Annecy 2018 : le cinéma engagé triomphe avec Funan et Parvana

Posté par MpM, le 17 juin 2018

A l'issue d'une captivante semaine de compétition, le jury "longs métrages" du Festival d'Annecy 2018 a fait le choix d'un palmarès engagé, voire politique, qui récompense deux des films les plus attendus de l'année : Funan de Denis Do (Cristal), et Parvanna, une enfance en Afghanistan de Nora Twomey (Prix du jury, mais également prix du public). Le premier se déroule sous le régime des Khmers rouges au Cambodge et raconte à la fois le quotidien des travailleurs forcés, exilés dans les campagnes, et la lutte désespérée d'un jeune couple pour retrouver leur fils de 4 ans, retenu loin d'eux dans un autre camp. Il faudra malheureusement attendre le 13 mars 2019 pour découvrir cette belle fresque sensible, jamais tire-larmes, qui mêle avec finesse la tragédie intime et les horreurs de l'Histoire, et qui s'inspire de la propre histoire de la mère du réalisateur.

Parvana, adapté d'un roman de Deborah Ellis, se déroule en Afghanistan sous le régime taliban. Il met en scène une petite fille, Parvana, contrainte de se déguiser en garçon pour avoir la possibilité de sortir dans la rue et subvenir aux besoins de sa famille. On y sent un regard occidental qui force parfois le trait sur les innombrables obstacles se mettant sur la route de la petite fille, et adopte un ton un peu manichéen manquant de souplesse et subtilité. Reste le discours engagé sur la culture, l'éducation et l'art comme remèdes contre l'obscurantisme, et le rappel nécessaire du travail qu'il reste à accomplir dans le domaine des droits des femmes.

Stylistiquement, les deux films sont relativement classiques, proposant, pour Funan, de magnifiques plans larges sur les champs et les rizières où se déroule l'intrigue, et, pour Parvana, un paysage plus urbain, assez réaliste, mais également un univers plus délicatement naïf grâce au conte servant de fil rouge au film, illustré par des personnages en "papiers découpés" et des décors plus oniriques.

Une mention a par ailleurs été attribuée à La casa lobo de Cristóbal León et Joaquín Cociña, un film singulier, réalisé avec des marionnettes, qui raconte l'étrange séjour d'une jeune fille nommée Maria dans une maison qui ne cesse de se transformer, comme répondant à ses attentes. Tout à tour contemplatif et inquiétant, poétique et anxiogène, ce premier film chilien frappe notamment par son esthétisme qui joue sur la transformation et la déconstruction. Les personnages et les lieux se modifient ainsi sous nos yeux, laissant voir les matériaux qui les constituent, et ne cessant de se réinventer formellement.

La compétition de courts métrages a quant à elle permis de mettre en lumière les films Weekends de Trevor Jimenez remarqué à Clermont-Ferrand (Prix du jury et prix du public), Cyclistes de Veljko Popovic (mention du jury), une fresque colorée sur des cyclistes fantasmant sur les charmes de l'une de leurs voisines, et Egg de Martina Scarpelli, qui reçoit le prix du premier film. Il s'agit du récit à la première personne d'une jeune femme frappée d'anorexie.

Enfin, c'est le très délicat Bloeistraat 11 de Nienke Deutz qui remporte le Cristal. Tourné dans une grande simplicité de moyens (un décor minimaliste et une maison en carton qui tourne sur elle-même, révélant qu'il n'y a rien autour, et des personnages en celluloïd, dont les contours sont dessinés au crayon, et au travers desquels on voit en transparence), le film montre le délitement sourd de l'indéfectible amitié entre deux fillettes qui sont en train de muer en jeunes filles.

Annecy 2018 : création du label Azimut pour favoriser la distribution de films d’animation pour adultes et adolescents

Posté par MpM, le 12 juin 2018

On penserait inutile de le rappeler, et pourtant ce n'est pas encore une évidence pour tout le monde : non, l'animation n'est pas un genre (mineur) réservé aux enfants ! On voit même de plus en plus de longs métrages ambitieux s'adressant à un public d'adultes et d'adolescents, tels que les documentaires Chris the Swiss d'Anja Kofmel et Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow, l'essai politique ironique et irrévérencieux Seder masochisme de Nina Paley ou encore le pastiche de film de genre Chuck Steel : Night of the Trampires de Mike Mort, tous présentés à Annecy cette année.

Pourtant, certains de ces films exigeants peinent à trouver le chemin des salles (on a un doute assez sérieux sur Chuck Steel, par exemple). C'est dans l'idée de favoriser ces sorties jugées "atypiques" que le distributeur Cinéma Public Films et la société de production Autour de Minuit ont décidé de créer le label de distribution Azimut. "Né d’une envie commune de défendre la création et la diffusion d’un format en pleine (re)naissance, Azimut portera dans les salles des projets atypiques d’animation destinés aux adultes et jeunes adultes, des visions d’artistes iconoclastes, des scénarios et des graphismes barrés au service d’histoires et de problématiques profondément actuelles" expliquent-ils dans un communiqué commun.

Cinema Public Films poursuivra dans la voie qui est la sienne, à savoir l'accompagnement des films à travers du matériels spécifique et des ateliers, expositions, ciné- goûters, rencontres ou workshop, tandis qu'Autour de minuit (à qui l'on doit notamment Psiconautas de Alberto Vazquez), fournira le contenu éditorial. Dans un premier temps, Azimut diffusera ainsi des productions ou coproductions issues de la société de production, puis sera appelé à proposer également des oeuvres externes, acquises pour l'occasion.

Deux programmes très attendus sont d'ores et déjà annoncés : Thee Wreckers Tetralogy, qui réunit quatre courts métrages du cinéaste Rosto (No place like home, Lonely bones, Splintertime et Reruns), et est actuellement présenté au Festival d'Annecy, mais aussi Unicorn wars, le très attendu nouveau long métrage d'Alberto Vazquez.

Annecy 2018 : quelle place pour l’animation en France ?

Posté par MpM, le 11 juin 2018

Alors que le Festival international du film d’animation d’Annecy ouvre ses portes, le Centre national du cinéma et de l’image animée vient de publier la dixième édition de son étude sur le marché de l’animation.

A cette occasion, la ministre de la Culture Françoise Nyssen et Présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) Frédérique Bredin saluent l'excellence de la filière française, reconnue dans le monde entier pour sa créativité, et le dynamisme dont elle fait preuve.

Le rapport du CNC relève ainsi que l’animation française est le premier genre audiovisuel à l’export, et représente plus de 130 millions d'euros. Dans les salles, 29 films d'animation ont réalisé en 2017 un total de 15,1 millions d’entrées à l'international. C’est Ballerina, coproduction franco-canadienne, qui cumulait le plus d’entrées à l’étranger (14 millions d’entrées à fin 2017).

Pour poursuivre dans cette direction, cinq films d’animation, tous d’initiative française, ont été produits en 2017 : Minuscule - les mandibules du bout du monde, Pachamama, Les Hirondelles de Kaboul, La Traversée et La Jeune fille sans mains. Deux d’entre eux sont des premiers films et deux sont des productions entièrement françaises.

A noter que l'offre élevée de films d'animation en salles (36 en 2017) rencontre son public. En 2017, cinq films ont cumulé deux millions d’entrées ou plus et trois des dix plus grands succès de l’année étaient des films d’animation, dont Moi, moche et méchant 3 qui, avec 5,7 millions d’entrées, figure à la première place du classement tous genres confondus.

A Annecy, un seul long métrage représentera la France en compétition, Funan de Denis Do. On peut toutefois souligner la présence du spécial télé Un homme est mort d'Olivier Cossu hors compétition et bien sûr de Dilili à Paris de Michel Ocelot en ouverture.

Et le court dans tout ça ?


Sur le marché du court métrage d'animation, la France est là encore particulièrement dynamique, même s'il est difficile de mesurer son "succès" sur le territoire national comme à l'étranger. On peut toutefois souligner qu'à Annecy, une vingtaine de courts métrages français seront présents, parmi lesquels La Mort, père et fils de Denis Walgenwitz et Vincent Paronnaud dit Winshluss, Étreintes de Justine Vuylsteker, La Chute de Boris Labbé, Fool Time Job de Gilles Cuvelier ou encore Guaxuma de Nara Normande.

Pendant le festival, le projet « France in shorts » (lancé en 2016 et coordonné par l'AFCA, Association française du cinéma d'animation) mettra d'ailleurs en valeur le court métrage d’animation français et ses acteurs dans le cadre du Marché international du Film d’animation (MIFA).

Le but est notamment d'accompagner les sociétés dans leur développement et de favoriser les échanges entre les professionnels ainsi que la valorisation de leur catalogue. Des rencontres sont également prévues avec des distributeurs français de courts métrages comme Miyu distribution et Autour de minuit.

Trois raisons de ne pas rater Le voyage de Lila

Posté par MpM, le 6 juin 2018

Une histoire magique sans être mièvre
Lila est le personnage d’un livre pour enfants, très heureuse dans son univers coloré et magique, entre la forêt de bambou et l’arbre des rêves. Malheureusement, elle se retrouve expulsée de ce monde idyllique : plus personne ne lit son histoire et elle est en train de tomber dans l’oubli. En exil à Cali, elle doit convaincre Ramón, un ancien lecteur, de l’aider. Sous ses airs de quête initiatique traditionnelle, Le voyage de Lila permet ainsi d’aborder sans mièvrerie la mort, les souvenirs douloureux et l’oubli nécessaire, tout en délivrant un message simple sur la nécessité de protéger et chérir la nature.

Des choix esthétiques au service du récit
Lila traverse plusieurs univers qui ont chacun leur style graphique. Il y a le monde enchanté dans lequel elle vit, avec des teintes vives et lumineuses, la ville de Cali, représentée avec plus de réalisme et de détails, la jungle du souvenir et ses belles couleurs chaudes et riches, et enfin le désert de l’oubli au paysage complètement épuré, dans des teintes désaturées qui le rendent presque incolore et uniforme. Chaque lieu a ainsi une identité propre, en adéquation avec son atmosphère et les émotions qu'il éveille chez les héros... et les petits spectateurs.

Une première dans l’animation sud-américaine
Le voyage de Lila est le premier film d'animation colombien réalisé par une femme, la réalisatrice Marcela Rincon Gonzalez, qui a travaillé sur la série animée Guillerma y candelario et tourné le court métrage El pescador de estrellas en 2007. Il s'agit également du premier long métrage d'animation produit à Cali, la ville où se déroule une partie de l'action et qui a inspiré tout le décor urbain. Si les femmes sont extrêmement présentes dans l'univers du court métrage d’animation, elles sont plus rares à passer au long métrage, ce qui fait en soi du Voyage de Lila un événement à ne pas manquer.

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Le voyage de Lila de Marcela Rincon Gonzalez
En salles à partir du 6 juin 2018

Gebeka films rejoint Folimage et Les Armateurs

Posté par vincy, le 29 mai 2018

La société de production et de distribution Gebeka Films va être reprise par la holding Hildegarde selon les informations du Film Français. Hildegarde est déjà l'actionnaire majoritaire des sociétés de production Folimage (La prophétie des grenouilles, Une vie de chat, Phantom boy), reprise il y a deux ans, et Les Armateurs (la trilogie Kirikou, Les triplettes de Belleville, Ernest et Célestine), et consolide ainsi son poids dominant dans la production de films d'animation en France.

Jusqu'ici détenue par Marc Bonny, Gebeka Films, créée en 1997, a connu son décollage en distribuant Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot en 1998 avant de distribuer Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki, Princes et Princesses de Michel Ocelot, Mia et le Migou de Jacques-Rémy Girerd, Panique au village de Stéphane Aubier et Vincent Patar ou encore Ma vie de Courgette de Claude Barras (César du meilleur film d'animation). Gebeka a aussi sorti Brendan et le secret de Kells, la version restaurée du Roi et l'Oiseau, Corto Maltese, la cour secrète des Arcanes, Le tableau, L'île de Black Mor, Louise en hiver, Les Moomins sur la riviera, U, ou Bécassine le trésor viking.

Ses plus gros succès sont Kirikou et les bêtes sauvages, Kirikou et la Sorcière, Kirinou et les Hommes et les Femmes, tous millionnaires.

Malheureusement, ses deux derniers longs métrages très coûteux, Drôles de petites bêtes et Zombillénium, n'ont pas rencontré le public. Deux longs sont en préparation: Le voyage du Prince et Slocum.

Marc Bonny restera responsable des acquisitions et des coproductions de Gebeka et conserve la propriété du multiplexe Le Comœdia de Lyon.

La holding Hildegrade, créée par Reginald de Guillebon, connaît un rapide développement dans les médias. Outre Le Film français acquis en 2013, la société édite désormais Première, Causette et la nouvelle version de Studio (ex Studio Ciné Live).

Cannes 2018 : Cannes en orbite avec « La planète sauvage »

Posté par MpM, le 17 mai 2018

Puisque cette 71e édition nous emmène dans les étoiles avec l’avant-première mondiale de Solo: A Star Wars Story, nouvel épisode de l'univers étendu de la saga Star Wars, présenté hors compétition, et la projection de 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick dans une nouvelle copie 70 mm restaurée (sans modification numérique de l'oeuvre de 1968) à Cannes Classics, profitons-en pour un petit tour d’horizon des « Space opéras » qui ont eu les honneurs de la sélection officielle.

Cannes ce n'est à priori pas le lieu où on s'imagine voir un film de vaisseau spatial et de bataille intergalactique, et pourtant certains gros films de science-fiction ont bel et bien décollé depuis la croisette. Retour sur un long métrage d'animation interstellaire présenté en compétition officielle (eh oui...) en 1973

La planète sauvage, premier long métrage de René Laloux, est l'adaptation (libre) du roman Oms en série de Stefan Wul, et l'un des tout premiers films d'animation destiné à un public adulte. Telle une bonne fée penchée sur le berceau de ce projet délicat, l'écrivain et dessinateur Roland Topor, avec lequel Laloux a collaboré sur plusieurs courts métrages, s'implique largement dans la conception du film. Les deux hommes co-écrivent ainsi le scénario tandis que des dessins de Roland Topor servent de base aux images. La fabrication se déroule à Prague, dans les studios d'animation Jirí Trnka de Krátký Film, en utilisant la technique du papier découpé et une animation dite "en phase", ce qui signifie que les personnages sont dessinés dans chacune des positions nécessaires (et non pas articulés), puis animés. Le procédé, qui permet un rendu plus fluide et donc beaucoup plus esthétique, est aussi beaucoup plus long, ce qui explique qu'il fallut 5 ans pour finir La planète sauvage.

L'histoire se situe sur la planète Ygam où vit une espèce d'humanoïdes bleus aux yeux rouges mesurant douze mètres de haut, les Draags, qui ont atteint le paroxysme de la connaissance et consacrent toute leur existence à la méditation. Cette espèce sur-évoluée raffole des Oms, de minuscules animaux familiers ramenés d'une planète disparue, Terra. Les Draags traitent les Oms sauvages comme des créatures nuisibles et les pourchassent sans relâche. Pourtant, un concours de circonstance et la débrouillardise d'un enfant Om vont permettre au rapport de force de se rééquilibrer.

On se délecte de l'univers surréaliste, tantôt onirique, tantôt cauchemardesque, de cette planète pleine de surprises qui nous tend un miroir souvent dérangeant. Ces Draags prétendument éduqués et sensibles, qui n'ont pas la moindre empathie pour les petites créatures qu'ils réduisent en esclavage, voire exterminent selon leur bon plaisir, nous rappellent par exemple nos sociétés modernes et leur désir d'asservir tous ceux qui sont différents. Mais passé ce constat pessimiste, La planète sauvage fait l'apologie du savoir comme arme principale d'émancipation, et propose un message d'espoir sur la cohabitation possible entre les deux espèces, doublé d'une démonstration efficace de tout ce qui les rapproche.

Impossible de ne pas voir dans cet objet étrange et déconcertant une fable écologique presque avant l'heure (ce n'est pas aller trop loin que d'établir un parallèle entre les Oms et les animaux que nous exploitons aujourd'hui pour notre plaisir, sans égard pour leur propre sensibilité), servie par l'extraordinaire richesse visuelle du monde imaginé par Topor, arbres géants, plantes carnivores et fabuleuses créatures en tête. Le film fait également preuve d'une imagination débordante pour ce qui est des terribles machines destinées à pourchasser et tuer les Oms. Là encore, l'utilisation de l'animation permet de montrer frontalement ces scènes cruelles de "déshommisation", des meurtres de masse inventifs et presque insoutenables par leur banale violence.

Le film, malicieux et sans fard, envoûtant et curieux, fit grande impression à Cannes, et repartit auréolé d'un prix spécial du jury présidé par Ingrid Bergman. Une reconnaissance rare pour un film qui mêle deux genres souvent considérés comme manquant de noblesse et / ou de sérieux : la science fiction et l'animation. Autre temps, autre ouverture d'esprit ?

Cannes 2018: Qui est Anja Kofmel ?

Posté par MpM, le 13 mai 2018

Anja Kofmel semble (pour le moment) la femme d’un seul projet : celui de redonner vie à son cousin Chris, jeune journaliste suisse retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances en Croatie en 1992, en pleine  guerre de Yougoslavie, et de découvrir la vérité sur cette mort.

La jeune femme n’a que dix ans au moment de la mort de Chris, mais elle ne cessera jamais d’y songer. Devenue adulte, elle suit des cours à l'Université des Arts de Zurich (ZHdK), puis étudie l'animation à l'Ecole de Design et d'Art de Lucerne (HSLU), et c’est naturellement qu’elle choisit son cousin, et son histoire, comme sujet de son court métrage de fin d’études.

Chrigi reçoit un bel accueil et fait le tour des festivals (il est notamment couronné par le prix du meilleur film d’école suisse à Winterthur en 2009). Tout en nuances de gris, la réalisatrice y parle à la première personne de ce grand cousin qu'elle n'a vu que deux fois dans sa vie, et de la manière dont elle a appris sa mort. Le trait est assez épuré, les décors minimalistes, et le ton à la fois enfantin et humoristique.

Anja Kofmel s'y met en scène sous les traits d'une petite fille subjuguée par l'existence aventureuse du jeune homme, qu'elle transforme en personnage de roman. Cela permet de gommer l'aspect le plus dramatique du récit, sans pour autant l'édulcorer. En quelques images, la réalisatrice suggère en effet les conditions troubles des derniers jours de Chris. L'hommage est aussi touchant que sincère, et surtout réussi.

Mais Anja Kofmel ne s’arrête pas là, et fait également de Chris le sujet de son premier long métrage, Chris the Swiss. Cette fois, il s’agit d’un documentaire qui donne la parole à ceux qui ont connu le jeune journaliste, doublé d’une enquête pour comprendre les circonstances de sa mort.

Les parties en animation permettent de faire revivre Chris et de mettre en scènes les derniers mois de sa vie. La réalisatrice a gardé une esthétique assez épurée, avec un noir et blanc contrasté, et un trait qui s'affirme, plus travaillé que dans le court. La jeune femme se met également en scène dans les passages en prise de vues continues, afin de donner corps à son périple.

On découvrira le film en compétition à la Semaine de la Critique avant de le retrouver à Annecy hors compétition. En attendant, une question nous brûle les lèvres : Anja Kofmel en a-t-elle vraiment fini pour de bon, en tant que réalisatrice, avec son cousin Chris, ou nous réserve -t-elle d’autres surprises ?

Cannes 2018 : la croisette côté courts

Posté par MpM, le 12 mai 2018

Puisque l’on vient (aussi) à Cannes pour y faire des découvertes, impossible de négliger l’offre de courts métrages présents sur la Croisette cette année, et qui réserve à la fois des retrouvailles avec des réalisateurs confirmés et des rencontres déterminantes.

Il y a cinq lieux pour voir des courts métrages sur la Croisette : à la Semaine de la Critique (10 films en compétition et 3 en séance spéciale), à la Quinzaine des Réalisateurs (10 films en compétition dont un moyen métrage de 44 minutes), en compétition officielle (8 Films), à la Cinéfondation, la compétition des films d’école (17 films) et au short film corner, où sont disponibles en visionnage à la demande tous les courts métrages qui y ont été soumis.

Parmi les réalisateurs déjà identifiés, il y a bien entendu Marco Bellocchio, de retour à la Quinzaine avec La lotta. On notera aussi la belle séance spéciale de la Semaine de la Critique qui réunit Bertrand Mandico (dont on vient de découvrir le premier long métrage, Les Garçons sauvages) avec Ultra pulpe, le cinéaste grec Yorgos Zois (Casus Belli, Interruption) avec Third kind et Boris Labbé (Orogenesis) avec La chute dont nous vous parlions dans notre Focus sur l’animation.

En vrac, on retrouvera également les nouveaux films de Jacqueline Lentzou (Hector Malot - The Last Day Of The Year - son précédent Hiwa était à Berlin) à la Semaine de la Critique, Raymund Ribay Gutierrez en compétition officielle (Judgment - après Imago, déjà présenté à Cannes), Celine Held et Logan George également en section officielle (Caroline - on les avait repérés au festival du film fantastique de Strasbourg avec Mouse), Carolina Markowicz (O Orfao - après le film d'animation Tatuapé Mahal Tower, qui a fait le tour du monde) ou encore Juanita Onzaga (Our song to war - après The Jungle Knows You Better Than You Do, prix du jury international à Berlin) toutes deux à la Quinzaine.

Parmi les découvertes, il faudra suivre de près le film chilien El verano del leon electrico de Diego Cespedes à la Cinéfondation, le (très) jeune réalisateur portugais Duarte Coimbra à la Semaine de la Critique avec Amor, Avenidas Novas, le moyen métrage qui s'annonce assez déjanté La Chanson à la Quinzaine (l'adaptation par Tiphaine Raffier de son spectacle du même nom) ou encore la comédie Pauline asservie de Charline Bourgeois-Tacquet avec Anais Demoustier à la Semaine. Sans oublier tous les films d’animation que nous avions détaillés lors du Focus.

L’année dernière, trois courts métrages présentés à Cannes ont ensuite connu une carrière exceptionnelle : The burden de Niki Lindroth von Bahr (qui a remporté des prix partout où il est passé, y compris le prix du court métrage de l'année), Los Desheredados de Laura Ferres (primé à Cannes puis nommé aux European Awards) et Pépé le morse de Lucrèce Andreae (César du meilleur court métrage d'animation). Ne ratez pas ceux qui leur succéderont cette année.

Cannes 2018 : quand Annecy « goes to Cannes »

Posté par MpM, le 10 mai 2018

Pour la troisième année consécutive, le dispositif "Annecy goes to Cannes" permettra à cinq long métrages d'animation en work in progress d'être présents sur la Croisette. En partenariat avec le marché du film de Cannes, le Festival et le Marché international du film d’animation d’Annecy organisent en effet une session de pitchs le vendredi 11 mai entre 10h et 12h.

Il s'agit d'offrir à ces projets en cours l'opportunité de se faire connaitre par les nombreux professionnels (distributeurs, aux investisseurs et aux agents de vente ) réunis à Cannes. L'occasion pour eux de partager les premières images exclusives des films et de parler de leur avancement afin de susciter l'intérêt de nouveaux partenaires potentiels.

Les projets viennent du monde entier (Brésil, Chine, Mexique, Danemark...) avec un important pourcentage de productions ou coproductions françaises. On notera notamment la présence de Pachamama, le nouveau projet de Folivari qui met en scène deux petits indiens de la Cordillère des Andes à la recherche de l'idole protectrice de leur village, ainsi que celui des Films d'ici, Au coeur des ténèbres, qui se passe à Rio de Janeiro, dans un futur proche.

HEART OF DARKNESS - Brésil, France, Portugal
En préproduction

En présence de Rogério Nunes (réalisateur, producteur, Karmatique Imagens LTDA) et de Sébastien Onomo (producteur, Les Films d’Ici)

FLEE – Danemark, France, Suède
En préproduction

En présence de Jonas Poher Rasmussen (réalisateur) et de Monica Hellström (productrice, Final Cut for Real)

SPYCIES – Chine, France
En production

En présence de Benoit Luce (producteur, Lux Populi Production) et de Quinshu Zuo (distributrice, iQiyi Pictures)

KOATI – Mexique
En production

En présence de Rodrigo Perez-Castro (réalisateur) et d'Anabella Sosa-Dovarganes (productrice, Upstairs)

PACHAMAMA – France
En production

En présence de Didier Brunner et Damien Brunner (producteurs, Folivari)

Cannes 2018 : quelle place pour l’animation sur la Croisette ?

Posté par MpM, le 8 mai 2018

C’est souvent le parent pauvre du festival, et cette année n’y fait pas complètement exception. Certes il y a de l’animation sur la Croisette. Mais trop souvent, on a l’impression que la sélection des films d'animation répond à une concession faite au genre et à ses défenseurs plus qu'à un véritable choix de programmation.

N’incriminons pas la Semaine de la Critique, qui pour la 2e fois consécutive propose un long métrage d’animation en compétition : Chris the swiss d'Anja Kofmel (1 sur 7, c’est un bon ratio s’il faut penser en termes purement numériques). On se réjouit de cette nouvelle "tradition" instaurée par la Semaine, et qui est un exemple à suivre pour l'ensemble du festival. Incriminons encore moins la Quinzaine des réalisateurs qui a elle sélectionné deux longs métrages en compétition : Mirai de Mamoru Hosoda et Samouni Road, un documentaire de Stefano Savona en partie animé par Simone Massi.

En revanche, on a le droit d’être un poil déçu par la place réservée par l’officielle à Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow, son seul long métrage d’animation : une simple séance spéciale. Difficile de ne pas y voir une manière de reléguer l’animation à un créneau pas trop voyant, sans grand enjeu, tout en neutralisant les éventuelles critiques sur l’absence d’animation. Ceci dit, on se réjouit sincèrement de la présence de ces quatre longs métrages sur la Croisette.

D'autant qu'il faut aussi souligner la belle place réservée à l’animation par les sections courts métrages, à savoir 8 films répartis entre la Semaine de la Critique, la Quinzaine des Réalisateurs, la compétition officielle de courts métrages et la Cinéfondation, la compétition des films d'école.

Enfin, plusieurs événements consacrés à l'animation se tiennent en parallèle du Festival. Au Marché du Film, les plus chanceux pourront par exemple découvrir certains des projets les plus attendus de l'année. Une "journée de l'animation" est également organisée, comme chaque année. Enfin, pour la troisième année consécutive,  l'opération "Annecy goes to Cannes" se tiendra le 11 mai, avec la présentation de cinq projets de longs métrages en work in progress.

Petit guide en 12 étapes pour voir la vie cannoise en version animée.

Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow (Espagne / Pologne)

Long métrage d’animation parmi les plus attendus de l'année, A,other day of life est l’adaptation dans une forme hybride (animation, images d’archives, témoignages) du livre de Ryszard Kapuscinski, reporter de guerre pris dans la guerre civile en Angola. Lorsque commence le film, l’Angola vient de recouvrir son indépendance et deux factions se font face (MPLA et UNITA). Kapuscinski implore les autorités de le laisser rejoindre la ligne de front, et finira par être exaucé. On le suit dans ce périple périlleux et fou, tandis qu'en parallèle, des témoignages ou des images d'époque viennent compléter le récit, ou lui apporter un contrepoint. Une oeuvre historique et politique comme le festival en raffole, sur un conflit du XXe siècle souvent méconnu.

Chris the swiss d'Anja Kofmel (Suisse)

Tourné dans un somptueux noir et blanc ultra-contrasté, Chris the Swiss mêle film documentaire et images d'archives pour raconter l'histoire vraie de Chris, un reporter de guerre suisse retrouvé mort en Croatie en janvier 1992, après avoir rejoint une milice internationale d'extrême droite impliquée à la fois dans la guerre en Yougoslavie et dans des trafics de toutes sortes.

Anja Kofmel, qui est la cousine de Chris,  propose à travers le film une plongée brutale dans le contexte de cette guerre sanglante en même temps qu'une enquête intime et personnelle pour comprendre ce qui est, réellement, arrivé au jeune homme. Ainsi, elle se met en scène, ainsi que certains membres de sa famille, afin de dresser le portrait le plus juste de Chris. En parallèle, on suit le jeune homme en Yougoslavie, au contact de ceux qui l'entraîneront dans les rangs du "First International Platoon of Volunteers".

Mirai de Mamoru Hosoda (Japon)

Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu'à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même, jusqu'au jour où il découvre un univers fantastique où se mêlent le passé et le présent. Le nouvel opus de Mamoru Hosoda, à qui l'on doit notamment Le garçon et la bête, Les enfants loups ou encore Summer wars, s'annonce comme une oeuvre familiale aux thèmes universels et aux graphismes chaleureux et doux. A retrouver également en compétition à Annecy.

Samouni Road de Stefano Savona (Italie)

Ce documentaire de Stefano Savona, en partie animé par Simone Massi, a été tourné dans la périphérie rurale de la ville de Gaza City. La route du titre tire son nom de la famille élargie Samouni, une communauté de paysans miraculeusement épargnée par soixante ans d’occupations et de guerres jusqu’en janvier 2009. Le film suit les survivants de la famille lors d'une fête qui est la première depuis la dernière guerre. Les séquences animées permettent de donner vie aux souvenirs des protagonistes qui tentent de se reconstruire.

III de Marta Pajek (Pologne)

D'abord, il faut savoir qu'il existe un II (Impossible figures and other stories II) mais pas (encore ?) de I. Le comité court de la sélection officielle a été bien avisée de sélectionner le nouveau film de cette réalisatrice surdouée qui propose des films métaphysiques épurés et minimalistes. Après avoir invité le spectateur à sonder les méandres de son propre labyrinthe intime, elle propose cette fois une drôle de plongée dans le tourbillon de la séduction et de l'amour véritablement charnel.

La chute de Boris Labbé (France)

Un seul court métrage d'animation à la Semaine, mais très attendu puisqu’il s’agit du nouveau film de Boris Labbé ! Après Orogenesis dont on vous a souvent parlé, le réalisateur revient avec une œuvre-somme qui lui a été inspirée par la lecture de Dante, et qui convoque à la fois l’histoire de l’art (de Jérôme Bosch à Henry Darger) et celle de l’Humanité. Hypnotique et hallucinatoire, porté par la musique envoûtante et complexe de Daniele Ghisi, le film s'annonce comme un prolongement du travail du réalisateur autour des motifs de la boucle, la prolifération, la multiplication, la contamination, la métamorphose...

Inanimate de Lucia Bulgheroni (Royaume-Uni)

Katrine a une vie normale, un travail normal, un petit-ami normal et un appartement normal dans une ville normale. C’est ce qu’elle pense en tout cas, jusqu’au jour où tout tombe en morceaux, au sens propre du terme. Un film de fin d'études en stop-motion, sur un sujet intime et sensible.

Inny de Marta Magnuska (Pologne)

En attendant l’arrivée d’un mystérieux nouveau venu, les gens essayent de deviner qui il est. L’image floue de l’étranger prend forme, de façon à rendre sa présence presque réelle. Mais l'excitation initiale de la foule tourne à l’angoisse. L'animation (minimaliste et glacée) est à la hauteur de la tension anxiogène que dégage peu à peu le récit, entre étude des foules galvanisées par le seul sentiment du collectif et dénonciation des préjugés les plus sombres.

Ce magnifique gâteau de Emma de Swaef et Marc Roels (Belgique)

Six ans après leur acclamé court métrage Oh Willy, Emma de Swaef et Marc Roels sont de retour avec un moyen métrage de 44 minutes qui fera nécessairement figure d'OVNI sur la Croisette. D'autant que ce film en stop-motion qui met en scène des figurines duveteuses et minimalistes parle avec cynisme et humour noir de la colonisation en Afrique. Vraisemblablement l'un des films-événements de l'année dans le monde de l'animation. Heureusement, pour ceux qui le rateraient à Cannes, il sera présenté en séance spéciale à Annecy.

La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel (France)

Agathe, bientôt 40 ans, va retrouver son ex, Marc-Antoine, avec la ferme intention de le séduire à nouveau, afin d'avoir un enfant avec lui. Mais dans l'ombre, les sacs plastiques attendent leur heure... Un film de genre, en animation 2D sur fond de prises de vues réelles, qui se moque à la fois de la notion de couple et du cinéma bis, tout en proposant une nouvelle genèse aussi loufoque qu'irrévérencieuse. Le tout par gabriel Harel, réalisateur de l'acclamé Yul et le serpent.

Sailor's delight de Louise Aubertin, Éloïse Girard, Marine Meneyrol, Jonas Ritter, Loucas Rongeart, Amandine Thomoux (France)

Une sirène essaye de séduire deux marins et se retrouve prise à son propre piège. Un film d'étudiants en 3D qui détourne les codes du genre pour une démonstration technique et visuelle classique mais prometteuse.

Le Sujet de Patrick Bouchard (Canada)

Un corps inanimé sur une table de dissection, une structure métallique, du sang. Patrick Bouchard découpe et sonde le moulage de son propre corps pour une introspection intime sidérante. Réalisé en volume et en pixilation, Le sujet est une expérience cinématographique intense et complexe qui emmènera chacun aux plus profond de lui-même.