Edito: les étoiles et les artistes

Posté par redaction, le 8 mars 2018

César et Oscars sont décernés. on peut passer à 2018. On se projette déjà dans Cannes. mais revenons quand même aux deux cérémonies du 7e art qui nous concernent. Une fois n'est pas coutume, l'avantage va à la soirée française. Etonnamment. Ce n'était pas gagné en voyant l'ouverture "Broadway" de Manu Payet. Mais reconnaissons que le comédien a assuré par la suite avec une légèreté agréable et quelques bonnes vannes, parmi les rituels moments gênants. Le palmarès était équilibré aussi. 120 battements par minute en grand vainqueur - ça aurait eu de la gueule que le président du jury cannois de 2017 Pedro Almodovar, qui avait adoré le film vienne récompenser avec Vanessa Paradis l'équipe autour de Robin Campillo -, Au revoir là-haut qui sauve son honneur et Petit Paysan qui permet de faire rentrer dans la cour des grands deux acteurs que l'on apprécie depuis longtemps, Swann Arlaud et Sara Giraudeau.

On peut ajouter que l'activisme des lauréats de 120 BPM portant la parole des malades du sida, des combats pour l'avortement ou encore des réfugiés, a fait du bien au cœur au milieu de ce glamour un peu ampoulé. Les mots sonnaient justes, la sincérité était palpable. Les César, malgré leurs défauts habituels, n'ont pas manqué leur 43e anniversaire. L'audience est d'ailleurs remonté au dessus des 2 millions de téléspectateurs.

Deux soirs plus tard, à Los Angeles, on se disait, comme tous les ans, que Jimmy Kimmel et les Oscars allaient les écraser haut la main: les moyens gigantesques de cette cérémonie, le casting incroyable du tapis rouge, l'incroyable décontraction à l'américaine font souvent des étincelles. Las, on ne s'est jamais autant ennuyé en regardant les 4 heures de remise de prix. Le maître de cérémonie était mauvais, et ses textes mal écrits. On a frôlé le mauvais goût à plusieurs reprises. Il n'y eut aucune surprise parmi les gagnants. Malgré quelques bonnes performances de remettants, une séquence plutôt bien vue dans un multiplexe, et des chansons bien mises en scène, ça manquait de piquant et de punch.

Les Oscars ont été plombés par leur sérieux. L'Affaire Weinstein a figé tout le gratin d'Hollywood dans un un long - mais long - plaidoyer politiquement correct où chaque mot était pesé. Paradoxalement, c'est bien la victoire de latino-américains qui a permis d'entendre des discours convaincants sur la politique anti-Mexique, anti-Dreamers de Donald Trump. A l'inverse, tous les speechs didactiques sur les femmes sont tombés à l'eau. Parfois le mieux est l'ennemi du bien. Logiquement, ces Oscars ont connu leur pire audience historique avec à peine 25 million de téléspectateurs aux USA.

Mais justement, ce qui réunit les deux palmarès, ce sont les deux actrices primées. Jeanne Balibar et Frances McDormand. Par leur décalage, par leur pêche, par leur personnalité, les deux comédiennes ont su rappeler deux choses essentielles: le cinéma est une affaire de singularité et les femmes y ont toute leur place. La Césarisée comme l'Oscarisée ont réveillé les téléspectateurs et auditoires endormis. Elles ont porté leurs voix au dessus de la musique. Elles ont galvanisé les troupes. Enjoignant les décideurs à faire confiance aux "barges" et aux femmes. Plutôt que de longs discours et de bonnes intentions, elles ont réclamé le droit de pouvoir raconter leurs histoires et inviter les "décideurs" à les aider à conquérir les écrans.

Ces deux actrices n'ont rien à perdre. Elles sont libres et continuent d'alterner cinéma et théâtre, films d'auteurs respectés et projets originaux parfois marginaux. Elles montrent que loin de la salle Pleyel ou du Dolby Theatre il y a des récits différents qui ne demandent qu'à éclore, sans se soucier du sexe du créateur ou du cahier des charges du film. Elles ont été deux étoiles durant un week-end. Mais définitivement, elles sont des artistes. Refusant le formatage ambiant. Leur action scénique ressemblait à un geste punk. Et ça fait du bien. Ça envoie même du rêve.

César / Oscars: Moins d’audience à la TV mais plus de salles pour les lauréats

Posté par vincy, le 28 février 2017

jerome commandeur jimmy kimmelIls ont été césarisés ou oscarisés: Elle, Divines et Moonlight vont essayer de profiter de leur statut de lauréat dès demain dans les salles. Même si dans les deux cas, l'audience TV n'était pas au rendez-vous.

Côté César, Canal+ n'est que 4e de la soirée (retransmise en clair et sur Dailymotion) avec 1,9 million de téléspectateurs, soit 10,5% du public. On est loin du score de l'an dernier (2,5 millions de téléspectateurs, 11,9% de PDA). C'est l'audience la plus faible depuis 2010.

Côté Oscars, pour ABC ce n'est pas mieux. Avec 32,9 millions de téléspectateurs et une PDA d'environ 22%, c'est la plus faible audience depuis 2008. Selon Nielsen, c'est principalement les habitants des grandes métropoles qui ont regardé la cérémonie (New York, Chicago et la Californie).

Dans tous les cas, français comme américain, la formule semble s'user. Après tout, combien attendent le lendemain pour voir les "meilleurs moments" (gaffes ou gags) sur leur smartphone?

Cependant, les lauréats vont quand même essayer de profiter de cet effet d'aubaine.

Elle de Paul Verhoeven, César du meilleur film et de la meilleure actrice, sorti le 25 mai dernier et déjà disponible en vidéo à la demande, avait déjà bénéficié d'une ressortie en salles mi-janvier à l'occasion du festival Télérama, pile-poil au moment des révélations de ses nominations aux César et aux Oscars. Grâce à cette sortie, il s'était ajouté 50000 spectateurs en plus dans son escarcelle. Le film totalise aujourd'hui 603000 entrées, toujours diffusé dans 80 salles. Dès le mercredi 1er mars, Elle sera projeté sur 125 écrans.

Divines d'Houda Benyamina, César du meilleur premier film, du meilleur espoir féminin et du meilleur second-rôle féminin, lui aussi disponible en vidéo à la demande. Tout comme Elle, il est ressorti en salles lors du festival Télérama. Avec seulement 321000 entrées au compteur, c'est sans doute lui qui a le plus à gagner. Le film devrait passer de dix salles à une quarantaine de copies.

Enfin, Moonlight, Oscar surprise du meilleur film, mais également Oscar de la meilleure adaptation et Oscar du meilleur second-rôle masculin, va doubler son nombre de copies en passant de 148 salles à 346. Il a déjà séduit 280000 spectateurs. Il peut espérer dépasser les 500000 entrées. C'est, malgré tout, la troisième année consécutive qu'un lauréat de l'Oscar du meilleur film ne dépassera pas le million de spectateurs en France. Ce film produit pour 1,5 million de $ (le plus petit budget récompensé par un Oscar du meilleur film dans l'histoire de la cérémonie!) a rapporté 22M$ au box office nord-américain. Par anticipation, le distributeur A24 avait ajouté 130 copies dès vendredi dernier. Pour l'instant Moonlight est avant-dernier sur les 40 dernières années: seul Démineurs, en 2009, avait récolté moins de recettes (17M$ au total). Le tout est de savoir si cet Oscar permettra au film de Barry Jenkins de dépasser Birdman, The Artist et Spotlight, tous autour de 40-45M$ (et bons cancres dans la liste des films oscarisés).

En 2016, le cinéma français toujours addict à ses comédies

Posté par vincy, le 4 janvier 2017

C'est incontestable: le cinéma français n'aurait pas atteint sa part de marché de 34% et des poussières sans les comédies françaises. Le genre reste le plus populaire auprès des spectateurs, malgré les critiques souvent médiocres (à juste titre), malgré les recettes pas forcément à la hauteur, malgré les stéréotypes (une vision un peu réac de la France à quelques excceptions près) des plus gros succès.

Et le phénomène n'est pas réservé qu'aux salles de cinéma. En vidéo à la demande, les seuls films français véritablement plébiscités sont des comédies (Camping 3, Retour chez ma mère, Un homme à la hauteur sont les seuls à avoir dominé le top ces derniers mois). A la télévision, parmi les 100 meilleures audiences de l'année, sept étaient des films avec dans l'ordre Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu (10,8 millions de téléspectateurs), Les Tuche (8,8 millions), Eyjafjallajokull (7,6 millions), Les visiteurs (7,5 millions), Supercondriaque (6,7 millions) en tête devant La Reine des Neige et Avatar. Soit deux films avec Christian Clavier et deux avec Dany Boon, définitivement les rois de la comédie. Et deux films dont la suite est sortie en 2017 dans les salles.

Au box office, 2016 aura fait la part belle aux marques américaines (Disney, Marvel, Star Wars, Harry Potter, DC Comics) mais le cinéma français a pu compter sur Jean-Paul Rouve, Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Dany Boon, Christian Clavier, Jean Dujardin, Omar Sy... On prend les mêmes et on recommence.

Les Tuche 2 (4,6M d'entrées), Camping 3 (3,2M), Radin! (2,9M), Retour chez ma mère (2,2M), Les Visiteurs 3: la révolution (2,2M), le plus mélo Demain tout commence (2,1M), Brice 3 (1,9M), Pattaya (1,9M), le tendre La vache (1,3M), Papa ou maman 2 (1,2M), La folle histoire de Max et Léon (1,2M) et Adopte un veuf (1,1M) ont clairement dominé le cinéma hexagonal. Seuls quelques drames ont réussit à surnager: Les saisons, L'odyssée, Médecin de campagne et Chocolat (Sy et Lambert Wilson sont les seuls acteurs français à avoir eu deux films au dessus du million de spectateur).

On notera la forte présence des vedettes cathodiques, nées de la télé, ou issues des one-man show. On remarquera, en second rôle, la belle popularité des vétérans (Brasseur, Balasko, Dussollier). On soulignera la prépondérance des suites (5 parmi les millionnaires). Bien sûr on peut aussi voir le verre à moitié vide: Camping, Les visiteurs, Brice ou encore Papa ou maman ont attiré beaucoup moins de spectateurs que leurs prédécesseurs et n'ont pas forcément recouvert leurs budgets ; ou le verre à moitié plein avec l'émergence d'une nouvelle génération (Gastambide, le Palmashow, le duo Lacheau/Boudali ...).

Mais ce qu'on veut retenir c'est bien la frilosité des producteurs. Evidemment, elle est gagnante puisque ces films ont attiré le public dans les salles, bien plus que les comédies indépendantes ou des films dits du "milieu" signés par des réalisateurs primés dans les palmarès ou reconnus depuis des lustres. Mais il est quand même difficile de voir dans ces films autre chose qu'une vision un peu caricaturale et même formatée du rire, voulant reproduire l'humour des De Funès, des Charlots, ou du Splendid.

Au moins Pattaya s'essaie au vrai délire à l'Américaine (gross-comedy), en flirtant avec quelques tabous faisant rougir le politiquement correct. Et La Vache réussit à être à la fois tendre et poétique tout en étant émouvant et drôle. Pour le reste, on préfèrera la famille dynamité de Papa ou maman 2 ou le style anglo-saxon plein de bons sentiments de Demain tout commence (remake déguisé de Trois hommes et un couffin) et, allez, la beauferie crasse des Tuche qui au moins revisite le navet (à gros budget certes) en l'assumant (Rouve is the new Darry Cowl?). Ces films ont en commun de faire rire en n'utilisant pas "l'autre" ou "le socialement inférieur" comme bouc-émissaire.

Formules éprouvées et érpouvantes

On préfère ça à des formules toutes faites où les femmes, les homos, les non-blancs, les immigrés sont prétextes à des blagues douteuses de la part de héros se protégeant derrière leur ridicule ou leur ringardisme.  Car on peut ajouter Un homme à la hauteur, Ma famille t'adore déjà, Joséphine s'arrondit, Tamara etc... Différent, petit ou gros, il faut savoir s'adapter pour être adopté. On pourra toujours rétorquer que l'autre doit faire le reste du chemin (accepter le petit ou le gros), c'est quand même le prétexte pour faire rire (quand ça fait rire). Au moins avec Pattaya, on ne prend aucun gant, ce qui normalise tout de suite les personnages même "différents", dont un nain et une femme en surpoids. Alors qu'avec Bienvenue à Marly-Gomont on préfère rassurer sur la différence en opposant "ploucs" forcément pas si racistes, mais un peu quand même, et "bons étrangers" forcément intégrables s'ils sont utiles (à ce titre lire le décryptage de Cyprien Caddeo dans Le vent se lève).

Le système a beau atteindre ses limites depuis des années, il fonctionne encore, à la stupéfaction des critiques. La honte nous étreint parfois à la vue de tant de malaise et de gène. D'ailleurs, certains distributeurs ne montrent plus ces grosses comédies à la presse. Et même le public a boudé Les naufragés, Ils sont partout, Tout schuss... Car il y a des gros flops, malgré casting, blietzkrieg médiatique, campagne marketing nationale...

Pourtant, il y a eu d'assez bonnes comédies en France, qui osent des variations un peu plus originales ou au moins différentes dans le style comme dans le récit. On pense à Rosalie Blum, touchant, Tout pour être heureux, romantique, Ma Loute, fortement dérangé, Five, très frais, La loi de la jungle assez délirant en son genre, ou le bancal mais charmant Vicky. Et bien sûr la meilleure d'entre elle: Victoria. Ce qui ne signifie pas victoire pour un genre qui va devoir se réinventer avant de nous lasser complètement.

Ciné à la TV: Kev Adams a aussi régné sur l’audimat

Posté par vincy, le 1 février 2016

Il n'y a pas un seul film parmi les trente meilleures audiences de l'année 2015 à la télévision française selon les bilans de Médiamétrie. Ils sont seulement quatre (deux de moins qu'en 2014) à être dans le Top 100: trois sur TF1, un sur France 2.

Le cinéma permet à dix chaînes d'obtenir leur meilleur audience de l'année

Mais à l'inverse c'est bien le cinéma qui a permit à dix chaînes de télévision d'atteindre leur record d'audience annuel : M6 avec Belle et Sébastien (6,3 millions de téléspectateurs), Arte avec Le vieil homme et l'enfant (1,7 million), D8 avec Hunger Games (3 millions), et ainsi de suite pour NT1, NRJ12, France 4, D17, 6ter, Numéro 23 et Chérie 25 (toutes avec des films américains). Leurs records d'audience annuels permettent également à certaines chaînes de passer des caps en part d'audience. Grâce à un film, M6 dépasse ainsi les 20% (deux fois plus que sa moyenne annuelle), D8 les 10%, TMC, W9, Arte, NT1 et NRJ12 franchissent les 5%.

Les films américains boostent l'audience de la TNT

Plus de 1300 films ont été diffusés en première partie de soirée en 2015. 9 d'entre eux ont multiplié par trois la moyenne de l'audience de leur chaîne lors de leur diffusion (un sur D8, 4 sur 6ter, 3 sur HD1 et un sur France 4). Là encore les petites chaînes profitent à fond des films américains, même ce sont des rediffusions. Mais ce n'est pas toujours le cas. 10 films, souvent des films art et essai, ont contre-performé: trois sur Arte (La bataille de Solférino a été un bide, tout comme le premier Superman), 4 sur Gulli (qui a pris des risques avec des films de patrimoine), 2 sur France 4 (dont un Soderbergh, Harvey Milk) et un sur Numéro 23 (Un conte de Noël de Desplechin).

Le cinéma reste cependant un beau produit de soirée, mais n'a plus l'aspect événementiel ou fédérateur des années précédentes. Les 20 meilleures audiences pour un film (dont 6 rediffusions) naviguent entre 6 et 8 millions de spectateurs (alors que 4 dépassaient les 8 millions de téléspectateurs en 2014), soit largement moins que The Voice, un match de championnat du monde de rugby ou un épisode de Mentalist. D'une part, la multiplication des chaînes, et donc de l'offre, ne permet plus à TF1 ou France 2 de capter autant de spectateurs qu'avant, sauf événement. On va se rassurer: avec des films comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? que TF1 devrait diffuser cette année, on imagine que les scores seront bien meilleurs. Cette année fut assez pauvre en exclusivité de qualité ou fédératrice, contrairement à 2014 où Intouchables avait séduit 13,9 millions de téléspectateurs sur TF1.

Kev Adams, Steven Soderbergh et Christian Clavier au top

Mais, comme pour le box office en salles, c'est Kev Adams qui l'emporte. L'acteur qui a été à l'affiche des deux films français les plus populaires en salles en 2015 - Aladin, Les Profs 2 - a également été le plus vu sur le petit écran avec Les profs sur TF1. 8 millions de téléspectateurs et une part d'audience de 28,5%.

En part d'audience, Contagion, Un plan parfait, Skyfall, Die Hard 5 et Battleship suivent dans le classement. En nombre de téléspectateurs, le classement diffère légèrement : Contagion, Les bronzés font du ski, Skyfall, Rien à déclarer. Notons que Contagion de Steven Soderbergh s'offre une belle culbute: même pas 700 000 spectateurs en salles et 7,3 millions de téléspectateurs.

Hormis Skyfall sur France 2 et Belle et Sébastien sur M6 (un lundi pendant les fêtes), les 18 meilleures audiences sont captées par "le film du dimanche soir" de TF1.

Dans ce Top 20, dix films sont français, les dix autres américains. 9 des dix films français sont des comédies, dont quatre avec Christian Clavier et deux avec Dany Boon. Les américains prédominent dans le thriller/aventures/fantasy avec 7 films, auxquels s'ajoutent deux dessins animés (Tintin et Moi, moche et méchant 2) et un drame (Gran Torino, pourtant rediffusé).

Ce qu’il faut retenir des César 2015: audience, cérémonie, sagesse africaine, jeunesse triomphante et l’omniprésence de Cannes…

Posté par vincy, le 21 février 2015

sissako timbuktu cesar 2015

La 40e cérémonie des César (voir Le palmarès intégral), orchestrée laborieusement par Edouard Baer et présidée par Dany Boon, a attiré 2,4 millions de téléspectateurs (+ 100000 par rapport à 2013) avec une bonne part d'audience de 13,6% (+2,4 points par rapport à l'an dernier). C'est un score médiocre qui confirme année après année que les César ont besoin d'un coup de fouet dans leur manière de faire la fête. On est loin des audiences de 2005 et 2012, quand l'émission dépassait les 3 millions de téléspectateurs, même si le score d'hier est dans la moyenne de ces dix dernières années.

sean penn cesar 2015Si le reboot de la cérémonie nous paraît de plus en plus urgent - du Tapis rouge aux sketches en passant par des discours interminables -, les César ont quand même, entre quelques grands moments de malaise (à la limite du bide et même du mauvais goût, réussi, parfois, à nous toucher: les discours humbles, posés, généreux d'Abderrahmane Sissakko, les larmes de Sabine Azéma lors de l'hommage à Alain Resnais, la sincérité d'Adèle Haenel, César de la meilleure actrice pour Les combattants, qui n'oublie pas de remercier André Téchiné, Reda Kateb qui n'oublie pas ceux qui lui ont rempli son frigo durant ses années de dèche, le discours humaniste et très pro-culture de Sean Penn, la belle liberté de parole de Joann Sfar, la chanson de Timbuktu sur scène...

"Il n'y a pas de choc de civilisations, il y a une rencontre de civilisations." - Abderrahmane Sissako

Mais ce que nous retiendrons de cette 40e cérémonie, outre la robe "volant de badminton" conçue par Dior de Marion Cotillard et le dialogue méchamment drôle entre Zabou Breitman et Pierre Deladonchamps (avec le summum: "En attendant, moi je me fais pas bronzer la bite dans un film de pédé" ose Zabou en évoquant L'Inconnu du lac dans lequel jouait Pierre), c'est le palmarès.

Timbuktu, oublié injustement par le jury cannois, est reparti avec 7 trophées dont celui du meilleur film, du meilleur réalisateur, et du meilleur scénario. Les sept récompenses ont sacré Abderrahmane Sissako, ses techniciens, de France ou de Tunisie, mais surtout un film poétique, drôle par l'absurde, engagé, qui dénonce l'horreur de l'intégrisme et l'impasse de l'obscurantisme. Quelques semaines après l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, Timbuktu résonne comme la plus belle des réponses. Et ces sept César comme l'affirmation d'une résistance artistique à cette violence (qui nous fait oublier le désastre de l'an dernier avec Les garçons et Guillaume à table!). Comme l'a dit Abderrahmane Sissako, admirable de sagesse, en recevant le César du meilleur réalisateur: "Il n'y a pas de choc de civilisations, il y a une rencontre de civilisations."

adele haenel kristen stewart pierre niney cesar 2015La jeunesse prend le pouvoir

Premier César du meilleur réalisateur pour un cinéaste africain, mais aussi premier César du meilleur film étranger pour un film canadien (Mommy de Xavier Dolan) et premier César d'interprétation pour une actrice américaine (Kristen Stewart, meilleure actrice dans un second-rôle), les 40e César ont opté pour la nouveauté et surtout le renouvellement. 5 des 6 prix d'interprétation ont consacré des comédiens nés entre 1989 et 1996. Reda Kateb (meilleur acteur dans un second-rôle), né en 1977, ce qui n'est pas très vieux en soi, est l'exception. Ainsi Pierre Niney à 25 ans est le plus jeune César du meilleur acteur (pour Yves Saint Laurent). Si on ajoute Xavier Dolan (né en 1989 aussi, devenant le seul réalisateur en dessous de 30 ans à recevoir un César du meilleur film étranger), la jeunesse était au pouvoir dans les catégories artistiques.

L'autre fait marquant c'est évidemment le poids du Festival de Cannes. Toutes sélections confondues, 7 films cannois ont glané 15 César (sur 22). Pas étonnant alors que Sissako comme Dolan ont tenu à remercier le Festival pour avoir "mis dans la lumière" Timbuktu ou "donner confiance" au réalisateur québécois. Depuis 2010, tous les César du meilleur film ont été décerné à un film présenté à Cannes.

11 chiffres à retenir sur le Cinéma à la télévision

Posté par vincy, le 4 novembre 2014

publicité canal +plus avatarSelon le CNC, l’offre de cinéma progresse à la télévision. Alors que Canal +, partenaire incontournable du cinéma célèbre ses 30 ans aujourd'hui, le CNC a publié les chiffres de 2013 (Le document dans son intégralité) concernant l’offre de films sur les chaînes nationales françaises gratuites.

Grâce à la TNT, le 7ème art a connu une renaissance sur le petit écran.

3,7 millions de spectateurs en moyenne sur les chaînes nationales (France 2, France 3, TF1, M6). Cette diminution par rapport à 2012 (231 000 spectateurs perdus) touche avant tout les films français. On est surtout très loin de la moyenne des années 2004-2007 (4,8 millions de téléspectateurs). Mais n'empêche pas le cinéma de redevenir une valeur sûre dans un PAF très fragmenté. De plus, les films inédits enregistrent une audience moyenne supérieure aux autres (4,2 millions de téléspectateurs), même si, là aussi, on constate un déclin par rapport aux années 2004-2007 (5,4 millions de téléspectateurs). Quatre films ont dépassé les 8 millions de téléspectateurs en 2013 (tous sur TF1, lire notre actualité du 30 décembre 2013).

+ 15,9%: 2 129 œuvres cinématographiques différentes ont été diffusées contre 1 837 en 2012. Dont 44,6% sur les chaînes nationales publiques (France Télévisions, Arte et LCP-AN) qui ont diffusé 950 œuvres, soit 65 films de plus qu’en 2012. France 3 et France 4 ont cependant réduit leur offre (respectivement de 26 et 9 films). Les chaînes nationales privées gratuites (TF1, qui revient au niveau de 2010 avec 13 films de plus mais reste très loin de 2005 avec 43 films de moins, M6, stable mais très en dessous de son record de 2005 avec une perte de 68 films, et les chaînes privées gratuites de la TNT) ont programmé 1 219 films en 2013 (+227 films par rapport à 2012).

429 films diffusés sur Arte, la fenêtre la plus cinéphile du PAF (et un record historique pour la chaîne). 51 titres de plus en 2013. Double exploit: Arte diffuse des films art et essai et des films du patrimoine, tout en réussissant à fédérer des audiences qui dépassent souvent le million de téléspectateurs. Arte se distingue en diffusant avant tout des films européens (179) et français (123), loin devant des films américains (101). Et contrairement aux préjugés, Arte diffuse majoritairement des films de moins de 10 ans (58,5%) et une grosse partie d'inédits (46,9%).

1 061 œuvres cinématographiques différentes (dont seulement 96 inédits) pour un total de 2 007 diffusions ont trouvé leur place sur les chaînes de la TNT privée gratuite. C'est une hausse de 243 films (+29,7%). En 2008, l'offre ne représentait que 630 films. Notons que certaines de ses chaînes diffusent davantage de films que des chaînes comme France 3 ou M6. D8 (154 films), TMC (153 films), NT1 (151 films, dont 45,7% déjà diffusés en 2012), HD1 (141 films) et W9 (131 films dont 51,1% de films déjà diffusés en 2012) sont ainsi de gros pourvoyeurs de films sur le petit écran, et souvent avec succès . Le cinéma américain est dominant avec 46,1% des films diffusés. Par ailleurs, Gulli, HD1 et NT1 sont celles qui ont proposé le plus de films inédits.

377 films et 1936 diffusions pour Canal +. Une légère hausse (+6 titres) mais elle est trompeuse. En 2006, la chaîne cryptée proposait 462 films! et 2079 diffusions. Parmi les films diffusés 50,9% sont français, 36,1% sont américains, un écart qui s'est réduit de près de 9 points! Autre particularité, Canal + diffuse 97,9% de films de moins de 10 ans et 89,7% d'inédits.

34,7% des films programmés par les chaînes nationales gratuites en 2013 ont déjà diffusés en 2012. En 2006, cette proportion n'était que de 9,6%!

11,4% des films ont été diffusés sur deux ou trois chaînes différentes à quelques mois d’intervalle en 2013. Cette pratique est également en hausse.

12,1% . C'est la part de films inédits programmés sur les chaînes nationales gratuites, soit un total 483 films, le niveau le plus haut de la décennie.

1 963 diffusions en première partie de soirée. Merci la TNT privée gratuite et les chaînes HD.

412. C'est le nombre de films européens diffusés en 2013. C'est un record depuis 2005! 59 films n'étaient ni français, ni européens, ni américains (loin du record de 2010 avec 75 films). Le cinéma français continue de dominer légèrement le cinéma américain avec 845 oeuvres cinématographiques nationales contre 813 venues des USA. L'écart se réduit au fil des années cependant. En 2005, les films français représentaient 49,1% de l'offre (31,2% étaient américains, 16,7% européens). En 2013, les films français n'occupaient que 39,7% des diffusions (38,2% de films américains, 19,4% européens).

58% des films diffusés l'an dernier étaient vieux de plus de 10 ans. Ainsi les films datant de la période 1983-2003 étaient quasiment aussi nombreux que ceux de la période 2003-2003.

6 films parmi les 100 meilleures audiences TV de l’année 2013

Posté par vincy, le 30 décembre 2013

benoit poelvoorde dany boon rien à déclarerLe cinéma reste une valeur sûre sur le petit écran : il fédère. Les chaînes de la TNT cartonne avec des blockbusters des années 80 et 90, mais pas seulement. Ainsi Seven et Arrête-moi si tu peux ont dépassé les 2 millions de téléspectateurs et Moi, moche et méchant a même atteint les 2,2 millions de téléphiles sur TMC. Sur France 4, Thor est la meilleure audience de l'année, et NRJ 12 avec Fast & Furious 4, NT1 avec X-Men : l'affrontement final ont dragué plus de 1,2 millions de "couch-potatoes". Arte a réalisé quelques une de ses meilleures audiences avec des films d'auteur grand public comme Sleepy Hollow de Tim Burton (1,9 million de téléspectateurs).  N'oublions pas France 2 qui a réalisé sa meilleure audience cinéma avec la énième reprise des Tontons flingueurs, en hommage à Georges Lautner tout juste décédé. Les James Bond font aussi recette sur la chaîne publique.

Globalement, évidemment, le sport et surtout les séries TV sont bien plus fédératrices. Pas étonnant que TF1 domine le classement annuel avec 99 des 100 meilleures audiences. Malgré la concurrence des nouvelles chaînes et malgré une part de marché inférieure à 25%, la première chaîne reste leader du petit écran. Et ce n'est pas étonnant que parmi ces 100 meilleures audiences 2013, les six films les plus vus (seulement 6 pourrait-on dire) soient tous diffusés sur TF1. Dany Boon reste la star incontestable de la France cathodique puisque son film Rien à déclarer est la 4e meilleure audience de l'année, tous formats confondus!

1. Rien à déclarer (France). 10 millions/37,4%

2. Avatar (USA). 9,7 millions/39,1%

3. Shrek 4, Il était une fin (USA). 8,3 millions/29,3%

4. Sans identité (R.Uni/Allemagne/France). 8,3 millions/31,5%

5. L'agence tous risques (USA). 7,7 millions/29,5%

6. La guerre des boutons (France). 7,5 millions/30,2%

César 2012 : record d’audience pour une cérémonie longue et ratée

Posté par vincy, le 25 février 2012

Le palmarès, qui ne peut pas nous satisfaire évidemment, n'aura pas surpris grand monde - hormis peut-être la défaite de Maïwenn dans la catégorie réalisateur et le triomphe d'Omar Sy face à Jean Dujardin dans a catégorie acteur. Ces 37e César ont offert peu de moments mémorables durant les 2h45 de cérémonie au Théâtre du Châtelet. Pourtant Canal Plus a rassemblé 3,9 millions de téléspectateurs, soit 18% d'audience. Un record d'audience, et plus d'un million de téléspectateurs supplémentaires par rapport à l'an dernier.

La soirée commençait relativement bien avec un montage où l'animateur Antoine De Caunes, pas mauvais mais un peu tiède, s'incrustait dans quelques films césarisables (mais pas tous, hélas) et une transition entre la séquence de danse de Polisse à l'écran puis sur la scène, avec JoeyStarr et ses quelques pas de danse au public. Puis tout a déraillé. Des présentations trop longues, des textes mal rythmés, pas très bien écrits (les gags s'éternisaient) offrant de grands moments de solitudes aux intervenants, ont plombé l'ambiance. Malgré le talent de certains, difficile de rattraper ces baisses de tempo. D'autant que les discours des gagnants étaient souvent maladroits, peu inspirés et l'émotion manquait souvent.

Sans compter quelques dérapages en direct (Mathilde Seigner gâchant le César de Michel Blanc en faisant acte de favoritisme pour JoeyStarr), une série de présentations ratées (mention spéciale à celle d'Alexandre Astier) ou des plantages involontaires (qui pouvait comprendre le franglais de Michel Gondry quand il rendait hommage à Kate Winslet?).

On sauvera cependant quelques séquences :  l'arrivée sur scène de Kate Winslet (quelles formes), le beau montage en l'honneur d'Annie Girardot, la vanne sur Megaupload, deux trois discours (Michel Blanc, Omar Sy, la monteuse de Polisse), l'humour décalé de Sara Forestier, le clin d'oeil de Valérie Lemercier, la surprise rédemptrice de Mathieu Kassovitz (qui avait enflammé Twitter en insultant les Césars, comme Dany Boon les avait critiqué violemment avant de venir en remettre un). On peut aussi avoir été charmé par la tentative de Julie Ferrier de nous faire rire avec le dressage d'animaux...

L'intervention la plus drôle fut sans conteste celle de Laurent Lafitte, génial Maître de Cérémonie des Molières l'an dernier, et qui nous aura fait regretté de ne pas être celui des Césars cette année : en remettant le César du meilleur film étranger, il commence à égrainer la liste des nommés dans la catégorie du meilleur français dans une actrice américaine (avec une forte connotation sexuelle assez réjouissante, vidéo).

Reste le côté "fashionista". On ne jouera pas les critiques capillaires (le roux de Bérénice Bejo) ou vestimentaires (la robe de Carmen Maura). Mais notons cette année que les décolletés étaient plongeants. Un défilé de seins était offert à tous les regards (et certaines poitrines auraient affolé le téléspectateur si l'écran était en 3D : Aure Atika, Valérie Bonneton, Sylvie Testud, Kate Winslet ...). C'est sans doute l'explication à ce record d'audience digne de Miss France.

Bilan 2011 : le cinéma dope les chaînes de la TNT

Posté par vincy, le 21 janvier 2012

Au palmarès des audiences, le cinéma peut apparaître comme un petit joueur. Sur les 30 audiences les plus fortes, seul un film se hisse parmi les séries, le sport, l'information et les divertissements. De l'autre côté du lit, avec Dany Boon et Sophie Marceau, est en effet le film le plus vu de l'année sur le petit écran, le 6 février dernier sur TF1 : 9,4 millions de téléspectateurs (un tiers de l'audience ce soir là) ont regardé cette comédie française qui n'avait attiré que 1,8 million de spectateurs dans les salles.

Cependant, le cinéma reste un vecteur fort d'audience. En 2011, M6 (Le petit Nicolas), sa filiale W9 (Une journée en enfer), TMC (L'arme fatale), NT1 (Shooter, tireur d'élite), France 4 (Alvin et les Chipmunks) et Gulli (Garfield 2) ont réalisé leur plus fort score de l'année, tous genres confondus, grâce à un film.

Hors TF1, Le petit Nicolas sur M6 est aussi le seul film à se classer parmi les 20 plus fortes audiences pour un film en 2011. France 2 semble hors-course malgré la très belle audience de son leader, Quantum Of Solace, le plus récent James Bond (6,3 millions de téléspectateurs). TF1 place donc 29 des plus fortes audiences, dont 6 au dessus des 8 millions de téléspectateurs. Ce Top 20 est très égalitaires entre blockbusters hollywoodiens (11 titres) et comédies françaises (8 titres). Largo Winch fait presque figure d'intrus en tant que film d'action français.

Si De l'autre coté du lit a largement séduit, ses interprètes ont aussi charmé avec un autre film, séparément : Dany Boon avec Le code a changé et Sophie Marceau avec LOL, respectivement 4e et 3e meilleures audiences de l'année. Toujours dans ce Top 20, on peut dénombrer 2 dessins animés (DreamWorks), 2 Harry Potter (pourtant rediffusés), 9 épisodes de franchise, 6 rediffusions (Prête-moi ta main, en tête, après, déjà un succès télévisuel en 2008). On constate aussi qu'un flop en salles peut être rattrapé par la télé : RTT n'avait vendu que 730 000 billets pour le grand écran et il a été vu par 8 millions de français sur le petit écran.

Mais cette année, on remarque surtout que le cinéma a dopé les nouvelles chaînes de la TNT, qui égalisent voire dépassent désormais avec les scores de Canal + et ARTE. Les films les plus vus sur ses chaînes ont attiré entre 1,3 millions et 2,2 millions de téléspectateurs, quand ARTE a captivé 1,6 millions de curieux pour Tom Horn, sa véritable histoire, meilleure audience 2011 pour un film sur la chaîne franco-allemande culturelle. La TNT double voire triple ses scores de l'an passé grâce à des films populaires vus de multiples fois. Ainsi James Bond, On ne vit que deux fois et toute la série diffusée semaine après semaine a fait mouche auprès des français.

Finalement, le succès de TF1, M6 et de la TNT font le malheur de ARTE, qui, avec des films parfois pointus, ne parvient pas à lutter et voit sa part d'audience décliner. On peut se consoler, cependant, avec la réalité du chiffre le plus bas : 136 000 téléspectateurs pour un film muet allemand comme Les Nibleungen, c'est presque inespéré.

Une cérémonie des César à oublier

Posté par geoffroy, le 4 mars 2010

cesar 2010La soirée des César 2010 n’a pas conquis les foules. L’audience, en chute libre, incite l’académie à revoir sa copie au plus vite.  

Soutenir que la 35e cérémonie des César fut sage et sans surprise relève du doux euphémisme tant elle aura été soporifique comme laborieuse. Ce triste constat, n’en déplaise aux lauréats, démontre la difficulté des César à célébrer comme il se doit – c'est-à-dire au-delà de la simple récompense – l’ensemble des professionnels du cinéma français. Sans remettre en cause le cru 2010, dominé par Un Prophète de Jacques Audiard, la cérémonie tourna court en égrenant sans âme les prix les uns à la suite des autres.

Vous me rétorquerez qu’un prix se décerne, s’acclame, se siffle à l’occasion – rarement aux César je vous l’accorde – et se remercie. Difficile, en effet, de changer un modus operandi balisé depuis 35 ans. Cela veut-il dire que la manière de s’y prendre n’aurait plus aucune importance ? A entendre les « pitch » d’avant récompense, oui. Au fil des années ils deviennent de plus en plus sirupeux et « télévisuellement » très plats, à l’instar du traditionnel discours d’ouverture prononcé cette année par une Marion Cotillard sans conviction ni originalité.

Quelques mots mous et pompeux prononcés avec hésitation pour rappeler que nous avons la chance de "partager ici ce soir le même rêve de cinéma, la chance d'être dans un pays qui rend ce rêve possible, un cinéma d'une grande richesse". Une chance en effet de pouvoir "aimer, vivre, rire" puis "de nous battre, nous mettre en colère... de hurler même si ça nous chante..."

Comme de coutume, les invités discourent sans gêne à la recherche du plus bel aphorisme afin d’éviter l’errance du lieu commun. N’empêche qu’ils furent nombreux un peu à l’image d’une soirée lente, statique, verbeuse, déclarative à en perdre la tête et le fil. Pourquoi ne pas avoir lâché la bride sur la scène du Châtelet en proposant un spectacle fait de surprises et de rebondissements, de bonne humeur et de spontanéité ? Il semblerait, au grand dam des spectateurs, que cela ne soit pas le genre de la maison. Que voulez-vous, chez nous, on ne badine pas avec les César quitte à plomber sévèrement l’ambiance.

Conséquence : notre duo vedette Gad Elmaleh / Valérie Lemercier s’est laissé étouffer par le rythme de sénateur d’une cérémonie morne, sans vivacité ni liberté de ton. Trois heures à faire du surplace et à attendre que chaque lauréat termine son discours, faut quand même assumer. Dans ce registre ils ont été plutôt bons, comblant autant que faire se peut un vide artistique pour le moins troublant. La soirée, exceptés les grognements lyriques d’une Jeanne Balibar en transe n’ayant pas peur du ridicule, l’émotion vraie d’une Adjani en larmes, l’hommage « lucchinien » à l’immense Eric Rohmer et le César d’honneur rendu à la star hollywoodienne Harrison Ford fut, il faut le reconnaitre, d’une platitude rarement atteinte.

Sans forcément prendre en exemple la cérémonie des Oscars, rendons à César ce qui est aux Oscars : le souffle, le show, les paillettes, le rêve. Il suffit de voir ou revoir  la « perf » d’un Hugh Jackman survolté en président de cérémonie des Oscars 2009 pour s’en convaincre. A côté d’un tel savoir-faire scénique, notre édition 2010 fait pâle figure. Résultat des courses, le programme diffusé en clair sur Canal+ a réuni 1,7 millions de téléspectateurs (9,1% de part d'audience, divisée de moitié depuis 2005).

Si les César 2010 auront plébiscité Un Prophète, récompensé par deux fois Tahar Rahim (une première un peu étrange faisant du jeune acteur aussi bien le meilleur espoir masculin que le meilleur acteur), mis un zéro pointé au Welcome de Lioret et récompensé une comédie comme meilleur premier film (Les Beaux Gosses), un dernier point s’impose. Il est navrant de constater qu’il n’y a toujours pas de César du meilleur film d’animation. Un comble pour le pays inventeur du dessin animé (Emile Cohl a projeté sa Fantasmagorie le 17 août 1908 à Paris).

Il serait judicieux de réparer cette injustice dès la revue 2011 qui, on l’espère, sera bien plus palpitante. Le maintient de sa diffusion sur une chaîne nationale en dépend.