Senna en DVD : sans peur, sans reproche, mais avec régal

Posté par mathilde, le 18 novembre 2011

Le 25 octobre dernier, Studio canal a sorti le DVD-événement du documentaire de Asif Kapadia Senna : sans peur, sans reproche, sans égal. Produit  par James Gay-Ress et Working title (la maison s'attelant pour la première fois à un documentaire), le film se voit comme un roman tragique.

Extraordinaire destin que celui d'Ayrton Senna : pilote de F1 sans égal, mort à 34 ans sur le circuit d'Imola, dont le style fut aussi flamboyant que sa vie. Le film est-il réservé uniquement à un public d'aficionados ? Que nenni, tout amateur de sport, de vie hors du commun ou tout simplement d'humanité, sera  bouleversé par ce récit éternel du héros à la recherche de ses propres limites. De ses premières compétitions de karting à l'adolescence (il est champion d'Amérique du Sud à 17 ans) à ses courses dans l'écurie Lotus en Formule 1 ; de ses conquêtes amoureuses à sa contribution au rayonnement du Brésil, son pays natal ; tout passionne chez cet épris de vitesse et de vie.

Le film s'attarde bien sûr sur la profonde rivalité qui le liait à Alain Prost, au sein de l'équipe Mac Laren, à la fin des années 1980. Cette guerre psychologique que se livrèrent les deux hommes est ici incroyablement rendue, poignante et précise. Ayrton Senna apparaît comme mur, sûr de lui, audacieux, terriblement à part. La fin de cette épopée sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel de sa jeunesse.

La dernière séquence, sur le drame d'Imola, est réellement bouleversante et souligne la tragédie de la perte d'un tel talent. Ce dernier décès, qui amènera la Fédération Internationale de l'Automobile à prendre toute une série de décisions drastiques concernant le renforcement de la sécurité en circuit, est dépeint à la fois avec pudeur et intensité.

Asif Kapadia (The warrior, Far north) s'est résolument orienté vers la pure image d'archive, ainsi que les témoignages des proches, sans fioriture, sans effet narratif appuyé, sans voix off à l'effet suranné... De nombreux plans sont inédits, et intéresseront donc même les connaisseurs du sujet. Les courses sont tellement haletantes, les protagonistes tellement passionnés, que le film devient une sorte de fiction monumentale, dédiés à la vitesse et à la compétition. Se suivent les réflexions et témoignages des proches, de la famille, mais aussi de professionnels du milieu, comme Ron Dennis, Pierre van Vliet, Patrick Tambay, Philippe Alliot.... On comprend sans peine que le film ait reçu le Prix du meilleur documentaire au festival de Sundance 2011.

A noter que le DVD comprend en bonus la Bande-Annonce et un documentaire :  Senna, vu par... . Il sort également en version collector, avec un livre de 128 pages et 140 photos. En tout état de cause, un excellent matériau pour nourrir sa passion ou s'initier à la Formule 1.

Far North : huis clos glaçant inabouti

Posté par MpM, le 15 mars 2009

Far north"- Je dois saisir cette chance. La vie ne peut pas se résumer qu’à ça."

L'Histoire : Au beau milieu de l’Artique, deux femmes vivent totalement isolées, fuyant comme la peste la compagnie de leurs semblables. Un jour, pourtant, elles recueillent un homme laissé pour mort au milieu de la neige… Il va bouleverser leurs habitudes et confronter l'une à son passé et ses peurs, l'autreà son futur et ses désirs.

Notre avis : En filmant avec ampleur et majesté les paysages à couper le souffle, parfois écrasants, de l’Artique, Asif Kapadia fait de ses personnages les ultimes survivants d’une humanité ayant depuis longtemps plié devant la toute puissance de la nature. L'hostilité se situe davantage dans la défiance entre les personnages que dans ce décor sauvage. Pour renforcer encore cette sensation de huis clos confiné, il évacue presque tout contexte temporel et historique, plaçant son récit naturaliste directement sous le signe du conte mi-fantastique, mi-contemplatif. Parfois poétique et même fascinant quand il se concentre sur les rites et les gestes de ces peuples du grand nord. On y croit d’autant plus que le poids d’une terrible malédiction flotte sur le personnage ambigu de Michelle Yeoh qui apparaît tour à tour touchante et redoutable, dur et vulnérable.

Malheureusement, le réalisateur ne parvient pas à garder le cap, se perdant dans des flash-back mélodramatiques (avec Michelle Yeoh jouant un peu ridiculement les jeunes filles) qui gâchent la belle ambiance oppressante et mystique du film, et en allongent inutilement la durée. D’ailleurs, dans sa deuxième partie, Far north manque de souffle et de rythme, ne sachant plus comment faire le lien entre ces deux femmes, unies par un pacte sanglant, qui se détisse quand l'homme devient leur seul centre d'intérêt. Car si les silences de la nature et l'économie de mots servent très bien la première partie, il aurait fallu une densité psychologique plus profonde pour que ce film tienne sur toute sa longueur, pour que cette cruauté nous glace plus qu'elle nous lasse. Car le rebondissement final ne parvient pas à relancer l’intérêt, plus proche du grand-guignol grotesque que du climax glaçant. L'allégorie se brise comme un iceberg qui fond.