Edito: Harrison Ford, éternel héros

Posté par redaction, le 5 octobre 2017

Vous en connaissez beaucoup des stars qui parviennent à rester populaires au bout de 40 ans de carrière? Hollywood, usine qui aime créer et détruire les vedettes, n'a plus fabriqué de légendes depuis des lustres. Tom Cruise en sera sans doute une. Meryl Streep a largement surclassé la concurrence féminine de sa génération. Mais des années 1960-1970, en exercice, il ne reste guère que Robert Redford. Et Harrison Ford.

C'est un cas particulier le Ford. Vous avez pu le croiser dans Apocalypse Now récemment diffusé sur Arte. Il a une gueule, il est crédible dans l'action (et quand il est un peu grippé, il opte pour le revolver plutôt que le fouet ou les poings), il peut-être inquiétant ou innocent. Il a surtout cette pointe d'ironie délicieuse, cette dérision qui apporte la touche d'humour nécessaire qui a fait le bonheur des spectateurs. Pas loin d'un Bruce Willis de ce côté là.

Mais Harrison Ford est un homme qui pèse beaucoup plus lourd à Hollywood. Avec Blade Runner 2049, il va passer le cap symbolique des 5 milliards de dollars de recettes en Amérique du nord (10 milliards si on ajuste avec l'inflation), tous rôles confondus. Tom Hanks est le seul à jouer dans cette catégorie.

Ford c'est Le fugitif, Jack Ryan, Witness, Air Force One, Présumé innocent: des thrillers, des comédies, des films d'action... C'est une star avant d'être un acteur. Il impose son style plutôt que de chercher à être un autre.

La particularité de Ford c'est d'être la vedette de deux des franchises les plus importantes de l'histoire du cinéma, au point d'avoir créé deux mythes cinématographiques et même culturels contemporains: Han Solo dans Star Wars (la trilogie historique et le 7e épisode où il meurt tragiquement), chevalier à l'esprit un peu rebelle et farouchement indépendant, et Indiana Jones (un cinquième opus est sur les rails), aventurier mixant Tintin et héros de western.  L'autre particularité est qu'on vieillit avec. Entre le premier Star Wars et le dernier où il est apparu, il s'est écoulé 38 ans. Entre le premier Indiana Jones et le dernier en date, 27 ans ont passé.

Avec Blade Runner, il a fallu 35 ans pour le revoir incarnant Rick Deckard. "Harrison Ford en grande forme, (...) parvient même à ménager les rares moments d’humour du film" peut-on lire dans notre critique. Certes, il a des rides, des cheveux blancs, ... Mais en vieillissant sur le grand écran, devant nos yeux, avec les mêmes personnages issus de notre pop-culture, il entretient l'image d'un héros immortel, un demi-dieu de l'Olympe que le temps ne semble pas atteindre, prêt à reprendre du service comme un bon soldat défendant sa patrie: celle du blockbuster dont il a été le hérault fondateur. A sa manière, il est un gardien d'une galaxie où des milliers d'étoiles brillent plus ou moins, entre John Wayne et Gragory Peck.

J.J. Abrams veut adapter le film d’animation japonais Your name

Posté par vincy, le 29 septembre 2017

Paramount Pictures et la société de prod de J.J. Abrams Bad Robot ont acquis les droits pour adapter le film animé japonais Your Name. Dans la veine de Ghost in the Shell, et dans l'attente d'un Akira qui se laisse désirer, le film serait une version en prises de vues réelles du film-phénomène de Makoto Shinkai.

Your Name a rapporté 355M$ dans le monde, dont 5M$ sur le territoire nord-américain. Il est le 4e film le plus vu au Japon, après Le voyage de Chihiro, Titanic et La Reine des neiges. C'est aussi le film japonais le plus vu en Chine. En France, le film a attiré 250000 spectateurs.

Le scénario de cette version américaine sera écrite par Eric Heisserer, nommé à l'Oscar en février pour Premier contact. Aucune date de production n'a encore été mentionné.Enregistrer

Edito: To be (british) or not to be

Posté par redaction, le 28 septembre 2017

Le Festival du cinéma britannique à Dinard commence aujourd'hui. L'an dernier, tout le monde était sous le choc du Brexit. Depuis de l'eau a coulé dans la Manche, et les hésitations de la Première ministre, la détermination des négociateurs européens, les inquiétudes et incertitudes sur l'avenir du Royaume-Uni ont donné plutôt raison à ceux qui prônaient le maintien dans l'Europe.

Pendant ce temps là, le cinéma britannique continue d'être l'un des plus appréciés et respectés, dans les festivals et dans les salles. Bien sûr, il n'a pas forcément le succès des années 1990 quand les comédies sociales et drames d'époque envahissaient les palmarès et remplissaient les fauteuils. L'humour et l'élégance british n'ont pourtant pas disparu. Mais la nouvelle génération de cinéastes a plus de mal à s'imposer, toujours dans l'ombre des vétérans (Loach, Frears, Leigh, Boyle...). Il faut dire que le cinéma britannique est devenu presque schizophrénique pour ne pas dire tripolaire. Il y a un cinéma dramatique, plutôt d'auteur, souvent social. Des films coproduits avec la France ou les studios américains qui valorisent le patrimoine littéraire ou théâtral britannique. Et des grosses productions américano-anglaises destinées aux multiplexes.

Ce qui est intéressant à travers ces trois "familles" de film, c'est qu'il traduit l'esprit britannique du moment. Le regard juste sur une société morcelée, dure, précaire, à l'écart de la mondialisation. L'envie de retrouver une gloire culturelle perdue, tels la série The Crown par exemple entre perte de l'Empire et élan vers une société moderne, ou des films comme Le discours d'un Roi et Le Vice-Roi des Indes (et d'une certaine manière Dunkerque). Le fantasme d'être encore une puissance qui sauve le monde avec des super-agents comme James Bond ou ceux de Kingsman (au passage, ils collaborent toujours avec "l'ami américain" et jamais avec Interpol, Europol et les Européens, notamment parce que ces films sont davantage américains qu'anglais).

A l'exception des Bridget Jones (avec une actrice américaine pour incarner la plus célèbre des célibataires londonniennes), les comédies british, mixant drame, social et comédie, ont disparu de nos grands écrans. Certes, il reste de la fantaisie (Wallace & Grommit, Paddington) dans l'animation. Mais les Full Monty, Quatre mariages et un enterrement, Billy Elliot, Petits meurtres entre amis et autres The Snapper semblent loin.
Confident Royal (Victoria and Abdul), qui fait l'ouverture du Festival de Dinard, est presque une exception. Et une belle synthèse du cinéma britannique, alliant le rire, la fracture sociale (et "raciale"), l'Histoire et l'impérialisme. Le film de Stephen Frears, Le Vice-Roi des Indes, T2: Trainspotting et Kingsman 2 sont les quatre seuls longs métrages à se classer dans le les 50 premiers du box office anglais cette année. C'est dire l'effondrement du cinéma national. Il faut remonter à 2014 pour trouver deux cartons locaux dans le Top 10 (Paddington, The Inbetweeners 2).

Colonisé par le cinéma hollywoodien, le cinéma britannique ne peut compter que sur sa langue (qui lui facilite l'accès au marché nord-américain), la notoriété de ses acteurs (qui bénéficient de leurs rôles à Hollywood), de ses grands auteurs, et sur les festivals pour exister.

Au Festival de Karlovy Vary, Ken Loach a même prédit la fin du cinéma britannique: "Nous allons sortir de l’UE d’une façon ou d’une autre. Nos contrats de coproductions dépendent des travailleurs d’autres pays venant collaborer sur nos films au Royaume-Uni. Si ça devient très bureaucratique et compliqué, si nous quittons l’UE, ça rendra ce processus très difficile et il y a de bonnes chances que ça se produise." "Cela va freiner ces coproductions car elles deviendront trop lourdes" affirme-t-il.

Mais ne soyons pas aussi pessimiste que Loach. Malgré le Brexit, l'Europe cinématographique n'est pas prête à lâcher ses liens avec la patrie de Shakespeare, Hitchcock et des Beatles. Le Festival du cinéma européen des Arcs a ainsi choisi Andrea Arnold, trois fois Prix du jury à Cannes, comme présidente cette année. Le Festival des films d'histoire de Pessac sera sur le thème "So British !", avec une édition entièrement consacrée au Royaume-Uni.

En tant que Festival du cinéma britannique, Dinard va avoir le devoir d'être le village gaulois breton qui vient en aide aux "Bretons" pour résister à l'envahisseur américain et assurer la diversité cinématographique. Car en trente ans, derrière les Palmes d'or, Oscars et blockbusters, on voit bien que le cinéma venu d'Outre-Manche a perdu de sa "hype". "La nation britannique est unique à cet égard. Ils sont les seuls à aimer qu'on leur dise combien les choses sont mauvaises, à qui on aime se dire le pire" disait Churchill. Et si on regardait ce qu'il y avait de meilleur?

Tom Hanks va jouer le vieux grincheux Mr. Ove

Posté par vincy, le 24 septembre 2017

A l'origine c'était un livre de l'écrivain suédois Fredrik Backman traduit en France en 2014 sous le titre Vieux, râleur et suicidaire: la vie selon Ove. Puis ce fut un film suédois, Mr. Ove (A Man called Ove), réalisé par Hannes Holm, nommé deux fois aux Oscars cette année (film en langue étrangère, maquillages), prix du public à Cabourg, prix de la meilleure comédie aux European Film Awards, prix du public, du meilleur acteur et du meilleur maquillage aux Guldbagge Awards (les César suédois) et enfin prix d'interprétation masculine au Festival de Seattle.

Le film avait été de très loin le leader du box office suédois en 2016 avec 1,7 million d'entrées (deux fois plus que Le livre de la jungle, 2e de l'année), en plus d'être le seul film nordique finissant dans le Top 10. Au final, cette comédie grinçante a récolté 26,5M$ dans le monde: si aux USA, il s'agissait du film en langue étrangère le plus vu, en France, il a connu un bide retentissant avec à peine 12000 entrées. Son succès mondial en fait l'un des plus gros succès suédois après Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (51M$).

Il faudra maintenant compter sur le remake hollywoodien (après tout Millénium était aussi suédois d'origine). Tom Hanks incarnera le grincheux, associable et aigri Monsieur Ove. L'acteur, récemment vu dans Le cercle, co-produira le film avec sa femme Rita Wilson. Le livre avait été un énorme succès en librairie même aux Etats-Unis (77 semaines dans la liste des best-sellers du New York Times) et a été traduit en 43 langues.

Du film, on écrivait: "Il y a bien tous les ingrédients d’un « feel good movie », doublé d’un portrait de contemporains, entre ceux qui se replient sur eux-mêmes et ceux qui croient encore à l’ouverture sur les autres."

Tom Hanks sera à l'affiche cet hiver de The Post, de Steven Spielberg. Pour l'instant aucune date de tournage ni de nom de réalisateur n'ont été annoncés. Il devrait aussi être à l'affiche de Greyhound l'an prochain.

120 battements par minute, candidat français pour les Oscars

Posté par vincy, le 19 septembre 2017

C'était assez logique. Face au poétique Barbara et au satirique Redoutable, le comité de sélection du CNC a choisi 120 battements par minute comme représentant de la France pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

« C’est un film ambitieux, engagé, porté par l’interprétation remarquable d’une nouvelle génération d’acteurs, qui a bouleversé les festivaliers du monde entier, de Cannes à Toronto. Avec 120 battements par minute, Robin Campillo nous offre un film exceptionnel sur un sujet cruellement universel et toujours d’actualité », a déclaré Frédérique Bredin, Présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Coproduit par Pierre Bergé

Le film de Robin Campillo, qui retrace les débuts du mouvement Act-up et le quotidien de jeunes gens atteints du SIDA, dans les années 1990, était un choix logique pour plusieurs raisons. Il a un sujet fort, dramatique, universel. Il est, des trois, le plus populaire avec 610000 entrées en 4e semaine, soit le plus gros succès de l'année pour Memento Films. Il a aussi le plus beau palmarès: Grand prix du jury, prix de la critique international, Queer palm et Prix François Chalais à Cannes, en plus du prix du public au Festival de Cabourg. Il est finaliste des Prix Lux du Parlement européen. Il a été sélectionné à Toronto, Moscou, Melbourne, Helsinki, San Sebastian et sera présenté aux festivals de Londres et New York. Aux Etats-Unis, The Orchard le distribuera à partir du 20 octobre.

Coproduit par Les Films de Pierre (détenue par Pierre Bergé, disparu il y a dix jours), Page 114 (Jacques Audiard), Memento films, FD Production et France 3 Cinéma, 120 battements par minute aura d'abord à passer la première sélection avant d'être "nominable". Pour l'instant, parmi les films candidats, on retrouve plusieurs cannois (Happy End, In the Fade, The Square), le dernier film d'Angelina Jolie (pour le Cambodge) mais aussi des films qui se sont faits remarqués comme Une femme fantastique, Tom of Finland, L'insulte et Fixeur.

On n’arrête plus Wonder Woman

Posté par vincy, le 29 juillet 2017

Près de 400M$ en Amérique du Nord, autant dans le reste du monde. Le carton de Wonder Woman ne passe pas inaperçu à Hollywood. Au point que Warner Bros envisage de placer le film et sa réalisatrice Patty Jenkins dans la course aux Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur. Dans les deux cas, si Wonder Woman parvenait à ses fins, ce serait une première pour un film adapté d'un comics.

La suite est calée. Depuis mardi, on sait que Wonder Woman 2 sortira le 13 décembre 2019. Patty Jenkins est en bonne place pour rester derrière la caméra, même si rien n'est signé. Gal Gadot retrouvera son costume d'Amazone (mais d'ici là on la reverra dans Justice League cet automne et dans Aquaman pour les fêtes de 2018).

Et comme ça ne suffit pas, au Festival de Toronto sera présenté Professor Marston & the Wonder Woman, film réalisé par Angela Robinson, avec Luke Evans et Rebecca Hall. Ce film biographique est l'histoire de William Moulton Marston, psychologue américain, créateur d'un test qui permit d'inventer le détecteur de mensonges, féministe adepte du polyamour. C'est lui qui initie le concept d'une alter-ego féminine à Superman et Batman auprès de DC Comics. Il créé le personnage en 1941, sous le nom de Charles Moulton.

D'ailleurs, vous pouvez découvrir tout l'histoire de Wonder Woman (et des personnages de DC Comics) dans l'excellente exposition "L'art de DC, L'aube des super-héros", au musée Art Ludique à Paris (jusqu'au 10 septembre)

Enfin finissons sur Patty Jenkins qui a annoncé hier un projet de séries, One Day She'll Darken où elle retrouvera l'acteur principal de Wonder Woman, Chris Pine. La cinéaste est en charge du pilote et éventuellement des six épisodes. Chris Pine a signé pour la série complète. La série est inspirée de l'histoire vraie (et récit autobiographique de Fauna Hodel, à l'ombre du Dahlia noir...

Edito: Grand froid sur le cinéma français

Posté par redaction, le 29 juin 2017

C'est une longue traversée du désert que vit le cinéma français. Cela fait quatre mois que la pôle position du box office est occupée par le cinéma hollywoodien. Seuls deux films sont dans le Top 10 annuel (5 pour le Top 20). On ne compte plus les fiascos. Le dernier film français millionnaire est A bras ouvert, sorti début avril. Les comédies, genre favori des spectateurs et genre préféré des producteurs, ont subit de sérieux revers. Seulement six ont passé le cap du million d'entrées en 6 mois. Certaines ont signé de sacrées contre-performances. Hormis Raid Dingue et Alibi.com, aucune n'a vraiment fédéré au premier semestre. Ni Camille Cottin, ni Kev Adams, ni Alexandra Lamy, ni même Franck Dubosc n'ont sauvé des films que les critiques ne veulent même plus voir...

On peut aussi se désoler, dans le pays de la cinéphilie, qu'aucun autre film dramatique, d'auteur, d'action/aventures ou de "genre" n'ait pris le relais. Mais comment pourrait-il en être autrement? Qui parle de ces films à la télévision et hors des radios publiques? Le marketing hollywoodien a imposé sa toute puissance. Sans l'effet Cannes, comment Desplechin pourrait-il attirer plus de 400000 spectateurs quand, en face, les médias généralistes choisissent un Alien, des Pirates ou des Super-héros?

Le buzz sur les réseaux sociaux, le star-système est incomparablement plus puissant quand il est made in USA. Les distributeurs français ne manquent pas d'initiatives mais de moyens et de solidarité.

Consanguinité entre télé et ciné

L'INA vient de publier une étude (pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015) sur les talk-shows et divertissements TV et radios, ce genre où les invités sont convoités et les audiences ciblées. On constate que les invités venant du cinéma et de la musique sont les plus sollicités. En cinq ans, c'est Franck Dubosc qui a été le plus invité (95 fois!!!! dont 21 fois sur France 2), devançant François-Xavier Demaison et François Berléand, tous trois avec une carrière d'humoristes ou de théâtre. Champion toutes catégories, l'acteur-chanteur Patrick Bruel (99 fois). Et ajoutons parmi les chouchous Charles Berling, Daniel Auteuil, Isabelle Nanty, Pierre François Martin Laval, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Jamel Debbouze. En clair beaucoup de plus de 40 ans, beaucoup d'hommes, beaucoup de multi-tâches, beaucoup de comédiens issus de la comédie. Et pourtant ça ne suffit pas à faire des entrées.

"On observe une importante densité au niveau des connexions entres les animateurs et leurs invités, ce qui illustre bien la tendance de la part des animateurs du corpus à inviter globalement les mêmes personnes dans leurs émissions. S’il est vrai que les animateurs ont des affinités avec certains invités, celles-ci sont la plupart du temps « non exclusives » ; autrement dit la plupart des personnes invitées régulièrement sur les plateaux des talk-shows et des divertissements ont été invitées à peu de reprises par un même animateur. En effet, de manière générale, les personnalités qui sont les plus souvent invitées ne sont pas liées à un seul présentateur, mais sont au contraire connectées à un grand nombre d’animateurs."

Voilà. En d'autres termes la consanguinité entre animateurs et invités empêche, comme en génétique, une régénérescence de la famille. A force de voir toujours les mêmes têtes, il n'y a plus de désir, mais plutôt une lassitude. A trop produire des comédies fades et mal écrites, à trop vendre le cinéma avec les mêmes acteurs/actrices, à trop coloniser les émissions de divertissements et les talk-shows avec ces mêmes acteurs pour ces mêmes comédies, on ne produit qu'une seule chose: l'indifférence.

Edito: le Blockbuster estival K.O.?

Posté par redaction, le 22 juin 2017

Une recette vieille de quatre décennies. Des films divertissants, dans les salles entre mai et la mi-août, au rythme de un ou deux par semaine, portés par des grandes stars ou fondés sur des "marques" et / ou franchises, avaient pour objectifs de ramasser un paquet de dizaines de millions de dollars aux studios. Ce "concept" économico-cinématographique avait été initié par Steven Spielberg et Les dents de la mer en juin 1975 puis confirmé par George Lucas et Star Wars en mai 1977.

Mais depuis deux saisons, Hollywood doute de ce vieux système. Cela fait quelques années déjà que l'été n'est plus dominant dans le box office annuel. Des films qui sortent en novembre et décembre ont régulièrement cartonné davantage que des grosses machines estivales. Cet étalement du calendrier s'est élargi avec des films qui ont encaissé d'énormes recettes alors qu'ils sortaient en mars et en avril. Finalement, seule la période de mi-août à fin octobre et de mi-janvier à début mars restent "creuses" pour les distributeurs et les exploitants.

Colosses aux pieds d'argile

Cependant le modèle a pris du plomb dans l'aile pour d'autres raisons, plus profondes. Afin d'attirer le spectateur dans les salles, les studios ont misé sur les quelques stars "bankables" au niveau international en signant de très gros chèques, voire en leur donnant un contrôle excessif (de Johnny Depp à Tom Cruise, les exemples ne manquent pas). Ils ont aussi gavé leurs productions d'effets visuels coûteux, participé à l'inflation des devis (certaines productions dépassent désormais régulièrement les 200M$) et dépensé de plus en plus en marketing (qui peut représenter autant d'argent que le budget de production). Cela a rendu ces films plus vulnérables financièrement, plus difficiles à rentabiliser, d'autant que le marché vidéo est en déprime. Cette hausse des coûts était "sécurisée" par l'arrivée de nouveaux gros marchés internationaux comme la Chine et la Russie et par les hausses de prix des billets de cinéma, ce qui, dans les deux cas, permettaient d'accroître les recettes de manière conséquente.Prenons un simple exemple: La Belle et la Bête est la 8e plus grosse recette de "tous les temps" mais si on tient compte du prix actuel du ticket de cinéma, le film n'est que 70e de ce classement, à hauteur de Tootsie et du premier Superman.

Les blockbusters deviennent donc "globaux", plus aseptisés (il faut tenir compte de la censure de certains pays ou des mœurs conservatrices dans d'autres), devant cibler aussi bien le spectateur chinois, français, mexicain que celui du Kansas ou de Floride. Ils deviennent aussi dépendants des scores à Shanghai, Moscou, Sao Paulo ou Londres, autant que de New York, El Paso ou Pittsburgh.

Une fréquentation des salles en baisse depuis 15 ans

Hors, cette recette paraît de plus en plus fragile. En mai, le box office américain a chuté de près de 12% par rapport à mai 2016. La hausse depuis le début de l'année s'effrite semaine après semaine. Pour l'instant le box office n'enregistre qu'une modeste augmentation de 1,6% des recettes, soit une baisse du nombre de spectateurs si on prend en compte le prix d'un ticket de cinéma, constamment plus cher comme nous l'avons dit (6,5$ en 2006, 8,1$ en 2013, 8,84$ cette année). Depuis le début des années 2000, les salles ont perdu 200 millions de spectateurs. Au 18 juin, sur les dix films les plus vus, seulement deux sont sortis depuis mai. Une tendance observée déjà l'an dernier.

Le problème est visible: la succession de flops sur le marché nord-américain. 10 gros budgets n'ont pas franchi la barre des 100M$ de recettes, dont La Momie, Le Roi Arthur, Baywatch, Alien : Covenant ou Ghost in the Shell. Malgré la "marque" ou les stars au générique. On ne peut pas dire que Pirates des Caraïbes soit un succès tant ce 5e opus est très en dessous des scores habituels de la franchise. A l'inverse des très petits budgets, sortis avant mai, comme Get Out et Split ont décroché le jackpot.

De toutes ces grosses machines, Les Pirates, xXx et The Great Wall s'en tireront sans trop de bobos avec des recettes mondiales qui les rendent rentables. Mais pour les autres, la facture est salée. Preuve qu'un Tom Cruise (qui s'est mêlé de toute la production, a refait le scénario pour son égo et a choisi ses équipes) n'a plus le poids en spectateurs qui correspond à son pourcentage sur les recettes. Preuve aussi qu'une marque (monstres ou adaptation) ne suffit plus dans un environnement où, pour l'instant, seuls les super-héros, les Disney (de Star Wars à Pixar) et les films d'animation tirent leur épingle du jeu.

Formatage tueur de désir

Certes l'été n'est pas fini. Il y a encore de grosses munitions. Et on attend toujours le film "art et essai" (autre secteur qui souffre) et la comédie "sleeper" qui surprendront le public et s'intégreront dans le tableau d'honneur.

Mais si on regarde bien les derniers véritables cartons au box office mondial, hors films familiaux, on constate que c'est un virus plus profond qui atteint le système immunitaire hollywoodien. A ne pas investir dans les histoires, à ne pas croire à l'émotion, à tout déshumaniser avec des effets spéciaux, à tout investir sur des récits plagiés les uns sur les autres, avec les mêmes enjeux, on ressent une forme de lassitude. Il faut des moyens énormes pour maintenir l'excitation. Finalement on attend davantage le dramatique Dunkirk de Christopher Nolan que le prochain Transformers. Rappelons que La La Land (443M$ dans le monde), Miss Peregrine (300M$), Sully (240M$), ou Premier contact (200M$) ont été d'immenses succès et des films très rentables alors qu'il s'agissait de drames à la narration plus classique. Le dernier Logan, davantage un drame crépusculaire qu'un simple film de héros, a prouvé qu'on pouvait tordre l'aventure stéréotypé du super-héros et séduire les spectateurs (620M$).

Les "univers" sont la nouvelle martingale des gros studios depuis la stratégie payante du groupe Disney, avec l'avènement de Marvel, la relance de Star Wars et le lifting en live-action des dessins animés de Walt Disney. Mais c'est aussi ailleurs qu'il faut investir pour fait revenir le spectateur. Les Cameron, Spielberg et autres Nolan n'hésitent pas à produire des histoires fédératrices, dramatiques, aux allures spectaculaires certes, dans la grande filiation du cinéma américain populaire, loin des "péplums" et "westerns" formatés des temps modernes (Comics).

Netflix et Amazon prêts à combler le vide

Pas sûr qu'Hollywood comprenne tout de suite la leçon de ces dernières années. Tant que les recettes mondiales sont au rendez-vous pour deux ou trois de leurs films par an, ils parviennent à compenser les autres échecs, même les plus cinglants. Ainsi Patty Jenkins a déjà annoncé qu'elle planchait sur un deuxième Wonder Woman. Tom Cruise reste maître à bord de la franchise Mission:Impossible. L'été prochain, en 2018, déjà 15 suites, prequels ou spin-off sont programmés.

Ce serait une grave erreur stratégique. Ce qu'ont très bien compris les Netflix, Amazon et autres nouveaux entrants dans le secteur. Car plus les investissements sont énormes afin de produire du spectacle sans intérêt, moins les studios veulent prendre de risques. Par conséquent les auteurs se tournent vers les nouveaux nababs. Okja (Netflix) a bénéficié d'un budget confortable de 50M$. Manchester by the Sea a obtenu deux Oscars. Les deux avaient des films en compétition à Cannes tandis que les "majors" brillaient par leur absence. Amazon a produit et distribué les derniers Jarmusch, Allen ou Winding Refn. Désormais les auteurs sont capables de zapper la salle ou de se vendre à ces plateformes parce que, outre le cash qu'ils fournissent, ils leur donnent une véritable liberté. l'été dernier des films comme Florence Foster Jenkins ou Hell or High Water ont récolté plus de 20M$ de recettes avec des budgets très modestes (et des nominations aux Oscars au final).

Exactement l'inverse des majors, capables de virer les réalisateurs Phil Lord et Chris Miller en pleine production du film sur Han Solo, pour "divergences artistiques" avec les producteurs. Hollywood refuse la singularité. Et c'est ce qui tue actuellement les blockbusters estivaux. Comme si les studios avaient oublié pourquoi ces blockbusters fonctionnaient si bien auparavant: du fun, de la surprise, un ton et même le style d'un cinéaste, et des sensations. Un jeu-vidéo fait aussi bien l'affaire aujourd'hui. Or, on l'oublie mais des films comme Qui veut la peau de Roger Rabbit, Il fait sauver le Soldat Ryan, Ghost, Top Gun ou E.T. ont été les champions de leurs étés respectifs. On est loin du "blockbuster" pop-corn.

L’animation en bonne forme en 2016

Posté par vincy, le 16 juin 2017

L'étude annuelle du CNC, diffusée à l'occasion du Festival International du film d'animation d'Annecy, montre que l'année dernière fut un bon crû. Côté production, 10 films d'animation ont été agréés (contre trois en 2015, 9 en 2014 et 6 en 2013), avec un devis moyen stable de 7,3M€. De manière plus précise, les films d'animation français, ce sont 3,5% des films agréés l'année dernière, mais 5,2% des budgets totaux de la production avec un total de devis de 72,6M€. Parmi ces films, le plus cher est Zombillenium avec 13,4M€, devant La fameuse invasion de la Sicile par les ours et Croc-blanc, qui ont coûté respectivement 12 et 11,3M€. Seuls deux films d'animation ont bénéficié de l'avance sur recettes: La fameuse invasion de la Sicile par les ours et Dilili à Paris.

Sans être une année record, c'est une année meilleure que 2015 et même 2014, mais on reste très loin des grandes années 2008 et 2012.

Plus globalement, ce sont 35 films de toutes nationalités qui sont sortis en 2016, contre 34 en 2015. Le record de 2009 est égalé. 15 films américains, 10 français, 4 européens et 6 d'autres pays (dont 4 japonais). Une année record pour les Américains qui n'ont jamais distribués autant de films animés inédits.

Et en plus l'Amérique domine les entrées. Deux des trois plus grands succès de l’année, tous genres confondus, ont été des films d’animation: Zootopie (4,77 millions) et Vaiana la légende du bout du monde (4,53 millions), deux Disney. Suivent trois autres films américains, tous au-dessus de 3 millions de spectateurs. Le premier film non américain est Ballerina (9e film d'animation de l'année et seul millionnaire de sa catégorie). Ma Vie de Courgette, Robinson Crusoe, La tortue rouge, Tout en haut diu monde ont séduit plus de 200000 spectateurs. Les 25-49 ans et les 3-14 ans sont le principal public des films animés, totalisant près de 4 spectateurs sur 5.

Les films d’animation représentent ainsi 4,9 % de l’ensemble des films inédits sortis en salles mais génèrent 17,4 % des entrées tous films confondus et 16,0% des recettes. Ainsi la fréquentation des films inédits d’animation augmente de 14,1 % à 34,0 millions d’entrées (hors films sortis en 2015), soit le plus haut niveau de la décennie. Mais cela profite surtout aux films américains qui squattent 88,6% de ces entrées, alors que les films français ne représentent que 8,4% des spectateurs (très en dessous des bon scores de 2014 et 2015). Côté recettes, l'animation c'est 204,2M € en salles, soit un record depuis 2011. Ce sont aussi les films américains qui trustent les dépenses de promotion avec 84,7% des investissements publicitaires, soit neuf fois plus que les films français.

Ils bénéficient aussi d'une large exposition (346 cinémas en moyenne en première semaine contre 139 écrans en moyenne tous genres confondus). Mais là aussi il y a une distorsion de concurrence puisque seulement 12 des 35 films animés sortent sur plus de 500 écrans. Et la moitié (18 sur 35) sont diffusés sur moins de 199 copies. Un film américain va profiter, en moyenne de 602 salles lors de sa sortie tandis qu'un film français n'en aura que 283. L'âge de glace: les lois de l'univers est ainsi sorti sur 896 écrans, le 4e meilleur score depuis 2007 pour un film d'animation.

Cette concurrence "inégale" se tretrouve aussi logiquement dans le box office final avec 7 films au dessus des 2 millions d'entrées, et 23 en dessous de 500000 entrées (dont 14 en dessous de 100000 entrées).

Entre 2007 et 2016, 64 distributeurs ont sorti 301 films d’animation inédits. Les dix plus actifs assurent la distribution de 58,5 % de ces films et réalisent 90,0 % des recettes des films inédits d’animation. Gebeka Films, 20th Century Fox, The Walt Disney Company et Eurozoom en distribuent plus de 20 chacun et totalisent 35,5 % des films d’animation diffusés pour la première fois en salles entre 2007 et 2016. En parts de marché, trois sociétés dominent la dernière décennie: Walt Disney (28,3%), 20th Century Fox (19,8%) et Paramount (15%). Pour 2016, Walt Disney (37,4%) surclasse 20th Century Fox (31,5%) ; viennent ensuite dans l'ordre Universal Pictures, Gaumont, Warner Bros, Sony, Gebeka Films, La Belle Company, StudioCanal et Wild Bunch.

Le carton de Wonder Woman pourrait ouvrir la voie aux super-héroïnes

Posté par vincy, le 4 juin 2017

Il était temps qu'Hollywood mette une super-héroïne en tête d'affiche. Après des années de beaux mâles, muscles saillants et collants moule-burnes (aplaties le plus souvent), Wonder Woman et son lasso s'emparent du box office. Plus de 100 millions de $ de recettes aux Etats-Unis ce week-end selon les premières estimations, 125 millions de $ dans le reste du monde (dont un gros carton en Asie de l'est). Preuve qu'une femme, même si le nom de l'actrice (Gal Gadot) n'apparaît pas sur l'affiche, peut porter un blockbuster. Mieux un film avec une femme comme héroïne et réalisé par une femme (c'est seulement la 4e fois qu'un film réalisé par une femme dépasse les 100M$ au B.O. nord américain). Le sexisme habituel du 7e art en prend un coup: le succès n'est pas réservé aux mecs.

Pourtant, dans le genre action/aventures/super pouvoirs, on savait qu'un personnage féminin pouvait cartonner. Il suffit de voir la filmographie de Angelina Jolie, les récents gros succès de Star Wars (Le Réveil de la Force, Rogue One), Hunger Games, Divergente ou Lucy. Une femme, avec des "guns", peut faire plier n'importe quel méchant, en plus de rapporter beaucoup d'argent.

Finalement, Marvel comme DC Comics ont mis du temps à le comprendre. Même si dans les Avengers ou les Batman, avec respectivement Black Widow et Catwoman, il y a un personnage féminin qui vole presque la vedette aux héros du film, c'est bien la première fois avec Wonder Woman qu'une super-héroïne a le droit de s'affranchir et de sortir de l'ombre des super-héros.

Une bonne dizaine de super-héroïnes en stock

Pourtant, il y a du potentiel dans les comics: Miss Hulk, Sorcière rouge (actuellement incarnée par Elisabeth Olsen dans les Avengers), Raven / Mystique (jouée par Rebecca Romjin puis Jennifer Lawrence dans les X-Men), Phantom Lady, Natasha Irons, Poison Ivy bien entendu (autrefois interprétée par Uma Thurman), Thor Girl, Super Girl, Catwoman (pour oublier Halle Berry) et Elektra (pour zapper Jennifer Garner), Malice (qui sera incarnée par Lupita Nyong'o dans Black Panther), Elsa Bloodstone, Power Girl, ou encore Harley Quinn (Margot Robbie dans Suicide Squad).

Avec une douzaine de films de super-héros dans les tuyaux, Disney/Marvel et Warner Bros/DC Comics pourraient être tenté de donner une chance à l'une de ces héroïnes. Depuis décembre, un projet avec Poison Ivy, Harley Quinn et Catwoman est dans les cartons. Pour l'instant, seul Captain Marvel (avec Brie Larson) est confirmé et programmé pour mars 2019.

Et il est probable que Warner annonce une suite à Wonder Woman dès cette semaine.