Berlin 2019: François Ozon, Fatih Akin, Denis Côté en compétition

Posté par vincy, le 13 décembre 2018

On connait la présidente du jury, Juliette Binoche, le film d'ouverture, The Kindness of Strangers. Voici les premiers films retenus par la Berlinale pour sa 69e édition.

En compétition, on trouvera Der Boden unter den Füßen (The Ground Beneath My Feet) de Marie Kreutzer, Der Goldene Handschuh (The Golden Glove) de Fatih Akin (photo), Grâce à dieu de François Ozon, Ich war zuhause, aber (I Was at Home, but) de Angela Schanelec, A Tale of Three Sisters de Emin Alper, et Répertoire des villes disparues (Ghost Town Anthology) de Denis Côté.

Par ailleurs le Festival a déjà annoncé trois films hors-compétition dans le cadre de ses soirées de gala: Gully Boy de l'indien Zoya Akhtar, Brecht de l'allemand Heinrich Breloer, et Watergate, documentaire américain de Charles Ferguson.

Berlin 2019: Juliette Binoche, présidente du jury

Posté par vincy, le 11 décembre 2018

On la voyait plutôt à ce poste au Festival de Cannes. Finalement, Juliette Binoche présidera le jury du Festival de Berlin 2019 (7-17 février). L'actrice française est ainsi le dernier choix de Dieter Kosslick, directeur de la Berlinale qui passe le relais après cette édition.

35 ans de carrière, et pas mal de films passés par Berlin: Mauvais sang en compétition, Les amants du Pont-neuf, dans la sélection Forum, Le Patient anglais en compétition, qui lui valu un Ours d'argent de la meilleur actrice, Chocolat et Country of My Skull, tous deux en compétition, Elles en Panorama, ou encore Camille-Claudel 1915 (compétition) et Endless Night (film d'ouverture). Elle a aussi été distinguée d'une Berlinale Camera en 1993.

Grand chelem

Parmi les plus récompensées du cinéma français, l'actrice a reçu un Oscar du meilleur second-rôle (Le patient anglais) et une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice (Chocolat), trois nominations aux Golden Globes, 10 nominations aux César entre 1986 et 2018 (et une seule fois primée en 1994 pour Bleu), Prix de la meilleure actrice à Cannes (Copie conforme) et Prix de la meilleure actrice à Venise (Bleu).

Au box office, elle compte une dizaine de succès, parfois internationaux, dans des registres très variés: Le hussard sur le toit, Paris, Godzilla, L'insoutenable légèreté de l'être, Décalage horaire, Ghost in the Shell, Fatale...

Récemment, elle a été à l'affiche de High Life de Claire Denis et Voyage à Yoshino de Naomi Kawase. Elle sera bientôt à l'affiche de Doubles vies d'Olivier Assayas, et vient de tourner La vérité de Hirokazu Kore-eda.

Un drame bienveillant en ouverture de la Berlinale

Posté par vincy, le 6 décembre 2018

La réalisatrice danoise Lone Scherfig fera l'ouverture de la prochaine Berlinale (7-17 février 2019) avec The Kindness of Strangers. Ce film, tourné entre Copenhague, le Canada et New York, met en scène l'acteur français Tahar Rahim aux côtés de la comédienne britannique très en vogue Andrea Riseborough et de Zoe Kazan. Le générique comprend également Caleb Landry Jones, Jay Baruchel et Bill Nighy. L'histoire suit plusieurs personnages tentant de survivre à l'hiver new yorkais, ce que la réalisatrice avait évoqué lors d'un entretien avec Ecran Noir.

Le film s'installe dans un restaurant russe, où l'on croise une mère (Kazan) victime de la violence de son mari policier, une infirmière (Riseborough), le proprio du resto (Nighy), et son gérant (Tahar Rahim), un jeune chômeur (Landry Jones), un avocat (Baruchel)... A un carrefour de leurs vies, chacun va comprendre qu'il peut se libérer de ses poids en faisant confiance aux autres.

Cette coprod internationale, soutenue par Arte, n'a pas encore de distributeur en France.

Pour Lone Scherfig, c'est un grand retour à Berlin. En 2001, avec son film Italian for beginners, réalisé selon les principes du Dogme danois, elle avait reçu quatre prix: le prix du jury (Ours d'argent), le prix du jury œcuménique, le prix FIPRESCI de la critique internationale et le prix des lecteurs du Berliner Morgenpost. Avec Une éducation, en 2010, elle avait également été nommée trois fois aux Oscars, huit fois aux Baftas, en plus d'une présentation hors-compétition à Berlin. La cinéaste a aussi présenté The Birthday Trip et Seule à la maison à la Berlinale. Récemment, elle a réalisé Un jour, The Riot Club et Une belle rencontre.

Changement de têtes à la Berlinale

Posté par vincy, le 22 juin 2018

C'est un gros chambardement à la tête du Festival International de Berlin. Dieter Kosslick, âgé de 70 ans, ne souhaitait pas renouveler son mandat, qui prend fin en mai 2019. Pour le remplacer, le conseil de surveillance du Kulturveranstaltungen des Bundes in Berlin a décidé de diviser la fonction en deux postes pour 2020. Carlo Chatrian sera directeur artistique de la Berlinale tandis que Mariette Rissenbeek a été choisie comme directrice exécutive.

Carlo Chatrian, italien de 46 ans, est le directeur artistique du Festival de Locarno depuis 2012. Il aura pour tâche de redonner de l'élan à la compétition berlinoise, tout en s'ouvrant à des films plus singuliers. Locarno va devoir partir en quête d'un nouveau directeur. La néerlandaise Mariette Rissenbeek est surtout connue pour avoir dirigé German Films.

Près de 80 cinéastes allemandes, parmi lesquels Fatih Akin, Maren Ade ou encore Volker Schlödorff, avaient demandé en décembre dernier un profond renouvellement du Festival de Berlin en nommant à sa tête une personnalité "passionnée de cinéma et qui dispose des meilleurs contacts dans le monde et soit en mesure, à l'avenir, de porter le festival au même niveau que Cannes et Venise".

Le Festival créé en 1951, considérant comme l'un des trois plus importants artistiquement dans le monde, n'a pourtant pas démérité sous l'ère Kosslick, débutée en 2001: Hayao Miyazaki, Paul Greengrass, Fatih Akin, Claudia Llosa, Asghar Farhadi, Jafar Panahi ont tous reçu l'Ours d'or. Mais la compétition est souvent très inégale, avec de nombreux films jugés assez faibles. Berlin est davantage renforcé par ses sélections parallèles : Panorama et Forum.

Christoph Terhechte, directeur de la section Forum, a prévu de partir en juillet, après 17 ans à son poste. Un remplaçant intérimaire doit être bientôt nommé. Tandis que Wieland Speck, directeur de la section Panorama depuis 1992, avait quitté son poste il y a deux ans, remplacé l'an dernier par le trio Paz Lázaro, Michael Stütz et Andreas Struck, trois de ses collaborateurs et collaboratrices depuis plusieurs années.

Le charme discret de Stéphane Audran s’envole (1932-2018)

Posté par vincy, le 27 mars 2018

Elle était l'actrice chabrolienne par excellence. Stéphane Audran, née Colette Dacheville le 8 novembre 1932; s'est éteinte le 27 mars à l'âge de 85 ans. A l'affiche de deux films oscarisés (Le charme discret de la bourgeoisie, Le festin de Babette), Prix d'interprétation à Berlin (Les biches), à San Sebastian (Le boucher), aux Bafta britanniques (Le charme discret..., Juste avant la nuit) et César du meilleur second-rôle féminin (Violette Noziere), la comédienne était l'une des figures emblématiques du cinéma français des années 1960 et 1970.

Au delà de cette beauté (rousse, blonde ou brune selon les rôles) qui captait si bien la lumière, de ses yeux verts hypnotiques et de sa voix reconnaissable entre mille, elle avait un talent réel à composer des personnages éclectiques dans des univers souvent dramatiques, avec cette distance un peu froide qui lui était propre. ESi elle a tourné en 1959 avec Eric Rohmer, dans Le signe du lion, c'est bien sa rencontre avec Claude Chabrol (décédé en 2010) qui forgea son destin cinématographique. C'est Gérard Blain qui organisa le rendez-vous. Elle obtient alors un petit rôle dans Les cousins (1959). Chabrol et elle entament une relation amoureuse, qui sera fusionnelle à l'écran.Il lui fera tout jouer, séductrice, angoissée, calme, douce, criminelle... La bourgeoise idéale. Ensemble, ils tournent Les bonnes femmes, Les Godelureaux, L'œil du malin, Landru, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La ligne de démarcation, Le scandale.... Pas souvent les meilleurs films du réalisateur, et souvent des échecs financiers. En 1968, avec Les biches, avec Jean-Louis Trintignant, reçoit un Ours d'argent à Berlin. Audran est enfin remarquée comme actrice et Chabrol renaît. Il l'enrôle ensuite pour La femme infidèle et surtout Le boucher, avec Jean Yanne (1970), film noir sous tension sur un amour impossible. Chabrol continue ainsi sa filmographie avec sa première muse (avant Huppert): Meurs filmographies semblent indissociables: La rupture, Juste avant la nuit, Les noces rouges, Folies bourgeoises, Les liens du sang, Violette Nozière durant les années 1970, puis plus sporadiquement ensuite avec Le sang des autres, Poulet au vinaigre, Jours tranquilles à Clichy, Betty et L'ivresse du pouvoir.

Stéphane Audran, épouse de Jean-Louis Trintignant dans les années 1950, en concubinage avec Claude Chabrol à partir de 1959 (et mère de Thomas Chabrol) avant de se marier puis de divorcer en 1980, a connu ses plus grands rôles quand elle s'est émancipée de son pygmalion. La comédienne a été à l'affiche de nombreux films moyens signés pourtant Jacques Pinoteau, Jean Delannoy, Philippe Labro... Mais avec les reconnaissances pour Les biches et Le boucher, son élégance et son magnétisme ont séduit Luis Bunuel (Le Charme discret de la bourgeoisie), une histoire de repas impossible entre notables. La gastronomie, thème chabrolien par excellence, va aussi être son porte-bonheur. Ce film lui ouvre les portes des grands cinéastes et du cinéma anglo-saxon. Dans les années 1970, elle tourne avec Orson Welles (dans l'inachevé The Other Side of the Wind, bientôt restauré et complété), Samuel Fuller (Un pigeon mort dans Beethoven Street, Au-delà de la gloire, Les voleurs de la nuit), une adaptation internationale d'un Agatha Christie (Dix petits nègres) et surtout Claude Sautet (Vincent, François, Paul… et les autres, où elle est la femme d'Yves Montand, qu'elle quitte).

Dans un registre plus populaire on la voit chez Michel Audiard et Georges Lautner, dans La cage aux folles 2 et 3. Ces vingt dernières années, elle apparaît dans des comédies oubliables comme Arlette, Belle-Maman, J'ai faim, Ma femme d'appelle Maurice... En 1981, elle retrouve Huppert, sa partenaire de Violette Nozière dans Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, épouse de Noiret policier devenu assassin. Parmi les films qui ont marqué sa carrière, on note aussi Mortelle randonnée de Claude Miller, Les saisons du plaisirde Jean-Pierre Mocky, et La fille de Monaco d'Anne Fontaine, son dernier film il y a dix ans.

Mais Stéphane Audran s'est offert un chant du cygne somptueux, avec une autre grande bouffe, Le festin de Babette (1987) de Gabriel Axel. C'est sans doute son dernier grand rôle, mais aussi l'un des plus beaux. En cuisinière renommée fuyant une France répressive dans un Danemark austère, elle brille à la lumière des bougies, accomplissant des merveilles avec la nourriture: elle habite littéralement ce film, sélectionné à Cannes et oscarisé l'année suivante.

Ce qui plaisait chez Audran, c'était son jeu subtil, jamais dans l'effet ou la surdramatisation. Sa sincérité transperçait l'écran. Actrice discrète, elle revendiquait cette sobriété. Pas étonnant alors que ce démystificateur de Chabrol ait trouvé en elle toutes les facettes de la femme, qu'elle soit infidèle ou sans amour, vulgaire ou fatale, garce ou vulnérable. Honnête (et engagée), mal exploitée par le cinéma français, l'actrice restera l'une de ces incarnations d'une France en mutation, à la fois enracinée et libérée, classique et moderne, "pompidolienne" en quelque sorte.

Qui est Anthony Bajon, Ours d’argent du meilleur acteur?

Posté par vincy, le 25 février 2018

Anthony Bajon a 23 ans. Et il est le 7e acteur français primé par un Ours d'argent d'interprétation masculine à Berlin, succédant à Jean Gabin (récompensé en 1959 et 1971), Jean-Pierre Léaud (1966), Michel Simon (1967), Jean-Louis Trintignant (1968), Michel Piccoli (1982) et Jacques Gamblin (2002). Rien que ça.

"J'ai beaucoup prié pour avoir cet Ours), c'est tout à fait incroyable, c'est un rêve pour moi", a déclaré le comédien devant la presse après la cérémonie. "Je me sens en fait comme un enfant qui ne peut pas contrôler ses émotions", a-t-il ajouté.

Anthony Bajon aime le sport. Du vélo au foot, du judo au ski. Formé au Studio Muller, le jeune comédien a été découvert au cinéma dans Les Ogres de Léa Fehner il y a quatre ans. On l'a ensuite croisé dans Médecin de campagne de Thomas Lilti, Rodin de Jacques Doillon, Marilyne de Guillaume Gallienne, L'embarras du choix de Eric Lavaine et Nos années folles d'André Téchiné. Avec La Prière de Cédric Kahn, qui lui a valu son Ours berlinois, il obtient son premier grand rôle de cinéma.

"Anthony a passé le casting au même titre que les autres. C'est lui qui avait le plus grand spectre de jeu. Il a quelque chose de candide", a estimé le réalisateur Cédric Kahn, interrogé par l'AFP. Le réalisateur a déclare qu'il cherchait "un garçon avec beaucoup de présence, d’intensité, de violence, mais aussi une forme de candeur, un lien fort à l’enfance. Et qui soit assez indéfinissable socialement. Un acteur capable d’habiter les creux du récit. Autant dire beaucoup de qualités pour un jeune comédien." Ajoutant: "Et pour moi, Anthony avait tout ça."

Dans La Prière, il incarne Thomas. Pour sortir de la dépendance à la drogue, il rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens toxicos qui se soignent par la prière et le travail. Il va y découvrir l'amitié, la règle, l’amour et la foi…

Anthony Bajon a aussi été vu dans plusieurs cours métrages (dont Magic World de Julien Hosmalin et Petit homme de Jean-Guillaume Sonnier) et à la télévision (dont Section zéro d'Olivier Marchal, Jeux d'influence de Jean-Xavier De Lestrade et Ad vitam de Manuel Shapira et Thomas Cailley).

Autant dire que depuis quelques années, il ne chôme pas. Il a débuté sur les planches avec pas mal de mises en scène d'Akim Ben Hafsia et de Jean-Pierre Jacovella.

La Prière sort dans les salles françaises le 21 mars.

Berlin 2018: Touch Me Not d’Adina Pintilie, Ours d’or et meilleur premier film

Posté par vincy, le 24 février 2018

touche me not

Le palmarès officiel de la 68e Berlinale fait la part belle aux réalisatrices: Ours d'or (et meilleur premier film toutes sections confondues) pour Adina Pintilie, Grand prix du jury pour Malgorzata Szumowska, Ours d'or du court métrage pour Ines Moldavsky, le Prix du meilleur documentaire pour Ruth Beckermann.

En déjouant les pronostics, le jury a réservé pas mal de surprises, s'assurant de créer des déceptions (notamment pour Dovlatov, qui repart avec un maigre prix, ou Utøya 22. juli (U – July 22) et In den Gangen, oubliés. Mais il colle aussi à des films déjà distingués par d'autres prix berlinois comme Las Herederas, Prix Alfred Bauer et Prix d'interprétation féminine, qui avait gagné les faveurs de la Fipresci.

Le cinéma européen, et surtout d'Europe de l'Est, et le cinéma latino-américain squattent le palmarès qui a snobé quasiment toute la sélection hollywoodienne. On notera quand même que Wes Anderson repart avec un prix de la mise en scène avec son film d'animation L'île aux chiens. Un film animé couronné par ce prestigieux prix est assez exceptionnel en soi.

Enfin, c'est un jeune acteur français, qui a quand même dix ans de carrière derrière lui, qui a raflé l'Ours d'argent dans sa catégorie pour La prière de Cédric Kahn, seul film français récompensé à Berlin cette année.

Nos pronostics et favoris dans la course à l’Ours d’or
Retour sur la compétition
Tous les prix parallèles de la 68e Berlinale
Les actualités et les films de la 68e Berlinale

Ours d'or: Touch Me Not de Adina Pintilie

Ours d'argent - Grand prix: Twarz (Mug) de Malgorzata Szumowska

Ours d'agent - Prix Alfred Bauer (Nouvelles perspectives): Las herederas de Marcelo Martinessi

Ours d'argent - meilleur réalisateur: Wes Anderson pour L'île aux chiens

Ours d'argent - meilleure actrice: Ana Brun pour Las herederas de Marcelo Martinessi

Ours d'argent - meilleur acteur: Anthony Bajon pour La prière de Cédric Kahn

Ours d'argent - meilleur scénario: Manuel Alcalá & Alonso Ruizpalacios pour Museo

Ours d'argent - contribution artistique: Elena Okopnaya pour les costumes de Dovlatov d’Alexey German Jr

Ours d'or du meilleur court métrage: The Men Behind the Wall d'Ines Moldavsky

Ours d'argent - Prix du jury (court métrage): Imfura de Samuel Ishimwe

Prix du court métrage Audi: Solar Walk de Reka Bucsi

GWFF Best First Feature Award (Premier film toutes sections confondues): Touch Me Not de Adina Pintilie
Mention spéciale: An Elephant Sitting Still de Hu Bo

Glashütte Original – Documentary Award (Documentaire toutes sections confondues): Waldheims Walzer de Ruth Beckermann
Mention spéciale: Ex Pajé (Ex Shaman) de Luiz Bolognesi

Berlin 2018 : nos pronostics et favoris dans la course à l’Ours d’or

Posté par MpM, le 24 février 2018

Voilà, les 18 films de la compétition ont été montrés et vus, le jury de Tom Tykwer s’est réuni pour délibérer, et on connaîtra ce soir le film qui succédera à Corps et âme de Ildiko Enyedi au Panthéon des Ours d’or. En attendant, on n’a pas pu résister au plaisir de quelques pronostics.

Ours d’or / Ours d’argent du meilleur film


Les voies des jurys sont impénétrables, mais on aimerait voir récompensés des films qui allient un message fort à une certaine virtuosité formelle. On pense évidemment à Dovlatov d’Alexey German Jr, à la mise en scène aérienne et brillante, qui fait l’éloge de l’art et de la liberté d’expression, mais aussi à L’île aux chiens de Wes Anderson, film d’aventures drôle et engagé, qui tient un discours intelligent sur la responsabilité politique et le refus de l’intolérance ou de la ségrégation. Et puis un seul film d'animation a remporté un Ours d'or en 67 éditions : Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki... en 2002. Il est temps d'écrire un 2e chapitre de cette histoire-là.

Si le jury a choisi d’être radical, il peut également aller vers les 4h du nouveau film de Lav Diaz (Season of the devil), œuvre hypnotique certes longue et rébarbative mais à la portée symbolique, politique et même cinématographique indéniable.

Ours d’argent du meilleur réalisateur


Là encore, Dovlatov semble le candidat idéal, tant Alexey German Jr excelle à rendre vivantes et captivantes les scènes de soirées et de conversations passionnées dans le Leningrad artistique de la fin des années 70. Sa caméra en apesanteur donne l’impression au spectateur d’évoluer lui-même au milieu des personnages.

On a également été séduit par les fulgurances formelles de The real estate de Axel Petersén et Mans Mansson, qui font baigner l’intrigue au départ peu engageante (une sombre histoire d’immeuble mal géré) dans une atmosphère de cauchemar halluciné. Les gros plans sur le visage de l’héroïne, les teintes blafardes, la musique dense qui insuffle sa propre tonalité au récit en font ce que l’on a vu de plus singulier et de plus cinématographiquement inventif en compétition cette année. Bien sûr, cela en fait aussi le prétendant idéal pour le fameux prix Alfred Bauer destiné à un film "qui ouvre de nouvelles perspectives".

Utoya 22. Juli d'Erik Poppe, pour le côté performance, a également ses chances. Quoi que l’on pense du film sur le fond, difficile de ne pas reconnaître la prouesse de cet unique plan séquence de 72 minutes qui garde le spectateur sous une tension quasi insoutenable. Le récompenser est cela dit à double tranchant : valider l’impressionnant dispositif narratif utilisé par Erik Poppe, mais aussi valoriser ce que certains lui reprochent justement : la mise en scène de l’horreur.

Plus classiques, mais tout aussi efficaces, Gus van Sant (T'inquiète pas, il n'ira pas loin à pied) et Emily Atef (Trois jours à Quiberon) mériteraient eux aussi un prix de mise en scène. Le premier propose un film assez découpé qui met parfaitement en valeur le destin hors normes de son personnage tandis que la seconde  excelle dans la mise en scène des relations du quatuor formé par Romy Schneider, son amie, le journaliste et le photographe.

Et même si l’on n’aime guère le film, Mein Bruder heißt Robert und ist ein Idiot de Philip Gröning fait par moments preuve d’un naturalisme lumineux qui aurait de quoi subjuguer un jury réceptif à ce type de cinéma.

Ours d’argent du meilleur scénario


Pig de Mani Haghighi serait le candidat idéal pour ce prix qui récompenserait parfaitement l’esprit du film et sa volonté de tourner en dérision le si rigide régime iranien, tout en reconnaissant ses faiblesses formelles et sa dérive vers la série Z grotesque dans une deuxième partie plus faible.

Plus classiquement, tous les films cités pour l'Ours d'or peuvent également prétendre à un prix de scénario, avec une petite préférence pour L'île aux chiens de Wes Anderson, dont l'écriture sophistiquée et ultra complexe transcende la simplicité de l'intrigue.

Prix d’interprétation


Sans hésiter, nous remettrions le prix de la meilleure actrice à Marie Baümer pour Trois jours à Quiberon d'Emily Atef. L’actrice est non seulement très juste dans l’exubérance comme dans le désespoir, mais elle parvient en plus à s’oublier totalement derrière le rôle de Romy Schneider. Si dans le premier quart d’heure du film, on voit encore la comédienne interprétant un rôle, très vite il n’y a plus que Romy, irradiant de cette indescriptible grâce, de cette énergie et de cette sincérité qui bouleversent tout ceux qui la rencontrent.

Mais il y a une forte concurrence pour le prix d'interprétation féminine, en raison d'une édition riche une fois encore en beaux rôles féminins. On penserait donc assez logiquement à Ana Brun, l'interprète principale de Las herederas de Marcelo Martinessi, qui tient parfaitement sa partition de femme mûre retrouvant peu à peu un sens à sa vie, à Léonore Ekstrand qui est sans cesse sur le fil dans The real estate, ainsi qu'à Andrea Berntzen littéralement omniprésente dans Utoya 22. Juli qu'elle porte quasiment à elle toute seule. Sans son impeccable performance, le film s'écroulerait, et c'est là encore typiquement le genre de rôle récompensé dans les festivals.

Enfin, s’il va vers la facilité, le jury peut aussi récompenser Isabelle Huppert, très bien dans Eva de Benoit Jacquot, ou offrir un double prix d’interprétation aux deux mères (la naturelle et l’adoptive, c'est-à-dire respectivement Alba Rohrwacher et Valeria Golino) du très basique Mia figlia de Laura Bispuri.


Côté acteurs, évidemment Joaquin Phœnix semble un choix évident tant il est parfait (et méconnaissable) en John Callahan chez Gus van Sant. Mais Joaquin est toujours parfait, et ne peut pas pour autant rafler tous les prix d’interprétation masculine de la planète. On pencherait alors pour le comédien de Dovlatov (Milan Maric). Le jeune acteur de La prière de Cédric Kahn (Anthony Bajon) est aussi un bon candidat.

Et pourquoi ne pas récompenser le casting complet de Lav Diaz ou, plus audacieux, celui de L’île aux chiens ?  Les palmarès doivent aussi servir à ça, distinguer des performances singulières et ne pas toujours aller vers l'évidence...

Berlin 2018: tous les prix parallèles de la 68e Berlinale

Posté par vincy, le 24 février 2018

FIPRESCI (critique internationale)

Compétition
Meilleur film: Las herederas (The Heiresses) de Marcelo Martinessi

Panorama
Meilleur film: River’s Edge de Isao Yukisada

Forum
Meilleur film: An Elephant Sitting Still de Hu Bo

Prix des lecteurs du Berliner Morgenpost

Meilleur film: Dovlatov d'Alexey German Jr

Prix des lecteurs du Tagesspiegel

Meilleur film: L'empire de la perfection (In the Realm of Perfection) de Julien Faraut

Guild Film Prize

Meilleur film: In den Gängen de Thomas Stuber

CICAE Art Cinema Award

Panorama
Meilleur film: Tinta Bruta (Hard Paint) de Marco Reolon et Filipe Matzembacher

Forum
Meilleur film: Teatro de guerra (Theatre of War) de Lola Arias

Jury œcuménique

Compétition
Meilleur film: In den Gängen de Thomas Stuber
Mention spéciale: Utøya 22. juli (U – July 22) d'Erik Poppe

Panorama
Meilleur film: Styx de Wolfgang Fischer

Forum
Meilleur film: Teatro de guerra (Theatre of War) de Lola Arias

Label Europa Cinéma

Meilleur film: Styx de Wolfgang Fischer

Section Panorama

Prix du public (fiction): Profile de Timur Bekmambetov
2e place: Styx de Wolfgang Fischer ; 3e place: L‘Animale de Katharina Mueckstein
Prix du public (documentaire): The Silence of Others d'Almudena Carracedo et Robert Bahar
2e place: Partisan de Lutz Pehnert, Matthias Ehlert et Adama Ulrich ; 3e place: O processo de Maria Augusta Ramos

Teddy Awards

Meilleur film: Tinta Bruta (Hard Paint) de Marco Reolon et Filipe Matzembacher
Meilleur documentaire: Bixa Travesty (Tranny Fag) de Claudia Priscilla et Kiko Goifam
Meilleur court métrage: Three Centimetres (Generation) de Lara Zeidan
Prix du jury: Obscuro Barocco d'Evangelia Kranioti
Prix Nouveau Talent: Retablo d'Alvaro Delgado-Aparicio
Prix des lecteurs (Mannschaft Magazin): Las Herederas (The Heiresses) de Marcelo Martinessi

Caligary Film Prize

Meilleur film: La casa lobo (The Wolf House) de Cristóbal León and Joaquín Cociña

Peace Film Prize

Meilleur film: The Silence of Others d'Almudena Carracedo and Robert Bahar

Heiner Carow Prize

Meilleur film: Styx de Wolfgang Fischer

Section Generation 14Plus

Jury jeunes
Ours de cristal du meilleur film: Fortuna de Germinal Roaux
Mention spéciale: Retablo d'Alvaro Delgado-Aparicio
Ours de cristal du meilleur court métrage: Kiem Holijanda de Sarah Veltmeyer
Mention spéciale: Je fais où tu me dis (Dressed for Pleasure) de Marie de Maricourt

Jury international
Grand prix du jury: Fortuna de Germinal Roaux
Mention spéciale: Dressage de Pooya Badkoobeh
Prix spécial du jury pour un court métrage: Juck d'Olivia Kastebring, Julia Gumpert et Ulrika Bandeira
Mention spéciale: Na zdrowie! (Bless You!) de Paulina Ziolkowska

Section Generation KPlus

Jury enfants
Ours de cristal du meilleur film: Les rois mongols (Cross My Heart) de Luc Picard
Mention spéciale: Supa Modo de Likarion Wainaina
Ours de cristal du meilleur court métrage: A Field Guide to Being a 12-Year-Old-Girlde Tilda Cobham-Hervey
Mention spéciale: Snijeg za Vodu (Snow for Water) de Christopher Villiers

Jury international
Grand prix du jury: Sekala Niskala (The Seen and Unseen) de Kamila Andini
Mention spéciale: Allons enfants (Cléo & Paul) de Stéphane Demoustier
Prix spécial du jury pour un court métrage: Jaalgedi (A Curious Girl) de Rajesh Prasad Khatri
Mention spéciale: ena d’aragoste (Lobster Dinner) de Gregorio Franchetti

Section Perspektive Deutsches Kino

Meilleur film: Überall wo wir sind (Everywhere We Are) de Veronika Kaserer
Kompagnon Fellowships: When a Farm Goes Aflame, the Flakes Fly Home to Bear the Tale de Jide Tom Akinleminu ; Blutsauger de Julian Radlmaier

Berlinale Co-Production Market

Eurimages Co-Production Development Award: The War Has Ended de Hagar Ben Asher
VFF Talent Highlight Award: Tropical Memories de Shipei Wen
ARTE International Prize: The War Has Ended de Hagar Ben Asher

Berlin 2018 : retour sur la compétition

Posté par MpM, le 23 février 2018

Alors que le 68e festival de Berlin touche à sa fin, il est temps de dresser un premier bilan des grandes tendances de cette compétition, l'avant-dernière orchestrée par Dieter Kosslick. Depuis une grosse dizaine d’années, il y a à Berlin des constantes fortes, avec notamment une compétition ouverte à des premiers films ou des auteurs ne bénéficiant pas (encore) d’une grande reconnaissance internationale, mais aussi des œuvres singulières, clivantes ou engagées. À ce titre, le festival demeure cette année encore un festival politique et social, particulièrement ancré dans son époque.

Politique et engagement


On l’a vu notamment avec le choix du film d’ouverture, L’île aux chiens de Wes Anderson, qui en plus d’être un divertissement brillant et virtuose, aborde frontalement la question de la ségrégation et de la corruption politique. D'accord, ce sont des chiens qui sont exilés sur une île déserte et abandonnés à leur sort (en l’occurrence une extermination programmée), mais le message est malgré tout transparent, et rappelle les heures les plus sombres de l’histoire passée et contemporaine.

Dans un autre style, Dovlatov d’Alexey German Jr défend avec virulence la liberté d’expression et la nécessité de l’engagement dans l’art. Il plane sur cette vision tragique de l’URSS de la fin des années 70 l’ombre de la Russie actuelle, tenue de main de fer par Vladimir Poutine.

Autre région du monde, même procédé, puisque Lav Diaz propose quant à lui un parallèle saisissant entre les Philippines de la fin des années 70 (encore) et celles d'aujourd'hui. Le constat est d’autant plus glaçant que Season of the devil est une tragédie désespérée sur les exactions de la dictature Marcos dans laquelle tout embryon d’espoir est annihilé méthodiquement par l’absence totale d’humanité ou de compassion des oppresseurs.

Enfin, Pig de Mani Haghighi est une farce au vitriol sur la société iranienne qui met en scène un réalisateur frappé par une interdiction de tourner (sujet plutôt tabou) et menacé par un serial killer puritain qui se déguise en cochon. Il n’y a probablement pas grand chose, dans ce film outrageusement irrévérencieux, qui plaise au régime de Téhéran, ou ne le tourne pas en ridicule, du réalisateur fan de death metal au couple très libre qu’il forme avec sa femme.

Comment filmer l'horreur ?


On peut ajouter un film qui n’est pas à proprement parler politique, mais qui parle viscéralement de notre époque. Utoya 22. Juli de Erik Poppe relate en temps réel la prise d’assaut du camp des jeunes travaillistes norvégiens sur l’île d’Utoya le 22 juillet 2011. Il suit pour cela en un unique plan séquence de 72 minutes le personnage de Kaja, une jeune fille prise dans la terreur de l’attentat obsédée par la nécessité de retrouver sa jeune sœur. Le film ne montre jamais le point de vue du tireur (celui-ci n’apparaît que fugacement dans un plan, sous la forme d’une silhouette) ni les fusillades et c’est le son (détonations et cris) qui apporte la dimension anxiogène au récit.

Erik Poppe trouve la bonne distance entre une vision purement documentaire qui montrerait trop de choses, et un regard totalement épuré de violence, qui sonnerait faux. Il livre ainsi un film terrifiant, mais pas tire-larmes, qui réveille douloureusement les souvenirs des nombreux attentats ayant émaillé les dernières années. Il pose surtout  la question de comment filmer, aujourd'hui, ce genre d’histoire qui jusqu'il y a peu, appartenait principalement à l'univers du jeu vidéo (les fameux shoot them up), ou du film d’horreur. Il interroge notre regard de spectateur et montre l'irréversible contamination de la réalité par ce qui n'était que de la fiction, puis de la fiction par ce qui est devenu une réalité. Comment, dès lors, « refictionnaliser » cette réalité sans paraître obscène, maladroit ou manipulateur ? Erik Poppe s’y essaye comme il peut, et n’échappe pas à quelques clichés de mise en scène, des réflexes romanesques de metteur en scène. Mais ce faisant, il propose une oeuvre dense et forte qui livre un regard sans ambiguïté sur les événements d'Utoya.

Personnages réels


La réalité, globalement, était au cœur de nombreux films sélectionnés cette année, notamment à travers plusieurs personnages réels incarnés à l'écran : Sergueï Dovlatov, l’écrivain russe dont on a déjà parlé, mais aussi la comédienne Romy Schneider (Trois jours à Quiberon d’Emily Atef) et le cartooniste John Callahan (T'inquiète pas, il n'ira pas loin à pied de Gus van Sant). Aucun des trois n'est un biopic au sens strict du terme, mais tous racontent un moment particulier de la vie du personnage. Alexey German Jr s'intéresse à 5 jours de la vie de Dovlatov, Emily Atef à trois, et Gus van Sant propose plusieurs récits imbriqués qui racontent le parcours de Callahan entre le jour où il a eu un accident de voiture qui l'a paralysé, jusqu'au moment où il a atteint une certaine notoriété. C'est probablement le film le plus classique des trois, avec une construction en flash-backs et suffisamment de références au passé du personnage pour que l'on ait un large aperçu de son existence et de sa personnalité. Le cinéaste américain réussit un film drôle et profond, bien réalisé, qui délivre discrètement un message d'espoir et de courage.

Trois jours à Quiberon joue sur un registre plus intime, en racontant les coulisses d'une interview devenue célèbre que Romy Schneider donna en 1981 au magazine Stern. Elle s'y livre tout entière, fragile et perdue, laissant entrevoir des failles qui l'ont hantée toute sa vie. Le quatuor d'acteurs fonctionne admirablement (à commencer par l'incroyable Marie Baümer qui joue une Romy plus vraie que nature) et l'on découvre, au-delà de l'actrice, un personnage de femme écartelée entre sa passion pour son métier et son amour pour ses enfants, sévèrement jugée justement parce qu'elle est une femme assoiffée de liberté, et contrainte à une fuite en avant mortifère. Emily Atef trouve le ton juste pour réaliser un portrait sincère et sensible sans gommer les aspérités et les contradictions de son personnage.

Femmes de tête


Cela semble d'ailleurs une tradition à Berlin : tous les ans, les femmes sont sur le devant de la scène et marquent la compétition. Cette année ne fait pas exception, avec bien sûr le très beau personnage de Romy Schneider, et celui, très fort, de Kaja dans Utoya 22. Juli. On peut également parler de Las Herederas de Marcelo Martinessi, dans lequel une femme laissée seule suite à l'emprisonnement de sa compagne reprend peu à peu sa vie en main et redécouvre ses propres désirs ;  Eva de Benoit Jacquot, avec son personnage de prostituée femme fatale à la force de caractère terrible ; Figlia mia de Laura Bispuri dans lequel deux femmes se disputent l'amour d'une petite fille ; Damsel de David et Nathan Zellner, qui met en scène une jeune femme de l'Ouest américain qui mène tous les personnages masculins par le bout du nez ; Isle of dog de Wes Anderson et son étudiante dure à cuire ; Season of the devil de Lav Diaz et la jeune médecin qui se dresse face aux oppresseurs de son village...

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