3 raisons d’aller voir Le mystère des pingouins

Posté par MpM, le 13 août 2019

Le pitch : Quand des pingouins apparaissent partout dans sa petite ville, semant au passage une joyeuse pagaille, le jeune Aoyama se dit qu’il y a là une enquête à mener. Ce studieux élève de CM1, accompagné de son meilleur ami, enrôle également sa rivale aux échecs et une énigmatique assistante dentaire pour percer le secret des pingouins. Mais ces petites bêtes ne sont que le premier signe d’une série d’événements extraordinaires. Commence alors pour le jeune garçon une aventure pleine de surprises… et de pingouins !

Un auteur plein de fougue Il ne faut pas s'arrêter au résumé du film ni à son esthétique gentillette : Le Mystère des Pingouins est à l'origine tiré du roman Penguin Highway de Tomihiko Morimi, lauréat du Grand Prix Nihon SF 2010 au Japon. Or on doit notamment à cet auteur l'excellent Night is Short, Walk on Girl qui a donné lieu à une adaptation fougueuse et survitaminée par Masaaki Yuasa. L'histoire ? Celle notamment d'une jeune fille qui écume les bars... Si le livre Penguin Highway était lui-aussi plutôt destiné à un public adolescent et jeune adulte, le choix du réalisateur Hiroyasu Ishida et de son studio Colorido est d'en avoir fait une oeuvre tout public. Sans pour autant gommer certains détails savoureux comme l'obsession du jeune héros pour... les poitrines généreuses.

Humour et étrangeté On est durablement séduit par l'intrigue singulière du film, de même que par sa tonalité pétillante, qui ménagent son étrangeté jusqu'au bout. Des monologues totalement décalés du jeune héros, qui ne cesse de se projeter dans l'avenir, avec un sérieux qui pourrait passer pour de la prétention s'il n'était au fond aussi candide, aux péripéties inattendues qui émaillent le récit, on ne cesse d'être surpris et amusé. Là où d'autres auteurs auraient à tout prix cherché à mettre du "fond" et à dramatiser les enjeux, Hiroyasu Ishida joue systématiquement la carte de la légèreté et d'un humour burlesque qui évacue les passages trop ouvertement "mignons" ou au contraire tragiques. Les aspects les plus fantastiques de l'intrigue s'imbriquent assez naturellement dans le reste de l'intrigue, et lui trouvent même un développement logique au symbolisme discret.

Des personnages ambivalents Cela fait du bien de découvrir, dans un film destiné au jeune public, des protagonistes qui ne sont ni des boy-scouts en puissance, ni des stéréotypes. Si le jeune Aoyama paraît au départ trop parfait pour ne pas être ennuyeux, il se révèle au fil de l'intrigue plus ambivalent et profond qu'on ne l'aurait pensé, à travers notamment sa relation ambigüe avec la jeune assistante dentaire, et sa candeur égale face à la fois à ceux qui le harcèlent et à celle qui le courtise. Les deux rôles féminins tranchent eux-aussi avec ceux que l'on voit traditionnellement dans ce genre de films, avec une pré-ado championne d'échecs et passionnée par la théorie de la relativité, et une adulte légèrement immature qui a bien du mal à prendre la vie au sérieux. Deux personnages singuliers qui font également chavirer le coeur du héros, et lui feraient presque perdre sa rigueur scientifique, participant pour beaucoup à l'équilibre tendre et léger du film.

Kyoto Animation: 35 morts, 34 blessés, un film et un serveur sauvés

Posté par redaction, le 29 juillet 2019

Le 18 juillet dernier, le studio Kyoto Animation a été victime d'un incendie criminel. Le bilan est de 35 personnes sont mortes (dont 21 femmes) et 34 blessées (dont une dizaine dans un état sérieux), parmi lesquels l'auteur de l'incendie. Un carnage humain qui a ému le monde de l'animation. Créé en 1981, le studio a notamment travaillé avec les studios Ghibli (Porco Rosso) et OLM (Pokémon). Depuis qu'il n'est plus un sous-traitant mais un studio à part entière, Kyoto Animation a sorti de nombreuses séries TV, dont La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, Sound Euphonium ou encore Violet Evergarden. Il a aussi produit des films déclinés de ces séries et surtout le splendide anime Silent Voice et le récent Liz & l'oiseau bleu.

KyoAni était un studio singulier, fondé par un couple, embauchant majoritairement des femmes, et réputé pour ses bonnes conditions de travail, en plus de persévérer à employer des animateurs qui lui sont propres. Aujourd'hui il est en cendres. On ne sait pas ce qui a motivé le pyromane, Shinji Aoba, 41 ans, qui a déjà été emprisonné pour vol et qui souffre apparrement de désordres mentaux. Il semblerait que le studio lui aurait "plagié" un de ses romans, sans qu'il n'y ait aucune preuve. L'enquête vient de confirmer qu'il était obsédé par le studio, dont ils possédait quasiment tous les mangas et les dvd.

C'est le pire meurtre de masse au Japon depuis la seconde guerre mondiale. Un fonds d'aide japonais pour les victimes et un autre, initié par le distributeur américain Sentai Filmworks sur la collecte GoFundMe ont déjà récolté 7 millions d'euros. Le gouvernement, en réaction à l'émotion suscitée, a décidé d'apporter son aide pour la réouverture du studio et pour faciliter les donations reçues par KyoAni.  Techniquement, il y a au moins une bonne nouvelle: un des serveurs où une partie des créations et des données sont stockées, aurait survécu à l'incendie. Tout le reste a disparu en fumée.

Cette tragédie n'affectera pas la sortie du spin-off de Violet Evergarden, Violet Evergarden Side-Story: Eternity and the Auto Memories Doll, programmée au Japon pour septembre et qui doit être présenté au festival Animagic Convention à Mannheim en Allemagne samedi prochain. En revanche, on ignore toujours si Violet Evergarden the Movie pourra sortir au Japon en 2020 comme prévu. Netflix gère la diffusion internationale .

Little Festival : un été animé pour les très jeunes cinéphiles

Posté par MpM, le 1 juillet 2019

Les parents de (très) jeunes enfants le savent, pas toujours facile de trouver une programmation qui leur soit véritablement adaptée en termes de durée, de contenu et de tonalité.

C'est pourquoi on se réjouit de la belle initiative de Little KMBO qui propose tout l'été la première édition du Little Festival destiné au jeune public dès trois ans. Plus de deux cent salles dans toute la France participent à l'opération en proposant l'un des huit films ou programmes d'animation qui constituent la sélection.

Qui dit festival dit avant-premières, et les jeunes spectateurs pourront découvrir avant tout le monde le long métrage Le voyage dans la lune de Rasmus A. Sivertsen (sortie prévue le 6 novembre), véritable odyssée spatiale ludique et ultra-référencée qui célèbre à sa manière le 50e anniversaire du premier pas sur la lune. Ce troisième volet des aventures de Solan et Ludvig (après De la neige pour Noël et La Grande course au fromage, également présenté dans le cadre du festival), est un régal d'humour et de fantaisie, y compris pour les parents qui apprécieront le second degré permanent des personnages et des dialogues.

Autre exclusivité avant sa sortie le 11 septembre, le programme Un petit air de famille qui réunit cinq courts métrages sur les thématiques familiales, à découvrir à partir de 4 ans. En parallèle, les enfants pourront (re)découvrir Dans la forêt enchantée d'Ouky Bouky (également signé par Rasmus A. Sivertsen) ainsi que des programmes de courts comme Les contes de la mer, A la découverte du monde ou encore La ronde des couleurs. Des ateliers d'initiation à l'astronomie et aux arts créatifs seront également organisés en marge des projections. De quoi faire vivre aux jeunes spectateurs un été aussi cinéphile qu'animé !

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Little Festival

Juillet-Août dans toute la France, avec un temps fort les 20 et 21 juillet
Informations sur le site de la manifestation

Trois questions à Félix Dufour-Laperrière pour « Ville neuve », en salles aujourd’hui

Posté par MpM, le 26 juin 2019

En salles ce mercredi 26 juin, et présenté au Festival d'Annecy dans la compétition Contrechamp, Ville neuve de Félix Dufour-Laperrière s'annonce comme l'un des plus beaux films de l'année. Réalisé à l’encre et au lavis sur papier, ce qui représente environ 80 000 dessins, il raconte en parallèle la tentative de retrouvailles d'un couple séparé et la campagne référendaire pour l’indépendance du Québec, mêlant ainsi les possibles intimes à ceux de tout un peuple, et proposant une tension permanente entre les deux formes d’espoirs.

Il s'agit du premier long métrage de fiction du réalisateur, qui a déjà une belle carrière dans le domaine du court métrage, et avait signé en 2014 le documentaire Transatlantique. Il nous dévoile la genèse de ce film à la singularité éblouissante dans un long entretien à lire en intégralité ici.

Ecran Noir : Le film est inspiré d’une nouvelle de Raymond Carver, La maison de Chef. Comment s’est passée cette adaptation ?

Félix Dufour-Laperrière : La nouvelle est très courte. Elle fait 4 pages et demi. C’est une très belle nouvelle, très délicate. Carver est assez elliptique et précis. Il y a peu de détails et de descriptions, peu d’ornementations, mais la plupart de ses nouvelles jonglent avec un grand fatalisme, assez mélancolique, mais aussi avec une posture d’espoir, de résistance. C’est une écriture ultra-sensible et très simple. Tout est raconté du point de vue du personnage féminin et dès le départ, quand l’homme l’invite, elle sait que ça ne fonctionnera pas.

C’est d’ailleurs ce qui est assez beau à mon sens. Elle est très lucide, mais elle y va quand même, car elle veut vivre l’expérience, malgré tout. Je trouve que c’est très émouvant. La nouvelle finit mal, mais comme c’est elle qui raconte, quand c’est fini, ce n’est pas une surprise pour elle. Elle est prête. J’ai récupéré cette force-là, une posture de résistance, de lucidité du personnage féminin. Chez l’homme, il y a une tentation pour le fatalisme, un certain nihilisme, mais aussi une colère, une énergie destructrice, assez sombre, mais une énergie tout de même. J’ai récupéré uniquement le contexte, et une réplique.

Le scénario s’est construit en écrivant d’abord les trois longs monologues de chacun des trois personnages, qui à la fois les distinguent et les lient. C’est comme si dans l’espace de la parole, ils se retrouvaient et parlaient un peu de la même chose. Ils se répondent par paroles interposées. C’est pour ça que la parole amène une certaine abstraction. On n’est plus dans le réel, on est dans un espace où les paroles se font valoir, et où les personnages se rejoignent.

EN : Comment avez-vous travaillé l’esthétique du film : le choix du noir et blanc, l’aspect minimaliste, le recours à l’abstraction…

FDL : Le noir et blanc est venu assez vite car j’avais envie de dessiner sur papier. Dans l’économie qui était la nôtre, je me voyais mal établir une mise en couleurs très complexe sur papier. Je savais aussi que je voulais faire beaucoup de surimpressions, de transparences, et le noir et blanc réagit assez bien. Je suis donc parti sur l’idée d’encre et de lavis. J’ai fait beaucoup de tests, j’ai envisagé plusieurs techniques, même de la rotoscopie !

En fait, j’ai une tension avec l’animation. J’adore l’animation, mais c’est aussi un peu pénible : on est toujours en train de retenir son geste, de contrôler, de restreindre. On ne dessine jamais librement. Ca m’ennuie, ça ! J’essaye toujours de trouver des façons de libérer un peu le geste. Par exemple, je n’ai pas fait de feuille de personnages pour Ville neuve, mais j’ai pris un an et demi pour faire tous les dessins du film. Cela représente entre un et dix dessins par plan. Comme ça, le film était posé. C’était un outil de production, mais aussi, de cette manière, toute l’iconographie du film était faite. Ensuite on est rentré en production. On a intégré les membres de l’équipe un par un, tous les quinze jours. Pendant la production, j’ai fait les décors, et on a navigué comme ça. Une certaine épure dans le graphisme vient du fait que j’aime bien quand on me rappelle l’artifice de l’animation. Que c’est un dessin sur une page. Quand on vide le cadre, à la fois on donne de l’importance à la figure qui est isolée, mais aussi on l'établit un peu comme symbole. Ca rejoue l’artifice de l’animation. C’est un dessin qu’on voit, on n’est pas dans l’illusion de la réalité.

Je trouvais que ça servait bien le type d’animation un peu frémissante que donne le travail sur papier. Et puis avec ce type de dessins, quand on commence à trop mettre d’informations, de perspectives, de détails, on vient surcharger le cadre, et parfois ça manque d’élégance. Les personnages sont assez frémissants, il y a une forme d’instabilité due au pinceau et au lavis, ça vibre, donc quand c’est trop plaqué sur des décors fixes, ça aplatit l’image, ça donne une artificialité.

EN : Aviez-vous conscience de la manière dont le film allait être reçu, comme une oeuvre qui ose enfin formellement ce qui semble habituellement interdit, ou impossible, dans le long métrage d'animation ?

FDL : J’ai fait le film sans arrière-pensée. Je n’ai pas de plan de carrière, évidemment. Je fais des films, c’est ma façon de vivre ma vie. Je prends un grand plaisir à faire des longs métrages. Ville neuve est mon premier, mais j’ai adoré ça, j’en fais un deuxième en ce moment… J’adore travailler en équipe. Je travaille avec des gens que j’apprécie, on est comme une bande. Il y a beaucoup de jeunes qui m’apprennent des trucs, c’est très stimulant. Je le fais aussi pour ça. Donc non je n’avais pas de plans... Mais ce que je savais dès le départ, c’est que je n’allais pas faire de concession. La vie est trop courte pour ça.

Lire l'intégralité de l'entretien

Annecy 2019 : focus sur l’animation française 1/2

Posté par MpM, le 17 juin 2019

Le Japon avait beau être à l'honneur cette année à Annecy, c'est pourtant l'animation française qui a brillé de mille feux avec des propositions puissantes et éclectiques, et une démonstration magistrale d'inventivité et de savoir-faire. Tout, de l'esthétique aux sujets, en passant par les modes de narration et les techniques, est venu prouver l'immense vitalité d'un cinéma qui ne cesse d'expérimenter et d'explorer les possibilités infinies de son format.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si quatre longs métrages français étaient en compétition, représentant 40% de cette sélection, et si plusieurs des principaux prix toutes sélections confondues sont allés à des productions ou coproductions françaises : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, Mémorable de Bruno Collet, La vie de château de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi, Le Parfum d’Irak "Le Cowboy de Fallujah" de Léonard Cohen... D'où l'envie de consacrer deux articles distincts à la richesse exponentielle d'un cinéma qui semble au firmament, en s’attachant d'abord au cas particulier du format long, avant de se tourner vers ce qui est traditionnellement le cœur d'Annecy, à savoir le format court

Côté longs métrages, c'était donc une année exceptionnelle pour le cinéma français, avec un deuxième Cristal d'affilée : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, déjà historiquement récompensé à Cannes du Grand prix de la Semaine de la critique, succède en effet à Funan de Denis Do qui avait triomphé l'an passé. A ses côtés, quoique repartis bredouilles, La fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, Les Hirondelles de Kaboul et L'Extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian ont créé l'événement. Dans la nouvelle compétition Contrechamp, c'est le documentaire Zero impunity qui dénonce les violences sexuelles dans les conflits armés actuels, qui a également beaucoup fait parler de lui.

Enfin, deux séances événements ont permis de découvrir le nouveau film de Jean-François Laguionie, Le Voyage du Prince, et le passage réussi au long de Bonjour le monde, la série télévisée d'Anne-Lise Koehler et Eric Serre.

J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (compétition)

C'est incontestablement le grand gagnant de cette édition, qui cumule Prix du Public et Cristal du meilleur long métrage, en plus d'un bouche-à-oreille en béton armé. Avec sa trame narrative très simple et son spleen ténu, le premier long métrage de Jérémy Clapin impressionne autant par ses qualités de mise en scène que par son atmosphère ultra sensible. Tour à tour film de genre, portrait délicat d’un jeune homme qui cherche sa place, récit initiatique et même rencontre amoureuse, il suit en alternance une main coupée qui part à la recherche de son corps, et Naoufel, un jeune homme qui change de vie par amour. C’est dans cette juxtaposition des temporalités que se tisse le fil rouge du récit, la question du destin et de la manière dont il s’écrit, se suit et se contrarie.

Malgré l’humour de certaines situations, voire l’autodérision des dialogues, c’est une profonde mélancolie qui habite le film, portée par la très belle musique de Dan Levy et les teintes désaturées de l’image, éclairée ponctuellement par quelques touches de couleur vive, comme des gouttes de sang ou le manteau jaune et les écouteurs fluo de Gabrielle. Cette mélancolie sourde est celle des souvenirs et des regrets, la nostalgie d’un temps révolu, un sentiment d’errance. Naoufel, comme la main coupée, comme nous tous, n’en finit plus de chercher sa place dans le monde

Sortie : 6 novembre 2019

L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian (compétition)

Explosion de couleurs et d'émotions, le nouveau long métrage d'Anca Damian est une splendeur visuelle qui raconte la vie mouvementée d'une petite chienne nommée Marona. On a rarement vu un film destiné à un public familial qui respecte autant l'intelligence et le sens esthétique des enfants, comme des adultes. Malgré un scénario a priori tragique, rien n'est en effet jamais mièvre ou facile, chaque élément dramatique étant systématiquement contrebalancé par une touche d'humour et de poésie.

Formellement, Anca Damian s'offre toutes les libertés, et notamment de multiplier les styles graphiques, allant parfois très loin dans l'abstraction, ou dans une représentation stylisée du monde. On a la sensation qu'elle applique au long métrage ce qu'on aime tant dans le court : cette audace formelle qui ne s'interdit aucune expérimentation, et propose un cinéma libéré des contraintes esthétiques ou narratives traditionnelles, débordant d'idées visuelles et poétiques. Tout fonctionne, nous surprenant souvent, nous éblouissant sans cesse, et nous emportant dans les souvenirs doux amers du personnage. Avec elle, on se met à porter un regard différent sur le monde et sur nos semblables.

Sortie : 8 janvier 2020

La fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti (compétition)

Déjà présenté à Cannes, en section Un Certain regard, La fameuse invasion des ours en Sicile est l'un des films d'animation les plus attendus de l'année, signé par l'illustrateur et auteur BD Lorenzo Mattotti. Il s'agit d'un conte, adapté du seul roman jeunesse de Dino Buzatti, et scénarisé par le duo gagnant Thomas Bidegain et Jean-Luc Fromental, qui met en scène Léonce, le roi des Ours, parti en guerre contre les hommes après l'enlèvement de son fils Tonio.

Visuellement époustouflant, notamment dans la richesse de ses décors et de ses paysages naturels, le film fait le grand écart entre son inconstatable maîtrise technique, et le choix d'un positionnement un peu trop prudent. On sent que le film a été voulu pour plaire au (très) jeune public, quitte parfois à édulcorer le récit original, plus féroce, avec des éléments comiques comme les baladins ou les personnages fantoches. La trame narrative semble aussi expédiée, comme s'il s'agissait moins de critiquer et dénoncer la société que de proposer des péripéties romanesques. Malgré tout, le film reste une fable très plaisante, charmante et joyeuse, qui témoigne de la grande force de l'animation française contemporaine.

Sortie : 9 octobre 2019

Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec (compétition)

Un an à peine après Parvana de Nora Twomey, l'Afghanistan des Talibans était de retour à Annecy avec cette adaptation inégale du roman de Yasmina Khadra pensée comme une plongée sans fard dans une société rongée par l’obscurantisme, l’hypocrisie et la bêtise. Les personnages, malgré leurs différences sociales et culturelles, sont uniformément écrasés par le joug terrible qui régit les moindres détails de leur vie (la manière de s'habiller, le droit de rire, que dire et que penser) et fait peser sur eux une menace sourde et permanente.

Mais si l'on est convaincu par l'aspect esthétique du film, et notamment ses très beaux plans larges sur la ville, esquissée à grands traits dans des teintes désaturées, et ses personnages stylisés, on a plus de mal avec l'orientation clairement mélo-dramatique du récit, qui ajoute sans cesse de l'émotion à l'émotion. On a l'impression que ce type de cinéma "à sujet" finit par atteindre ses limites, parce qu'il ne parvient plus à s'extraire de l'incontestable noblesse de sa cause. Bien sûr, on ne peut qu'être sensible à l'hymne à la libération des consciences que véhicule le film, mais malgré tout on est déçu par son incapacité à aller au-delà d'une narration schématique et manichéenne.

Sortie : 4 septembre 2019

Zero impunity de Nicolas Blies, Stéphane Hueber-Blies et Denis Lambert (Contrechamp)

Ce documentaire engagé fait partie d'un vaste projet transmédia global combinant journalisme d'investigation et activisme, dont le but est de dénoncer l'impunité des violences sexuelles dans les conflits armés actuels, mais aussi de lutter pour y mettre fin. Construit en différents chapitres, le film aborde la question du viol comme arme de guerre ou de torture en Syrie, dans le Donbass, en République démocratique du Congo et aux Etats-Unis.

Les témoignages recueillis ont été reconstitués en animation, tandis que des experts témoignent à visage découvert dans les parties en prise de vue réelle. C'est dans les deux cas édifiants, avec la dénonciation d'une utilisation systématique du viol comme un outil d'humiliation, voire de destruction des individus, mais aussi comme un prolongement d'exploitation sociale. En s'attachant à des cas de figure très différents les uns des autres (notamment la violence sexuelle d'état à Guantanamo et les viols camouflés en prostitution volontaire en République démocratique du Congo), le film montre que le problème est loin d'être localisé dans une partie du monde ou un camp en particulier, même si l'on peut malgré tout être surpris qu'il fasse l'impasse sur de nombreux autres cas de violences sexuelles (on s'attendait par exemple à voir évoqués les viols systématiques perpétrés avec une rare violence dans la région du Kivu, également en République démocratique du Congo). Il s'agit quoi qu'il en soit d'un film indispensable, pensé avant tout comme un plaidoyer puissant et habité.

Sortie : à venir

Le voyage du prince de Jean-François Laguionie (séance événement)

Vingt après la sortie du Château des singes, Jean-François Laguionie lui donne une suite à travers cette sorte de journal de voyage tenu par le prince que l'on découvrait dans le premier volet. Celui-ci a traversé la mer pour aller à la rencontre d'une autre civilisation de singes. S'il est au départ fasciné par ce peuple qui vit dans une métropole moderne et industrialisée, il s'aperçoit pourtant rapidement que la société tout entière est régie par la peur. Dans cet univers très codifié, la haine et le rejet de l'autre sont en effet érigés en valeurs sûres, notamment au nom de la suprématie des uns sur les autres, mais aussi de la sécurité nationale.

Avec une forme d'humour léger, et à travers des images superbes, dans des teintes douces presque délavées, le réalisateur s'amuse une fois encore des travers de ses semblables, entre tentation du repli sur soi et tendance à l’inaction confortable. Son Prince vieillissant est comme un double de lui-même, personnage bienveillant et chaleureux qui observe avec curiosité et ironie le monde dans lequel il évolue, ne parvenant jamais à étancher sa soif de connaissances. Malgré la douceur du trait et l'humour du propos, l'urgence de celui-ci nous parvient 5 sur 5 : quand enfin cesserons-nous de prendre prétexte d'être les singes "les plus évolués de la création" pour asservir et ostraciser les autres ?

Sortie : 4 décembre 2019

Bonjour le monde de Anne-Lise Koehler et Éric Serre (séance événement)

Demain le monde est à l’origine une série télévisée destinée aux plus petits, dont le concept est de montrer la vie de bébés animaux. Après avoir été diffusée sur France 5, et avoir notamment gagné un Cristal à Annecy en 2015, elle devient désormais un long métrage qui fait se croiser autour d’une mare une faune diverse composée de castors, ablettes, tortues, salamandres et autres hibous.

Il faut le reconnaître, le ton volontairement pédagogique du film risque de décourager les plus âgés, de même que l’anthropomorphisme systématique dans le propos des animaux (« j’existe, c’est merveilleux ») finit par être assez agaçant. De la même manière, les voix donnent souvent faux, même en considérant que ce sont des animaux qui parlent. Malgré tout, on aura envie de montrer aux plus petits ce programme tout doux dans lequel les animaux sont des marionnettes de papier mâché (les caractères d’imprimerie sont encore lisibles) qui évoluent dans de somptueux décors colorés. On est en effet séduit par la réalisation extrêmement soignée et délicate, de même que par la manière dont le film stimule l’imaginaire des enfants tout en leur donnant une foule d’informations vraies sur la nature et son fragile équilibre.

Sortie : 2 octobre 2019

Annecy 2019: J’ai perdu mon corps triomphe

Posté par redaction, le 15 juin 2019

Un mois après son grand prix à la Semaine de Critique, le film d'animation J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin triomphe au Festival International du film d'Annecy. Le film, qui sortira en salles en novembre chez Rezo films (et sur Netflix dans une grande partie du reste du monde), confirme la bonne année du cinéma d'animation français, puisque le Cristal du court métrage (Mémorable, également prix du public dans sa catégorie) et le Cristal de la meilleure œuvre en réalité virtuelle sont aussi décernés à un film français. J'ai perdu mon corps a gagné aussi bien le Cristal du long métrage, la Palme d'or de l'animation, que le prix du public.

Longs métrages
Cristal du long métrage : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (France)
Mention du jury : Buñuel après l'âge d'or de Salvador Simo (Espagne / Pays-Bas)
Prix contrechamp : Away de Gints Zilbalodis (Lettonie)
Prix du public : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (France)

Courts métrages
Cristal du court métrage : Mémorable de Bruno Collet (France)
Prix du jury : Tio Tomás - A contabilidade dos dias de Regina Pessoa (Canada / France / Portugal)
Prix "Jean-Luc Xiberras" de la première oeuvre : La Pluie de Piotr Milczarek (Pologne)
Mention du Jury : Pulsión de Pedro Casavecchia (Argentine / France) - My Generation de Ludovic Houplain (France)
Prix du public : Mémorable de Bruno Collet (France)

Courts métrages de fin d'études :
Cristal du film de fin d'études : Daughter de Daria Kashcheeva (République tchèque)
Prix du jury : Rules of play de Merlin Flügel (Allemagne)
Mention du jury : These Things in My Head – Side A de Luke Bourne (Royaume-Uni)

Réalité virtuelle
Cristal de la meilleure oeuvre : Gloomy Eyes de Jorge Tereso et Fernando Maldonado (Argentine / France)

Courts métrages "Off-Limits" :
Prix du film "Off-Limits" : Don't Know What de Thomas Renoldner (Autriche)

Films de télévision et de commande :
Cristal pour une production TV : Panique au village "La Foire agricole" de Vincent Patar et Stéphane Aubier (Belgique)
Prix du jury pour une série TV : Le Parfum d’Irak "Le Cowboy de Fallujah" de Léonard Cohen (France)
Prix du jury pour un spécial TV : La vie de château de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi (France)
Cristal pour un film de commande : Ted-Ed "Accents" de Roberto Zambrano (Australie, Etats-Unis)
Prix du jury : #TakeOnHistory "Wimbledon" de Smiths and Foulkes

Prix André Martin :
Pour un long métrage français : Le procès contre Nelson Mandela et les autres de Nicolas Champeaux et Gilles Porte
Pour un court métrage français : Mon juke-box de Florentine Grelier
Mention pour un court métrage français : Flow de Adriaan Lokman

Annecy 2019 : rencontre avec Annabel Sebag, responsable de la distribution chez Autour de minuit

Posté par MpM, le 11 juin 2019

Créée en 2001 par Nicolas Schmerkin, Autour de minuit est à l’origine une société de production spécialisée en animation, et pensée comme un espace privilégié pour des films hybrides ou expérimentaux. Depuis 2004, elle s’est lancée dans la distribution de ses propres productions, puis d’autres films correspondant à sa ligne éditoriale. Aujourd’hui, elle compte plus de 70 films produits et un catalogue d’environ 350 titres. Principalement du court métrage (dont l’Oscarisé Logorama de H5 - François Alaux, Hervé de Crecy et Ludovic Houplain), mais aussi des séries (Non-Non, l'ornithorynque chouchou des plus jeunes), et même du long métrage (Unicorn Wars, le prochain film d’Alberto Vasquez dont la société avait déjà coproduit Psiconautas).

En mai dernier à Cannes, Autour de Minuit a reçu le premier Prix du distributeur de court-métrage décerné par UniFrance et La Fête du Court Métrage. L’occasion de rencontrer Annabel Sebag, responsable du département distribution et ventes internationales de la société pour parler des enjeux spécifiques de la distribution de courts métrages d’animation et du Festival d’Annecy qui fait chaque année la part belle au format court.


Ecran Noir : Quels sont les enjeux de la distribution de courts métrages ?

Annabel Sebag : Bien sûr, l’idée principale est de diffuser les films au maximum, donc on réfléchit à la stratégie à mettre en place pour chaque film, en fonction de sa spécificité. La première chose va consister à inscrire les films en festival. C’est extrêmement important parce que les festivals sont un des premiers endroits où l’on peut voir du court. Nous travaillons avec un réseau de 350 festivals en France et à l’étranger et nous mettons en place toute une stratégie pour proposer la “première” internationale ou nationale la plus adaptée à chaque film.

Ensuite, il y a tout ce qui concerne la vente des films. Pour ceux que nous produisons, nous avons souvent des pré-achats par les chaînes de télévision françaises. Longtemps, il y a eu une sorte de chronologie des ventes : d’abord les chaînes et en parallèle les diffusions en salle, et ensuite les mises en ligne sur internet. Mais maintenant, les pistes s’entremêlent. Depuis presque dix ans, les achats télé sont en chute libre, beaucoup de département courts métrages ferment ou ont des budgets en baisse. Tout ce qui est VOD [vidéo à la demande] ou SVOD [service de vidéo à la demande par abonnement] peut donc parfois venir avant. Certains films vont aussi se prêter à une diffusion dans des musées ou des galeries. Par exemple, on travaille assez régulièrement avec Le Cube à Issy-Les-Moulineaux, comme pour le film Aalterate de Christobald de Oliveira autour duquel on avait créé une installation. Pour Estate de Ronny Trocker, il y a aussi eu une installation au 104 où le réalisateur avait fait une résidence. On essaye également de monter des expositions autour des films, notamment la collection “En sortant de l’école”. Globalement, tous les réseaux sont bons pour montrer les films.

EN : Justement, au sujet de la VOD ou SVOD, il y a un public pour le court métrage sur ces plateformes ?
AS : Oui, ça marche pas mal ! Les plateformes commencent à faire vraiment beaucoup d’efforts pour intégrer du court. On a testé différentes choses, et certaines plateformes qui sont éditorialisées fonctionnent bien. Je pense notamment à Benshi, qui fonctionne par abonnement, ce que je trouve particulièrement adapté au court métrage. Avec Universciné par exemple, on est en train de travailler sur des programmes de courts. Bien sûr, ce ne sont pas les montants des chaînes de télé, mais ça marche bien.

EN : Comment choisissez-vous les films que vous souhaitez distribuer ?
AS : Chacun repère des films et les propose au reste de l’équipe. On ne fait pas de choix par rapport au potentiel commercial d’un film. Il faut que ce soit des coups de cœur. S’il marche, c’est super, et s’il est plus difficile à vendre, c’est pas grave, on a quand même envie de le défendre. Ca peut aussi être l’occasion de repérer des réalisateurs avec lesquels faire un film par la suite, parce qu’on a envie de suivre leur travail. C’est ce qui s’est passé pour Donato Sansone (Journal animé, Robhot, Bavure en compétition officielle à Annecy cette année). On a commencé à prendre ses films en distribution parce qu’on aimait beaucoup son univers, et maintenant on produit ses films. Même chose pour Rosto (Le Monstre de Nix, Splintertime, Reruns…) C’était vraiment le coup de cœur de Nicolas Schmerkin. On a d’abord proposé de distribuer sa trilogie, et puis finalement de produire tous ses films. C’est donc aussi une manière de défricher, de repérer des auteurs.

EN : Il y a donc un marché pour le court métrage.
AS : Oui, clairement ! C’est juste qu’il est en évolution depuis une dizaine d’années. Il faut donc comprendre comment il évolue. Après, c’est un travail de fourmi. Le plus gros de l’activité, ce sont des locations de copie pour des projections non commerciales, des programmes de courts. Je pense que je reçois en moyenne une quinzaine de demandes par jour.

EN : Et le fait de proposer des films d’animation, ça aide, ou c’est un frein ?
AS : Tout le monde dit que l’animation se vend mieux. Je crois que c’est vérifié par les dernières études. C’est plus facile pour le jeune public, très clairement. Il y a aussi une question de format : ce sont des films plus courts, souvent sans paroles. Ca s’exporte bien. Je crois aussi que les gens aiment bien l’animation, tout simplement ! Car même si les achats télé, qui représentaient la plus grosse partie des ventes il y a quinze ans, sont en chute libre, on voit que les chiffres d’affaire, eux, restent stables, voire augmentent. C’est bien la preuve qu’il y a d’autres réseaux à défricher. Et toujours beaucoup de demandes pour l’animation ! Il reste bien sûr plein de choses à faire bouger. On aimerait avoir accès à des grosses plateformes comme Netflix, par exemple.

EN : Quelles sont vos attentes pour Annecy ?
AS : Elles sont de deux sortes. D’un côté, une partie de l’équipe y va pour présenter nos activités de production et pitcher des projets, mais aussi rencontrer des acheteurs de longs métrages et de séries, ou trouver un distributeur pour les longs qu’on a en développement. Ils vont aussi rencontrer des distributeurs de salle étrangers ou des télés qui a priori n’achèteraient pas du court, mais qui pourraient être intéressés par un programme. Par exemple les « Panique au Village » de Vincent Patar et Stéphane Aubier : on a coproduit trois spéciaux TV de 26’ (dont le dernier La Foire agricole est en compétition à Annecy), on expérimente un montage sous la forme de programme de 80 minutes pour le présenter à des distributeurs de longs.
Enfin, l’équipe assiste aussi aux pitchs, afin de voir s’il y a des projets qui pourraient nous intéresser.

De mon côté, je m’occupe du court métrage. Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de nouveaux acheteurs de courts au MIFA [le marché du film d’Annecy]. Donc je rencontre peu de gens que je ne connais pas encore, mais surtout ceux avec lesquels je travaille pendant l’année. Ca me permet de voir avec eux ce qu’ils ont envie de développer, quelles thématiques les intéressent, ou les projets qu’ils souhaitent mettre en place dans l’année à venir. Comme ça je peux me positionner tout de suite, et répondre à leurs besoins au plus tôt. Et bien sûr je leur présente les nouveaux films du catalogue. Et si je peux, je vois des films !

EN : On parle beaucoup, actuellement, des problématiques liées à l’animation adulte, qui a du mal à attirer les spectateurs. Quels sont les enjeux de ce type particulier de films ?
AS : Il y a un groupe de travail qui a été monté autour du long métrage d’animation pour adultes, sur l’impulsion de Nicolas Schmerkin. L’AFCA (Association française du cinéma d’animation) travaille dessus et y a associé des producteurs, des distributeurs, des exploitants… On réfléchit à la manière de faciliter la production de longs pour adultes. Comment les positionner et comment bien les sortir en salles. On pense que ce serait vraiment important de mieux impliquer les exploitants, dès la productions, pour qu’ils s’emparent des films. Qu’ils aient envie de les défendre. Il faudrait aussi travailler avec les spectateurs, parce qu’avoir une bonne presse n’est plus prescripteur. Peut-être que ça fonctionne mieux quand les spectateurs portent le film. Comme le réseau des spectateurs ambassadeurs de l’ACID qui choisissent un film “coup de cœur” et en parlent autour d’eux. Il y a une réflexion à mener aussi autour du label « jeune public » qui va jusqu’à 12 ans, et qui parfois n’aide pas la diffusion. Ça permet peut-être de rassurer les exploitants mais au finale ça ne colle pas toujours à la réalité du film, et ça le rend difficile à positionner et à sortir.

Exclusif : découvrez le nouveau trailer de l’Extraordinaire voyage de Marona d’Anca Damian

Posté par MpM, le 8 juin 2019

Voilà plusieurs mois qu'on vous parle de L'Extraordinaire voyage de Marona, le nouveau film de la réalisatrice Anca Damian (Le voyage de monsieur Crulic, La montagne magique), une fable ultra moderne autour d'une petite chienne qui, suite à un accident, se remémore ses différents maîtres, qu'elle a tous aimés inconditionnellement.

Alors qu'il s'apprête à faire l'événement au Festival d'Annecy, avant sa sortie en janvier 2020, nous vous proposons de découvrir son nouveau trailer, qui dévoile la richesse exceptionnelle de l'univers visuel multiple imaginé par la réalisatrice.

On vous l'assure : que vous ayez sept ou soixante-dix-sept ans, vous allez craquer pour cette histoire forte et sensible qui, tout en jouant la carte de l'humour et de la légèreté, éveille tout une palette d'émotions délicates. Marona raconte en effet à la première personne son existence mouvementée, embellie par les rencontres et les découvertes, et nous emmène le plus naturellement du monde dans son univers fait de poésie et de petits bonheurs.

Visuellement, c'est une fresque virtuose et intense dans laquelle se déploie sans compter l’incroyable inventivité de sa réalisatrice. Chaque séquence est une nouvelle splendeur qui nous emporte tour à tour dans l'espace ou dans un parc à la végétation luxuriante, sur un chantier de construction ou dans une maison aux murs roses. Dans cet univers ultra coloré, rien n'est acidulé ou mièvre, mais c'est au contraire comme une explosion de teintes vives et chatoyantes qui illuminent le récit.

Anca Damian s'offre toutes les libertés, et notamment de multiplier les styles graphiques, allant parfois très loin dans l'abstraction, ou dans une représentation stylisée du monde. On a la sensation qu'elle applique au long métrage ce qu'on aime tant dans le court : cette audace formelle qui ne s'interdit aucune expérimentation, et propose un cinéma libéré des contraintes esthétiques ou narratives traditionnelles, débordant d'idées visuelles et poétiques.

Tout fonctionne, nous surprenant souvent, nous éblouissant sans cesse, et nous emportant dans les souvenirs doux amers du personnage. Avec elle, on plonge littéralement dans le système solaire, les ombres chinoises dansent sur le mur, les livres s'animent, les crêpes s'envolent... Le spectateur, comme face à un feu d'artifice, n'a pas assez de regards pour tout embrasser.

Et qui aurait dit que l'on éprouverait autant d'empathie pour un chien ? On vibre littéralement avec Marona, profondément touchés par sa découverte du monde, bouleversés par les énormes preuves d'amour qu'elle donne à ses différents maîtres, émerveillés nous-mêmes par sa capacité d'émerveillement.  Et cela va même plus loin : à voir l'être humain à travers le regard bienveillant de Marona, on reprend même un peu confiance en nous-mêmes, et en nos semblables.

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L'Extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian
Production : Aparte Film, Sacrebleu Productions, Minds Meet
Distribution : Cinéma Public Films
Sortie : 8 janvier 2020

Cannes 2019 : entre intimité et formalisme, dix courts métrages qui ont marqué la 72e édition

Posté par MpM, le 31 mai 2019

Il faut être franc : Cannes n'est pas forcément le lieu idéal pour voir du court métrage. L'offre en longs métrages de premier plan, la nécessité de courir d'une salle à l'autre, les multiples sollicitations, ajoutées au fait que les séances de courts bénéficient souvent de moins de projections qu'un long (une seule séance pour les programmes de la Quinzaine, par exemple), incitent beaucoup de festivaliers à faire l'impasse. C'est pourtant dommage, car pour le format court aussi, Cannes est immanquablement le lieu des révélations, parfait pour prendre la température de la jeune création et du cinéma mondial.

C'est aussi parfois l'occasion de repérer les réalisateurs qui enchanteront la Croisette avec leurs longs métrages dans le futur comme ce fut par exemple le cas cette année avec Jérémy Clapin qui a triomphé à la Semaine de la Critique avec J'ai perdu mon corps, où il avait déjà présenté Skhizein en 2008, et Erwan Le Duc dont le film Perdrix a connu un grand succès à la Quinzaine des Réalisateurs, trois ans après avoir été sélectionné à la Semaine en 2016 avec Le Soldat vierge.

Cette 72e édition cannoise a été marquée par le triomphe de courts formels, dans lesquels la mise en scène joue un rôle au moins aussi important que le récit ou la narration. On le souligne car les jurys ont parfois tendance, plus encore qu'en longs métrages, à privilégier des oeuvres "à sujet" ou "à message". Or, cette année, les différentes sélections (Officielle, Cinéfondation, Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique) semblaient avoir opté pour un cinéma plus ténu et moins démonstratif, et parfois même, comme à la Quinzaine des Réalisateurs, tirant vers l'expérimental ou l'installation artistique.

Ce qui n'a pas empêché les réalisateurs d'aborder, souvent en creux, les grands enjeux des sociétés contemporaines comme l'environnement, le consumérisme, l'accueil des réfugiés, la misère sociale... mais aussi des thématiques plus intimes liées à la maternité, à la famille ou à des trajectoires personnelles. Petit tour d'horizon de 10 cours métrages qu'il fallait absolument voir sur la Croisette cette année.

La Distance entre le ciel et nous de Vasilis Kekatos (Officielle)


Une rencontre impromptue dans la nuit. Des plans serrés sur les visages. Des dialogues ironiques et décalés. Et l'un des plus beaux plans de fin vus pendant le festival. La Palme d'or 2019 est un film ténu et intimiste à la simplicité désarmante, à la sensibilité à fleur de peau et au minimalisme assumé.

Grand bouquet de Nao Yoshiga (Quinzaine)


Dans un espace totalement vide, une femme fait face à une créature noire mouvante qui semble la menacer. Sa seule réponse sera des flots de fleurs multicolores se déversant de sa bouche. Les deux forces en puissance finiront par se combiner pour donner un ailleurs plein de promesses. A mi-chemin entre l'installation muséale et le court métrage expérimental, l'artiste Nao Yoshiga propose un film puissant et presque hypnotique aux multiples interprétations possibles.

L'Heure de l'Ours d'Agnès Patron (Officielle)

Une fresque animée flamboyante et majestueuse qui raconte, dans des éclats de rouge et de vert sur fond noir, le combat immémorial des enfants pour gagner leur liberté et s'affranchir des adultes. Servi par l'exceptionnelle musique symphonique de Pierre Oberkampf, le film mêle le souffle épique au récit intime, et emporte le spectateur dans une danse effrénée et tribale qui semble nous ramener aux origines de l'Humanité.

The Little soul de Barbara Rupik (Cinéfondation)


Un voyage éblouissant de beauté, d'onirisme et de mélancolie au pays des morts en compagnie d'une petite âme tout juste échappée du corps qui l'abritait. Barbara Rupik travaille sur la texture de ses personnages et de ses décors jusqu'à recréer un univers organique saisissant et sublime, cadre dantesque édifiant pour le récit poétique et bouleversant d'une indéfectible amitié post-mortem.

Mano a mano de Louise Courvoisier (Cinéfondation)


Un couple d'acrobates va de ville en ville pour se produire. Leur relation se dégrade, et tout semble sur le point de basculer. Louise Courvoisier, étudiante à la CinéFabrique de Lyon, filme les corps en mouvement, au repos, à l'abandon ou au contraire en pleine opposition, mais de dos, ou en les décadrant. Ce ne sont pas les performances qui l'intéressent, mais comment la tension palpable entre les deux protagonistes en vient à influer sur le moindre de leur geste. Une histoire simple de confiance à raviver et d'avenir à réinventer à deux.

Mardi de 8 à 18 de Cecilia de Arce (Semaine de la Critique)

Une journée dans la vie d'une surveillante scolaire bienveillante et pleine d'empathie qui lutte contre la rigidité quasi carcérale d'un collège où le corps encadrant privilégie la répression à l'écoute. Entre portrait sensible et comédie réaliste, Cecilia de Arce montre les limites d'un système qui, à force de refuser le cas par cas, finit par nier froidement les individus.

Movements de Dahee Jeong (Quinzaine des Réalisateurs)

Cinq chapitres comme autant de vignettes malicieuses pour parler de ce qui nous meut, et de quelle manière. On découvre ainsi un chien, une femme avec un sac à dos ou encore un vieil arbre qui a besoin d'une canne, tour à tour en train de peindre un mur ou de regarder la télévision. La réalisatrice s'amuse à décomposer les mouvements quasi image par image, ou au contraire à les accélérer par le biais de la touche "avance rapide", proposant un film léger et joyeusement décalé sur la notion de mouvement en tant qu'essence de la vie comme du cinéma (d'animation).

Piece of meat de Huang Junxiang et Jerrold Chong (Quinzaine)


Une fable au vitriol sur les excès du capitalisme et les limites de la société de consommation. Dans un monde peuplé d'objets (en papier), une côté d'agneau tente de subvenir aux besoins de sa famille. Prise dans la spirale infernale du déterminisme social, elle est la victime expiatoire d'un monde qui semble le reflet cauchemardesque de la nôtre. Pessimiste et cruel, mais tellement drôle.

She runs de Qiu Yang (Semaine de la Critique)


Déjà sélectionnée à Cannes en 2015 avec Under the sun (Cinéfondation) puis en 2017 avec A gentle night (Palme d’or du meilleur court métrage), Qiu Yang n’est pas vraiment la révélation de cette 58e Semaine de la Critique, mais prouve qu'il continue à creuser efficacement le sillon de son cinéma esthétique au classicisme discret. Son film à la beauté formelle édifiante a d'ailleurs sans surprise remporté le Prix Découverte Leitz Cine du court métrage. On y voit dans des plans composés comme des tableaux à la profondeur de champ quasi inexistante, et où se multiplient les cadres intérieurs à l'image, une jeune gymnaste lutter pour quitter l'équipe à laquelle elle appartient. Visuellement éblouissant.

Stay awake, be ready de Pham Thien An (Quinzaine des Réalisateurs)


Un plan-séquence presque statique qui semble observer nonchalamment la terrasse d'un petit restaurant. Tandis que des hommes parlent hors champ, un accident de la route survient, puis un petit garçon improvise un spectacle de cracheur de feu. Une scène de rue presque banale, et pourtant énigmatique, qui montre le monde comme à distance, pris dans différentes tonalités de jaune et de rouge. Une brillante démonstration formelle, doublée d'un instantané troublant du quotidien, qui a valu au réalisateur vietnamien Pham Thien An le Prix Illy du court métrage.

Cannes 2019: les 15 films à ne pas manquer

Posté par redaction, le 30 mai 2019

Voici 15 films projetés au Festival de Cannes que nous vous recommandons fortement. 15 rendez)vous cinématographiques aussi éclectiques qu'incontournables. Certains sont en salles ou s'apprêtent à débarquer dans les cinéma. Pour d'autres, il faudra attendre. En attendant, vous pouvez découvrir les films cannois lors des reprises:
- Un Certain regard: jusqu’au 4 juin, le réseau de salles d’art et d’essai « Ecrans de Paris » – l’Arlequin (6e), l’Escurial (13e), le Majestic Bastille (11e), le Majestic Passy (16e) et le Reflet Médicis (5e)
- La Quinzaine des Réalisateurs: à Paris, au Forum des images, du 30 mai au 9 juin ; à Marseille, le cinéma Alhambra du 28 mai au 9 juin ; à Bruxelles, à la Cinematek, du 1er au 7 juillet.
- La Semaine de la Critique: à la Cinémathèque française, les 10 courts et 10 longs-métrages du 5 au 12 juin.

Douleur et Gloire de Pedro Almodovar (Pathé - 17 mai 2019)
Depuis Volver, Pedro Almodovar n'avait plus conquis unanimement le public et les critiques. Hormis La Piel que Habito, il semblait ne plus pouvoir se renouveler formellement. Avec cette autofiction, le cinéaste espagnol transcende son cinéma pour l'amener vers une épopée de l'intime d'un homme vieillissant tout autant que l'immerger dans un portrait crépusculaire de l'artiste. Antonio Banderas incarne ainsi son mentor, en trouvant là le plus grand rôle de sa carrière. En offrant un cinéma généreux autour d'un récit mélancolique, Almodovar parvient surtout à réconcilier le passé et le présent pour surmonter le noir et tendre vers la lumière.

Parasite de Bong Joon-ho (Les Bookmakers / The Jokers - 5 juin 2019)
Première Palme d'or sud-coréenne, le film de Bong Joon-ho fait écho à la Palme japonaise de l'an dernier, Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda. Tous deux filment une population exclue, survivant dans la misère en captant des miettes de la prospérité libérale. Mais ici, le cinéaste en fait un film de genre, le "Home Invasion", où la redistribution des richesses va finir en carnage. Une lutte des classes intense et violente, où le mépris des uns se mêle aux envies des autres. On en ressort enthousiasmé, jubilant d'avoir vécu un "roller-coster" divertissant et intelligent, imprévisible et irrésistible.

Être vivant et le savoir d'Alain Cavalier (Pathé - 5 juin 2019)
Un écran de cinéma pour conjurer la mort, quelle plus belle idée pourrait-on trouver ? Alain Cavalier rend hommage à son amie Emmanuèle Bernheim à travers des extraits de son journal filmé, des passages de son journal écrit, des réflexions en voix-off et des mises en scène de statues, de pigeons et de courges parfois en décomposition. Il convoque en filigrane le film qu'ils n'auront jamais pu faire ensemble, et sa propre mort, qui flotte sur le film comme une présence familière.

Le Daim de Quentin Dupieux (Diaphana - 19 juin 2019)
Pour son huitième long-métrage, Quentin Dupieux s’intéresse à la folie d’un homme (Jean Dujardin) qui plaque tout et décide sur un coup de tête et un coup de cœur de s’acheter le blouson 100% daim de ses rêves. Sur son passage, il croise la route de Denise (Adèle Haenel), une barmaid aussi barrée que lui. Un quiproquos va les amener à travailler ensemble, sans se douter que l'aliénation n'est pas loin.Ensemble, ils donnent lieu à la comédie existentielle la plus loufoque de l’année.

Give Me Liberty de Kirill Mikhanovsky (Wild Bunch - 24 juillet 2019)
Grâce à un héros complètement dépassé (un jeune conducteur de bus pour personnes handicapées), Kirill Mikhanovsky se lance dans un portrait-charge de l’administration Trump qui ne soutient pas davantage les minorités que les gouvernements précédents. Drôle, touchant et cacophonique, Give Me Liberty est le grand film choral et social dont nous avons besoin.

Bacurau de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho (SBS distribution - 25 septembre 2019)
C'est un peu le village d'Astérix contre l'Empire suprémaciste et ultra)libéral mondialisé. Le film brésilien est un film de genre où rien n'est vraiment attendu, jusqu'au final digne d'un western à l'ancienne. Dans ce proche avenir aussi terrifiant que glaçant - un monde autoritaire aux élus corrompus -, ce safari où de simples citoyens sont les proies, s'amuse à jouer avec nos nerfs tout en livrant un puissant message d'entraide et de solidarité. Il n'y a pas de banquet à la fin mais c'est tout comme.

Atlantique de Mati Diop (Ad Vitam - 2 octobre 2019)
Avec son premier long métrage, Mati Diop propose un singulier récit de l'exil, raconté du point de vue de ceux qui restent. Mêlant observation sociologique, polar et fantastique, la réalisatrice parvient ainsi à donner un visage et une histoire aux milliers de réfugiés qui reposent dans les fonds sous-marins, sans sépulture et sans oraison funèbre. Ce faisant, elle propose une œuvre puissante et ultra-contemporaine qui interroge frontalement la notion de responsabilité collective.

Alice et le maire de Nicolas Pariser (Bac films - 2 octobre 2019)
Avec son second long-métrage, Nicolas Pariser signe un constat cinglant du paysage politique français actuel : le PS est mort par manque d’ambition. Un constat qui lui est permis par le biais du maire socialiste et fictif de Lyon, en proie à une panne d’idées. Il a besoin d’une philosophe à ses côtés pour se rassurer. Une comédie piquante et actuelle portée avec brio par le duo Fabrice Luchini-Anaïs Demoustier.

Chambre 212 de Christophe Honoré (Memento films - 9 octobre 2019)
Avec une fable presque surréaliste à la Blier et une variation sur le couple pris dans le piège de l'individualité et de l'infidélité, Christophe Honoré réussit son film le plus drôle et le plus juste. L'auteur-metteur en scène-cinéaste continu ainsi d'explorer le désir, l'amour et la fuite à travers une femme qui assume l'évolution de ses plaisirs tout en craignant son propre vieillissement. Sous ses airs de marivaudage, le film est avant tout une illustration inspirée des contradictions humaines dans une société conservatrice et hédoniste.

Papicha de Mounia Meddour (Jour2fête - 9 octobre 2019)
Des étudiantes ont des rêves d'avenir dans l'Algérie des années 90, au moment où des intégristes veulent imposer de nouvelles restrictions par la menace. Sans doute à cause d'un contexte lourd, on est sensible à l'énergie vibrante et féministe de cette bande de filles qui résiste et ne se soumettent pas à faire des concessions contre leur liberté. Au premier plan, on découvre la révélation Lyna Khoudri, épatante.

J’ai perdu mon corps de Jeremy Clapin (Rezo films - 6 novembre 2019)
Une main, séparée de son corps, part à sa recherche. Il règne dans le premier long métrage de Jérémy Clapin une mélancolie profonde, faite de souvenirs et de regrets. Le récit ténu oscille ainsi entre les moments suspendus de nostalgie, les tranches de vie simple d'un personnage en quête d'une place dans le monde, et de véritables scènes d'action initiatiques. On est frappé par la précision et la virtuosité de la mise en scène qui offre tout à tour un souffle épique et une justesse absolue dans le registre de l'intime.

Les misérables de Ladj Ly (Le Pacte - 20 novembre 2019)
Ce n'est pas un énième film sur la banlieue, mais plutôt le tableau d'une société en plein chaos. Si tout le film tend vers un final violent et intense que n'aurait pas renié John Carpenter tant il est suffocant, il s'agit avant tout d'une parfaite représentation d'une France éclatée, où les communautés comme les générations sont incapables de s'écouter et a fortiori de se respecter. Ici, rien n'est binaire. Les Misérables est tout autant humain que désespérant. C'est avant tout épatant, puisque nous nous attachons à chacun des protagonistes, peu importe leur camp.

It must be heaven d'Elia Suleiman (Le Pacte - 4 décembre 2019)
Avec peu de dialogues mais un sens aigüe de l'observation et un génie de la situation, le cinéaste palestinien nous emmène à Paris et à New York pour un état des lieux du monde pas forcément réjouissant. Et pourtant on rit devant ses facéties, sa tête de Droopy impassible, ses petites mésaventures et ce burlesque qui s'invite jamais où on l'attend. Malgré sa légèreté apparente, cet elixir de bonheur, exquis de bout en bout, ne manque pas de profondeur. Manifeste politique, engagé même, la comédie est douce-amère et même festive. Une pépite.

La vie invisible d'Euridice Gusmao de Karim Aïnouz (ARP Sélection - 25 décembre 2019)
Alors que les feuilletons français de début de soirée cartonnent sur le petit écran, rendons aux Brésiliens l'art de la télénovela. Karim Aïnouz la projette sur grand écran avec une belle et grande fresque aussi émouvante que déchirante sur deux sœurs que le destin sépare. Ode à l'émancipation féminine et critique du pouvoir patriarcal, le film traverse une décennie (et un peu plus) pour nous embarquer dans un double récit passionnant. On ressort conquis par les deux actrices et séduit par cette histoire dramatique. Mais loin d'être superficiel et léger, ce mélo est aussi très beau.

And then We Danced (Et puis nous danserons) de Levan Akin (ARP Sélection - date de sortie encore non communiquée)
Dans la lignée de Call Me by Your Name et Moonlight, le film de Levan Akin s’intéresse aux premiers émois amoureux (et sexuels) d’un jeune danseur en quête d’identité. Doublé d’une chronique de la Géorgie toujours aussi peu tolérante - c'est un euphémisme - envers les LGBT, And then We Danced finira sans l’ombre d’un doute au panthéon des films gays.