L’Arabie Saoudite autorise l’ouverture de salles de cinéma

Posté par vincy, le 12 décembre 2017

On vous l'annonçait le 24 octobre dernier. C'est désormais officiel. L'Arabie saoudite va autoriser l'ouverture de salles de cinéma à partir de début 2018. Les salles de cinéma étaient interdites depuis plus de 35 ans.

Les autorités vont délivrer dès à présent les permis d'exploitation, selon le ministère de la Culture. "C'est un moment clé dans le développement de l'économie culturelle dans le pays", a déclaré le ministre de la Culture Awad al-Awad dans le communiqué.

Ce n'était pas gagné: en janvier, le mufti d'Arabie saoudite s'était insurgé contre la possible ouverture de salles de cinéma, affirmant qu'elles seraient sources de "dépravation" car elles favorisent la mixité.

Mais le Royaume ne pouvait plus tolérer que ses propres habitants aillent au cinéma à l'étranger, provoquant des fuites de devises, et il faut bien anticiper la fin du règne du pétrole. Dans son plan Vision 2030, l'un des régimes les plus obscurantistes de la Planète a du le concéder: "Nous considérons que la culture et le divertissement sont indispensables à notre qualité de vie. Nous avons bien conscience que l'offre culturelle actuelle ne correspond pas aux attentes croissantes des citoyens et résidents."

Un accord avec un circuit américain

Dès le lendemain de cette annonce, le Fonds souverain saoudien (PIF) a confirmé la signature d'un accord avec le plus gros exploitant de salles de cinéma américain AMC Entertainment Holdings. Le PIF a estimé que le marché cinématographique saoudien pourrait peser 1 milliard de dollars par an. AMC, désormais appartenant à un conglomérat chinois depuis 5 ans, possède 1000 cinémas et 11000 écrans à travers les marques Odeon, UCI et Carmike.

Bientôt des salles de cinéma en Arabie Saoudite?

Posté par vincy, le 24 octobre 2017

Les habitants de l'Arabie Saoudite pourraient prochainement retrouver le goût d'aller au cinéma. Après des décennies sans pouvoir aller dans une salle de ciné, les Saoudiens voient la lumière... au loin. Le cinéma est considéré "comme une menace pour l'identité culturelle et religieuse" et avait été interdit dans les années 1980. En janvier, le mufti du royaume s'est d'ailleurs insurgé contre la possible ouverture de salles de cinéma et la tenue de concerts, affirmant qu'elles seraient sources de "dépravation" car elles favorisent la mixité. Or, à l'occasion de rares projections dans les centres culturels, les hommes et les femmes sont toujours séparés dans la salle puisque la mixité reste interdite.

Fuite de devises

Depuis le printemps, les autorités saoudiennes laissent entendre que les cinémas pourraient bientôt être autorisés, sans préciser de dates. Dans le cadre du programme Vision 2030, le régime cherche à réformer, modestement, son mode de vie. Les femmes devraient pouvoir conduire. Et la culture a une bonne place dans ce plan. Une centaine de concerts ont été organisés depuis l'an dernier alors que la musique est traditionnellement considérée comme illicite.

Il y a deux raisons à ce changement politique. La première est le constat d'une hypocrisie. Les Saoudiens consomment énormément de films grâce à la télévision par satellite, internet (YouTube par exemple) et en allant dans les pays voisins (Emirats Arabes Unis notamment). Idem pour les Parcs d'attraction et les musées qui fleurissent autour du pays. Autant de fuites de devises. D'autant que les festivals de cinéma à Bahrein, Abu Dhabi et Dubai se sont bien implantés dans les circuits internationaux.

Une Autorité du divertissement a déjà organisé des concerts, un premier festival Comic-Con et d'autres manifestations culturelles. Le cinéma saoudien, bien que marginal, connaît un joli succès d'estime à l'étranger, particulièrement depuis la sortie du film d'Haifaa Al-Mansour Wadjda, nommé aux Oscars. La communauté du 7e art - réalisateurs et acteurs - a souvent interpellé les autorités en leur expliquant que le pays mourrait artistiquement et que les Saoudiens consommaient finalement des films provenant de l'étranger. Fâcheux pour un pays si souverainiste. Ces films locaux ne peuvent pas être vus par les habitants. Par exemple, le film d'animation en 3D Bilal, présenté à Dubai en 2015 puis à Annecy.

Des séances ont quand même su s'organiser ces derniers moos, notamment au Hakaya Theatre de Ryadh. En août, pour la première fois, la salle a diffusé un long métrage. A Jeddah, un festival de cinéma s'est déroulé à Jeddah. Toujours à Jeddah, des saoudiens ont même pu voir Trolls grâce à la Saudi Arabian Society for Culture and Arts.

Remplacer l'or noir

L'autre constat est économique. L'économie du pays repose sur le pétrole (c'est le plus gros exportateur mondial). Or, non seulement le prix du pétrole chute mais d'ici vingt ou trente ans, il va se raréfier et être de moins en moins essentiel à l'économie mondiale. L'Arabie Saoudite n'a pas d'autres choix que de réorienter son économie, en pleine crise (inflation, baisse des salaires, conflits sociaux, jeunesse révoltée...).

L'Arabie Saoudite envisage de construire New Djeddah Downtown, un programme de 4 milliards d'euros où surgiront 12000 logements ainsi que de nombreux magasins, hôtels de luxe et centres de loisirs. Un autre projet du même genre va s'étaler au sud-ouest de la capitale Ryad pour devenir la plus grande ville culturelle, sportive et de divertissement du royaume.

"Le cinéma existe, il y a des boîtes de production, des réalisateurs... mais le pouvoir a du mal à le reconnaître officiellement. Aujourd'hui on est en train d'en finir peu à peu avec l'hypocrisie qui consiste à interdire des pratiques déjà en vigueur", explique Clarence Rodriguez, auteure de Arabie Saoudite 3.0 (Érick Bonnier, 2017), interrogée par L'Orient-Le Jour.

Imax a anticipé cette ouverture en proposant au Centre de technologie et de science d'Al Khobar une salle où sont projetés des films éducatifs.

Le Royaume l'a bien compris. Dans le plan Vision 2030, l'un des régimes les plus obscurantistes de la Planète a du le concéder: "Nous considérons que la culture et le divertissement sont indispensables à notre qualité de vie. Nous avons bien conscience que l'offre culturelle actuelle ne correspond pas aux attentes croissantes des citoyens et résidents."

Sur les réseaux sociaux, les Saoudiens s'enflamment et espèrent l'ouverture de bibliothèques, musées et salles de cinéma. Certaines rumeurs, rapportées par les médias du Golfe, évoquent une ouverture de quatre cinémas dans la capitale. Sans préciser de date ni officialiser l'information.

Moyen-Orient (1/4) : le cinéma essaie de se faire une place

Posté par vincy, le 1 juin 2010

kick off shawkat amin korki the city of life ali moustafaEn avril se tenait le Festival du film du Golfe, à Dubaï. A ne pas confondre avec le Festival International du film de Dubaï qui se déroule en décembre.

Là, 112 films de la péninsule arabique, incluant l'Irak, ont été projetés lors de cette troisième édition. Une gageure tant le cinéma a longtemps été incompatible avec les dogmes religieux imposés par la plupart des Etats. En Arabie Saoudite, les salles de cinéma sont même interdites et les festivals de cinéma sont annulés par le gouvernement (voir aussi actualité du 9 août 2009).

A l'inverse, l'Irak a longtemps eu un cinéma dynamique. Pas étonnant que 9 des 13 prix décernés lors de la manifestation aient récompensé des films irakiens, avec le premier prix du long métrage pour Kick Off, de Shawkat Amin Korki. Le film évoque la vie des réfugiés dans le Kurdistan irakien.

Au total sept longs métrages de fiction étaient en compétition, venus d'Arabie Saoudite (Hidden Evil, de Mohammad Helal), de Bahrein (The Last days of Yousif, de Mohammed Janahi et Longing, de Hussein Al-Hulaybi), d'Irak (Tungled Up in Blue, de Haider Rashid) ou des Emirats Arabes Unis (The Curse of the Devil, de Maher Al-Khaja)

Parmi l'ensemble de la programmation, le Festival a permis de distinguer des cinémas méconnus : le réalisateur Émirati Ali Moustafa (La cité de la vie, allégorie sur le métissage de Dubaï à travers trois personnages, un Émirati, une Européenne et un Indien, prix spécial du jury) ; la cinéaste Saoudienne Reem al-Bayyat (La poupée, sur le mariage forcé des adolescentes) ; sa jeune collègue Omanaise Muzna al-Musafir (Niqab, mettant en scène une femme voilée qui se prépare à un rendez-vous amoureux, 2e prix dans la catégorie court métrage documentaire étudiant) ; ou encore les étudiantes Émiraties Maitha Hamdan et Maryam ben Ali qui ont montré sous forme documentaire le problème de dot lors des mariages.

Cinéma émergeant, au regard singulier, toujours un peu trop cloisonné, il n' a pas encore la chance de se propager dans le monde. En France, les cinéphiles ont parfois accès à des films Syriens ou Irakiens. Selon le cinéaste marocain Jillali Ferhat, président du jury du Festival, "les idées sont là, même s'il n'y a pas encore assez de maîtrise des outils cinématographiques, notamment le montage et les dialogues."

Le Festival a rendu hommage à l'acteur  Irakien Khalil Shawki, à l'actrice Émiratie Raziqa Al Tareshand et à la star koweitienne Hayat Al Fahad. Deux focus étaient dédiés au vidéaste français François Vogel et au cinéma bulgare.

Le cinéma, le sexe et le Moyen-Orient…

Posté par vincy, le 9 août 2009

D'abord allons à Dubaï. La nouvelle Vegas de la planète est en quête de reconnaissance : festivals culturels, démesure architecturale, icône visuelle et commerciale des magazines de mode et de "business". Mais voilà, à Dubaï, comme dans toute la région, l'inégalité des hommes et des femmes, l'écart entre riches et pauvres, le taux d'analphabétisme et l'impossibilité d'avoir accès au Savoir sont toujours aussi immenses. La vilel de Dubaï qui cherche donc des événéments et des coups marketings pour devenir la destination touristique de rêve, en concurrence avec Doha et Abu Dhabi, a gaché une belle opportunité en refusant une autorisation de tournage pour des séquences de la suite de Sex and the City, après en avoir examiné le scénario.

Dubai Studio City (DSC), qui vise à attirer la production audiovisuelle internationale, a indiqué que la demande avait été rejetée sur recommandation des autorités. Le script du film a été soumis aux autorités concernées pour être examiné "en prenant compte du tissu social multi-culturel et de ses perceptions."

En fait Dubaï n'aimait rien : ni le titre du film, qui ne peut que blesser les sensibilités du monde musulman, ni la philosophie du film, qui vante davantage l'épanouissement par la sexualité que la frénésie bienfaitrice du shopping. Car l'émirat est soucieux de ne pas froisser ses citoyens, même s'ils ne représentent que 20% d'une population cosmopolite et multiconfessionnelle.

Déjà la première édition du film avait été interdite dans les cinémas. Plus généralement, l'AFP rappelle que "les scènes de sexe explicites des films étrangers sont systématiquement censurées dans les cinémas de Dubaï, alors que les sous-titres en arabe évitent de rendre compte de la crudité du langage. Les DVD contenant ce genre de scènes sont également censurés, et l'accès aux sites internet de sexe bloqué."

La première projection en 30 ans

Un peu plus loin en Arabie Saoudite. Ce dimanche 9 août, le gouvernement de Ryad annonce la fremeture des bureaux en Arabie de la chaîne satellitaire basée au Liban LBC à cause de son émission "Ligne rouge", dans laquelle un Saoudien, Mazen Abdel Jawad, se vantait de sa vie sexuelle et notamment d'avoir eu sa première expérience sexuelle à l'âge de 14 ans. Il avait également raconté comment il utilisait la fonction Bluetooth de son téléphone portable pour tenter d'entrer en contact avec des Saoudiennes disposant également de cette fonction et obtenir des rendez-vous galants, dans un pays où la mixité est strictement interdite. Une centaine de plaintes plus tard, la chaîne, qui appartient à un milliardaire saoudien, doit fermer ses bureaux, mais, première hypocrisie, peut continuer à être diffusée.

On peut s'interroger sur les réelles intentions du gouvernement à l'égard de ce milliardaire, le prince Walid ben Talal (ou Al-Walid Ibn Talal, un neveu du roi Abdallah), dont le groupe multimédia, Rotana, tente de réintroduire le cinéma en Arabie saoudite. Il y a deux mois, il avait lancé une projection publique commerciale à Ryad, la première en plus de trente ans. Plus de 300 spectateurs, uniquement des hommes, rassemblés dans le vaste centre culturel du Roi Fahd ont "acclamé, sifflé et applaudi à tout rompre", selon l'AFP, "lorsque les premières images du film Manahi sont apparues à l'écran et que la musique a retenti dans la salle". Des manifestants ultra-conservateurs avaient tenté d'empêcher la projection. Le clergé ultraconservateur considère le cinéma, la musique et toutes les autres formes de loisirs comme des atteintes à l'islam. L'AFP avait rapporté alors que ces manifestants pensaient que le cinéma était une cause de désastre, avec comme preuve, cette "récente série de secousses telluriques de faible intensité dans l'ouest du royaume. "Allah nous punit à cause du cinéma. C'est contraire à l'islam", a lancé l'un d'eux!"

La comédie Manahi (d'Ayam Makram) avait été projetée en décembre dans des salles combles à Djeddah, la capitale économique du pays. Dans la salle, les femmes étaient présentes mais séparées des hommes. Il a fallu cinq mois pour obtenir l'autorisation du gouvernement et diffuser le film à Ryad. Il a aussi été montré à Taif et Jazan.

La promesse d'un espoir pour que l'ignorance cesse et que le Moyen-Orient évolue vers davantage de Savoir, d'égalité, de liberté?