Nikos Papatakis rejoint les abysses (1918-2010)

Posté par vincy, le 23 décembre 2010

Né en Éthiopie, décédé à Paris, le réalisateur-producteur-scénariste d'origine grecque Nikos (ou Nico) Papatakis s'est éteint le 17 décembre dernier. Provocateur, engagé, intellectuel, sa vie fut presque passionnante que sa filmographie. "Ennemi du pouvoir et défenseur des humiliés" comme l'écrit Il Manifesto.

Il fut soldat dans la Corne de l'Afrique, avant de devoir s'exilé au Liban puis en Grèce avant de s'installer à Paris en...1939. L'époque est sombre mais il y fréquente les meilleurs : Jean-Paul Sartre, André Breton, Jacques Prévert, Robert Desnos, Jean Vilar et se lie d'amitié avec le sulfureux Jean Genet, prince de la perversion et de la subversion. Ironiquement, ces deux destins se sont croisés de bout en bout. Papatakis est mort, à deux jours près, cent ans après la naissance de son ami Genet.

En 1947, il créé le cabaret La Rose Rouge, à Saint-Germain-des-Prés. Il en a presque inventé l'esprit jazz-intello-chansonnier qui a fait la réputation du quartier. Il fait éclore Juliette Gréco et lance les Frères Jacques. En 1951, il épouse la jeune Anouk Aimée, bien avant Un homme et une femme. Il sortira plus tard avec un mannequin allemand, Nico, égérie d'Andy Wahrol et du Velvet Underground, une actrice grecque Olga Karlatos.

Mais c'est le cinéma qui le happe. C'est le début d'une histoire maudite entre lui et le 7e art.

Pour commencer, il produit un court métrage de Genet, Un chant d'amour, dont la photo est signée Jean Cocteau. La censure empêchera de le voir avant 1975. En 1959, il rencontre John Cassavetes, qui manque d'argent pour finir Shadows. Papatakis trouve les financements nécessaires et de vient coproducteur. Il se met alors à vouloir se lancer dans la réalisation. En 1963, il adapte la pièce culte de Genet, Les bonnes, d'après le fait divers des Soeurs Papin. Le film, intitulé Les abysses, est présenté à Cannes où il fait scandale.

Jamais assagi, il se lance en 1968 dans Les Pâtres du désordre, film qui dénonce le régime dictatorial des Colonels grecs. Il sort en plein mai 1968 ce qui le conduit au fiasco.

Il revient en 1975 avec Gloria Mundi, qui évoque la torture en Algérie. Mais un attentat à la bombe dans un cinéma parisien le retire immédiatement de l'affiche. Sa version retouchée, en 2005, rencontrera un joli succès en Grèce.

En 1986, il présente La photo à la Quinzaine des réalisateurs et en 1991, il boucle la boucle avec un portrait de Jean genet, interprété par Michel Piccoli dans Les Equilibristes. Présenté à Venise, le film est conspué par les admirateurs de l'écrivain.

En 2003, il publie ses mémoires, Tous les désespoirs sont permis (Fayard).

Il a voué sa vie à la passion et à la marginalité, à l'existentialisme et à l'amour. "L'idée communément admise est que l'amour, c'est formidable. C'est totalement faux : c'est terrible l'amour, il faut être extrêmement costaud pour pouvoir vivre ça!", s'exclame en 2005 le cinéaste. Il aura bien résisté.

Cannes : 50 bougies pour La dolce vita

Posté par vincy, le 4 avril 2009

Palme d'or du Festival de Cannes en 1960, quatre fois nommé aux Oscars en 1962, La dolce vita est considéré comme le classique le plus populaire dans l'oeuvre de Federico Fellini. Tourné en 1959, il célèbre cette année ses cinquante ans.

La fondation Fellini a produit pour l'occasion un documentaire sur la conception et la réalisation de ce film. Le documentaire a été réalisé par Gianfranco Mingozzi, second assistant réalisateur de Fellini sur le tournage. Des interviews de Anita Ekberg, Anouk Aimée et Yvonne Furneaux s'intègrent dans des révélations et des commentaires sur l'oeuvre.

Le Festival de Cannes devrait projeter le documentaire en avant-première mondiale, manière de commémorer cette Palme légendaire.

Les Prix Henri-Langlois très chabadabada

Posté par vincy, le 13 février 2009

place henri langloisLes 4es Rencontres internationales du cinéma de Patrimoine, qui se déroulent à Vincennes (à côté de Paris), ont séduit 10 000 spectateurs du 29 janvier au 2 février. C'est 4 000 cinéphiles de plus que l'an dernier. 

Le Palmarès a honoré douze personnalités, en remettant les prix Henri-Langlois:

- Les cinéastes européens Ken Loach, invité d'honneur cette année, et Théo Angelopoulos, dont le dernier film vient d'être présent à la 59e Berlinale. Loach a rappelé "l'importance de la mobilisation et de la défense du cinéma européen."

- Les comédiens Anouk Aimée et Michel Bouquet qui a confié que c'était grâce à Henri Langlois s'il a "pu comprendre ce qu'était le vrai, le grand cinéma." Au moins aucun animateur de télévision ne lui a fait l'offense de lui dire qu'il avait l'âge de rester à la plage... Aimée a remercié les "grands cinéastes" qu'elle avait eu la chance de rencontrer. Justement un Henri Langlois d'honneur a été remis à l'un d'entre eux, Claude Lelouch.

- les autres Henri Langlois d'honneur ont été remis à l'inusable Agnès Varda et au compositeur Claude Bolling.

Trois nouveaux prix ont prolongé le palmarès.

Le prix Henri-Langois de l'écriture pour l'auteure Yasmina Reza et le réalisateur Didier Martini, le prix H-L Européen pour le cinéaste ulkrainien Oles Yanchuk (Famine 33) et le prix H-L Révélation qui a récompensé Maïwenn Le Besco, elle aussi, issue de la galaxie Lelouch. Ce prix est destiné à primer une comédienne ou un comédien passé derrière la caméra.

L'ARP avait reçu plus tôt un prix spécial. Un trophée Coup de coeur a été décerné à Ronit et Schlomi Elkabetz, réalisateurs israéliens, pour leur film Les 7 Jours, présenté à la semaine de la critique à Cannes en 2008. La directrice de la cinémathèque du Brésil, Olga Futemma, complète cette longue distribution de "forces vives" et de talents qui oeuvrent pour que le cinéma du passé reste bien présent.