Didier Bezace (1946-2020) quitte la scène

Posté par redaction, le 11 mars 2020

Le comédien et metteur en scène français Didier Bezace est décédé des suites d'une longue maladie, a annoncé mercredi à l'AFP son attachée de presse. il avait 74 ans.

Au cinéma, il a joué dans une trentaine de films durant quarante ans de carrière. On l'a ainsi remarqué dans de nombreux second-rôles, avec sa diction bien prononcée et son regard souvent en coin: La petite voleuse de Claude Miller, L.627, Ça commence aujourd'hui et Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier, Petits arrangements avec les morts de Pascale Ferran, Les voleurs d'André Téchiné, La femme de chambre du Titanic de Bigas Luna, La dilettante de Pascal Thomas, Ça ira mieux demain, C'est le bouquet! et Cause toujours! de Jeanne Labrune, Mariages ! de Valérie Guignabodet, Ma vie en l'air de Rémi Bezançon, Le pressentiment de Jean-Pierre Darroussin... Il a été nommé au César du meilleur acteur dans un second rôle pour Profil bas de Claude Zidi.

Si le cinéma était si peu présent dans sa vie de comédien, il tournait de nombreux téléfilms. Mais c'est le théâtre qui occupait toute sa vie, cofondateur du Théâtre de l'Aquarium à La Cartoucherie de Vincennes et directeur du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers durant 16 ans.

Molière de la révélation théâtrale en 1995 avec La Femme changée en renard, il a reçu deux autres Molières en 2005 en tant que metteur en scène et adaptateur pour La version de Browning.

Arnaud Desplechin reçoit le 16e Prix Jacques-Deray du film policier

Posté par redaction, le 25 février 2020

Samedi 22 février à 19h à l’Institut Lumière, le réalisateur Arnaud Desplechin a reçu le 16e Prix Jacques Deray du meilleur film policier français de 2019 pour Roubaix, une lumière. le film a été présenté en avant-première mondiale et en compétition au dernier festival de Cannes. Il est en lice pour 7 César, dont ceux du meilleur film, réalisateur, acteur et scénario adapté.

Le réalisateur est revenu sur le fait divers et le documentaire à l’origine du projet, de son travail sur le scénario, co-écrit avec Léa Mysius, qui a fait l’objet d’une documentation minutieuse dans la ville de Roubaix, qui est aussi sa ville natale ainsi que sur ses propres influences, citant Georges Simenon et Fiodor Dostoïevski. "Aussi douloureux soit votre condition, il y a toujours une lumière" a conclu Arnaud Desplechin avant de recevoir le Prix.

C'est Thierry Frémaux qui a lu la lettre-hommage de Bertrand Tavernier, adressée à Arnaud Desplechin. "Comme spectateur, j’accompagne l’œuvre d’Arnaud Desplechin depuis ses débuts, depuis La Vie des morts et La Sentinelle, où nous avons commencé à correspondre. C’est un cinéaste qui me surprend toujours par le choix de ses sujets et par la façon dont, à chaque projet, il propose une mise en scène, un voyage. Et c’est encore le cas, ô combien, avec Roubaix, une lumière" explique Tavernier, qui confie: "j’ai été ébloui par cette œuvre extrêmement forte et singulière". Il ajoute: "Grâce à la caméra (admirable photo d’Irina Lubtchansky), le film les regardait en face, avec franchise et pourtant avec humilité. Leur fragilité, leurs souffrances, la part d’ombre et de nuit qu’ils trimballaient stoppaient tout déballage pyrotechnique, toute obligation spectaculaire, car la force de ce regard porté sur eux suffisait".

"Le film va constamment au cœur des choses, au cœur des âmes et il ne laisse personne de côté. Tous les personnages, je dis bien tous, sont importants. C’est un cinéma de grands et de petits rôles – les gens ont des accents, des trognes, des manières régionales et ils sont pourtant universels. Ils sont et incarnent ces existences, ces douleurs aussi, et cette misère, tout ce qu’une partie de la classe politique et médiatique ignore" pointe-t-il avec élégance.

Arnaud Desplechin succède à Pierre Salvadori (En Liberté !), Christian Carion (Mon garçon) Arthur Harari (Diamant noir), Vincent Garenq (L'Enquête), Frédéric Tellier (L'Affaire SK1), Jérôme Salle (Zulu), Philippe Lefebvre (Une nuit), Maïwenn (Polisse), Fred Cavayé (À bout portant), Michel Hazanavicius (OSS 117, Rio ne répond plus), Pascal Thomas (Le Crime est notre affaire), Alain Corneau (Le Deuxième souffle), Guillaume Canet (Ne le dis à personne), Jacques Audiard (De battre mon coeur s'est arrêté) et Olivier Marchal (36, quai des Orfèvres).

[Lumière 2019] Bong Joon-ho, son cinéma et son « tempérament bizarre »

Posté par Morgane, le 21 octobre 2019

Après avoir reçu la Palme d'Or au dernier Festival de Cannes avec Parasite (qui a attiré 20000 spectateurs depuis sa sortie rien qu'au cinéma Comoedia de Lyon, soit un record hors-Paris), Bong Joon-ho a été l'un des invités d'honneur de cette édition du Festival Lumière. C'est l'occasion de découvrir toute sa filmographie - dont le splendide Memories of Murder, rattrapé par l'actualité le mois dernier - ainsi que les films coréens qu'il nous propose via sa carte blanche.

Et en ce jour pluvieux, rien de mieux que d'aller écouter ce grand monsieur du 7e art, souvent drôle, toujours humble, et même assez modeste. Pour cette masterclass à la Comédie Odéon mister Bong Joon-ho est accompagné de sa traductrice (qui fait ici un excellent travail!), de Didier Allouche et de Bertrand Tavernier qui a tenu à être présent pour "dire publiquement son amour à Bong Joon-ho, car les hommages posthumes c'est pas si bien que ça."

Les screen quotas
"Ce système des screen quota mettait en place le nombre de jours où les cinémas devaient montrer des films coréens. Mais cela a posé des problèmes lors des accords de libre-échange avec les États-Unis. A la fin des années 90, quand je préparais Barking dog, il y avait des mouvements pour protéger ces quotas. Mais aujourd'hui les screen quotas ont disparu et pourtant le cinéma coréen a réussi à trouver sa place. En Corée du sud, je dirai que c'est du 50-50 entre le cinéma national et le cinéma américain."

Et Bertrand Tavernier d'ajouter "qu'aujourd'hui tout film gagne à être coréen!"

L'image des forces de l'ordre
Dans The Host et Memories of murder, les forces de l'ordre ne sont pas à leur avantage. "Oui, ce sont des policiers des années 80 qui travaillaient pendant la dictature militaire. Mais c'est assez réaliste." Le tueur de Memories of murder a d'ailleurs été arrêté il y a un peu moins d'un mois. Bertrand Tavernier demande alors si ça change son rapport au film. "C'était une affaire non classée qui restait entourée de mystères. Le film est sorti en 2003 sur ce fait qui s'est déroulé dans les années 80. Lorsque le tueur a été arrêté, j'avais des sentiments très troubles, complexes. Maintenant les spectateurs verront la scène finale différemment je pense. Mais j'aimerais garder le film tel qu'il est. Ce serait comme une sorte d'archive de l'époque. Concernant l'image du criminel, pendant l'écriture du scénario, j'avais l'impression de devenir fou. J'avais rencontré des policiers, des proches des victimes, des journalistes, mais celui que je voulais rencontrer c'était le meurtrier et je ne pouvais que l'imaginer. Je me suis donc inspiré et appuyé sur certains films pour cela."

Parti-pris visuels très forts
Bertrand Tavernier: "Vous devez avoir rudement confiance en vous pour tenir ces parti-pris (dans Memories of murder notamment) ou alors vous êtes extrêmement audacieux!"

"Merci pour le compliment mais je crois que c'est dû à mon tempérament bizarre. J'ai un comportement qui part dans tous les sens. Quand on regarde les archives des années 80, c'est une vraie comédie noire. Bien sûr les crimes sont terribles, mais quand on prend de la distance et qu'on regarde les policiers, on a de suite l'image d'une comédie noire. Ils veulent absolument capturer ce criminel, mais n'y arrivent pas. Ils en deviennent complètement fous. Ils vont même jusqu'à consulter un chaman. C'est donc à la fois drôle, car ils sont gauches, mais aussi triste car ils sont réellement désespérés. L'horreur, le désespoir et la comédie étaient déjà assemblés."

Chaque film contre le précédent
" Vous avez vu juste. Quand j'écris le scénario, ce n'est pas intentionnel. Pourtant quand je prends un peu de recul; je réalise que j'écris en effet que chaque film est en réaction avec le précédent."

Clivages sociaux
"Je n'ai pas forcément de message politique ou social. Mon obsession c'est l'intérêt que je porte aux gens qui m'entourent. Quand on creuse et qu'on parle d'une société, on parle de toutes façons de la Société et de l'Histoire. Et surtout en Corée où il est impossible de dissocier la Société de l'Individu." Le cas particulier de The Host est très intéressant. Sans forcément vouloir passer de message force est de constater que les membres de la famille sont méprisés car de classe populaire. "Les personnages principaux dirigent un petit snack et font partie du peuple. Ils se demandent s'ils peuvent vraiment être protégés par le pouvoir. C'est à partir de là donc qu'on a à la fois une comédie et des éléments dramatiques."

Cellule familiale
Pourquoi une telle importance de la cellule familiale? "En effet, pourquoi? Je ne m'en rendais pas forcément compte. Mais ce sont toutes des familles qui ont des failles (dans Mother la mère est seule avec son fils, dans The Host la mère n'est plus là). Finalement c'est la première fois dans Parasite que je montre des familles traditionnelles avec un père, une mère et leurs enfants."

Dans tout succès réside une part de mystère
Comment expliquer le triomphe "global" de Parasite? "Pour être honnête, lors de la production, on espérait juste pouvoir rentrer dans nos frais car on trouvait l'histoire bizarre et on était donc assez inquiet. Je n'étais pas du tout sur de moi. Alors c'est moi qui vous retourne la question, comment expliquez-vous ce succès?"

[Lumière 2019] Francis Ford Coppola reçoit avec émotion le Prix Lumière

Posté par Morgane, le 20 octobre 2019

Comme chaque année depuis dix ans, la salle du Palais des Congrès se gonfle de monde, tous venus venus assister à la Remise du Prix Lumière. Après Jane Fonda, Wong Kar-wai, Catherine Deneuve, Martin Scorsese, Pedro Almodovar, Quentin Tarantino, Ken Loach, Gérard Depardieu, Miles Forman et Clint Eastwood, c’est donc à Francis Ford Coppola qu’est attribué le Prix de cette nouvelle édition du Festival Lumière.

Les invités sont nombreux. Coppola est accompagné de sa femme Eleanor (réalisatrice de Au cœur des ténèbres: l’Apocalypse d’un metteur en scène et Paris can wait) et de son fils Roman. Les hommages se succèdent. Jeanne Cherhal au piano chante le thème du Parrain de Nino Rota dont les paroles françaises sont de Boris Bergman. Quelques films des frères Lumière sont projetés. Il y a aussi l'inévitable retour en images sur les 10 ans du festival, sur cette édition en particulier et sur Coppola célébré! John Osborn chante l’aria de l’Arlesienne. Sofia, qui est en ce moment à Tokyo, et ses deux filles, ont envoyé une vidéo de félicitations, tout comme James Gray qui évoque son amour et son admiration pour le Maestro.

Bong Joon-ho marqué par Apocalypse Now
Puis c’est à Bong Joon-ho, Palme d'or cette année pour Parasite, de prendre la parole. "C’est un honneur. Je suis un peu en train de trembler. Francis Ford Coppola a fait des films extraordinaires et a changé l’histoire du cinéma. Je ne vais pas m'étaler là-dessus car ça prendrait des heures. Quand Apocalypse Now est sorti en 1979 je n’ai pas pu le voir car il était censuré en Corée. C’est en 1988 qu’il est enfin sorti sur les écrans en Corée. J’étais à l’université et je suis allé le voir le premier jour de sa sortie. Ça a été un choc incroyable, indescriptible! Ensuite j'ai vu le documentaire. On y voyait Coppola aux Philippines, torse nu car il faisait très chaud. Et face caméra il demandait: "Qu'est-ce que le cinéma?" et il disait qu'un enfant de 9 ans, si il veut réaliser un film, il le peut. Ça m'a donné du courage." Après ça, il s'est inscrit au ciné-club de son Université et a réalisé un premier court-métrage. Autre anecdote en lien avec Coppola. "Pour m'entraîner je me suis mis à faire des storyboards de films existants et je l'ai fait avec Le Parrain, une scène de crime. Je suis quelqu'un de non violent mais quand je vois un crime je ne sais pas pourquoi mais ça m'excite. Et aujourd'hui j'ai Coppola en face de moi et je suis tout tremblant. Je suis vraiment très honoré!"

Nathalie Baye et l'expérience cannoise
C'est ensuite Nathalie Baye qui monte sur scène. Elle et le Maestro se sont rencontrés à Cannes lorsque ce dernier était président du jury et elle membre du jury. C'était en 1996. Elle parle de son amour pour le cinéma de Coppola qui parle à tous. Un cinéma indémodable. "A Cannes c'était un président formidable, d'une grande écoute et bienveillant. Il a un humour fou" Et Nathalie Baye de raconter que sur la Croisette cette année-là, un spectateur en bas des marches avait confondu Coppola avec Carlos." Quand je leur ai expliqué qui était Carlos, Francis et Eleanor ont beaucoup ri!"

Tavernier et son sublime hommage
Eleanor et son fils Roman montent sur scène accompagnés de Bertrand Tavernier. C'est à ce dernier que revient l'éloge final. Comme à son habitude Tavernier, Président de l'institut Lumière, délivre un hommage d'une grande beauté, digne de la Bible du Cinéma qu'il est! Tavernier sait manier sa plume. "Je crois qu'on a eu une bonne idée quand on a créé ce festival!".  Tavernier a rencontré Coppola à deux reprises. En 1963 lors d'une soirée chez Roger Corman. Coppola venait de réaliser Dementia et Corman ne tarissait pas d'éloges sur lui.

La deuxième fois c'était à Paris un dimanche soir dans un restaurant où Coppola dinait en famille. "Je n'appelle pas ça connaitre et pourtant j'ai l'impression de vous connaitre, mais c'est à travers vos films. J'étais impressionné, je le suis encore plus ce soir. Il est dur d'évoquer son admiration en public et j'ai peur d'admirer mal." Certains films moins connus ont beaucoup touché Tavernier. "Les gens de la pluie. Je crois que je vous ai aimé dès ce film", qui rappelle-t-il est un film matrice, fondateur. Il revient sur d'autres films comme Jardins de pierre, Conversation secrète, Le Parrain et sa sublime première phrase "je crois en l'Amérique, l'Amérique a fait ma fortune", Outsiders "plus modeste mais qui me touche encore plus" et d'autres encore. "Quant à Apocalypse Now j'étais sonné et je savais que ce film allait faire partie de ma vie!"

"Oui Francis, j'ai aimé admirer vos films!"

Coppola touché
Pour finir la soirée c'est donc à Francis Ford Coppola de prendre la parole. "Je n'étais pas préparé à ça. Je n'étais pas préparé à toutes les choses extraordinaires dites sur moi. Je suis très touché par les mots de Bertrand, mon contemporain, ainsi que par ceux de Bong Joon-ho." "Je me suis revu, enfant, assis au bord du trottoir pendant qu'un défilé passait. Je voulais juste en faire partie. Et ce soir, vous m'avez permis de ressentir ce que je veux le plus au monde, le sentiment de faire partie d'un groupe, et je vous remercie pour ça" a confié le maître devant une Halle Garnier bourrée à craquer. Et Coppola finit ainsi: "Il y a trois choses qui manquent cruellement dans le monde et que j'ai ressenti ici: convivialité, enthousiasme et célébration."

Michel Aumont, à la porte (1936-2019)

Posté par redaction, le 29 août 2019

Le comédien Michel Aumont, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, est décédé mercredi à l'âge de 82 ans, a annoncé sa famille jeudi à l'AFP. Né d'un père régisseur au théâtre et d'une mère comédienne, il avait du attendre la trentaine pour obtenir ses rôles les plus intéressants. Dans un hommage sur twitter, Gilles Jacob le décrit précisément: " Le maintien, l’intonation, le phrasé, la justesse, l’ironie discrète jamais bien loin et cette sorte d’épaisseur humaine qui sert les grands rôles. Un de ses titres lui va bien : L’Œil du maître".

4 Molière et 3 nominations aux César

Michel Aumont a brillé sur les planches. Quatre Molière en poche (deux fois comédien, une fois second-rôle, et une fois seul en scène, pour son spectacle A la porte). De 1956 à 1993, il faisait partie de la troupe de la Comédie française, devenant sociétaire, puis sociétaire honoraire., jouant Feydeau, Shakespeare, Rostand, Pirandello, Beckett, Ionesco, Pinter, Sartre... et surtout Molière dont il fut l'un des grands interprètes, de L'avare au Misanthrope. Il poursuit sur scène avec un registre plus éclectique, passant de Shakespeare à Arthur Moller, de la comédie au drame.

Au cinéma, il aura surtout hérité de seconds-rôles. Il a d'ailleurs été trois fois nommé dans cette catégorie aux César: Des enfants gâtés et Un dimanche à la campagne, deux films de Bertrand Tavernier, Courage fuyons d'Yves Robert. Sa filmographie, impressionnante en quantité de films, comporte de nombreux grands noms du cinéma. Alors qu'il brille au théâtre depuis 17 ans, Michel Aumont est appelé par le cinéma en 1973 seulement. On le voit chez Claude Chabrol (Nada), Claude Pinoteau (La gifle), Joseph Losey (Monsieur Klein), Claude Sautet (Mado), Jean-Jacques Annaud (Coup de tête). Son physique passe partout à qui il peut donner les allures d'un prolétaire comme d'un notable lui permettent d'être tout-terrain.

Roi ou médecin, fonctionnaire ou restaurateur

Dans les années 1970, il croise aussi Francis Veber (6 films ensemble). Passant de la farce au polar, du drame à la série B, le comédien n'a jamais rencontré son grand rôle sur grand écran, comme il avait pu être un immense Roi Lear au théâtre. Cela ne l'a pas empêché de tourner sous l'oeil de Claude Zidi, Pascal Thomas, Richard Dembo, Pierre Granier Deferre, Laurent Bénéguy, Edouard Molinaro, Patrice Leconte, Dominik Moll. Et le grand public s'est régalé ces dernières années avec les personnages que lui ont donné trois réalisatrices:  Valérie Lemercier (Palais Royal), Nicole Garcia (Un balcon sur la mer) et Anne Le Ny (Les invités de mon père), soit trois facettes de son talent: le rire, l'émotion et ce subtil mélange entre les deux qui nous touchait tant.

Acteur prolifique (y compris à la télévision), assez inclassable, ce premier prix de comédie moderne au Conservatoire pouvait être ignoble ou doucereux, burlesque ou inquiétant, salaud ou empathique. Il y a cinq ans, il résumait sa vie ainsi: "Je suis un acteur, je joue des rôles. Moi, je n’existe pas. Je suis les rôles que je joue. Moi, je ne suis rien." Et on n'en savait d'ailleurs pas plus.

François Perrot (1924-2019): le métier d’acteur et rien d’autre

Posté par vincy, le 21 janvier 2019

François Perrot, habitué des seconds rôles au cinéma avec près de 150 films et pièces de théâtre pendant près de soixante ans, est décédé dimanche à l'âge de 94 ans. Nommé une seul fois aux César (La Vie et rien d'autre de Bertrand Tavernier) en 1990, le comédien se glissait dans tous les costumes, à la demande.

Certains cinéastes n'hésitaient pas à faire régulièrement appel à ses services. Pour Claude Chabrol, il tourne Nada, Les innocents aux mains sales, Alice ou la dernière fugue. Avec Tavernier, il embellit sa filmographie de titres comme Coup de torchon, La vie et rien d'autre, et Quai d'Orsay (son dernier rôle en 2013). Claude Zidi l'enrôle aussi deux fois (Inspecteur la Bavure, Banzaï) tout comme Claude Lelouch (La belle histoire, Une pour toutes), Bertrand Blier (La femme de mon pote, Merci la vie) ou Henri Verneuil, aux côtés de Jean-Paul Belmondo (Le corps de mon ennemi, Les morfalous). Bébel et lui c'est aussi L'inconnu dans la maison de Georges Lautner et Un homme et son chien de Francis Huster. On le voit aussi chez des cinéastes aussi différents que André Cayette (A chacun son métier), Jean-Louis Trintignant (Le maître-nageur), Jean Yanne (Je te tiens tu me tiens par la barbichette), Costa-Gavras (Clair de femme), Christian de Chalonge (L'argent des autres), Roger Vadim (Surprise Party), André Téchiné (Hôtel des Amériques), José Giovanni (Une robe noire pour un tueur), Jacques Deray (Trois hommes à abattre), Maurice Dugowson (Sarah)... Films policiers, comédies (parfois proches de la série Z), drames d'auteur: François Perrot n'avait pas de frontières.

Sans plan de carrière, il navigue ainsi de Laurent Bénégui à Diane Kurys (Je reste!). Sans oublier la télévision avec des séries comme Chateauvallon, Le château des oliviers ou La prophétie d'Avignon, en passant par des Maigret, Cordier et autres Cinq dernières minutes. Père, militaire, flic, juge, médecin, notable ou chef d'entreprise: ses personnages étaient très loin de son métier d'origine, ébéniste.

Il avait débuté avec Louis Jouvet avant de rejoindre le TNP de Jean Vilar. C'est d'ailleurs au théâtre qu'il a le plus brillé, interprétant Molière, Gogol, Brecht, O'Neill, Camus, Wilde, Buzzati, Dard, ou même la pièce de Maria Pacôme, disparue il y a peu, Les Seins de Lola. Lui même metteur en scène, il a été dirigé par André Barsacq, Georges Vitaly, Robert Hossein, Jean-Louis Barrault et Jean-Luc Moreau.

Le Champo fête ses 80 ans

Posté par vincy, le 24 juin 2018

Le cinéma Le Champo -Espace Jacques Tati célèbre ses 80 ans à partir du 26 juin et ce pendant une semaine. Cet anniversaire, sous le parrainage d'Isabelle Huppert et de Bertrand Tavernier, sera l'occasion de festivités spéciales avec près de 50 films, des avant-premières, des soirées-rencontres et une "master class" avec Juliette Binoche le 1er juillet !

Les invités des soirées-rencontres honorées seront Alexandra Stewart, Justine Malle, Claduia Vardinale, Margarethe von Trotta, Pierre Arditi, Jérôme Deschamps, Philippe Garrel, Louis Garrel, Francis Huster, Marin Karmitz ou encore Bertrand Tavernier,... Une programmation jeune public avec Michel Ocelot et Serge Bromberg est également à l'agenda. Sans passer à coté d'une Nuit Tarantino samedi 30 juin de minuit à l’aube, avec trois films (Kill Bill 1 et 2, Django Unchained en salle 1 ; Jackie Brown, Pulp Fiction, Inglourious Basterds en salle 2) et un petit déjeuner offert.

Les films proposés sont éclectiques: Chabrol, Losey, Kaurismäki, Guitry, Jacquot, Bertolucci, Rohmer, Renoir, Hitchcock, Visconti, Pialat, Ophuls, Carné, Burton, Godard, Antonioni, Fellini... de quoi réviser son histoire du 7e art.

Situé en plein Quartier Latin, à deux pas de la Sorbonne, le Champollion est devenu Le Champo en 1988 et a été inscrit aux monuments historiques en 2000. Sa première séance s'est tenue le 22 juin 1938. Il possède deux salles qui ont une capacité totale de 250 places.

Le charme discret de Stéphane Audran s’envole (1932-2018)

Posté par vincy, le 27 mars 2018

Elle était l'actrice chabrolienne par excellence. Stéphane Audran, née Colette Dacheville le 8 novembre 1932; s'est éteinte le 27 mars à l'âge de 85 ans. A l'affiche de deux films oscarisés (Le charme discret de la bourgeoisie, Le festin de Babette), Prix d'interprétation à Berlin (Les biches), à San Sebastian (Le boucher), aux Bafta britanniques (Le charme discret..., Juste avant la nuit) et César du meilleur second-rôle féminin (Violette Noziere), la comédienne était l'une des figures emblématiques du cinéma français des années 1960 et 1970.

Au delà de cette beauté (rousse, blonde ou brune selon les rôles) qui captait si bien la lumière, de ses yeux verts hypnotiques et de sa voix reconnaissable entre mille, elle avait un talent réel à composer des personnages éclectiques dans des univers souvent dramatiques, avec cette distance un peu froide qui lui était propre. ESi elle a tourné en 1959 avec Eric Rohmer, dans Le signe du lion, c'est bien sa rencontre avec Claude Chabrol (décédé en 2010) qui forgea son destin cinématographique. C'est Gérard Blain qui organisa le rendez-vous. Elle obtient alors un petit rôle dans Les cousins (1959). Chabrol et elle entament une relation amoureuse, qui sera fusionnelle à l'écran.Il lui fera tout jouer, séductrice, angoissée, calme, douce, criminelle... La bourgeoise idéale. Ensemble, ils tournent Les bonnes femmes, Les Godelureaux, L'œil du malin, Landru, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La ligne de démarcation, Le scandale.... Pas souvent les meilleurs films du réalisateur, et souvent des échecs financiers. En 1968, avec Les biches, avec Jean-Louis Trintignant, reçoit un Ours d'argent à Berlin. Audran est enfin remarquée comme actrice et Chabrol renaît. Il l'enrôle ensuite pour La femme infidèle et surtout Le boucher, avec Jean Yanne (1970), film noir sous tension sur un amour impossible. Chabrol continue ainsi sa filmographie avec sa première muse (avant Huppert): Meurs filmographies semblent indissociables: La rupture, Juste avant la nuit, Les noces rouges, Folies bourgeoises, Les liens du sang, Violette Nozière durant les années 1970, puis plus sporadiquement ensuite avec Le sang des autres, Poulet au vinaigre, Jours tranquilles à Clichy, Betty et L'ivresse du pouvoir.

Stéphane Audran, épouse de Jean-Louis Trintignant dans les années 1950, en concubinage avec Claude Chabrol à partir de 1959 (et mère de Thomas Chabrol) avant de se marier puis de divorcer en 1980, a connu ses plus grands rôles quand elle s'est émancipée de son pygmalion. La comédienne a été à l'affiche de nombreux films moyens signés pourtant Jacques Pinoteau, Jean Delannoy, Philippe Labro... Mais avec les reconnaissances pour Les biches et Le boucher, son élégance et son magnétisme ont séduit Luis Bunuel (Le Charme discret de la bourgeoisie), une histoire de repas impossible entre notables. La gastronomie, thème chabrolien par excellence, va aussi être son porte-bonheur. Ce film lui ouvre les portes des grands cinéastes et du cinéma anglo-saxon. Dans les années 1970, elle tourne avec Orson Welles (dans l'inachevé The Other Side of the Wind, bientôt restauré et complété), Samuel Fuller (Un pigeon mort dans Beethoven Street, Au-delà de la gloire, Les voleurs de la nuit), une adaptation internationale d'un Agatha Christie (Dix petits nègres) et surtout Claude Sautet (Vincent, François, Paul… et les autres, où elle est la femme d'Yves Montand, qu'elle quitte).

Dans un registre plus populaire on la voit chez Michel Audiard et Georges Lautner, dans La cage aux folles 2 et 3. Ces vingt dernières années, elle apparaît dans des comédies oubliables comme Arlette, Belle-Maman, J'ai faim, Ma femme d'appelle Maurice... En 1981, elle retrouve Huppert, sa partenaire de Violette Nozière dans Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, épouse de Noiret policier devenu assassin. Parmi les films qui ont marqué sa carrière, on note aussi Mortelle randonnée de Claude Miller, Les saisons du plaisirde Jean-Pierre Mocky, et La fille de Monaco d'Anne Fontaine, son dernier film il y a dix ans.

Mais Stéphane Audran s'est offert un chant du cygne somptueux, avec une autre grande bouffe, Le festin de Babette (1987) de Gabriel Axel. C'est sans doute son dernier grand rôle, mais aussi l'un des plus beaux. En cuisinière renommée fuyant une France répressive dans un Danemark austère, elle brille à la lumière des bougies, accomplissant des merveilles avec la nourriture: elle habite littéralement ce film, sélectionné à Cannes et oscarisé l'année suivante.

Ce qui plaisait chez Audran, c'était son jeu subtil, jamais dans l'effet ou la surdramatisation. Sa sincérité transperçait l'écran. Actrice discrète, elle revendiquait cette sobriété. Pas étonnant alors que ce démystificateur de Chabrol ait trouvé en elle toutes les facettes de la femme, qu'elle soit infidèle ou sans amour, vulgaire ou fatale, garce ou vulnérable. Honnête (et engagée), mal exploitée par le cinéma français, l'actrice restera l'une de ces incarnations d'une France en mutation, à la fois enracinée et libérée, classique et moderne, "pompidolienne" en quelque sorte.

Bertrand Tavernier invité d’honneur du 2e Festival du film d’aujourd’hui

Posté par MpM, le 20 novembre 2017

Créé en 2016 à Rueil-Malmaison, le festival du film d'aujourd'hui a pour objectif de mettre en avant le cinéma d’actualité, avec des projections de films récents sur des enjeux de sociétés forts, en organisant des débats avec des professionnels et spécialistes des thématiques abordées. Il remplit ainsi le double rôle d'éducation à l'image et de promotion de la création cinématographique internationale.

Sa deuxième édition, qui se tient du 22 au 28 novembre, propose des avant-premières (La villa de Robert Guédiguian, Belle et Sébastien 3 : pour la vie de Clovis Cornillac et Paddington 2 de Paul King) et un panorama d'une vingtaine de films abordant des thèmes d’actualité et primés l’année précédente,  comme Moonlight de Barry Jenkins, Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi, Noces de Stephan Streker ou encore Moi, Daniel Blake de Ken Loach.

Une soirée spéciale sera également consacrée au cinéaste Bertrand Tavernier, qui est l'invité d'honneur du festival. Il sera présent lors de la soirée de clôture pour un "grand entretien" qui permettra de revenir sur les moments-clef de sa carrière avant de découvrir un ciné-concert sur des extraits de ses films.

Les enfants ne sont pas oubliés, puisqu'une programmation spéciale leur est consacrée, avec une dizaine de films dont Kiki la petite sorcière de Hayao Miyazaki, Neige de Sophie Roze et Antoine Lanciaux, The Kid de Charlie Chaplin et Une vie de chat de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol ainsi que des ateliers et des animations autour des effets spéciaux, du bruitage ou encore du cinéma burlesque. Parmi les autres rendez-vous, il faut également mentionner une grande soirée spéciale humour Rire tout-court, animée par l’humoriste Krystoff Fluder, la remise du Prix international du court-métrage et un salon du livre autour du cinéma.

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Festival du film d'aujourd'hui de Rueil-Malmaison
2e édition
Du 22 au 28 novembre

Happy Together au Festival Lumière 2017

Posté par Morgane, le 24 octobre 2017

9 jours de festival, de rencontres, de masterclass, de découvertes et redécouvertes… 9 jours pour 397 séances, 177 films et 60 lieux et 700 bénévoles… 9 jours d’amour du cinéma pour cette 9ème édition du Festival Lumière… 9 jours qui comme chaque année se terminent là où ils ont commencé une semaine auparavant, à la Halle Tony Garnier. "Le festival Lumière a compté 171 000 festivaliers cette année, soit une augmentation de 7% et un taux de remplissage des séances de 92 %" indique le communiqué-bilan. Et ajoute: "Le Marché du film classique est également en hausse cette année de 15 % avec 350 professionnels et 21 pays représentés."

Les spectateurs ont donc été une fois encore au rendez-vous, professionnel-le-s du 7ème Art aussi. Wong Kar-wai et sa femme arrivent très décontractés, jean pour tous les deux, casquette noire et indétrônables lunettes de soleil pour lui (quelqu’un aura-t-il vu ses yeux durant ces quelques jours à Lyon? Pas sûr…)

Des prix

Thierry Frémaux prend le micro pour la dernière fois de ce festival. Il parle des divers prix remis durant cette semaine, car outre le Prix Lumière, quatre autres ont été décernés.
- Prix Fabienne Vonier (prix dédié aux femmes de cinéma) a été attribué à Caroline Benjo et Carole Scotta, les fondatrices de la société de production Haut et Court.
- Prix Raymond Chirat récompensant une personnalité oeuvrant pour la préservation et la transmission de la mémoire du cinéma a été remis à Manuel Chiche.
- Prix Bernard Chardère, récompensant un critique et auteur, une personnalité marquante du cinéma, a été remis à Eva Bettan dont on connait bien la voix sur les ondes de France Inter.
- Prix des Lycéens a été attribué à Chungking express de Wong Kar-wai qui succède ainsi à Talons aiguilles (Pedro Almodovar) ex-aequo avec La vie est belle (Frank Capra), La belle équipe (Julien Duvivier) et Sherlock Jr (Buster Keaton).

Bertrand Tavernier a aussi pris la parole en disant de cette semaine : « J’ai vécu des moments extraordinaires. Le plaisir de faire découvrir des films, de faire partager et le plaisir de découvrir des films que je ne connaissais pas. »

Une sortie d'usine "chinoise"

On a également eu la chance de voir la Sortie d’usine tournée par Wong Kar-wai la veille rue du Premier film dans lequel on retrouve le saccadé cher au réalisateur.

Et Wong Kar-wai de conclure : « Je remercie chacun d’entre vous d’avoir fait de ces moments quelque chose d’aussi extraordinaire. » Puis il a dit quelques mots en chinois pour les chinois dans l’audience qu’il a ensuite traduits en anglais, parlant alors de sa fierté de rendre ce festival un peu plus chinois. C'est la première fois qu'un artiste asiatique est honoré par le Prix Lumière.

Pour conclure cette cérémonie de clôture, le festival a projeté en avant-première mondiale la copie restaurée du grand chef-d’oeuvre de WKW, In the mood for love. La magie opère toujours et le film envoute. Après 9 jours de festival, nous sommes totalement In the mood for Wong Kar-wai…