Edito: Cessez-le-feu ou allumez le feu?

Posté par redaction, le 20 avril 2017

On n'en peut plus de cette série de télé-réalité dont la fin de saison approche enfin. La France vote. Quatre demi-finalistes se disputent les deux dernières places. On aimerait qu'on se dispute pour des places de cinéma. Bien sûr, les films américains cartonnent. On prend son siège pour vrombir avec Fast & Furious 8. On s'amuse avec Boss Baby et Les Schtroumpfs, vacances oblige. On se laisse encore emporter par La Belle et la bête. Pour les autres, c'est un peu comme le parcours du candidat socialiste: rase campagne.

Les comédies françaises, trop nombreuses, trop similaires du pitch au marketing, pas assez abouties, ne font pas rire et ne fédèrent pas les masses. Les films d'ailleurs et d'auteurs peinent à trouver leur public. Tout le monde semble en vacances ou la tête dans le remue-méninges politique. Face à l'indécision, le risque, le spectateur choisit le ticket utile. Celui qui assure la promesse d'un divertissement formaté mais rassurant.

Une réforme art et essai utile mais incomplète

Alors que le CNC vient de rendre public une réforme de l'art et essai, afin de soutenir la diffusion de films labellisés comme tels, on s'inquiète. Les exploitants, notamment les plus petits, peuvent y gagner, certainement, stimulés par des avantages financiers. Mais les distributeurs survivront-ils? Il faudra quand même se pose la question de la chronologie des médias pour ces films fragiles, dont la salle de cinéma ne résoudra pas tout de l'équation financière impossible: un public de moins en moins nombreux et une profusion d'œuvres (moins de 500 nouveautés en 2002, plus de 700 aujourd'hui. La diversité est menacée par cette abondance de "contenus" elle-même en concurrence avec les autres écrans.

Et puisque la politique occupe les esprits, parlons d'éducation à l'image et d'accès à la culture. Il est urgent d'initier les jeunes à d'autres cinémas que les films patrimoniaux ou les productions historiques servant de prétexte à appuyer le programme scolaire en Français ou en Histoire. Montrer qu'un "petit" film n'est pas ennuyeux forcément sous prétexte qu'il vient d'un pays qu'on ne situe pas sur la carte. Abattre les préjugés sur le cinéma d'auteur, caricaturé durant plusieurs années par les Guignols quand ils étaient sur la Croisette (un comble quand on connaît le poids de Canal + dans le financement du festival de Cannes et de films sélectionnés).

Des candidats à l'Elysée aux choix nostalgiques

Pas sûr que les candidats à l'Elysée en aient vraiment conscience. Un portail web les a interrogés sur leurs goûts cinéphiliques. Les choix sont parfois surprenants au milieu de résultats plus convenus (La grande vadrouille, Les tontons flingueurs, quelques Francis F. Coppola et Stanley Kubrick) ou étranges (La vie dissolue de Gérard Floque). Wim Wenders (Nicolas Dupont-Aignan), Martin Brest (Marine Le Pen), Federico Fellini (Emmanuel Macron), Arthur Penn (Benoit Hamon), le docu Amy (Nathalie Arthaud), Charlie Chaplin (Philippe Poutou), Akira Kurosawa (Jacques Cheminade), Sergio Leone (Jean Lassalle), Orson Welles (François Fillon) sont cités parmi les films cultes des candidats (hormis Mélenchon qui n'a pas voulu se prêter au jeu). Peu finalement ont défendu un cinéma contemporain, ou même français, ou même européen. Pendant ce temps là Justin Trudeau au Canada fait la promotion du cinéma canadien sur les réseaux sociaux... Cherchez l'erreur.

Mais surtout, la plupart de ces films et de ces cinéastes connaîtraient peut-être aujourd'hui des difficultés à attirer le grand public dans les salles. Certains de ces films récents cités ont d'ailleurs souffert au box office. Où est le devoir de transmission? Comment pensent-ils que les futures générations pourront voir/découvrir/apprécier ces grands films? Le cinéma est une ouverture sur le monde. Mais ce n'est pas qu'une fenêtre parmi d'autres d'où l'on s'évade. C'est aussi un miroir, qui permet de comprendre notre temps et d'interroger nos sentiments et émotions. Comme tout art il est contemplatif, prospectif, introspectif, significatif, subjectif et éducatif.

Le cinéma, art de résistance?

L'an dernier, Cannes présentait des films comme Moi Daniel Blake, Toni Erdmann, Aquarius, Rester vertical, Sierranevada, Baccalauréat qui évoquaient le chômage, la fracture sociale et l'exploitation des individus, le logement, la famille et la ruralité, l'ouverture sur le monde et le repli sur soi, ou encore la corruption. Autant de sujets politiques traités de manière romanesque. Le cinéma en dit bien plus sur notre époque et sur nos problèmes que n'importe quel candidat à l'Elysée. On n'ose croire que la culture et l'art, avec leur vertu démocratique, leur regard critique, soient considérés comme un danger pour ces candidats. Qu'ils aient intérêts à ce que les masses soient abruties par des divertissements écervelés et distraites par des sensations primales. Il est loin le temps des Lumières où l'on voulait éclairer le peuple. Le cinéma est peut-être la dernière lucarne, dont la flamme semble vacillante ces temps-ci.

Edito: Happiest Days of Life?

Posté par redaction, le 20 octobre 2016

En ces temps un peu crispés et angoissants, le cinéma peut-être un bon décompresseur. On peut évidemment nier la réalité comme Brice (de Nice) qui préfère regarder son nombril que de s'intéresser au monde qui l'entoure. Ça a l'avantage de ne pas coûter très cher à la Sécurité sociale. On peut aussi adopter un chien, genre un teckel. Un animal fidèle, attachant. Et le film qui en découle a du mordant. Car un chien, s'il a besoin d'affection, ne compense quand même pas les souffrances personnelles et la solitude de ses propriétaires. Parlant de solitaire, Jack Reacher croit être un homme heureux en errant sans téléphone et sans carte de crédit au fil des motels. Ce mode de vie alternatif un peu radical n'est pas forcément conseillé à tout le monde.

Car on le voit bien, être heureux est un combat de tous les jours. Marion Cotillard dans Mal de Pierres n'y arrive pas, dévorée par sa lubricité et son envie de passion. Les Berken, horribles ogres, croient qu'avaler des Trolls (sans OGM mais avec un penchant pour les câlins) les comblera de bonheur. Olli Mäki espérait atteindre le nirvana avec la célébrité, la gloire, mais la surmédiatisation compromet son (seul) désir amoureux. Quant à Willy (1er), il a toutes les peines du monde à s'émanciper, malgré ses 50 ans passés.

Oui, vraiment, c'est pas facile de vivre. La meilleure preuve cette semaine est bio garantie sans gluten et gratinée à point: Ma Vie de Courgette. Malgré tous les malheurs qui s'abattent sur ce pauvre orphelin, il trouve quand même le moyen de voir la vie du bon côté. Soleil au beau fixe. On n'est jamais vraiment seul, finalement.

Quoique. Les films art et essai et les salles qui sont estampillées A&E se sentent justement un peu seules. A lire la tribune signée par douze exploitants (dans Le Film Français), il y a péril. Ils sont crispés et angoissés. En regardant les statistiques, ils constatent "la désaffectation des spectateurs pour une certaine typologie de films. À l’exception de quelques-uns qui font l'unanimité, souvent repérés au cours des festivals les plus prestigieux et qui, pour cette raison, ont des plans de sortie ridiculement vastes. Les spectateurs art et essai se concentrent de plus en plus sur les mêmes titres, tendance qui se confirme aussi autour des films dits ‘généralistes’. Ce n'est pas seulement le ‘public jeune’ qui déserte les salles classées, c’est le public qui déserte les films recommandés.”

L'effet s'accentue avec la VàD: un seul film "d'auteur" se classe dans le Top 20 cette semaine. Le cinéma devient de plus en plus un divertissement de masse. Hormis quelques films chaque année, le cinéma dit "d'auteur" perd en effet ses spectateurs, et avec lui la culture cinéphile. Il est peut-être temps de limiter le nombre d'écrans par sorties, de soutenir des salles qui jouent sur la durée d'exploitation d'un film, d'aider bien mieux ceux qui font le pari d'une programmation exigeante, de remettre du carburant financier dans les festivals de cinéma (relais indispensable sur tout le territoire). Il ne faut pas désespérer: avec de vieux films ou des grands auteurs, Arte parvient à séduire un à deux millions de téléspectateurs. Il y a encore de la curiosité. Mais il faut la stimuler (politique tarifaire, animation événementielle, ...). Nous ne sommes pas obligés de finir orphelins de la cinéphilie. Par essence, le 7e art est fait pour être adopté.

L’Utopia de Toulouse change de propriétaires (et de nom)

Posté par vincy, le 1 juin 2016

Le mythique Utopia de Toulouse change d'exploitant et de nom puisque ses fondateurs vont en céder l'exploitation à deux membres de l'équipe. Les deux cofondateurs d'Utopia -Anne-Marie Faucon et Michel Malacarnet - lâchent donc leur affaire, acquise il y a 23 ans.

Le directeur du cinéma, Jérémy Breta, et Annie Mahot, ne licencieront personne une fois le transfert effectué. Utopia conserve son établissement des environs de Toulouse, à Tournefeuille.

Une fois la cession effectuée, l'Utopia Toulouse (3 salles, 441 fauteuil, 270 000 spectateurs en année haute, Trophée de la salle art-et-essai du Film Français en 2001) se nommera l'American Cosmograph, "retrouvant le nom d'un modernisme désuet qu'avait l'une des premières salles de cinéma de la Ville Rose, en 1917" comme l'indique La dépêche du midi. Classée art et essai, le complexe devrait subir un lifting. Le 15 juin prochain sera donc le jour du basculement.

Une enclume toujours présente au-dessus du cinéma

L'Utopia était menacé par une inflation des loyers (lire notre article du 19 janvier 2016). Le propriétaire des murs, l’Association centrale immobilière Saint-Jérôme, réclamait un loyer mensuel trois fois supérieur à celui actuellement en cours, ce qui mettait en péril le modèle économique de l'exploitant. A l'époque, Anne-Marie Faucon expliquait: "Nous avons une grosse équipe, lourde à gérer, et nous sommes confrontés à la nécessité de nous mettre aux normes handicapés dans des locaux qui sont déjà inadaptés. Des travaux que l'on estime entre 400 000 et 500 000 euros". Une des hypothèses alors était de créer un complexe ailleurs et d'abandonner ce site historique. L'augmentation du loyer devait intervenir il y a trois mois, elle est toujours en suspension.

Dans Côté Toulouse, Jérémy Bata rassure les fidèles spectateurs: "L’esprit de la programmation sera absolument le même. Nous continuerons à avoir nos propres abonnements, les tarifs ne changeront pas, on proposera toujours trois salles et il n’y aura toujours pas de publicité, pas de recettes annexes ni de pop-corn ! Des changements vont venir petit à petit, mais sur notre fan-zine et sur le site internet."

Pour les habitués, cela ne changera pas grand chose puisque les cartes de fidélité et le magazine d'Utopia seront toujours disponibles à l'American Cosmograph.

La Pagode restera un cinéma mais…

Posté par vincy, le 11 novembre 2015

La Pagode, cinéma du 7ème arrondissement de Paris, est fermée depuis hier, mardi 10 novembre (lire notre actualité du 5 novembre).

Rappel des faits et de la condamnation

La Cour d'appel de Paris a débouté la société Europalaces Etoiles (Etoile Cinémas) de l'intégralité de ses demandes, après trois ans de bataille judiciaire. La propriétaire, la société civile immobilière Foch Dauphine, a décidé de répliquer à la campagne lancée pour sauver l'unique cinéma du 7e arrondissement.

"La société Cinéma La Pagode avait été parfaitement informée depuis l'origine de sa gérance de l'étendue de ses droits et obligations et qu'elle n'avait aucun droit ni titre à se maintenir dans les lieux après en avoir reçu valablement congé. Durant ces trois années [de bataille judiciaire] la société Cinéma La Pagode s'est maintenue abusivement dans les lieux tout en cessant tout règlement de ses obligations et ce en dépit d'une injonction du Tribunal. Son attitude inexcusable la rend de surcroit responsable de la dégradation de ces lieux prestigieux dans lesquels les travaux déclarés urgents par la préfecture de police ont été d'autant retardés."

La Cour d'appel a donc condamné la société Cinéma La Pagode, à une expulsion "assortie d'une astreinte de 2 000€ par jour passé un délai de deux mois à compter de la signification de l'arrêt", et à payer à la société locataire Europalaces Etoile qui l'avait nommée en gérance les sommes dont elle était redevable et les dépens.

Propriétaire depuis 1986, d'abord au titre de la Compagnie Rembrandt Investissement en 1986 puis à partir de 1991, sous l'égide de la SCI Foch Dauphine, Elisabeth Dauchy touchait contractuellement un montant hors taxes et charges de 67 839,80€ par an, pour la location gérance du bâtiment. Le contrat a expiré en 2012 et la société Europalaces Etoile avait six mois pour libérer les lieux. Depuis ce moment, "l'indemnité due à SCI Foch Dauphine n'est plus acquittée" selon la propriétaire..

La Pagode, protégée, restera un cinéma

Classée Monument historique depuis 1990, La Pagode est protégée. L'inquiétude vient plutôt de son devenir maintenant que les deux salles sont fermées.

Elisabeth Dauchy "tient à ce que La Pagode reste le cinéma mythique qu'il a toujours été avant même qu'elle l'acquière en 1986". "Je souhaite qu'elle soit rénovée avec soin par un architecte et des techniciens de talent. Ses portes fermeront le temps de réaliser les travaux nécessaires mais La Pagode restera un haut lieu culturel à sa réouverture." Nous voilà rassurés mais tout cela n'explique pas ce qu'elle veut faire de La Pagode et pourquoi ses liens avec Europalaces Cinémas, société respectée pour avoir lancé ou relancée de très belles salles à Paris, se sont à ce point dégradées.

Quels travaux? Quelles divergences?

Car on s'étonne malgré tout de l'aspect revanchard du communiqué que nous avons reçu hier. Il y a derrière cette affaire un malentendu persistant. Quand on lit le point de vue de la propriétaire - "« Le locataire-gérant entretiendra les locaux d'exploitation en parfait état de réparations locatives et d'entretien ». La société en gérance, Cinéma La Pagode, n'a pas pris soin du lieu et n'a donc pas souscrit à ses obligations d'occupant en n'entretenant pas ce lieu emblématique" - on reste surpris puisque Europalaces Etoile souhaitait également après quinze ans d'exploitation, rénover le cinéma.

Certes la SCI Foch Dauphine "n'a pas pu entrer dans son bien depuis trois ans et ne sait donc pas jusqu'où s'étendent les travaux à réaliser." Mais factuellement, cela remonte bien plus loin. La SCI Foch Dauphine avoue quand même avoir "déposé une demande de permis de construire le 10 octobre 2002", alors que la Pagode avait fermé de 1997 à 2000 pour être complétement remise aux normes. Aucune des deux parties n'explique l'objet ou les raisons de leurs divergences sur ces travaux imaginés deux ans après la réouverture du cinéma. Questions de normes (sécurité, accès pour les handicapés)? de matériel technique? de réhabilitation? d'agrandissement? Personne ne l'évoque.

La rentière mécène versus l'exploitant art et essai

Dans son CV, Elisabeth Dauchy, 69 ans, gérante de quatre sociétés spécialisées dans l'immobilier (avec leur siège dans le triangle d'or parisien), se revendique mécène de projets culturels depuis plusieurs décennies: "En aidant, en 1995, à produire Molom, conte de Mongolie de Marie-Jaoul de Poncheville sous la direction artistique de Abderrahmane Sissako, en offrant en 1992 le mobilier spécialement créé par Richard Peduzzi pour la Bibliothèque-Musée à l'Opéra Garnier après sa rénovation et en participant ensuite à l'ameublement du bureau de la direction de l'Opéra Bastille, Elisabeth Dauchy montre sa volonté constante au fils des ans de promouvoir les arts et de les rendre accessibles au grand public." Dont acte. Mais il reste des questions en suspens sur cet imbroglio juridique et sur l'avenir même du cinéma La Pagode. Et on peut aussi objecter que l'exploitant a plutôt bien fait son travail depuis 2000, avec plus de 100000 fidèles spectateurs par an grâce à une programmation pointue et des festivals.

Aujourd'hui, les perdants ce ce divorce pas amiable ce sont les cinéphiles parisiens. Et c'est assurément pathétique de laver son linge sale en public sans être totalement transparent vis-à-vis d'eux.

Le cinéma parisien La Pagode ferme mardi 10 novembre

Posté par vincy, le 5 novembre 2015

La Pagode est menacée. Ce n'est pas rien. Ce cinéma historique art et essai situé dans le VIIe arrondissement de Paris, pas très loin des Invalides (le seul dans ce quartier huppé de la capitale) va fermer mardi 10 novembre.

Certes, le cinéma ne dispose que de deux salles (392 fauteuils) mais il attirait bon an mal an entre 100 000 et 13 000 spectateurs avec des films de distributeurs indépendants et quelques festivals. Et au-delà de son activité cinématographique, le bâtiment exotique est unique dans Paris. Edifié en 1895, cette architecture inspirée d'un sanctuaire japonais est à elle seule un centre d'intérêt. Le cinéma, sans doute l'un des plus beaux du monde, est devenu grand public en 1931, après des décennies d'exploitation privative. Il a été exploité par la Gaumont avant qu'Etoile Cinéma ne le reprenne en 2000, après deux ans de fermeture.

Malheureusement, une décision de justice a ordonné au gérant des lieux de quitter son cinéma. David Henoschsberg, P-DG d'Etoile Cinémas (Saint-Germain, Blazac, Lilas à Paris mais aussi Cosmos à Chelles et Palace à Vichy), a annoncé la mauvaise nouvelle dans un communiqué hier.

"Nous nous sommes battus juridiquement pendant 3 ans contre la propriétaire qui souhaitait récupérer le cinéma. La décision est tombée le vendredi 30 octobre en appel, et elle nous est défavorable. Cette longue procédure nous a contraint à exploiter la Pagode dans des conditions très difficiles, nous empêchant toute rénovation. Cependant 130 000 spectateurs passaient les portes tous les ans de ce cinéma emblématique. Nous sommes donc expulsés, et dans l'obligation de quitter les lieux. Nous fermerons nos portes le mardi 10 novembre au soir" explique-t-il.

Trois ans de procédure

Propriétaire du cinéma depuis 1986, Elisabeth Dauchy souhaitait depuis trois ans récupérer le lieu, dans un arrondissement où le prix du mètre carré est en moyenne à 11000$. De quoi faire une belle plus-value immobilière pour cette "mécène" qui n'a pas, selon elle, augmentée le loyer depuis 1993. David Henochsberg a donc reçu une notification qui mettait fin à leur contrat de location-gérance et une lettre le contraignant à abandonner le cinéma. En réponse, il lance une procédure auprès du Tribunal de commerce, qu'il perd. Il fait appel. Mais le 30 octobre dernier, il perd de nouveau. Il restait un pourvoi en cassation. Dans Le Film Français, il explique pourquoi il arrête la procédure judiciaire maintenant, en n'utilisant pas son dernier recours: "nous avons décidé de ne pas le faire, et ce pour deux raisons, poursuit David Henochsberg. D'abord, le pourvoi en cassation n'est pas suspensif. Ensuite, cela prendrait encore plus de temps, alors que La Pagode a besoin d'être rapidement réhabilitée."

Reste que personne ne sait ce qu'il adviendra du cinéma La Pagode. S'il reste un cinéma. Sur Twitter, #SauvonsLaPagode est né immédiatement après l'annonce de la fermeture par Etoile Cinemas. Elle est pour l'instant peu relayée. Espérons que le projet de restauration verra le jour et qu'un autre exploitant prendra le relais prochainement. Il serait triste de voir un cinéma aussi emblématique disparaître.

Le Méliès de Montreuil: 6 avant-premières pour l’inauguration du plus grand multiplexe art et essai d’Europe

Posté par vincy, le 19 septembre 2015

Ce samedi 19 septembre, Montreuil inaugure (enfin) le nouveau Méliès (lire aussi le Méliès peut s'agrandir...), sa salle de cinéma historique, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine. Le complexe dispose désormais de 6 salles et de 1105 fauteuils, ce qui en fait le plus grand cinéma Art et Essai d'Europe. La plus grande salle dispose de 319 sièges (soit 69 de plus que dans l'ancien Méliès).

Les festivités débuteront à 16h pour le jeune public. Suivra une fanfare sur la place à 18h, avant un grand concert symphonique à 19h et6 avant-premières avec les équipes de films: Une histoire de fou de Robert Guédiguian, L'académie des muses de Jose Luis Guerin, La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc, Les Portes d'Arcadie de Carole Grand et Vierge sous serment de Laura Bispuri. Tout cela se finira en chanson avec un ciné-karaoke.

Ville de cinéma (Georges Méliès, Charles Pathé y construisirent leurs studios), Montreuil accueille le Méliès depuis 1971. Ce sont alors 3 salles, soit 495 places. Il sera municipalisé définitivement en 2001, alors que le réseau MK2 s'étend, que les multiplexes s'ouvrent aux alentours (y compris le récent Etoile Lilas). C'est l'un des cinémas les plus populaires de la région, avec une programmation pointue, de nombreuses avant-premières et un lieu de débats incontournables pour le cinéma d'auteur. Des réalisateurs étrangers comme Oliver Stone, Wes Anderson, Michael Cimino, Apichatpong Weerasethakul, Tsai Ming Liang, Wang Bing, Naomi Kawase ou encore Miguel Gomes ont rencontré leur public dans cette proche banlieue "de l'autre côté du périph'" comme on dit.
Désormais intégré dans le réseau de cinémas de l'Agglomération Est Ensemble, qui comprend 5 autres cinémas à Bagnolet, Bobigny, Bondy, Pantin et Romainville (totalisant 360000 entrées).

Sous la lune exactement

Ouvert depuis le 19 août, avec Dheepan et Jacques Audiard, le nouveau Méliès, installé place Jean-Jaurès, a intégré toutes les techniques modernes de projection (4K, 7.1, 3D, 35 mm), s'est adapté à tous les publics (ceux en mobilité réduite comme les malvoyants et les malentendants). On y trouve aussi un restaurant de 100 places, La Fabu, une salle de réunion, un espace pour les animations pédagogiques et même une bibliothèque. «Nous avons voulu recréer l’esprit artisanal des anciens studios Méliès. Dès le hall d’entrée, le spectateur est envahi par une ambiance «atelier» grâce à la présence massive du bois» explique l'architecte intérieur Bernard Ropa. Ce qui impressionne avant tout, en entrant, c'est bien cette lune géante gonflable, référence au Voyage dans la lune de Méliès, réalisée par l’artiste Hans Walter Müller.

Pour un coût officiel de 14 millions d'euros hors taxes et hors frais d'études, le Méliès espère séduire 250000 spectateurs chaque année (contre 180000 en moyenne annuelle durant la période 2002-2012).

Le cinéma revient surtout de loin après de longues années de procédures juridiques liées à la découverte d'une "caisse noire" au sein du cinéma et à la mise à l'écart de membres de l'équipe (aujourd'hui réintégrés par le nouveau maire). La Société des réalisateurs français ainsi que de nombreuses personnalités du 7eme art s'étaient mobilisées pour défendre Le Méliès contre l'ancienne maire de la ville, Dominique Voynet, soupçonnée d'affaiblir l'un des cinémas les plus respectés de la région. Une grève de 46 jours avait éclaté en 2013 suite au licenciement du directeur artistique Stéphane Goudet. Ce fut la pire année du Méliès, avec seulement 113 000 entrées.

Tout cela semble bien loin. Et dans son nouvel écrin, le complexe peut désormais briller de mille feux et exhiber sa lune à tous les passants: le Grand Paris dispose dorénavant d'un multiplexe art et essai digne du XXIe siècle.

Le Saint-André-des-Arts orphelin de son créateur, Roger Diamantis

Posté par anne-laure, le 21 juin 2010

saint andre des artsMardi 15 juin, l’Association française du cinéma art et essai (AFCAE) annonçait le décès du « magicien du Saint-André des Arts », comme l’appelait le réalisateur Jean-Luc Godard. Roger Diamantis, né en 1934, avait 76 ans.

Cette figure emblématique parisienne a toujours été un précurseur, faisant connaître les grands noms du cinéma d’auteur à travers ses trois salles du Saint-André des Arts, son cinéma, en plein cœur du quartier latin. « Passionné de cinéma exigeant et de qualité, il restera comme l'un des précurseurs de la diffusion culturelle par le film et l'ensemble du mouvement Art et Essai ressent sa disparition avec douleur et émotion » s’est exprimée l’AFCAE, avec tristesse.

Peu connu du grand public mais familier des cinéphiles parisiens, il était le contraire du cinéma d’aujourd’hui où l’argent est roi et où seuls les blockbusters trouvent leur salut. En 1996, juste après avoir connu la menace d'une fermeture économique, il déclarait dans l’Humanité? : « Le Saint-André-des-Arts existe depuis vingt-cinq ans. Les trois salles sont bien situées, dans une rue passante. Il ne leur manque que les films. Je suis pris en sandwich – c’est le mot qui convient à l’heure du fast-food et du « fast movie » – par les deux multiplexes qui viennent d’ouvrir aux Halles et à Montparnasse… J’ai été le premier à montrer le premier film de Stephen Frears, mais on me refuse son dernier… De même pour Mike Leigh… »

Passionné et entêté, celui-ci n'hésitait pas à diffuser les films dans lesquels il croyait même lorsque les entrées se faisaient rares.

Alain Tanner qui fit l'ouverture de la salle avec La Salamandre en 1971 et tiendra l'affiche un an malgré un rejet unanime de la critiques ; mais aussi Nagisa Oshima – dont L’Empire des sens est resté six ans à l’affiche – Raymond Depardon, Ken Loach, Alain Cavalier, Nicolas Philibert, Ingmar Bergman qu'il projetait sous forme d'intégrales : nombreux sont les grands cinéastes, de Mizogushi à Eustache, qui ont marqué les murs du Saint-André des Arts. Wenders et Duras faisaient partis des fidèles.

Diamantis fut aussi réalisateur (en 1974, Si j'te cherche, j'me trouve) et coproducteur (en 1990, La Captive du désert, de Raymond Depardon).

Elise Girard a réalisé un documentaire consacré à la vie et à l’œuvre de cet exploitant hors du commun, Roger Diamantis ou la vraie vie. Un film produit par La Compagnie des Phares et Balises. Par ailleurs, sa biographie Une vie d’art et d’essais, signée Florence Delporte, est sortie en 2003 aux éditions La Dispute.

25 classiques à (re)découvrir dans les salles en juin

Posté par Morgane, le 11 avril 2010

Fort du succès du Festival Cinéma de Télérama, le magazine culturel et l'AFCAE, en partenariat avec l'Association des Distributeurs de Films de Patrimoine (ADFP) et l'Agence pour le Développement Régional du Cinéma (ADRC) mettent en place le Festival des Éternels de Télérama dont la première édition se tiendra du 2 au 29 juin et sera accueilli dans plus d’une trentaine de salles.

le vent de la plaine audrey hepburn burt lancasterCe festival sera l’occasion de voir et revoir 25 grands classiques du cinéma dont voici la liste :

-    À bout de course de Sidney Lumet

-    Johnny Guitar de Nicholas Ray

-    L'Ange exterminateur de Luis Buñuel

-    Manhattan de Woody Allen

-    L'Aventure de Mme Muir de Joseph L. Mankiewicz

-    Occupe-toi d'Amélie de Claude Autant-Lara

-    La Baronne de minuit de Mitchell Leisen

-    Le Petit Fugitif de R. Ashley, M. Engel, R. Orkin

-    Le Chevalier des sables de Vincente Minnelli

-    Signore & Signori de Pietro Germi

-    Le Démon des femmes de Robert Aldrich

-    Senso de Luchino Visconti

-    Les Désemparés de Max Ophuls

-    Soldat bleu de Ralph Nelson

-    En quatrième vitesse de Robert Aldrich

-    The Molly Maguires de Martin Ritt

-    L'Enfance nue de Maurice Pialat

-    Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati

-    Le Fanfaron de Dino Risi

-    Le Vent de la plaine de John Huston (photo : Audrey Hepburn et Burt Lancaster)

-    Il Bidone de Frederico Fellini

-    La Vie Privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder

-    Il était une fois la Révolution de Sergio Leone

-    La vie est belle de Frank Capra

-    L'invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel

CNP Odéon?: C’était la dernière séance?

Posté par Morgane, le 7 septembre 2009

cnplyon.jpgDe retour de vacances, les salariés du CNP Odéon  à Lyon ont eu la mauvaise surprise de trouver leur cinéma... vide. Galeshka Moravioff, propriétaire des CNP (Cinéma National Populaire) depuis 1998, a profité, lâchement, il n'y a pas d'autres termes, de la fermeture annuelle du CNP Odéon pour le vider entièrement, mettant les fauteuils rouges à la déchetterie et le matériel de projection dans l’une de ses salles marseillaises. "Belle" clôture pour l’une des plus anciennes salles de la ville Lumière non?

Un collectif de soutien aux CNP (au sein duquel l’association Les Inattendus s’est fortement investie) s’est rapidement créé. Depuis le 4 septembre, le personnel occupe alors la salle de la rue Grôlée et une journée de mobilisation a été organisée samedi 5 septembre. Celle-ci a débuté place des Terreaux à 9h30 puis s’est tenue en grande partie dans la salle même du CNP Odéon, salle dont Moravioff a essayé de faire changer les serrures à l’annonce de cette «occupation». Les défenseurs d’un cinéma indépendant présents samedi ont reçu la visite de Georges Kepenekian, adjoint à la culture de Gérard Collomb, et d’Yvon Deschamps, son homologue au conseil régional. Mais la salle a également projeté plusieurs courts et moyens métrages devant une assistance debout ou assise sur des coussins, seuls quelques fauteuils ayant pu être récupérés. Cette journée marque-t-elle la dernière séance de l’Odéon? Sa fin semble en effet proche. Reste à savoir également quel avenir sera réservé à cette mythique salle lyonnaise. Celle-ci gardera-t-elle un caractère culturel? Rien n’est moins sûr à l’heure où le quartier Grôlée se voit devenir un lieu de magasins de luxe...

Une métropole dépendant des multiplexes

Mais plus qu’une «simple» fermeture de salle, c’est la question de la place des cinémas d’art et d’essai dans le centre ville lyonnais qui est en jeu, à l’heure même où le Grand Lyon se prépare à accueillir un festival de cinéma important, avec Clint Eastwood pour invité d’honneur. Qu’en sera-t-il aussi pour les CNP Terreaux et Bellecour? Ces salles sont-elles également vouées à disparaître? L’Ambiance a déjà fermé ses portes il y a de cela quelques années. La concurrence des multiplexes se mettant à la VO (le Grand Pathé de la rue de la République est passé à quelques films en VO cette année, rachetant en même temps les 8 Nefs de la rue Thomassin) devient de plus en plus difficile à gérer pour les petites salles. Le Comoedia et sa réussite ont fini d’achever les salles d’art et d’essai du centre ville.

Celui-ci se vide des salles qui avaient de l’audace dans leur programmation... L’inquiétude est donc grande quant à l’avenir des CNP mais aussi du cinéma indépendant à Lyon...Affaire à suivre.

Ecran Noir vous encourage à signer la pétition de soutien aux CNP

Arte défend un certain cinéma

Posté par MpM, le 10 septembre 2008

La belle personneEntre Arte et le cinéma, c’est souvent plus qu’une histoire d’argent. La grande époque de Pierre Chevalier, directeur de l’unité fiction de 1991 à 2003, nous a habitué à voir la petite chaîne culturelle coproduire des œuvres d’auteur, exigeantes et personnelles, qui, souvent, connaissaient en salles (même après une diffusion télé pourtant jugée dangereuse) un joli succès populaire. Le péril jeune de Cédric Klapisch, Lady Chatterley de Pascale Ferran, Ressources humaines de Laurent Cantet, Beau travail de Claire Denis… c’est elle !

En ces temps de rentrée, la chaîne franco-allemande ne déroge pas à la tradition et propose de nouveaux rendez-vous pour cinéphiles avertis ou tout simplement curieux. Vendredi 12 septembre, c’est Christophe Honoré qui s’y colle avec la diffusion de La belle personne, adaptation moderne de La princesse de Clèves, en salles le mercredi suivant. Puis Bamako, la cour, du Malien Abderrahmane Sissako, (version télé de Bamako, Grand prix du public lors de sa présentation au festival Paris cinéma 2006), New wave, inédit de Gaël Morel avec Béatrice Dalle, ou encore Nés en 68 d’Olivier Ducastel et Jacques Marineau, sorti en mai dernier.

A cela s’ajoute une programmation plus classique : un cycle "Star à 20 ans" (les débuts de Romy Schneider, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve…), un cycle "nouveau cinéma allemand" (avec l’oscarisé La vie des autres, mais aussi Head-on de Fatih Atkin, ours d’or en 2004, et Good-bye Lenin !), un cycle Depardieu (chez Truffaut, Blier, Pialat…)… et de nombreuses sorties en salles de qualité comme le très beau film de Béla Tarr L’homme de londres (présenté à Cannes en 2007), le film à sketches Tokyo ! qui réunit Michel Gondry, Bong Joon-ho et Leos Carax, Stella de Sylvie Verheyde, coup de cœur du festival de Venise, et Il divo de Paolo Sorrentino (Prix du Jury à Cannes en 2008), tous coproduits par Arte.