Bertrand Tavernier invité d’honneur du 2e Festival du film d’aujourd’hui

Posté par MpM, le 20 novembre 2017

Créé en 2016 à Rueil-Malmaison, le festival du film d'aujourd'hui a pour objectif de mettre en avant le cinéma d’actualité, avec des projections de films récents sur des enjeux de sociétés forts, en organisant des débats avec des professionnels et spécialistes des thématiques abordées. Il remplit ainsi le double rôle d'éducation à l'image et de promotion de la création cinématographique internationale.

Sa deuxième édition, qui se tient du 22 au 28 novembre, propose des avant-premières (La villa de Robert Guédiguian, Belle et Sébastien 3 : pour la vie de Clovis Cornillac et Paddington 2 de Paul King) et un panorama d'une vingtaine de films abordant des thèmes d’actualité et primés l’année précédente,  comme Moonlight de Barry Jenkins, Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi, Noces de Stephan Streker ou encore Moi, Daniel Blake de Ken Loach.

Une soirée spéciale sera également consacrée au cinéaste Bertrand Tavernier, qui est l'invité d'honneur du festival. Il sera présent lors de la soirée de clôture pour un "grand entretien" qui permettra de revenir sur les moments-clef de sa carrière avant de découvrir un ciné-concert sur des extraits de ses films.

Les enfants ne sont pas oubliés, puisqu'une programmation spéciale leur est consacrée, avec une dizaine de films dont Kiki la petite sorcière de Hayao Miyazaki, Neige de Sophie Roze et Antoine Lanciaux, The Kid de Charlie Chaplin et Une vie de chat de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol ainsi que des ateliers et des animations autour des effets spéciaux, du bruitage ou encore du cinéma burlesque. Parmi les autres rendez-vous, il faut également mentionner une grande soirée spéciale humour Rire tout-court, animée par l’humoriste Krystoff Fluder, la remise du Prix international du court-métrage et un salon du livre autour du cinéma.

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Festival du film d'aujourd'hui de Rueil-Malmaison
2e édition
Du 22 au 28 novembre

Happy Together au Festival Lumière 2017

Posté par Morgane, le 24 octobre 2017

9 jours de festival, de rencontres, de masterclass, de découvertes et redécouvertes… 9 jours pour 397 séances, 177 films et 60 lieux et 700 bénévoles… 9 jours d’amour du cinéma pour cette 9ème édition du Festival Lumière… 9 jours qui comme chaque année se terminent là où ils ont commencé une semaine auparavant, à la Halle Tony Garnier. "Le festival Lumière a compté 171 000 festivaliers cette année, soit une augmentation de 7% et un taux de remplissage des séances de 92 %" indique le communiqué-bilan. Et ajoute: "Le Marché du film classique est également en hausse cette année de 15 % avec 350 professionnels et 21 pays représentés."

Les spectateurs ont donc été une fois encore au rendez-vous, professionnel-le-s du 7ème Art aussi. Wong Kar-wai et sa femme arrivent très décontractés, jean pour tous les deux, casquette noire et indétrônables lunettes de soleil pour lui (quelqu’un aura-t-il vu ses yeux durant ces quelques jours à Lyon? Pas sûr…)

Des prix

Thierry Frémaux prend le micro pour la dernière fois de ce festival. Il parle des divers prix remis durant cette semaine, car outre le Prix Lumière, quatre autres ont été décernés.
- Prix Fabienne Vonier (prix dédié aux femmes de cinéma) a été attribué à Caroline Benjo et Carole Scotta, les fondatrices de la société de production Haut et Court.
- Prix Raymond Chirat récompensant une personnalité oeuvrant pour la préservation et la transmission de la mémoire du cinéma a été remis à Manuel Chiche.
- Prix Bernard Chardère, récompensant un critique et auteur, une personnalité marquante du cinéma, a été remis à Eva Bettan dont on connait bien la voix sur les ondes de France Inter.
- Prix des Lycéens a été attribué à Chungking express de Wong Kar-wai qui succède ainsi à Talons aiguilles (Pedro Almodovar) ex-aequo avec La vie est belle (Frank Capra), La belle équipe (Julien Duvivier) et Sherlock Jr (Buster Keaton).

Bertrand Tavernier a aussi pris la parole en disant de cette semaine : « J’ai vécu des moments extraordinaires. Le plaisir de faire découvrir des films, de faire partager et le plaisir de découvrir des films que je ne connaissais pas. »

Une sortie d'usine "chinoise"

On a également eu la chance de voir la Sortie d’usine tournée par Wong Kar-wai la veille rue du Premier film dans lequel on retrouve le saccadé cher au réalisateur.

Et Wong Kar-wai de conclure : « Je remercie chacun d’entre vous d’avoir fait de ces moments quelque chose d’aussi extraordinaire. » Puis il a dit quelques mots en chinois pour les chinois dans l’audience qu’il a ensuite traduits en anglais, parlant alors de sa fierté de rendre ce festival un peu plus chinois. C'est la première fois qu'un artiste asiatique est honoré par le Prix Lumière.

Pour conclure cette cérémonie de clôture, le festival a projeté en avant-première mondiale la copie restaurée du grand chef-d’oeuvre de WKW, In the mood for love. La magie opère toujours et le film envoute. Après 9 jours de festival, nous sommes totalement In the mood for Wong Kar-wai…

Festival Lumière 2017: un Prix Lumière sucré-salé-épicé pour Wong Kar-wai!

Posté par Morgane, le 21 octobre 2017

La semaine est passée vite, trop vite, au Festival Lumière à Lyon. Nous voilà déjà au vendredi 20 octobre et à sa soirée de remise du Prix Lumière dans le traditionnel amphithéâtre du Palais des Congrès.

Le public s’installe, les personnalités du 7ème Art font leur entrée tour à tour: Niels Arestrup, Anne le Ny, Olivier Assayas, Pierre Lescure, Clovis Cornillac, Emmanuelle Devos, Anna Karina, Bertrand Tavernier, Isabelle Adjani, Charles Aznavour… Puis c’est au tour de Wong Kar-wai et de son épouse de faire leur entrée sous un tonnerre d’applaudissements sur la chanson phare d’un de ses films, Happy Together.

Vient ensuite le moment des hommages, en chansons ou en paroles. La chanteuse québécoise Diane Dufresne reprend La Bohême d'Aznavour. Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste qui a notamment travaillé à plusieurs reprises avec Chantal Akerman, reprend le thème cultissime de In the mood for love. Et, comme traditionnellement depuis plusieurs éditions, Camelia Jordana est montée sur scène et a entonné le célèbre Quizas, quizas, quizas que l’on retrouve également dans In the mood for love.

« Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

La musique a laissé place aux paroles. Paroles de Zhang Ziyi qui, ne pouvant être présente ce soir, a envoyé un message video à Wong Kar-wai disant de lui : « Tu es le Grandmaster de tous les réalisateurs! »

Honoré à cannes par le prix "Pierre Angénieux ExcelLens in Cinematography", Christopher Doyle, directeur de la photographie des films de Wong Kar-wai de Nos années sauvages à 2046, a pris le micro. Déchaîné, il ne voulait plus le lâché. « I don’t need word, I have images. So fuck you very much. C’est de ta faute Wong Kar-wai, c’est toi qui as provoqué tout ça! … You bastard, you’e right, I can do better so fucking thank you very much!!! » Après ces quelques doux mots, un petit montage de prises de vues de Christopher Doyle d’In the mood for love avec pour bande-son la chanson de Françoise Hardy Je veux qu’il revienne. Et de conclure avec un cri du coeur : « Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

«Quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place»

C’est ensuite Olivier Assayas, spécialiste du cinéma asiatique et notamment hong-kongais, qui a rendu hommage à Wong Kar-wai. Beaucoup moins exubérant. Mais ses mots transmettaient toute l’admiration qu’il a pour le cinéaste et son cinéma qui l’a « beaucoup marqué et beaucoup inspiré ». Il revient rapidement sur l’histoire du cinéma chinois, l’importance de WKW dans celui-ci et les mots de ce dernier : « quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place». Pour Assayas, « Wong Kar-wai n’a pas eu de mal à trouver sa place. Il l’a trouvée en filmant Hong-Kong à sa manière. Cinéaste poétique, son cinéma est construit sur l’éphémère, l’exil, celui d’une ville construite au bord d’un précipice. Mais pas seulement. Chez Wong Kar-wai on a aussi la nostalgie de la Chine, du Shanghaï des années 30… C’est ce fantôme aussi qui hante Hong-Kong et qui hante son cinéma. Wong Kar-wai est le cinéaste du souvenir du souvenir tout comme Modiano est l’écrivain du souvenir du souvenir. » Puis il revient aussi sur le fait que Wong Kar-wai a changé sa vie puisque dans un sens, c’est par lui qu’il a rencontré Maggie Cheung (au festival de Venise) et qu’il a écrit un film pour elle (Irma Vep) et qu’il l’a finalement épousée.

«L’allégresse visuelle»

Les mots de Bertrand Tavernier succèderont à ceux d’Olivier Assayas. « Impossible de passer après Assayas. En plus, contrairement à lui, je ne suis jamais allé à Hong-Kong, je suis complètement ignorant. » Quand on connaît le personnage Tavernier, l’ignorance n’est pas vraiment un mot que l’on peut utiliser pour le définir! La preuve en est encore une fois avec ce vibrant hommage sublime et poétique qu’il rend à Wong Kar-wai. Il parle de « l’allégresse visuelle» des films de Wong Kar-wai qui passent « de la nuit, de l’ombre aux néons de la ville. Le temps est au coeur de tous les films de Wong Kar-wai et le cœur bat dans tous ses films, écorché, mis à nu, on sent ses pulsations, ses emballements, les moments où il se fige. »

Le magicien chinois et sa muse Esther

Puis c’est au tour de l’homme du jour de monter sur scène et de commencer ainsi : « C’est un honneur d’être reçu ainsi dans la ville qui a vu naître le cinéma. » Et comme ce qu’il sait faire de mieux au cinéma c'est raconter des histoires, il nous raconte celle d’un magicien chinois qui découvrant le cinéma des frères Lumière décide lui aussi de faire du cinéma estimant que c’est ainsi qu’on fera de la magie désormais. « Cela fait 30 ans maintenant que je fais moi-même des tours de magie! »

Il remercie son fils et sa femme Esther, qu’il invite à le rejoindre sur scène. Lui qui à travers ses films dépeint des amours souvent impossibles a ce soir crié son amour à sa femme. « Esther ne vient que rarement sur mes tournages car elle veut me laisser travailler en paix et pourtant elle a toujours été là. Dans tous les personnages féminins de mes films, il y a toujours des éclats d’elle. Je dédie ce soir cet honneur qui m’est fait à ma muse Esther. » Et de conclure par ces mots : « Merci Lumière, merci Lyon et long live cinema! » après avoir reçu le Prix des mains d’Isabelle Adjani.

Le grand homme aux lunettes noires est ensuite rejoint sur scène par tous les invités du festival sur Happy Together de The Turtles interprété en live par le groupe lyonnais Mr Day.

L’obscurité se fait, place désormais à la magie du cinéma avec la projection des Anges déchus...

Festival Lumière 2017 : De John Ford à Jane Campion, il n’y a qu’un pas vers les horizons lointains

Posté par Morgane, le 17 octobre 2017

Ce qu’il y a de formidable au Festival Lumière c’est son éclectisme. On peut embarquer à bord d’un train nous conduisant vers l’Ouest aux côtés de James Stewart et Vera Miles, puis, juste après, se retrouver sur une pirogue accostant sur une plage isolée de Nouvelle-Zélande et patienter avec Holly Hunter et Harvey Keitel que quelqu’un vienne nous chercher. Ou comment faire le grand écart entre deux chefs d’oeuvre du 7ème Art, L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) et La Leçon de Piano de Jane Campion (1993)…

C’est en effet la richesse du Festival Lumière. Cette année on pourra découvrir l’univers poétique et envoutant de Wong Kar-wai, percer le mystère d’Henri-Georges Clouzot, revoir des westerns classiques sélectionnés par Bertrand Tavernier, continuer l’histoire permanente des femmes cinéastes, admirer les sublimes moments du muet, rencontrer Tilda Swinton, Diane Kurys, Anna Karina, Jean-François Stévenin, Guillermo Del Toro, voir ou revoir les grandes projections ou les nouvelles restaurations, découvrir en avant-première Shape of water de Guillermo Del Toro mais également la palme d’or The Square ainsi que les 8 épisodes de la série continuant le Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier…

John Ford réunit John Wayne et James Stewart

C’est Bertrand Tavernier qui nous a fait l’honneur de sa présence tôt ce dimanche matin pour une séance dans la grande salle de l’Institut Lumière. L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) fait partie de sa sélection Westerns Classiques qu’il présente cette année au Festival. Il en a choisi quatorze parmi lesquels La poursuite infernale, La rivière rouge, Le train sifflera trois fois, La chevauchée des bannis
Dans L’Homme qui tua Liberty Valance, John Ford retrouve John Wayne avec qui il a déjà tourné de très nombreux films (La prisonnière du désert, La charge héroïque, L’homme tranquille, Rio Grande…) ainsi que James Stewart avec qui il vient juste de tourner Les 2 cavaliers.

Bertrand Tavernier, friand d’anecdotes, n’en manque pas sur ce film et notamment sur son tournage rappelant que John Wayne, fort reconnaissant envers Ford, qui est un réalisateur très important dans sa carrière, participe au film dès que John Ford le lui demande. Et pourtant il est bien maltraité durant le tournage, Ford n’étant pas tendre avec les vedettes, mais très amical avec le reste de l’équipe. Bertrand Tavernier revient également sur ce chef-d’oeuvre, véritable oeuvre testamentaire de John Ford réunissant de nombreux thème forts et chers au cinéaste tels que la naissance de l’Amérique, la question de l’étranger, des personnages qu’il aime à humaniser et un humour présent tout au long du film (on se souviendra de la mythique scène du steak).

Le trio masculin symbolise cette naissance d’une nouvelle Amérique. On y retrouve Valance (Lee Marvin) qui ne communique que par les coups et son fusil, Stoddard (Stewart), l’homme de loi dont les armes sont ses livres et Tom Doniphon (Wayne) qui peu à peu rangera son arme pour permettre à la loi de prendre le dessus. Et rien que pour le merveilleux duo Wayne/Stewart, le film est un vrai délice auquel s’ajoutent les personnages secondaires que John Ford ne laisse surtout pas de côté comme le superbe personnage de Mister Peabody (Edmond O'Brien), journaliste toujours saoul mais épris de liberté et beaucoup plus profond que ne le laisse penser son rôle au départ. Un magnifique John Ford. « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende! » disait-il.

Jane Campion magnifie Holly Hunter et Anna Paquin

Dimanche après-midi rendez-vous au Pathé Vaise pour la projection du célèbre film de Jane Campion, La leçon de Piano, Palme d’Or 1993. Marina Foïs est présente pour nous parler de ce film qui l’a énormément marquée à sa sortie, principalement Holly Hunter qui, sans dire un seul mot, traduit une palette émotionnelle incroyable.

Le film s’ouvre sur une voix. Une voix off, celle d’Ada, qui pourtant n’en a plus. Le paradoxe s’installe. Holly ne parle plus depuis ses 6 ans et pourtant c’est sa voix qui nous ouvre les portes (et les refermera) de ce sublime film à la fois poétique et tout en puissance et sensualité. Holly parle mais uniquement par le biais de ses doigts sur les touches de son piano qui la suit à l’autre bout du monde jusqu’en Nouvelle-Zelande où elle part vivre avec sa fille chez Alistair Stewart (Sam Neill), homme dont elle ne connaît rien mais à qui son père l’a mariée.

L’univers est hostile. Leur maison se situe dans le bush néo-zélandais où boue et racines ne font plus qu’un et où il faut se déplacer sur des planches si l’on ne veut pas s’enfoncer dans cette boue marécageuse. La jungle, elle, semble animée par les esprits. Alistair a pour voisins des Maoris, certains plus enclins que d’autres à « partager » leurs terres avec les Anglais, et un certain Baines (très belle incarnation de Harvey Keitel), un anglais un peu rustre adopté par les Maori vivant auprès d’eux. À leur arrivée, son mari donne le piano d’Ada à Baines en échange d’une parcelle de terre. Se met alors en place une sorte de jeu malsain dans lequel Ada vend son corps pour peu à peu racheter ce qu’elle a de plus cher au monde : son instrument. Et elle devient alors à son tour l’instrument de Baines.

Jane Campion joue avec les oppositions. Face au carcan du puritanisme anglais dans lequel est enfermée Ada, la réalisatrice montre la liberté des indigènes, leur vie en harmonie avec la nature. Les personnages évoluent et peu à peu les instincts naturels de chacun refont surface. Sensualité, tendresse, bestialité mais aussi la violence primaire que ne peut réfréner Alistair.

Le film, tout en nuances, nous plonge alors au cœur de ce trio amoureux où la passion et le désir sont aux premières loges. Les corps respirent, reprennent vie, remontent à la surface.
Unique élément de langage par lequel s’exprime Ada, la musique envoûtante sublime le film. On ressent à travers les notes de musique qu’elle laisse échapper, notes qui résonnent encore longtemps après que le générique ait signé le mot fin.

Lumière 2017 : La première séance avec La mort aux trousses

Posté par Morgane, le 15 octobre 2017

Le mois d’octobre est arrivé sur Lyon et avec lui son désormais traditionnel (neuvième édition déjà!) Festival Lumièret qui remettra son Prix Lumière cette année au grand Wong Kar-wai.

Comme de coutume, l’ouverture s’est déroulée à la Halle Tony Garnier et, comme de coutume, la salle était pleine à craquer. Les Lyonnais et autres aficionados du Festival étaient une fois encore au rendez-vous.

Mais il n’y a pas que chez les spectateurs qu’on retrouve des cinéphiles patentés. Parmi les réalisateurs/ices, acteurs/rices, certain(e)s sont fidèles au Festival. On a donc eu le plaisir de retrouver Tonie Marshall, Marina Foïs, Pierre Richard, Jerry Schatzberg, Marisa Parades, Vincent Lindon et d'autres encore… on s’attendait presque à voir débouler le tonitruant Quentin Tarantino, mais cette année il nous a fait faux-bond! D’autres ont foulé le tapis rouge de la Halle pour la première fois comme Catherine Frot, Robin Campillo, Gérard Jugnot, Tilda Swinton, Alfonso Cuaron, Guillermo Del Toro, Michael Mann… Et puis bien sûr, Eddy Mitchell qui est entré au son du Boogie Woogie, en invité spécial de cette cérémonie d’ouverture.

Rochefort dans toutes les têtes

Thierry Frémaux a pris le micro. La cérémonie a commencé, reprenant peu ou prou le même déroulement que les années précédentes. Certains s’en lassent peut-être mais elle a pour moi ce petit goût des bonnes choses que l’on connait déjà mais que l’on a si grand plaisir à retrouver. Ce sont donc enchaînés les applaudissements à Max Lefrancq Lumière, petit-fils de Louis Lumière, la diffusion de la compilation des films projetés cette année, et ils sont encore bien nombreux, l’hommage à Jerry Lewis et à Jean Rochefort décédés récemment - Bertrand Tavernier a rendu hommage à son interprète de L'horloger de Saint-Paul en ces mots : « Acteur génial et homme d’une qualité exceptionnelle » -, la diffusion des désormais classiques films des frères Krémos réalisés par les frères Lumière, puis la fameuse déclaration d’ouverture du festival par les stars sur scène et par les spectateurs dans la salle.

Une dernière séance

Pour conclure, Eddy Mitchell est monté sur scène, entouré de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, et a joué les prêcheurs. Véritable bible du cinéma et de ses anecdotes, Mister Eddy a été révélé au cinéma par Coup de Torchon du même Tavernier. Ce dernier a pris la parole : « Pour jouer un imbécile (personnage de Nono), seul quelqu’un de très intelligent pouvait le faire! » Eddy Mitchell, connu principalement comme chanteur, a aussi eu une véritable carrière au cinéma, de Coup de Torchon à Les Petits Princes en passant par Le bonheur est dans le pré, Cuisine américaine, I love you, À mort l’arbitre! etc. Le cinéma selon Eddy Mitchell, « il est tombé dedans petit. A la sortie de l’école, mon père venait me chercher et si je n’avais pas de devoir, on allait au ciné! ».

Puis toute la salle a entonné un karaoké sur La Dernière séance avant de laisser place à Hitchcock sur l’écran. Car cette année c’est La mort aux trousses qui a été projeté. Un vrai bonheur de retrouver Cary Grant et son humour en toutes circonstances face à la sublime Eva Marie Saint dans ce thriller spectaculaire qui compte au moins deux scènes d'anthologie du 7e art: la poursuite dans le champ de maïs et le final sur le Mont Rushmore.

Voilà, la neuvième édition du Festival Lumière est lancée et le rideau sur l’écran est tombé. Mais il va se lever à de très nombreuses reprises dans les salles obscures de Lyon et du Grand Lyon et ce jusqu’à dimanche 22 octobre. Projections, Ciné-concerts, Master-class, Rencontres, Dédicaces… la semaine promet d’être belle et riche cinématographiquement!

La cinéphile Françoise Nyssen, nouvelle ministre de la Culture

Posté par vincy, le 17 mai 2017

Directrice des éditions Actes sud, Françoise Nyssen est la nouvelle ministre de la Culture du gouvernement français. Depuis 25 ans, Actes sud coédite avec l'Institut Lumière les livres de cinéma de l'institution lyonnaise présidée par Bertrand Tavernier et dirigée par Thierry Frémaux.

La dernière publication en date des deux éditeurs, Au travail avec Eustache : making of de Luc Béraud, vient de recevoir la semaine dernière le premier Prix du livre de cinéma, remis au CNC par un jury où se côtoyaient Yasmina Reza (présidente), Alexandre Bompard (patron de la Fnac) ou encore le journaliste François Busnel. Françoise Nyssen était d'ailleurs présente, avec Bertrand Tavernier et l'auteur, pour recevoir le prix. Ce dernier est aussi directeur de collection au sein d'Actes sud, où il sélectionne des livres qui ont été à l'origine des Westerns.

Françoise Nyssen est résolument cinéphile. Les bureaux d'Actes sud, éditeur multi-récompensé, notamment par trois prix Goncourt, sont situés au dessus d'un cinéma art et essai dans la ville d'Arles. Fan de 7e art, elle devait venir passer ses congés au Festival de Cannes, liée par son amitié avec Thierry Frémaux. Finalement, elle montera les marches en tant que ministre.

Les dossiers ne manquent pas, et notamment un qui est tout chaud sur la Croisette: la chronologie des médias et la diffusion des films sur les plateformes comme Netflix.

Diamant noir reçoit le Prix Jacques Deray 2016

Posté par vincy, le 16 février 2017

Le 13e prix Jacques Deray est attribué à Diamant noir d'Arthur Harari. Ce polar entre Paris et Anvers sur fond d'héritage, braquage et milieu diamantaire est nommé aux César du meilleur premier film et du meilleur espoir masculin (Niels Schneider). S'il a séduit à juste titre la critique, y compris dans nos rangs, le public a été peu nombreux à le voir (70000 spectateurs).

Le Prix Jacques Deray récompense le meilleur film policier français de l'année. Il sera remis le 4 mars à l'Institut Lumière de Lyon.

Pour Bertrand Tavernier, président de l'Institut Lumière, il s'agit d'un "premier film incroyablement prometteur" . Le film a été distingué "pour la singularité et l’élégance de sa mise en scène, son efficacité et son scénario digne des grands films noirs. De par son atmosphère, le jury a retrouvé l’héritage du cinéma de Jacques Deray."

Arthur Harari succède à Vincent Garenq pour L’Enquête, Frédéric Tellier pour L’Affaire SK1, Jérôme Salle pour Zulu, Philippe Lefebvre pour Une nuit, Maïwenn pour Polisse, Fred Cavayé pour À bout portant, Michel Hazanavicius pour OSS 117, Rio ne répond plus, Pascal Thomas pour Le Crime est notre affaire, Alain Corneau pour Le Deuxième souffle, Guillaume Canet pour Ne le dis à personne, Jacques Audiard pour De battre mon cœur s’est arrêté et Olivier Marchal pour 36, quai des Orfèvres.

Festival Lumière: Toujours surprenante, Catherine Deneuve dédie son prix « à tous les agriculteurs de France »

Posté par Morgane, le 17 octobre 2016

catherine deneuve prix lumiere 2016 © ecran noir / morgane postaire

Déjà sept jours passés au Festival Lumière et on se retrouve vendredi soir pour la traditionnelle soirée de Remise du Prix qui a lieu, comme chaque année, à l'amphithéâtre de la Cité Internationale. Arrivent alors pour le photo call Gustave Kervern, Pierre Lescure, Ludivine Sagnier, Gilbert Melki, Julie Depardieu, Jean-Paul Rouve, Park Chan-wook, Jerry Schatzberg, Eric Lartigau, Michel Hazanavicius, Marisa Paredes, Vincent Lindon, Roman Polanski, Bertrand Tavernier, Rod Paradot, Benoit Magimel, Emmanuelle Bercot, Quentin Tarantino, Lambert Wilson, Chiara Mastroianni et bien d'autres encore. Puis sous un tonnerre d'applaudissements et le crépitement des flashs, Catherine Deneuve fait son entrée sur la célèbre musique des Parapluies de Cherbourg.

Tout le monde s'installe, la grande dame (elle déteste qu'on l'appelle comme ça) de la soirée aux côtés de sa fille Chiara et de Roman Polanski, pas loin de Vincent Lindon et juste derrière Tarantino et Lambert Wilson. Bien entourée elle peut se laisser aller, alors qu'on le sait: Catherine D n'a jamais été très à l'aise avec les hommages.

catherine deneuve thierry fremauxThierry Frémaux monte sur scène pour "remettre un prix mais surtout célébrer quelqu'un que nous aimons!" Remerciements aux partenaires, aux cinéastes, acteurs et actrices venus de loin. A l'AFP plus tôt dans la semaine, le chef d'orchestre du festival avait expliqué ce que Deneuve avait apporté au cinéma: "Elle a montré que la liberté ne doit jamais se négocier. Sa liberté personnelle et artistique est immense. Sans jamais user du moindre artifice médiatique, elle est parvenue à affirmer une personnalité et une conduite, pour une carrière en tous points exemplaire. Elle a réinventé la condition de femme et redéfini les codes liés au star-system."

Les hommages et les cadeaux s'enchaînent. Thierry Frémaux lit un texte d'Arnaud Desplechin (Conte de Noël), retenu par le tournage de son prochain film. La plus internationale des lyonnaise Nathalie Dessay qui dit "quand j'étais petite je voulais faire Catherine Deneuve comme métier et ce soir j'en ai l'occasion" avant d'entonner une chanson des Parapluies de Cherbourg. Lambert Wilson, son partenaire dans Palais Royal!, s'empare également le micro pour chanter et se déhancher sur deux chansons des Demoiselles de Rochefort. Quentin Tarantino prend également la parole et se souvient. Il se souvient de Cannes 1994 lorsqu'il a reçu la Palme d'Or pour Pulp Fiction et que Catherine Deneuve était vice-présidente du jury. Bertrand Tavernier lui rend également un très bel hommage érudit et plein de poésie. Un haïku.

"Elle est le cinéma"

Mais la déclaration d'amour la plus émouvante est venue de la bouche et des yeux de Vincent Lindon qu'elle vient. Dans cette lettre, les mots sont magiques et quelques-uns nous restent en mémoire... "elle est toujours en mouvement. Elle incarne le cinéma, elle est le cinéma... On a toujours l'impression que vous sortez d'un film pour sauter dans un autre. Vous sortez des Parapluies de Cherbourg pour prendre le Dernier Métro et les stations défilent, Belle de Jour... et le conducteur de la rame est Jacques Demy... Gérard Depardieu a dit que Catherine Deneuve était l'homme qu'il aurait aimé être." Et ce voisin de la Place Saint-Sulpice où elle habite se rappelle: "Elle parle à toute allure comme s'il fallait se débarrasser au plus vite (...) les autres ont l'air un peu figé à côté, enfin pas tous, pas Gérard, pas Marcello", ajoutant, "Mademoiselle Deneuve vous êtes un peu plus qu'une femme (...) vous êtes tellement touchante, tellement originale, tellement rassurante."

Il évoque également l'amour de Catherine Deneuve pour l'horticulture car "rentrer à Paris sans une petite plante ça ne s'appelle pas voyager." Catherine Deneuve c'est "mettre de la vie partout, même là où il n'y en a pas... Votre vie passe avant le cinéma et c'est pour ça qu'au cinéma vous passez avant tout le monde."

"C'est assez bouleversant"

Sur scène Roman Polanski la serre dans ses bras avec un simple "Je t'aime" (plus de 50 ans nous sépare de leur film Répulsion) avant de lui remettre le 8ème Prix Lumière. Catherine Deneuve, quant à elle, est "ravie d'être ici" mais on sent qu'elle ne veut pas s'éterniser dans "cette situation exceptionnelle". "C'est assez bouleversant pour moi d'être ici ce soir, je vous remercie de m'avoir choisie, car après tout c'est un peu arbitraire de choisir une actrice." Et de finir ainsi: "dans tous les films que j'ai choisi de montrer à Lyon, il y a un film de Raymond Depardon qui s'appelle Profils paysans et je dédie ce soir ce prix que j'ai reçu à tous les agriculteurs de France." Iconoclaste, as usual. C'est sans doute le secret de sa longévité (60 ans depuis son premier film): une audace et une curiosité inégalées.

Quant au mot de la fin, c'est Tarantino qui le prononce, "Vive le Cinéma et vive la Catherine Deneuve!".

Edito: Belles de jour comme de nuit

Posté par vincy, le 13 octobre 2016

Puisque, pour la première fois, une femme va recevoir le prestigieux Prix Lumière du festival du même nom qui se déroule à Lyon en ce moment, mettons-les à l'honneur. Car la femme n'est pas forcément gâtée par le cinéma. On le voit d'ailleurs très bien dans le documentaire de Bertrand Tavernier, président de l'Institut Lumière, Voyage à travers le cinéma français. Arletty ou Jeanne Moreau en filles légères mais délaissées; Brigitte Bardot en diablesse allumeuse; Blanchette Brunoy étranglée; Simone Signoret l'honneur bafoué; Emmanuelle Riva frustrée; Romy Schneider désœuvrée; Martine Carol qui se prend une claque... Franchement, qu'ont-elles fait pour mériter ça?

Bien sûr, avec le temps, l'émancipation des femmes, mais aussi la plus forte proportion de femmes dans la réalisation, le scénario et la production, les rôles ont évolué. On peut toujours caricaturer Adjani en folle ou Huppert en névrosée, les personnages sont bien plus variés et plus nuancés. Les femmes héritent même de rôles traditionnellement donnés à un mec y compris dans des blockbusters. Mais le phénomène est assez récent. On peut constater que la femme, aujourd'hui, a un statut social plus égalitaire (La fille inconnue, Aquarius, Toni Erdmann, Victoria, Bridget Jones) même si elle doit encore lutter contre le machisme ou la phallocratie. On peut observer qu'elle se défend bien toute seule (Divines, La taularde, Miss Peregrine ou Polina). La pute n'est plus le rôle à statuette comme l'était le boxeur du côté mâle.

Les femmes ne sont plus des potiches, des belles de jour, des belle-maman ou des Sirènes du Mississipi ou d'ailleurs. En 60 ans de carrière, Catherine Deneuve a d'ailleurs été toutes les femmes: la chieuse comme la fatale, la soumise comme la vampire, la dure comme la vulnérable, la maîtresse comme l'impératrice. Une partenaire de jeu qui a su rendre fragiles ses partenaires masculins. Une femme qui a toujours eu la parole assez cash. Un symbole d'un cinéma éclectique, des comédies aux drames, du film intimiste d'auteur aux productions à gros budgets. On l'a vue vieillir, passant de la douce demoiselle des Parapluies de Cherbourg à la grand-mère libre d'Elle s'en va. Retraitée ou royale, s'amourachant d'un gorille ou marié à un homme "enceint", elle a été capable de toutes les audaces. Deneuve a accompagné la libération de la femme, à sa façon, et pas seulement en signant le manifeste des 343.

La beauté de Deneuve fut à son sommet dans Le dernier métro, à la fin de sa trentaine, et dans Indochine, douze plus tard. Qu'y a-t-il de surprenant finalement? Dans ces deux rôles emblématiques d'une filmographie interminable et impressionnante, elle est farouchement indépendante, patronne dans un milieu d'hommes, résistante au chaos du monde, indifférente en apparence aux sentiments, capable de passions périlleuses. Elle est une femme comme on les aimera toujours, régnante et romantique, affirmant sa supériorité avec un charisme irrésistible et une séduction éclatante. Attirant ainsi toute la lumière...

Voyage à travers le cinéma français, une épopée cinéphilique envoûtante

Posté par vincy, le 12 octobre 2016

A priori un documentaire de trois heures et dix minutes, cela peut faire peur. Pourtant ce Voyage à travers le cinéma français que propose Bertrand Tavernier est époustouflant et mérite qu'on s'y attarde.

Leçons érudites

En tout premier lieu parce qu'il s'agit de véritables leçons de cinéma. Un décryptage érudit de la mise en scène (il faut voir comment on nous explique la manière dont Melville faisait ses champs contre-champs), de l'écriture, du jeu d'acteur (Gabin, sa lenteur et sa maîtrise) mais aussi de la manière dont se fabrique ce 7e art si collectif et si égomaniaque. Et ce jusqu'au défuntes salles de cinéma de quartier qui ressuscitent en citant Luc Moullet. Tavernier nous explique pourquoi telle scène est réussie et comment telle séquence a été concoctée. Le réalisateur joue le rôle d'un professeur qui veut divertir son auditoire, avec des anecdotes (comment est née la gueule d'atmosphère d'Arletty, comment un décorateur transforme Un jour se lève) ou des courriers lus en voix off (Aragon louant l'esthétique de Godard).

Le tout est illustré par des dizaines d'extraits plus ou moins longs, de films classiques ou méconnus. Une odyssée inestimable ponctuée d'interviews et d'archives (dont cette engueulade mémorable entre Belmondo et Melville). "Imaginez que vous êtes au cinéma" annonce Bertrand Tavernier en préambule. Et en effet c'est un film sur le cinéma qui se déroule devant nos yeux. Mais pas seulement.

Les souvenirs personnels de Tavernier et ses choix sélectifs

Et c'est là tout le risque de ce documentaire, présenté en avant-première mondiale au dernier festival de Cannes. Car il faut expliquer sur quel axe le film, presque trop riche, tient en équilibre: d'un côté les souvenirs personnels de Tavernier, qui servent de fil conducteur. L'enfance au sanatorium (dépucelage cinématographique), l'adolescence au pensionnat (frénésie cinématographique), jeunesse active, d'attaché de presse à assistant réalisateur en passant par la défense de Henri Langlois (prise de conscience où cinéma et politique s'entremêlent). De ce point de vue, on pourrait être frustrés. Tavernier ne se dévoile pas tant que ça, et à quelques exceptions, il ne partage que des faits assez neutres qui ne sont que les étapes de sa vie.

De l'autre côté, ce voyage dans le temps n'a rien d'exhaustif, ce qui peut également être frustrant. Si la liste des cinéastes cités est longue, le film se concentre sur quelques personnalités et un certain style de cinéma. On peut imaginer plusieurs "voyages", similairement thématiques. Il le faudrait tant on reste parfois sur sa faim quand il fait d'abondantes références à Bresson, quand il flirte avec Autant-Lara, quand il éclipse des Clouzot, Verneuil ou Clément.

Fantômes et légendes

Une fois le cadre et le scénario posés, et le parti-pris assumé, le documentaire enchaîne les chapitres. Chacun est suffisamment long pour ne pas être superficiels: Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin, la musique de film (Jaubert, Kosma), Eddie Constantine, les productions de Beauregard, la bande Truffaut-Chabrol-Godard-Varda, Edmond Gréville, Jean-Pierre Melville, et Claude Sautet. Tavernier ne masque pas ses émotions: il admire sans pudeur et avec sincérité. Il est tombé dedans quand il était petit. Le cinéma qu'il fait renaître a un air de famille, avec Belmondo, Ventura, Piccoli... Il y a quelques femmes: Bardot, Moreau, Schneider, qui achève ce marathon cinéphile en s'en allant vers un hiver incertain.

Il réunit ainsi les fantômes et les légendes. Convoque les génies (qui peuvent aussi être indignes). Car il ne cache pas les zones d'ombres, ceux qui ont eut des comportements dégueulasses, les sales caractères d'êtres jamais mythiques, égratigne le scénariste Melville et le lâche Renoir. Voyage à travers le cinéma français est une aventure aussi humaine qu'humaniste. Tavernier propose un panorama d'un certain cinéma français, classique, même si toujours moderne, et assez masculin, mais il s'agit avant tout d'une série de portraits de ceux qui ont marqué le 7e art mondial, ces ambassadeurs de l'exception française.

Point de vue et images d'un monde

Car, finalement, ce que l'on retient est ailleurs. A l'image, par les films et les cinéastes/comédiens choisis, Bertrand Tavernier nous "enferme" dans une période, des années 1930 aux années 1970. Le noir et blanc domine. C'est Hôtel du nord, La grande illusion, Casque d'or, Le doulos, La bête humaine, Le jour se lève, Les 400 coups, Cléo de 5 à 7, Classe tous risques... Ça n'est ni une compilation, ni une anthologie, c'est un point de vue subjectif, amoureux, enthousiasmant d'un passionné de l'art cinématographique dans toute sa "variété", que ce soit des combats à mains nues de Constantine ou du regard de Signoret.

Or, ce voyage étourdissant est avant tout un voyage dans le temps. Un tableau de la France, celle du Front populaire, de l'Occupation, de l'après-guerre, des trente glorieuses. On voit évoluer, de Becker à Sautet, un pays, sa société, son peuple et ses métiers. Pas surprenant alors de constater que ce sont des films éminemment français qui ont été sélectionnés dans ce portfolio de prestige. On y parle de camembert, on y chante la Marseillaise, les putes sont belles et romantiques, ... Un voyage romanesque, plus balzacien que flaubertien. On y plonge comme dans un feuilleton social mais jamais vraiment dramatique..

Finalement, à l'instar des films de Melville, tout semble irréel et atemporel. Une déclaration d'amour teintée de nostalgie. Un cinéma français qui est capable de mettre "les larmes aux yeux".