Et si on regardait… Un rêve solaire

Posté par MpM, le 3 avril 2020

Bien sûr, par les temps qui courent, les offres cinématographiques ne manquent pas. A vrai dire, les propositions sont même si nombreuses qu'elles ont fait naître une nouvelle forme d'anxiété, celle de ne pas réussir à profiter de tous les films, mais aussi livres, expositions ou spectacles, disponibles gratuitement en ligne d'ici la fin du confinement. Parmi cette profusion d'oeuvres d'art qui valent évidemment toutes le déplacement (si l'on peut dire), on vous parle aujourd'hui d'un film exceptionnel, incontournable et tout simplement merveilleux, Un rêve solaire de Patrick Bokanowski.

Résultat de la réunion de deux courts métrages (Battements solaires et Un rêve), eux même nés du désir du cinéaste de rompre avec son travail précédent (acteurs portant des masques, images transformées par l'usage de verre soufflé ou de miroirs, tels qu'on peut le voir dans ses courts métrages La femme qui se poudre, Déjeuner du matin ou La plage, et dans son premier long métrage L'Ange), le film est un voyage nécessairement onirique dans différents espaces, temporalités et séquences qui sont moins assemblés dans une idée de narration que dans celle d'une logique inhérente aux images elles-mêmes.

Au départ, il y a une falaise sur laquelle s'écrasent les vagues, avec le soleil au zénith. A la fin, il y a des poussières d'étoiles. Entre les deux, des silhouettes dansent, des ombres mouvantes se projettent sur un mur, la mer scintille, des acrobates travaillent, des acteurs jouent, des mécanismes sont en action, un enfant rêve... Il est impossible de décrire cette succession de tableaux, de mouvements, de couleurs, qui défilent sous les yeux du spectateur, au son de la musique tantôt légère et lancinante, tantôt rythmique et entêtante de Michèle Bokanowski.

Il faut véritablement se laisser bercer, surprendre, interpeller, et souvent émerveiller par la poésie visuelle née de ces images savamment composées, construites par couches successives, et qui mêlent prise de vue continue (y compris des films super 8 issues des propres archives de Bokanowski), ombres projetées, encres liquides, feux d'artifice, pâte à modeler ou encore dessins sur pellicule. Ce qui se joue à l'écran tient à la fois d'une évocation hypnotique de l'incessant ballet entre l'ombre et la lumière, et d'une recherche plus impalpable sur le médium cinéma lui-même, avec des expérimentations formelles qui interrogent la teneur même de l'image (créée, déformée, recomposée...) et un jeu de mise en abyme qui inclut à plusieurs reprises le projecteur et la pellicule dans le plan.

Chance inestimable, la société d'édition Re:Voir proposera gratuitement le film en VOD sur son site le 7 avril prochain ! En effet, depuis le début du confinement, Re:Voir offre chaque jour une pépite issue de son formidable catalogue de films expérimentaux, en utilisant le code STAYHOME. Après des oeuvres de Len Lye, Vivian Ostrovsky, Virgil Widrich ou encore Maurice Lemaître, on pourra ainsi découvrir prochainement Paysages de Jacques Perconte, L'enfant secret de Philippe Garrel, Once every day de Richard Foreman, Sleepless night stories de Jonas Mekas ou encore Octobre à Madrid de Marcel Hanoun. Et si c'était justement l'occasion d'aller vers un cinéma singulier et rare qui nous emmène loin des sentiers cinéphiles (re)battus, exactement à l'image de la période ?

Et si on regardait… Thee Wreckers Tetralogy

Posté par MpM, le 27 mars 2020

Sorti en salles le 4 mars dernier, le programme Thee Wreckers Tetralogy regroupant 4 courts métrages du réalisateur Rosto a vu comme beaucoup d'autres son exploitation stoppée net par la fermeture des salles de cinémas dix jours plus tard. Excellente nouvelle : à l'occasion de la fête du court métrage, son producteur Autour de Minuit le propose exceptionnellement en vidéo à la demande jusqu'au 31 mars !

Pour les amateurs du cinéma si singulier de celui qui nous a quittés prématurément en mars 2019, comme pour ceux qui le découvriront à cette occasion, c'est une chance inestimable de se plonger dans l’univers si cohérent et foisonnant de l’artiste, peuplé de créatures à la fois humaines et monstrueuses. L’occasion rêvée d’entrer dans son oeuvre tentaculaire composée de films sélectionnés dans les plus grands festivals internationaux (Cannes, Ottawa, Clermont-Ferrand), mais aussi du roman graphique Mind my Gap et de la musique de son groupe The Wreckers, elle aussi disponible en ligne.

La tétralogie réunit quatre films tournés entre 2008 et 2018 (No place like Home, Lonely bones, Splintertime, Reruns, auxquels s’ajoute le documentaire Everything is different Nothing has changed)) qui mettent en scène les membres de The Wreckers dans un trip rock halluciné racontant la mort du groupe originel puis sa renaissance sous une forme virtuelle, Thee Wreckers. Chaque film commence où se termine le précédent, dans un esprit de cadavre exquis mental qui mêle cauchemars éveillés, fantômes, illusions, souvenirs et regrets.

On est ainsi face à une introspection intime dans les méandres d’un passé foisonnant, doublée d'un voyage hypnotique aux confins des “mondes rêvés” de Rosto, cet ailleurs fantomatique et punk où se projette son inconscient, et auxquels la combinaison de différentes techniques (prise de vues réelles, animation en volume, animation 3D) confère une esthétique reconnaissable entre mille. C’est tout simplement passionnant, brutal et sidérant, conduisant le spectateur à cesser de s’interroger sur ce qu’il voit pour profiter pleinement de l’intensité d’une expérience unique. Et pour prolonger la découverte, Autour de Minuit propose d'autres films de Rosto ainsi que des bonus sur sa chaîne youtube.

La grande traversée pour Albert Uderzo (1927-2020)

Posté par vincy, le 24 mars 2020

Le dessinateur Albert Uderzo est mort ce matin à l'âge de 92 ans. Créateur avec René Goscinny d'Astérix le gaulois, il est l'un des plus grands maîtres de la bande dessinée, assurément celui qui a connu le plus important succès éditorial dans le monde avec des albums francophones (380 millions d'exemplaires, dans plus de 110 langues). Il était entré au Hall of Fame Will Eisner, panthéon mondial des auteurs du 9e art.

Uderzo était influencé par le western spaghetti, les comédies burlesques du cinéma muet, Laurel et Hardy, et surtout les cartoons américains, à commencer par les dessins animés de Walt Disney. Tout cela - des gros plans au mouvement, des gags à la fluidité du récit - se retrouve dans Astérix, comme les héros du 7e art qu'il a croqués dans ses cases: Brigitte Bardot, Bernard Blier, Coluche, Sean Connery, Tony Curtis, Kirk Douglas, Jean Gabin, Charles Laughton, Stan Laurel et Oliver Hardy, Jack Lemmon, jean Marais, Aldo Maccione, Yves Montand, Raimu, Arnold Schwarzenegger, Pierre Tchernia, Peter Ustinov, Lion Ventura...

Patron de studio

Après avoir été déçu par la première adaptation d'Astérix en film d'animation par Belvision (Astérix le Gaulois), il avait, avec son compère scénariste, créé les studios Idéfix, qui assume aussi bien les films autour d'Astérix que ceux avec Lucky Luke. Il a réalisé Astérix et Cléopâtre en 1968 (1 951 615 entrées) et Les douze travaux d'Astérix en 1976 (2 202 481 spectateurs), qui était une histoire écrite pour le cinéma et non pas issue d'un album.  Ce premier studio d’animation européen, « contre toute rationalité budgétaire », s'arrête brutalement la mort de Goscinny en 1977.

Uderzo gardera un oeil sur toutes les autres adaptations, en animation comme en prises de vues réelles. Son attendues la série animée autour d'Idéfix et un Astérix en Chine par Guillaume Canet, Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu, avec Marion Cotillard et Gilles Lellouche.

Du cinéma à la télévision en passant par le jeu vidéo, Uderzo apparaît dans 35 génériques en tant qu'auteur. Astérix reste le héros de BD le plus populaire jusque sur les écrans. Le dernier film, Le secret de la potion magique, a attiré 4 millions de spectateurs en France et 3,5 millions à l'étranger.

Cartoon movie 2020 : deux longs métrages à découvrir en salles dès la rentrée

Posté par MpM, le 9 mars 2020

C'est l'un des petits bonheurs du Cartoon movie, dont la 22e édition se tenait du 3 au 5 mars à Bordeaux : découvrir en grande avant-première les images des longs métrages d'animation attendus sur nos écrans dans les mois à venir. Car si la majorité des présentations est consacrée à des projets qui n'en sont parfois qu'au stade de concept, quelques films terminés sont toujours de la partie, annonçant les grands temps forts de l'année.

Et quels temps forts !, puisque l'on a pu découvrir des extraits de La Traversée, le premier long métrage de la réalisatrice Florence Miailhe, connue pour ses courts métrages récompensée notamment d'un César (Au premier dimanche d'août en 2002), et d'une mention spéciale à Cannes (Conte de quartier en 2006), ainsi que  les vingt premières minutes de Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé, à qui l'on doit le très beau et poétique Tout en haut du monde, qui mettait déjà en scène une héroïne libre et débrouillarde dans un monde d'hommes, celui des explorateurs.

La Traversée de Florence Miailhe (sortie le 9 septembre 2020)


Après plus de douze ans de travail, Florence Miailhe et sa productrice Dora Benousilio (Les Films de l'Arlequin) étaient passablement émues de nous annoncer que, ça y est, La Traversée est terminé, prêt à commencer une belle carrière en festival, avant d'être dévoilé au grand public début septembre.

Situé dans un pays imaginaire et dans un contexte atemporel, mais faisant évidemment écho à l'Histoire du XXe siècle comme à l'époque contemporaine, le film suit Kyona et Adriel, deux enfants jetés sur les routes de l'exil, à la recherche d'un pays plus clément où vivre libres. On a pu découvrir des extraits de quelques séquences emblématiques, comme le moment où ils assistent, impuissants, à l'arrestation de leurs parents, ou leur traversée clandestine dans une barque de fortune qui les amène vers un inconnu bien incertain, à la merci de trafiquants d'êtres humains.

Visuellement, on est une nouvelle frappé de stupeur devant la profusion de couleurs vives qui donnent une tonalité très picturale aux premières scènes. Qu'il s'agisse du corsage jaune de Kyona ou des feuilles orangées des arbres au début de l'automne, tout semble étinceler de lumière et de vie. Au fil du périple, bien sûr, l'esthétique se modifie, comme lors de ce passage plus hivernal, dans une forêt recouverte de neige, qui joue au contraire sur le contraste entre le noir et le blanc, et nous offre un passage quasi abstrait pour représenter la tempête qui fait rage. Un autre plan magnifique montre le souffle chaud d'un chien qui fait tout à coup apparaître le visage de la jeune fille ensevelie sous la neige. Il faut enfin dire un mot des séquences nocturnes, qui jouent sur un camaïeu de teintes plus bleutées, comme voilées par l'obscurité.

Cet aperçu nous a par ailleurs permis de se faire une idée des différentes épreuves traversées par les deux enfants, mais aussi des moments de douceur qui malgré tout s'offrent à eux, et du mélange de solidarité et de compassion qui, parfois, les accompagne. On sent ainsi que le film ne se veut pas un drame larmoyant, mais plutôt une fresque flamboyante et vibrante qui réunisse en un même mouvement humaniste tous les migrants, exilés et autre réfugiés de l'Histoire, laissant le spectateur libre de dresser les parallèles qui s'imposent avec la situation actuelle.

Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé (sortie le 15 octobre)


Voilà peut-être le cadeau le plus frustrant de cette édition du Cartoon movie : nous montrer les 20 premières minutes de Calamity, puis interrompre la projection en nous demandant d'attendre octobre pour connaître la suite des aventures de sa jeune héroïne ! On en a en tout cas vu assez pour savoir que le film réunit tous les ingrédients pour séduire largement au-delà du cadre purement familial.

Rémi Chayé s'attache en effet à l'enfance de celle qui deviendra "Calamity Jane", et plus précisément à ce moment de bascule qui l'amène à prendre conscience de sa condition de femme. Les séquences d'exposition la montrent ainsi en compagnie des autres enfants du convoi qui travers l'Ouest sauvage pour rejoindre l'Oregon. Pendant que les garçons chevauchent parmi les chariots et surveillent le troupeau, elle marche durant des heures, et met ce temps à profit pour imaginer la vie de rêve qui les attend à destination. Mais voyant qu'il lui à la fois impossible d'aider son père blessé, et qu'en plus personne ne la prend au sérieux, la jeune adolescente s'impose en secret un entraînement intensif pour être capable de monter à cheval et de manier le lasso comme un homme.

Si le début du film semble aller à cent à l'heure, détaillant de manière assez classique la rivalité entre la jeune fille et le fils du chef, net écho de la rivalité de classe qui existe entre leurs pères, la suite du récit devrait se resserrer principalement sur elle, et sur le parcours initiatique qui l'amènera à se révéler. On est bien sûr curieux de voir si la narration trouvera alors un rythme moins précipité, mais quoi qu'il en soit on est déjà convaincu par les choix formels de Rémi Chayé et de son équipe.

Le réalisateur reprend en effet une partie de l'esthétique au coeur de Tout en haut du monde (vastes aplats de couleurs et absence de traits de contours) qui donne aux paysages l'aspect quasi impressionniste de vastes tâches de couleurs. Les plans rapprochés sur le visage décidé de la petite héroïne alternent également avec les plans larges et les amples mouvements de caméra sur les grands espaces que traversent les personnages. De quoi assurer la personnalité visuelle du film, entre simplicité de représentation et incitation à l'imaginaire, et assumer son héritage cinématographiques forcément mâtiné de westerns et de films d'aventures.

Cartoon Movie récompense le studio Xilam et les réalisatrices des Hirondelles de Kaboul

Posté par redaction, le 5 mars 2020

les hirondelles de kaboulLes Cartoon Movie Tributes récompensent chaque année une personnalité ou une société "ayant eu une influence dynamique et positive sur l’industrie européenne du long métrage d’animation."

La 22e édition se déroule à Bordeaux jusqu'à ce soir.

Zabou Breitman & Éléa Gobbé-Mévellec, pour Les Hirondelles de Kaboul, ont reçu le prix du Réalisateur européen de l'année. Le film, qui avait fait son avant-première à Un certain regard à Cannes et qui était en lice pour le César du long métrage d'animation, avait déjà gagné le prix de la Fondation Gan pour la distribution à Annecy et le Valois de Diamant du Festival du film francophone d'Angoulême.

Marjane Satrapi, Peter Lord ou encore Claude Barras ont reçu ce prix les années précédentes.

Le prix du Producteur européen de l’année est également revenu à l'animation française en récompensant Xilam, distingué en 2019 à Cannes (Grand prix de la Semaine de la critique) et aux César (meilleur long métrage d'animation, en plus d'une nomination aux Oscars, grâce à J'ai perdu mon corps.

Le prix du Distributeur européen de l’année a été décerné à la société belge Lumière, qui d'ailleurs distribué en Belgique J'ai perdu mon corps, mais aussi Funan.

Le meilleur de l’animation européenne se dévoile à Bordeaux

Posté par MpM, le 3 mars 2020

L'année dernière, on y découvrait les premières images de J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin et de l'Extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian, soit deux des films qui auront le plus marqués l'année cinéphile 2019 : le Cartoon Movie, rendez-vous européen des professionnels du film d'animation depuis 1999, voit ainsi passer chaque année les projets de longs métrages parmi les plus attendus du moment mais aussi ceux, parfois seulement au stade de concepts, qui figureront dans les grandes attentes de 2022, 2023... ou 2030.

Pour cette édition 2020, ce sont 66 projets de longs métrages d’animation en provenance de 20 pays européens qui seront présentés aux quelque 900 professionnels présents (producteurs, investisseurs, distributeurs, agents de vente, sociétés de jeux vidéos ou encore new media players). Si l'écrasante majorité est à l’état de concept ou en développement, 6 sont en production et 5 seront présentés en sneak preview, ce qui signifie qu'ils sont pratiquement terminés. Parmi ceux-là, on retrouve notamment Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé et La Traversée de Florence Miailhe, dont on vous parlait déjà l'an dernier, et qui pourrait (devrait ?) faire sa grande première sur la Croisette en mai prochain.

Parmi les autres projets qui attirent d'ores et déjà notre intérêt, il y a bien sûr le premier long métrage de Franck Dion (Cristal du meilleur court métrage à Annecy en 2016 avec Une tête disparait), L'héritage des Depanurge, destiné à un public adulte, et qui s'inspire des univers de Charles Dickens, Italo Calvino et Agatha Christie, ainsi que celui de Benoit Chieux (Tigres à la queue leu leu), Sirocco et le royaume des vents, un récit d'aventures familial co-écrit avec Alain Gagnol. On est évidemment curieux également de voir comment The Island d'Anca Damian, adaptation surréaliste de Robinson Crusoé en comédie musicale, pour le résumer rapidement, a évolué depuis sa présentation l'an dernier. Enfin, on est intrigué par They Shot the Piano Player de Fernando Trueba et Javier Mariscal (nommés aux Oscars pour Chico & Rita) et The Amazing Maurice, d’après le livre de Terry Pratchett Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants.

Les adaptations représentent d'ailleurs un pourcentage important des projets présentés (quasiment un tiers), avec des propositions aussi variées que Verte de Marie Desplechin et Magali Huche, Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb, L'ours et l'ermite de John Yeoman et Quentin Blake, Molesworth de Geoffrey Willans et Ronald Searle, Les Légendaires de Patrick Sobral ou encore Fille et loup de Roc Espinet.

A noter pour finir que le Luxembourg est le pays à l'honneur de cette 22e édition. Le Grand Duché est en effet terre d'animation, en co-production notamment sur des projets comme Le Sommet des Dieux ou Where is Anne Frank?, mais aussi sur des films déjà sortis tels que Funan, Pachamama, Parvana, une enfance en Afghanistan, Le voyage du Prince ou encore Les hirondelles de Kaboul.

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Cartoon Movie 2020
Du 3 au 5 mars
Informations sur le site de la manifestation

Animation: Prima Linea liquidée

Posté par vincy, le 1 mars 2020

Un choc avant le lancement du Cartoon Movie cette semaine à Bordeaux. Le studio Prima Linea, l'un des plus réputés dans l'animation, vient de fermer, selon les informations du Film Français. C'est d'autant plus un choc que le studio de production est nommé parmi les producteurs de l'année au Cartoon Movie pour La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti. Le film était en lice pour le César du meilleur long métrage d'animation et avait été présenté à Un certain regard au dernier festival de Cannes.

La société a été liquidée par le Tribunal de commerce de Paris le 7 février, 25 ans après sa création par Valérie Schermann et Christophe Jankovic. Le studio était à l'origine de films tels Loulou et autres loups, U, Zarafa, Loulou l'incroyable secret...

La fameuse invasion des Ours en Sicile aura eu raison des ambitions de Prima Linea. Le film a coûté 11 millions d'euros et n'a attiré qu'un peu plus de 400000 entrées dans le monde.

L'animation hors-Hollywood en crise

Cette faillite illustre une fois de plus le problème de l'animation. Secteur a priori porteur, les films qui ne répondent pas à des standards esthétiques (3D) ou marketing (public familial) souffrent : le public semble limité. Malgré ses prix, et même une nomination aux Oscars et un grand prix de la semaine de la critique à Cannes, J'ai perdu mon corps n'a pas dépassé les 160000 entrées en France. Les hirondelles de Kaboul a atteint les 320000 spectateurs. Pas assez pour être rentables.

Comme pour le cinéma de genre, les distributeurs ne parviennent pas à séduire le public pour des productions françaises, et les exploitants n'arrivent pas à positionner ces films.

Le film d'Hazanavicus pas menacé

Cet état des lieux assez sombre pour les producteurs indépendants de films d'animation, alors que les plateformes de streaming investissent de plus en plus dans le format et que les productions hollywoodiennes s'octroient plus que 80% de parts de marché (quand il y a un Astérix ou un Ghibli, sinon davantage), devra faire réagir les financeurs et l'ensemble de l'industrie. Nul ne doute que la faillite de Prima Linea envoie un message au Cartoon Movie et devra être débattu à Annecy en juin.

Lire aussi la tribune de Francis Gavelle: Vers un label "Animation"

Valérie Schermann et Christophe Jankovic poursuivent malgré tout l'activité de 3.0 Studio, studio prestataire à qui l'on doit La Tortue rouge, en collaboration avec le studio Ghibli, et qui prépare l'adaptation par Michel Hazanavicius du roman de Jean-Claude Grumberg, IBa plus précieuse des marchandises. Ils ont aussi fabriqué la séquence en animation 2D du film de Wes Anderson, The French Dispatch.

Berlin 2020: l’Ours d’or pour l’iranien Mohammad Rasoulof

Posté par vincy, le 29 février 2020

La 70e Berlinale, entre coronavirus menaçant et compétition décevante, s'est achevée. Au moins le public a répondu présent à cette édition, la première de l'ère post-Dieter Kosslick, avec Carlo Chatrian, ex-directeur artistique du Festival de Locarno, qui a transformé la Berlinale en un festival plus pointu (peut-être trop).

Les cinémas latino-américains, italiens et même français (surtout à travers les coproductions ont plutôt brillé dans les différents palmarès qui se sont succédés depuis hier.

C'est un choix politique et courageux d'avoir décerné l'Ours d'or au cinéaste iranien Mohammad Rasoulof. Le réalisateur, primé à Cannes en 2017 pour son film Un homme intègre, a été condamné en Iran le 23 juillet dernier à un an de prison ferme suivi de deux ans d'interdiction de sortie de territoire et d'interdiction de se livrer à une activité sociale et politique. Déjà, en 2011, il avait été condamné à un an de prison et en 2013, l'Iran lui avait déjà confisqué son passeport. Depuis septembre 2017, le cinéaste ne pouvait plus circuler librement, travailler et se rendre à l'étranger.

Malgré les interdictions qui le frappent et à l'instar de son compatriote Jafar Panahi, le réalisateur a pu tourner ce film assez long composé de quatre histoires avec Heshmat, Pouya, Javad et Bahram, quatre personnages face à des doutes et des dilemmes, qui sont incapables de tuer malgré le prix à payer.

10 ans après son Prix d'interprétation masculine au 63e Festival de Cannes pour La nostra vita, Elio Germano est sacré à Berlin. Et 5 ans après son Léopard d'or au Festival international du film de Locarno pour Un jour avec, un jour sans, Hong Sang-soo repart avec l'Ours du meilleur réalisateur. Enfin, la réalisatrice américaine Eliza Hittman, révélée avec Beach rats à Sundance, il y a trois ans, repart avec le Grand prix du jury.

Compétition

Ours d'or: Sheytan vojud nadarad (There Is No Evil) de Mohammad Rasoulof
Grand prix du jury: Never Rarely Sometimes Always d'Eliza Hittman
Ours d'argent du meilleur réalisateur: Hong Sang-soo pour Domangchin yeoja (La femme qui court)
Prix d'interprétation féminine: Paula Beer dans Undine de Christian Petzold
Prix d'interprétation masculine: Elio Germano dans Volevo nascondermi (Hidden Away) de Giorgio Diritti
Prix du scénario: Favolacce (Bad Tales) de Damiano et Fabio D'Innocenzo
Prix du jury : Effacer l’historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Contribution artistique: Le directeur de la photo Jürgen Jürges pour DAU. Natasha de Ilya Khrzhanovskiy et Jekaterina Oertel

Section Encounters
Meilleur film: The Works and Days (of Tayoko Shiojiri in the Shiotani Basin) de C.W. Winter et Anders Edström
Prix spécial du jury: The Trouble With Being Born de Sandra Wollner
Meilleur réalisateur: Cristi Puiu pour Malmkrog
Mention spéciale pour la réalisation: Matias Piñeiro pour Isabella

Sélection officielle

Prix du meilleur documentaire: Irradiés (Irradiated) de Rithy Panh
Mention spéciale du jury documentaire: Aufzeichnungen aus der Unterwelt (Notes from the Underworld) de Tizza Covi et Rainer Frimmel

Prix du meilleur premier film : Los conductos de Camilo Restrepo
Mention spéciale du jury premier film: Nackte Tiere (Naked Animals) de Melanie Waelde

Audi Short Film Award (court métrage): Genius Loci de Adrien Mérigeau
Ours d'or court métrage: T de Keisha Rae Witherspoon
Ours d'argent court métrage: Filipiñana de Rafael Manuel

Section Panorama
Prix du public fiction: Otac (Father) de Srdan Golubovic
- 2e place: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat
- 3e place: Hap (Hope) de Maria Sødahl
Prix du public documentaire: Welcome to Chechnya de David France
- 2e place: Saudi Runaway de Susanne Regina Meures
- 3e place: Petite fille (Little Girl) de Sébastien Lifshitz

Teddy Award
Meilleur film: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat
Meilleur documentaire: Si c’etait de l’amour (If it Were Love) de Patric Chiha
Meilleur court métrage: Playback, Ensayode una despedida d'Augustina Comedi
Prix du jury: Rizi (Days) de Tsai Ming-Lang
Prix du public: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat

Section Generation Kplus (jeunesse)
Meilleur film: Sweet Thing d'Alexandre Rockwell
Mention spéciale: H Is for Happiness de John Sheedy,
Meilleur court métrage : El nombre del hijo (The Name of the Son) de Martina Matzkin
Mention spéciale: El sghayra (Miss) d'Amira Géhanne Khalfallah

Section Generation Kplus (international)
Meilleur film: Los Lobos (The Wolves) de Samuel Kishi Leopo
Mentions spéciales: Mignonnes (Cuties) de Maïmouna Doucouré ; Mamá, mamá, mamá (Mum, Mum, Mum) de Sol Berruezo Pichon-Rivière
Meilleur court métrage: El nombre del hijo (The Name of the Son) de Martina Matzkin
Mention spéciale: The Kites de Seyed Payam Hosseini

César 2020: « Les Misérables » triomphe

Posté par vincy, le 28 février 2020

Florence Foresti a ouvert cette cérémonie pas comme les autres, avec Tchéky Karyo, qui ne s'est pas "rasé depuis Nikita". La 45e cérémonie des "connards, euh des César" a commencé avec un film court où elle parodie le Joker, personnage qui, rappelons-le, tente de faire rire en se croyant fait pour le stand-up.

Comme quoi le cinéma américain est toujours plus inspirant pour les ouvertures de cette soirée annuelle. Mais il fallait bien chauffer la salle depuis que ces César étaient menacés de gel. "Ça va la diversité? Vous vous êtes crus à la MJC de Bobigny. ici, c'est l'élite, on dégage".  Une polémique de moins. "Je suis très heureuse d'être là... enfin non... je suis très courageuse. Elle a bien choisi son année pour revenir la Foresti", balance-t-elle. "On est sur du rire bio".

Brillante, évidemment, elle s'est moquée de l'époque avec son autodérision habituelle (blackface et salut nazi): "Il semblerait que je sois blanche, hétéro, d'héritage chrétien. C'est pas grave!" Mais évidemment on l'attendait sur J'accuse -" douze moments où on va avoir un souci". Et elle s'en est bien sortie, avouons-le. Piquant avec humour Céline Sciamma et son équipe à 80% féminine, loin des objectifs du collectif 50/50. Du coronavirus à la bite de Benjamin Griveaux, toute l'actu y est passée pendant la cérémonie. Jusqu'à se payer l'Académie: "Y a plus de patron, c'est pas une intérim qui va m'arrêter". Jusqu'à rencontrer Isabelle Adjani dans un sketch filmé. Rappelons que Foresti avait fait il y a 5 ans une parodie de la star qui est devenue culte. Et Adjani de jouer les fausses folles, reprenant ainsi le sketch télévisuel de Foresti.

Sandrine Kiberlain a alors ouvert la soirée en tant que présidente. "Heureuse et touchée" d'être présidente de cette cérémonie, "la dernière d'une époque, la première d'une nouvelle", elle a pesé chacun de ses mots et clamé un discours résolument féministe. Un discours très social aussi  "Je crois profondément aux vertus de la crise" affirme-t-elle, citant Victor Hugo, mai 68, mais aussi des films oubliés par les nominations comme Les invisibles, C'est ça l'amour et Tu mérites un amour. Classe.

Moins convaincants, les discours des remettants, trop insistants, maladroits, parfois lourds ou plombants (on ne le dira jamais assez: l'écriture est le parent pauvre du cinéma), ou alors complètement insipides. Dommage parce que ça allait dans le bon sens de l'inclusion et de la diversité. Au final, beaucoup d'intermèdes étaient trop longs et assez vains. Il a fallu attendre deux heures et demi pour passer aux catégories reines. Imaginez notre supplice. Heureusement, il y a eu le bel hommage à Agnès Varda, en chanson, en voix et en images.

La diversité, l'égalité et la mixité étaient pourtant sur scène, notamment avec beaucoup de femmes lauréates (y compris dans les métiers techniques). Les remettants, bien sûr, mais aussi du côté des lauréats avec la belle double victoire Papicha. Ce n'est pas la seule réalisatrice couronnée puisque Yolande Zauberman a été primée côté documentaires, succédant à Agnès Varda et Mélanie Laurent dans cette catégorie essentiellement masculine. Et le court métrage a récompensé une co-réalisatrice (Lauriane Escaffre).
Avec sa nouvelle règle, le César du public a échappé à Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu?, champion du box office, au profit des Misérables de Ladj Ly.

C'est une fois de plus le festival de Cannes qui cartonne avec J'ai perdu mon corps, La belle époque, Roubaix une lumière, Portrait de la jeune fille en feu, Parasite, Alice et le maire, Les Misérables et Papicha parmi les vainqueurs. Il n'y a pas eu de vrais perdants parmi les multi-nommés. C'est même plutôt un palmarès plutôt équilibré. Et de Roschdy Zem à Anaïs Demoustier en passant par Fanny Ardant et Swann Arlaud, les remerciements étaient beaux, les prix mérités.

Mais c'est bien Roman Polanski, récompensé personnellement par deux César dont celui de la réalisation, qui aura fait un bras d'honneur à tous.  On aurait tellement aimé, pour le symbole, que Céline Sciamma, soit distinguée. Les professionnels ont finalement fait de la résistance en séparant l'homme de l'artiste. Mais c'est quand même une provocation ce César pour Polanski (certes pas le premier). Un "symbole mauvais" comme anticipait le ministre de la Cuture. Adèle Haenel en a quitté la salle. Elle qui a tout bousculé, ouvert la voie, donner de la voix aux femmes, aura finalement été humiliée par les votants de l'Académie. D'autres personnes, dont Céline Sciamma, la suivent en criant "Quelle honte !". Un silence glacial paralyse la salle. Florence Foresti balance un "écoeurée" sur Instagram.

Heureusement, le seul vainqueur est un premier film venue de la banlieue, métissé et certes très masculin. Les Misérables, et son petit budget, a été récompensé quatre fois et sacré par le prix meilleur film. Le cinéma français, terre de contrastes et de contradictions...

Palmarès

César du meilleur film : Les Misérables
César de la meilleure réalisation : Roman Polanski pour J'accuse
César du meilleur premier film : Papicha de Mounia Meddour
César du film d'animation (long métrage) : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin
César du film d'animation (court métrage) : La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel
César du meilleur film documentaire : M de Yolande Zauberman
César du meilleur court métrage : Pile poil de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller
César du public : Les Misérables
César du meilleur film étranger : Parasite de Bong Joon-ho

César de la meilleure actrice : Anaïs Demoustier dans Alice et le maire
César du meilleur acteur : Roschdy Zem dans Roubaix, une lumière
César du meilleur second-rôle féminin : Fanny Ardant dans La belle époque
César du meilleur second-rôle masculin : Swann Arlaud dans Grâce à Dieu
César du meilleur espoir féminin: Lyna Khoudri dans Papicha
César du meilleur espoir masculin: Alexis Manenti dans Les Misérables

César du meilleur scénario original : Nicolas Bedos pour La belle époque
César de la meilleure adaptation: Roman Polanski et Robert Harris pour J'accuse, d'après le roman D. de Robert Harris
César de la meilleure musique : Dan Levy pour J'ai perdu mon corps
César de la meilleure photo : Claire Mathon pour Portrait de la jeune fille en feu
César du meilleur montage : Flora Volpelière pour Les Misérables
César des meilleurs décors: Stéphane Rozenbaum pour La belle époque
César des meilleurs costumes: Pascaline Chavanne pour J'accuse
César du meilleur son : Nicolas Cantin, Thomas Desjonquières, Raphaël Mouterde, Olivier Goinard et Randy Thom pour Le Chant du loup

Berlin 2020 : Avec En avant, Pixar fait du sur-place

Posté par MpM, le 21 février 2020

La Berlinale, que l'on a connue moins frileuse concernant le cinéma d'animation (ours d'or ex-aequo pour Le voyage de Chihiro de Miyazaki en 2002, prix de mise en scène pour l'Ile aux chiens de Wes Anderson en 2018, sélection officielle pour Have a nice day de Liu Jian en 2017), présente hors compétition le nouveau film de Pixar, En avant de Dan Scalon, qui sortira en France le 4 mars prochain.

Au risque de décevoir les fans du studio, disons d'emblée que ce n'est pas une excellente cuvée. Certes, une fois revenus du choc d'un design personnages plutôt moche, on se laisse emporter par les aventures de ces deux frères elfes qui, ayant très peu connu leur père décédé (et même pas du tout pour l'un d'entre eux), ont enfin la chance de passer une journée avec lui. On n'a guère le choix, de toute façon, tant le film, tonitruant et presque hystérique, nous abreuve en continu d'un flot d'action, de rebondissements et de péripéties.

Un réflexe pavlovien fait que l'on adhère à une partie du récit, malgré le prétexte microscopique de départ (le père magicien a laissé des instructions plus qu'incomplètes pour sa résurrection temporaire, lançant ses fils - quelle surprise - dans une quête frénétique), parce que le mélange conte initiatique, univers magique et double dose d'émotion est un cocktail savamment maitrisé par les scénaristes. Il faut d'ailleurs être honnête : on est effectivement ému à plusieurs reprises par cette histoire extrêmement familiale, et surtout par la relation qui unit les deux frères, dont l'ainé s'avère le vrai personnage principal, bien plus intéressant que le cadet complexé-froussard-et-timide-qui-finit-par-se-révéler-en-cours-de-film déjà vu cent fois.

Question de point de vue

Il est peut-être symptomatique, néanmoins, que ce soit ce dernier qui soit présenté comme le héros et narrateur de l'intrigue, au lieu de Barley, le rêveur passionné par le passé, la magie et tout ce qui réenchante le monde. Comme si, symboliquement, Ian représentait la sécurité d’une histoire proprette qui rassemble, alors que Barley représentait le risque (très mesuré, on vous rassure) de sortir un peu des sentiers battus en allant à fond dans les codes du jeu de rôle et de l'heroic fantasy, ici brossés à grands traits stéréotypés et souvent narquois.

Ce film-là nous aurait surpris, déstabilisés peut-être, et surtout nous aurait contraints, sans obligation de résultats, à le suivre en terrain inconnu, non balisé, entièrement sien. Mais sans doute cela n'aurait pas été assez à l'image de ce que Pixar semble désormais chercher à faire, du divertissement mainstream qui n’en finit plus d’appliquer les mêmes recettes. Les touches de fantaisie sont donc savamment contrôlées, presque cosmétiques, au service d'une histoire qui ronronne : la quête est nécessairement intime (permettant au personnage de réaliser des choses sur lui-même), son issue compte moins que le voyage accompli, les blessures du passé seront refermées, et tout le monde sera joyeusement réconcilié à la fin. Pas une étape qui ne soit "obligée", dictée par on ne sait quel guide en scénario pour film familial à haut potentiel de box-office.

Si Pixar n'avait pas réussi par le passé à nous faire étrangement vibrer avec des histoires novatrices, souvent audacieuses, brillamment écrites, probablement qu’on ne lui en voudrait pas autant de ne plus chercher à nous étonner et à nous emporter. Mais en l'état, c'est comme si le studio nous servait de la bonne cuisine standardisée après nous avoir régalée de petits plats maison créés rien que pour nous. Est-ce vraiment là le cinéma familial que l'on souhaite, reposant sur l'éternel même équilibre entre émotion et comédie, action et introspection ? Où est la poésie de Wall-E ? Qu'est-il advenu du grain de folie de Ratatouille et de l'ironie de Là-Haut ?

Et à quand un nouveau souffle dans le cinéma d'animation grand public issu des studios, à commencer par des designs moins formatés, des formes plus singulières, et des histoires renouvelées, c'est-à-dire qui s'affranchissent de la nécessité d'être toujours édifiantes, initiatiques ou pédagogiques, ou qui au contraire tentent de regarder le monde en face  ? Hormis le deuil, qui est bien souvent résolu par le cheminement du personnage principal, on aimerait voir plus souvent des thèmes graves ou sensibles, des questions contemporaines et des enjeux concrets de société traités par les blockbusters animés hollywoodiens. Après tout, les rares incursions dans le domaine ont jusque-là plutôt été des succès : Pixar et les autres devraient avoir une plus grande confiance dans leur propre talent.