Tour d’horizon des courts métrages présélectionnés pour les César 2018

Posté par MpM, le 25 septembre 2017

On connaît désormais les courts métrages pré-sélectionnés pour les César dans les catégories "meilleur court métrage" et "meilleur court-métrage d'animation". Ils sont au nombre de 36 (24 en prise de vue réelle et 12 en animation), tous choisis par des comités spécifiques constitués de spécialistes du domaine.

Un deuxième tour permettra dans un second temps de déterminer les œuvres véritablement nommées, cette fois par le cortège de votants qui aura la possibilité de les découvrir préalablement sur grand écran ou via les DVD fournis dans le coffret réunissant les nommés.

On retrouve assez logiquement dans les deux listes des films ayant eu une belle carrière en festival et parfois couronnés des prix les plus prestigieux. De manière assez incontournable, il y a par exemple d'anciens sélectionnés cannois (en 2016 ou en 2017, en fonction de leur date de visa) comme La laine sur le dos de Lotfi Achour, Le silence d'Ali Asgari et Farnoosh Samadi, Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia, Decorado d'Alberto Vasquez et Pépé le morse de Lucrèce Andreae. Love de Réka Bucsi, lui,  était à Berlin. Le film de l'été d'Emmanuel Marre a reçu le Prix Jean Vigo. I want Pluto to be a planet again était à Clermont Ferrand et Annecy. L'ogre de Laurène Braibant a été récompensé à Annecy et Grenoble, et ainsi de suite. Tous ceux-là peuvent faire office de favoris, même si les critères de vote demeurent souvent assez obscurs.

Bien sûr, nous avons nous aussi nos chouchous, dont on espère qu'ils figureront dans les listes finales (5 courts métrages et 4 courts métrages d'animation). Ainsi, Noyade interdite de Mélanie Laleu, merveilleuse fable humoristique sur la monétisation à outrance de notre société, et l'ultra moderne solitude des êtres qui ne parviennent pas à y trouver leur place ; La convention de Genève de Benoit Martin, comédie très finement dialoguée qui oppose deux bandes rivales à la sortie du lycée, entre confrontation musclée et recherche de diplomatie (avec un casting de jeunes acteurs époustouflants, ce qui n'est pas peu dire quand on connaît la difficulté à trouver des adolescents qui sonnent juste dans le court métrage) ; Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia, qui porte un regard sensible sur la relation complexe, ténue et intime, entre une mère et son fils devenu chasseur alpin, peut-être sur le point de partir au combat.

Ils pourraient néanmoins être battus sur le fil par des films "à sujet" comme Mare nostrum de Rana Kazhaz et Anas Khalaf (un père syrien prépare brutalement sa fille à la traversée de tous les dangers qui les attend) ou Le silence d'Ali Asgari et Farnoosh Samadi (une petite fille doit traduire les propos difficiles du médecin pour sa mère), sans oublier Le film de l'été d'Emmanuel Marre (déambulation estivale d'un homme paumé qui se prend d'amitié pour le fils d'un ami), ou encore le très classique Marlon de Jessica Palud sur une adolescente qui s'apprête à rendre visite à sa mère en prison.

Côté animation, impossible de passer à côté du nouveau film de Chloé Mazlo, Diamenteurs, qui utilise un matériau intime pour dresser un parallèle sidérant entre le processus qui transforme un diamant brut en pierre ultra formatée, et celui qui fait de même avec les êtres humains. De la même manière, on adore depuis le début l'insolent Decorado d'Alberto Vasquez, qui dévoile un monde effrayant, malsain et dysfonctionnel dans lequel tout n'est que décor et artifice. Sans oublier le très décalé Alphonse s'égare de Catherine Buffat et Jean-Luc Gréco sur un adolescent involontairement en roue libre, le puissant Negative space de Max Porter et Ru Kuwahata, une histoire très simple de connivence entre un père et son fils à travers la confection d'une valise, et Pépé le morse, premier film particulièrement maîtrisé de Lucrèce Andreae, sur une famille confrontée au deuil.

Mais quelles que soient les listes finales (elles seront annoncées le 31 janvier), c'est de toute façon une belle reconnaissance que de figurer dans cette première sélection, qui met la lumière sur le meilleur du court métrage français récent. On ne peut donc que conseiller aux cinéphiles impénitents, amateurs de courts métrages ou simples curieux de regarder les 36 films pour se faire leur propre opinion, et découvrir ainsi les réalisateurs sur lesquels il faut compter.

Les 12 courts métrages d'animation en lice

- A l'horizon d'Izabela Bartosik-Burkhardt
- Alphonse s'égare de Catherine Buffat et Jean-Luc Gréco
- Decorado d'Alberto Vázquez
- Diamenteurs de Chloé Mazlo
- I want Pluto to be a planet again de Marie Amachoukeli et Vladimir Mavounia-Kouka
- L'ogre de Laurène Braibant
- Le futur sera chauve de Paul Cabon
- Love de Réka Bucsi
- Le jardin de minuit de Benoît Chieux
- Mon homme (poulpe) de Stéphanie Cadoret
- Negative space de Ru Kuwahata et Max Porter
- Pépé le morse de Lucrèce Andreae

Les 24 courts métrages en lice

- 1992 Anthony Doncque
- A Brief history of Princess X de Gabriel Abrantes
- Blind sex de Sarah Santamaria-Mertens
- Debout Kinshasa ! de Sébastien Maitre
- Et toujours nous marcherons de Jonathan Millet
- Féfé limbé de Julien Silloray
- Goliath de Loïc Barché
- Goût bacon d'Emma Benestan
- Guillaume à la dérive de Sylvain Dieuaide
- Je les aime tous de Guillaume Kozakiewiez
- La convention de Genève de Benoît Martin
- La laine sur le dos de Lotfi Achour
- Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembre
- Le film de l'été d'Emmanuel Marre
- Le silence d'Ali Asgari et Farnoosh Samadi
- Les bigorneaux d'Alice Vial
- Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia
- Les misérables de Ladj Ly
- Mare nostrum de Rana Kazhaz et Anas Khalaf
- Marlon de Jessica Palud
- Noyade interdite de Mélanie Laleu
- Panthéon discount de Stéphan Castang
- Pas comme des loups de Vincent Pouplard
- Tangente de Julie Jouve et Rida Belghiat

Cartoon Forum 2017 : une 28e édition qui a tenu ses promesses

Posté par MpM, le 17 septembre 2017

Beau succès pour la 28e édition du Cartoon Forum, rencontres professionnelles consacrées aux projets de séries animées pour la télévision, qui se tenait du 11 au 14 septembre à Toulouse. Marc Vandeweyer l'a confirmé lors de la conférence de presse de clôture, si le nombre de participants était stable par rapport à l'année précédente (environ 950 producteurs, investisseurs, diffuseurs, acheteurs et plateformes SVoD/VoD), les salles où étaient présentés les projets étaient elles plus remplies que d'habitude.

En tout, 82 projets provenant de 23 pays ont été présentés aux participants venant de 40 pays. D'après un communiqué officiel, les diffuseurs et investisseurs ont évalué le cartoon Forum 2017 comme "la meilleure édition en termes de qualité de projets avec une grande diversité de genres, contenus, graphismes et de publics". Et c'est vrai qu'on a vu tous les styles : animation adulte trash avec Chicken of the dead et La survie de l'espèce (adaptation de la bande dessinée chez Futuropolis), projets artistiques ambitieux avec Romantismes et Mr Passenger, séries classiques pour pré-ados avec Les quatre de Baker street (par Folivari, d'après la bande dessinée éditée par Vents d'Ouest) et Sol & Liv (un projet polonais inspiré de mythes et légendes slaves et scandinaves), mignonneries charmantes avec Botos Family (un projet sud-coréen d'animation de marionnettes de petits chats, ) et Zibilla (un spécial de 26 minutes autour d'une petite zébrelle ostracisée, par la réalisatrice Isabelle Favez)...

Au petit jeu des statistiques, on constate que c'est le projet Stinky dogs proposé par Dandeloo, Folivari et PANIQUE! qui a eu, de loin, le plus de succès auprès des professionnels. Il s'agit d'une adaptation des livres jeunesses de Colas Gutman et Marc Boutavant à l'Ecole des loisirs portée par les réalisateurs Vincent Patar et Stéphane Aubier. Il est suivi de près par L'odyssée de Shooom (dont nous vous parlions mercredi) de Picolo Pictures et Les culottées d'Agat Films & cie, l'adaptation par Sarah Saidan des livres de Pénélope Bagieu chez Gallimard (voir notre article).

Parmi les grandes tendances de cette 28e édition, on peut ainsi noter la prépondérance des projets d'adaptation (à ceux déjà cités, il faut notamment ajouter Akissi, d'après l'ouvrage de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin chez Gallimard ainsi que Mister paper et Tatsu Nagata's weird and wonderful world dont nous vous parlions ici) et la maigre représentation des projets à destination d'un public adulte (seulement 6 projets cette année). Enfin, on a pu constater que très peu de séries jouaient la carte de récits feuilletonnants, les épisodes autonomes et indépendants étant majoritairement privilégiés, de même que les formats plutôt courts (autour de 10 minutes).

La grande question est désormais de savoir combien de ces projets verront effectivement le jour. En 27 éditions, 711 ont été financés pour un montant total de 2,5 milliards d’euros. Ce qui correspond à 37% des projets présentés, et 42% si l'on se focalise seulement sur les dix dernières années. Autant dire qu'on risque d'être déçus, et frustrés, de ne jamais découvrir sur petit écran certains de ces concepts, de ces personnages et de ces univers qui nous avaient charmés.

Cartoon Forum 2017 : autant en emportent les projets

Posté par MpM, le 15 septembre 2017

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas au Cartoon Forum de Toulouse qui a vu défiler plus de 80 projets de séries animées en seulement trois jours ! Lors de la dernière journée, quatre pitchs ont plus particulièrement retenu notre attention, dont trois qui sont des adaptations de livres pré-existants.

MIMI ET LISA
Production : Fool Moon et Maur Film
Réalisatrice : Ivana Šebestová

Mimi, la petite fille aveugle, et sa copine Lisa sont de retour ! Après une série télévisée, des livres, un DVD et même un film sorti en salles en avril 2016, les deux héroïnes slovaques s'apprêtent à revenir dans un "spécial" de 26 minutes intitulé Christmas lights Mystery. Les deux amies inséparables devront donc voyager dans le temps pour découvrir ce mystère des lumières de Noël et changer le passé pour illuminer le présent.

Dans un univers toujours aussi coloré et magique, les petites héroïnes font preuves d'imagination et de courage pour vivres des aventures acidulées prônant immanquablement des valeurs de tolérance et de vivre ensemble.

Le plus : on aime l'univers graphique très travaillé du projet, qui évoque parfois l'esthétique ultra-colorée des vitraux.
Le bémol : quoique de très bonne facture, ce nouvel épisode des aventures de Mimi et Lisa ne brille pas spécialement par l'originalité de son scénario.
A savoir : Mimi et Lisa est réalisé en 2D, selon une technique proche du papier découpé qui mêle tissus, crayons de couleur et aquarelles.

AUTANT EN EMPORTE LE TEMPS
Production : Amopix
Réalisateur : Mathieu Rolin

Aux côtés d'une équipe d'archéologues, le spectateur (entre 6 et 11 ans) découvre le principe des fouilles et enquête sur les civilisations passées. Chaque épisode fait découvrir une période spécifique et apporte à la fois des éléments historiques, des précisions de vocabulaire et des informations sur le métier d'archéologue. Le pilote laisse entrevoir une série très instructive qui se veut à la fois ludique et très scientifique, abordant aussi bien les traditions vestimentaires des Gaulois que leur habitudes alimentaires, ou encore la définition du carpologue (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une spécialité archéologique qui s'appuie sur la connaissance et l'étude des graines et des fruits).

Elle s'accompagne de jeux qui permettent aux enfants d'approfondir les sujets traités dans chaque épisode et de renforcer leurs connaissance.

Le plus : on est enthousiaste devant le contenu intelligent et riche proposé par le pilote.
Le bémol : un graphisme 3D pas très soigné et des dialogues lourdingues entre les personnages, censés apporter un contrepoint humoristique, pourraient limiter la portée de la série.
A savoir : c'est le comédien français Patrick Préjan (qui s'est notamment spécialisé dans le doublage) qui prête sa voix au narrateur.

MISTER PAPER
Production : A private view, Beast animation, Viking film et Ketnet VRT
Réalisateur : Steven De Beul & Ben Tesseur

Adapté des livres Meneer Papier d'Elvis Peeters et Gerda Dendooven, Mister paper met en scène un bonhomme de papier qui, armé de ses ciseaux , crée et fabrique son univers au fur et à mesure de ses besoins. Avec beaucoup de poésie et de tendresse, il vit des aventures minuscules plutôt destinées aux plus jeunes.

Le plus : l'atmosphère calme et tranquille tranche avec l'hystérie hachée de certaines séries télé.
Le bémol : il y a un risque que le concept minimaliste devienne répétitif et lassant.
A savoir : le film sera réalisé en 2,5 D, car le papier et le carton sont animés directement devant la caméra et que les feuilles peuvent parfois se plier ou se froisser, apportant une notion de volume.

TATSU NAGATA'S WEIRD AND WONDERFUL WORLD
Production : 99% Animation
Réalisateur : Fabrice Fouquet

C'est encore une adaptation qui a retenu notre attention, celle des Sciences naturelles de Tatsu Nagata par Thierry Dedieu (Seuil jeunesse), un important succès d'édition jeunesse qui compte 34 albums. Cette série en 2D (imaginée dans un format de 52 fois 7 minutes) suit Tatso Nagata, personnage scientifique dynamique à la curiosité et aux capacités d'analyse gigantesques, qui vit des aventures mêlant comédie et sciences naturelles.

On y retrouve à la fois le cheminement d'investigations scientifiques sur des cas concrets de problèmes écologiques et des thèmes forts liés à la préservation de l'environnement. Le trait, épuré et très graphique, respecte celui de la BD, et donne au projet un aspect moins enfantin qui convient parfaitement à la cible (8-11 ans).

Le plus : on a beaucoup aimé le pilote (traitant des moustiques) qui adopte le ton idéal (à la fois humoristique et instructif) pour une série ludo-éducative efficace.
Le bémol : bien qu'elle s'appuie sur un succès d'édition, la série peut, aux yeux des investisseurs, représenter une prise de risque en raison de sa volonté de dépouillement et de pédagogie.
A savoir : Tatsu Nagata est un véritable scientifique japonais (chercheur, expert mondial des mutations des batraciens, professeur honoraire du "Tokyo Scientific Institute") qui collabore avec les éditions Seuil Jeunesse dans le cadre de la série inspirée de son travail. On peut le retrouver sur son blog en français.

Cartoon Forum 2017 : des femmes culottées, du romantisme et un voyageur impénitent

Posté par MpM, le 14 septembre 2017

On continue le tour d'horizon des projets présentés lors de cette 28e édition du Cartoon Forum, avec trois séries animées sur lesquelles on est prêt à miser gros. Si les deux premières, françaises, sont très attendues, la troisième est une découverte sensationnelle venue du Portugal.

ROMANTISMES
Production : Silex Films
Réalisateur : Amélie Harrault

C'est probablement l'un des challenges les plus audacieux qu'il nous sera donné de découvrir lors de cette 28e édition du Cartoon Forum : une série (4 x 52 minutes) 100% animation qui raconte le Paris artistique et littéraire du XIXe siècle. Dans la continuité des Aventuriers de l'art moderne (série diffusée sur Arte en 2015), dont elle constituera une sorte de saison 2, Romantismes s'adresse au grand public (adultes et jeunes adultes) qui est invité à découvrir tout un pan parfois méconnu de l'histoire de l'art et des idées.

On y croisera notamment Victor Hugo, George Sand, Frédéric Chopin, Charles Baudelaire ou encore Eugène Delacroix, pour un autre regard sur toute une époque foisonnante de création et d'émulation artistique. La grande histoire se mêlera aux anecdotes moins connues, révélant les relations qui unissaient les plus grands artistes de l'époque, ainsi que le contexte politique et social dans lequel ils évoluaient.

La réalisatrice Amélie Harrault souhaite travailler autour des artistes et de leurs oeuvres, mais également de leurs influences, en suivant trois actes directeurs : d'une part une absolue véracité documentaire (elle réunit pour cela une équipe d'experts auprès de Dan Franck, qui est le scénariste), d'autre part un récit dramaturgique puissant et enfin un émerveillement visuel sans cesse renouvelé grâce aux mélanges des techniques d'animation. Amélie Harrault prévoit en effet de mélanger la peinture sur verre, les papiers découpés ou encore la rotoscopie avec des techniques d'animation 2D traditionnelles. Les premières recherches graphiques présentées pendant le Forum laissent en tout cas apparaître le potentiel de la démarche, qui permettra à l'animation d'épouser l'esthétique des courants artistiques abordés et de recréer l'ambiance stylistique de l'époque. Un apport indispensable (évidement offert par l'animation) pour rendre ce type de programme à la fois plus vivant et plus enrichissant.

Le plus : un projet d'auteur de grande envergure, qui se donne les moyens artistiques de réussir sans chercher à flatter le spectateur.
Le bémol : il faudra attendre, au mieux, fin 2021 pour découvrir Romantismes sur le petit écran.
A savoir : Amélie Harrault a remporté le César du meilleur court métrage d'animation en 2014 pour Mademoiselle Kiki et les Montparnos. Elle a également réalisé Les Aventuriers de l'art moderne.

CULOTTÉES
Production : Agat Films & cie
Réalisatrice : Sarah Saidan

Énorme succès de librairie, les deux tomes de Culottées signées Pénélope Bagieu (Gallimard) devraient arriver sur nos écrans à l'hiver 2018, sous forme de 30 épisodes de 3 minutes. On ne se fait pas tellement de souci pour ce projet qui capitalise sur la popularité de l'auteur et les bonnes ventes des ouvrages, en plus de faire appel à une jeune réalisatrice reconnue dans les milieux de l'animation. Sarah Saidan a en effet été remarquée avec son dernier court métrage Beach flags (2014) qui a été sélectionné dans plus de 100 festivals internationaux et a remporté de nombreux prix dont celui du meilleur film à Aubagne et le Grand Prix au BIAF en Corée.

La série gardera l'idée de présenter de manière militante des femmes (souvent méconnues) qui ont joué un rôle important par le passé, que ce soit dans leur communauté ou de manière plus large au niveau national et international. On devrait ainsi retrouver l'impératrice Wu Zetian, la journaliste Nellie Bly, le groupe The Shags et la travailleuse sociale Leymah Gbowee. Visuellement, chaque épisode devrait s'articuler autour de 2 ou 3 couleurs dominantes, avec une cohérence graphique de l'un à l'autre. Comme dans la BD, le ton sera plutôt humoristique, conservant l'idée du décalage et des anachronismes.

Le plus : dans la droite ligne de la BD, la série s'annonce particulièrement engagée en faveur du droit des femmes.
Le bémol : la BD repose beaucoup sur l'ellipse, le sous-entendu et la connivence avec le lecteur, ce qui pourrait s'avérer moins compréhensible à l'écran.
À savoir : on peut toujours consulter les pages du blog de Pénélope Bagieu consacrées à Culottées sur Le Monde.

MR PASSENGER
Production : AIM Animation Studios
Réalisateur : Zepe

Venu du Portugal, Mr Messenger est un personnage ultra-stylisé, toujours représenté une carte à la main, qui évolue dans des paysages archétypaux aux formes géométriques. Ici, pas de morale, aucun message éducatif et probablement pas non plus de bons sentiments lénifiants, mais la découverte fascinante d'un univers graphique fort, inspiré d'artistes comme Kandinski et Miro, et pensé pour développer les capacités d'abstraction du jeune public (6-12 ans). On y assistera, entre humour et fantaisie, aux doutes et aux questions qui animent le personnage principal, qui se demande notamment comment ramener une étoile tombée du ciel ou part en quête de l'origine des couleurs.

Un projet évidemment totalement singulier qui s'affranchit des codes de la série pour enfants en proposant des intrigues atypiques, des références picturales inhabituelles et surtout aucune bonne conscience pédagogique ou morale. Probablement un ovni dans la production contemporaine, qui s'appuie sur les dessins somptueux de Zepe et leurs belles couleurs vives proposées en larges aplats. Exactement le genre d'œuvre conçue pour éveiller la curiosité des enfants, de même que leur goût esthétique, et non à les formater à un style de narration ou de valeurs.

Le plus : un livre a été réalisé à partir des dessins et du scénario du premier épisode, et c'est une splendeur.
Le bémol : plus ambitieux et exigeant que la moyenne (simplement parce qu'il ne prend pas les enfants pour des consommateurs décérébrés), Mr Passenger peut effrayer les investisseurs. Mais vu son potentiel, ce serait dommage de laisser le projet à l'état de pilote en attendant qu'un distribu Stuarteur plus courageux ouvre la voie et récolte tous les lauriers.
À savoir : Zepe a déjà réalisé trois courts métrages, dont Candide et Stuart, tous les deux nommés pour le Cartoon d'or.

Cartoon Forum 2017 : tour d’horizon des premiers projets présentés

Posté par MpM, le 13 septembre 2017

Carrefour de la série télévisée animée, Cartoon Forum est le lieu des possibles. L'endroit où se rencontrent espoirs et désirs, inventivité et audace, coups de cœur et paris fous. Pendant trois jours, les projets se succèdent, et les professionnels se pressent (littéralement) devant les présentations qui répondent toutes à un rituel assez précis. En une demi-heure, il faut convaincre, avec parfois peu d'éléments et un trac plus ou moins bien dissimulé, de l'intérêt et de la faisabilité d'un projet.

Les équipes présentes (producteurs, créateurs, réalisateurs) sont à la recherche de coproductions européennes, et de diffuseurs susceptibles de s'engager à leurs côtés. Du Carton Forum peut ainsi dépendre l'avenir du projet, et l'on a parfois du mal à réaliser que tous ne pourront pas se faire, ou n'arriveront pas jusqu'à nous. Pourtant, a priori, on aurait envie de tous les voir, et l'on est frappé par la diversité et l'éclectisme des thèmes, des graphismes et des univers visuels. Petit tour d'horizon des premiers projets présentés.

LA FOIRE AGRICOLE
Production : PANIQUE! et Autour de minuit
Réalisation : Stéphane Aubier et Vincent Patar

Cowboy et Indien, les héros loufoques et délirants de Panique au village, sont de retour pour un 3e "spécial" de 26 Minutes (après La Bûche de Noël et La Rentrée des classes). Ce nouvel épisode de la fameuse série (en stop Motion) créée par Vincent Patar et Stéphane Aubier se déroule au moment des examens de fin d'année et explore la thème du voyage dans le temps. Confrontés à leurs propres clones, les deux pires garnements du village réussiront-ils à se rendre à la foire agricole, objet de tous leurs désirs ?

Si le film est globalement assuré de se faire (il est suffisamment avancé pour être attendu fin 2018) et sera rapidement suivi d'un 4e (sur les vacances scolaires), la question est plutôt de savoir de quelle diffusion (sortie en salles et télévision) il bénéficiera en Europe, toutes les combinaisons (des épisodes entre eux) étant possible.

Le plus : un ton décalé et une fantaisie débridée auxquels il est impossible de résister.
Le bémol : gare aux attentes (démesurées) du spectateur : on aime tant Panique au village que l'on a toujours un peu peur d'une baisse de forme des auteurs !
A noter : les réalisateurs Vincent Patar et Stéphane Aubier sont doublement présents au Cartoon forum puisqu'ils participent également au projet Chien pourri (adapté des livres jeunesses de Colas Gutman et Marc Boutavant) à l'Ecole des loisirs) présenté par Dandeloo, Folivari et PANIQUE!

TULIPOP ANIMATED SERIES
Production : Tulipop et Blink Industries
Réalisateurs : Nina Gantz & Simon Cartwright

Un projet de série (52 x 11 minutes) totalement dépaysant qui s'inspire de l'Islande, la terre natale de sa créatrice Signy Kolbeinsdottir. L'île, avec ses glaciers, ses montagnes et ses coulées de lave, y est d'ailleurs un personnage à part entière, rebaptisé Tulipop pour l'occasion. On y suivra Gloomy et Bubble, des frères et soeurs champignons, ainsi que de toute une galerie de personnages proches de la nature. Dans cet univers fantastique sans humains, inspiré des contes islandais et scandinaves, se déroulent des aventures pleines de magie et de bienveillance. L'animation 2D fait la part belle aux couleurs vives, voire flashys, créant ainsi une ambiance visuelle forte et immédiatement reconnaissable.

Le plus : un projet singulier porté par ses inspirations islandaises.
Le bémol : on est désespéré de ne pas avoir gagné l'une des peluches représentant les personnages mises en jeu lors de la présentation. Elles sont juste superbes.
A noter : il existe environ 70 produits estampillés Tulipop et vendus à travers le monde. Un merchandising pensé en amont pour financer la série et les contenus cross medias qui devraient l'accompagner.

L'ODYSSEE DE SHOOOM
Production : Picolo Pictures
Réalisateur : Julien Bisaro

Shooom est une adorable petite chouette qui a la mauvaise idée d'éclore pendant une tempête en Louisiane. Avec son frère (qui est lui toujours au chaud dans sa coquille), elle part en quête de parents prêts à les adopter. L'occasion d'aller à la rencontre de nombreux animaux de la forêt. On craque littéralement devant le graphisme délicat et terriblement mignon de ce "spécial" de 26 minutes à destination des tout-petits. La douceur de l'animation ainsi que la simplicité du récit a tout pour séduire même les plus endurcis qui ne pourront rester de marbre devant ce très joli parcours initiatique sur fond de familles recomposées.

Le plus : le film bénéficiera d'une sortie en salles grâce aux Films du préau.
Le bémol : les deux autres films prévus sur le même modèle (dans la collection Egg's stories), mais avec d'autres animaux et d'autres lieux, ne risquent-ils pas de donner l'impression de se répéter ?
A savoir : les auteurs Julien Bisaro et Claire Paoletti se sont rencontrés à l'école de La poudrière et ont créé ensemble la société de production Picolo Pictures.

CHICKEN OF THE DEAD
Production : Anoki et Melting productions
Réalisateur : Julien David

Chicken of the dead se veut un mix entre Walking dead et Chicken run, avec un héros qui oscillerait entre Bernard Tapie et Michel-Edouard Leclerc, ce qui annonce tout de suite la couleur. On est clairement dans un projet à destination d'un public pour adultes et jeunes adultes, très engagé contre le capitalisme et la malbouffe. Il s'agit en effet d'un entrepreneur confronté à un problème délicat : sa nouvelle recette de poulet industriel transforme tous les consommateurs en poulets-zombies très en colère (contre lui).

Le projet de série (10 x 7) s'accompagne d'un projet de court métrage qui sera réalisé à Toulouse. Avec son graphisme rock'n roll proche de la bande dessinée et son ironie mordante, le concept s'inscrit sans ambiguïté à la fois dans la tradition de la satire sociale et du film de genre.

Le plus : le projet va très loin dans la dérision et envisage une saison 2 qui lorgne du côté de la planète des singes, avec une révolution anti-humaine
Le bémol : la radicalité du propos risque de terrifier certains diffuseurs
A savoir : parmi les références cinématographiques citées par les auteurs, on retrouve aussi bien Terminator que Cannibal holocaust ou Invasion Los Angeles.

Cartoon Forum 2017 : 82 projets inédits présentés en trois jours

Posté par MpM, le 11 septembre 2017

Pour sa 28e édition, le Cartoon Forum, unique plateforme de coproduction dédiée aux séries d’animation européennes, accueillera 900 participants venus du monde entier qui auront la chance de découvrir des projets en provenance de 23 pays, et à destination des plus petits (maternelle) comme des adultes et teenagers.

En picorant ici ou là dans le programme, on découvre notamment Chicken of the dead, une histoire de poulets zombies très en colère (Anoki / Melting productions), Lena's farm, une série sur le vivre-ensemble pour les 4-6 ans (Studio Film bilder) ou encore Next stop, qui suit des extra-terrestres en voyage sur la terre pour trouver le lieu idéal pour commencer leur invasion (WATT frame, ZEILT productions). Trois exemples parmi bien d'autres qui donnent singulièrement envie d'en savoir plus !

Cette année, le Cartoon Forum met également la Pologne à l'honneur à l'occasion des 70 ans de l'animation polonaise. L'occasion de découvrir le dynamisme du pays en la matière, au travers de plusieurs projets et en présence de différents studios.

Enfin, comme tous les ans, les Cartoon Tributes seront décernés durant le Cartoon Forum. Il s'agit de prix récompensant les diffuseurs, investisseurs/distributeurs et producteurs "ayant eu une influence dynamique et positive sur l’industrie européenne de l’animation durant l'année". La France, l’Allemagne et l’Italie sont en tête des nommés dont voici la liste intégrale :

Diffuseur de l’année
FRANCE TÉLÉVISIONS (France )
KRO-NCRV (Pays-Bas)
RADIO TÉLÉVISION SUISSE (RTS) (Suisse)
RADIOTELEVISIONE ITALIANA (RAI) (Italie)

Investisseur/distributeur de l’année
ABOUT PREMIUM CONTENT (APC) (France)
ATLANTYCA (Italie)
BETA FILM (Allemagne)
IMIRA ENTERTAINMENT (Espagne)

Producteur de l’année
DANDELOOO (France)
GIGGLEBUG ENTERTAINMENT (Finlande)
KAVALEER PRODUCTIONS (Irlande)
STUDIO 100 ANIMATION (France)
WUNDERWERK (Allemagne)

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Cartoon Forum 2017
Du 11 au 14 septembre à Toulouse
Plus d'informations sur le site de la manifestation

Le court gayromantique « In a Heartbeat » passe le cap des 20 millions de vues sur Youtube

Posté par vincy, le 7 août 2017

C'est assez rare pour être souligné: un court métrage d'animation a dépassé les 20 millions de vues hier sur Youtube. Et c'est réjouissant de voir qu'il s'agit, en plus, d'une histoire romantique entre deux personnes de même sexe.

Esteban Bravo et Beth David ont réussi en quelques jours un joli coup avec la rencontre amoureuse de Sherwin et Jonathan dans In a Heartbeat.

Dans un style assez proche de Pixar (y compris avec la métaphore du cœur qui jaillit de celui qui a le coup de foudre), l'histoire de 4 minutes réalisée par ces deux étudiants américains montre à la fois la difficulté d'aimer, et celle d'afficher un amour homosexuel au grand jour. A partir de ces risques, le conte romantique se déroule avec ses petits rebondissements et gags. Pour eux il s'agissait de répondre au manque de représentation des homosexuels dans la culture populaire. "Il est très rare qu'un personnage LGBT soit mis en avant", a expliqué récemment Esteban Bravo à à NBC News, ajoutant: "Spécialement dans les films d'animation majoritairement destinés aux familles et aux enfants."

Le film est aussi décliné sur un compte Tumblr et une page Facebook.

Mais le plus simple, c'est de le voir...

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La francisation de Nicky Larson, franchement?

Posté par vincy, le 23 juillet 2017

Après l'Américanisation de Ghost in the Shell, voici la francisation de Nicky Larson. Avant de hurler, rappelons quelques faits. Ce n'est pas la première fois qu'un manga culte est transposé en France (Quartier lointain, 2010). Ce n'est même pas la première adaptation des aventures du policier: un film japonais en 1989 (City Hunter : Amour, Destin et un Magnum 357), trois téléfilms nippons entre 1995 et 1999, une version hong-kongaise (Mr Mumble) de Jun-Man Yuen et Michael Chow et bien sûr Nicki Larson (City Hunter), avec Jackie Chan, réalisé par Wong Jing en 1993.

On le sait, Nicky Larson ne craint personne ! De là à confier à Philippe Lacheau (Babysitting 1 et 2, Alibi.com) le personnage culte, il fallait oser. Après Franck Gastambide reprenant le volant de Taxi, c'est donc "Fifi" (avec sa bande) qui s'attaque au manga/anime culte.

Le communiqué officiel est un texte Instagram.

"Les amis, je suis très fier de vous annoncer mon prochain film ! (avec les copains bien sûr) Joie immense d'adapter et réaliser au cinéma le dessin animé de mon enfance Nicky Larson ! C'est un rêve de gosse qui se réalise. Nous allons tout faire pour ne pas décevoir toute la génération Club Dorothée qui ont connu [sic] Nicky Larson et faire découvrir aux autres générations ce détective hors du commun, à la fois drôle et brillant. Nous sommes en pleine écriture, tournage l'année prochaine #hatehatehate"

Les mauvaises langues ont lu "hate" comme le mot "haine" en anglais. Les réseaux sont impitoyables.

Ceci dit on s'interroge. Si Philippe Lacheau a incontestablement donné un coup d'air frais à la comédie française, et est l'un des rares comiques à attirer les masses en salles, on le voit mal hyper-violent et obsédé-séducteur. Il affirme à Allociné qu'il veut rester le plus fidèle possible au manga. Cependant, il doute que Laura donne des coups de marteau au détective quand celui-ci la harcèle sexuellement (running gag de la série, aussi indispensable que le martini de James Bond).

Sortie en 2019

Casse-gueule quand même. D'autant que le sujet des histoires de Nicky Larson sont assez loin de l'univers de "La bande à Fifi". Attendons de voir. Le tournage est prévu en 2018 et le film sera sur les écrans le 6 février 2019.

Nicky Larson, City Hunter en anglais, est un manga en 35 tomes écrit et dessiné par Tsukasa Hojo entre 1985 et 1991. La série télévisée animée comporte 140 épisodes, qui ont été diffusés à l'origine entre 1987 et 1991.

Il s'agit de l'histoire d'un détective privé bien foutu et bien armé, Nicky Larson donc, et de la sœur d'un client, hélas mort dans sales circonstances, Laura, qui deviendra son assistante. Les deux sont secrètement amoureux l'un de l'autre, mais Nicky, dragueur irrécupérable, la rend folle de jalousie.

Annecy 2017 : des nouvelles du cinéma d’animation

Posté par MpM, le 17 juin 2017

Au festival du cinéma d'animation d'Annecy, les habitués le savent, les compétitions de courts métrages focalisent l'attention des professionnels et des amateurs éclairés, car ce sont elles qui donnent l'instantané le plus représentatif de l'état de l'animation dans le monde. Si on est en quête d'audace, de singularité et de recherche formelle, c'est en effet clairement de ce côté-là qu'il faut regarder, tant le format court est adapté à la créativité et à la prise de risque, loin du carcan parfois formaté imposé par l'économie du long métrage. Tout au long de la semaine, on a ainsi pu découvrir (ou retrouver) des univers, des techniques, des styles et des cinéastes émergents ou confirmés qui dynamitent les clichés éculés sur le cinéma d'animation.

Préambule évident (mais ça va toujours mieux en le disant tant ça ne semble pas encore clair pour tout le monde), non, animation ne rime pas systématiquement avec jeune public. C'est juste une manière parmi d'autres de faire du cinéma (recouvrant d'ailleurs des réalités extrêmement différentes), et qui, exactement comme pour la prise de vues réelles, peut aborder toutes les thématiques. Y compris l'érotisme, la violence ou l'horreur. On en a eu quelques exemples en compétition, avec le très ouvertement érotique Vénus de Savio Leite (Brésil) ou le particulièrement glauque et oppressant The escape de Jaroslaw Konopka (Pologne).

Virtuosité et maîtrise


Autre constat qui s'impose à la vision de la compétition de courts métrages, la sélection de cette année comportait énormément d’œuvres visuelles fortes, avec une virtuosité notable dans la réalisation et les techniques employées. Beaucoup de films étaient même clairement dans la démonstration, parfois au détriment du sujet, du sens, ou tout simplement de l'émotion. Là encore, on peut citer The escape de Jaroslaw Konopka qui anime à la perfection ses marionnettes, donnant l'illusion d'un film live à la fluidité exemplaire et aux plans parfaitement conçus, tout en laissant le spectateur un peu déconcerté sur le sens du film.

Mais également l'époustouflant Aenigma d'Antonios Ntoussias et Aris Fatouros (Grèce), une évocation puissante et surréaliste en 3D relief qui mêle images somptueuses inspirées de l'oeuvre du peintre Theodoros Pantaleon et musique ultra lyrique, ou encore The Blissful accidental death de Sergiu Negulici (Roumanie) qui commence dans une veine très minimaliste de papiers découpés et de dessins au crayon avant de se transformer en un délire visuel époustouflant et spectaculaire, dont là encore on ne parvient pas toujours à saisir le sens.

La famille tout au centre


Un peu paradoxalement, ce sont pourtant les sujets intimistes et / ou humoristiques, voire absurdes, qui semblaient le plus représentés. La famille, notamment, est au cœur d'un nombre important de films souvent nostalgiques, parfois introspectifs. On pense notamment à The full story de Daisy Jacobs et Chris Wilder (Royaume-Uni) dans lequel un homme se souvient de différents moments de son enfance vécus dans la demeure familiale qu'il est sur le point de vendre, ou, dans un registre assez proche, à After all de Michael Cusack (Australie), sur un fils vidant la maison de sa mère après son décès.

Dans Negative space de Max Porter et Ru Kuwahata (France), c'est là aussi un fils qui se remémore le passé, en l’occurrence la relation tendre et complice qui l'unissait à son père, et qui passait par la recherche de l'agencement idéal des valises. On est ici clairement à mi-chemin entre une tonalité douce-amère et une forme assez efficace d'humour. Même chose pour Pépé le morse de Lucrèce Andreae (France) qui aborde lui-aussi la question du deuil, entre comédie, cinéma fantastique et chronique familiale plus mélancolique, tandis qu'avec Amalimbo de Juan Pablo Libossart (Suède), on penche plus clairement vers la tragédie de la perte et du travail de deuil. Citons enfin J'aime les filles de Diane Obomsawin (Canada), portrait intimiste et léger de quatre jeunes femmes qui racontent leur première histoire d'amour, celle qui leur a fait réaliser ou affirmer qu'elles étaient homosexuelles.

L'humour en embuscade


L'humour, lui, flirte d'ailleurs assez souvent avec l'absurde, comme dans The poet of horrible things de Guy Charnaux (Brésil), version trash de la comédie familiale, dans laquelle le fils s'évertue à écrire les pires horreurs sur ses parents, sous couvert de "poésie", ou la satire Double king de Felix Colgrave (Australie), dans lequel une créature sans trône ni sujets décide de tuer tous les souverains alentours pour piquer leur couronne. Sans oublier deux parangons du genre, Manivald de Chintis Lundgren (Canada), dans lequel un renard introverti s'amourache d'un beau loup sexy et pas farouche, et Wednesday with Goddard de Nicolas Ménard (Royaume-Uni) qui met en scène un personnage à la recherche de Dieu. Ton décalé, scènes cocasses et humour loufoque garantis.

Tout aussi décalés, mais avec un fond loin d'être absurde ou satirique, deux ovnis ont marqué cette 41e édition du festival d'Annecy. Le premier est une comédie musicale animalière en stop motion, The burden de Niki Lindroth bon Bahr, dans lequel des poissons solitaires, des singes travaillant dans un centre d'appel et des souris employées de fast-food chantent leur mal de vivre, dans un manifeste hilarant et désespéré à la fois. Le second, Tesla : Lumière mondiale de Matthew Rankin, est un biopic électrique, portrait halluciné mais ultra-précis du scientifique Nicolas Tesla, dans lequel chaque élément formel fait référence à un détail de la vie du personnage.

Sujets historiques et cinéma engagé


Une autre veine importante de la compétition cette année était le cinéma politique, engagé ou historique. La guerre, notamment, était comme le fil rouge d'un nombre important de films : celles qui ont secoué l'Irak dans Train to peace de Jakob Weyde et Jost Althoff (Allemagne), la deuxième guerre mondiale dans Moczarski's Case de Tomasz Siwinski (Pologne) et KL de William Henne et Yann Bonnin (Belgique), la guerre d'Espagne dans Radio Dolores de Katariina Lillqvist (Finlande).

De son côté, The escape de Jaroslaw Konopka (Pologne) semble cristalliser toutes les peurs liées à une situation post-apocalyptique, tandis que c'est la dictature soviétique qui est implicitement au coeur de Empty space de Ulo Pikkov (Estonie) et la question des réfugiés qui hante Airport de Michaela Müller (Suisse). Et puis il y a Vilaine fille d'Ayce Kartal (Turquie) qui traite avec beaucoup de pudeur du fléau des viols collectifs en Turquie.

Science fiction et abstraction


Enfin, on peut relever deux autres grandes tendances présentes cette année : les films d'anticipation comme Adam de Veselin Efremov (Danemark) et I want Pluto to be a planet again de Vladimir Mavounia-Kouka et Marie Amachoukeli (France), dans lesquels est interrogée la notion d'humanité, et les films qui s'apparentent à des recherches plus abstraites, voire des performances d'art contemporain, à l'image de When time moves faster d'Anna Vasof (Autriche) qui dévoile les illusions visuelles permises par le cinéma, ou Dead reckoning de Paul Wenninger et Susan Young (Autriche) qui suit un même homme dans toute la ville.

Et les techniques dans tout ça ? Multiples, évidemment, et souvent mixtes. Marionnettes, vues réelles, pixilation, rotoscopie, ordinateur 2 ou 3 D, animation d'objets, dessin sur papier, peinture sur verre, éléments découpés, dessin sur pellicule, animation de poudres, pâte à modeler, photos... De quoi rappeler que l'appellation "animation" recouvre des réalités diverses qui vont bien au-delà du simple "dessin animé" de notre enfance. C'est un peu comme si, dans ce domaine cinématographique, l'imagination était la seule limite formelle. Rendez-vous l'année prochaine pour la repousser à nouveau.

L’animation en bonne forme en 2016

Posté par vincy, le 16 juin 2017

L'étude annuelle du CNC, diffusée à l'occasion du Festival International du film d'animation d'Annecy, montre que l'année dernière fut un bon crû. Côté production, 10 films d'animation ont été agréés (contre trois en 2015, 9 en 2014 et 6 en 2013), avec un devis moyen stable de 7,3M€. De manière plus précise, les films d'animation français, ce sont 3,5% des films agréés l'année dernière, mais 5,2% des budgets totaux de la production avec un total de devis de 72,6M€. Parmi ces films, le plus cher est Zombillenium avec 13,4M€, devant La fameuse invasion de la Sicile par les ours et Croc-blanc, qui ont coûté respectivement 12 et 11,3M€. Seuls deux films d'animation ont bénéficié de l'avance sur recettes: La fameuse invasion de la Sicile par les ours et Dilili à Paris.

Sans être une année record, c'est une année meilleure que 2015 et même 2014, mais on reste très loin des grandes années 2008 et 2012.

Plus globalement, ce sont 35 films de toutes nationalités qui sont sortis en 2016, contre 34 en 2015. Le record de 2009 est égalé. 15 films américains, 10 français, 4 européens et 6 d'autres pays (dont 4 japonais). Une année record pour les Américains qui n'ont jamais distribués autant de films animés inédits.

Et en plus l'Amérique domine les entrées. Deux des trois plus grands succès de l’année, tous genres confondus, ont été des films d’animation: Zootopie (4,77 millions) et Vaiana la légende du bout du monde (4,53 millions), deux Disney. Suivent trois autres films américains, tous au-dessus de 3 millions de spectateurs. Le premier film non américain est Ballerina (9e film d'animation de l'année et seul millionnaire de sa catégorie). Ma Vie de Courgette, Robinson Crusoe, La tortue rouge, Tout en haut diu monde ont séduit plus de 200000 spectateurs. Les 25-49 ans et les 3-14 ans sont le principal public des films animés, totalisant près de 4 spectateurs sur 5.

Les films d’animation représentent ainsi 4,9 % de l’ensemble des films inédits sortis en salles mais génèrent 17,4 % des entrées tous films confondus et 16,0% des recettes. Ainsi la fréquentation des films inédits d’animation augmente de 14,1 % à 34,0 millions d’entrées (hors films sortis en 2015), soit le plus haut niveau de la décennie. Mais cela profite surtout aux films américains qui squattent 88,6% de ces entrées, alors que les films français ne représentent que 8,4% des spectateurs (très en dessous des bon scores de 2014 et 2015). Côté recettes, l'animation c'est 204,2M € en salles, soit un record depuis 2011. Ce sont aussi les films américains qui trustent les dépenses de promotion avec 84,7% des investissements publicitaires, soit neuf fois plus que les films français.

Ils bénéficient aussi d'une large exposition (346 cinémas en moyenne en première semaine contre 139 écrans en moyenne tous genres confondus). Mais là aussi il y a une distorsion de concurrence puisque seulement 12 des 35 films animés sortent sur plus de 500 écrans. Et la moitié (18 sur 35) sont diffusés sur moins de 199 copies. Un film américain va profiter, en moyenne de 602 salles lors de sa sortie tandis qu'un film français n'en aura que 283. L'âge de glace: les lois de l'univers est ainsi sorti sur 896 écrans, le 4e meilleur score depuis 2007 pour un film d'animation.

Cette concurrence "inégale" se tretrouve aussi logiquement dans le box office final avec 7 films au dessus des 2 millions d'entrées, et 23 en dessous de 500000 entrées (dont 14 en dessous de 100000 entrées).

Entre 2007 et 2016, 64 distributeurs ont sorti 301 films d’animation inédits. Les dix plus actifs assurent la distribution de 58,5 % de ces films et réalisent 90,0 % des recettes des films inédits d’animation. Gebeka Films, 20th Century Fox, The Walt Disney Company et Eurozoom en distribuent plus de 20 chacun et totalisent 35,5 % des films d’animation diffusés pour la première fois en salles entre 2007 et 2016. En parts de marché, trois sociétés dominent la dernière décennie: Walt Disney (28,3%), 20th Century Fox (19,8%) et Paramount (15%). Pour 2016, Walt Disney (37,4%) surclasse 20th Century Fox (31,5%) ; viennent ensuite dans l'ordre Universal Pictures, Gaumont, Warner Bros, Sony, Gebeka Films, La Belle Company, StudioCanal et Wild Bunch.