Césars 2012 : la guerre est déclarée

Posté par vincy, le 27 janvier 2012

Toutes les nominations aux Césars 2012
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6 films sur 7 dans la catégorie reine : les sélections du festival de Cannes ont fournit l'essentiel des nominations pour les Césars 2012. Polisse, prix du jury, arrive en tête avec 13 nominations (dont 7 pour les interprètes!), devant L'exercice de l'Etat (11), The Artist (10) et Intouchables (9). Car le film le plus populaire de l'année, et le 2e film le plus populaire du cinéma français, n'a pas été oublié, y compris dans des catégories souvent oubliées pour les comédies.

C'est l'autre enseignement de cette liste : les films nommés ont été des films à succès. Est-ce parce que les spectateurs n'ont pas si mauvais goût? Professionnels et publics se rejoignent cette année. Cela veut aussi dire que des oeuvres plus radicales n'ont pas trouvé grâce aux yeux des votants : Hors Satan par exemple, ou encore le magnifique Tomboy ; ou encore L'apollonide, qui n'est dans aucune grande catégorie ; même Guédiguian et Hansen-Love ont semblé avoir été oubliés. Pater pourrait être l'exception (meilleur film et meilleur réalisateur) et on pourrait regretter l'absence de Lindon dans les nominations. Mais Polisse, The Artist, Intouchables ont ont trouvé un large public, Le Havre et L'exercice de l'Etat ont séduit au delà des espérances. On retrouve le même phénomène dans la catégorie du meilleur film étranger.

Ce qu'on retiendra surtout c'est évidemment la touche féminine de cette édition 2012. Deux films réalisées par des femmes, Polisse et La guerre est déclarée, squattent les catégories artistiques et techniques. Idem pour les nominations au César du meilleur premier film. Même si elles restent minoritaires, les réalisatrices ont montré que le vent frais qui souffle sur le cinéma français venait d'elle. Les deux films ont des sujets très différents : mais ils sont tournés avec une vraie liberté, une envie d'aller au plus près de la vérité, et sans ennuyer. Au contraire, elles cherchent l'émotion, à travers des visages ou des images. Mais dans les deux cas c'est un cinéma vif, réalisé un peu en marge du système, et surtout très personnel qui est reconnu.

Les 37e Césars rendront hommage à Annie Girardot, honoreront Kate Winslet et seront présidés par Guillaume Canet.

2011 – février : Annie Girardot disparaît

Posté par vincy, le 26 décembre 2011

28 février 2011. Immense émotion dans le cinéma européen. Une grande comédienne nous quitte. Annie Girardot, 79 ans, succombe à sa longue maladie. Populaire (elle fut longtemps l'actrice la mieux payée du cinéma français) et talentueuse (primée à Venise et 3 fois césarisée), Girardot avait été de tous les plateaux : théâtre, cinéma, télévision, doublage. Jeune et belle, avant que l'alcool et ses passions ne la dévorent,  elle a ému aux larmes quand elle avoua un soir que le cinéma français l'avait oubliée. Pour ne pas dire laisser tomber. Elle disait cela alors que sa mémoire allait lui jouer un dernier tour en se perdant dans la maladie. Entre France et Italie, Girardot a tourné avec Visconti, Oury, De Broca, Lelouch, Ferreri, Pinoteau, Bertucelli, Boisset, Comencini, Blier, Haneke, Nakache et Toledano, ... Tragédienne et comique, vieille dame bouleversante ou jeune femme en furie, épouse mélancolique ou flic qui porte la culotte, elle était toutes les femmes à elle seule.

Tout le bilan 2011

Ainsi s’en va Annie Girardot (1931-2011)

Posté par MpM, le 28 février 2011

Annie GirardotLes témoignages affluent suite à la disparition d'Annie Girardot. Pour Line Renaud, c'était "un monument du cinéma français, une immense actrice, très instinctive et toujours juste". Elle se souvient avec émotion et humour du film qu'elles avaient tourné ensemble en 1995, Les filles du Lido. "Depuis, on se surnommait Les Gourdasses en souvenir du tournage."

Mireille Darc ne tarit pas d'éloges : "Annie était une très, très grande. Jouer avec elle était un éblouissement. Elle était étonnante. Elle aimait la vie. Annie était une femme de coeur et était généreuse. Pour moi, c'était plus qu'un modèle sur le plan artistique. Annie pouvait incarner tous les rôles. En Italie, j'ai habité chez elle. C'était quelqu'un d'extraordinaire qui dévorait la vie."

Quant à Bertrand Blier, il se dit "sous le choc". "Les Français s'en souviennent comme d'une actrice qui avait joué dans beaucoup de comédies, elle avait pris un virage très populaire après Rocco et ses frères. Mais elle était pleine d'émotion et de souffrance. Elle craquait facilement, comme sur la scène des César".

En 1996, l'actrice avait en effet suscité une violente émotion en recevant le César du meilleur second rôle féminin pour sa composition dans Les Misérables de Claude Lelouch, après une longue absence des écrans. En pleurs,  elle avait lancé au public : "Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français mais à moi, le cinéma français a manqué follement... éperdument... douloureusement. (...) Et votre témoignage, votre amour me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte."

Après cela, elle a continué à tourner (Ceci est mon corps de Rodolphe Marconi, La pianiste puis Caché de Michael Haneke, C'est beau une ville la nuit de Richard Bohringer...) jusqu'à ce que la maladie d'Alzheimer ne la rattrape. En 2008, elle apparaît une dernière fois dans le documentaire de Nicolas Baulieu Ainsi va la vie où elle délivre un message d'adieu à la fois sobre et poignant.

Elle voulait que l'on se souvienne à sa place des films qu'elle avait tournés, si nombreux, et avec de si prestigieux réalisateurs : Marcel Carné, Marc Allégret, Marco Ferreri, Luchino Visconti, Jean Delannoy, Mario Monicelli, Philippe de Broca, Michel Audiard, Luigi Comencini, Claude Lelouch, Bertrand Blier, Michael Haneke... Et bien sûr, certains de ses personnages sont entrés depuis longtemps dans le panthéon du cinéma. A commencer par Nadia, la prostituée de Rocco et ses frères, aux côtés d'Alain Delon et surtout de Renato Salvatori, celui qui allait devenir le grand amour sa vie.