (brushings, fringues, lunettes...) délicieuse.

Conte cruel sur la TV et sa fabrique de rêves factices, fable romantique sur le deuxième sexe, Tootsie, avec Victor, Victoria, sorti la même année, est devenu une icône du cinéma américain des eighties. Mais, bien plus que ça, c'est avant tout, une mise en abime du métier de comédien, soit un homme capable de se transformer en un personnage diamétralement opposé et qui l'a finalement dans la peau jusqu'à se transformer lui-même.

Le Prix Alice Guy 2020 pour Papicha

Posté par vincy, le 20 février 2020

Le jury du Prix Alice Guy a délibéré ce jeudi 20 février au restaurant Aux Lyonnais à Paris pour désigner la lauréate parmi les cinq finalistes: Atlantique de Mati Diop, Jean Vanier, le sacrement de la tendresse de Frédérique Bedos, Papicha de Mounia Meddour, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma et Proxima d’Alice Winocour.

C'est Papicha qui a été retenu. Le Prix Alice Guy 2020 sera officiellement remis à la réalisatrice, à Paris, au printemps, lors d’une soirée ouverte au public, durant laquelle des courts métrages d’Alice Guy et le film primé seront projetés. Pour la deuxième année consécutive, le Prix est doté par la SACD.

Le jury était composé cette année de Yann Arthus-Bertrand, Catherine Corsini, Emmanuel Denizot, Julie Gayet, Jordan Mintzer, et Marianne Slot.

Sorti le 9 octobre dernier, Papicha a attiré 260000 spectateurs. En sélection à Un certain regard à Cannes en mai, le film est deux fois nommé aux César (premier film, espoir féminin).

Festivals et sorties de films: la Chine absente pour cause de virus

Posté par redaction, le 17 février 2020

Le coronavrius - aka COVID-19 - commence à produire son effet dans le cinéma. Ce virus potentiellement mortel né dans la région de Wuhan, en Chine, à la fin de l'année 2019, a entraîné une forme de paralysie économique dans l'Empire du milieu. Il était circonscrit à la Chine, avant de se propager progressivement dans le monde. Les liaisons aériennes avec la Chine sont suspendues. Et les manifestations culturelles commencent à être impactées.

Si, à Vesoul, capitale du cinéma asiatique en Europe le temps d'une semaine, les salles sont pleines, et les invités comme le public ne portent aucun masque, le président du jury n'a pas pu se déplacer. Le tibétain Pema Tseden n'a pas pu venir. Même s'il avait pu prendre un avion, une mise en quarantaine de deux semaines lui aurait été imposée. On l'a appris quelques jours avant le début du festival. D'autres invités chinois ont également annulé leur voyage dans l'Est de la France, notamment l'autre cinéaste tibétain Sonthar Gyal et la réalisatrice chinoise Wang Jing, qui a envoyée une petite vidéo pour parler de son film (et sa déception ne pas venir en France).

La Berlinale qui commence demain, avec son European Film Market qui attire des professionnels du monde entier, a commencé à prendre des mesures sanitaires et a mis à contribution différents instituts et hôpitaux. L'EFM a déjà enregistré plus de soixante annulations, principalement des professionnels chinois qui n'ont pas reçu l'autorisation de voyager et l'incapacité à obtenir un visa. La Chine présente cette année 3 longs et un court métrage, en plus d'une conversation avec Jia Zhangke, qui vient montrer son dernier documentaire dans le festival allemand.

Le festival de cinéma de Hong Kong a annoncé il y a quatre jours qu'il décalait ses dates aussi bien pour le festival que pour le marché du film. Normalement prévu fin mars, le festival, l'un des plus importants en Asie, aura lieu fin août. Toute l'industrie du cinéma semble à l'arrêt. Il est trop tôt pour savoir si le festival de Shanghai en juin aura bien lieu aux dates prévues. Mais la Chine, deuxième marché cinématographique du monde en recettes, a mis sous cloche le 7e art. Les sorties sont annulées semaines après semaines, y compris celles des blockbusters américains. Les équipes de James Bond ont tout annulé: la première à Pékin comme la sortie du film. Disney a fermé ses parcs de Hong Kong et Shanghai, et reporté la sortie chinoise de Mulan, pourtant calibré pour le marché national. Les studios hollywoodiens ont interrompu leurs voyages professionnels avec la Chine, Hong Kong et Macau.

Depuis le 24 janvier, les salles de cinéma chinoises sont fermées et le box office est dans le coma (aucune recette engrangée). Aucune date de réouverture n'est prévue. Durant les fructueuses fêtes du nouvel an chinois (20 à 30% des recettes annuelles), les exploitants ont perdu environ 200-250M$ de recettes.

Malgré tout, certains studios de tournage ont rouvert pour éviter de mettre trop de gens en chômage technique.  Le gouvernement chinois a promis des aides financières pour éviter des faillites dans le secteur. Reste que de nombreuses productions ont été reportées sans date de reprise. Et de nombreux cinémas indépendants pourraient fermer. Pour limiter la casse, un studio, Huanxi Media, a décidé de diffuser sa dernière production, Lost in Russia sur Internet, provoquant la fureur des exploitants. Les plateformes de type Netflix ont d'ailleurs été les premières à réagit en avançant des dates de diffusion de certains films: les Chinois restant chez eux, la demande est importante.

L'impact commence à se propager à Taiwan et en Corée du sud, qui voit son box office et les tournées promotionnelles ralentir voire abandonner. A Singapour, les films chinois ont été privés de sortie.

Le virus a infecté 70000 malades et tué au moins 1775 personnes, parmi lesquels le réalisateur Chang Kai, qui travaillait pour Hubei Film Studio.

« A couteaux tirés » aura une suite

Posté par vincy, le 8 février 2020

C'est à la fois attendu et inattendu. A couteaux tirés (Knives Out), hommage aux films à énigmes de Rian Johnson, aura une suite. C'est assez logique puisque le film a été très rentable avec un box office mondial de 300M$ (1,1 million d'entrées rien qu'en France), pour un coût relativement modeste de 40M$ hors frais de marketing, devenant la 12e plus grosse recette historique du studio Lionsgate. Le film a aussi reçu trois nominations aux Golden Globes et une aux Oscars, pour son scénario. C'est plus surprenant si on considère qu'il s'agit d'un "one shot" à l'origine, et qu'aucun élément dans le scénario n'appelait une suite.

Mais voilà, Lionsgate a vu ses résultats financiers explosés l'an dernier grâce à ce film et John Wick 3 (le 4e opus est déjà calé pour le 21 mai 2021). Et Daniel Craig qui va abandonner son personnage de James Bond peut ainsi s'assurer une nouvelle franchise, plus modeste mais néanmoins populaire, avec Benoit Blanc en héros. D'ici là, Craig doit tourner The Creed of Violence de Todd Field, adaptation du roman de Boston Teran, Le credo de la violence.

Rian Johnson a confirmé qu'il était intéressé pour écrire et réalisé une nouvelle enquête de Benoît Blanc. Il a déjà déclaré qu'il s'agirait d'une autre histoire autour du détective, avec un casting entièrement renouvelé. Il n'a aucun autre projet en cours, hormis, éventuellement la nouvelle trilogie de Star Wars. Il est toujours en discussion avec Lucasfilm.

En lançant une suite à ce film "who dunnit", Lionsgate s'assure une nouvelle série, en attendant l'éventuelle reprise de The Hunger Games. Un roman, qui se déroule avant la trilogie The Hunger Games, The Ballad of Songbirds and Snakes, doit être publié en mai, et fera sans doute l'objet d'une adaptation. Le studio indépendant peut aussi compter sur la saga horrifique Saw (dont le spin-off Spirale : L'Héritage de Saw sortira en mai), et d'autres franchises comme Insaisissables et Hitman & Bodyguard. D'autant, que Lionsgate a essuyé quelques gros fiascos ces derniers mois : Midway, Robin des Bois, Rambo: Last blood, Séduis-moi si tu peux ou Hellboy.

Almodovar: Bonheur et gloire aux Goyas 2020

Posté par vincy, le 26 janvier 2020

C'était assurément une belle soirée pour Pedro Almodovar. Samedi 25 janvier, les Goyas (César espagnols) lui ont fait un beau cadeau avec sept prix pour son film Douleur et Gloire, qui surclasse ainsi les 5 prix pour Lettre à Franco d'Alejandro Amenabar.

Ces 34e Goyas se sont déroulés dans un contexte plus favorable que les années précédentes: la droite n'est plus au pouvoir, le box office est en hausse en 2019, repassant au dessus des 100 millions d'entrées annuelles et réalisant même sa meilleure fréquentation en dix ans. Almodovar en a profité pour lancer: "Le cinéma espagnol est en bonne position, mais il reste de nombreuses zones sombres. Je voudrais dire au président [Pedro Sanchez] que le cinéma d'auteur, indépendant, en dehors de sa place marginale sur les plateformes, est en grave danger d'extinction." Parmi les zones sombres, la part de marché du cinéma espagnol au box office qui est tombée à 15% en 2019.

Douleur et gloire a reçu les prix du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original, de la meilleure musique originale, du meilleur montage, du meilleur acteur (pour Antonio Banderas) et du meilleur second-rôle féminin (pour Julieta Serrano). Autant dire que ce fut plutôt bonheur et gloire.

Lettre à Franco d'Alejandro Amenabar doit se contenter des prix du meilleur second-rôle masculin (pour Eduard Fernandez), de la meilleur direction de production, des meilleurs décors, des meilleurs costumes et des meilleurs maquillages et coiffures.

Les Goyas ont aussi récompensé des films radicalement différents. La hija de un ladrón de Belén Funes a reçu la récompense du nouveau réalisateur (équivalente à une catégorie de meilleur premier film). Intempérie a été doublement primé pour son scénario (adaptation) et sa chanson originale. Viendra le feu, film remarqué à Un certain regard à Cannes, a été distingué à travers Benedicta Sánchez (révélation féminine) et Mauro Herce (image). Une vie secrète est aussi reparti avec deux prix, celui de la meilleure actrice pour Belén Cuesta et celui du meilleur son. La plateforme a remporté le prix pour les meilleurs effets spéciaux et Enric Auquer, dans Quien a hierro mata, a récolté le prix de la meilleure révélation masculine.

Buñuel après l'Âge d'or de Salvador Simó a logiquement reçu le Goya du meilleur film d'animation. Ara Malikian, una vida entre las cuerdas de Nata Moreno a été sacré meilleur documentaire.

Les misérables de Ladj Ly a été couronné du Goya du meilleur film européen et La odisea de los giles de Sebastián Borensztein du Goya de la meilleur coproduction hispano-américaine.

Trois courts métrages ont été récompensés: Jus de pastèque d'Irene Moray (fiction), Nuestra vida como niños refugiados en Europa de Silvia Venegas Venegas (documentaire) et Madrid 2120 de José Luís Quirós et Paco Sáez (animation).

Trois Goyas d'honneur ont aussi été décernés: à titre posthume au réalisateur Narciso "Chicho" Ibáñez Serrador, à l'actrice et chanteuse Pepa Flores dite Marisol et à la comédienne "almodovarienne", Marisa Paredes.

Douleurs et gloire à l’international pour le cinéma français en 2019

Posté par vincy, le 17 janvier 2020

Unifrance a annoncé les chiffres de fréquentation du cinéma français à l'étranger en 2019. 40,5 millions de spectateurs internationaux ont vu un film produit ou coproduit par la France, soit une légère hausse de 1,25% par rapport à 2018, mais un résultat très éloigné des années fastes. Cela représente un box office cumulé de 244,4M€ de recettes (+3,12%). 721 films français ont été exploités dans les salles étrangères.

Les films en langue française n'ont séduit que 25 millions de spectateurs, le plus faible score depuis 2010. Mais les productions majoritairement françaises représentent 85% des entrées à l'étranger. La comédie et la comédie dramatique sont le genre dominant (31,7% des entrées) devant les thrillers, les drames et l'animation.

Besson premier très affaibli

C'est une fois de plus Luc Besson qui règne sur l'export. Anna a attiré 4,35 millions d'entrées hors de France (un score très faible par rapport à Lucy, 56 millions de spectateurs, et Valérian, 30,5 millions de spectateurs, juste devant Mia et le lion blanc de Gilles de Maistre (4,25M), qui génère trois fois plus d'entrées à l'étrangers qu'en France. Suivent Qu’est-ce qu’on a (encore) fait au Bon Dieu de Philippe de Chauveron (3,3M), Astérix – Le secret de la potion magique d’Alexandre Astier et Louis Clichy (3,13M) et Minuscule 2 – Les mandibules du bout du monde de Thomas Szabo et Hélène Giraud (1,07M).

Une dépendance à l'Europe

L'Europe de l'ouest (Italie, Allemagne, Espagne en tête) reste de loin le principal marché avec 19,1M d'entrées, devant l’Europe centrale et orientale (7,35M) et l’Amérique Latine (4,77M). L’Italie est le pays qui a accueilli le plus de spectateurs pour le cinéma français l’an dernier, devant l’Allemagne et l’Espagne. Désormais, le continent asiatique pèse quasiment autant que l'Amérique du nord. Les Etats-Unis restent le 4e marché, malgré une chute de 18% des entrées, avec 3,17M de spectateurs. Nevada a été le film français le plus vu de l'année.

Un cinéma leader dans les festivals

Par ailleurs, en qualité, on notera que le cinéma français est toujours aussi prestigieux. Selon Unifrance, il occupe la première place dans 5 des 10 manifestations étudiées, devant la cinématographie locale ou les Etats-Unis. En moyenne, sa présence s'élève 19 % des films sélectionnés, soit quasiment 1 film sur 5 proposés par les 10 plus grands festivals internationaux est une production française de financement majoritaire ou minoritaire. Le cinéma français est également très présent au sein des palmarès, comme le prouvent les 14 prix majeurs remportés en 2019.

La France, 4e cinématographie (marginale) sur les plateformes

Enfin, Unifrance a lancé une première étude sur la présence du cinéma français sur 56 plateformes présentes dans 39 territoires l’an dernier. Les films français ne représentent que 2,4% de l’offre de la SVàD, plus importante sur les plateformes locales et régionales que sur celles plus globales comme Amazon ou Netflix. Le cinéma américain squatte 46,2% de l'offre. Le cinéma français reste quand même assez puissant puisque c'est la quatrième cinématographie présente sur les plateformes de SVàD, derrière les films américains, indiens et britanniques.

La Belgique, la Russie et la Corée du Sud sont les pays qui proposent le plus de films français. Par plateformes, ce sont Mubi, BFI Player et Curzon Home Cinema. Netflix, première plateforme SVàD en volume de contenus hexagonaux, est également la seule plateforme globale proche de la moyenne mondiale de films français (2,5 %) contre 1,8 % pour Amazon Prime Video, 1,5% pour HBO Go et pour 0,1 % Disney+.

Juste avant le lancement du 10e MyFrenchFilmFestival, le ministre de la Culture Franck Riester en a profité pour évoquer un rapprochement entre UniFrance et TV France International, qui fusionnerait les deux organismes de promotion de l'audiovisuel français. L'export devient une stratégie essentielle pour la France, avec l'attraction de tournages, en pleine forme.

Soutien à l'export

Le ministre en a profité pour faire des annonces relatives aux soutiens à l’export. "Exporter le cinéma est l'un des grands objectifs de politique publique du CNC et cet axe sera renforcé dans la revue générale des soutiens", actuellement en cours, a indiqué le ministre. "En dépit de fortes contraintes budgétaires", le CNC a ainsi décidé "de reconduire l’expérimentation du fonds de soutien automatique à la promotion internationale des films", qui avait été lancée pour trois ans en 2017. En outre, est aussi reconduite l’Aide à la distribution des films à l’étranger, gérée par UniFrance. "Nous avons besoin de nous développer partout, sur tous les supports et tous les genres. Pour cela, il faut un projet ambitieux sur le fonds comme sur la forme, qui embrasse les moyens d’actions d’UniFrance et de TV France International. Je suis convaincu qu’il faut créer, je ne sais pas si c’est le bon terme, mais une 'maison de l’export' ou bien une 'équipe de l’export' dans nos domaines" a expliqué le ministre.

[2019 dans le rétro] Le cinéma américain, des comics mais pas de comiques

Posté par vincy, le 25 décembre 2019

Cette année fut celle où Disney fut roi en son royaume. Avec 7 des 10 plus gros succès de l'année en Amérique du nord (dont les cinq plus grosses recettes de l'année), le studio a écrasé la concurrence. Au-delà de ce triomphe glorieux, le box office américain annuel , toujours dominé par les majors Disney, Warner, Sony et Universal, révèle avant tout une appétence pour les franchises, remakes et autres reboots.

Car si on prend les près de 30  films ayant dépassé les 100M$ de recettes avant Noël, le nombre de films non rattachés à une "marque" (suite, remake, adaptation, reboot, univers) est assez faible: Us (175M$), Once upon a time in Hollywood (141M$), Hustlers (105M$) et Le Mans 66 (102M$). Ne soyons pas défaitistes: des succès moindres mais rentables comme Yesterday ou A couteaux tirés rassurent par leur nostalgie d'un cinéma en voie de disparition tout en s'appuyant sur une histoire "originale". De même que les plus de 20M$ de recettes pour Parasite permet d'enrayer la chute des films en langue étrangère au box office, même si le Bong Joon-ho se retrouve dans les mêmes eaux que des films d'art et d'essai tels Judy, Jojo Rabbit, La Favorite (sorti en fin d'année 2018), L'adieu (The Farewell) ou The Peanut Butter Falcon.

Le public américain pour des films originaux ou différents est de moins en moins nombreux. Les masses préfèrent les héros de comics, les Disney revisités et les films d'animation. Où est la comédie et même la comédie romantique? Beaucoup plus bas qu'avant: le rire culte de demain ne trouvera pas ses modèles en 2019 malgré les jolis succès du remake d'Intouchables, The Upside, de Good Boys ou encore de Yesterday.

Côté film d'action, hors Star Wars et comics, il n'y a que les franchises Fast & Furious et John Wick qui parviennent à s'imposer, autant dire de la série B vite consommée. C'est bien en flirtant avec l'horreur que Us, It: Chapter Two et Glass réussissent à séduire les jeunes. Les adultes ont malgré tout poussé quelques films vers le succès: Hustlers, Downton Abbey, Rocketman et Le Mans 66 ont largement trouvé de quoi remplir les salles.

Irréalité et illusions

La jeunesse américaine se forge sa culture cinématographique avec des univers pops et irréels. L'image de synthèse est reine. Qu'on nous fabrique des animaux de la savane ou un éléphant de cirque, une cité arabe ancestrale ou un royaume imaginaire fantasy, qu'on nous virevolte le toujours très populaire Spiderman au dessus de Venise, Prague ou Londres ou qu'on nous fasse passer d'une planète à une autre dans les Avengers, carton phénoménal de l'année, qu'on rajeunisse des acteurs d'un autre temps ou qu'on dope en muscles un ado super-héros (Shazam!), il n'y a plus de réalité, ni même de réalisme. Tout est mirage, illusion. Quelle différence finalement entre un vieux jouet trimballé dans une boutique d'antiquités, le tout modelé en 3D, et des contrées nordiques et mythologiques où rien n'est authentique?

Certes, Avengers: Endgame, Le roi Lion, Toy Story 4, Captain Marvel, Spider-Man: far from Home, Aladdin, La Reine des neiges 2, Shazam!, Maléfique 2 et Dumbo ont attiré les foules du monde entier. Mais de quel monde parle-t-on? Pas de celui dans lequel on vit. L'imaginaire est désormais codé aux ordinateurs, la psychologie des personnages résumée à des conflits binaires, leur trajectoire connue d'avance. A ce titre La Reine des neiges 2 et Toy Story 4 font encore figure d'exception dans la production formatée. En dehors de The Joker, aucun n'a tenté sa chance dans une réalité et même une complexité d'enjeux. Et encore la réalité du Joker est située dans les 70s, comme celle du Tarantino date de la fin des 60s. Il n'y a que deux films contemporains, qui ne cherchent pas à tricher avec un genre ou avec des effets spéciaux, à avoir trouvé leur public: Us et Hustlers, qui explorent la face sombre de l'Amérique, comme un miroir où l'on ne veut pas se voir.

Lourdes pertes

Ceci dit, les effets spéciaux et les univers fantasy ne riment pas toujours avec un carton au B.O. Alita Battle Angels, Godzilla: King of the Monsters, Men in Black: International, X-Men:Dark Phoenix, Terminator: Dark fate, Midway, Gemini Man, Hellboy sans oublier le reboot de Charlie's Angels sont autant de fiascos financiers, malgré la surenchère en actions et autres explosions. Les films de genre, notamment surnaturels ou d'horreurs, sont bien mieux amortissables, et continuent de drainer le public ado dans les salles. Côté flops, hormis Disney, tous les studios ont été touchés. L'animation a eu des destins plus contrastés. Dragons 3, Comme des bêtes 2 et dans une moindre mesure The Lego Movie 2 ont résisté sans épater. Mais Monsieur Link, Abominable, Angry Birds Movie 2, Le parc des merveilles et Uglydolls se sont plantés.

Même les vétérans n'ont plus la cote, à l'instar de Clint Eastwood et, Sylvester - Rambo - Stallone, et quelques gros castings ont été snobés par le public (The Goldfinch, Tolkien, The Dead don't die, Brooklyn Affairs).

Le spectacle prime, et surtout le spectacle prévisible. On pourrait espérer une certaine fatigue ou lassitude pour les superhéros. Mais en voyant les fans se ruer sur Star Wars: L'ascension des Jedi, on comprend vite qu'il y a encore de l'avenir aux univers mythiques et spectaculaires. Disney, que ce soit avec Avengers ou Star Wars, répond à une demande en offrant aux fans ce qu'ils veulent plutôt que de prendre des risques et déplaire. Cette décennie s'achève ainsi avec la fin de la saga des Skywalker et d'Iron Man et avec un tournant vers un nouveau modèle de "consommation" du cinéma aux Etats-Unis.

Car on peut se rassurer sur la vitalité du cinéma américain. Ad Astra de James Gray ou Green Book de Peter Farrelly (dont une grande partie du succès a été réalisée en janvier et février) sont à des années lumières, mais ils démontrent encore qu'il peut y avoir des films populaires, avec des stars, et des sujets dramatiques. Bref, des films "à l'ancienne". Cela reste des exceptions. Car le cinéma américain, en dehors de biopics pour acteurs en manque d'Oscars et d'adaptations de livres classiques pour producteurs visant la statuette, voit son économie bousculée.

Netflix, studio de l'année

Trois des meilleurs films de l'année ont été diffusés exclusivement sur Netflix: Marriage Story, The Irishman, qui aurait été visionné par plus de 30 millions d'abonnés, et Uncut Gems. Et c'est sans compter les autres productions événementielles de la plateformes qui ont ponctué toute l'année, de The Highwaymen à Triple frontière, de The King à The Laundromat, sans oublier Le garçon qui dompta le vent et Les deux papes. Netflix devient ainsi le studio le plus courtisé de l'année.

Dans le même temps, on note aussi la raréfaction des films américains dans les compétitions des grands festivals: Berlin ne présentait aucun film américain dans la course à l'Ourse d'or. Cannes a hérité par fidélité du Tarantino et d'un film d'Ira Sachs plus européen que new yorkais. Quant à Venise, qui n'est devenu qu'un tremplin pour les Oscars, il y avait deux films Netflix, Ad Astra et le Joker, auréolé d'un Lion d'or.

Produit hybride par excellence - cinéma un zest politique, un vilain issu de comics, un portrait d'aliéné - ce Joker est finalement le symptôme de cette année US. Un phénomène de société, un carton côté recettes et un film de studio qui dévie du genre en lui donnant une tonalité dramatique et humaine inattendue. Ce Joker aura sauvé l'année de la Warner et la réputation des vieux studios hollywoodiens, tout comme, Once Upon a Time in Hollywood de Tarantino, hymne nostalgique à cette époque où les studios de cinéma se voyaient doubler par une nouvelle vague de réalisateurs et une télévision conquérante.

Nouveau monde

De cette année 2019, le cinéma américain ressort riche et puissant. Pour les cinéphiles, c'est une autre histoire: quelques films brillants, mais beaucoup moins passionnants que certaines séries. Il est presque dommageable de voir que des œuvres singulières, la crème du cinéma indépendant, comme The Lighthouse, Give Me Liberty, The Climb, soient à ce point ignorés du public, même si on se console en prenant du plaisir grâce aux vétérans.

Le cinéma américain semble comme un géant aux pieds d'argile, dominateur mais fragile. Mais justement: avec leur force et ses dollars, les studios ne cherchent plus à marquer l'époque mais bien à battre des records et remplir les caisses pour satisfaire leurs actionnaires. Le consommateur sera toujours roi. Sur les réseaux et dans la plupart des sites qui publient leur liste des films les plus attendus de l'année, les (gros) films américains monopolisent l'attention. Cercle vicieux. Il ne faudra pas se plaindre su le cinéphile n'a plus que Netflix et quelques intrépides auteurs pour se consoler. Ceci dit, les réalisateurs ont accepté cette réalité, en sacrifiant le grand écran, pourvu qu'ils aient les moyens d'avoir le budget nécessaire et le final cut. De cette nouvelle économie, naîtront peut-être de nouvelles narrations et de nouveaux talents. Ou alors une industrie fordiste alignant les suites et les remakes, comme autant d'avatars.

Broadway – Hollywood: Cats, fiasco emblématique?

Posté par vincy, le 24 décembre 2019

On a longtemps cru à un renouveau de la comédie musicale au cinéma depuis les succès de Moulin Rouge de Baz Luhrmann et Chicago de Rob Marshall au début des années 2000. Les studios américains ont donc relancé le genre, pensant que la convergence des contenus allaient être une formule gagnant-gagnant entre Broadway et Hollywood.

Or, les rares films musicaux qui ont cartonné sont des "musicals" de cinéma (La La Land, The Greatest Showman ou même A Star is Born si on étend la définition) ou des biopics de chanteurs (Bohemian Rhapsody, Rocketman, Ray). L'originalité semble mieux payer.

Les seules comédies musicales qui ont cartonné à la fois sur scène et sur les écrans sont Mamma Mia!, aux airs disco-pops, qui a d'ailleurs eu l'honneur d'une suite créée pour le cinéma, Hairspray, complètement déjanté et rock, et Les Misérables, malgré des critiques plus que mitigées.

Pour le reste, c'est une série de fiascos. Et la sortie de Cats, dont on vous épargnera notre critique, en est l'épiphénomène. Ce ratage visuel (qui pouvait espérer que des personnes grimées en chat allaient être beau à voir, surtout avec un livret assez barbant?) a d'ailleurs du revoir sa copie trois jours après sa sortie américaine. Les effets spéciaux semblaient imparfaits, et le réalisateur Tom Hooper a renvoyer une nouvelle version aux exploitants. Cela ne sauvera pas le film à 100M$ de budget hors-marketing. Un comble pour un "musical" mythique, créé en 1982, et qui a vendu 73 millions de tickets dans le monde.

Cela fait plusieurs hits de Broadway qui échouent dans leur transposition au cinéma. Champion des musicals, Le Fantôme de l'Opéra (130 millions de spectateurs au théâtre) n'a rapporté que 150M$ au box office mondial. Même Evita, avec Madonna, avait fait mieux dans les années 1990. Nine, malgré son casting cinq étoiles, n'a récolté que 50M$ au BO mondial. The Producers et Rent, deux gros succès primés sur les planches ont été des flops à un peu plus de 30M$ en recettes cumulées. A chaque fois, critiques et professionnels ont été virulents sur ces versions déjà oubliées.

On est très loin de l'âge d'or où brillaient dans les années 1960-1970 My Fair Lady, Funny Girl, Un violon sur le toit, Jesus Christ Superstar, Hair et bien entendu West Side Story. A ce titre, il sera intéressant de voir le sort qui sera jeté au remake de West Side Story par Steven Spielberg, dans un an. Une dizaine de projets sont en préparation, dont le fameux Wicked. Nul ne doute que le mariage entre Broadway et Hollywood pourrait tourner au divorce si ces deux films se plantaient au box office.

[2019 dans le rétro] Un cinéma mondial toujours très hollywoodien

Posté par vincy, le 24 décembre 2019

Si on ne regarde que le box office, l'état des lieux du cinéma mondial pourrait être désespérant avec les 10 plus grosses recettes pour des films américains, dont 6 pour le studio Disney, qui au passage a battu un record historique de 10 milliards de dollars de recettes sur l'année (avant même l'arrivée de Star Wars).

Cette hégémonie des titres américains est encore plus frappante quand on remarque qu'ils réalisent tous de 60 à 77% de leurs recettes hors Amérique du nord. Seuls le cinéma chinois parvient à se faire une petite place dans le Top mondial avec quatre films, le film d'animation Ne Zha (700M$), The Wandering Earth (700M$), My People, My Country (430M$) et The Captain (410M$). On peut y ajouter 4 autres films dans le Top 50. L'essentiel des recettes proviennent cependant du marché chinois. Ce partage américano-chinois des recettes internationales laissent peu de place aux autres cinématographies. Hormis les très anglais Downton Abbey (188M$) et Yesterday (151M$), aucun film européen ne parvient à rivaliser avec les mastodontes des deux empires économiques.

Il y a heureusement des succès qui réjouissent. Ainsi Parasite qui a su cumuler plus de 125M$ de recettes. L'Asie confirme d'ailleurs ses bonnes performances avec des cartons comme les japonais Les enfants du temps - Weathering With You (180M$), Detective Conan (116M$) et One Piece: Stamped (80M$) ou le sud-coréen Extreme Job (120M$).

C'est évidemment beaucoup plus que les 68M$ (dont 15,5M$ à l'étranger soit près de 3 millions d'entrées, dont un tiers en Allemagne) de Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu?, leader français de l'année. Même Anna de Luc Besson, traditionnellement le champion à l'export, n'a réussit à récolter que 30M$ au global (4 millions d'entrées). Le cinéma français n'a d'ailleurs pas brillé à l'international. Rares sont les films qui ont attiré plus de 500000 spectateurs à l'extérieur des frontières et ce sont surtout des sorties de 2018 qui ont cartonné (Astérix et le secret de la potion magique, Mia et le lion blanc, Ghostland). Il y a une exception avec Minuscule 2, qui est d'ailleurs le plus gros succès français en Chine de l'année.

Pour finir avec les chiffres, Douleur et Gloire (35M$) est l'un des rares films européens non anglophones à avoir su trouver son public dans plusieurs pays, y compris aux Etats-Unis. Le cinéma espagnol est aussi un des seulss qui résiste au déferlement américain avec trois films locaux classés dans le top 20, là où l'Italie n'en place qu'un et l'Allemagne deux.

Cependant, si les recettes donnent Hollywood vainqueur par K.O., la qualité des films est ailleurs. Pas étonnant que des films comme Parasite, Douleur et Gloire, J'ai perdu mon corps, Les Misérables, Portrait de la jeune fille en feu se retrouvent classés dans les palmarès ou nommés dans les grandes cérémonies hollywoodiennes, et pas seulement dans la catégorie meilleur film étranger.

Car, avant tout, on a vu des propositions cinématographiques fabuleuses et enthousiasmantes, encourageantes même d'un point de vue de cinéphiles. Il suffit de voir le singulier Synonymes de l'israélien Nadav Lapid, l'un des films les plus originaux et jubilatoires de l'année, Ours d'or audacieux à Berlin. Qui fait écho, étrangement au film palestinien It must be Heaven de Elia Suleiman. Deux hymnes à la paix à travers l'exil, sur fond d'humour absurde. Dans la même veine drôlatique, n'oublions pas Tel Aviv on fire de Samej Zoabi, qui a séduit un peu partout en Occident.

Du côté asiatique, l'année fut riche. Outre Parasite, carton mondial (mais seulement 5e du box office local avec 10 millions d'entrées, la Corée du Sud maintient son statut à part avec le phénomène Extrême Job de Lee Byeong-heon (16 millions d'entrées), le beau succès d'Exit de Kee Sang-geun ou le remarqué Le Gangster, le Flic et l'Assassin de Lee Won-tae. Au Japon, les productions nationales ont aussi brillé, même si peu se sont exportées, et si il s'agit essentiellement de films de genre. First Love (Hatsukoi) de Takashi Miike, Au bout du monde de Kiyoshi Kurosawa et surtout le très beau Asako I & II de Ryusuke Hamaguchi ont montré malgré tout que le cinéma japonais conservait une belle variété de talents. Le cinéma chinois exporté est surtout un cinéma de festivals. C'est avant tout l'interdiction de voyager de One second de Zhang Yimou qui a frappé les esprits. Il n'empêche, quatre des grands films orientaux de l'année sont venus de l'Empire du milieu: Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan et Les Éternels de Jia Zhangke, tous deux à Cannes en 2018, So long my son de Wang Xiaoshuai, primé à Berlin et le splendide polar Le lac aux oies sauvages de Diao Yi'nan, en compétition à Cannes en mai. Toujours à Cannes, en provenance d'une région qui a donné peu de grands films cette année, Pour Sama de Waad al-Kateab, documentaire syrien, est sans doute l'une des œuvres les plus bouleversantes de l'année.

Le cinéma latino-américain a été plus contrasté, et plus engagé aussi: féminisme, homosexualité, autoritarisme... les réalisateurs s'attaquent de front aux problèmes de leur pays, que ce soit l'effrayant Tremblements de Jayro Bustamente, le grandiose Bacurau de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho, le sublime La Vie invisible d'Eurídice Gusmão de Karim Aïnouz ou le saisissant Companeros d'Alvaro Brechner. On a aussi en tête les images de La Cordillère des songes de Patricio Guzmán, de Nuestras Madres de César Díaz, de La flor de Mariano Llinás et de L'Ange de Luis Ortega.

Plus au nord, au Québec, l'année fut morose, en qualité le plus souvent, et en recettes, désespérément. Ainsi, malgré deux films, Xavier Dolan n'a pas retrouvé ses succès d'antan, repartant sans prix de Cannes, et finissant l'année avec deux flops. Son ancienne actrice, Monia Chokri sortait aussi son premier film, La femme de mon frère, sans plus de succès. La Chute de l'empire américain de Denys Arcand est sorti dans l'indifférence malgré un sujet dans l'air du temps, tandis que le canadien Guest of Honour d'Atom Egoyan a déjà été oublié à Venise. Au Québec, seul un film a été un gros hit cette année, la comédie Menteur avec 590000 entrées. Louise Archambault avec Il pleuvait des oiseaux a cependant confirmé sa bonne cote avec 200000 entrées. La femme de mon frère (76500, 3e), Matthias et Maxime (44500, 4e), le très beau Jeune Juliette (32200, 5e), The Death & life of John F. Donovan (21700, 8e) révèlent l'extrême faiblesse du cinéma québécois sur son propre territoire.

Enfin, le cinéma européen se porte bien. Même si de grands noms comme Ken Loach, Fatih Akin, les frères Dardenne ont déçu, sans doute parce qu'ils persévèrent dans la même veine, en s'orientant vers un discours de moins en moins généreux ou surprenants. Ce n'est pas qu'une question de goût puisque même leurs fans n'ont pas vraiment suivi.

Le cinéma européen reste producteur de grands films, exportés, récompensés, applaudis. La Favorite de Yórgos Lánthimos en fut l'emblème cette année, avec un triomphe hollywoodien en plus d'un gros succès public international. Au sud, des cinéastes réputés comme Marco Bellocchio (Le traître), qui symbolise un renouveau du cinéma italien auquel on peut raccrocher Martin Eden Pietro Marcello, Pedro Costa (Vitalina Varela, Leopard d'or à Locarno), Costa Gavras (Adults in the Room) prouve que, malgré la télévision, le cinéma résiste bien. C'est surtout le cinéma espagnol est le plus en forme avec des films aussi divers El reino de Rodrigo Sorogoyen, Viendra le feu d'Oliver Laxe, Yuli d'Icíar Bollaín, Petra de Jaime Rosales... L'Europe centrale et de l'Est n'est pas en reste avec des œuvres comme Sunset de Laszlo Nemes, Une grande fille de Kantemir Balagov, le formidable Dieu existe, son nom est Petrunya, de Tenona Strugar ou encore Les siffleurs de Corneliu Porumboiu. Sinon, du très émouvant Et puis nous danserons (And Then we Danced) de Levan Akin au très étrange Border d'Ali Abbassi en passant par L'audition d'Ina Weiss, L'œuvre sans auteur de Florian Henckel von Donnersmark, Yesterday de Danny Boyle, Noureev de Ralph Fiennes, c'est là encore l'éclectisme qui prime, mais surtout il s'agit de la quête d'une narration spécifique, s'affranchissant de limites morales et plaidant pour une liberté de création. Même s'ils ne trouvent pas un public aussi large qu'on pouvait l'espérer.

Une grande partie de ces films sont des coproductions françaises, principal soutien financier des auteurs. Il en est ainsi également des deux films au féminin venus d'Afrique, Atlantique de Mati Diop, Grand prix du jury à Cannes, film sénégalais dans l'âme, et Papicha de Mounia Meddour, film algérien dans sa chair.

On finira ce tour du monde avec quelques films d'animation qui là aussi se distinguent dans leur proposition esthétique. Funan de Denis Do, Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo, Les enfants de la mer de Ayumu Watanabe, La fameuse invasion des Ours en Sicile de Lorenzo Mattoti. A eux quatre, ils démontrent que le cinéma n'est pas qu'un produit formaté, même dans l'animation. Chaque pays revendique finalement sa part d'exception culturelle, sa personnalité dans un monde où les images sont encore trop américaines.

[2019 dans le rétro] Le cinéma français entre gris clair et gris foncé

Posté par vincy, le 23 décembre 2019

Une belle année pour le cinéma français? Côté festivals et prix internationaux, c'est indéniable. Rarement la production française n'a autant brillé à Berlin, Cannes, Venise et Hollywood. A Berlin, la coproduction franco-israélienne de Nadav Lapid, Synonymes, a raflé l'Ours d'or, tandis que Grâce à Dieu de François Ozon repartait avec le Grand prix du jury. A Cannes, deux premiers films ont récolté les honneurs - Les Misérables de Ladj Ly, prix du jury, Atlantique, coproduction franco-sénégalaise signée Mati Diop, Grand prix du jury - en plus d'un prix du scénario pour Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma et de la mention spéciale pour Elia Suleiman et son It Must be Heaven. Et à Venise, J'accuse de Roman Polanski a été sacré par un Grand prix du jury tandis qu'Ariane Ascaride a été couronnée pour son rôle dans Gloria Mundi. On peut ajouter l'excellent parcours dans les palmarès du film d'animation de Jérémy Clapin, J'ai perdu mon corps. Avec les films de Sciamma, Ly et Diop, ils fait partie des films en vogue actuellement dans les bilans de fin d'année aux USA.

Le ciel se couvre de quelques nuages clairs quand il s'agit des entrées de tous ces films acclamés par les professionnels et la critique. J'accuse et Les Misérables ont dépassé les 1,3 million d'entrées et Grâce à Dieu a séduit plus de 900000 spectateurs. Tous les autres ont plus ou moins limiter la casse avec des scores honnêtes dans le circuit art et essai, sans réaliser d'exploit.

Dans un contexte favorable - la fréquentation des salles de cinéma connaît une belle hausse cette année en France, à plus de 200 millions de tickets -, le cinéma français n'affiche que 33-34% de part de marché. Un seul film français se classe dans les 10 films les plus vus. Quatre films français ont dépassé les 2 millions d'entrées. La variété paye, mais elle ne fédère que très peu. 15 films hexagonaux sont millionnaires, ce qui n'est pas su mal, et 26 au total ont franchi la barre des 700000 spectateurs. Ce n'est pas un mauvais score en soi.

Il est surtout intéressant de constater que la comédie française ne paye plus forcément. Certes, Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu? est le seul film français populaire de l'année (6,7M d'entrées), le seul à se placer dans le Top 10 d'ailleurs. Mais les autres comédies avec castings de comiques - Nicky Larson, Inséparables, All Inclusive, Chamboultout, Tanguy le retour... - ont largement déçu. Le potentiel est plutôt du côté des seniors (C'est quoi cette mamie?!, surprise estivale, Joyeuse retraite!, surprise hivernale, comme quoi la ponctuation paye), d'une écriture plus engagée (La vie scolaire, Hors-normes, Alice et le maire) voire de la comédie féminine et sociale (Les invisibles, Rebelles), beaucoup mieux rentabilisées.

Si la comédie ne fait plus automatiquement recette (la faute à une formule sans doute trop éculée), les drames et les grandes destinées retrouvent des couleurs avec des hits comme Nous finirons ensemble, de Guillaume Canet, malgré un box office bien moindre que Les petits mouchoirs, Au nom de la terre, avec Guillaume Canet  qui a séduit 20 fois plus de spectateurs en province qu'à Paris, Le chant du loup, avec une bonne dose de suspens et d'action, Donne-moi des ailes dans le registre familial, La belle époque à l'ambition plus romanesque, Le mystère Henri Pick et Venise en Italie, sur un mode plus divertissant, L'incroyable histoire du facteur Cheval, presque tragique ou avec un peu moins de succès mais pas mal de bon buzz, Mon inconnue, dans une veine fantastique, Le daim dans un style déjanté, et Les crevettes pailletées et sa joyeuse ambiance gay-friendly.

Tous ces films ont trouvé leur public, en restant fidèle à leur genre. Hélas, hormis Minuscule 2, aucun film d'animation français n'a rivalisé avec les productions américaines; idem pour les thrillers ou les films d'horreur. Le public français reste classique pour ne pas dire conservateur dans ses choix. De plus en plus d'ailleurs. Seuls quatre films non américains ou non français ont attiré plus de 700000 curieux. Aujourd'hui, un film d'auteur à 300000 spectateurs est considéré comme un succès.

C'est de là que proviennent les orages à venir. Des distributeurs baissent le rideau. Les quatre majors américaines captent une entrée sur deux cette année. UGC peut se consoler avec le Bon Dieu, Pathé avec le Canet et Gaumont avec Nakache-Tolédano, aucun distributeur indépendant français n'a réussi à dépasser les 2 millions d'entrées avec un film, à l'exception de Diaphana avec Au nom de la terre.

Comme tous les ans, les fiascos sont nombreux, certains plus lourds que d'autres. Et c'est d'ailleurs le prototype de la comédie à la française, Le dindon - un vaudeville, deux têtes d'affiche (Dany Boon, qui s'offre son plus gros bide, et Guillaume Gallienne), un énorme budget de 14M€ - qui s'est planté magistralement. Comme quoi il n'y a pas de recettes.

L'autre gros flop de l'année c'est Isabelle Huppert. Omniprésente avec 4 films à l'affiche, la star n'a pas séduit avec ses variations de femme névrosée que ce soit dans Greta (137000 entrées), Frankie (67000), Blanche comme neige (60000) ou Une jeunesse dorée (10000). Trop répétitive? En tout cas depuis Elle en 2016, l'actrice n'a jamais réussi à attirer les cinéphiles.

Ils ont été nombreux à se prendre un mur, de Convoi exceptionnel de Bertrand Blier à Made in China, de Ibiza, avec Clavier, à Persona non grata, de Roubaix une lumière d'Arnaud Desplechin à Fête de famille, de J'irai où tu iras de Géraldine Nakache à Playmobil le film, d'Anna de Luc Besson à Trois jours et une vie, de Mon chien stupide d'Yvan Attal à Just a Gigolo en passant par l'éternel Lelouch et Les municipaux trop c'est trop. Et justement, ils se tous sentis de trop.E t soyons complètement déprimants avec les ratages de Lucie Borleteau (Chanson douce), Michel Denisot (Toute ressemblance) et Amanda Sthers (Holy Lands).

En tout cas, les échecs n'épargnent ni les grandes vedettes ni les comédies, ni les films de genre, ni les talents découverts à la télévision. On trouve surtout regrettable de voir que les films d'animation pour adultes soient confrontés à un plafond de verre (autour de 300000 entrées) ou que les documentaires manquent de visibilité même quand ils sont acclamés. On s'interroge sur la manière dont les films français sont promus, sur l'absence de réponse des spectateurs à des cinéastes comme Klapisch, Jolivet, Pascal Thomas ou Bonitzer, ou sur l'absence de curiosité pour des jeunes talents comme Sébastien Betbeder (Debout sur la montagne) ou Judith Davis (Tout ce qu'il me reste de la révolution), ou sur l'indifférence face à des films noirs récompensés ou audacieux (Sympathie pour le Diable, L'intervention, Nevada). On peut regretter que des films bien faits, bien joués, et intéressants n'aient pas rempli les salles.

On se console avec des jolies rencontres, celles où on se fiche de la quantité pour se réjouir de leurs qualités, comme Perdrix ou Les hirondelles de Kaboul. Au moins, ils illustrent la diversité de la production française, et parfois révèlent quelques talents prometteurs. Car l'année 2019 restera sans doute comme l'une des plus éclectiques et les plus surprenantes de la décennie pour le cinéma français. C'est ça l'amour, comme le titre du film de Claire Burger, auréolé de prix et 100000 spectateurs au compteur. Ou encore le très singulier et enthousiasmant Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais. Des hauts et des bas, là où ne les attendait pas. Et si c'était la fin du règne du rire, pour revenir à celui des belles histoires contemporaines?

les hirondelles de kaboul

Le problème est sans doute ailleurs. Le ticket de cinéma vaut parfois très cher. Mais surtout les moins de 25 ans ne représentent plus que 28 % des entrées alors que les plus de 50 ans, autrefois minoritaires, fournissent 44 % des entrées. D'où le succès des comédies à casting senior d'ailleurs. Ce vieillissement du public est une bonne chose pour les films du milieu qu'ils soient français ou étrangers. Malheureusement, le fait que les jeunes concentrent leurs sorties cinéma sur les blockbusters américains, largement dominateurs cette année, et préfèrent désormais occuper leurs loisirs aux séries et aux jeux vidéos, peut conduire dans les années à venir à un bouleversement de la cinéphilie dont on mesure encore trop faiblement l'impact sur la création. Il faudra toute la force du système - festival de Cannes, CNC, exploitants - pour que cette génération pas encore tout à fait perdue, retrouve le désir d'aller au cinéma pour voir autre chose que des super-héros.