A Rennes, l’animation française à la fête

Posté par MpM, le 21 avril 2019

Créé par l’AFCA (Association Française du cinéma d’animation), le Festival national du film d’animation qui débute mercredi célébrera sa 25e édition avec un programme mêlant courts et longs métrages, mais aussi des rencontres et un volet professionnel.

Installé à Bruz en 2010, puis à Rennes depuis 2018, le Festival met en valeur la richesse et la diversité de l'animation française. La France se situe en effet au 3e rang mondial (derrière les États-Unis et le Japon) et au 1er rang européen de la production d'animation, avec une part de 40%. Sa production audiovisuelle s’élevait en 2017 à 353 heures.

L'animation connait également un beau succès en salles, puisqu'en 2017, elle représentait plus de 16% de la fréquentation (soit 31 millions d'entrées). D'où la nécessité, portée par l'AFCA, d’accompagner cette dynamique et de proposer une réflexion sur les nouveaux usages et enjeux de l'animation, tout en accompagnant l’émergence de la relève.

On portera donc une attention toute particulière à la compétition de courts métrages qui est composée de 43 films étudiants (sur 74). Parmi les œuvres sélectionnées, on vous recommande notamment Le déterrement de nous (An excavation of us) de Shirley Bruno (du Fresnoy), Les lèvres gercées de Fabien Corre et Kelsi Phung (Gobelins) ou encore The stained club de Simon Bouvly, Marie Ciesielski, Alice Jaunet, Mélanie Lopez, Chan Stephie Peang et Béatrice Viguier (Supinfocom Rubika).

Parmi les films professionnels, on retrouve des films et des cinéastes déjà bien identifiés comme Jonathan Hodgson avec son dernier film Roughouse, Nara Normande pour Guaxuma, Boris Labbé pour La Chute, Bruno Tondeur pour Sous le cartilage des côtes, Vergine Keaton et son incontournable Le Tigre de Tasmanie et Osman Cerfon, multi-récompensé pour Je sors acheter des cigarettes. En panorama, on retrouve à la fois des clips, des films jeune public, des séries jeunesse, des films bricolés, et WTFrance qui réunit "le meilleur du pire" de l'animation.

Enfin, du côté du long métrage, c'est le très attachant Virus tropical de Santiago Caicedo qui fera l'ouverture, tandis que le meilleur de l'animation française des derniers mois sera présenté, de Funan de Denis Do à Wardi de Mats Grorud en passant par Samouni road de Stefano Savona.

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25e Festival national du film d'animation à Rennes
Du 24 au 28 avril
Informations et programme sur le site de la manifestation

Cannes 2019: les courts métrages en compétition et la sélection Cinéfondation

Posté par MpM, le 19 avril 2019

Cette année, le comité de sélection du Festival de Cannes a reçu 4240 courts métrages pour la course à la Palme d'or et 2000 pour la Cinéfondation (la compétition des films d'école). Dans la dernière ligne droite, ils sont respectivement 11 et 17 à avoir obtenu leur ticket pour la Croisette. Des chiffres vertigineux, qui témoignent de l'énorme travail réalisé par les équipes de sélection.

Dans la compétition courts métrages, on note une augmentation du nombre de films sélectionnés (ils étaient seulement 8 en 2018 et 9 en 2011). Côté nationalité, on remarque deux entrées françaises : le documentaire Le Grand saut de Vanessa Dumont et Nicolas Davenel et le film d'animation L'Heure de l'ours d'Agnès Patron (qui avait coréalisé Chulyen, histoire de Corbeau avec Cerise Lopez en 2015) et deux coproductions avec la France : The Van de Erenik Beqiri (Albanie) et La distance entre nous et le ciel de Vasilis Kekatos, à qui l'on doit également Le silence des poissons mourants (Grèce). Les autres pays en lice sont l'Argentine (avec deux films), les États-Unis (avec une star derrière la caméra, Chloë Sevigny), la Finlande, Israël, la Suède et l'Ukraine.

De son côté, la Sélection Cinéfondation a choisi 14 fictions et 3 animations venues principalement de l’Europe Centrale et Orientale, et dont six écoles sont invitées pour la première fois (Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Autriche, Pologne...). La France est présente avec deux films : Mano a mano de Louise Courvoisier (CinéFabrique) et Rosso : a true lie about a fisherman d'Antonio Messana (La Fémis).

La Palme d'or sera remise par le jury présidé par Claire Denis lors de la cérémonie de clôture du festival. Les trois Prix de la Cinéfondation seront remis (toujours par le jury de Claire Denis) lors d’une cérémonie précédant la projection des films primés le jeudi 23 mai.

Courts métrages

THE VAN de Erenik BEQIRI (Albanie, France)
ANNA de Dekel BERENSON (Ukraine, Royaume-Uni, Israël)
LE GRAND SAUT de Vanessa DUMONT et Nicolas DAVENEL (France)
LA DISTANCE ENTRE NOUS ET LE CIEL de Vasilis KEKATOS (Grèce, France)
ALL INCLUSIVE de Teemu NIKKI (Finlande)
WHO TALKS de Elin ÖVERGAARD (Suède)
L’HEURE DE L’OURS d'Agnès PATRON (France)
BUTTERFLIES de Yona ROZENKIER (Israël)
MONSTRE DIEU d'Agustina SAN MARTÍN (Argentine)
WHITE ECHO de Chloë SEVIGNY (Etats-Unis)
LA SIESTA de Federico Luis TACHELLA (Argentine)

Cinéfondation

AMBIENCE de Wisam AL JAFARI (Dar al-Kalima University College of Arts and Culture, Palestine)
MANO A MANO de Louise COURVOISIER (CinéFabrique, France)
ONE HUNDRED AND TWENTY-EIGHT THOUSAND de Ondrej ERBAN (FAMU, République Tchèque)
JEREMIAH de Kenya GILLESPIE (The University of Texas at Austin, États-Unis)
PURA VIDA de Martin GONDA (FTF VŠMU – Film and Television Faculty, Academy of Performing Arts, Slovaquie)
ADAM de Shoki LIN (Nanyang Technological University, Singapour)
NETEK de Yarden LIPSHITZ LOUZ (Sapir College, Israël)
SOLAR PLEXUS de David MCSHANE (NFTS, Royaume-Uni)
ROSSO : A True Lie About a Fisherman de Antonio MESSANA (La Fémis, France)
AS UP TO NOW de Katalin MOLDOVAI (Budapest Metropolitan University, Hongrie)
FAVOURITES de Martin MONK (Filmakademie Wien, Autriche)
ROADKILL de Leszek MOZGA (University of the Arts London, Royaume-Uni)
THE LITTLE SOUL de Barbara RUPIK (PWSFTviT, Pologne)
HIEU de Richard VAN (CalArts, États-Unis)
BAMBOE de Flo VAN DEUREN (RITCS, Belgique)
COMPLEX SUBJECT de Olesya YAKOVLEVA (St. Petersburg State University of Film and Television, Russie)
ALIEN de YEON Jegwang (Korea National University of Arts, Corée du Sud)

Cartoon movie 2019 : 9 projets à suivre, signés Claude Barras, Anca Damian, Sébastien Laudenbach ou encore Mirai Mizue

Posté par MpM, le 21 mars 2019

L'un des indicateurs pour évaluer l'aura d'un projet présenté au Cartoon movie est le nombre d'acheteurs présents lors de sa présentation. Cette année, on retrouve assez classiquement dans le "top 10" des projets à destination du jeune public, comme Terra Willy d'Eric Tosti, sur la découverte d'une planète inconnue, sa faune et sa flore, ainsi que ses dangers, par un jeune garçon échoué là après un accident (sortie le 3 avril), ou Le secret des mésanges d'Antoine Lanciaux (Neige et les arbres magiques), 6e long métrage de Folimage qui mêle question des origines et aventures archéologiques.

Les adaptations figurent également en très bonne place de ce classement, avec notamment La Ballade de Yaya, inspiré de la bande dessinée de Jean-Marie Omont et Golo Zhao ; Where is Anne Franck ? d'Ari Folman (Valse avec Bashir, Le Congrès) qui met en scène Kitty,  l'amie imaginaire d'Anne Franck, dans l'Europe contemporaine ; ou encore Dino Mite de David Nasser, tiré d'une collection de livres jeunesse allemands, Minus Drei de Ute Krause. Des films qui semblent bien sur les rails, et dont on devrait vous reparler prochainement.

En attendant, nous avons privilégié des projets souvent encore au stade de concept, parfois complètement fous, ou tout simplement singuliers et prometteurs, que nous suivrons envers et contre tout, et dont nous avions très envie que vous les attendiez avec nous !

Ghostdance de Kim O'bomsawin, Nicolas Blies et Stéphane Hueber-Blies (a_Bahn & Melusine Productions, Terre Innue & URBANIA)

Connaissez-vous les films à impact social ? Ce cinéma engagé, qui s'accompagne de campagnes de sensibilisation et d'information, est la spécialité de la compagnie luxembourgeoise a_Bahn à qui l'on doit notamment le film Zéro Impunity qui combat l'impunité des violences sexuelles dans les conflits armés.

Leur nouveau projet, Ghostdance, s'attaque au féminicide, à travers le constat révoltant que 1250 femmes autochtones ont disparu au Canada en 30 ans, dans une indifférence criminelle, ce qui à l'échelle de l'Union européenne, équivaudrait à 1,8 millions de disparitions. L'histoire suivra donc une jeune fille hantée par l'esprit d'une jeune femme disparue dont elle ignore tout. Basé sur des faits réels, et développé en lien avec les communautés autochtones du pays, le film empruntera la forme de l'enquête intime, et devrait d'adresser à un public plutôt adulte et adolescent.

Journey to the west de Mirai Mizue (Miyu Productions, New Deer)

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le travail du réalisateur japonais Mirai Mizue, disons que l'un des adjectifs qui revient fréquemment pour qualifier son travail est "psychédélique". On est d'autant plus excité à l'idée de voir son cinéma coloré, formel et abstrait s'épanouir dans un format de long métrage, adapté qui plus est du récit légendaire chinois du XVIe siècle,  La Pérégrination vers l’Ouest de Wu Cheng-En, qui met en scène la quête personnelle du Roi Singe.

Le projet en est encore au stade de concept, mais le trailer survitaminé au trait presque naïf est déjà extrêmement prometteur. Les scénaristes Patricia Mortagne et Sébastien Tavel, qui ont notamment écrit Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbe-Mevellec, d'après Yasmina Khadra, travaillent actuellement sur une première version du scénario. Hugo de Faucompret et Arnaud Tribout ont quand à eux rejoint la direction artistique des décors. Inutile de dire que l'on attendra le temps qu'il faudra pour découvrir ce film forcément singulier.

Linda veut du poulet de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach (Dolce Vita Films)

Après La jeune fille sans mains, Sébastien Laudenbach est de retour en duo avec Chiara Malta pour un projet caractérisé par un joyeux chaos et des personnages hauts en couleurs qui défient l'ordre et la morosité. Après avoir injustement puni Linda, sa mère accepte, pour se faire pardonner, de lui faire la spécialité de son père disparu, un poulet aux poivrons. Mais en pleine grève générale, suivre une simple recette de cuisine n'est pas de tout repos.

Avec ses couleurs acidulées et sa liberté visuelle, Linda veut du poulet s’annonce comme une comédie pop, burlesque et tendre. On aime notamment la très belle idée de choix esthétiques changeant en fonction de l'échelle de plan, les personnages devenant de plus en plus stylisés quand on s'éloigne, jusqu'à ne plus ressembler en plan large qu'à des pastilles de couleur. Un film pour toute la famille, attendu en mai 2021.

Mars express de Jérémie Périn (Everybody on Deck)

Etes-vous prêts pour le premier polar martien ? C'est à un véritable film de science fiction, situé au XXIIIe siècle, dans un monde en déliquescence, que propose Jérémie Périn, à qui on doit entre autres la série Last Man. Alors que les robots ont permis la colonisation du système solaire, tout le monde est devenu riche, à l'exception des travailleurs confinés sur terre.

Sur une trame d'enquête classique (deux détectives cherchent une jeune fille qui a disparu), le film explore des enjeux futuristes pas si éloignés de nous, comme l'émancipation et le soulèvement des robots. Soit un mélange de Raymond Chandler et de Philip K. Dick qui semble rendre possible toutes les audaces narratives.

Of unwanted things and people de David Súkup, Ivana Laucíková, Leon Vidmar & Agata Gorzadek

Avant même d'être terminé, Of unwanted things and people cumule déjà les prix ! Le projet a en effet gagné en 2018 le prix du pitch pour un long métrage d'animation au CEE Animation Forum ainsi q'un prix du public. Lors du Cartoon Movie 2019, il s'est vu remettre le Prix Eurimages au développement de la coproduction (quatre pays sont déjà impliqués : la république tchèque, la Slovaquie, la Slovénie et la Pologne).

De belles fées qui se penchent sur le berceau de ce long métrage adapté de nouvelles populaires en Pologne, signées Arnost Goldflam. Le fil directeur de l'intrigue sera les récits que se racontent trois cousins, avec l'aide de leur grand-père, peu de temps après la mort de leur grand-mère, et qui tous aborderont des questions liées au monde de l'enfance.

Planète de Momoko Seto (Ecce Films)

Dans la continuité de sa série des "Planètes", dans laquelle elle utilise des éléments comme le sel ou des oranges moisies pour recréer des planètes extraterrestres, la réalisatrice Momoko Seto propose un film de science fiction au niveau micro dans lequel des graines de pissenlit (nommées akènes) partent en quête d'une nouvelle terre.

Non seulement le projet s'inscrit pleinement dans la question des migrations contemporaines, mais il promet aussi des scènes époustouflantes comme le Big Bang ou la naissance de la voie lactée. On est subjugué par la beauté des images proposées, de même que par l'inventivité illimitée de la réalisatrice pour qui tout minéral, végétal ou même animal microscopique devient tour à tour un monstre, une espèce extraterrestre ou un décor intergalactique.

Saules aveugles, femme endormie de Pierre Földes (Cinéma Defacto, Miyu productions)

Nous vous avions déjà parlé de cette adaptation la plus excitante du moment, celle de six nouvelles d'Haruki Murakami par Pierre Földes, le fils du réalisateur Peter Földes. Frappé par l'originalité du style de l'écrivain, Pierre Földes lui a envoyé ses courts métrages pour le convaincre qu'il pouvait adapter l'un de ses récits. Murakami lui a alors proposé de choisir parmi ses nouvelles.

Après avoir pensé un temps à les adapter de manière successive, le réalisateur a finalement décidé de créer des liens entre les différents récits pour former une histoire cohérente. On y croisera notamment des personnages subissant des "tremblements de terre intérieurs" leur ouvrant les yeux "sur les vérités qu'ils se cachent". Le teaser découvert au Cartoon, avec ses superbes aplats de couleurs et ses personnages aux visages si expressifs, donne très envie d'en voir plus. Il faudra pourtant patienter, la production commençant seulement à l'été 2019.

Sauvages ! de Claude Barras (Prélude, Hélium Films)

Après l'immense succès de Ma vie de Courgette, Claude Barras est de retour avec un projet de long métrage mêlant plusieurs techniques, dont la stop motion, pour raconter une amitié touchante entre un bébé orang-outan et une fillette qui veut le sauver des braconniers.

En situant l'action à Bornéo, au cœur de la forêt primaire, le réalisateur dénonce la politique de déforestation intense (pour la plantation de palmiers à huile ou l'exploitation minière) et la chasse illégale qui ont mené à la disparition de près de la moitié des orangs-outans de l'île en vingt ans. Une oeuvre engagée dont le but assumé est de donner l'envie d'agir.

The island d'Anca Damian (Aparte Films)

Egalement présente à Bordeaux avec son nouveau long métrage Le Voyage fantastique de Marona attendu dans le courant de l'année, Anca Damian avait déjà un autre projet à présenter aux professionnels du Cartoon. Encore à l'état de concept (bien avancé, cela dit, vu ce que la réalisatrice nous a montré de son animatique), The island est une forme de comédie musicale inspirée de Robinson Crusoé, sur fond de crise des réfugiés.

En terme d'esthétique et de tonalité, les influences revendiquées sont notamment le court métrage suédois Min borda (The burden) de Niki Lindroth von Bahr et le film culte Yellow submarine de George Dunning. Anca Damian cherche ainsi une esthétique réaliste qui tire vers le surréalisme, bien en germe dans les images qu'elle a montrées lors de la présentation. Face à un tel projet, la question n'est pas tant de déterminer s'il se fera, que de savoir quand on pourra le découvrir...

Cartoon movie 2019 : trois longs métrages attendus en 2019

Posté par MpM, le 18 mars 2019

Heureusement, le Cartoon Movie n'est pas seulement ce lieu de frustration où sont présentés des projets prometteurs qu'il faudra ensuite attendre pendant des années. C'est aussi l'occasion d'avoir un avant-goût de films terminés, que l’on découvrira dans les semaines ou les mois à venir, en festivals ou même en salles. En montrer quelques minutes permet à la fois de faire naître (ou de confirmer) les attentes et de « prendre la température » des spectateurs constitués exclusivement de professionnels. Le cri de désappointement collectif lorsque s’est brutalement interrompue la projection du début de Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo en dit par exemple assez long sur la frustration ressentie par le public. Ça tombe bien, puisque le film arrive sur nos écrans le 19 juin.

Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo


Nous vous avions déjà parlé l’an passé lors du précédent Cartoon Movie de ce projet qui mêle animation et images d’archives pour raconter la genèse du film Terre sans pain de Luis Bunuel. Il s'agit du seul documentaire du cinéaste, tourné dans la région très pauvre des Hurdes au printemps 1932, grâce à l'argent gagné à la loterie nationale par son ami Ramon Acin. Le projet de Bunuel est de montrer sans fard ni surenchère la misère endémique de la région. Le film sera censuré en Espagne (accusé de donner une vision misérabiliste du pays) puis diffusé dans une version intégrale en 1965.

Bunuel après l'âge d'or, adapté d'un livre de Fermin Solis, commence après le scandale créé par la projection du chef d'oeuvre du surréalisme à Paris. Bunuel, rejeté de toute part, se lance alors dans un projet radicalement différent qu'il nommera "essai cinématographique de géographie humaine". Ce que l'on a vu du long métrage de Salvador Simo privilégie une forme de légèreté et d'humour, notamment dans le personnage haut en couleurs de Bunuel. Les rêves fantastiques du cinéaste s'incarnent également dans des séquences oniriques prometteuses. De quoi trancher avec la noirceur de la réalité qui apparaît à la fois dans la partie fictionnelle, et dans les images d'époque.

Le film explore ainsi cette période charnière dans l'oeuvre de Bunuel et notamment sa confrontation avec les réalités sociales les plus cruelles de son pays au moment même où il cherche à comprendre qui il est vraiment, et dans quelle direction il souhaite aller.

Le voyage fantastique de Marona d'Anca Damian


Autre film dont nous avions découvert les premières images en 2018, L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian (Le voyage de M. CrulicLa montagne magique) est attendu dans les salles à l'automne prochain. Nous avons déjà eu l'occasion de vous dire la fresque virtuose et intense qu'il devrait être, portée par l’incroyable inventivité de sa réalisatrice et le talent graphique de l'illustrateur Brecht Evens, créateur des personnages et consultant sur la création graphique. Raconté à la première personne par son héroïne, une petite chienne qui a connu plusieurs foyers, il mêle différentes techniques (2D, 3D, papiers découpés) et propose une profusion d'idées visuelles et poétiques.

Les larges extraits que nous a montrés la réalisatrice cette année viennent confirmer la beauté et l'ambition formelles du film. Dans la première partie, la petite chienne (noire et blanche, avec un nez en forme de cœur) est adoptée par un acrobate. L'occasion de créer un personnage virevoltant dont le costume jaune est constitué de fils rouges qui ne cessent de se mouvoir et de se transformer au gré des situations. Une autre séquence montre Marona flottant au milieu des crêpes en apesanteur, puis des planètes, en hommage à 2001. Dans la dernière partie, elle rencontre une petite fille elle-aussi rouge et jaune, dans un parc à la végétation luxuriante, puis dans une maison aux murs roses. Dans cet univers ultra coloré, rien n'est acidulé ou mièvre, mais c'est au contraire comme une explosion de teintes vives et chatoyantes qui illuminent le récit.

Avec son histoire simple et touchante (l'amour inconditionnel de la petite chienne pour ses maîtres successifs), Le voyage fantastique de Marona s'annonce à la fois comme une fable sensible à destination de tous les publics, et comme une oeuvre de cinéma ambitieuse et maîtrisée, qui met la barre très haut en terme d'expérimentation formelle.

J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin


Adapté du roman Happy Hand de Guillaume Laurant, J'ai perdu mon corps est le (très attendu) premier long métrage de Jérémy Clapin, découvert avec ses courts métrages Une histoire cérébrale, Skhizein (sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes) ou encore Palmipedarium. Son résumé, l'histoire d'une main droite prénommée Rosalie, et à la recherche du reste de son corps, intrigue. Les extraits vus à Bordeaux aussi, qui révèlent une esthétique assez réaliste alliée à une tonalité tour à tour onirique, romantique et épique.

Le récit suit le parcours de Rosalie, en alternance avec des flash-backs qui dévoilent peu à peu la vie de Naoufel, à qui elle appartenait autrefois. S'il se dégage (dans ce que l'on a vu) une certaine douceur des séquences passées, celles qui mettent en scène Rosalie séparée de Naoufel sont beaucoup plus froides, dans une gamme chromatique de bleus et de gris, et avec des épisodes glaçants comme celui où la main isolée est attaquée par des rats.

Inutile de préciser qu'il s'agit d'un long métrage ambitieux, plutôt à destination des adultes et des adolescents, qui s'inscrit dans un mouvement plus large de décloisonnement du cinéma d'animation. Malgré notre incompétence crasse en matière de pronostics, on veut croire qu'il pourrait célébrer sa première mondiale à Cannes.

Cartoon movie 2019 – Florence Miailhe, Alain Ughetto et Simone Massi : l’animation pour adultes au firmament

Posté par MpM, le 12 mars 2019

© CARTOON
© CARTOON

Dans les travées du Cartoon Movie 2019, carrefour professionnel du long métrage d’animation, la question de l’animation adulte a comme toujours occupé les conversations. Si tout le monde est d’accord pour vanter la richesse et le caractère indispensable de cette forme de cinéma, elle continue d’un point de vue économique à ne pas toujours aller de soi. Ou plus précisément, alors que la critique plébiscite semaine après semaine des films tels que Chris the Swiss ou Funan, à destination d’un public d’adultes et d’adolescents, les producteurs rencontrent eux des difficultés à les financer, et les diffuseurs restent frileux à l’idée de les montrer, et donc de les acheter.

L'animation adulte : plus ambitieuse et plus risquée ?


Et c'est vrai : le public n’est pas assez souvent au rendez-vous. D'une manière générale, l’animation adulte peine à capitaliser autant qu’un film « familial » à plus gros potentiel commercial, ce qui en fait un domaine plus risqué que la moyenne (s'il existait une formule magique pour qu'un film marche en salles, évidemment, ça simplifierait les choses pour tout le monde). Et pour cause, puisqu’on parle d’œuvres forcément plus ambitieuses, abordant des sujets pas faciles, et sortant des sentiers battus. Exactement le type de films qui, lorsqu’ils sont en prise de vue continue, peuvent malgré tout trouver leur public, et même atteindre de très beaux scores. On ne dira jamais assez le mal que l’assimilation dessins animés = jeune public a fait au cinéma d’animation.

On a donc parfois l’impression de deux mondes qui se croient séparés par un fossé profond et infranchissable, sans voir les multiples passerelles qui vont de l’un à l’autre. D’autant que la question de la tranche d’âge à laquelle est destiné un film reste floue, et subjective. Rien n’empêche de voir Parvana vers 10 ans, Wardi à 8 et Funan à 12, par exemple. Tout dépend des enfants, et de la manière dont on accompagne chaque film. Ce qui, en passant, est vrai pour toutes les formes de cinéma.

Bien entendu, les professionnels ont conscience de la nécessité d'agir.  Un groupe de travail créé en 2018 par Nicolas Schmerkin de la société Autour de Minuit, et coordonné par l'AFCA (Association française du Cinéma d'animation), réfléchit ainsi à des solutions concrètes pour accompagner les films d'animation pour adultes lors de leur sortie en salles,  par exemple en intervenant très en amont. L'idée serait notamment de mobiliser un réseau de salles et d'exploitants qui soient sensibilisés aux problématiques propres à ce type de cinéma, et informées régulièrement des projets existants.

Trois projets intimes, universels et indispensables

C'est dans ce contexte que l'on a découvert à Bordeaux trois projets de longs métrages qui viennent tout azimuts réaffirmer l'urgence de désenclaver l'animation adulte et de mettre fin au gâchis consistant à sacrifier film après film le potentiel artistique gigantesque qu'elle recèle. Car ce qui se joue dans ces trois films en devenir va au-delà de la question de la création et de l'oeuvre cinématographique : c'est une manière d'éclairer le présent par le prisme de l'Histoire collective et des destins individuels. Interdit aux chiens et aux Italiens d'Alain Ughetto, La traversée de Florence Miailhe et Trois enfances de Simone Massi ont en effet en commun de partir d'un matériau très intime pour rappeler le passé récent, et rendre hommage à ceux qui l'ont vécu, mais aussi pour éclairer notre propre époque dans laquelle subsistent les échos de ces destins personnels.

Interdit aux chiens et aux Italiens d'Alain Ughetto (produit par Les Films du Tambour de Soie, Vivement lundi ! Foliascope, Graffiti Doc, Nadasdy Film)


Après Jasmine, dans lequel il racontait poétiquement son histoire d'amour avec une jeune femme iranienne à la fin des années 70, Alain Ughetto propose un deuxième long métrage qui s'avère tout aussi ambitieux que le premier. Il s'agit cette fois d'une chronique familiale entre la Suisse, la France et l'Italie, doublée d'une grande fresque du XXe siècle qui fait évidemment écho avec aujourd'hui. Le réalisateur y racontera avec émotion et humour le périple de Luigi et de ses frères qui quittent au début des années 20 leur village natal du Piémont dans l'espoir d'une vie meilleure à l'étranger.

Luigi, c'était le propre grand-père d'Alain Ughetto. Le réalisateur a remonté le fil de ses souvenirs personnels pour retracer son parcours et raconter ainsi toute l'histoire de ce qui fut dans la première partie du XXe siècle une main d'oeuvre nomade et déconsidérée. Le titre fait ainsi référence à des pancartes ayant réellement été affichées dans des vitrines de cafés ou de restaurants français. Difficile, bien sûr, de ne pas voir un parallèle entre cette attitude d'exclusion et les comportements d'intolérance et de rejet qui se succèdent depuis à l'égard de tous ceux qui viennent d'ailleurs.

C'est évidemment un projet profond et bouleversant, universel, mais aussi extrêmement personnel, qui met en scène la famille et les souvenirs d'enfance d'Alain Ughetto. "De tous ces gens, il ne reste plus rien" explique-t-il. Ce qui l'a amené à s'interroger sur ce qui, en lui, subsiste de ce monde englouti dont il est directement issu. Pour lui redonner vie, il aura recours à des matériaux artisanaux pour les décors (des brocolis, des châtaignes, du sucre...) et à des marionnettes pour les personnages. La séquence que l'on a pu découvrir lors du Cartoon movie se passe en 1922, et montre avec un mélange d'humour et de suspense la manière dont les trois protagonistes franchissent la frontière vers la France au nez et à la barbe des soldats italiens en train d'écouter un discours de Mussolini. Des images qui confirment l'immense tendresse dont le réalisateur entoure ses personnages, et le ton à la fois sensible et léger qui sera celui du film.

La traversée de Florence Miailhe (produit par Les films de l'Arlequin, Xbo Films, MAUR Film, Balance Film)


Voilà un projet qui a démarré il y a plus de dix ans, attendus depuis presque aussi longtemps par les admirateurs (nombreux) de Florence Miailhe, cette incontournable réalisatrice de courts métrages récompensée notamment d'un César pour Au premier dimanche d'août en 2002, et d'une mention spéciale à Cannes pour Conte de quartier en 2006. A l'origine de ce magnifique projet en peinture animée, dont on a pu découvrir à Bordeaux un montage de 12 minutes qui nous a tout simplement éblouis, il y a le désir de la réalisatrice de faire un pont entre la situation actuelle et l'histoire de sa famille obligée de fuir l'Ukraine à cause des pogroms, au début du XXe siècle.

Accompagnée par l'écrivaine Marie Despleschins, elle a finalement réduit le nombre de personnages à deux enfants jetés seuls sur la route, et qui traversent tout le continent à la recherche d'un havre d'accueil et de liberté. Malgré tout, l'influence familiale persiste, notamment à travers le carnet de croquis de la mère de la réalisatrice, qui lui a servi d'inspiration pour les différents personnages du film.

En six chapitres, le film racontera le parcours presque "traditionnel" des réfugiés de tous les pays et de toutes les époques : obligés de fuir pour sauver leur vie, puis sans cesse pourchassés, menacés, exploités, vendus ou emprisonnés. On a déjà pu admirer le travail exceptionnel mené sur les couleurs, les contrastes et les mouvements, qui promettent une oeuvre d'une grande beauté formelle. Sur le fond, l'émotion est perceptible dans les quelques minutes que l'on a pu découvrir, de même que la dénonciation du système qui profite du malheur des réfugiés, et de notre propre indifférence. Vraisemblablement l'un des grands chocs de l'année prochaine, que l'on attend évidemment à Cannes.

Trois enfances de Simone Massi (produit par Offshore et Minimum Fax Media)


Simone Massi, illustrateur et réalisateur de courts métrages (La memoria dei cani, Nuvole mani...), travaille lui-aussi sur son premier long métrage après avoir signé 45 minutes d'animation dans le documentaire Samouni road présenté à Cannes en 2018. Il y racontera l'histoire d'une même famille sur trois générations, entre 1918 et les années 70, dans la région des Marche, en Italie, dont il est originaire. Lui aussi s'inspire en effet de ses racines, de sa terre natale et de sa famille, pour une histoire sensible et universelle qui parle à la fois des courants migratoires, de l'Histoire du XXe siècle et de l'évolution de l'Italie. Ses personnages sont trois enfants qui voient passer à trois époques successives le "manège sanglant de l'Histoire" et observent la manière dont il bouleverse à la fois leur territoire et leur existence.

Simone Massi explique qu'il souhaitait s'inscrire à contre-courant d'un contexte où tout le monde a l'obligation de tout comprendre. "L'Histoire du XXe siècle est très compliquée. Pas aussi simple qu'on la raconte. C'est pourquoi embrasser le regard d'enfants permet de la raconter du point de vue de ceux qui ne comprennent pas vraiment ce qui se passe." On assistera donc avec les personnages à deux guerres mondiales puis à une quasi guerre civile, croisant fascisme et terrorisme, famine et terreur, reconstruction et injustices. Le désir de Simone Massi est ainsi de partir d'une histoire personnelle, celle de sa famille, pour montrer comment les événements historiques conditionnent l'histoire personnelle des individus.

Visuellement, le film sera dans la lignée du travail de Massi, avec cette technique particulière en noir et blanc (et quelques taches de couleur rouge) qu'il obtient en grattant du papier enduit de pastel noir. On pourrait s'attendre à ce que le procédé soit terriblement long, et pourtant les 45 minutes d'animation de Samouni road avaient été réalisées en seulement un an, grâce notamment à la rotoscopie. Trois enfances passera également par cette technique, sans pour autant renoncer aux aspects les plus minutieux, et artisanaux du travail de Simone Massi, et devrait être prêt pour mai 2022.

Le meilleur du long métrage d’animation européen se retrouve au Cartoon Movie de Bordeaux

Posté par MpM, le 5 mars 2019

Rendez-vous européen des professionnels du film d'animation depuis 1999, le Cartoon Movie voit passer chaque année les projets de longs métrages les plus divers, qu'ils soient attendus ou confidentiels, classiques ou complètement fous, modestes ou extrêmement ambitieux. Si tous ne voient malheureusement pas le jour, chacun d'eux a la possibilité d'être présenté devant les producteurs, investisseurs, distributeurs, agents de vente, sociétés de jeux vidéos ou encore new media players présents, en tout 900 professionnels en quête de contenus, de coopérations ou de coproductions.

Cette année, ce sont 66 projets en provenance de 22 pays, dont 22 films français, qui ont été sélectionnés pour participer à cette 21e édition du Cartoon Movie. Si les deux tiers sont seulement à l’état de concept ou en développement, 7 sont en production et 7 seront présentés en sneak preview, ce qui signifie qu'ils sont pratiquement terminés. Parmi ceux-là, on retrouve notamment L’Extraordinaire Voyage de Marona d'Anca Damian (qui présente aussi un projet à un stade moins avancé, intitulé The Island) et Bunuel dans le labyrinthe des tortues de Salvador Simo, que l'on avait tous deux eu la chance de découvrir lors de l'édition 2018.

La répartition des projets entre comédies familiales (67%) et films à destination d'un public jeunes adultes / adultes (20%) est assez représentative de l'image que l'on se fait du cinéma d'animation, et reste constante. C'est pourtant parmi ces films pour adultes et adolescents que l'on trouve certains des projets d'ores et déjà les plus attendus, tels que Saules Aveugles, Femme Endormie de Pierre Földes, adapté de Murakami, La Traversée de Florence Miailhe, dont il s'agit du premier long métrage après une très belle carrière dans le format court, Interdit aux Chiens et aux Italiens d'Alain Ughetto, à qui l'on doit notamment Jasmine, J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (adapté de Happy Hand de Guillaume Laurant), Trois enfances de Simone Massi, l'animateur derrière les plus belles séquences de Samouni road, ou encore Kiki de Peter Dodd, sur la vie d'Alice Prin, plus connue sous le nom de Kiki de Montparnasse.

Mais on suivra également de près certains projets plus "familiaux" comme Linda veut du poulet ! de Chiara Malta & Sébastien Laudenbach (La Jeune Fille sans Mains), Terra Willy d'Eric Tosti (Les as de la jungle) qui sort le 3 avril, ou Where is Anne Frank d'Ari Folman (Valse avec Bachir).

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Cartoon Movie 2019
Du 5 au 7 mars
Informations sur le site de la manifestation

Oscars 2019: Green Book, Oscar du meilleur film!

Posté par wyzman, le 24 février 2019

La 91e cérémonie des Oscars ont soufflé un vent de fraîcheur avec plusieurs adaptations de comics récompensés. La diversité, qu'elle soit LGBT (les deux Oscars d'interprétation masculine pour deux personnages gays, l'Oscar de la meilleure actrice pour une reine lesbienne), afro-américaine ou latino-américaine, a été le mot d'ordre avec Bohemian Rhapsody et Rami Malek, Alfonso Cuaron (deux Oscars ce soir et quatre au total), Regina King, Mahershala Ali et Green Book, Black Panther, Blackkklansman.

Les histoires vraies (Green Book, La favorite, Roma, Bohemian Rhapsody...) ont quasiment tout raflé. Green Book - 3 Oscars - a été le choix consensuel de la soirée mais Bohemian Rhapsody repart vainqueur avec 4 statuettes. Le palmarès a été très éclaté entre plusieurs films, récompensant ainsi un peu tout le monde, sans offrir le sacre à Netflix pour Roma (qui repart quand même avec l'Oscar film en langue étrangère et l'Oscar du meilleur réalisateur).

MEILLEUR FILM: Green Book
Meilleur réalisateur: Alfonso Cuaron, Roma
Meilleure actrice: Olivia Colman, La favorite
Meilleur acteur: Rami Malek, Bohemian Rhapsody
Meilleur second-rôle féminin: Regina King, Si Beale Street pouvait parler
Meilleur second-rôle masculin:Mahershala Ali, Green Book
Meilleur scénario: Green Book
Meilleur scénario (adaptation): Blackkklansman
Meilleur film en langue étrangère: Roma
Meilleur court métrage: Skin
Meilleur documentaire: Free Solo
Meilleur court métrage documentaire: Period. End of Sentence
Meilleur film d'animation: Spider-Man: New Generation
Meilleur court métrage d'animation: Bao
Meilleure musique: Black Panther
Meilleure chanson originale: "Shallow" (A Star is born)
Meilleure photo: Roma
Meilleur montage: Bohemian Rhapsody
Meilleurs décors: Black Panther
Meilleurs costumes: Black Panther
Meilleurs maquillages & coiffures: Vice
Meilleurs effets visuels: First Man
Meilleur montage son: Bohemian Rhapsody
Meilleur mixage son: Bohemian Rhapsody

César 2019: « Jusqu’à la garde » triomphe

Posté par redaction, le 22 février 2019

23 Césars. 118 nominations. La 44e nuit des César, sur fond de Brexit (entre l'introduction sur des chansons de Queen et discours de Kristin Scott Thomas) a distingué un cinéma français éclectique et renouvelé, malgré de grosses absences dans les nominations.

La cérémonie a été laborieuse, à quelques exceptions près. Beaucoup d'inside jokes et de gags "entre soi" de la "grande famille du cinéma français" ont mis les téléspectateurs à distance. Sans compter le rythme très lent. On remercie Elie Seimoun d'avoir été un mannequin normal du Slip Français et Jérôme Commandeur qui a été de loin le plus drôle. Il y aussi de beaux moments musicaux - Eddy de Pretto interprétant Charles Aznavour, Cécile Cassel et Stéfi Celma pour Michel Legrand. (hélas même pas nommé) Mais tout , sinon, tombait souvent à plat. Ou frôlait la faute de goût (un grand hommage à Karl Lagerfeld hors-sujet, la vanne courte mais gênante de Guillaume Gallienne "mâle hétéro" sur-césarisé).

Le César d'honneur a conduit à Robert Redford à raconter ses souvenirs de jeunesse en France, après un montage exécrable rendant peu honneur à son talent.

Comme l'a si bien dit Philippe Katerine, "C'est n'importe quoi!". Enfin au moins certains prix étaient amplement mérités (Alex Lutz, Une affaire de famille, Vilaine fille...) et notamment le triomphe de Jusqu' la garde, de loin le film français le plus accompli de l'année. Les Frères Sisters (4 récompenses) et Shéhérazade (3 trophées) suivent sur le podium. Les films sélectionnés à Venise et à Cannes (particulièrement à la Semaine de la critique) ont été plébiscités.
La famille (mais pas sous son meilleur aspect) reste le fil conducteur de tous les films primés, même si les violences conjugales et les abus sexuels ont davantage marqué les discours.

Cette soirée de plus de trois heures était interminable, et, malgré le suspens promis, on a lutté contre l'idée d'aller voir ailleurs. Ou de revoir certains films récompensés.

Jusqu'à la garde: Meilleur film, Meilleure actrice (Léa Drucker), Meilleur scénario (Xavier Legrand), Meilleur montage (Yorgos Lamprinos)

Les frères Sisters: Meilleure réalisation (Jacques Audiard), Meilleure photo (Benoît Debie), Meilleur son (Brigitte Taillandier, Valérie de Loof, Cyril Holtz), Meilleurs décors (Michel Barthélémy)

Shéhérazade: Meilleur premier film, Meilleur espoir féminin (Kenza Fortas), Meilleur espoir masculin (Dylan Robert)

Guy: Meilleur acteur (Alex Lutz), Meilleure musique (Vincent Blanchard, Roman Greffe)

Les Chatouilles: Meilleure actrice dans un second-rôle (Karin Viard), Meilleure adaptation (Andréa Bescond, Eric Métayer)

Le grand bain: Meilleur acteur dans un second-rôle (Philippe Katerine)

Mademoiselle de Joncquières: Meilleurs costumes (Pierre-Jeann Larroque)

Une affaire de famille: Meilleur film étranger

Ni juge, ni soumise: Meilleur documentaire

Dilili à Paris: Meilleur film d'animation

Vilaine fille: Meilleur court métrage - animation

Les petites mains: Meilleur court métrage

Les Tuche 3: César du public

3 raisons d’aller voir « La grande aventure Lego 2″

Posté par vincy, le 20 février 2019

Le pitch: Alors que les habitants de Bricksburg coulent des jours heureux depuis cinq ans, une nouvelle et terrible menace se profile à l'horizon : des envahisseurs Lego Duplo venus des confins de l'espace détruisent tout sur leur passage !
Pour vaincre ces redoutables ennemis et rétablir la paix dans l'univers Lego, Emmet, Lucy, Batman et leurs amis devront explorer des mondes lointains et inconnus. Car, ils comprennent vite que ce qui est en jeu c'est leur survi.! L'Armamangeddon menace de les faire disparaître!

Retour vers le sur-moi. Un succès surprise (et un film jubilatoire) en 2014 a conduit la Warner à multiplier les aventures des Legos.: Lego Batman, le film il y a deux ans, puis, six mois plus tard, Lego Ninjago, le film. De quoi surexploiter le filon et assécher la franchise avant même qu'elle ne commence. Cette suite de la première aventure décide de s'amuser, sans profiter de l'effet de surprise du premier épisode, sur de nouveaux terrains de jeu. Cinq ans plus tard, les héros ont grandi, à l'exception d'Emmett, ce gilet orange naïf et sensible. Aussi, quand il est confronté à son propre moi dans le futur, viril et sarcastique, La grande aventure Lego 2, n'est plus seulement un film sur la construction de sa relation avec Lucy, ou le sauvetage de ses amis en territoire hostile, mais bien le questionnement sur le modèle d'adulte que l'on suit, les reniements que nous sommes prêts à faire, la capacité à conserver son vrai moi tout en développant comme il faut son ego. La grande aventure Lego 2 a ce mérite: déconstruire le héros hollywoodien de blockbuster, en préférant le gentil au grand cœur Emmett au beau mâle sans cœur Rex.

"J'étais enfin apprécié" (Green Lantern)

Etude de genres. On ne change pas une formule qui gagne. Les influences et références sont dans quasiment chacun des plans de cette épopée dans la galaxie des Duplo. De Mad Max : Fury Road à Retour vers le futur, des dinos de Jurassic Park à Star Wars,dDe Terminator à Alien, de la SF aux vampires, tout y passe, même la comédie musicale (en dose un peu trop importante, avouons-le, mais cette "pop" participe au cauchemar) et le Magicien d'Oz. On croise même Bruce Willis (époque Die Hard), Marie Curie et Ruth Bader Ginsburg. Il faut vendre ces briques qui peuvent tout faire: des machines à la Transformers comme des mashups de culture populaire, entre un monde post-apocalyptique et celui plus girlie. DC Comics (d'Aquaman à Green Lantern) a quand même la belle part du gâteau (notamment parce que Batman conserve un rôle central et aussi parce que "Marvel ne répond pas à nos appels"). Dans ce film, les Lego (et les Duplo) veulent prouver qu'ils sont unisexes, un jeu fédérateur idéal pour les garçons et les filles, pour les pré-ados comme pour les plus jeunes.

"On vient de la planète Duplo et on vient pour vous détruire!"

Une affaire de famille. Car, à l'instar d'Emmett, les deux joueurs de Lego doivent grandir et chercher ce qu'ils veulent être. Un grand frère ne veut pas jouer avec sa petit sœur. Lui réalise des imbrications évaluées, des mondes fantastiques. Rejetée par son aîné, la gamine invente un univers parallèle très (trop) coloré, peuplé de Lego volés et domptés. Ce qui est en jeu se situe non plus au sous-sol de la maison mais dans la chambre de la gamine. A se disputer tout le temps, les deux enfants sont menacés par les représailles maternelles: en cas de mésentente et de guéguerres, tous les jouets iront dans des boîtes, à jamais. Cela rappelle Toy Story; la péremption des jeux d'enfance. Les Lego et Duplo ont peur qu'on les oublie, victimes d'un conflit qui les dépasse. Cette trame (en prises de vues réelles), qui se concentre en quelques scènes, n'est pas inutile. D'une part il flatte la capacité d'imaginer à partir de jouets physiques (une brique dans le pieds est une souffrance réelle). D'autre part, il rend rationnel ce délire de briques en plastique. Le scénario est classique, le pitch simple. C'est l'aspect sérieux d'un film qui se moque de tout, sauf de la famille, qu'elle soit humaine ou en plastique.

César 2019: Le grand bain et Jusqu’à la garde en tête des nominations

Posté par vincy, le 23 janvier 2019

cesar

Les César ont révélé leurs nominations. Et il y a plusieurs grosses surprises: l'absence des films cannois de la compétition parmi les meilleurs films, à commencer par le lauréat du prix Louis-Delluc, Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, et celle de Mektoub, my love d'Abdellatif Kechiche. A l'inverse plusieurs films des autres sélections cannoises et plusieurs premiers films ont été remarqués par la profession. Au final cette liste des César embrasse tous les genres, de la comédie au drame en passant par le western. On regrettera toujours que des films plus audacieux, comme Les garçons sauvages, ne trouvent pas leur place.

On note que cette 44e cérémonie sera colorée par des sujets de société (violence conjugale, déclin masculin, adoption, abus sexuel). Le grand bain de Gilles Lellouche et Jusqu’à à la garde de Xavier Legrand dominent avec 10 nominations devant En liberté ! et Les frères Sisters (9), La douleur (8), Pupille (7), Guy et Mademoiselle de Joncquières (6). Autrement dit, il n'y a pas de grand favori dans une année qui s'avère très ouverte entre de bons films, mais aucun grand chef d'œuvre.

Les lauréats seront révélés le 22 février.

Meilleur film
La douleur
En liberté
Les frères Sisters
Le grand bain
Guy
Jusqu'à la garde
Pupille

Meilleur réalisateur
Emmanuel Finkiel, La douleur
Pierre Salvadori, En liberté
Jacques Audiard, Les frères Sisters
Gilles Lellouche, Le grand bain
Alex Lutz, Guy
Xavier Legrand, Jusqu'à la garde
Jeanne Herry, Pupille

Meilleur acteur
Edouard Baer (Mademoiselle de Joncquières)
Romain Duris (Nos batailles)
Vincent Lacoste (Amanda)
Gilles Lellouche (Pupille)
Alex Lutz (Guy)
Pio Marmaï (En liberté)
Denis Ménochet (Jusqu'à la garde)

Meilleure actrice
Elodie Bouchez (Pupille)
Cécile de France (Mademoiselle de Joncquières)
Léa Drucker (Jusqu'à la garde)
Virginie Efira (Un amour impossible)
Adèle Haenel (En liberté)
Sandrine Kiberlain (Pupille)
Mélanie Thierry (La douleur)

Meilleur acteur dans un second rôle
Jean-Hugues Anglade (Le grand bain)
Damien Bonnard (En liberté)
Clovis Cornillac (Les chatouilles)
Philippe Katerine (Le grand bain)
Denis Podalydès (Plaire, aimer et courir vite)

Meilleure actrice dans un second rôle
Isabelle Adjani (Le monde est à toi)
Leila Bekhti (Le grand bain)
Virginie Efira (Le grand bain)
Audrey Tautou (En liberté)
Karine Viard (Les chatouilles)

Meilleur espoir masculin
Anthony Bajon (La prière)
Thomas Giora (Jusqu'à la garde)
William Lebghil (Première année)
Karim Leklou (Le monde est à toi)
Dylan Robrt (Shéhérazade)

Meilleur espoir féminin
Ophélie Bau (Mektoub, my love : Canto Uno)
Galatéa Bellugi (L'apparition)
Jehnny Beth (Un amour impossible)
Lily-Rose Depp (L'homme fidèle)
Kenza Fortas (Shéhérazade)

Meilleur scénario original
En liberté ; Le grand bain ; Guy ; Jusqu'à la garde ; Pupille

Meilleure adaptation
Les chatouilles ; La douleur ; Les frères Sisters ; Le grand bain ; Jusqu'à la garde

Meilleurs décors
La douleur ; L'empereur de Paris ; Les frères Sisters ; Mademoiselle de Joncquières ; Un peuple et son roi

Meilleurs costumes
La douleur ; L'empereur de Paris ; Les frères Sisters ; Mademoiselle de Joncquières ; Un peuple et son roi

Meilleure photographie
La douleur ; Les frères Sisters ; Mademoiselle de Joncquières ; Le grand bain ; Jusqu'à la garde

Meilleur montage
Les chatouilles ; En liberté ; Les frères Sisters ; Le grand bain ; Jusqu'à la garde

Meilleur son
La douleur ; Les frères Sisters ; Le grand bain ; Guy ; Jusqu'à la garde

Meilleure musique originale
Amanda ; En liberté ; Les frères Sisters ; Guy ; Pupille ; Un amour impossible

Meilleur premier film
L'amour flou
Les chatouilles
Jusqu'à la garde
Sauvage
Shéhérazade

Meilleur film d'animation
Astérix - Le secret de la potion magique
Dilili à Paris
Pachamama

Meilleur court métrage d'animation
Au coeur des ombres
La mort, père et fils
L'évasion verticale
Vilaine fille

Meilleur film documentaire
America de Claus Drexel
De chaque instant de Nicolas Philibert
Le grand bal de Laetitia Carton
Ni juge ni soumise de Jean Libon et Yves Hinan
Le procès contre Mandela et les autres de Nicolas Champeaux, Gilles Porte

Meilleur film étranger
3 billboards, les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh
Capharnaum de Nadine Labaki
Cold war de Pawel Pawlikowski
Hannah de Andrea Pallaoro
Nos batailles de Guillaume Senez
Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda

Meilleur court métrage
Braguino
Les âmes galantes
Kapitalistis
Laissez-moi danser
Les petites mains