Annecy 2018 : retour sur la sélection courts métrages qui fait une escale au Forum des Images

Posté par MpM, le 26 juin 2018

Comme chaque année, le Forum des images accueille à Paris (mercredi 27 et jeudi 28 juin) une reprise du Festival d'Annecy à travers deux séances réunissant les courts métrages primés, toutes sections confondues, ainsi qu'une sélection opérée par l'agence du court métrage, une carte blanche autour des 80 ans de films d'animation de Disney et la projection en avant-première du Cristal 2018, Funan de Denis Do. L'occasion de revenir sur la sélection 2018 de courts qui demeure, pour certains festivaliers, le véritable clou de la manifestation.

C'est en effet au travers des différentes compétitions de courts métrages (internationale, off-limit, perspectives, films d'école et jeune public), pensées comme un instantané de la création mondiale, que l'on peut se faire une idée précise de l'état de l'animation contemporaine, de ses courants, de ses thèmes et techniques de prédilection, de ses expériences et de ses réussites. Le moins qu'on puisse dire, au retour d'Annecy, est que l'on peut se réjouir de l'inventivité, de l'audace et de la maîtrise dont font preuve aujourd'hui les réalisateurs de courts métrages d'animation. Qu'ils passent ensuite au long, ou non, ne pourrait pas moins importer tant le talent, lui, est d'ores et déjà au rendez-vous.

La large sélection (130 courts) permet une approche à la fois riche et éclectique qui laisse toutes les facettes de l'animation s'exprimer, des techniques les plus "artisanales" aux plus technologiques, des effets visuels les plus sophistiqués à la simplicité la plus épurée. On a notamment croisé des films réalisés en sable ou en poudre, à l'aquarelle, à l'encre de chine, en peinture sur verre, sur un écran d'épingles, avec des figurines duveteuses ou en pâte à modeler, avec des marionnettes, avec des photos, en papiers découpés, en rotoscopie, en prise de vues réelles, en 2D, en 3D...  Cette édition 2018 était d'ailleurs un savant mélange de valeurs sûres et de découvertes réunissant des propositions formelles fortes, parfois philosophiques, des œuvres narratives légères, sensibles ou drôles, et des films plus personnels à la portée universelle.

Contrairement au long métrage, qui cette année se voulait porté sur le réel, engagé et même politique, le format court s'est le plus souvent montré intimiste, pour ne pas dire intime, mettant en scène des expériences individuelles ou abordant des sujets ayant trait au quotidien et aux relations familiales ou amoureuses. Dans cette veine ténue, on retrouve notamment le très beau Week-end de Trevor Jimenez (récompensé par le prix du public et celui du jury, et dont nous vous parlions au moment de Clermont Ferrand), qui évoque avec poésie la "garde alternée" qui conduit un enfant à passer du domicile de sa mère à celui de son père, mais aussi le lauréat du Cristal, Bloeistraat 11 de Nienke Deutz qui montre le délitement sourd de l'indéfectible amitié entre deux fillettes en train de muer en jeunes filles.

On peut aussi citer Vibrato de Sébastien Laudenbach qui, bien qu'il fasse partie d'une carte blanche donnée par l'Opéra de Paris à différents réalisateurs, illustre le monologue sensuel et coquin de la veuve de Charles Garnier, se rappelant avec émotion leurs ébats sexuels dans les moindres recoins du Palais ; Etreintes de Justine Vuylsteker qui revisite avec une infinie délicatesse le trio amoureux femme-mari-amant ou encore Telefonul d'Anca Damian, évocation poétique et surréaliste des parents du narrateur.

Certains films étaient encore plus intimement liés au vécu de leur réalisateur, à l'image de Between us two dans lequel Wei Keong Tan évoque à la fois sa mère disparue et son homosexualité ; Travelogue Tel Aviv, sorte de carnet de voyage du réalisateur Samuel Patthey sur son séjour en Israël ; Guaxuma de Nara Normande dans laquelle la réalisatrice parle de son enfance à la plage, et de sa meilleure amie Tayra ; Tightly wound de Shelby Hadden qui souffre de vaginisme et raconte le parcours du combattant que cela a représenté pour elle ; Egg de Martina Scarpelli, sur un épisode particulier dans la période d'anorexie qu'a vécu la réalisatrice ; Mariposas de Mauricio LeivaCock, Andrés Gomez Isaza, qui aborde le cancer qui a touché la mère de l'un des réalisateurs...

L'autre grand courant de cette sélection 2018 est ancré résolument (et assez classiquement) dans la fiction, et va vers une forme de divertissement plus ou moins assumé, qui parfois n'empêche pas une certaine profondeur. On pense à des films comme La mort père et fils de Denis Walgenwitz et Vincent Paronnaud (dit Winshluss), comédie noire dans laquelle le fils de La Mort se rêve en ange gardien ;  Raymonde ou l'évasion verticale de Sarah van den Boom et son pendant estonien Maria ja 7 pöialpoissi de Riho Unt, qui présentent tous deux une figure féminine (une chouette qui a été chaste toute sa vie dans le premier et une religieuse dans le second) attirée, si ce n'est obsédée, par les plaisirs charnels) ou encore Le chat qui pleure de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol : puni, un petit garçon est contraint de passer l'après-midi avec un homme inquiétant qui lui propose un étrange marché.

Citons encore Animal behavior de Alison Snowden et David Fine (une thérapie de groupe à destination d'animaux aux travers encombrants) ; Mang-ja-ui-sum (Island of the deceased) de Kim Ji Hyeon, dans lequel un homme solitaire prend les yeux des morts pour redonner vie aux cadavres qui l'entourent ; Creature from the lake de Renata Antunez, Alexis Bédué, Léa Bresciani, Amandine Canville, Maria Castro Rodriguez, Logan Cluber, Nicolas Grangeaud, Capucine Rahmoun-Swierczynski, Victor Rouxel, Orianne Siccardi et Mallaury Simoes, une parodie de film d'aventure féministe et délirant ou encore L'homme aux oiseaux de Quentin Marcault, une fable sur le passage du temps et la transmission.

Difficile de tirer autre chose que des tendances générales sur une sélection de 130 films, mais on peut malgré tout relever également quelques films avec une portée plus sociale ou engagée, à l'image de (Fool) time job de Gilles Cuvelier (fable clinique et désespérée sur un homme contraint d'accepter un travail terrifiant pour nourrir sa famille, dont nous parlions déjà ici) ; Happiness de Steve Cutts (satire sur le capitalisme, la surconsommation et le monde du travail), Simbiosis carnal de Rocio Alvarez (une vaste fresque qui relate l’histoire de l'Humanité du point de vue des femmes), Mr Deer de Mojtaba Mousavi (une réflexion désenchantée sur l'absence d'empathie et de solidarité de l'être humain), An Excavation of Us de Shirley Bruno qui raconte l'histoire vraie d'une femme soldat s'étant battue pendant la révolution haïtienne, ou encore Afterwork de Luis Usón et Andrès Aguilar (une parabole sur l'absurdité du travail et de l'existence). D'autres s'intéressaient à la vie d'artistes célèbres, de Charles Bukowski dans Love he said d'Inès Sedan à James Brown et Solomon Burke dans Make it soul de Jean-Charles Mbotti Malolo, ou encore Oskar Kokoschka dans I'm OK d'Elizabeth Hobbs.

Il faut enfin mentionner des œuvres franchement singulières qui se distinguaient avant tout par leur ambition esthétique ou leur portée existentielle, à l'image de la série de 6 films réalisés par John Morena (sur les 52 qu'il revendique en 2017), à la durée très courte, et qui exploitent à chaque fois un concept visuel particulier pour parler d'un sujet "d'actualité" comme la guerre ou le droit des femmes ;  La chute de Boris Labbé (œuvre-somme hypnotique qui convoque à la fois l’histoire de l’art et celle de l’Humanité) ; III de Marta Pajek (une drôle de plongée dans le tourbillon de la séduction et de l'amour véritablement charnel) ; le moyen métrage Ce magnifique gâteau ! de Emma de Swaef et Marc Roels (44 minutes), mélange de cinéma absurde, de satire cruelle sur la colonisation et de poésie décalée ; Garoto transcodificado a partir de fosfeno de Rodrigo Faustini (des images abstraites réalisées à partir de phosphènes - un phénomène qui se traduit par la sensation de voir une lumière ou des taches dans le champ visuel - dévoilent fugacement l'image qu'elle dissimule) ou encore, aussi symbolique qu'introspectif, Le Sujet de Patrick Bouchard, dans lequel un personnage dissèque le corps d'une marionnette à taille humaine qui se révélera être son double.

Autant dire que cette sélection ne manquait ni d'ambition, ni de sensibilité, ni encore de panache, et offre de l'animation un visage que l'on peut juger suffisamment contrasté et éclectique pour être représentatif de la vitalité du genre. Les films programmés donnaient ainsi une vision relativement mature d'une forme de cinéma qui n'a définitivement pas à choisir entre la fiction "grand public" et le reste, faisant joyeusement le grand écart entre les représentations du monde, les styles de récit et les explorations formelles.

Annecy 2018 : Un homme est mort d’Olivier Cossu, à découvrir également sur Arte

Posté par MpM, le 13 juin 2018

Avant sa diffusion sur Arte ce mercredi 13 juin à 22h35 (et sur arte.tv du 6 juin au 13 juillet), le festival d'Annecy propose hors compétition le long métrage Un homme est mort d'Olivier Cossu, adapté du roman graphique de Kris et Étienne Davodeau qui raconte le combat des ouvriers du bâtiment brestois pendant les grèves de 1950. Il s'inspire de faits réels, la mort d'un ouvrier lors d'une grande manifestation organisée par la CGT et secrètement interdite par le Préfet. René Vautier, cinéaste engagé (il a déjà réalisé Afrique 50, premier film anticolonialiste français), est invité à venir témoigner de la lutte. Le film qu'il réalisera, Un homme est mort, et qui sera montré dans toute la Bretagne grâce à un cinéma ambulant, sera malheureusement détruit.

C'est donc à un film sur un film disparu que s'est attelé Olivier Cossu, dont c'est le premier long métrage, et qui vient plutôt du domaine des effets visuels. Pour cela, il a dû faire face à un défi de taille, réaliser un long métrage d’animation avec un budget limité (2 millions d'euros, dont 1,6 M€ pour la fabrication) qui l'a poussé à travailler dans une grande économie de moyens. Il a dû notamment renoncer à la fluidité généralement recherchée dans ce type de longs métrages pour privilégier le contenu des scènes et l'émotion qui s'en dégage.

On peut ainsi être décontenancé par l'aspect parfois statique de certaines scènes qui auraient gagné à avoir plus d'ampleur, notamment lors du grand moment de bravoure de la manifestation. Mais Olivier Cossu contourne le problème avec de larges mouvements de caméra sur des décors figés ainsi que de nombreux plans rapprochés qui créent l'illusion du mouvement. Ce n'est finalement pas gênant de voir un seul personnage bouger au milieu d'une foule, parce que cela donne justement l'impression d'une focale portée sur lui en tant que membre d'un tout. Le propos politique et humain n'y perd d'ailleurs rien en force et en puissance, et on ne peut qu'admirer la reconstitution habile du Brest d'après-guerre et des conditions de vie déplorables des ouvriers. Ainsi, l'animation accompagne d'autant mieux le sentiment ambiant de révolte et d'injustice que son minimalisme lui permet de suggérer sans jamais souligner.

Kris et les scénaristes Guillaume Mautalent et Sébastien Oursel ont par ailleurs décidé de changer le point de vue du récit. Dans le livre, c'est René Vautier qui est au centre. Dans le film, la caméra adopte le point de vue de P’tit Zef, un des ouvriers, dont on découvre le quotidien ainsi que la rage mal contenue. Les scénaristes ont aussi souhaité rajouter des personnages féminins, car les femmes ont joué un rôle important dans le mouvement de grève. On peut toutefois déplorer qu'il s'agisse d'une mère (celle de P'tit Zef) et d'une petite amie potentielle (Paulette, après laquelle soupire P'tit Zef). Pour la mise en scène de la conscience politique des femmes de l'époque en tant que telle, on repassera. En revanche, on ne pourra pas faire l'économie de l'incontournable histoire d'amour qui apporte un contrepoint parfois bien inutile et artificiel à l'intrigue sociale.

C'est probablement le principal défaut d'Un homme est mort : répondre un peu trop au calibrage des fictions télé traditionnelles (c'est une commande d'Arte). En plus de l'histoire d'amour, il faut donc un zeste de rivalité masculine et des touches d'humour pas toujours bien amenées. Si l'on est un peu embarrassé de voir René Vautier donner des conseils sentimentaux au personnage principal, le film s'élève dès qu'il revient au cœur de son sujet : le contexte social, les revendications, la solidarité ouvrière, la lutte.

Toute l'histoire liée au film de Vautier ainsi qu'aux projections organisées dans la région est ainsi éminemment évocatrice et touchante. L'avant-dernière séquence, avec Paul Eluard, est même franchement émouvante, nous renvoyant à la conjoncture d'autres luttes, en des temps anciens qui semblent à la fois révolus et tellement proches de nous. C'est ce que semble dire en filigrane la toute fin du film, qui se vérifie aujourd'hui : "il ne faut jurer de rien, ils sont capables de tout, les patrons". D'où la nécessité d'un film comme celui-ci.

Annecy 2018 : quelle place pour l’animation en France ?

Posté par MpM, le 11 juin 2018

Alors que le Festival international du film d’animation d’Annecy ouvre ses portes, le Centre national du cinéma et de l’image animée vient de publier la dixième édition de son étude sur le marché de l’animation.

A cette occasion, la ministre de la Culture Françoise Nyssen et Présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) Frédérique Bredin saluent l'excellence de la filière française, reconnue dans le monde entier pour sa créativité, et le dynamisme dont elle fait preuve.

Le rapport du CNC relève ainsi que l’animation française est le premier genre audiovisuel à l’export, et représente plus de 130 millions d'euros. Dans les salles, 29 films d'animation ont réalisé en 2017 un total de 15,1 millions d’entrées à l'international. C’est Ballerina, coproduction franco-canadienne, qui cumulait le plus d’entrées à l’étranger (14 millions d’entrées à fin 2017).

Pour poursuivre dans cette direction, cinq films d’animation, tous d’initiative française, ont été produits en 2017 : Minuscule - les mandibules du bout du monde, Pachamama, Les Hirondelles de Kaboul, La Traversée et La Jeune fille sans mains. Deux d’entre eux sont des premiers films et deux sont des productions entièrement françaises.

A noter que l'offre élevée de films d'animation en salles (36 en 2017) rencontre son public. En 2017, cinq films ont cumulé deux millions d’entrées ou plus et trois des dix plus grands succès de l’année étaient des films d’animation, dont Moi, moche et méchant 3 qui, avec 5,7 millions d’entrées, figure à la première place du classement tous genres confondus.

A Annecy, un seul long métrage représentera la France en compétition, Funan de Denis Do. On peut toutefois souligner la présence du spécial télé Un homme est mort d'Olivier Cossu hors compétition et bien sûr de Dilili à Paris de Michel Ocelot en ouverture.

Et le court dans tout ça ?


Sur le marché du court métrage d'animation, la France est là encore particulièrement dynamique, même s'il est difficile de mesurer son "succès" sur le territoire national comme à l'étranger. On peut toutefois souligner qu'à Annecy, une vingtaine de courts métrages français seront présents, parmi lesquels La Mort, père et fils de Denis Walgenwitz et Vincent Paronnaud dit Winshluss, Étreintes de Justine Vuylsteker, La Chute de Boris Labbé, Fool Time Job de Gilles Cuvelier ou encore Guaxuma de Nara Normande.

Pendant le festival, le projet « France in shorts » (lancé en 2016 et coordonné par l'AFCA, Association française du cinéma d'animation) mettra d'ailleurs en valeur le court métrage d’animation français et ses acteurs dans le cadre du Marché international du Film d’animation (MIFA).

Le but est notamment d'accompagner les sociétés dans leur développement et de favoriser les échanges entre les professionnels ainsi que la valorisation de leur catalogue. Des rencontres sont également prévues avec des distributeurs français de courts métrages comme Miyu distribution et Autour de minuit.

Cannes 2018 : quand Annecy « goes to Cannes »

Posté par MpM, le 10 mai 2018

Pour la troisième année consécutive, le dispositif "Annecy goes to Cannes" permettra à cinq long métrages d'animation en work in progress d'être présents sur la Croisette. En partenariat avec le marché du film de Cannes, le Festival et le Marché international du film d’animation d’Annecy organisent en effet une session de pitchs le vendredi 11 mai entre 10h et 12h.

Il s'agit d'offrir à ces projets en cours l'opportunité de se faire connaitre par les nombreux professionnels (distributeurs, aux investisseurs et aux agents de vente ) réunis à Cannes. L'occasion pour eux de partager les premières images exclusives des films et de parler de leur avancement afin de susciter l'intérêt de nouveaux partenaires potentiels.

Les projets viennent du monde entier (Brésil, Chine, Mexique, Danemark...) avec un important pourcentage de productions ou coproductions françaises. On notera notamment la présence de Pachamama, le nouveau projet de Folivari qui met en scène deux petits indiens de la Cordillère des Andes à la recherche de l'idole protectrice de leur village, ainsi que celui des Films d'ici, Au coeur des ténèbres, qui se passe à Rio de Janeiro, dans un futur proche.

HEART OF DARKNESS - Brésil, France, Portugal
En préproduction

En présence de Rogério Nunes (réalisateur, producteur, Karmatique Imagens LTDA) et de Sébastien Onomo (producteur, Les Films d’Ici)

FLEE – Danemark, France, Suède
En préproduction

En présence de Jonas Poher Rasmussen (réalisateur) et de Monica Hellström (productrice, Final Cut for Real)

SPYCIES – Chine, France
En production

En présence de Benoit Luce (producteur, Lux Populi Production) et de Quinshu Zuo (distributrice, iQiyi Pictures)

KOATI – Mexique
En production

En présence de Rodrigo Perez-Castro (réalisateur) et d'Anabella Sosa-Dovarganes (productrice, Upstairs)

PACHAMAMA – France
En production

En présence de Didier Brunner et Damien Brunner (producteurs, Folivari)

Brad Bird honoré à Annecy

Posté par redaction, le 20 mars 2018

Le Festival international du film d'animation d'Annecy (11-16 juin) décernera son Cristal d'honneur à Brad Bird, qui viendra présenter Les Indestructibles 2 en avant-première française le 15 juin.

Agé de 60 ans, le réalisateur des films d'animation comme le culte Géant de fer (Spielberg rend d'ailleurs hommage à la créature dans Reader Player One), Les Indestructibles et Ratatouille, deux pépites de Pixar, et des films d'aventures Mission impossible : Protocole Fantôme et À la poursuite de demain, sera en terrain familier. Ces cinq longs métrages ont rapporté 2,2 milliards de dollars de recettes mondiales. Avec Les Indestructibles et Ratatouille, il a reçu à chaque fois l'Oscar du meilleur film d'animation, en plus d'une nomination pour le scénario original.

Les Indestructibles 2 sortira en France le 4 juillet 2018, 14 ans après le premier film qui avait séduit 5,7 millions de spectateurs dans l'Hexagone.

Annecy 2017 : retour sur le palmarès

Posté par MpM, le 18 juin 2017

Si la Chine était officiellement à l'honneur en cette 41e édition, c'est finalement le Japon qui tire son épingle du jeu en remportant deux des trois principaux prix de la compétition longs métrages : le Cristal pour Lou et l'île aux sirènes de Masaaki Yuasa, l'histoire d'un jeune garçon se liant d'amitié avec une sirène, malgré les superstitions des habitants de son village ; et la mention du jury pour Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi, qui aborde la catastrophe nucléaire d'Hiroshima. Le troisième long métrage récompensé n'est autre que La Passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman, dont nous vous parlions il y a quelques jours.

Côté courts métrages, on ne peut que se réjouir de la victoire de l'incroyable comédie musicale animalière en stop-motion de Niki Lindroth Von Bahr, The burden, qui oscille entre dérision hilarante et constat désespéré, mais aussi de l'attribution du prix du jury au très beau Vilaine fille de Ayce Kartal qui met son animation libre et inventive au service du sujet sensible, traité avec beaucoup de pudeur, des viols collectifs d'enfants en Turquie. Belle surprise également que ce prix du public obtenu par Pépé le morse de Lucrèce Andreae, chronique familiale tendre sur le deuil et les différentes manières d'y faire face.

Trois autres films ont été eux-aussi particulièrement remarqués : L'Ogre de Laurène Braibant qui cumule mention du jury et Prix "CANAL+ aide à la création" avec son histoire mi poétique, mi monstrueuse d'un ogre qui se laisse soudainement aller à sa vraie nature ; Negative Space de Max Porter et Ru Kuwahata, une histoire très simple de connivence entre un père et son fils à travers la confection d'une valise, qui remporte prix Fipresci et Mention spéciale André-Martin ; et enfin le bien nommé Nothing Happens de Uri et Michelle Kranot, dans lequel des gens se rassemblent et attendent quelque chose qui n'arrive jamais, reçoit les Prix Festivals Connexion – Région Auvergne-Rhône-Alpes et André-Martin.

Evidemment chaque jury est souverain, mais on pourra malgré tout déplorer à titre personnel l'absence au palmarès du court métrage Tesla : Lumière mondiale de Matthew Rankin, biopic électrique, inventif et ultra-maîtrisé du scientifique Nicolas Tesla, ainsi que du long métrage Téhéran Tabou d'Ali Soozandeh, plongée oppressante dans la vie de plusieurs femmes, victimes du carcan social iranien.

Tous les prix

Longs métrages


Cristal du long métrage : Lou et l'île aux sirènes de Masaaki Yuasa (Japon)
Mention du jury : Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi (Japon)
Prix du public : La Passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (Pologne, Royaume-Uni)

Courts métrages


Cristal du court métrage : The Burden de Niki Lindroth Von Bahr (Suède)
Prix du jury : Vilaine fille de Ayce Kartal (France, Turquie)
Prix "Jean-Luc Xiberras" de la première oeuvre : The Blissful Accidental Death de Sergiu Negulici (Roumanie)
Mention du Jury : L'Ogre de Laurène Braibant (France)
Prix du public : Pépé le morse de Lucrèce Andreae (France)

Courts métrages "Off-Limits"

Prix du film "Off-Limits" : Dix puissance moins quarante trois secondes de Francis (France)

Prix spéciaux


Prix Festivals Connexion – Région Auvergne-Rhône-Alpes : Nothing Happens de Uri et Michelle Kranot (Danemark, France)
Prix du jury junior pour un film de fin d'études : What a Peaceful Day de Eden (Kai-Hsun) Chan (Taiwan)
Prix du jury junior pour un court métrage : La Vallée des oiseaux blancs de Cloud Yang (Chine)
Prix Jeune public : Hedgehog's Home de Eva Cvijanovic (Canada, Croatie)
Prix FIPRESCI : Negative Space de Max Porter, Ru Kuwahata (France)
Prix de la meilleure musique originale : Radio Dolores de Katariina Lillqvist et Kusti Vuorinen (Finlande)
Prix Fondation Gan à la Diffusion : Petit Vampire de Joann Sfar (France)
Prix "CANAL+ aide à la création" pour un court métrage : L’Ogre de Laurène Braibant (France)
Prix André-Martin pour un long métrage français produit en 2016 : La Jeune Fille sans mains de Sébastien Laudenbach (France)
Prix André-Martin pour un court métrage français : Nothing Happens de Uri et Michelle Kranot (Danemark, France)
Mention spéciale André-Martin pour un court métrage français : Negative Space de Max Porter, Ru Kuwahata (France)
Prix de la Ville d’Annecy : Le Curry de poisson d'Abhishek Verma (Inde)

Annecy 2017 : des nouvelles du cinéma d’animation

Posté par MpM, le 17 juin 2017

Au festival du cinéma d'animation d'Annecy, les habitués le savent, les compétitions de courts métrages focalisent l'attention des professionnels et des amateurs éclairés, car ce sont elles qui donnent l'instantané le plus représentatif de l'état de l'animation dans le monde. Si on est en quête d'audace, de singularité et de recherche formelle, c'est en effet clairement de ce côté-là qu'il faut regarder, tant le format court est adapté à la créativité et à la prise de risque, loin du carcan parfois formaté imposé par l'économie du long métrage. Tout au long de la semaine, on a ainsi pu découvrir (ou retrouver) des univers, des techniques, des styles et des cinéastes émergents ou confirmés qui dynamitent les clichés éculés sur le cinéma d'animation.

Préambule évident (mais ça va toujours mieux en le disant tant ça ne semble pas encore clair pour tout le monde), non, animation ne rime pas systématiquement avec jeune public. C'est juste une manière parmi d'autres de faire du cinéma (recouvrant d'ailleurs des réalités extrêmement différentes), et qui, exactement comme pour la prise de vues réelles, peut aborder toutes les thématiques. Y compris l'érotisme, la violence ou l'horreur. On en a eu quelques exemples en compétition, avec le très ouvertement érotique Vénus de Savio Leite (Brésil) ou le particulièrement glauque et oppressant The escape de Jaroslaw Konopka (Pologne).

Virtuosité et maîtrise


Autre constat qui s'impose à la vision de la compétition de courts métrages, la sélection de cette année comportait énormément d’œuvres visuelles fortes, avec une virtuosité notable dans la réalisation et les techniques employées. Beaucoup de films étaient même clairement dans la démonstration, parfois au détriment du sujet, du sens, ou tout simplement de l'émotion. Là encore, on peut citer The escape de Jaroslaw Konopka qui anime à la perfection ses marionnettes, donnant l'illusion d'un film live à la fluidité exemplaire et aux plans parfaitement conçus, tout en laissant le spectateur un peu déconcerté sur le sens du film.

Mais également l'époustouflant Aenigma d'Antonios Ntoussias et Aris Fatouros (Grèce), une évocation puissante et surréaliste en 3D relief qui mêle images somptueuses inspirées de l'oeuvre du peintre Theodoros Pantaleon et musique ultra lyrique, ou encore The Blissful accidental death de Sergiu Negulici (Roumanie) qui commence dans une veine très minimaliste de papiers découpés et de dessins au crayon avant de se transformer en un délire visuel époustouflant et spectaculaire, dont là encore on ne parvient pas toujours à saisir le sens.

La famille tout au centre


Un peu paradoxalement, ce sont pourtant les sujets intimistes et / ou humoristiques, voire absurdes, qui semblaient le plus représentés. La famille, notamment, est au cœur d'un nombre important de films souvent nostalgiques, parfois introspectifs. On pense notamment à The full story de Daisy Jacobs et Chris Wilder (Royaume-Uni) dans lequel un homme se souvient de différents moments de son enfance vécus dans la demeure familiale qu'il est sur le point de vendre, ou, dans un registre assez proche, à After all de Michael Cusack (Australie), sur un fils vidant la maison de sa mère après son décès.

Dans Negative space de Max Porter et Ru Kuwahata (France), c'est là aussi un fils qui se remémore le passé, en l’occurrence la relation tendre et complice qui l'unissait à son père, et qui passait par la recherche de l'agencement idéal des valises. On est ici clairement à mi-chemin entre une tonalité douce-amère et une forme assez efficace d'humour. Même chose pour Pépé le morse de Lucrèce Andreae (France) qui aborde lui-aussi la question du deuil, entre comédie, cinéma fantastique et chronique familiale plus mélancolique, tandis qu'avec Amalimbo de Juan Pablo Libossart (Suède), on penche plus clairement vers la tragédie de la perte et du travail de deuil. Citons enfin J'aime les filles de Diane Obomsawin (Canada), portrait intimiste et léger de quatre jeunes femmes qui racontent leur première histoire d'amour, celle qui leur a fait réaliser ou affirmer qu'elles étaient homosexuelles.

L'humour en embuscade


L'humour, lui, flirte d'ailleurs assez souvent avec l'absurde, comme dans The poet of horrible things de Guy Charnaux (Brésil), version trash de la comédie familiale, dans laquelle le fils s'évertue à écrire les pires horreurs sur ses parents, sous couvert de "poésie", ou la satire Double king de Felix Colgrave (Australie), dans lequel une créature sans trône ni sujets décide de tuer tous les souverains alentours pour piquer leur couronne. Sans oublier deux parangons du genre, Manivald de Chintis Lundgren (Canada), dans lequel un renard introverti s'amourache d'un beau loup sexy et pas farouche, et Wednesday with Goddard de Nicolas Ménard (Royaume-Uni) qui met en scène un personnage à la recherche de Dieu. Ton décalé, scènes cocasses et humour loufoque garantis.

Tout aussi décalés, mais avec un fond loin d'être absurde ou satirique, deux ovnis ont marqué cette 41e édition du festival d'Annecy. Le premier est une comédie musicale animalière en stop motion, The burden de Niki Lindroth bon Bahr, dans lequel des poissons solitaires, des singes travaillant dans un centre d'appel et des souris employées de fast-food chantent leur mal de vivre, dans un manifeste hilarant et désespéré à la fois. Le second, Tesla : Lumière mondiale de Matthew Rankin, est un biopic électrique, portrait halluciné mais ultra-précis du scientifique Nicolas Tesla, dans lequel chaque élément formel fait référence à un détail de la vie du personnage.

Sujets historiques et cinéma engagé


Une autre veine importante de la compétition cette année était le cinéma politique, engagé ou historique. La guerre, notamment, était comme le fil rouge d'un nombre important de films : celles qui ont secoué l'Irak dans Train to peace de Jakob Weyde et Jost Althoff (Allemagne), la deuxième guerre mondiale dans Moczarski's Case de Tomasz Siwinski (Pologne) et KL de William Henne et Yann Bonnin (Belgique), la guerre d'Espagne dans Radio Dolores de Katariina Lillqvist (Finlande).

De son côté, The escape de Jaroslaw Konopka (Pologne) semble cristalliser toutes les peurs liées à une situation post-apocalyptique, tandis que c'est la dictature soviétique qui est implicitement au coeur de Empty space de Ulo Pikkov (Estonie) et la question des réfugiés qui hante Airport de Michaela Müller (Suisse). Et puis il y a Vilaine fille d'Ayce Kartal (Turquie) qui traite avec beaucoup de pudeur du fléau des viols collectifs en Turquie.

Science fiction et abstraction


Enfin, on peut relever deux autres grandes tendances présentes cette année : les films d'anticipation comme Adam de Veselin Efremov (Danemark) et I want Pluto to be a planet again de Vladimir Mavounia-Kouka et Marie Amachoukeli (France), dans lesquels est interrogée la notion d'humanité, et les films qui s'apparentent à des recherches plus abstraites, voire des performances d'art contemporain, à l'image de When time moves faster d'Anna Vasof (Autriche) qui dévoile les illusions visuelles permises par le cinéma, ou Dead reckoning de Paul Wenninger et Susan Young (Autriche) qui suit un même homme dans toute la ville.

Et les techniques dans tout ça ? Multiples, évidemment, et souvent mixtes. Marionnettes, vues réelles, pixilation, rotoscopie, ordinateur 2 ou 3 D, animation d'objets, dessin sur papier, peinture sur verre, éléments découpés, dessin sur pellicule, animation de poudres, pâte à modeler, photos... De quoi rappeler que l'appellation "animation" recouvre des réalités diverses qui vont bien au-delà du simple "dessin animé" de notre enfance. C'est un peu comme si, dans ce domaine cinématographique, l'imagination était la seule limite formelle. Rendez-vous l'année prochaine pour la repousser à nouveau.

Annecy 2017 : focus sur l’animation chinoise

Posté par MpM, le 15 juin 2017

Invitée d’honneur de l’édition 2017 du Festival d’Annecy, la Chine fait l’objet d’une programmation spéciale, avec notamment la projection de La princesse à l’éventail de fer (Wan Laiming et Wan Guchan, 1941), considéré comme le premier long métrage chinois d’animation, ou encore des rétrospectives chronologiques (les années 50, les années 60, les nouvelles générations…). Une grande exposition intitulée Art en mouvement permet également de mettre en perspective l’animation chinoise traditionnelle avec celle d'aujourd'hui.

La scénographie, simple et aérée, permet une découverte chronologique des premiers pas de l’animation chinoise. En 1950, un département d’animation est créé au Studio du film de Shanghai. Il prend son indépendance en 1957 et devient ainsi « les studios d’art de Shanghai », chargés de produire des œuvres éducatives et divertissantes inspirées du large éventail des arts chinois. Il se base sur des techniques classiques comme le papier découpé, les poupées et le dessin animé. L’animation connaît alors un âge d’or qui dure jusqu'au milieu des années 60 et reprendra à la fin des années 70 après avoir été interrompu par la Révolution culturelle.

C’est au sein des studios qu’est mise au point la technique du lavis animé qui permet de mettre en mouvement la peinture traditionnelle. C’est un procédé long et coûteux qui incite Hu Jinqing, réalisateur au département des découpages articulés, à inventer en 1976 un nouveau procédé, celui du lavis déchiré. Les personnages sont peints sur du papier de mûrier, puis déchirés pour laisser apparaître les fibres du papier. Ils sont ensuite placés sur les décors et animés image par image. Dans une vidéo tournée en 2003, Hu Jinping lui-même dévoile le processus qui l’a amené à créer cette technique, et en fait une démonstration.

L’exposition montre également des exemples de découpages articulés (Le pont de l’armée rouge de Qian Yunda, 1964), de dessins animés plus traditionnels (Le Roi des singes bouleverse le palais Céleste de Wan Laiming, 1961-1964) et d’animation en volume (poupées ou papiers pliés, comme les Petits canards intelligents de Yu Zheguang, 1960).

On découvre ensuite le travail contemporain de plusieurs artistes et réalisateurs qui se réapproprient les techniques traditionnelles ou inventent leurs propres procédés. On est par exemple frappé par les marionnettes à fil en porcelaine « bleu et blanc » qui sont au cœur de l’oeuvre de Geng Xue. Dans Mr Sea, présenté à Annecy, et qui s’inspire d’un conte du XVIIe siècle, un savant perdu dans le désert rencontre une prostituée et un serpent. Une histoire cruelle et même carrément sanglante puisque le serpent se repaît goulûment du sang de sa victime.

Ce n’est guère plus joyeux dans Chasing de Wu Chao et Xia Veilun qui met en scène une armée de poupées-baigneurs interchangeables, toutes vêtues de rouge, prises dans des tâches absurdes  et répétitives. Désincarnées, comme robotiques, elles finissent par être totalement inquiétantes, notamment quand certaines lavent machinalement les têtes privées de corps que d’autres ajustent ensuite sur leur cou vide.

On découvre également le travail de Haiyang Wang qui réalise des dessins au pastel sec et qui pour le film Freud, fish and butterfly , travaille sur une même feuille de papier qu’il efface au fur et à mesure ; celui de Yang Yongliang qui fait écho à la peinture traditionnelle Shanshui (montage et eau) à travers de vastes paysages recomposés où les montagnes sont en réalité des immeubles amoncelés, ou encore l’oeuvre de Sun Xun, artiste de premier plan en matière de dessin comme d’animation, et qui propose à Annecy une installation spécialement créée pour l’occasion, composée de plusieurs œuvres vidéos et d’une fresque murale réalisée in situ pendant le Festival.

Enfin, une dernière salle présente des oeuvres de grand format qui invitent à explorer des univers singuliers et déconcertants. Il y a notamment Ding Shiwei qui a scanné tranches par tranches le tronc d’un arbre de 70 ans qui avait dû être abattu et en a fait une vidéo immersive et contemplative présentée sur un écran large de 15 mètres, ; ou encore l’artiste numérique Miao Xiaochun qui a inventé le concept de « peinture algorithmique » et réalise des compositions foisonnantes dans lesquelles le temps et le mouvement tordent notre perception de l’image.

Si l’exposition rappelle que la frontière est toujours plus floue entre animation et art contemporain, elle démontre surtout le formidable dynamisme de la jeune création contemporaine chinoise qui s’embarrasse moins d’étiquettes et de formats que de trouver des modes d’expression adaptés à son propos. Quelles que soient les techniques utilisées, on ne peut d’ailleurs que constater la prégnance d’un regard critique porté sur le réel, ainsi que le désir unanime d’embrasser le monde dans tout ce qu’il a de plus complexe ou imparfait.

Annecy 2017 : La passion Van Gogh enchante le festival

Posté par MpM, le 14 juin 2017

Donner vie à la peinture de Van Gogh, telle est l’ambition affichée par Dorota Kobiela et Hugh Welchman, les réalisateurs du long métrage Loving Vincent (La passion Van Gogh) présenté en première mondiale lors de cette 41e édition du festival d’Annecy. Réalisé entièrement en peinture à l’huile, combinée à un procédé de rotoscopie, ce projet un peu fou a nécessité 115 peintres qui ont travaillé à la fabrication des 65 000 images du film.

Le résultat est une splendeur visuelle dans laquelle s’animent des tableaux parmi les plus célèbres au monde, de la Nuit étoilée au portrait du docteur Gachet en passant par les meules de foin ou l’autoportrait aux tons bleus. Les personnages prennent vie, les couleurs explosent, et les coups de pinceau parachèvent l’impression d’être face aux oeuvres originales.

La réussite formelle est ainsi indéniable, et même assez époustouflante, tant on retrouve le travail singulier du peintre dans la composition et la tonalité chromatique des plans. Cela crée bien sûr un jeu de connivence avec le spectateur, qui s’amuse à reconnaître les tableaux dans les scènes animées, et les portraits originaux dans les protagonistes.

On peut toutefois déplorer que le duo de réalisateurs n’ait pas eu entièrement confiance dans son sujet, et se soit cru obligé d’accompagner cette évocation brillante d’une intrigue assez artificielle. La quête du personnage principal, Armand Roulin, sert donc de prétexte à ramener le film sur le terrain plus confortable du biopic traditionnel, avec souvenirs de jeunesse et moments clefs de son existence. Réalisés en noir et blanc, ces flashbacks se distinguent un peu maladroitement du reste du film. Ils ont une fonction purement « éducative », pour ne pas dire didactique, et laissent de ce fait peu d’espace au spectateur.

Même chose avec l’enquête presque policière qui amène le personnage principal à s’interroger sur les conditions de la mort de Van Gogh. Meurtre ou suicide ? Là encore, la question sert de prétexte à une interminable succession de rencontres et de témoignages qui finissent un peu par se répéter. Certes, si l’on n’est pas familier de la vie de Van Gogh, on apprend plein de choses sur le peintre, mais ce côté ultra-pédagogique renvoie le film à une forme plus classique de biographie forcément édifiante pour celui qui la regarde. Sans doute aurait-on aimé que le film ménage plus de respirations, plus de creux à remplir à sa guise par le spectateur, au lieu de ce chemin ultra balisé qui ne cadre pas tout à fait avec l’idée que l’on se fait de la passion.

Cannes 70 : Annecy comes from Cannes

Posté par cannes70, le 2 mai 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-16. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


En 2017, le Festival de Cannes accueillera les 3e Animation days et le festival d’Annecy organisera pour la deuxième fois au marché du film un événement intitulé Annecy goes to Cannes. A l’heure où on commence à percevoir un vague intérêt pour le cinéma d’animation de la part de la Croisette, revenons sur un événement parallèle au Festival de Cannes qui a donné naissance au festival d’Annecy : les RICA et JICA. Comme quoi, un festival peut en cacher un autre !

Aujourd’hui considéré comme le plus important événement autour du cinéma d’animation, le Festival d’Annecy n’a pas commencé sur un coup de tête dans la cité savoyarde en 1960. Son histoire débute en 1956 aux premières RICA, Rencontres Internationales du Cinéma d’Animation qui eurent lieu à Cannes parallèlement au festival. Pour mieux comprendre son arrivée, il faut néanmoins remonter quelques années en arrière.

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les ciné-clubs se développent en France et nombreux sont les journalistes, critiques ou cinéphiles qui y officient. Ces rendez-vous d’amoureux du 7ème art n’ont alors rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. Ce sont de vrais lieux de débats voire de combats autour de films projetés et une certaine manière, pour certains, d’éduquer par le cinéma. Les discussions après le film étaient au moins aussi importantes que le film lui-même. Ces ciné-clubs étaient réunis au sein de la ffcc (Fédération française des ciné-clubs).

En 1951, des dissidents créent la FCCC (Fédération centrale des ciné-clubs). Ils sont regroupés autour de Pierre Barbin et de certains de ses proches, comme André Martin qui milite en faveur du cinéma d’animation. Martin créera par la suite un studio d’animation avec Michel Boschet et il deviendra critique, notamment aux Cahiers du cinéma où il sera proche d’André Bazin qui, contrairement à une idée répandue, aimait aussi le cinéma d’animation.

Des journées du cinéma aux RICA

La même année, Barbin, Martin et Boschet créent l’AFDC (Association Française pour la Diffusion du Cinéma) dont Roger Leenhardt devient le président. L’association organise à Versailles, puis dans de nombreuses villes de province, les Journées du cinéma. A chaque arrêt, des films sont projetés, une exposition est organisée et des rencontres prévues. Au début, le succès est timide mais grandit de manière exponentielle.

Pourtant, c’est en 1955 que tout se joue. Cette année-là, par un concours de circonstance, les Journées du cinéma arrivent à Tours et donnent naissance à un important festival de courts-métrages. Place centrale dans la promotion des formes courtes, il perdurera jusqu’en 1971. Toujours en 1955, Barbin contacte Jacques Flaud, alors Directeur Général du CNC. D’une part, il souhaite organiser à Annecy une « semaine du cinéma ». C’est à cette occasion que l’équipe de l’AFDC rencontre celle du Ciné-club savoyard, l’un des plus importants de France, dirigé par Henry Moret, Georges Gondran et Jean Leveugles, et projette un panorama du cinéma d’animation. D’autre part, Barbin souhaite organiser un événement spécifique lié au cinéma d’animation à Cannes dès 1956. Le festival manque d’initiatives vis-à-vis du court-métrage en général. Puisqu’avec Tours, le court dispose d’une vitrine importante, c’est le court animé que Barbin décide en mettre en valeur à Cannes sous l’impulsion de Martin et Boschet.

En 1956, le Festival de Cannes accueille donc les RICA qui se découpent en trois parties : un congrès international autour de la question des écoles et de l’enseignement du cinéma d’animation, une exposition importante et à visée encyclopédique sur l’animation présentée au Miramar et, surtout, la tenue des JICA, Journées Internationales du Cinéma d’Animation. Ces journées sont consacrées à des projections dans la petite salle du Palais des festivals de l’époque et elles deviennent un important lieu de soutien à l’animation internationale.

70 films répartis en 6 programmes

Cette manifestation avait deux objectifs principaux. D’abord, montrer au plus grand nombre de spectateurs à quel point les formes animées étaient diverses, originales et méritaient le détour, le tout en leur offrant un large panel de courts-métrages à voir, le cinéma d’animation ayant toujours été un lieu propice au court-métrage. Puis, contrairement à aujourd’hui, où les moyens de communication ne sont pas les mêmes, les animateurs ne se connaissaient pas vraiment entre eux. Aucun festival ne leur était dédié, il leur était difficile de se rencontrer, de voir leurs films respectifs, de savoir où ils en étaient, ce qu’ils faisaient. Et ce d’autant plus que les tensions entre blocs de l’est et de l’ouest rendaient les voyages compliqués. Ces premières journées devaient donc servir à inviter tous les plus grands créateurs de l’animation à venir montrer leurs films, récents ou plus anciens, pour qu’ils se rencontrent et rencontrent leur public.

Pendant 6 jours, du 25 avril au 2 mai 1956, les plus chanceux ont donc vu se succéder plus de 70 films réunis dans 6 programmes de courts-métrages : Evolution du dessin (du dessin classique au style moderne), Evolution du rythme, Evolution du sujet, Recherche de la matière – Découpage et transparence animés, Recherche de la matière – Economie de moyens (écran d’épingles, pastels enchaînés, dessin sur pellicule) et L’Animation tridimensionnelle (animation d’objets, objets modifiés images par images, animation de personnages vivants image par images et marionnettes image par image). Ceux-ci étaient pensés et conçus d’une manière unique, parfois un peu scolaire dans les thématiques, mais offrant pour la première fois un aperçu structuré et exemplaire de cet art encore à la marge. Tous les films montrés dataient d’entre 1910 et 1956 – avec une très large majorité de films conçus après 1945 – et provenaient de nations dont la production animée était aussi importante que méconnue : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Japon, Chine, Tchécoslovaquie, URSS, Roumanie, Pologne.

En 6 jours – la durée, encore aujourd’hui, du festival d’Annecy – les spectateurs curieux ont pu voir défiler les films de Norman McLaren, Paul Grimault, Jiri Trnka, Ivan Ivanov-Vano, John Hubley, Stephen Bosustow, Robert Cannon, Eduard Hofman, Karel Zeman, Lev Atamanov, Tex Avery, Peter Foldès, John Halas et Joy Batchelor, Zdenek Miler, George Dunning, Lotte Reiniger, Noboro Ofuji, Berthold Bartosch, Len Lye, Claire Parker et Alexandre Alexeieff ou Karel Zeman. La moitié de ces créateurs s’étaient rendus sur place comme en attestent plusieurs photos (1).

Le succès de l’événement fût important. La presse ne tarît pas d’éloges sur la manifestation et Jacques Doniol Valcroze dans le France Observateur du 3 mai 1956 écrivit par exemple que « le meilleur festival c’est celui qui se déroule tous les après-midi dans la petite salle du Palais. » pendant que Sadoul, dans Les Lettres françaises du 10 mai appelait à la création d’un festival uniquement consacré au cinéma d’animation.

Deuxième édition

L’expérience fut reconduite deux ans plus tard, en 1958, toujours dans le cadre du Festival de Cannes. Ces deux éditions successives et les interventions de militants en faveur du cinéma d’animation permirent de faire comprendre aux animateurs français à quel point leur isolement total, dû aux conditions de productions de leurs films, était préjudiciable à la reconnaissance de leur art comme de leur profession. En octobre 1958, est donc créée l’ACA (Association des artistes et amis du Cinéma d’Animation) – qui deviendra l’AFCA en 1971 – et dans la foulée, l’ASIFA (Association Internationale du Film d'Animation) en 1960.

Dans un texte écrit par André Martin sur une plaquette distribuée lors de la première édition du festival d’Annecy en 1960, on pouvait lire une sorte de résumé de ce que furent ces deux premières éditions des JICA. Témoignage de ce qu’ils ont représenté et de leur diversité :

« S’il m’en souvient, les Premières Journées se révélèrent à l’usage comme la plus complète revue des moyens et des styles de l’Animation jamais réalisées jusqu’à ce jour. Avec le Printemps 1956 commence, pour tous les amis du Cinéma d’Animation, la conviction que l’éventail des techniques, des formes et des genres de l’image par image est presque illimité. Le dessin animé sur cellulo, celui que Walt Disney avait rendu célèbre, peut disparaître provisoirement, il sera remplacé. Depuis cette année-là, des modes de manipulations innombrables, les combinaisons neuves de moyens presque toutes étonnantes n’ont cessé d’apparaître.

Le caractère des secondes Journées, leur leçon, trouva le moyen d’être différent. La surprise de 1958 fut de constater que beaucoup de réalisateurs, sans s’être concertés, poussés par on ne sait quel sentiment identique, entreprenaient de styliser les personnages et les formes au maximum. Sur l’écran entra le premier des héros en pain de sucre de l’immortel Flebus et les lilliputiens du Petit Jongleur, les héros laconiques et immobiles de La Petite île de Dick Williams, le promeneur solitaire de Mimica. Bientôt les génériques de Saül Bass, les œuvres de Eame, les amoureux primesautiers de Tendre Jeux de Hubley, Le Merle sauteur de McLaren jusqu’aux récents gangsters du Vol du diamant de Mladen Feman, confirment cette curieuse direction. »

Pourtant, malgré le succès de ces deux éditions, les réalisateurs et les gens impliqués dans l’organisation des JICA se sentaient extérieurs aux grandes manifestations cannoises. Le tohu-bohu et la starification impressionnante n’avaient effectivement rien à voir avec les objectifs de Barbin et de son équipe. Et puis même si les RICA proposaient un événement d’envergure sur l’animation, et que la presse l’accueillait favorablement, ce n’est pas pour autant que les journalistes parlaient des films. En effet, la critique peine à sortir de sa léthargie coutumière face aux formes différentes.

Comme Martin l’écrivait en 1957 dans un article justement intitulé Pourquoi votre critique est muette ? : « Au festival de Cannes 1955, Norman McLaren obtint à l’unanimité des jurés et des participants, la Palme d’or du court métrage pour sept minutes de cinéma pas comme les autres ; les commentaires se firent cependant rares et la renommée peu bavarde. Par la suite, à chaque nouvelle projection, critiques et publics ont diversement reconnu l’incontestable primauté de Blinkity blank mais sans jamais entrer dans le détail. Le petit Tout-Paris a vu il y a quelques mois Les Vieilles légendes tchèques de Trnka au milieu d’un enthousiasme aussi chaleureux que peu disert. On est loin d’avoir imprimé au sujet de ce film admirable autant de mots qu’à propos de Coup dur chez les mous par exemple ».

Avant de continuer :

« Pourtant, les qualités du cinéma d’animation ne cessent d’être exemplaires Il n’est pas rare que le meilleur moment d’une soirée soit proposé par l’entrain bariolé du cartoon. Pourquoi les critiques s’imposent-ils de critiquer sévèrement le film décevant et commercial au lieu de vanter les sept minutes d’animation des premières parties qui les ont beaucoup plus étonnés ? »

Cette question reste encore aujourd’hui sans réponse et la critique continue à végéter devant leurs stimulants coutumiers. Mais c’est de toutes les réflexions précédentes qu’est venu le désir d’organiser en France une manifestation à part uniquement consacrée au cinéma d’animation.

Rendez-vous à Annecy

Cet état d’esprit, ajouté au fait qu’en 1956 et 1958, Moret et Gondran avaient fait le voyage jusque Cannes afin d’assister aux projections des JICA tout se liant d’amitié avec l’équipe des Journées du cinéma, a joué dans le choix de déplacer la manifestation à Annecy. La ville avait le double avantage d’être de taille moyenne : elle ne croulait pas sous les manifestations culturelles et artistiques, et elle avait la possibilité de débloquer des fonds pour organiser un événement d’envergure.

Après de longues délibérations avec la municipalité et le CNC, et quelques problèmes réglés de façon quasi miraculeuse, l’implantation est adoptée en 1959. En 1960 – le festival est resté une biennale jusqu’en 1997 – Barbin, Martin et Boschet ouvrent donc les 3e JICA à Annecy.

Le 27 avril 1956, dans le Parisien libéré, André Bazin écrivait à propos des JICA : « [La] présence personnelle à Cannes [de Jiri Trnka], cette année, est due à une initiative des Journées du Cinéma, l’organisation d’un petit festival dans le grand, consacré aux films d’animation… Gageons que ce petit festival-là nous consolera souvent du grand… ».

Finalement, ce petit festival cannois n’aura pas duré très longtemps. Mais Annecy n’a pas fini de nous consoler de Cannes !

Nicolas Thys de Critique-Film

(1) A ceux qui liraient ces noms sans les connaitre et voudraient se faire une idée de ce qu’ils représentent dans le monde de l’animation, imaginez une réunion pour geeks où seraient réunis dans un même lieu créateurs et membres des équipes des films de super héros, Star Trek, Star Wars et Le Seigneur des anneaux.

Bibliographie

Gondran Georges, Moret Henry, Une lanterne déjà bien éclairée in. Annesci n°12, Annecy, Société des amis du vieil Annecy, 1965.
Jeancolas Jean-Pierre, « Structures du court métrage français, 1945-1958 ». In Bluher Dominique & Thomas François (dir.), Le court métrage français de 1945 à 1968 : De l'âge d'or aux contrebandiers, Rennes, PUR, 2005.
Martin André, Ecrits sur l’animation, textes rassemblés par Bernard Clarens, Paris, Dreamland, 2000.
Pierre Jacquier (Dir.), Plaquette : 1960-1985 : Festival d’Annecy, Annecy, CICA, 1985.