Alice comedies 2 : un programme burlesque moderne et indispensable signé Walt Disney

Posté par MpM, le 17 janvier 2018

Et si le Walt Disney de l’année avait presque 100 ans ? Loin de son image un peu proprette de fournisseur officiel de gentils contes de fées politiquement corrects, le cinéaste a produit à ses débuts une série de courts métrages mettant en scène une petite fille nommée Alice vivant des aventures peu ordinaires. La particularité des films était de mélanger prises de vue réelle et animation, Alice étant incarnée par une véritable petite fille évoluant tantôt dans des décors réels, tantôt dans un monde de cartoon.

Dans ces récits burlesques, pas vraiment d’histoires de princesses se languissant de leur prince charmant mais une héroïne bagarreuse, casse-cou et téméraire, n’hésitant jamais à aller au devant du danger, ou à se lancer dans d’incroyables aventures. Féministe avant l’heure, elle mène son petit monde à la baguette (c'est une chef de bande hors pair) et vit des aventures extraordinaires sur la banquise, dans le Far Wast ou encore en équilibriste intrépide dans un cirque.

En tout, plus d'une cinquantaine de courts métrages ont été réalisés sous l'égide de Walt Disney entre 1924 et 1927. Ce sont ces films, redécouverts et numérisés par Eye, la cinémathèque néerlandaise, que la société de distribution Malavida a décidé en 2015 de ressortir sous la forme de programmes d’une quarantaine de minutes particulièrement adaptés au jeune public.

Tout un travail a notamment été effectué pour restaurer l’image et lui adjoindre une musique originale et une voix-off lisant le texte des cartons afin de permettre aux enfants non lecteurs d’en comprendre le sens. En décembre 2016,  on découvrait le premier volet (Alice comédies), proposant notamment une plongée sous-marine dans un univers extraordinaire et une étrange visite dans une maison hantée. A noter que ce très beau programme est actuellement visible en salles à Paris dans le cadre du dispositif l'Enfance de l'art mais aussi disponible en DVD édité par Malavida.

Dans le deuxième volet qui sort en salles ce 17 janvier, on peut une nouvelle fois admirer toute la fantaisie de Disney qui multiplie les gags visuels hilarants et les situations cocasses dans lesquelles se mêlent irrévérence et idées surréalistes. Ainsi, lorsque Julius, le chat fidèle compagnon d'Alice, poursuit Pat Hibulaire, le terrible Ours, on se croirait presque dans un Tex Avery, avec des personnages qui marchent dans le vide et tombent quand ils s'en aperçoivent, des têtes non solidaires de leur corps et des grosses pierres qui se transforment soudain en animaux.

De même, dans le dernier film du programme, Disney s'amuse à pasticher le Joueur de flûte de Hamelin, prétexte à d'irrésistibles gags mettant en scène d'infernales souris farceuses qui ne sont pas vraiment décidées à se laissez noyer sans combattre. Le tout sur une musique dansante et joyeuse spécialement composée par Manu Chao !

Si Alice nous enthousiasme tant, c'est probablement parce qu'elle est paradoxalement une héroïne bien plus moderne que nombre de personnages féminins dans les films pour enfants d'aujourd'hui. Insolente et courageuse, bagarreuse et pleine de vie, elle ne cherche pas à plaire au public adulte ni à inculquer une quelconque morale, mais s'adresse au contraire directement aux enfants à qui elle fait notamment découvrir la grande liberté offerte par l'imagination. Sans doute n'est-elle pas un modèle de sagesse et d'obéissance, mais depuis quand compte-on sur le cinéma pour faire l'éducation des enfants ? On préfère mille fois une Alice faisant les 400 coups (avec ce que cela sous-entend de cathartique) à la gentillesse ultra formatée de certains produits contemporains des studios Disney.

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Alice Comedies 2 de Walt Disney
Programme de courts métrages (1924-1927), avec Virginia Davis, Margie Gay, Lois Hardwick.
En salles le 17 janvier

Photos © Malavida

Les nominations des Producers Guild Awards 2018

Posté par vincy, le 5 janvier 2018

La Guilde des Producteurs a joué les équilibres entre films indépendants ayant eu les faveurs des critiques et les productions de studios. La plupart de ces films font figure de favoris pour les nominations aux Oscars depuis deux mois.

The Big Sick, Call Me by Your Name, Dunkerque, Get Out, I, Tonya, Lady Bird, Le grand jeu (Molly’s Game), Pentagon Papers (The Post), La forme de l'eau (The Shape of Water), Three Billboards Outside Ebbing, Missouri et Wonder Woman sont nommés dans la catégorie longs métrages. On note un diversité des genres (du fantastique au polar en passant par le blockbuster) mais aussi pour une fois la présence de réalisatrices et de cinéastes issus de minorités.

The Florida Project, Logan, Mudbound, The Disaster Artist et plusieurs autres prétendants nommés par les autres guildes n'ont pas été retenus.

On connaît déjà un vainqueur de la soirée: Get Out de Jordan Peel. Le s producteurs du film recevront en effet le 20 janvier lors de la cérémonie le Stanley Kramer Award qui honore un film dévoilant au public d'importants enjeux de la société.

Dans la catégorie animation, Baby Boss, Coco, Moi, moche et méchant 3, Ferdinand et Lego Batman, le film sont en concurrence.

Pour les documentaires, Chasing Coral, City of Ghosts, Cries from Syria, Earth: One Amazing Day, Jane, Joshua: Teenager vs. Superpower et The Newspaperman: The Life and Times of Ben Bradlee se disputeront le prix.

Le film que j’attends le plus en 2018 : Cro Man de Nick Park

Posté par MpM, le 30 décembre 2017

Chaque film des studios Aardman est un événement, ne serait-ce qu'en raison du temps que prend la réalisation d'un long métrage qui anime image par image des figurines de pâte à modeler. Un travail titanesque, rempli de défis, magistralement relevés par le réalisateur Nick Park qui adore mettre en scène de longues séquences d'action déjantées et des machines alambiquées qui se jouent des relations de causes à effets (de la machine à fabriquer les tourtes de Chicken run aux folles inventions de Wallace).

Je suis donc particulièrement impatiente de découvrir Cro Man, nouvel opus qui se passe dans la préhistoire et met en scène un homme des cavernes aux prises avec un ennemi beaucoup plus puissant. On imagine la source de gags potentiels que dissimule ce scénario de départ. Et les différentes bandes-annonces qui circulent viennent immédiatement confirmer le bon feeling : un héros maladroit mais plein de bonnes intentions, un animal de compagnie qui semble plus intelligent que son maître, un méchant mégalomane... sans oublier un plaisir non dissimulé à revisiter l'Histoire.

Au-delà de l’humour propre aux films issus des studios Aardman, entre parodie de genre et scénario ultra référencé, on devine des enjeux écologiques qui ne sont pas pour nous déplaire (le héros doit se battre pour sauver sa vallée) ainsi qu’un nouvel éloge de l’action collective et de la résistance face à l’oppression. On ne sait pas trop si l’Humanité sortira grandie de ce duel entre âge de pierre et âge de bronze, mais le plaisir du spectateur, lui, c’est certain !

Cro man de Nick Park, sortie le 7 février 2018

2017 dans le rétro : une année plutôt animée

Posté par MpM, le 23 décembre 2017

Après une année enchantée en 2016, où l'on avait pu découvrir à la fois Ma vie de courgette, La tortue rouge, Louise en hiver ou encore Tout en haut du monde, le cinéma d’animation semble avoir moins brillé en 2017. Pourtant, cela ne signifie pas qu’il ait été moins présent en salles, puisqu’on compte tout de même une soixantaine de sorties de films ou programmes d'animation, ce qui fait plus d'un par semaine.

Suites et reboots


Les suites, reboots et autres déclinaisons de franchises étaient comme c’est de plus en plus souvent le cas à l’honneur, avec notamment Cars 3, Paddington 2, Moi, moche et méchant 3, Opération casse-noisettes 2, Les Schtroumpfs et le village perdu, LEGO Ninjago et LEGO Batman, My Little Pony, Bob Le bricoleur : Megamachines, Pokémon, le film : Je te choisis, Yo-Kai Watch, le film... Des œuvres clairement à destination des enfants / pré-adolescents et dont le principal objectif est de capitaliser sur leurs acquis.

Très jeune public


L'autre grande tendance sont les programmes (souvent collectifs) de courts métrages à destination d'un très jeune public, comme À deux, c'est mieux !, Le Voyage en ballon, La Ronde des couleurs, Au Fil des saisons, Mr Chat et les Shammies, La Fontaine fait son cinéma, Des trésors plein ma poche, Les P'tits explorateurs, A la découverte du monde, Polichinelle et les contes merveilleux, Myrtille et la lettre au Père Noël... De quoi initier les plus jeunes en douceur à l'expérience du cinéma.

Animation française


Côté animation française, on ne peut pas dire que l’année ait été mauvaise. On retiendra bien sûr Benjamin Renner et son merveilleux Grand méchant renard qui a enchanté un large public, sans distinction d'âge, mais aussi le très beau programme de courts Le vent dans les roseaux, qui faisait la part belle à la liberté et à la résistance. Citons également le "blockbuster" Zombillénium d'Arthur de Pins et Alexis Ducord, tonitruante adaptation de la série BD à succès, Ernest et Célestine en hiver de Julien Chheng et Jean-Christophe Roger (4 épisodes de la série télévisée Ernest et Célestine, la collection), La cabane à histoires de Célia Rivière, Les As de la Jungle de David Alaux, adaptation sous forme de long métrage de la série télévisée du même nom ou encore Drôles de petites bêtes d'Arnaud Bouron et Antoon Krings (également adapté d'un succès d'édition qui bénéficiait déjà d'une série télévisée).

Les révélations d'Annecy


À l’international, trois films primés à Annecy ont fait parler d’eux : Lou et l’île aux sirènes de Masaaki Yuasa (cristal du long métrage), qui raconte l'amitié hors normes entre un collégien solitaire et une sirène ; Dans un recoin du monde de Sunao Katabuchi (prix du jury), portrait d'une jeune femme rêveuse confrontée à la guerre et à la tragédie d'Hiroshima, et La passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (prix du public) dont la principale prouesse est de donner vie à la peinture de Van Gogh, bien que cela soit au service d’un scénario raté.

Disney et compagnie


On notera aussi Coco, le Disney de l’année, qui nous emmène au royaume des morts, et Ferdinand (Fox) sur un taureau bien décidé à retrouver son village natal. La Grande Bretagne a elle livré Un conte peut en cacher en autre de Jakob Schuh et Jan Lachauer, l’un des rares longs métrages en stop motion de l’année, qui se moque des contes de fées de notre enfance. Mentionnons enfin deux adaptations de livres pour enfants qui jouent la carte de la comédie mal dégrossie et à moitié à poil : Baby boss de Tom McGrath et Capitaine Superslip de David Soren.

Animation pour adultes

psiconautas

Bien que l’animation soit toujours considérée comme un genre à part, réservé aux plus jeunes, quelques films clairement destinés à un public adulte ont eux-aussi eu les honneurs de la salle, à commencer par le nouvel opus de Bill Plympton, La vengeresse, co-réalisé par Jim Lujan. On pense également à Psiconautas d’Alberto Vasquez, cruel conte post-apocalyptique sur un monde en décomposition, et à Téhéran Tabou d’Ali Soozandeh, regard sans fard sur les contradictions de la société iranienne, surtout pour tout ce qui touche à la sexualité. Des œuvres puissantes qui utilisent l’animation à la fois comme un formidable vecteur de liberté et de créativité, et comme une manière de transcender la réalité qu’elles dépeignent.

Films du patrimoine


Enfin, il faut souligner le travail accompli par certains distributeurs dans le domaine du cinéma de patrimoine. On a ainsi pu (re)découvrir des joyaux du cinéma d’animation tchèque avec les programmes Quel cirque (Bretislav Pojar, Zdenek Ostrcil, Karel Zeman) et Les nouvelles aventures de Ferda la fourmi d’Hermina Tyrlova, qui brillebt tous deux par la délicatesse de l’animation (marionnettes et animation à plat), la virtuosité des mouvements et l'onirisme du récit. On a aussi pu revoir La ferme des animaux, d’après George Orwell, Brisby et le secret de Nimh, sans oublier le duo star des studios Aardman : Wallace et Gromit, de retour avec le programme Cœurs à modeler comportant un inédit : Un sacré pétrin, et réservant un festival de prouesses visuelles, de références cinématographiques et de gags aussi drôles au second degré qu’au premier.

Un bref panorama des sorties 2017 met ainsi en lumière l'éclectisme et la richesse du cinéma d'animation proposé sur grand écran. Si les plus films les plus médiatisés occupent beaucoup le terrain (et les salles), ils ne dissimulent heureusement qu'à moitié une offre pléthorique, contrastée, et adaptée à tous les publics. Visuellement comme thématiquement, c'est une explosion de propositions parfois audacieuses et d'expérimentations singulières, qui côtoient des œuvres plus balisées qui tentent de se renouveler, ou au contraire se contentent d'appliquer toujours les mêmes recettes. Sans réelle surprise, le cinéma d'animation est à ce titre exactement au même niveau que le cinéma en prise de vues réelles : pris en étau entre des créatifs qui osent, des faiseurs qui reproduisent, et des grands financiers qui comptent. L'essentiel étant que le spectateur, lui, ait toujours le choix.

Trois (bonnes) raisons d’aller voir Drôles de petites bêtes

Posté par MpM, le 13 décembre 2017

En salles ce mercredi 13 décembre, Drôles de petites bêtes est un film d'animation français signé Antoon Krings et Arnaud Bouron. Apollon, un grillon saltimbanque, arrive dans le village des Petites Bêtes où tous les habitants s'apprêtent à célébrer le jubilé de la Reine Marguerite. Mais tout va de travers : la Reine est enlevée par les Nuisibles, les ennemis du royaumes, et Apollon est accusé d'en être responsable. Pire, la terrible Huguette, cousine de la Reine, est bien décidée à s'approprier le trône par tous les moyens...

Voici trois bonnes raisons pour lesquelles vous ne résisterez pas à ce joli conte bourré d'imagination et d'énergie !

C'est l'adaptation des personnages cultes d'Antoon Krings. Cela fait près de 25 ans que l'univers créé par l'auteur et illustrateur français Antoon Krings est un succès d'édition.  Il existe désormais plus d'une soixantaine d'ouvrages qui se déclinent tous autour d'un personnage clef :  Léon le bourdon, Marie la foumi, Siméon le papillon, Mireille l'abeille... En tout, 18 millions d'albums ont été vendus en France, et il existe des traductions dans 19 langues, ainsi qu'une série télévisée. En se déclinant dans un long métrage plutôt ambitieux en terme de scénario comme de réalisation, la série prend une nouvelle ampleur qui lui permet de s'adresser à un public un peu plus âgé, sans trahir le ton de départ.

L'histoire permet d'aborder les notions de loyauté, de résistance et d'entraide. Il est en effet question d'une poignée d'individus qui s'unissent pour sauver leur reine et leur pays au péril de leur vie, mais aussi des "nuisibles" qui sont rejetés par tous, alors qu'ils font partie de l'écosystème du petit jardin et y ont un rôle à jouer, d'individus qui pensent appartenir à une espèce supérieure, ou encore de l'équilibre naturel à respecter (économiser et partager les ressources, ne pas surconsommer ou surproduire...) pour que tous puissent vivre en bonne harmonie. Avec humour et vivacité, le film fustige ainsi à la fois les préjugés et l’autoritarisme, l'exploitation intensive et le racisme, prônant une société où chacun vit en bonne intelligence et a son propre rôle à jouer.

L'animation 3D est une réussite. On adore les effets de matière sur les différents personnages, et notamment sur les "nuisibles" à qui cela apporte une vraie dimension inquiétante, et sur les abeilles, rondes et duveteuses, qui tranchent avec les guêpes filiformes et anguleuses. Le jardin est bucolique à souhait tandis que les extérieurs nocturnes sont tour à tour effrayants et mystérieux, appelant à l'aventure et même à la rêverie. L'univers esthétique reste ainsi très cohérent, tout en ayant recours à une large gamme d'ambiances et de couleurs qui confèrent au film une richesse visuelle impressionnante.

L’île aux chiens de Wes Anderson en ouverture de la 68e Berlinale

Posté par vincy, le 4 décembre 2017

Wes Anderson est un habitué du festival de Berlin. Alors qu'il n'a été en compétition à Cannes et à Venise qu'une seule fois, le cinéaste américain a été trois fois sélectionné pour l'Ours d'or au cours de sa carrière (et a remporté le Grand prix du jury pour The Grand Budapest Hotel). Il revient à la Berlinale avec son nouveau film, L'île aux chiens (Isle of Dogs), pour ouvrir le festival (honneur déjà réalisé avec Grand Budapest Hotel il y a 4 ans).

La 68e édition se lancera le 15 février avec un film d'animation, une première dans l'histoire du festival. Le film y sera présenté en avant-première mondiale. Il faut dire que le casting vocal est alléchant: Bryan Cranston, Koyu Rankin, Edward Norton, Liev Schreiber, Bill Murray, Bob Balaban, Jeff Goldblum, Scarlett Johansson, Kunichi Nomura, Tilda Swinton, Ken Watanabe, Akira Ito, Greta Gerwig, Akira Takayama, Frances McDormand, F. Murray Abraham, Courtney B. Vance, Yojiro Noda, Fisher Stevens, Mari Natsuki, Nijiro Murakami, Yoko Ono, Harvey Keitel et Frank Wood.
Soit 4 acteurs et actrices oscarisées et six acteurs et actrices nommées aux Oscars. Sept d'entre eux étaient déjà dans Grand Budapest Hotel et autant de comédiens et comédiennes étaient au générique de Moonrise Kingdom. Et c'est le 8e film de Anderson avec Bill Murray.

L'histoire de L'île aux chiens commence lorsqu’une épidémie de grippe canine envahit la ville japonaise de Megasaki et menace de contaminer les hommes. Le maire corrompu Kobayashi ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens. L’île poubelle devient ainsi l’Île aux Chiens. Un jeune garçon de 12 ans, Atari, s'envole sur place avec un propulseur à la recherche de son chien perdu, Spots. C’est alors qu’il fait la découverte, à l’aide d’une meute de cinq chiens, d’une conspiration qui menace la ville.

C'est le premier film que Wes Anderson écrit sans co-scénariste.

Le film sort le 23 mars en Amérique du nord et le 11 avril en France.

Albi 2017 : Puzzle et Kapitalistis remportent la compétition de courts métrages

Posté par MpM, le 23 novembre 2017

Très belle idée de la part du Festival d'Albi que de proposer un programme de courts métrages sélectionnés par des collégiens ! Après un appel à films et une présélection rigoureuse parmi les deux cents titres reçus, cinq classes de la région ont ainsi pu s'essayer aux joies de la programmation en choisissant huit films qui ont ensuite été soumis au vote du public.

C'est Kapitalistis de Pablo Munoz-Gomez qui a été plébiscité par les spectateurs tandis que le Prix des Jeunes est allée à Puzzle de Rémy Rondeau. Le premier est une fable sociale ironique dans laquelle un travailleur immigré pauvre tente de gagner plus d'argent pour offrir à son fils le sac à la mode dont il a tellement envie pour Noël. Si le propos est juste et tristement actuel (absurdité du système, injustice sociale, violence symbolique envers les familles modestes), le traitement manque parfois de légèreté et enfonce quelques portes ouvertes sous le prétexte de faire rire.

Le second est un film de genre minimaliste qui utilise les codes du cinéma fantastique pour raconter la détresse d'un vieil homme qui se sent seul depuis la mort de sa femme. Les effets de suspense, particulièrement réussis (notamment l'idée du puzzle qui vire au cauchemar), parviennent à créer une ambiance anxiogène avec très peu de moyens. On aime se laisser prendre par la tension finale, malgré une fin explicative qui souligne inutilement ce que la mise en scène suffisait à suggérer.

Mais au-delà du palmarès (toujours forcément subjectif), cette sélection est l'occasion de se pencher sur le(s) type(s) de cinéma qui plaisent à un jeune public. On notera par exemple que l'animation était particulièrement bien représentée dans la sélection, de même que les films narratifs.

Les sujets étaient eux variés, de la guerre 14-18 réinventée (Poilus de Guillaume Auberval, Léa Dozoul, Simon Gomez) à un déjeuner familial qui tourne mal (Sirocco de Romain Garcia, Kevin Tarpinian, Thomas Lopez-Massy), de l'immigration illégale entre le Mexique et les Etats-Unis (Ojala de Marie-Stéphane Cattaneo) à un règlement de comptes entre ados (La convention de Genève de Benoit Martin), en passant par des oeuvres plus visuelles comme une fête de grenouilles dans une villa abandonnée (Garden party de Florian Babikian, Vincent Bayou et Victor Clair) ou l'aperçu d'un instant où le temps s'arrête (Blink de Manon Ghys, Victoria Léger, Nathan Rémy et William Steiner).

Parmi ces différentes propositions, et outre les films primés, deux courts métrages ont plus particulièrement retenu notre attention : La convention de Genève de Benoit Martin, une comédie très finement dialoguée qui oppose deux bandes rivales à la sortie du lycée, entre confrontation musclée et recherche de diplomatie (après une très belle carrière en festivals, il est maintenant présélectionné pour les César) et Poilus de Guillaume Auberval, Léa Dozoul et Simon Gomez, qui nous emmène dans les tranchées pendant la première guerre mondiale.

Si les poilus du titre sont devenus des lapins, ils n'en partagent pas moins avec leurs homologues humains toutes les horreurs de la guerre : la peur, le froid, l'injustice, et bien sûr le danger permanent. En seulement quelques scènes bouleversantes, il dépeint le quotidien terrifiant des soldats pris au piège des tranchées, et rappelle en filigrane, par le symbole des animaux transformés en soldat, l'universalité et l'actualité de la formule chère à Prévert : "quelle connerie, la guerre".

Wallace et Gromit sont de retour avec « Coeurs à modeler »

Posté par MpM, le 8 novembre 2017

On ne se lasse pas des aventures de Wallace et Gromit, l'inventeur fanatique de fromage et son chien fidèle spécialiste en physique quantique, tout droit issus de l'imagination du réalisateur Nick Park et des formidables studios d'animation Aardman. L'an passé, Folimage avait ressorti deux courts métrages mettant en scène le duo :  Une grande excursion (1989) et Un mauvais pantalon (1993) réunis dans Wallace et Gromit : les inventuriers. Ils y allaient notamment sur la lune dans une fusée de leur fabrication.

Cette fois, le programme Cœurs à modeler réunit Rasé de près (1995) et Un sacré pétrin (2008), qui est inédit au cinéma, deux courts métrages qui ont en commun des intrigues sentimentales sur lesquelles plane un parfum de mystère. Par deux fois, Wallace tombe en effet amoureux (on ne vous en dit pas plus) et doit faire face à de grands dangers. Heureusement, Gromit est là pour mener l'enquête et tirer son maître des situations les plus périlleuses et surtout les plus rocambolesques...

Comme toujours, les ingénieuses (et complexes) inventions de Wallace s’enrayent (Ah, le canon à pudding !), et sa vie amoureuse mouvementée (même si Un sacré pétrin le montre en amant triomphant, et même coquin) achève de saboter son existence d'ordinaire bien réglée. On est évidemment bluffé par la virtuosité des scènes d'action (dans lesquelles l'effort technique ne se sent pourtant jamais) et émerveillé par l'humour des situations et des dialogues, entre sous-entendus et jeux de mots, comique burlesque et parodies de blockbusters.

Hyper référencées (James Bond, Ghost...), hilarantes et complètement débridées, ces deux aventures atteignent ainsi des sommets en termes d'animation comme de scénario, ce qui en fait le programme parfait à voir ou revoir, seul·e ou en famille, en attendant de découvrir le prochain long métrage de Nick Park, Cro man (7 février 2018) qui se passe dans la préhistoire et met en scène deux hommes des cavernes aux prises avec un ennemi puissant. De lointains ancêtres de Wallace, sans doute ?

Le Studio des Ursulines lance sa plateforme VàD Benshi Studio

Posté par vincy, le 5 novembre 2017

Le Studio des Ursulines (Paris), récompensé par le CNC pour son site Internet dédié au jeune public Benshi.fr mis en ligne il y a trois ans, va lancer son offre de vidéo à la demande le 8 novembre pour 4,99 € par mois.

La plateforme Benshi Studio permettra d'accéder à 50 films et 50 courts-métrages destinés au jeune public , soit "toutes les pépites de l’animation à destination des 3 -11 ans". Les films resteront accessibles en téléchargement hors-ligne, pendant toute la durée de l’abonnement. La plateforme est disponible sur tous les écrans.

Pour pouvoir lancer cette offre, le cinéma parisien avait fait appel à une campagne de financement participatif qui a attiré 650 donateurs pour un montant total de 23 000 €.

Les deux directeurs du cinéma Adrien et Louis-Paul Desange veulent "transmettre l’amour du cinéma aux plus jeunes, éveiller leur curiosité et leur ouverture sur le monde, se fabriquer un imaginaire curieux, enthousiaste, lumineux à travers un choix de films adaptés à chaque âge." Le communiqué précise qu'on y trouvera "Des films sélectionnés pour leurs qualités artistiques, culturelles et émotionnelles avec une attention portée à leur fabrication et aux valeurs qu’ils défendent ainsi qu’une grande vigilance à déterminer les âges à partir desquels les enfants peuvent découvrir certaines œuvres."

Plusieurs critères son retenus:
• Les qualités cinématographiques, picturales, de mise en scène, d'interprétation.
• La capacité des films à susciter l'empathie du spectateur pour des personnages, un destin, une histoire, mais aussi à déclencher sa curiosité, et ouvrir sur des mondes qu'il ne connaît pas forcément.
• La singularité, chez Benshi nous soulignons ce qui rend chaque film unique
• La longévité, c’est-à-dire ces films qui traversent les époques sans jamais prendre une ride

On y trouvera ainsi Kirikou, Le chant de la mer, Mia et le migou, Le garçon et le monde, Popeue, Peau d'âne, Le cirque, Wadjda, La balade de Babouchka, Lettre à Momo....

Mon premier festival 2017 : une semaine d’aventures en salles obscures

Posté par MpM, le 31 octobre 2017

A chaque édition, on le répète : Mon premier festival est une formidable occasion d'initier les enfants au cinéma sur grand écran, en jonglant avec les styles et les époques, et en profitant des chouettes ateliers organisés en marge des projections. Cette année, nous avons décidé d'aller plus loin en vivant le festival de l'intérieur, en conditions réelles, c'est-à-dire en compagnie d'un jeune cinéphile de 5 ans, cobaye plutôt consentant. Récit d'une semaine d'aventures en salles obscures.

Jour 1


Il est 10h du matin, nous sommes au cinéma L'entrepôt (XIVe), l'un des 14 cinémas partenaires de Mon premier festival. L'accueil est chaleureux dès l'entrée, entre fébrilité et excitation. Dans la salle, ton convivial et complice : "C'est la première séance du festival !" s'exclame la présentatrice. "Au fait, les enfants, vous savez ce qu'est un festival ?". Participation ravie du public, qui réagit au quart de tour aux différentes questions et explications, et fait sagement silence dès que la salle s'éteint.

On a décidé de commencer doucement, avec le très joli programme de courts métrages Neige et les arbres magiques du studio Folimage (sorti en 2015). Le jeune cinéphile aime beaucoup l'arbre qui part en balade, entraînant avec lui une foule disparate, dans One, two, tree de Yulia Aronova. Il est aussi séduit, mais également interpellé, par les Tigres à la queue leu leu de Benoît Chieux, qui provoquent une quantité astronomique de questions ("Mais par où il sort, le chien, quand il est dans l'estomac du tigre ?"). Enfin, Neige fait son petit effet avec ses personnages inuits et son hymne à l'amitié interculturelle.

Jour 2


"Bon, alors, qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui ?" Cette fois, le jeune cinéphile prend les choses en mains, et ouvre son programme de festivalier. "D'accord, on va au cinéma, mais au festival, hein !" Après réflexion, son choix finit par se porter sur Cadet d'eau douce de Buster Keaton et Charles Reisner. Ca tombe bien, la séance (qui a lieu au Chaplin Denfert, XIVe) s'accompagne d'un quiz sur le cinéma muet.

Quiz plutôt ambitieux qui aborde à la fois les spécificités techniques du cinéma muet, ses grands auteurs, le cinéma burlesque, et l'oeuvre de Buster Keaton. Le jeune cinéphile n'a pas l'air d'avoir tout retenu, et pourtant le lendemain on le trouvera en train de pérorer sur Charlie Chaplin. Pas si mal.

Le film, lui, rencontre un immense succès. Dans la salle, les fous rires devant les irrésistibles (et indémodables) gags de Buster Keaton alternent avec les moments d'apnée, yeux écarquillés face aux ravages de la tempête finale. Voilà comment on inculque (très) jeune l'amour du cinéma muet et en noir et blanc !

Jour 3


Le jeune cinéphile est un inconditionnel de Wallace et Gromit, il a donc sursauté en voyant un visuel de Chicken run dans le catalogue : "Regarde maman, on dirait Wallace déguisé en poule". Comme il ne faut jamais laisser passer l'occasion d'emmener un enfant voir un film sur la résistance et la désobéissance civique, ce matin, ce sera donc Chicken run au Luminor Hôtel de Ville (IVe) !

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