Annecy 2018 : le Brésil, la musique, Brad Bird et les shadoks à l’honneur

Posté par MpM, le 24 avril 2018

C'est à une superbe édition que le Festival International du Film d'Animation d'Annecy nous convie du 11 au 16 juin prochain, avec 218 films (issus de 93 pays) en sélection officielle, des avant-premières attendues comme celles de Have a nice day de Jian Liu (censuré lors de l'édition 2017 et qui sortira le 20 juin prochain), Insect de Jan Svankmajer (réalisateur culte à qui l'on doit entre autres Alice et Survivre à sa vie (théorie et pratique)), Les indestructibles 2 de Brad Bird (qui recevra un cristal d'honneur), Hôtel Transylvanie 3 de Genndy Tartakovsky ou encore Dilili à Paris de Michel Ocelot présenté en ouverture.

En tout, 23 longs métrages ont été sélectionnés, dont 10 en compétition. Celle-ci réunit notamment Miraï, ma petite soeur de Mamoru Hosada (que l'on verra d'abord à la Quinzaine des réalisateurs), Parvana de Nora Twomey (qui sort le 27 juin), Virus tropical de Santiago Caicedo (découvert à Berlin), Seder-masochism de Nina Paley (qui avait réalisé Sita chante le blues) et Funan de Denis Do, seul film français en course pour le Cristal d'or. Hors compétition, on retrouve Chris the Swiss d'Anja Kofmel (qui fera sa première mondiale à la Semaine de la Critique), La tour de Mats Grorud (que l'on espérait à Cannes !), ou encore Un homme est mort d'Olivier Cossu (d'après le roman graphique de Kris et Etienne Davodeau).

Les courts métrages seront quant à eux à l'honneur à travers 5 sélections : compétition internationale (46 films), Off-Limits (8), Perspectives (18), Jeune public (10) et Fin d’études (48). Les amateurs devraient se régaler avec, en vrac, les nouveaux films de Nikita Diakur (Fest), Nara Normande (Guaxuma), Marta Pajek (III), Boris Labbé (La chute), Patrick Bouchard (Le sujet), Sarah van den Boom (Raymonde ou l'évasion verticale), Anca damian (Telefonul), Sébastien Laudenbach (Vibrato), Stéphanie Lansaq et François Leroy (Cadavre exquis)...

On retrouvera également l'un de nos courts métrages préférés de l'année 2017, (Fool) Time job de Gilles Cuvelier, l'une des découvertes de Clermont-ferrand (Everything de David O'Reilly) et l'un des films les plus attendus de 2018 : Etreintes de Justine Vuylsteker, réalisé avec le dernier écran d'épingles construit par le couple Alexandre Alexeieff et Claire Parker en 1977, et tout récemment restauré par le CNC. A noter aussi qu'une séance spéciale permettra aux festivaliers de découvrir l'étonnant moyen-métrage Ce magnifique gâteau ! de Marc James Roels et Emma De Swaef (présenté à la Quinzaine des Réalisateurs),  accompagné du film Kings of souls de Jean-Charles Mbotti Malolo.

Cette année, le pays à l'honneur sera le Brésil. L'occasion de découvrir trois programmes de courts métrages, un programme de séries télé et de films de commande, plusieurs longs métrages (dont Tito et les oiseaux de Gabriel Matioli, Yazbek Bitar, André Catoto Dias et Gustavo Steinberg en compétition) et une exposition.

La musique de films sera elle-aussi célébrée à travers des projections, des ateliers, des ciné-concerts, une conférence, une leçon de cinéma (de Rosto, Vladimir Leschiov et Patrick Bouchard) et un concert de Dominique A accompagné d'une performance inédite et en live de Sébastien Laudenbach).

Comme l'an passé, une dizaine de projets de réalité virtuelle ont par ailleurs été sélectionnés, dont Isle of Dogs Behind the Scenes in Virtual Reality, qui permet de pénétrer dans l’univers de la nouvelle animation en volume de Wes Anderson.

Enfin, le festival sera agrémenté de nombreux autres événements, comme une exposition qui reviendra sur l'histoire des Shadoks, et plusieurs rendez-vous professionnels dans le cadre du MIFA (le marché d'Annecy), dont les work in progress qui mettront par exemple en lumière des projets comme Les Hirondelles de Kaboul de Éléa Gobbé-Mévellec et Zabou Breitman, La Fameuse Invasion des Ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, Buñuel et le labyrinthe des tortues de Salvador Simó ou encore La Traversée de Florence Miailhe.

En résumé, les chanceux qui seront présents à Annecy n'ont aucune chance de s'y ennuyer. Ecran Noir sera d'ailleurs de l'aventure, pour vous faire vivre en direct cet événement incontournable du cinéma d'animation contemporain qui promet, cette année encore, de proposer un panorama époustouflant de toutes les formes du cinéma (d'animation) mondial !

Longs métrages en compétition

Funan de Denis DO
Gatta Cenerentola de Ivan CAPPIELLO, Alessandro RAK, Marino GUARNIERI, Dario SANSONE
Miraï, ma petite sœur de Mamoru HOSODA
Okko's Inn de Kitaro KOSAKA
Seder-Masochism de Nina PALEY
Parvana de Nora TWOMEY
Tito e os Pássaros de Gustavo STEINBERG, Gabriel MATIOLI YAZBEK BITAR, André CATOTO DIAS
Wall de Cam CHRISTIANSEN
Virus Tropical de Santiago CAICEDO
La casa lobo de Cristóbal LEON, Joaquín COCIÑA

Longs métrages hors compétition

CAPTAIN MORTEN AND THE SPIDER QUEEN de Kaspar JANCIS
CATS AND PEACHTOPIA de Gary WANG
CHRIS THE SWISS de Anja KOFMEL
KIKORIKI: DEJA VU de Denis CHERNOV
LA TOUR de Mats GRORUD
LIZ AND THE BLUE BIRD de Naoko YAMADA
L’ULTIME FICTION de Ashkan RAHGOZAR
MAQUIA – WHEN THE PROMISED FLOWER BLOOMS de Mari OKADA
MARNIE'S WORLD de Christoph LAUENSTEIN, Wolfgang LAUENSTEIN,
NORTH OF BLUE de Joanna PRIESTLEY
ON HAPPINESS ROAD de Hsin-Yin SUNG
THE ANGEL IN THE CLOCK de Miguel Ángel URIEGAS
UN HOMME EST MORT de Olivier COSSU

3 raisons d’aller voir Croc-Blanc

Posté par vincy, le 28 mars 2018

Le pitch: Croc-Blanc est un fier et courageux chien-loup. Après avoir grandi dans les espaces enneigés et hostiles du Grand Nord, il est recueilli par Castor Gris et sa tribu indienne. Mais la méchanceté des hommes oblige Castor-Gris à céder l’animal à un homme cruel et malveillant. Sauvé par un couple juste et bon, Croc-Blanc apprendra à maîtriser son instinct sauvage et devenir leur ami.

Un grand classique de la littérature jeunesse. Aussi incroyable soit-il, il s'agit de la première adaptation animée du roman éponyme de Jack London. L'écrivain, qui a fait de la nature et de l'aventure ses thèmes de prédilections, a été l'un des premiers auteurs de best-seller de la littérature américaine. Croc-Blanc est paru en 1906 (et en 1923 en France) et s'est vendu à 115 millions d'exemplaires dans le monde. Sa force littéraire vient du fait qu'il est écrit du point de vue de l'animal, mais aussi que London a posé un regard critique sur les humains, méprisant les chercheurs d'or et valorisant les amérindiens. Au cinéma, Croc-Blanc a fait l'objet de plusieurs versions, et ce dès 1925 avec le film muet de Lawrence Trimble. la première version "sonore" est datée de 1936, réalisée par David Butler. Aleksandr Zguridi a réalisé un film russe à partir de cette histoire en 1946. Lucio Fulci a transposé l'histoire en 1973 avec un casting de stars - Franco Nero, Virna Lisi, Fernando Rey . Hollywood s'est remis à l'ouvrage en 1991 avec un film de Randal Kleiser, où (le jeune) Ethan Hawke tenait le rôle principal.

Un film d'animation ambitieux. Il s'agit d'un des films les plus coûteux du cinéma français de l'année. Scénarisé par Dominique Monféry (Kérity la maison des contes), Philippe Lioret (Je vais bien, ne t'en fais pas) et Serge Frydman (La Fille sur le pont), avec une musique de Bruno Coulais, et les voix de Virginie Efira, Raphaël Personnaz et Dominique Pinon, Croc-Blanc vise un public familial d'aventure. Ici, pas d'animaux qui parlent, pas de chansons. Les auteurs ont voulu rester fidèle à l'esprit du livre, un récit initiatique, une critique sociale, une époque brutale. Les références sont plutôt du coté des westerns écologiques et des films d'action naturalistes. Avec une particularité: toujours se mettre à hauteur du chien. On est loin de Belle et Sébastien. Le film est tourné en scope afin de lui donner une grandeur, appuyée par une esthétique singulière dans le domaine, presque trop belle. Paradoxalement, en effet, l'animation n'a rien de réaliste et s'avère presque picturale et abstraite. Il y a une forme d'inachevé dans ces esquisses pastellisées qui rappellent les tableaux de l'époque.

A partir de 8 ans. La facture classique de l'ensemble et sa splendeur en font un film d'animation singulier, qui séduira les adultes. Cette exigence visuelle peut effrayer les parents qui cherchent un divertissement consensuel. Le vilain, Beauty Smith, peut aussi faire peur aux plus petits. Ce serait d'autant plus regrettable que la narration est réussie et que Croc-Blanc, notamment quand il est un chiot sauvage, est craquant. C'est un film à la fois tendre et dur, universel et original. Et si cela peut permettre une invitation à la lecture des œuvres de London, c'est d'autant plus profitable. Surtout, en évitant le formatage, cette version ouvre de nouveaux horizons, lointains pour s'évader et inventifs pour être stimulés.

Cartoon Movie 2018 : retour sur nos projets préférés

Posté par MpM, le 26 mars 2018

Les 8 et 9 mars dernier se tenait la 20e édition du Cartoon Movie, grand rendez-vous européen des professionnels du film d'animation.  Sur la grosse cinquantaine de projets en cours (sous forme de concept, en développement ou en production) présentés à cette occasion, nous en avons retenus douze dont nous espérons qu'ils atteindront un jour nos grands écrans.

Petit tour d'horizon des longs métrages d'après-demain.

* Allah n'est pas obligé de Zaven Najjar (Special Touch Studio, Paul Thiltges Distributions)


Pour son premier long métrage, le réalisateur, animateur et illustrateur Zaven Najjar adapte Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma, prix Renaudot et Goncourt des Lycéens 2000. Dans un ton très libre, un enfant-soldat du Libéria de la fin des années 90 raconte son quotidien au cœur de la guerre civile. Pensé comme un road movie tragi-comique, le film mettra en scène le garçon et son ami, "féticheur en chef", deux pieds-nickelés pris dans les aléas de l'Histoire.

Le réalisateur a conservé le ton très spécifique du roman, à la fois drôle, émouvant et corrosif, qui permet de filtrer la dureté du contexte, au même titre que le travail réalisé sur l'animation, assez épurée, et constituée notamment de grands aplats de couleurs pastels avec des touches de couleurs vives.

Pourquoi on attend le film
On est assez curieux de découvrir comment le film relèvera le défi de transcrire à l’écran le ton si particulier du roman d'Ahmadou Kourouma, tout en lui apportant une forme de réalité forcément plus frontale du fait de la représentation concrète du contexte de guerre. Avec, à la clef, l'idée d'utiliser l'animation (encore trop souvent considérée comme une forme d'expression à destination du jeune public) pour aborder des événements tragiques et universels.

* Bunuel dans le labyrinthe des tortues de Salvador Simo (The glow animation studio, Submarine)


Le film de Salvador Simo est déjà très avancé, et on a pu en découvrir une dizaine de minutes à Bordeaux. Adapté du livre éponyme de Fermin Solis, il raconte un épisode particulier de la vie du cinéaste Luis Bunuel, le tournage du film Terre sans pain financé avec l’argent gagné à la loterie par son ami Ramon Acin.

Dans une forme assez classique, Bunuel dans le labyrinthe des tortues se concentre sur l’amitié indéfectible entre les deux hommes, et mêle la reconstitution du tournage aux véritables images tournées à l’époque par Bunuel. Ces archives offrent un contre champ frappant au récit et viennent en support à la démonstration de la prise de position de Bunuel contre la société. L’un des défis esthétiques du film est de reconstituer au plus près les lieux de l’époque, et d’incarner les rêves fantastiques de Bunuel dans des séquences que ne renierait pas le surréalisme.

Pourquoi on attend le film
C’est un aspect méconnu de l’œuvre éclectique de Bunuel qu’explore le film. Ce faisant, il revisite sa confrontation avec les réalités sociales les plus cruelles de son pays, et révèle un tournant capital dans l’œuvre du cinéaste.

* La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti (Prima Linea Productions)


Cette adaptation par l'illustrateur et auteur de BD Lorenzo Mattotti du seul roman jeunesse de Dino Buzatti est elle aussi à un stade assez avancé, et on a pu voir à Bordeaux de nombreuses images alléchantes du film qui s'annonce assez spectaculaire, avec pas loin de mille décors différents. Le rendu est assez lissé, avec des personnages relativement minimalistes, mais des paysages grandioses conçus dans de grands aplats de couleurs. Le réalisateur s'est inspiré des illustrations de Buzatti lui-même, et a ajouté au récit deux personnages féminins (les femmes étaient absentes du roman original).

C'est Thomas Bidegain et Jean-Luc Fromental qui se sont chargés de l'adaptation. Le film raconte comment, suite à l'enlèvement de son fils Tonio par des chasseurs, le roi des Ours décide d'envahir la Sicile. Mais Humains et Ours ne sont pas fait pour cohabiter.

Pourquoi on attend le film
En plus d'être une grande fresque pleine de couleurs et de rebondissements, La fameuse invasion des ours en Sicile parle de choses dures et réelles (la guerre, l'intolérance, le vivre ensemble) par le biais du merveilleux, et fait ainsi écho à sa manière à la situation mondiale.

* Le Noël des animaux d'Olesya Shchukina, Camille Alméras, Caroline Attia, Ceylan Beyoglu et Haruna Kishi (Les Valseurs)


Il s’agit d’un programme de cinq courts métrages conçus avec une identité visuelle commune, dans des techniques d’animation artisanales (2D, papiers découpés) et un rendu un peu rétro. Les films auront en commun les thématiques de Noël, des animaux et de l’hiver, dans une tonalité tendre et gaie.

La société Les Valseurs qui est à l’initiative du projet a fait appel à 5 réalisatrices ayant une expérience sur ce genre de techniques et d’univers : Olesya Shchukina, Camille Alméras, Caroline Attia, Ceylan Beyoglu et Haruna Kishi. Le programme est prévu pour Noël 2019.

Pourquoi on attend le film
C’est une jolie proposition de cinéma simple et tendre, mais pas mièvre, à destination des plus petits.

* Raven girl and the mother of the sea de Konrad Nuka Godtfresden (Angel Films)


Au stade du concept seulement, Raven girl and the mother of the sea mêle la mythologie du Groenland à la question fondamentale du changement climatique. L’héroïne est une petite fille qui a le pouvoir de se transformer en animal, et dont la mission est de sauver son village. Celui-ci est en effet menacé par la « mère de l’océan », exaspérée par la surpêche dans ses eaux. Le récit initiatique est ainsi très ancré dans une réalité contemporaine, où les enjeux environnementaux n'épargnent personne.

Pourquoi on attend le film
L’héroïne prise entre le monde moderne et celui des mythes ancestraux est a priori un personnage fort, susceptible d’initier intelligemment le spectateur au monde magique des anciennes légendes.

* The sea Wolf d'Emmanuel Gorinstein (Elda productions, Je suis bien content, Melusine Productions)


Autre adaptation ambitieuse, The sea Wolf s’attaque à un roman moins connu de Jack London (Le loup des mers) qui raconte comment un jeune journaliste enrôlé de force sur un bateau se retrouve en lutte avec son capitaine. À travers leur antagonisme, ce sont deux visions du monde qui s’opposent : d’un côté le respect de la justice et la protection des faibles, de l’autre la tyrannie et la loi du plus fort.

Le long métrage s’annonce comme un récit d’aventures mâtiné de quête initiatique, qui recherche la profondeur et la réflexion en plus du divertissement. Les quelques images présentées trahissent des choix esthétiques forts, entre modélisation 3D minutieuse du bateau et importance donnée aux visages des protagonistes, cadrés de près, comme pour souligner le duel qui s’annonce.

Pourquoi on attend le film
L’univers ultra romanesque de Jack London et le style graphique proposé forment un cocktail intrigant et prometteur.

* Slocum de Jean-François Laguionie (JPL Films)


Ce nouveau projet de Jean-François Laguionie (en parallèle de la suite au Château des singes, Le voyage du prince) s’annonce comme un film intimiste dans lequel les souvenirs de jeunesse du réalisateur serviront de cadre à la dramaturgie. Sur les bords de Marne, après guerre, un homme décide de construire un bateau dans son jardin. Son fils, avec lequel il a une relation complexe, pleine de pudeur et de non-dits, l’accompagne avec enthousiasme dans le projet, tout en découvrant le journal intime de Slocum (premier navigateur à avoir réalisé un tour du monde en solitaire sur un voilier).

Le scénario et l’animatique (maquette visuelle qui synchronise les images du story-board avec la bande-dialogues) se sont construits en même temps que la musique, et l’on a déjà pu découvrir de nombreuses belles images du projet conçu en gouache sur papier, de manière à laisser voir le grain. Jean-François Laguionie lui-même a avoué être de plus en plus attiré par « une image vraie », précisant :« C’est une question d’état d’esprit plus que de technique ».

Pourquoi on attend le film
L’histoire, ténue et intimiste comme c’était déjà le cas dans Louise en hiver, avec lequel Slocum formera d’ailleurs une sorte de diptyque, semble à priori d’une extrême sensibilité, portée par les magnifiques images-tableaux de Laguionie. La poésie sera indubitablement au rendez-vous.

* Unicorn Wars d'Alberto Vazquez (Autour de minuit, Uniko, Schmuby Productions, Abano Productions)


Attention, projet incontournable dans le monde de l’animation pour adultes et jeunes adultes ! Alberto Vazquez, le réalisateur multi-primé de Psiconautas et de Decorado, adapte son court métrage Sangre de Unicorno en un film de 85 minutes réalisé en animation traditionnelle.

Au cœur de la forêt magique, les gentils nounours et les jolies licornes s’entretuent dans une guerre terrible. Deux frères ennemis (des ours), se perdent après avoir échappé à l’embuscade qui a décimé toute leur patrouille. Commence pour eux un voyage réel et intérieur qui va mettre au jour leurs plus lourds secrets.

Pour nous donner une idée de l’ambiance de ce conte plutôt cauchemardesque qui mélange à la fois la religion, la nature et les relations hommes / femmes, Alberto Vazquez a précisé qu’il s’agirait en quelque sorte d’un mélange de Bambi, Apocalypse now et la Bible « trois de [ses] histoires de fiction préférées ».

Pourquoi on attend le film
Déjà parce que l’on a suffisamment aimé les précédents films d’Alberto Vazquez pour être prêt à le suivre sur n’importe quel projet. Mais surtout parce que cette guerre violente entre deux des créatures les plus mignonnes qu’on puisse imaginer est prometteuse en terme de dynamitage de codes, de satire au vitriol et de portrait désespéré de notre époque. Franchement, que demander de plus ?

* Les Voisins de mes voisins sont mes voisins d'Anne-Laure Daffis et Léo Marchand (Lardux Films)


Anne-Laure Daffis et Léo Marchand se lancent dans l’aventure du long métrage en « recyclant » certains de leurs anciens courts (La Saint festin, La vie sans truc...), réécrits et repensés pour s’intégrer dans un tout plus général. Comme dans un film choral traditionnel, quoi qu’à destination des enfants, les personnages (un ogre belge, un magicien qui a perdu les jambes de son assistante, un ingénieur en sudoku coincé dans l’ascenseur avec son chien qui parle...) se croisent et se répondent.

Les réalisateurs sont plus à la recherche de la cohérence que de la beauté, et citent notamment Le père Noël est une ordure en référence. Côté techniques, elles seront toutes mélangées, du collage à la prise de vue continue, en passant par la 3D ou l’animation traditionnelle.

Pourquoi on attend le film
Un long métrage qui devrait être joyeux et foutraque, si l’on en juge par l’existant !

* Le Voyage extraordinaire de Marona d'Anca Damian (Aparte Film, Sacrebleu Productions, Minds meet)


Autre film très attendu, le nouveau long métrage d’Anca Damian (Le voyage de M. Crulic, La montagne magique) s’annonce comme une fresque virtuose et intense portée par l’incroyable inventivité de sa réalisatrice. Le film est raconté à la première personne par son héroïne, une petite chienne qui a connu plusieurs foyers. Il mêlera différentes techniques (2D, 3D, cut-out) et proposera une identité visuelle propre à chacune des trois parties.

On a déjà pu voir quelques extraits du film (attendu pour janvier 2019) qui témoignent de la richesse des univers imaginés par Anca Damian dans une profusion d'inventions visuelles et de propositions formelles. L'une des séquences est notamment un hommage à 2001 Odyssée de l'espace, avec la petite chienne flottant au milieu de la profusion de crêpes fabriquées par son maître.

Pourquoi on attend le film
C'est une oeuvre ambitieuse qui met la barre très haut en terme d'expérimentation formelle, tout en s'adressant à un public familial élargi. Soit la définition de ce que devrait être l'animation jeune public.

* White plastic Sky de Tibor Banoczki et Sarolta Szabo (paprika Films, Salto Film, Artichoke)


Voilà un projet ambitieux et atypique que l’on rêve absolument de voir aboutir : un récit de science fiction sombre et follement romantique qui se déroule dans un univers post-apocalyptique magnifiquement transposé à l’écran dans des décors arides et désolés. En 2220, la terre est devenue infertile, les survivants vivent sous un gigantesque dôme de plastique, et les plantes doivent être cultivées dans des corps humains vivants.

Le couple de personnages principaux s’interroge sur le sens que la vie peut encore avoir dans ces conditions, et se lance dans un road movie en forme de course contre la montre pour sauver la jeune femme, à qui des plantes ont déjà été implantées. Un film qui se veut dans la lignée des grands récits de science fiction sombres et pessimistes sur l’avenir de l’Humanité. Le duo de réalisateurs cherche ainsi à s’inscrire dans la lignée de films tels que Les fils de l’homme pour le contexte, Valse avec Bashir pour l’esthétique (le film utilisera la rotoscopie) et On body and soul pour la formidable histoire d’amour qui unit les personnages principaux.

Pourquoi on attend le film
Les récits de science fiction qui n’hésitent pas à explorer les recoins les plus sombres de l’humanité sont si rares que l’on adhère sans hésiter à ce projet torturé et audacieux.

* Yuku et la fleur de l’Himalaya d'Arnaud Demuynck et Rémi Durin (La boîte,... Productions, Les films du Nord, Nadasdy Films)


Encore au stade du concept, ce projet musical destiné aux plus jeunes est porté par la même équipe artistique que celle qui avait réalisé Le parfum de la carotte. On y suit une famille de souris dont l’héroïne a des pouvoirs musicaux magiques. La partie musicale est déjà conçue, avec des chansons qui devraient faire un carton dans les cours de maternelle, comme le swing de l’écureuil amnésique ou le slam du lièvre bègue.

Pourquoi on attend le film
Avec le très beau duo Arnaud Demuynck (Le vent dans les roseaux, Sous un coin de ciel bleu) / Rémi Durin (De si près, La Licorne...)  à sa tête, le film bénéficie d’emblée d’une longue expérience dans une forme de cinéma jeune public intelligent et audacieux. On est forcément curieux de voir comment leur univers peut s’épanouir sur un format long.

Brad Bird honoré à Annecy

Posté par redaction, le 20 mars 2018

Le Festival international du film d'animation d'Annecy (11-16 juin) décernera son Cristal d'honneur à Brad Bird, qui viendra présenter Les Indestructibles 2 en avant-première française le 15 juin.

Agé de 60 ans, le réalisateur des films d'animation comme le culte Géant de fer (Spielberg rend d'ailleurs hommage à la créature dans Reader Player One), Les Indestructibles et Ratatouille, deux pépites de Pixar, et des films d'aventures Mission impossible : Protocole Fantôme et À la poursuite de demain, sera en terrain familier. Ces cinq longs métrages ont rapporté 2,2 milliards de dollars de recettes mondiales. Avec Les Indestructibles et Ratatouille, il a reçu à chaque fois l'Oscar du meilleur film d'animation, en plus d'une nomination pour le scénario original.

Les Indestructibles 2 sortira en France le 4 juillet 2018, 14 ans après le premier film qui avait séduit 5,7 millions de spectateurs dans l'Hexagone.

8e Festival 2 Valenciennes: Wes Anderson, Eric Khoo, Andrew Haigh et « Pierre Lapin » au programme

Posté par vincy, le 16 mars 2018

Du 19 au 25 mars, le 8e Festival 2 Valenciennes va présenter plus de 40 longs métrages (documentaires et fictions) et de multiples hommages. 10000 spectateurs sont attendus. Huit jurys remettront un total de 13 prix.

La soirée d'ouverture le 19 mars sera consacrée à un hommage à Claude Lanzmann et lancera la compétition des documentaires. L'ouverture du programme fiction se déroulera le 21 mars, avec un hommage à Jean-Pierre Léaud. Les autres hommages seront dédiés au compositeur Gabriel Yared (22 mars), Mario Luraschi (23 mars) et Anny Duperey pour la clôture le 24 mars.

Cet éclectisme se retrouve dans les sélections et les jurys.

Côté documentaires, le jury est composé de Karim Didri, Sophie Duez, Andréa Ferréol, Fabienne Godet, Sagamore Stévenin et Nils Tavernier. Cinq films seront en compétition: Blue d'Alastair Fothergill et Keith Scholey, Bombshell, The Hedy Lamarr Story d'Anexandra Dean, Coby de Christian Sonderegger, Les enfants du hasard de Thierry Michel et Pascal Colson et Jerico de Catalina Mesa.

Côté fictions, Maurice Barthélemy, Agathe Bonitzer, Philippe Duquesne, Audrey Fleurot, Liane Foly et Philippe Le Guay auront à départager 8 films:

- Le dossier Mona Lina d'Eran Riklis - sortie le 4 juillet
- L'île aux chiens de Wes Anderson - sortie le 11 avril - Ours d'argent de la mise en scène à Berlin
- La mauvaise réputation d'Iram Haq - sortie le 14 juin - Prix du public aux Arcs
- Ramen d'Eric Khoo - sortie le 12 septembre - sélectionné à Berlin
- La révolution silencieuse de Lars Kraume - sortie le 2 mai
- La route sauvage d'Andrew Haigh - sortie le 25 avril - Quatre prix aux Arcs, dont la Flèche de cristal, et le prix Marcello Mastroianni à Venise
- Trois jours à Quiberon d'Emily Atef - sortie le 13 juin - en compétition à Berlin
- Une année polaire de Samuel Collardey - sortie le 30 mai - en compétition à Sundance

Comme des garçons de Julien Hallard sera le film de clôture tandis que l'excellent Pierre Lapin aura l'honneur d'une séance "Cinéma en famille" et que deux séances spéciales sont prévues: En mille morceaux de Véronique Mériadec et Journal d'une FIV de Raphaëlle Catteau.

Cartoon Movie 2018 : les films attendus prochainement sur grand écran

Posté par MpM, le 13 mars 2018

Parmi les soixante projets présentés lors de cette 20e édition du Cartoon Movie, sept sont terminés et n'attendent plus que de rencontrer leur public, au cinéma ou dans de grands festivals internationaux.

Trois d'entre eux ont même déjà une date de sortie en France : Croc-Blanc d'Alexandre Espigares (28 mars), Léo et les Extra-terrestres de Christoph Lauenstein et Wolfgang Lauenstein (9 mai) et Parvana (The Breadwinner) de Nora Twomey (27 juin).

Par ailleurs, Captain Morten and the spider queen de Kaspar Jancis est attendu en Estonie pour le 30 août tandis que Hodja and the magic carpet de Karsten Kiilerich est sorti dans son pays d'origine, le Danemark, le 8 février dernier.

Restent deux films, non encore datés, qui pourraient tout à fait avoir les honneurs d'un Festival comme Cannes ou Venise : Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow et Chris the Swiss de Anja Kofmel. Ce sont ceux-là qui ont plus particulièrement attiré notre attention, et dont nous avons eu envie de vous parler plus précisément.

Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow

Présenté pour la première fois au Cartoon Movie en 2012, Another day of Life est l’un des longs métrages d’animation les plus attendus par les connaisseurs. Il s’agit de l’adaptation dans une forme hybride (animation, images d’archives, témoignages) du livre de Ryszard Kapuscinski, reporter de guerre pris dans la guerre civile en Angola.

Cette année, à Bordeaux, on a pu découvrir 4 séquences du film terminé. La première contextualise le récit : alors que l’Angola recouvre son indépendance, deux factions se font face (MPLA et UNITA). Kapuscinski implore les autorités de le laisser rejoindre la ligne de front. C’est l’occasion de dépeindre l’effervescence de la capitale, pleine de bruits et d’animation, au milieu des voitures, des piétons apeurés et des rumeurs les plus folles.

Le deuxième extrait nous place au cœur de la guerre dans une séquence impressionnante de combat sanglant. Le reporter et son acolyte sont pris au milieu du feu nourri des deux camps, et font la connaissance de Carlota, égérie du MPLA, le mouvement populaire de libération de l'Angola.

Il est encore question de Carlota dans l’extrait suivant, situé dans un camp du MPLA. Cette guerrière acharnée force l’admiration des deux hommes qui l’observent. Le film embraye alors sur des images d’archives de la véritable Carlota, ainsi que sur un témoignage actuel, face caméra. Le film mêle ainsi les souvenirs subjectifs du personnage principal, la réalité captée à l’époque, et un regard plus « explicatif » sur les événements de l’époque.

Dans le dernier extrait montré au Cartoon Movie, Ryszard Kapuscinski brave tous les dangers pour rallier le camp d'un responsable de la guérilla. Sur la route, il se laisse aller à une rêverie qui donne lieu à une séquence extrêmement onirique, dans des tons bleutés, qui trahit les angoisses du personnage. C'est un moment à la fois suspendu, et de grande tension, car la voiture est violemment attaquée.

A la vue de ces quelques images, on a évidemment très envie de découvrir le film. Peut-être à Cannes, où il ne déparerait pas, soit dans une section toujours engagée en faveur d'un cinéma singulier comme la Semaine de la critique, soit carrément en compétition officielle, où le cinéma d'animation politique, ou évoquant des faits réels, connut autrefois de beaux jours.

Chris the Swiss de Anja Kofmel

Tourné dans un somptueux noir et blanc ultra-contrasté, Chris the Swiss mêle film documentaire et images d'archives pour raconter l'histoire vraie de Chris, un reporter de guerre suisse retrouvé mort en Croatie en janvier 1992, après avoir rejoint une milice internationale d'extrême droite impliquée à la fois dans la guerre en Yougoslavie et dans des trafics de toutes sortes.

Anja Kofmel est la cousine de Chris. Elle propose à travers le film une véritable enquête sur ce qui est arrivé au jeune homme, pris dans un conflit terrible qui l'a peu à peu englouti. A-t-il délibérément rejoint le "First International Platoon of Volunteers" (PIV) ou l'a-t-il infiltré dans le but d'en dénoncer les pratiques ? Et surtout, qui est responsable de sa mort ?

Le film est une plongée brutale dans le contexte de cette guerre sanglante en même temps qu'une enquête intime et personnelle pour comprendre ce qui est, réellement, arrivé à Chris. Anja Kofmel se met en scène, ainsi que certains membres de sa famille qui dressent un portrait de Chris. En parallèle, on suit le jeune homme en Yougoslavie, au contact de ceux qui l'entraîneront dans le PIV.

L'animation joue sur les nuances de gris et les ombres, rendant palpable la confusion et l'ambivalence qui règnent alors dans le pays. L'une des séquences montrée lors du Cartoon movie met également en valeur le travail réalisé par la réalisatrice sur les figures géométriques, notamment dans une scène se déroulant en forêt, inquiétante et anxiogène.

C'est un projet extrêmement ambitieux que propose Anja Kofmel, et on hâte de pouvoir le découvrir dans sa continuité. Lui aussi pourrait avoir les honneurs de la croisette, en raison à la fois de son sujet extrêmement fort et de son esthétique singulière. Un pari de la part de la réalisatrice comme des producteurs, que l'on aimerait voir récompensé en retour par un peu d'audace de la part des sélectionneurs...

Le Cartoon Movie de Bordeaux met le long métrage d’animation à l’honneur

Posté par MpM, le 8 mars 2018

Cartoon Movie, le rendez-vous européen des professionnels du film d'animation créé en 1999 avec le soutien de Creative Europe - MEDIA, est de retour à Bordeaux pour sa 20e édition. Entre le jeudi 8 et le vendredi 9 mars, ce sont 60 projets en provenance de 22 pays, dont 20 films produits ou coproduits par la France, qui seront présentés devant environ 900 professionnels de l'animation : producteurs, investisseurs, distributeurs, agents de vente, sociétés de jeux vidéos ou encore new media players dans le but d'établir coopérations et coproductions.

Les comédies familiales et films d'aventures pour enfants ont toujours la cote, puisqu'ils représentent 46 des 60 films présents, ce qui laisse malgré tout presque un quart des projets destinés à un public adulte ou adolescent. Vingt et un films sont encore à l’état de concept, six sont en cours de production, 26 sont en cours de développement et sept sont terminés, parmi lesquels Croc-blanc d'Alexandre Espigares qui sortira en salles le 28 mars prochain. Tous cherchent à accélérer le montage financier du projet, nouer des coproductions et coopérations transfrontalières ou simplement intéresser des distributeurs européens et internationaux.

Sont notamment attendus les nouveaux projets d'Alberto Vazquez (Psiconautas, Decorado), Jean-François Laguionie (Louise en hiver, Le Tableau) et Anca Damian (La montagne magique, Crulic), mais aussi l'adaptation par Lorenzo Mattotti du roman jeunesse de Dino Buzzati La fameuse invasion de la Sicile par les Ours, celle d'Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma par Zaven Najjar ou encore celle de Dans la forêt sombre et mystérieuse de Winshluss alias Vincent Paronnaud par l'auteur lui-même et son complice Alexis Ducord.

Sur le papier, on est impatient et curieux de découvrir les longs métrages d'animation qui nous feront rêver dans les années à venir. En pratique, certains ne verront peut-être jamais le jour, ou seront de retour au Cartoon Movie l'année prochaine dans l'attente de passer une nouvelle étape de production. De quoi nous rappeler que l'animation est parfois un travail de très longue haleine (l'un des films  en développement présenté cette année, Kara de Sinem Sakaoglu, avait déjà fait l'objet d'un pitch au Cartoon Movie de 2013, et Croc-Blanc d'Alexandre Espigares y avait vu le jour en... 2006) et surtout un parcours du combattant rendu plus ardu par la potentielle frilosité des décideurs et l'incertitude de l'accueil en salles.

Il faudrait, pour continuer demain à découvrir au cinéma des longs métrages d'animation singuliers et audacieux, commencer par aller voir ceux qui sortent aujourd'hui, et montrer l'adhésion d'une part non négligeable du public à des oeuvres non formatées, voire exigeantes, qui s'adressent à des spectateurs adultes, ou font assez confiance aux enfants pour leur proposer des projets intelligents et éclectiques. C'est un début, mais il a le mérite d'être à la portée de tous.

Oscars 2018: La forme de l’eau rafle l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur

Posté par vincy, le 5 mars 2018

Jimmy Kimmel a présenté la 90e cérémonie des Oscars. Une soirée qu'il a amorcé avec un prologue très sérieux, rappelant les mouvements activistes récents qui ont ébranlé Hollywood: la montée en puissance des afro-américains, #MeToo, Time'sUp et donc évidemment Harvey Weinstein. C'est donc les Oscars du changement qui ont été célébrés ce soir.  "A tous les rêveurs nous sommes avec vous" disaient Lupita Nyong'o et Kumail Nanjiani Enfin pas tout à fait. Parce que le meilleur gag était évidemment celui qui faisait écho au problème d'enveloppe l'an dernier: par courtoisie, les Oscars ont demandé à Faye Dunaway et Warren Beatty de présenter de nouveau l'Oscar du meilleur film.

Mais malgré toutes ces bonnes intentions, et en l'absence de suspens dans 90% des catégories, ce fut sans aucun doute l'une des soirées les plus ennuyeuses des Oscars en 90 ans! Sans doute à cause de la trop belle qualité des nommés, la concurrence était si rude que les votants ont préféré éparpiller les prix sans distinguer de véritable vainqueur. Une année où trop de bons films ont tué toute idée de razzia. Un peu comme toute la saison des prix qui n'a connu aucun consensus entre les guildes professionnelles, les critiques et le public.

On notera que Frances McDormand entre dans le club très fermé des acteurs/actrices deux fois primés, que Roger A. Deakins a attendu 14 nominations pour être récompensé, que James Ivory a du patienter jusqu'à l'âge de 89 ans pour être le plus vieil oscarisé de l'histoire, que Netflix a reçu son premier Oscar (en documentaire), tout comme le Chili (avec le film en langue étrangère), qu'Alexandre Desplat est le seul français oscarisé dans un palmarès très latino-américain, que les minorités et les femmes n'ont pas été oubliés.

Avec 4 Oscars, soit un peu plus que les autres, La Forme de l'eau repart comme le vrai triomphateur de cette course aux Oscars. C'est aussi le triomphe d'un cinéma fantastique, de genre, et d'un cinéma mexicain, décidément dans son âge d'or.

Governors Awards: Charles Burnett, Owen Roizman, Donald Sutherland et Agnès Varda ; prix spécial pour Carne y Arena (Virtually Present, Physically Invisible), le film en réalité virtuelle de Alejandro G. Inarritu.
MEILLEUR FILM: LA FORME DE L'EAU
Meilleur réalisateur: Guillermo del Toro pour La forme de l'eau
Meilleure actrice: Frances McDormand pour 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Meilleur acteur: Gary Oldman pour Les heures sombres
Meilleur second-rôle féminin: Allison Janney pour Moi, Tonya
Meilleur second-rôle masculin: Sam Rockwell pour 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Meilleur scénario: Jordan Peele pour Get Out
Meilleur scénario (adaptation): James Ivory pour Call Me By Your Name d'après le roman d'André Aciman
Meilleur film en langue étrangère: Une femme fantastique de Sebastian Lelio (Chili)
Meilleur court métrage: The Silent Child de Chris Overton et Rachel Shenton
Meilleur documentaire: Icarus de Bryan Fogel et Dan Cogan
Meilleur court métrage documentaire: Heaven is a Traffic Jam on the 405 de Frank Stiefel
Meilleur film d'animation: Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina
Meilleur court métrage d'animation: Dear Basketball de Kobe Bryant et Glen Keane
Meilleure musique: Alexandre Desplat pour La forme de l'eau
Meilleure chanson originale: Remember Me dans Coco
Meilleure photo: Roger A. Deakins (enfin) pour Blade Runner 2049
Meilleur montage: Lee Smith pour Dunkerque
Meilleurs décors: Paul D. Austerberry, Shane Vieau et Jeffrey A. Melvin pour La forme de l'eau
Meilleurs costumes: Mark Bridges pour Phantom Thread
Meilleurs maquillages & coiffures: Kazuhiro Tsuji, David Malinowski et Lucy Sibbick pour Les heures sombres
Meilleurs effets visuels: John Nelson, Gerd Nefzer, Paul Lambert et Richard R. Hoover pour Blade Runner 2049
Meilleur montage son: Alex Gibson et Richard King pour Dunkerque
Meilleur mixage son: Gregg Landaker, Gary A. Rizzo et Mark Weingarten pour Dunkerque

Les César 2018 vivent à 120 battements par minute

Posté par vincy, le 2 mars 2018

120 battements par minute (6, dont meilleur film et meilleur scénario), Au revoir là-haut (5, dont la réalisation et l'adaptation) et Petit Paysan (3), dont le premier film et le meilleur acteur) dominent le palmarès. Le sens de la fête repart bredouille. Tout comme Grave. Barbara repart avec deux prix dont celui de la meilleure actrice. Un saupoudrage inégal qui, malgré tout, fait apparaître le Festival de Cannes comme le grand vainqueur de la cérémonie avec 12 prix cumulés (120 battements par minute, Barbara, Faute d'amour et Petit paysan) parmi les lauréats.

On reconnaîtra un grand renouveau dans les choix et quelques prix inattendus. Même la vétéran Jeanne Balibar était nommée pour la première fois. Swann Arlaud était le plus jeune des nommés parmi les meilleurs acteurs. Sara Giraudeau et Antoine Reinartz n'étaient clairement pas les plus connus (mais leur prix est amplement mérité). Les multi-casquettes Campillo et Dupontel sont multi-récompensés: c'est aussi la preuve d'un respect pour des cinémas au ton singulier, très personnel, malgré l'aspect opératique de leurs films.

Finalement c'est Jeanne Balibar qui a eu la phrase juste: "Faire un film de barges, et non pas suivre un cahier des charges, c'est-à-dire faire du cinéma!" C'est assez bien résumer la soirée côté primés. Côté cérémonie, on regrettera qu'hormis quelques jolis moments d'humour décalé, ça n'ait pas été assez "barge".

Hommages: Jeanne Moreau (par Vanessa Paradis) ; Jean Rochefort (par Guillaume Canet) ; Johnny Hallyday (par Line Renaud et Dany Boon) ; Danielle Darrieux
César d'honneur (remis par Marion Cotillard): Penélope Cruz
Meilleur film: 120 battements par minute
Meilleure réalisation: Albert Dupontel (Au revoir là-haut)
Meilleure actrice: Jeanne Balibar (Barbara)
Meilleur acteur: Swann Arlaud (Petit paysan)
Meilleur second-rôle féminin: Sara Giraudeau (Petit paysan)
Meilleur second-rôle masculin: Antoine Reinartz (120 battements par minute)
Meilleur espoir féminin: Camélia Jordana (Le brio)
Meilleur espoir masculin: Nahuel Pérez Biscayart (120 battements par minute)
Meilleur film étranger: Faute d'amour (Loveless) d'Andreï Zviaguintsev
Meilleur premier film: Petit paysan de Hubert Charuel
Meilleur documentaire: I am not your Negro de Raoul Peck
Meilleur film d'animation (long métrage): Le grand méchant renard et autres contes de Benjamin Renner et Patrick Imbert
Meilleur film d'animation (court métrage): Pépé le morse de Lucrèce Andreae
Meilleur court-métrage: Les bigorneaux d'Alice Vial
César du public: Raid Dingue de Dany Boon
Meilleur scénario original: Robin Campillo (120 battements par minute)
Meilleure adaptation: Albert Dupontel, Pierre Lemaitre (Au revoir là-haut)
Meilleure musique: Arnaud Rebotini (120 battements par minute)
Meilleure photo: Vincent Mathias (Au revoir là-haut)
Meilleur montage: Robin Campillo (120 battements par minute)
Meilleur son: Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau, Stéphane Thiébaut (Barbara)
Meilleurs décors: Pierre Quefféléan (Au revoir là-haut)
Meilleurs costumes: Mimi Lempicka (Au revoir là-haut)

Berlin 2018: Touch Me Not d’Adina Pintilie, Ours d’or et meilleur premier film

Posté par vincy, le 24 février 2018

touche me not

Le palmarès officiel de la 68e Berlinale fait la part belle aux réalisatrices: Ours d'or (et meilleur premier film toutes sections confondues) pour Adina Pintilie, Grand prix du jury pour Malgorzata Szumowska, Ours d'or du court métrage pour Ines Moldavsky, le Prix du meilleur documentaire pour Ruth Beckermann.

En déjouant les pronostics, le jury a réservé pas mal de surprises, s'assurant de créer des déceptions (notamment pour Dovlatov, qui repart avec un maigre prix, ou Utøya 22. juli (U – July 22) et In den Gangen, oubliés. Mais il colle aussi à des films déjà distingués par d'autres prix berlinois comme Las Herederas, Prix Alfred Bauer et Prix d'interprétation féminine, qui avait gagné les faveurs de la Fipresci.

Le cinéma européen, et surtout d'Europe de l'Est, et le cinéma latino-américain squattent le palmarès qui a snobé quasiment toute la sélection hollywoodienne. On notera quand même que Wes Anderson repart avec un prix de la mise en scène avec son film d'animation L'île aux chiens. Un film animé couronné par ce prestigieux prix est assez exceptionnel en soi.

Enfin, c'est un jeune acteur français, qui a quand même dix ans de carrière derrière lui, qui a raflé l'Ours d'argent dans sa catégorie pour La prière de Cédric Kahn, seul film français récompensé à Berlin cette année.

Nos pronostics et favoris dans la course à l’Ours d’or
Retour sur la compétition
Tous les prix parallèles de la 68e Berlinale
Les actualités et les films de la 68e Berlinale

Ours d'or: Touch Me Not de Adina Pintilie

Ours d'argent - Grand prix: Twarz (Mug) de Malgorzata Szumowska

Ours d'agent - Prix Alfred Bauer (Nouvelles perspectives): Las herederas de Marcelo Martinessi

Ours d'argent - meilleur réalisateur: Wes Anderson pour L'île aux chiens

Ours d'argent - meilleure actrice: Ana Brun pour Las herederas de Marcelo Martinessi

Ours d'argent - meilleur acteur: Anthony Bajon pour La prière de Cédric Kahn

Ours d'argent - meilleur scénario: Manuel Alcalá & Alonso Ruizpalacios pour Museo

Ours d'argent - contribution artistique: Elena Okopnaya pour les costumes de Dovlatov d’Alexey German Jr

Ours d'or du meilleur court métrage: The Men Behind the Wall d'Ines Moldavsky

Ours d'argent - Prix du jury (court métrage): Imfura de Samuel Ishimwe

Prix du court métrage Audi: Solar Walk de Reka Bucsi

GWFF Best First Feature Award (Premier film toutes sections confondues): Touch Me Not de Adina Pintilie
Mention spéciale: An Elephant Sitting Still de Hu Bo

Glashütte Original – Documentary Award (Documentaire toutes sections confondues): Waldheims Walzer de Ruth Beckermann
Mention spéciale: Ex Pajé (Ex Shaman) de Luiz Bolognesi