Deauville 2019: les destins inégaux des Grands prix du jury

Posté par vincy, le 14 septembre 2019

Deauville va remettre son 25e Grand prix à l'occasion de sa 45e édition. Les jurys successifs du festival du cinéma américain ont su parfois flairer des talents aujourd'hui bien installés à Hollywood - Jeff Nichols, Damien Chazelle, Chloé Zhao pour les plus récents -, couronner des films désormais cultes - Hedwig en tête de liste -, ou anticiper des gros succès publics - Dans la peau de John Malkovitch, Little Miss Sunshine, Whiplash... Surtout, pas mal de ces grands prix ont été nommés aux Oscars quelques mois plus tard. Si ce n'est pas vraiment le festival normand qui les a découverts (souvent les films passent d'abord par Sundance, Tribeca, SXSW ou même Cannes), il a contribué à la montée du buzz pour des œuvres aussi variées que Collision (Oscar du meilleur film), Maria, pleine de grâce, The Messenger, Les bêtes du sud sauvage, Whiplash etc...

Côté box office français, le résultat est plus inégal. Certains films qui ont reçu le Grand prix du jury n'ont même pas eu le droit d'une sortie en salles: c'est le cas de Case départ (What Alice Found) de A. Dean Bell (2003), The Messenger de Oren Moverman (2009), et de 99 Homes de Ramin Bahrani (2015). Cela interroge à la fois sur l'impact des festivals, aussi prestigieux soient-ils, sur la prudence des distributeurs dans un marché de plus en plus concentrés sur les importantes productions.

Pourtant à regarder les 21 films sortis en salles, il y a eu quelques destins heureux dans les salles, avec un film millionnaire, trois autres au dessus des 500000 entrées. Mais la plupart de ces films indépendant américains, qu'ils soient feel-good ou appréciés par l'élite critique ont séduit moins de 70000 spectateurs. Ce qui ne retire rien à leurs qualités. On peut aussi voir le verre à moitié plein: sans un grand prix dans un festival aussi médiatisé que Deauville, on doute que des film de Tom DiCillo, Thomas McCarthy, Jeff Nichols, Kelly Reichardt ou Ira Sachs aient attiré autant de français dans les salles. Si ce n'est pas le critère essentiel, cela reste un soutien non négligeable dans la promotion. Mieux, il y a quelques excellents films dans ce palmarès...

Car ce que l'on constate dans ce tableau - aux films très variés dans leurs styles comme dans leurs genres, avec ou sans stars - n'est pas lié à une grande époque ou un déclin éventuel. les années 2010 se portent d'ailleurs plutôt mieux que les années 1990.

Année Film Entrées
2006 Little Miss Sunshine 1129000
1999 Dans la peau de John Malkovich 717000
2014 Whiplash 640000
2005 Collision 554000
2012 Les Bêtes du sud sauvage 288000
2004 Maria, pleine de grâce 237000
1995 Ça tourne à Manhattan 235000
2008 The Visitor 230000
2011 Take Shelter 201000
2016 Brooklyn Village 117000
2017 The Rider 95000
2018 Thunder Road 77000
2010 Mother and Child 70000
2000 Girlfight 66000
2002 Long Way Home 65000
2013 Night Moves 56000
1996 En route vers Manhattan 53000
1997 Sunday 40000
1998 Et plus si affinités 40000
2001 Hedwig and the Angry Inch 37000
2007 The Dead Girl 15000

Marvel Studios perd Spider-Man

Posté par vincy, le 21 août 2019

Dans un premier temps, Marvel a annoncé sa phase IV au dernier Comic-con en juillet, avec Black Widow, Les Eternels, un nouveau Docteur Strange et un Thor au féminin, etc.... Puis Disney a révélé il y a quelques jours que les super-héros de la Fox passaient sous l'autorité de Marvel Studios. Pourtant, là c'est le plus populaire de ses super-héros qui va échapper à la galaxie Disney/Marvel.

En effet, Sony, propriétaire de Spider-Man a rejeté l'accord proposé par Disney. Par conséquent, Spider-Man n'intègrera aucun des films à venir de Marvel, et devra se concentrer sur ses nouveaux super-héros.

Ce n'est pas si affolant pour Disney, qui, avec le producteur Kevin Feige, a rendu Marvel leader du box office après son acquisition en 2009. Spider-Man n'a intégré le Marvel Cinematic Universe que depuis 2016, quand Sony a choisi Tom Holland pour succéder à Tobey Maguire et Andrew Garfield. Et, dans la phase IV, on voyait mal comment le jeune homme allait éventuellement s'intégrer aux projets confirmés. Enfin, l'absence de Spider-Man ne sera pas plus importante que celles d'Iron Man ou de Captain America.

Pour Sony, l'enjeu était différent. Les 8 films de la saga depuis le premier Sam Raimi de 2002 ont rapporté près de 6,5 milliards de dollars dans le monde. Tous les films ont récolté plus de 190M$ aux USA. Le dernier Spider-Man est le seul film du studio avec Skyfall (James Bond) a avoir cumulé plus d'un milliard de dollars dans le monde. Quant au film d'animation Spider-Man: New Generation, il a récolté un Oscar face aux Pixar en février. Autant dire que Sony ne va pas lâcher ses droits cinématographiques de si tôt.

Mais depuis 2015, Sony et Marvel ont signé un accord historique pour permettre à Spider-Man d'intégrer l'univers Marvel: il apparaît sous les traits de Tom Holland dans le dernier Captain America, les deux derniers Avengers et les deux Spider-Man de Sony ont intégré l'histoire du MCU dans la chronologie des faits. Le tout contre 5% des recettes qui vont à Marvel Studios.

Une franchise étendue chez Sony

Disney a été sans doute trop gourmand. En demandant à Sony de participer davantage au financement des futurs films de Spider-Man et de recevoir la moitié des recettes, et en voulant se mêler beaucoup plus des histoires de super-héros, le studio a froissé son concurrent, qui entend garder le contrôle de sa pépite. Sony profite aussi de l'arrêt de la saga Avengers. Disney a donc décidé brutalement de rompre le contrat en cours, en guise de "représailles".

Les deux prochains films prévus contractuellement avec le réalisateur John Watts et l'acteur Tom Holland se feront donc à l'écart de Marvel. Et Sony a d'autres projets (notamment la suite de Venom et un film sur Morbius).

Officiellement, Sony est déçu de ce désaccord public. La question est de savoir si, sans Kevin Feige aux manettes, et sans l'expertise Marvel, Spider-Man va continuer d'être aussi rentable, alors que le reboot et sa suite avec Andrew Garfield ont été décevants au box office. Sony plaide que la véritable raison est l'emploi du temps surchargé du dirigeant de Marvel Studios, qui va devoir gérer la phase IV du MCU, l'intégration de la Fox et les séries TV pour Disney +.

Quel futur pour DC Comics sur grand écran?

Posté par vincy, le 15 août 2019

On a beaucoup parler de Marvel avec l'annonce de la Phase IV du Marvel Cinematic Universe au Comic-con de San Diego. Mais qui s'est soucié de l'absence de DC Comics? Pour certains professionnels, le concurrent de Marvel ne sait plus trop bien où il en est. Après la trilogie flamboyante et sombre de Christopher Nolan autour du chevalier noir, les nouveaux films avec Batman et Superman n'ont jamais pu rivaliser avec ceux de Marvel, ni en qualité ni en dollars. Que ce soit Man of Steel, Justice League ou même le combo Batman v Superman, rien n'a égalé les éloges et le milliard de dollars de The Dark Knight et de The Dark Knight Rises.

C'est finalement avec un environnement plus pop et moins poli que DC Comics a semblé trouver la martingale. Suicide Squad puis Wonder Woman et surtout Aquaman (recordman mondial des recettes de DC Comics avec 1,15 milliard de dollars) ont prouvé que la marque avait du potentiel, avec plus de fun et moins de psychologie. Wonder Woman est même, avec les deux Dark Knight, le seul non Marvel du Top 10 historique nord-américain.

On sent que la construction d'un univers étendu des super-héros de DC a du mal à se mettre en place. L'ordre des films est moins maîtrisé que chez Disney/Marvel.  La Justice League qui aurait pu être un lien entre les différents films n'a pas su s'imposer comme Avengers. Shazam!, au succès relatif mais prometteur, est le deuxième film consécutif avec un nouveau super-héros, sans qu'il n'y ait de débouchés pour lui dans un avenir proche.

A cela s'ajoute un nombre de films qui chaque année, et une faible fidélisation des spectateurs.

DC Comics expérimentateur, précurseur

Pourtant la Warner a bien l'intention vouloir combattre Disney. Et n'a peut-être pas envie de calquer le modèle DC sur celui de Marvel. Après tout, les Dark Knight ont été encensés et ont rarement été égalés en qualité (hormis par les Spider-Man de Sam Raimi , chez Sony, et Black Panther, chez Disney), tout en étant dans un registre esthétique très différent des Marvel.

C'est aussi DC Comics qui a initié la mort tragique d'un super-héros (en l'occurrence Superman dans Batman v Superman), bien avant que Thanos n'élimine la moitié d'entre eux dans Avengers Endgame.

Et on doit également à Warner/DC le premier mélange hybride animation/super-héros avec les Légo, bien avant l'excellent Spider-Man de Sony.

Ensuite le carton de Wonder Woman a été précurseur pour Hollywood, arrivant avant ceux de Black Panther et de Captain Marvel: c'est bien la Warner qui a prouvé qu'une super-héroïne était bankable et que l'ère du super-héros masculin blanc était révolue. Le film a aussi révélé une actrice. Idem pour Aquaman, le studio a imposé un "nouveau" nom, avec succès.

Mais ces deux cartons ont aussi changé l'orientation de Warner/DC Comics. Terminé le noir: la franchise DC se met au bling-bling et aux couleurs. Bref le spectateur veut du pop-corn, on va donc lui en donner, peu importe si les scénarios sont plus simplistes voire incohérents.

Ça part un peu dans tous les sens côté récit, comme côté stratégie, en apparence. On se demande comment tout les projets du studio vont s'imbriquer. Surtout que DC Comics, contrairement à Marvel, ne parvient pas à conserver ses acteurs. Will Smith a déjà abandonné la Suicide Squad. Et on ne compte plus le nombre de Batman et de Superman, qui, à chaque fois, provoquent l'hystérie des fans pro ou contre.

Les versions alternatives et arty

Le studio promet de rationaliser tout ça. En voyant le programme, on s'interroge malgré tout. Prochaine sortie : The Joker de Todd Phillips, en compétition à Venise, avec Joaquin Phoenix. On revient à l'esprit de Nolan mais avec un spin-off déconnecté des autres films. Bref, un épisode "arty" pour les Oscars plus que pour les dollars. Ou une version alternative, à la manière du film d'animation Spider-Man sorti en décembre dernier.

Dans le même registre, Warner a dégainé The Batman, réalisé par Matt Reeves. Robert Pattinson a été choisi pour être le chevalier noir dans ce film qui doit se concentrer sur sa jeunesse. Une autre version alternative. Ou un reboot en attendant un Justice League 2 convaincant? Pour l'instant rien de tout ça. Juste un Batman de plus où on reverra sans doute ses parents tués en sortant du cinéma. Ce sera le 25 juin 2021.

Girl Power

Le 19 février prochain, c'est un autre spin-off autour de la badass girl Harley Quinn (Suicide Squad) qui va profiter de la notoriété de son actrice (Margot Robbie) qui déclenchera les hostilités avec Birds of Prey. Harley Quinn se battra aux côtés de Black Canary (Jurnee Smollett-Bell), Huntress (Mary Elizabeth Winstead), la détective Renée Montoya (Rosie Perez) pour sauver Batgirl (Ella Jay Basco, choix définitif?) des mains de Black Mask (Ewan McGregor) et le tueur Victor Zsasz (Chris Messina). Tout un programme au féminin.

Avant que Marvel ne démarre sa phase IV, le 1er mai, avec son longtemps attendu Black Widow. Mais le 5 juin, DC Comics pourrait emporter ce match féminin avec son autre super-héroïne, Wonder Woman 1984. On se demande juste comment Patty Jenkins va ressusciter Chris Pine. Et, en même temps, il ne s'agirait pas d'une suite (on va se perdre à force). Mais il n'est pas impossible que DC gagner la guerre du box office sur Marvel en 2020 grâce à Margot Robbie et Gal Gadot.

Aquaman 2 dans trois ans

En août l'année prochaine, on retrouvera un reboot de Suicide Squad (cinq ans après l'unique film de l'équipe) par James Gunn (transfuge Marvel), avec Margot Robbie, Joel Kinnaman, Jai Courtney, Viola Davis mais pas Will Smith. Idris Elba héritera d'un nouveau personnage, avec une fille incarnée par Storm Reid. Ce qui augure peut-être d'un revirement narratif pour construire (enfin) un univers DC au cinéma, surtout si le script prend en compte le personnage d'Harley Quinn. Pour l'instant le programme s'arrête à décembre 2022 avec la suite d'Aquaman, face à un Star Wars. Pari risqué. Aucun Justice League, pas de troisième Wonder Woman, nul Superman à l'horizon. On sait juste que le super-héros Black Adam, antithèse de Shazam!, est en préparation (il devait d'ailleurs apparaître dans Shazam). Dwayne Johnson a été enrôlé pour être le super-héros et Jaume Collet-Serra devrait réaliser ce film, sans date précise pour l'instant.

Mais Warner décline différemment son partenariat avec DC Comics. D'un côté des films pop-corns pour lui assurer des grosses recettes mondiales (et consolider son statut de 2e studio hollywoodien). De l'autre des films plus dramatiques, avec des acteurs de premier niveau, à la manière de "hors-série" classieux. Et enfin des spin-offs autour de super-héros plutôt bad-ass, moins sages que ceux de Marvel en tout cas.

Cependant, à l'instar de Disney/Marvel/Fox/Lucasfilms/Pixar avec Disney +, Warner Bros va aussi envisager ses super-héros pour sa future plateforme de streaming, HBO Max. Ainsi les Watchmen débarqueront sur HBO cet automne en série, avec Jeremy Irons, Regina King et Tim Blake Nelson. La nouvelle patronne du studio, Ann Sarnoff, a d'ailleurs reçu pour mission d'étendre le partenariat avec DC Comics et de développer tout azimut les franchises du studio, tous supports confondus.

Elle va devoir faire le ménage et trier dans les cartons du studio, qui a repoussé Justice League Dark, Flashpoint et Batgirl, pourtant annoncés il y a deux ans. Et Warner n'a jamais caché son intention de donner une suite à Aquaman, un spin-off sur Deadshot (Will Smith dans Suicide Squad), ou des films dédiés à la Fosse (Aquaman) et à Nightwing. Ava DuVernay travaillerait sur New Gods. Il y a un scénariste officiellement recruté pour Supergirl, sans date de pré-production. Gotham City Sirens est un peu dans les limbes. On ne sait pas ce qu'il advient de Blackhawk par Steven Spielberg. Enfin le projet Lobo a finalement été orienté en série TV.

Il faut s'attendre à des surprises: le studio a aniticipé six créneaux dans le calendrier entre 2020 et 2022, sans mentionner le titre du film.

Europacorp pourrait être cédé à un fonds d’investissement américain

Posté par vincy, le 14 juillet 2019

Ce ne sera finalement pas Pathé. Pourtant le groupe français avait toutes les chances de reprendre Europacorp, le groupe de Luc Besson. Pathé avait déjà conclu un accord de distribution pour les trois films de la société qui étaient finalisés, dont le récent Anna de Luc Besson, et repris les multiplexes EuropaCorp.

En ce jour de fête national, l'ancien fleuron français, qui a déjà été pas mal déplumé suite au gouffre financier de Valérian, risque de passer sous pavillon américain l'année de ses 20 ans. En procédure de sauvegarde depuis le 13 mai, le groupe n'a plus d'autres choix que d'accepter l'offre de reprise du fonds d'investissement américain Vine Alternative Investments, l'un de ses créanciers. Selon le JDD, l’affaire s’est conclue le 3 juillet.

Lire aussi: EuropaCorp, le studio de Luc Besson, s’approche de la faillite

Pathé était pourtant en négociations exclusives depuis la fin mai, mais le groupe de Jérôme Seydoux ne serait pas parvenu à trouver un accord avec Vine notamment sur la restructuration des dettes. Pour Pathé, la pilule est amère: le catalogue d'Europacorp était une pépite alléchante.Selon Jérôme Seydoux, dans Le Monde, c'est un choix de Luc Besson qui a préféré l'offre de Vine à un partenariat avec Pathé. C'est d'autant plus paradoxal que c'était Luc Besson qui était venu chercher Pathé.

Vine n'a plus qu'à devenir un actionnaire incontournable. Mais on ne connait pas encore la fin de l'histoire puisque Besson doit présenter cette nouvelle offre dans le cadre d'un plan de sauvegarde au tribunal de commerce de Bobigny, qui avait donné six mois au groupe pour restructurer sa dette. Avec 340 millions d'euros de déficit cumulé depuis quatre ans et une dette de 140M€, il est encore possible qu'Europacorp disparaisse d'ici la fin de l'année si le tribunal rejette ce nouveau plan de sauvetage. Or, les comptes ne sont pas au beau fixe puisque et un film Anna ne devrait pas rentrer dans ses frais avec un box office qui risque de ne pas aller au dessus des 25M$ dans le monde.

Vine, deuxième partenaire financier d'Europacorp, apparait finalement comme la seule issue de secours possible pour que Luc Besson reste relativement indépendant. C'est sans doute là son choix: conserver un peu le pouvoir d'une société autrefois flamboyante.

Parasite bientôt en version doublée en français dans les multiplexes

Posté par vincy, le 11 juillet 2019

"Il y a quelques mois, Bong Joon Ho essayait de nous expliquer pourquoi #Parasite n’avait aucun potentiel en dehors de Corée. Merci au million de spectateurs français qui lui ont prouvé le contraire." Relayant ce message de Bong Joon ho sur twitter, le distributeur de Parasite, Palme d'or 2019, peut se réjouir.

Avec 1,11 million d'entrées mardi soir, le film de Bong Joon Ho est devenu le plus grand succès coréen en France (et le premier millionnaire en entrées). Il faut même remonter à 2005 pour trouver un tel succès pour un film venu d'Extrême-Orient. C'est aussi la Palme d'or la plus populaire depuis Entre les murs en 2008.

Logiquement The Jokers a annoncé qu'il travaillait actuellement une version doublée en français, chose très rare pour un film non anglophone. La sortie est calée pour début août, et qui va permettre au film, toujours dans le top 10 des entrées, de conquérir un public plus large, notamment dans les territoires où la vost est rarement diffusée. En ciblant les multiplexes, Parasite en VF pourrait viser les 2 millions de spectateurs.

En Corée du sud, Parasite a déjà récolté 71M$, et se classe déjà 3e du box office annuel.

Les six premiers films de Jim Jarmusch en version restaurée

Posté par vincy, le 3 juillet 2019

Une rétrospective des six premiers films de Jim Jarmusch débutera le 3 juillet dans les salles avec leur ressortie en versions restaurés grâce au distributeur Les Acacias.

Permanent Vacation (1980, mais sorti en France en 1984), film d'une heure et quart, est sans aucun doute le moins connu, même s'il pose les bases du cinéma "jarmuschien". La collection comprend Stranger Than Paradise (1984), Caméra d'or à Cannes, à peine plus long, Down by Law (1986), en compétition à Cannes, avec Tom Waits, son fidèle John Lurie et Roberto Benigni, Mystery Train (1989), film à segments primé pour sa contribution artistique à Cannes, avec Tom Waits, Steve Buscemi, Nicoletta Braschi et Masatoshi Nagase.

Les deux autres films sont Night on Earth (1991) au casting étoilé (Gena Rowlands, Winona Ryder, Armin Mueller-Stahl, Rosie Perez, Isaach De Bankolé, Béatrice Dalle ) et Dead Man (1995, compétition cannoise), son film le plus spirituel, avec Johnny Depp, Gary Farmer, John Hurt, Robert Mitchum, Iggy Pop et Gabriel Byrne.

Si Jim Jarmusch est un cinéaste culte, certains de ces films otn aussi séduire un public plus large. Down by Law a ainsi attiré 635000 cinéphiles français et Stranger than Paradise a enregistré 380000 entrées (soit plus que son dernier film The Dead don't Die, qui a séduit 330000 zombies).

Cette ressortie de ces premiers films est l'occasion d'en finir avec les clichés sur son cinéma, dont la tonalité et l'esthétique sont beaucoup plus variées qu'on ne le croit, même si la poésie et l'errance restent ses fils conducteurs.

Parasite: Song Kang-ho et Bong Joon-ho à Locarno

Posté par vincy, le 21 juin 2019

L’acteur sud-coréen Song Kang-ho recevra un Excellence Award au prochain Festival de Locarno (7-17 août),  et il sera convié à une conversation avec le public au Spazio Cinema, en compagnie du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho, Palme d’or avec Parasite. Le Directeur général d’Arte France Cinéma et ancien Directeur artistique du Locarno Film Festival, Olivier Père, animera les débats.

Fidèle du cinéaste, Song Kang-ho, le père de la famille pauvre dans Parasite, a été le malheureux détective provincial de Memories of Murder (2003), le restaurateur qui doit affronter un monstre dans The Host (2006), et a fait partie de l'aventure de Snowpiercer - Le Transperceneige, au milieu d'un casting international

L’hommage à l’acteur sud-coréen sera également accompagné de la projection de Banchikwang (The Foul King, 2000) de Kim Jee-woon, Boksuneun naui geot (Sympathy for Mr. Vengeance, 2002), premier volet de la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook et Memories of Murder, qui sera présenté sur la Piazza Grande pour la Crazy Midnight du 12 août.

Song Kang-ho a été un acteur loyal à Lee Chang-dong (Green fish, Secret Sunshine), Kim Jee-woon (The Quiet Family, Le Bon la brute et le cinglé, The Age of Shadows) et Park Chan-woo (JSA, Lady Vengeance, Thirst ceci est mon sang). Il a reçu deux prix d'interprétation au Festival de Busan et trois prix du meilleur acteur aux Grand Bell Awards (les Oscars sud-coréens).

Parasite a déjà attiré 608000 spectateurs en France depuis sa sortie, ce qui va en faire le plus gros succès pour un film sud-coréen, détrônant Snowpiercer du même réalisateur (678000 entrées en 2013). Le film est toujours en tête du box office en Corée du sud, avec un cumul de 51M$ de recettes après 2 semaines d'exploitation.

19 films d’Almodovar en rétrospective

Posté par vincy, le 19 juin 2019

Alors que Douleur et Gloire est tours dans le Top 10 du box office français un mois après sa sortie et cumule plus de 700 000 entrées, Tamasa distribution sort cette semaine une rétrospective du maître espagnol Pedro Almodovar.

Cette rétrospective de 19 films - de Pepi Luci Bom et autres filles du quartier à Julieta - .sera nationale avec 3 salles à Paris, notamment le Gaumont Les Fauvettes, et dans les grandes villes (Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes, ...) comme dans les moyennes (Angers, Dijon, Grenoble, Metz...).

Ce sera l'occasion de (re) découvrir ses premiers films ou de (re) voir ses moins populaires. Il a fallu attendre 1986 pour découvrir un film d'Almodovar en France (Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?, 86000 entrées) et 1989 avec Femmes au bord de la crise de nerfs pour qu'il connaisse son premier succès (600000 entrées). Cinq de ses films ont attiré plus d'un million de spectateurs: Talons Aiguilles (1992, 1,5M d'entrées), Tout sur ma mère (1999, 2M d'entrées), Parle avec elle (2002, 2,2M d'entrées), La mauvaise éducation (2004, 1,1M d'entrées), Volver (2006, son plus grand succès avec 2,3M d'entrées).

Pedro Almodovar va recevoir un Lion d'or d'honneur au prochain Festival de Venise.

[Dossier] Cannes, centre du monde cinématographique ?

Posté par vincy, le 14 mai 2019

Qu'on le veuille ou non, le Festival de Cannes reste un des épicentres du cinéma mondial. Il n'en a jamais eu le monopole. Mais il est clairement parmi les événements majeurs du 7e art. Depuis sa création, il mue, au gré des révolutions. Les révolutions formelles et artistiques pour commencer, avec la Nouvelle Vague, le Nouveau cinéma américain, la 5e génération de cinéastes chinois, le surgissement de films venus de pays jusque là inconnus, les films tournés en numérique, etc... La concurrence actuelle des plateformes de streaming, des séries et des jeux vidéos équivaut à celle dans les années 1960, quand la télévision détournait les spectateurs du grand écran.

[Dossier] Cannes, centre du monde cinématographique ? — Rencontre avec le réalisateur Erwan Le Duc

Mais il est incontestable que d'un point de vue comptable, Cannes a moins d'impact que les blockbusters d'Hollywood, notamment auprès des millennials, qui ne retiennent souvent que l'actu "glamour" du festival, relayée par la presse populaire et les influenceurs et influenceuses. Ceci dit, ce n'est pas l'objectif du Festival.

Les marques Disney, Netflix et autres Apple et Amazon (sans oublier les Chinois) imposent un marketing de masse qui concentrent aujourd'hui les spectateurs sur certains films, ou, pire, chez eux. Cannes - comme Berlin, Venise, Toronto, Sundance, Locarno, Telluride, Busan, etc - a vocation à résister à cette tendance. Le glam et les stars, tout ce cérémonial pour les télévisions et la presse people, ne font qu'attirer le regard des fans pour leur parler d'autres films.

[Dossier] Cannes, centre du monde cinématographique ? — Rencontre avec Jérémy Redler, président de la Commission du Film Ile-de-France

Avec les Oscars, la Palme d'or reste ainsi la récompense suprême du 7e art. Une sorte de Nobel. Même si ces derniers temps, ce sont plutôt les films présentés à Venise qui ont la cote aux Etats-Unis. Il n'empêche, année après année, même si les blasés évaluent le Festival de Cannes sur un échelle de médiocre à grandiose (c'était toujours mieux avant parait-il), même si les plus fidèles oublient que ce sont souvent les surprises et les nouveaux talents qui donnent de la saveur à une compétition, Cannes s'impose à chaque foi dans les bilans annuels et palmarès de critiques.

Qu'on prenne l'édition 2018, plutôt ratée pour le cinéma français en sélection officielle hormis l'excellent "coup" du Grand bain et le snobé jusqu'au bout En guerre, et on retrouve Dogman (9 Donatello et 3 European Film Awards), Plaire, aimer et courir vite (Prix Louis Delluc), Blackkklansman (un Oscar au final), Capharnaüm, Une affaire de famille et Cold War tous trois cités aux Oscars. Une affaire de famille a fait un doublé Palme d'or-César et raflé 8 prix aux Oscars japonais. Il y a pire bilan.

[Dossier] Cannes, centre du monde cinématographique ? — Rencontre avec Jean-Marc Thérouanne, Délégué général du Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul

A chaque édition, un bon tiers de la compétition, et une bonne dizaine de films des autres sélections, sont parmi les films favoris en France et ailleurs au moment des Top 10 de fin d'année. Ce n'est pas le cas forcément des autres festivals, à l'exception de Venise ces dernières années.

Cannes reste donc le temple de la cinéphilie mondiale. Les grands auteurs sont fiers d'y aller, et font tout pour y aller (tournant et post-produisant leurs films à temps pour les sélections). Le Festival ne peut de toute façon pas accueillir tous les grands films de l'année. Mais il y a une variété et une diversité suffisamment forte pour que le logo du festival ait encore une vraie valeur sur les affiches.

Par ailleurs, avec plus de 4000 journalistes, cela reste l'événement culturel le plus suivi du monde, devant les Oscars, qui sont surtout suivis par le grand public. De quoi donner de l'écho à un film, ce qui vaut toutes les campagnes de marketing et un bon indicateur pour la sortie en salles. Certes, cela peut aussi "tuer" un film. Mais n'oublions pas que Cannes a donné de la valeur marchande et artistique en découvrant ou primant au début de leurs carrières des cinéastes comme Martin Scorsese, Xavier Dolan, Quentin Tarantino ou Sofia Coppola. Cela en surévalue certains aussi, mais le temps trie le bon grain de l'ivraie.

[Dossier] Cannes, centre du monde cinématographique ? — Rencontre avec Ron Dyens, producteur chez Sacrebleu productions

Tout est question de marché. Tant que la presse professionnelle américaine est présente quotidiennement, on peut se rassurer: c'est qu'il y a du business. Certes, le marché évolue. Les négociations sont plus difficiles. Les sorties sont aussi plus risquées.

Dans une interview au Monde, Jérôme Seydoux explique: "Dans le temps, les majors avaient une filiale spécialisée en films plus « metteurs en scène ». Beaucoup des studios ont abandonné, tout simplement parce qu’ils perdaient de l’argent. Aujourd’hui, ce cinéma-là est entre les mains de Netflix, Amazon, Apple ou d’autres. Il n’a pas disparu. Quand Netflix fait Roma, c’est un film qui a du mal à financer sa sortie en salle. Idem pour celui de Scorsese. Prenons un film indépendant qui a coûté 20 millions de dollars. Netflix en offre 25, alors que sa sortie en salle nécessiterait entre 15 à 20 millions de dollars aux Etats-Unis. Il faudrait donc 40 millions de dollars de recettes en salle pour le rentabiliser, alors qu’avec les 25 millions de Netflix, le producteur gagne sa vie sans prendre de risques. Le cinéma indépendant américain s’est beaucoup amoindri faute de combattants et de clients. Aux Etats-Unis, les blockbusters se portent de mieux en mieux, alors que les films indépendants et les films étrangers ont quasiment disparu."

Mais, heureusement, il y a toujours un appétit pour le cinéma d'ailleurs. Les 12000 (et plus) de professionnels venus du monde entier, inscrits au Marché international du film, leader mondial qui fête ses 60 ans cette année, ne s'installent pas une semaine sur la Croisette pour bronzer. Dès la mi-avril, les agents, vendeurs et producteurs préparent leurs annonces. Cannes reste un gage de curiosité et d'éclectisme qui peut satisfaire tout le monde. Ni le marché de Berlin, ni celui de Sundance n'arrivent à son niveau. Une preuve supplémentaire.

[Dossier] Cannes, centre du monde cinématographique ? — Anne-Laure Brénéol et Lionel Ithurralde de Malavida Films

Si les films de Netflix n'ont pas accès aux sélections cannoises (les exploitants français s'attachant à la chronologie des médias, la diffusion en salle et finalement à l'exception culturelle française), les acheteurs de Netflix seront bien présents pour opérer une razzia sur certains films présentés au Palais des festivals, à la Quinzaine ou à la Semaine.

Non, le seul problème c'est bien ce ressenti que les films cannois ne sont pas populaires. Ils gagnent des prix dans leurs pays par la suite, vont parfois aux Oscars (mais ce n'est pas le bon critère pour juger d'un Festival). Mais séduisent-ils le public? On affirme que oui. Le Grand bain a été un succès. On oublie que E.T. a été un film de clôture. On oublie surtout qu'il y a un effet Palme d'or. Outre les gros hits (Apocalypse Now, Un homme et une femme, la dolce vita, Pulp Fiction, ...), combien de films auraient obtenu leur score final sans une Palme? Impossible d'imaginer que La vie d'Adèle ou Entre les murs dépassent le million de spectateurs (et soient si bien exportés), que La leçon de Piano soit au-dessus des 2 millions d'entrées, qu'un film thaïlandais comme Oncle Boonmee intrigue 130000 Français, qu'Une affaire de famille ou Amour finissent aux alentours de 800000 tickets vendus. Jamais ces films n'auraient eu de tels scores sans la Palme. Et allons même sans Palme, Mummy ou 120 battements par minute n'auraient jamais pu élargir leur public comme ils l'ont fait.

Alors, oui, il n'y a pas que Cannes. le cinéma tourne autour de quelques rendez-vous majeurs - Sundance, Cannes, le trio de la rentrée Telluride-Venise-Toronto, - et quelques marchés - Berlin, Cannes, Toronto, Busan, l'AFI de Los Angeles. Mais en étant situé au printemps, la montée des marches donne le coup de sifflet à l'année du cinéma "art et essai" (mais pas seulement, puisque les studios s'en servent aussi pour le lancement de grosses productions).

Il ne s'agit pas de concurrencer Marvel ou la soft power asiatique. Il ne s'agit pas de refléter tout le cinéma romanesque et populaire indien, turc ou nigérien. Le Festival a une autre mission. Cannes devient une forteresse, pour le moment, chargée de protéger un cinéma hétérogène réalisé par des artistes qui croient encore qu'on peut raconter des histoires autrement: ni binaires, ni formatées, ni infantilisantes.

En cela, dans ce domaine, le Festival de Cannes reste incontournable, essentiel et même vital.

Bilan 2018: Une fréquentation en baisse dans l’Union Européenne

Posté par vincy, le 9 mai 2019

Les recettes brutes des salles de l’UE ont chuté de 3,3 % pour s’établir à 6,80 milliards d’euros en 2018, leur plus bas niveau depuis quatre ans. L'Observatoire européen de l’audiovisuel estime qu'il s'agit néanmoins de la quatrième recette la plus élevé de la dernière décennie.

Avec un prix moyen paneuropéen du billet stable à 7,1 €, la baisse des recettes s’explique par la baisse du nombre de billets vendus: la fréquentation des cinémas de l’UE a reculé de 2,9 % à 956 millions de billets vendus, soit 28,7 millions de moins qu’en 2017. Elles ont augmenté dans 12 territoires de l’UE et diminué dans 11, tout en restant relativement stables dans trois des 26 marchés de l’UE pour lesquels des données provisoires sont disponibles.

Le net recul enregistré en Allemagne (-14,8 %) et les baisse en Italie (-5 %) et en France (-4%) n'ont pas été compensées par les fortes progressions des marchés d’Europe centrale et orientale, notamment en République tchèque (+13,2 %), en Lituanie (+10,0 %), en SIovénie (+10,0 %), en Croatie (+8,0 %), en Hongrie (+6,3 %) et en Pologne (+5,0 %). ârmi les marchés en forte diminution, on note aussi la Bulgarie, la Finlande, la Grèce, le Luxembourg et la Slovaquie.

Hors Russie (202,2 millions d'entrées, -4,7%), la France reste le pays où le nombre d'entrées est le plus important avec 201,1 millions de spectateurs, loin devant le Royaume-Uni (177 millions d'entrées), l'Allemagne (105 millions), l'Espagne (98,9 millions) et l'Italie (92,6 millions).

Pas étonnant, puisque sur les 20 plus gros succès en Europe, tous les films ont été produits ou coproduits par les Américains. On note par ailleurs 4 coproductions chinoises. Et seul trois films (coproduits donc) britanniques et une coproduction minoritaires de la France (Mission:Impossible - Fallout) atténuent cette suprématie. Avengers : Infinity War, Les Indestructibles 2 et Bohemian Rhapsody ont été les trois vainqueurs de 2018. Autre fait marquant: 16 des 20 plus gros succès sont des remakes, reboots, spin-offs ou sequels. Les succès européens, hors du Top 20, ont sinon été, dans l'ordre, La ch'tite famille, Les Tuche 3, le film polonais Kler, Le grand bain et Taxi 5. La France classe en effet dans ce Top 20 des films européens en Europe 8 coproductions majoritaires (et une minoritaires). Les britanniques placent 7 coproductions majoritaires. L'Espagne et la Pologne suivent avec deux films chacun.

Une part de marché en hausse pour les films européens, grâce aux coprods américaines

Malgré cette baisse de la fréquentation des cinémas dans l’UE et cette domination américaine, la part de marché des films européens a augmenté à 29,4% (27,9% en 2017), grâce à la baisse des entrées réalisées par les films US. Faux nez lié aux succès de productions britanniques à capitaux américains (en hausse). La part de marché des films nationaux est au-dessus des 25% au Royaume-Uni (44,8%, grâce aux coprods américaine), en France (39,5%), en Pologne, au Danemark, en Lituanie. En Turquie, elle atteint même les 63,4%! 8 pays ont une part de marché de films étrangers supérieure à 90%.

Enfin, après avoir ralenti pour la première fois en 2017, les niveaux de production de l’UE sont repartis à la hausse l’année dernière, le nombre estimé de longs métrages européens produits en 2018 étant passé de 1 737 à 1 847, un record. Selon les estimations, il s'agit de 1 142 films de fiction (62 %) et de 705 documentaires de long métrage (38 %). L’augmentation de l’activité de production est principalement liée au nombre croissant de coproductions internationales et de documentaires de long métrage.