Berlin 2012 : « Nous savons que nos décisions peuvent affecter le sort d’un film »

Posté par MpM, le 9 février 2012

Alors que le festival s'ouvrait ce jeudi soir, le réalisateur britannique Mike Leigh s'est exprimé sur son rôle de juré (et président du jury) lors de cette 62e édition. Fidèle à sa réputation de cinéaste engagé, il a notamment rappelé qu'on "ne peut voir un film et le considérer sérieusement sans tenir compte de son contexte social et environnemental : c'est un tout".

Il a également souligné la responsabilité de tout jury : "Nous savons que nos décisions peuvent affecter le sort d'un film". L'un de ses co-jurés, l'Iranien Asghar Farhadi, en sait quelque chose, lui qui a vu son film Une séparation connaître un succès retentissant après son Ours d'Or en 2011.

On peut donc faire confiance au jury 2012 pour peser soigneusement ses décisions... "Les cinéastes savent que nous sommes de leur côté", a d'ailleurs assuré Mike Leigh. "Il s'agira d'une décision collective et qui sera prise avec sérieux."

Berlin 2012 : la section Panorama avec Tony Gatlif, Hou Hsiao-Hsien, Volker Schlöndorff…

Posté par MpM, le 9 février 2012

Avec 53 longs métrages programmés, la section Panorama est l'une des plus riches de cette Berlinale 2012, faisant la part belle au documentaire. Cette année, on y retrouvera des témoignages du Printemps arabe (The Reluctant Revolutionary, Words of Witness...) et plus généralement des œuvres s'intéressant à l'actualité du monde arabe et du Moyen Orient (Sharqiya, La Vierge, les Coptes et Moi...), mais aussi deux films revenant sur les violences policières lors du G8 2001 (Diaz - Don’t Clean Up This Blood et The summit).

Section volontairement engagée, donc, puisque l'autre grand thème abordé par les cinéastes du Panorama est celui de la mémoire homosexuelle, avec notamment un documentaire revenant sur les combats politiques des années 80 (Vito), un film collectif sur ce qu'est être lesbienne dans l'Indonésie d'aujourd'hui (Children of Srikandi) et un hommage à l'activiste ougandais David Kato (Call Me Kuchu).

C'est par ailleurs l'occasion de retrouver des cinéastes majeurs comme Hou Hsiao-Hsien, à la tête d'une œuvre collective réalisée par 20 auteurs taïwanais, Tony Gatlif, qui adapte librement le livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous, ou encore Pen-Ek Ratanaruang, sur un tueur à gages cherchant à se reconvertir...

A noter la forte représentation de l'Allemagne (surtout dans la partie documentaire) et de l'Asie. La France est elle aussi bien présente avec Tony Gatlif et Héléna Klotz ainsi qu'avec plusieurs coproductions (Death For Sale, Elles, La mer à l'aube...)

LES LONGS METRAGES DE FICTION

Bugis Street Redux de Yonfan (Hong Kong)
Cherry de Stephen Elliott (USA)
Chocó de Jhonny Hendrix Hinestroza (Colombie)
GLAUBE, LIEBE, TOD (BELIEF, LOVE, DEATH) de Peter Kern (Autriche)
HIGHWAY de Deepak Rauniyar (Népal/USA)
Iron Sky de Timo Vuorensola (Finlande)
Love de Doze, Niu Chen-zer (Chine/Taïwan)
Man On Ground de Akin Omotoso (Afrique du Sud)
My Brother The Devil de Sally El Hosaini (Grande Bretagne)
Rentaneko (Rent-a-Cat) de Naoko Ogigami (Japon)
The Convoy de Alexey Mizgirev (Russie)
10+10 de Hou Hsiao-hsien, Wang Toon, Wu Nien-Jen, Sylvia Chang... (Taïwan)
Death For Sale de Faouzi Bensaïdi (Belgique/France)
Diaz - Don’t Clean Up This Blood de Daniele Vicari (Italie)
Die Wand (The Wall) de Julian Roman Pölsler (Autriche)
Dollhouse de Kirsten Sheridan (Irlande)
Elles de Malgoska Szumowska (France)
Fon Tok Kuen Fah (Headshot) de Pen-Ek Ratanaruang (Thaïlande)
From Seoul To Varanasi de Kyuhwan Jeon (Corée du Sud)
Lost In Paradise de Vu Ngoc Dang (Vietnam)
Indignados de Tony Gatlif (France)
Keep The Lights On de Ira Sachs (USA)
Kuma de Umut Dag (Autriche) [film d'ouverture]
La mer à l'aube de Volker Schlöndorff (France/Allemagne)
L'âge atomique de Héléna Klotz (France)
Leave It On The Floor de Sheldon Larry (USA/Canada)
Mai-wei (My Way) de Kang Je-kyu (Corée du Sud)
Mommy Is Coming de Cheryl Dunye (Allemagne)
Parada (The Parade) de Srdjan Dragojevic (Serbie/République de Croatie)
Sharqiya (Central Station) de Ami Livne (Israël)
The Woman Who Brushed Off Her Tears de Teona Strugar Mitevska (Macédoine)
Wilaya de Pedro Pérez Rosado (Espagne)
Xingu de Cao Hamburger (Brésil)

LES DOCUMENTAIRES

Our Story –10-year ‘Guerrilla Warfare’ of Beijing Queer Film Festival de Yang Yang (Chine)
“Blut muss fließen” - Undercover unter Nazis de Peter Ohlendorf (Allemagne)
Children of Srikandi du collectif "the Children of Srikandi Collective" (Allemagne/Indonésie)
Democracy Under Attack - An Intervention de Romuald Karmakar (Allemagne)
Audre Lorde - The Berlin Years 1984 to 1992 de Dagmar Schultz (Allemagne)
Brötzmann – That’s When The World Is Mine de Uli M Schueppel (Allemagne)
Call Me Kuchu de Malika Zouhali-Worrall, Katherine Fairfax Wright (USA)
Detlef de Stefan Westerwelle, Jan Rothstein (Allemagne)
Henryk from the back row de Andreas Dresen (Allemagne)
In the Shadow of a Man de Hanan Abdalla (Egypte)
King of Comics de Rosa von Praunheim (Allemagne)
La Vierge, les Coptes et Moi de Namir Abdel Messeeh (France)
Marina Abramović The Artist is Present de Matthew Akers (USA)
Look at me again de Kiko Goifman, Claudia Priscilla (Brésil)
The Reluctant Revolutionary de Sean McAllister (Grande Bretagne)
The Summit de Franco Fracassi, Massimo Lauria (Italie)
Ulrike Ottinger - nomad from the lake de Brigitte Kramer (Allemagne)
Among Men – Gay in East Germany de Markus Stein, Ringo Rösener (Allemagne)
Vito de Jeffrey Schwarz (USA)
Words of Witness de Mai Iskander (USA)

LES COURTS METRAGES

7 Deadly Kisses de Sammaria Simanjuntak (Indonésie)
A Lazy Summer Afternoon de John Heys (Allemagne)
Green Laser de John Greyson (Canada)
LAW and ORDER de Jan Soldat (Allemagne)

Berlin 2012 : la sélection officielle avec Jacquot, Mendoza, Taviani, Thornton, Jolie, Soderbergh, Daldry et les autres

Posté par MpM, le 9 février 2012

La sélection officielle du 62e festival de Berlin qui s'ouvre aujourd'hui fait une nouvelle fois la part belle à un cinéma d'auteur exigeant venu en priorité d'Europe (Danemark, Grèce, Hongrie, Portugal, Espagne...) et d'Asie (Philippines, Indonésie, Chine), laissant peu de place aux films venus d'Amérique du Nord : seulement deux sur dix-huit (le premier long métrage réalisé par Billy Bob Thornton et le nouveau film du Canadien Kim Nguyen) !

Automatiquement, les cinéastes retenus ne font pas partie (à quelques rares exceptions-près) des grands habitués des palmarès et des tapis rouges, ce qui promet à la fois un renouvellement salutaire, et de belles découvertes.

Pour trouver des réalisateur plus "grand public", il faudra donc se tourner du côté du "hors-compétition", qui accueille le premier film d'Angelina Jolie, les nouveaux opus de Stephen Daldry et de Steven Soderbergh, le très attendu Iron lady, et deux films d'action asiatiques signés par des maîtres du genre : Zhang Yimou et Tsui Hark.

Sur la papier, la section la plus prestigieuse du festival semble donc d'ores et déjà bien équilibrée, entre découvertes intrigantes et retrouvailles attendues. Exactement ce que l'on espère chaque année de Berlin, grand pourvoyeur en surprises cinématographiques, à qui l'on doit d'avoir su attirer l'attention avant tout le monde sur des auteurs comme Wang Quan'an, Hans-Christian Schmidt ou Asghar Farhadi. Le prochain est peut-être dans la liste ci-dessous...

Compétition

  • Les adieux à la reine de Benoît Jacquot
  • À moi seule de Frédéric Videau
  • Aujourd´hui d'Alain Gomis
  • Bel Ami de Declan Donnellan et Nick Ormerod
  • Captive de Brillante Mendoza
  • Cesare deve morire de Paolo et Vittorio Taviani
  • Childish Games d'Antonio Chavarrías
  • L´enfant d’en haut d'Ursula Meier
  • Gnade de Matthias Glasner
  • Home for the Weekend de Hans-Christian Schmid
  • Jayne Mansfield’s Car de Billy Bob Thornton
  • Just the Wind de Bence Fliegauf
  • Meteora de Spiros Stathoulopoulos
  • Postcards From The Zoo d'Edwin
  • Rebelle de Kim Nguyen
  • A Royal Affair de Nikolaj Arcel
  • Tabu de Miguel Gomes
  • Bai lu yuan de Wang Quan'an

Hors compétition

  • Au pays du miel et du sang d'Angelina Jolie
  • Extremely Loud and Incredibly Close de Stephen Daldry
  • The Flowers of War de Zhang Yimou
  • Haywire de Steven Soderbergh
  • Shadow Dancer de James Marsh
  • The Iron lady de Phyllida Lloyd
  • Flying swords of Dragon Gate de Tsui Hark

Berlin 2012 : un jury bien équilibré autour du Président Mike Leigh

Posté par MpM, le 8 février 2012

C'est parti ! La 62e édition du Festival de Berlin s'ouvre jeudi, avec le film historique Les adieux à la reine du Français Benoit Jacquot. Dix huit films sont en lice pour l'Ours d'or, qui sera décerné par le jury mi-glamour, mi-intello, présidé par le cinéaste britannique Mike Leigh.

A ses côtés, on retrouvera Charlotte Gainsbourg, réputée pour son charme comme pour ses choix d'actrice exigeants, et Barbara Sukowa, actrice fétiche de Rainer Werner Fassbinder. Les deux femmes ont en commun un prix d'interprétation à Cannes : la première pour Antichrist en 2009, la seconde pour Rosa Luxemburg en 1986.

Elles seront fort bien accompagnées par l'acteur américain Jake Gyllenhaal (Brokeback mountain, Source code...), le cinéaste et photographe néerlandais Anton Corbijn (Control, the Americain), l'Iranien Asghar Farhadi, Ours d'or en 2011 avec Une séparation, François Ozon, habitué de Berlin (Gouttes d'eau sur pierre brûlante, Angel, Ricky...) et l'écrivain algérien Boualem Sansal (prix du premier roman en 1999 avec Le serment des barbares).

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Mike Leigh (Grande Bretagne)
Président

Anton Corbijn (Pays-Bas)
Asghar Farhadi (Iran)
Charlotte Gainsbourg (France)
Jake Gyllenhaal (USA)
François Ozon (France)
Boualem Sansal (Algérie)
Barbara Sukowa (Allemagne)

Benoît Jacquot ouvrira le Festival de Berlin

Posté par vincy, le 4 janvier 2012

Les adieux à la Reine de Benoît Jacquot fera l'ouverture du 62e Festival de Berlin, le 9 février prochain. Le film se déroule durant la révolution française et scrute la relation entre la Reine Marie-Antoinette (Diane Kruger) et l'une de ses liseuses (Léa Seydoux).

Le scénario, écrit par Jacquot et Gilles Taurand, est l'adaptation du livre de Chantal Thomas, prix Femina en 2002. L'affiche comprend aussi Xavier Beauvois dans le rôle du Roi Louis XVI, Virginie Ledoyen et Noémie Lvovsky.

Le film devrait sortir au printemps.

Un Ours d’or d’honneur pour Meryl Streep

Posté par vincy, le 2 janvier 2012

Le prochain Festival de Berlin décernera un Ours d'or d'honneur à Meryl Streep. Avec son record de 16 nominations aux Oscars (et probablement une 17e avec The Iron Lady où elle incarne l'ancienne Premier Ministre britannique Margaret Thatcher), dont deux statuettes gagnées, elle a déjà marqué près de 35 ans de cinéma américain.

"Nous nous réjouissons de pouvoir récompenser une star mondiale et une artiste aussi extraordinaire que Meryl Streep avec cet Ours d'or d'honneur. Son talent a de multiples facettes qui lui permettent de passer facilement d'un rôle dramatique à une comédie", a expliqué le directeur du festival Dieter Kosslick, cité dans le communiqué.

La récompense prestigieuse sera remise le 14 février, conjointement à la projection de The Iron Lady. Meryl Streep avait déjà emporté un Ours d'argent, avec Julianne Moore et Nicole Kidman, pour son interprétation dans The Hours, en 2003. Elle avait aussi reçu la Berlinale Camera en 1999 pour l'ensemble de sa carrière.

Berlin 2012 : 8 jurés et 10 films déjà connus

Posté par vincy, le 19 décembre 2011

Le jury du prochain Festival de Berlin est désormais bouclé. Autour de son président Mike Leigh, on retrouve les français Charlotte Gainsbourg et François Ozon (un chouchou de la berlinale), le flamand Anton Corbijn (Control, The American), l'iranien Asghar Farhadi (Une séparation, Ours d'or l'an dernier), l'américain Jake Gyllenhaal, l'algérien Boualem Sansal et l'allemande Barbara Sukowa. Belle affiche.

Par ailleurs, le 62e Festival International du Film de Berlin a révélé dix films sélectionnés.

3 en compétition - Captive (de Brillante Mendoza avec Isabelle Huppert), Dictado d'Antonio Chavarrías et Postcards from the Zoo d'Edwin (qui avait été présenté à L'Atelier de la Cinéfondation de Cannes).

2 hors compétition : Extremely Loud and Incredibly Close de Stephen Daldry avec Tom Hanks, Sandra Bullock et Max von Sydow, et The Flowers of War de Zhang Yimou avec Christian Bale.

5 dans la sélection Berlin Spécial : un documentaire de Werner Herzog (Death Row), Don: The King Is Back de Farhan Akhtar, Keyhol de Guy Maddin, La chispa de la vida d'Álex de La Iglesia avec Salma Hayek, et Marley, documentaire de Kevin Macdonald.

Mike Leigh présidera le jury du festival de Berlin 2012

Posté par vincy, le 2 décembre 2011

Le réalisateur britannique Mike Leigh présidera le jury du Festival international du cinéma de Berlin, du 9 au 19 février, ont annoncé vendredi les organisateurs.

7 fois nommé aux Oscars comme meilleur réalisateur ou scénariste, deux fois en sélection à Berlin (en 1984 avec Meantime et en 2008 avec Happy-Go-Lucky qui a valu à Sally Hawkins le prix d'interprétation féminine), Palme d'or à cannes (Secrets et mensonges), Lion d'or à Venise (Vera Drake), il est l'un des cinéastes les plus primés de ses vingt dernières années.

Son dernier film, Another Year, était sélectionné à Cannes en 2010. Il vient de mettre en scène une pièce de théâtre en Grande-Bretagne, Grief, qui se joue jusqu'à la fin janvier 2012.

La 62e Berlinale se déroulera du 9 au 19 février 2011.

Berlin 2011 : le palmarès

Posté par MpM, le 19 février 2011

Nader et SImin, une séparation, ours d'or 2011Très peu de surprises dans ce palmarès 2011 qui récompense logiquement les trois meilleurs films de la compétition.

L'Iranien Asghar Farhadi était donné gagnant avec Nader et Simin, une séparation, regard aigu et profond sur la société iranienne contemporaine. En plus de la récompense suprême, le film reçoit un double prix d'interprétation masculine et féminine pour les 4 acteurs principaux, effectivement tous exceptionnels. Apparemment le coup de coeur du jury, après avoir été celui de la presse. Les premiers mots de Farhadi ont été pour Jafar Panahi, qu'il espère voir à Berlin l'an prochain. Comme nous tous.

Favori lui aussi de la presse, Bela Tarr, le grand maître du cinéma esthétique, repart avec un grand prix totalement justifié pour Le cheval de Turin, une oeuvre envoûtante et fascinante qui tient plus de l'expérience sensorielle que de la banale séance de cinéma. Au-delà du film, c'est toute la carrière d'un très grand réalisateur ayant annoncé son désir de ne plus tourner qui est célébrée.

The forgiveness of blood de Joshua Marston a été projeté le dernier jour du festival et n'a donc pas bénéficié du même buzz que les deux films précédents, pour autant le jury l'a fort justement retenu. Un prix du scénario logique pour cette histoire sensible et sobre d'un adolescent contraint à rester enfermé chez lui pour échapper à une vendetta lancée contre sa famille.

Un palmarès équilibré qui correspond globalement aux attentes. C'est à peine si l'on peut déplorer l'absence de Miranda July (The future) dans la liste des autres lauréats, et se demander, malgré tout le bien que l'on pense de Nader et Simin, une séparation, si cumuler tant de prix sur le même film était vraiment indispensable...

Ours d'or
Nader et Simin, une séparation d'Asghar Farhadi

Ours d'argent, Grand prix du jury
Le cheval de Turin de Bela Tarr

Ours d'argent du meilleur réalisateur
Schlafkrankheit d'Ulrich Köhler

Ours d'argent de la meilleure actrice
Leila Hatami et Sarina Farhadi pour Nader et Simin, une séparation

Ours d'argent du meilleur acteur
Peyman Moadi, Shahab Hosseini et Sareh Bayat pour Nader et Simin, une séparation

Ours d'argent de la meilleure contribution artistique
El premio de Paula Markovitch

Ours d'argent du meilleur scénario
The forviveness of blood de Joshua Marston

Prix Alfred-Bauer de l'innovation, du nom du premier directeur de la Berlinale
Wer, wenn nicht wir ? d'Andres Veiel

Berlin 2011 : retour sur la compétition

Posté par MpM, le 18 février 2011

Berlin 11Le maître-mot de cette 61e Berlinale aura sans conteste été l'hétérogénéité. Hétérogénéité des sujets et des styles mais aussi des films qui vont du très bon au médiocre. A plusieurs reprises pendant cette quinzaine, on se sera interrogé sur les critères de choix des sélectionneurs. Les très bons films étaient-ils si peu nombreux cette année, ou se réservent-ils tous pour Cannes ? Toujours est-il que pour le festivalier, la frustration le dispute à l'excitation. Car si ce n'était pas un millésime d'exception, on a malgré tout vu de bonnes choses, et une poignée de films profitent indéniablement de l'absence sérieuse de concurrence pour s'affirmer comme favoris au moment de la distribution des prix.

Asghar Farhadi et Bela Tarr bien placés

Deux longs métrages ont notamment fait forte impression sur la critique internationale, jusqu'à obtenir la note record de 3,6 étoiles (le maximum est de 4) dans le classement effectué par le quotidien 'Screen' à partir du vote de plusieurs journalistes internationaux. Il s'agit de Nader et Simin, une séparation d'Asghar Farhadi et du Cheval de Turin de Bela Tarr (voir actualité du 15 février). Le premier est iranien, ce qui peut influencer favorablement le jury : quel meilleur symbole de l'engagement en faveur de Jafar Panahi ? D'autant que sous ses dehors de drame familial, le film parle sans fard de l'Iran d'aujourd'hui.

Mais attention, le second est un concurrent de poids. Bela Tarr est un cinéaste envoûtant qui possède un véritable fan club... et Le turin horsecheval de Turin est annoncé comme son dernier film. Une oeuvre-somme qui peut être prise comme un testament, ou un ultime pied de nez. Pour les jurés, ce serait à la fois couronner une carrière magistrale et récompenser la quintessence d'un cinéma esthétique et sensoriel qui réinvente l'expérience même du cinéma. Chiche ? De toute façon, donner l'ours d'argent de la mise en scène à quelqu'un d'autre que Bela Tarr tiendrait du camouflet... à moins que le Maître n'obtienne carrément la récompense suprême.

Les oeuvres socio-politiques ont une carte à jouer

Bien sûr, le jury peut aussi partir dans une direction totalement opposée. On sait que les thématiques "lourdes", c'est-à-dire politiques, sociales ou historiques, font toujours leur petit effet. The forgiveness of blood de Joshua Marston entre dans cette catégorie (il raconte l'histoire d'un adolescent albanais contraint de vivre reclu chez lui pour éviter d'avoir à payer la dette de sang qui oppose sa famille à une autre) et a en plus l'avantage d'être maîtrisé et réussi. Sécheresse scénaristique, mise en scène nerveuse, acteurs qui sonnent justes... Le cinéaste américain  indépendant cumule les bons points.

Dans cette catégorie, Yelling To The Sky de Victoria Mahoney (sorte de Precious 2), Innocent Saturday d'Alexander Mindadze (avec la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en toile de fond), Margin Call de JC Chandor (sur fond de crise financière) ou Coriolanus de Ralph Fiennes (adaptation moderne de Coriolan de Shakespeare) peuvent également avoir touché le jury. Enfin, If not us, who ? d'Andres Veiel s'attaque à l'histoire récente de l'Allemagne (l'après-guerre et la montée des idéaux révolutionnaires) sans lui donner suffisamment de souffle et de fond pour véritablement convaincre. Pourtant, il bénéficie d'un casting de choix, et August Diehl comme Lena Lauzemis pourraient être récompensés.

Intimité et histoires de couples

Dans un style plus intimiste, The future de Miranda July, même s'il a déçu les fans de la première heure, est suffisamment rafraîchissant et profond pour mériter de figurer dans un palmarès (voir actualité du 15 février). D'autant que l'on a vu pas mal de couples se séparer lors de cette compétition, et celui de The future est celui qui a à la fois le plus d'humour et de style. En revanche, Come Rain Come Shine de Lee Yoon-ki (un homme aide sa femme qui le quitte à emballer ses affaires) et A Mysterious World de Rodrigo Moreno (un homme se retrouve seul et largué lorsque sa petite amie décide de faire une pause dans leur relation) ont choisi un style non narratif et minimaliste qui réduit très largement leur portée. N'est pas Bela Tarr qui veut, et l'on s'ennuie ferme devant ces deux tentatives de capter des instants et des émotions ténues dans un quotidien banalisé.

Les histoires d'amour finissent mal en général, et en particulier dans cette compétition berlinoise, puisque deux autres films intimistes présentent des couples qui échouent à exister. Dans Lipstikka de Jonathan Sagal, deux Palestiniennes vivent une histoire d'amour intermittente, qui les conduit toutes deux à une forme de folie et de malheur. Dans Our Grand Despair de Seyfi Teoman, deux Turcs amoureux de la même femme font semblant de ne pas voir que c'est leur amour l'un pour l'autre qui s'exprime de manière détournée. Dans les deux cas, on peut imaginer un double prix d'interprétation, tant les acteurs apportent finesse et profondeur aux deux intrigues, ou alors un  prix de moindre importance.

Quoi qu'il en soit, on retiendra de cette 61e compétition la difficulté des cinéastes à raconter de bonnes histoires ainsi que le pessimisme ambiant. Les couples se séparent, mais sans  passion, comme si au fond tout cela leur était égal. L'avenir est compromis. La liberté est peu de chose face au destin tout tracé par la vie. Et bien sûr, l'apocalypse n'est pas loin...

C'est pourquoi le palmarès consacrera-t-il au final bien plus qu'un film ou un réalisateur. En faisant son choix, le jury optera en effet d'une certaine manière pour une vision du monde et une proposition cinématographique déterminées.