Mon Premier Festival souffle ses 15 bougies avec Léa Drucker et Michel Hazanavicius

Posté par MpM, le 19 octobre 2019

Avec l'arrivée des vacances de la Toussaint, c'est le retour de l'un de nos festivals préférés, celui qui s'adresse aux spectateurs qui ont probablement le plus besoin d'être pris par la main et accompagnés dans l'univers et l'histoire du cinéma, les enfants à partir de 18 mois. Pour sa 15e édition, qui se tient du 23 au 29 octobre, Mon Premier Festival poursuit en effet le travail d'initiation du regard, de partage et de transmission qui en ont fait l'un des rendez-vous incontournables de l'automne.

Cette année, l'accent sera mis sur les liens privilégiés entre littérature et 7e art, à travers une quarantaine de films dont Zazie dans le métro, Croc-Blanc, Jean de la Lune, Le Tombeau des lucioles ou encore La Jeune fille sans mains, mais aussi sur le cinéma d'animation russe (avec notamment le travail des cinéastes Garri Bardine et Youri Norstein mais aussi le splendide Tout en haut du monde de Rémi Chayé).

Parmi les autres temps forts du festival figurent également un focus sur Michel Hazanavicius, invité d'honneur, qui viendra présenter certains de ses films comme The Artist, des films cultes (La Belle et le clochard, Qui veut la peau de Roger Rabbit, OSS 117 : Le Caire, nid d'espions), des ciné-concertsdes rencontres autour des métiers du cinéma, de nombreux ateliers, et les coups de coeur de la marraine de l'édition, Léa Drucker, qui a choisi de montrer La Belle et la bête, Cendrillon et La Petite Taupe.

Pour ce qui est des avant-premières, elles proposent de découvrir avant leur sortie des films attendus comme Le Voyage du prince (le nouveau film de Jean-François Laguionie, en salle le 4 décembre), Marche avec les loups de Jean-Michel Bertrand (15 janvier) ou encore L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian (8 janvier), mais aussi des rééditions, telles que Le monde animé de Grimault (6 novembre) et Le Chien, le général et les oiseaux de Francis Nielsen (6 novembre).

Une fois encore, les vacances de la Toussaint s'annoncent comme les meilleures de l'année !

______________________

Mon premier festival 2019
Du 23 au 29 octobre
Informations et réservations sur le site de la manifestation

Jeune public : le programme « Loups tendres et Loufoques » dédramatise les peurs enfantines

Posté par MpM, le 18 octobre 2019

Parmi l’offre florissante de films et programmes à destination du jeune public, il ne faut pas rater Loups tendres et loufoques, qui propose six courts métrages d’animation autour de l’animal le plus présent dans l’imaginaire enfantin. Destiné aux plus petits spectateurs (succès garanti auprès de notre petit cobaye de tout juste trois ans), il revisite et détourne les peurs et les légendes autour du loup, tantôt ridicule, tantôt attachant, tantôt majestueux.

On passera rapidement sur les deux films qui ouvrent le programme : C’est moi le plus fort et C’est moi le plus beau, signés Anaïs Sorrentino et Arnaud Demuynck, et adaptés des albums jeunesse de Marcel Ramos. Un loup prétentieux et pas très malin tyrannise les habitants de la forêt (de Blanche Neige au Petit Chaperon rouge) pour obtenir des compliments sur sa force et son apparence. Mais par deux fois, un bébé dragon lui cloue le bec, renversant les principes de la loi du plus fort. C’est simple, gentiment répétitif, et tout à fait efficace pour dédiaboliser la figure inquiétante du loup de conte de fées.

Dans le même genre, Le retour du grand méchant loup de Pascale Hecquet fait carrément passer l’animal de prédateur craint et respecté à espèce en voie de disparition. Revisitant joyeusement l’histoire du petit chaperon rouge, le film montre un loup qui n’est plus vraiment à sa place dans l’époque moderne (où il est un objet de curiosité et de nostalgie plus que d’angoisse), et se retrouve sous la protection du chasseur. Si l’on excepte l’habitude agaçante des personnages de réclamer une récompense en échange de tout service (« qu’est-ce que j’y gagne ? » demande sans cesse le petit chaperon rouge), le film est attachant et subtilement décalé.

Joli, aussi, ce Trop petit loup d'Arnaud Demuynck, qui raconte les mésaventures douces d'un louveteau qui a décidé de chasser seul. A distance, son père assiste avec humour et détachement aux stratégies des "proies" pour se moquer de l'apprenti chasseur. Le graphisme tout simple (les loups sont stylisés avec des traits de contour noirs et des aplats de  bleu) et la bienveillance du propos rappellent aux petits spectateurs que les petits loups rencontrent les mêmes difficultés qu'eux à s'affranchir de leurs parents, et qu'ils ont encore bien le temps avant de réclamer leur indépendance.

Grand loup et petit loup de Rémi Durin (librement adapté de l'album de Nadine Brun-Cosme) est l'autre coup de coeur du programme, qui s'affranchir délibérément de l'imagerie autour du grand méchant loup. Ici, le personnage principal est un loup noir dessiné à grands traits, et au museau démesuré, qui mène une vie paisible sous son arbre. Un être solitaire et tranquille, qui voit d'un mauvais oeil l'arrivée d'un petit loup bleu beaucoup trop remuant pour lui. Et pourtant, lorsque ce dernier repart, il laisse un immense vide dans l'existence de Grand Loup, qui n'aura alors plus de cesse que d'imaginer tout ce qu'ils feront ensemble à son retour. Une fable douce et tendre sur l'amitié et les préjugés, qui raconte combien il est parfois bon de se laisser un peu bousculer par la vie et ses surprises.

Enfin, c'est Promenons-nous de Hugo Frassetto qui clôt plutôt habilement le programme. Entonnant la célèbre comptine enfantine "Promenons-nous dans les bois", des louveteaux déguisés en autres animaux attendent leur père. Lorsqu'il arrive, ce dernier leur chante alors l'histoire du "loup qui est de retour dans les bois". "Il a bien le droit d'être là-bas" reprennent en choeur les louveteaux, alors qu'apparaît à l'écran un loup beaucoup plus réaliste, esquissé sur fond blanc, au milieu d'une nature stylisée. Une conclusion qui sensibilise les jeunes spectateurs à la nécessité pour l'homme de vivre en harmonie avec son éco-système, et de protéger toutes les espèces vivantes qui en font partie.

---

Loups tendres et loufoques, distribué par Cinéma Public Films
En salle depuis le 16 octobre

18e Fête du cinéma d’animation : des films, des ateliers, des rencontres, et un hommage à Jean-François Laguionie

Posté par MpM, le 3 octobre 2019

C'est avec la projection en avant-première du très attendu J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (en salles à partir du 6 novembre) que s'est ouverte la 18e Fête du cinéma d'animation organisée depuis 2002 par l'Association française du cinéma d'animation (AFCA). Une manifestation qui se poursuit tout au long du mois d'octobre en France et dans 32 pays à travers près de 450 films programmés et une tournée de 5 réalisatrices et réalisateurs. Son but, au-delà de proposer une programmation riche et variée de films d’animation, est bien entendu de sensibiliser les différents publics au cinéma "image par image" qui, on l'oublie trop souvent, préexista au cinéma en prise de vues continues.

C'est en effet le 28 octobre 1892 qu'Emile Reynaud, pionnier du genre, organisa la première projection publique de "bandes animées" au Musée Grévin à Paris. Afin de célébrer ce moment historique dans l'histoire du 7e art, une Journée mondiale de l'animation se tient chaque année le 28 octobre. Par ailleurs, le Prix Emile Reynaud sera quant à lui remis lors d'une soirée spéciale le 25 octobre. Cette récompense, créée en 1977,  est décernée par les adhérents de l'AFCA à un court métrage d’animation français. Parmi les films en lice pour succéder à Je sors acheter des cigarettes d'Osman Cerfon, on retrouve notamment quatre films primés à Annecy : Mémorable de Bruno Collet (Cristal du court et prix du public), Oncle Tomas de Regina Pessoa (prix du jury), Flow d'Adriaan Lokman (mention du Prix André Martin) et Tétard de Jean-Claude Rozec (Prix Fipresci).

La programmation de cette 18e Fête de l'animation s'articule autour de trois thématiques, qui proposent chacune un mélange de longs et courts métrages : En pleine mer (avec notamment La Prophétie des grenouilles et Capitaine Morten et la reine des araignées), La famille dans tous ses états (Ernest et Célestine, Panda, petit Panda...) et Le Chien, meilleur ami de l'homme ? (Croc-Blanc, Le chien, le général et les oiseaux...). Il sera également possible de redécouvrir l'oeuvre de l'invité d'honneur de cette édition, le cinéaste Jean-François Laguionie, qui accompagnera lui-même ses cinq longs métrages lors de plusieurs projections à Paris, mais aussi à Nice et Douardenez. En parallèle, son premier long métrage Gwen et le livre de sable vient de ressortir en salles en version restaurée, ainsi que deux programmes de courts métrages (voir notre actualité du 2 octobre).

Quatre autres réalisateurs participeront eux-aussi à une "tournée" dans toute la France, afin de présenter leur travail et partager leur passion pour le cinéma d'animation. Il s'agit de Lia Bertels (Nuit chérie), Julie Rembauville (Merci mon chien), Nicolas Bianco-Lévrin (Merci mon chien) et Denis Walgenwitz (La mort, père et fils).

De nombreux ateliers (bruitage, papiers découpés...), ciné-concerts et spectacles sont également organisés dans toute la France, ainsi que plusieurs expositions rendant hommage au cinéma d'animation. Enfin, le grand temps fort des 25 et 26 septembre au Carreau du Temple permettra au public d'assister à des projections de courts métrages, à des ateliers de pixilation et de pâte à modeler, et à une masterclass de Jean-François Laguionie autour de son nouveau film Le Voyage du prince.

Les films en lice pour le prix Emile Reynaud 2019

Alien TV d'Eléonore Geissler
Flow d'Adriaan Lokman
Les songes de l'homme de Florent Morin
Mémorable de Bruno Collet
Moutons, Loups et Tasse de thé de Marion Lacourt
Mr Mare de Luca Toth
Oncle Tomas de Regina Pessoa
Tétard de Jean-Claude Rozec

---

18e Fête du cinéma d'animation
Jusqu'au 31 octobre
Infos et programme sur le site de la manifestation

Les mondes animés de Jean-François Laguionie

Posté par MpM, le 2 octobre 2019

Alors qu'il s’apprête à fêter son 80e anniversaire ce 4 octobre, Jean-François Laguionie semble n'avoir jamais connu année plus remplie. Après avoir reçu un hommage en juin dernier au Festival du film d'animation d'Annecy, puis avoir été l'invité du Festival de la Rochelle en juillet, il est à l'honneur tout le mois d'octobre dans le cadre de la Fête de l'animation, ce qui l'amènera à accompagner une rétrospective de ses films à travers la France.

En parallèle, trois possibilités de (re)découvrir son travail sont offertes au spectateur, en attendant son nouveau long métrage Le Voyage du prince (le 4 décembre), et le suivant, Slocum, annoncé en 2020. Ce 2 octobre, place donc à la sortie restaurée de son premier long métrage ainsi qu'à deux programmes de courts.

Gwen et le livre de sable

Gwen et le livre de sable est sorti en 1984, réalisé au sein de l'aventure collective et indépendante de La Fabrique, dans les Cévennes. Il s'agit d'un "conte pour tout le monde" réalisé dans une "addition" de dessins animés et de papiers découpés, selon les propres mots du réalisateur. Après le départ des Dieux, les Hommes vivent dans le désert, au milieu d'objets étranges qui ont perdu pour eux toute signification. Leur vie est ponctuée par la chasse aux sortes d'autruches colorées dont ils mangent les plumes et par les apparitions du "Makou", une créature féroce qu'ils craignent plus que tout.

Construit en trois parties, le film est un mélange de récit d'aventures et de voyage initiatique existentiel qui porte sur le monde réel un regard distancié, ironique et moqueur. Jean-François Laguionie, avec le ton qu'on lui connaît, fustige la société de consommation, le poids des religions, la tentation du repli sur soi et l'absurdité galopante de nos modes de vie. Les personnages croisent ainsi des pyramides d'objets à l'abandon, devenus obsolètes ou détournés de leur usage, que les êtres humains appelle "images". Une fourchette gigantesque devient un pont-levis, un enchevêtrement de portes forme un labyrinthe. Quant à la "cité des morts", on y voue un culte très sérieux à un livre trouvé dans le désert, qui n'est autre qu'un catalogue de vente par correspondance plein d'arrosoirs, de caisses à outils et autres perceuses dont le "prêtre" psalmodie avec dévotion les descriptifs.

Si le ton du film est une merveille d'humour et de poésie mêlés, avec notamment une voix-off d'une très grande beauté, son esthétique est tout aussi admirable, avec ses textures douces et ses mille nuances de couleurs dans le ciel. Le surréalisme, et notamment une certaine parenté avec le travail de Dali, affleure dans les paysages où des mannequins démembrés, des téléphones géants, ou encore des lunettes démesurées surgissent quand on ne les attend pas, au beau milieu d'un désert qu'on devine à perte de vue. L'une des très belles idées visuelles du film consiste également à faire se déplacer les personnages sur de hautes échasses qui leur donnent des airs d'oiseaux gracieux et libres, mais on pourrait citer mille autres petits détails (l'horloge-ascenseur, les rêves projetés sur les murs, les lampions-papillons multicolores...) qui offrent au film un univers singulier à la beauté et à la force incomparables.

Il faut absolument voir et revoir Gwen et le livre de sable pour s'imprégner de ces visions, qui sont celles d'un monde nouveau bâti sur les vestiges de notre civilisation. Un futur non pas apocalyptique, mais dans lequel l'être humain apparaît comme finalement libéré d'une partie de ses chaînes, et où la vie (mais aussi l'amour) reprend le dessus sur tout ce qui n'est pas essentiel. A sa manière, légère et décalée, Jean-François Laguionie annonce au fond l'issue qu'il semble appeler de ses vœux : la fin de l'ère des objets au profit du temps de l'humain.

Bas les masques & Les mondes imaginaires

Côté courts, le programme Bas les masques, destinés aux enfants à partir de 6 ans, comporte quatre films réalisés entre 1964 et 1976 : La demoiselle et le violoncelliste (rencontre sous-marine surréaliste entre un musicien et une jeune pêcheuse de crevettes), Potr' et la fille des eaux (une légende celtique sur un pêcheur et une sirène qui veulent gommer leurs différences pour mieux vivre leur amour), L'acteur (les multiples transformations d'un jeune comédien qui joue un vieillard) et enfin Le Masque du diable (la rencontre, un soir de carnaval, d'une vieille femme et du diable, autour d'un jeu de dominos).

On retrouve dans ces films le goût de Jean-François Laguionie pour le jeu des apparences et des faux semblants, les personnages étant souvent différents de ce qu'ils paraissent au premier abord. Il aime lancer de fausses pistes et ménager des retournements de situation. Il propose également en fil rouge, et toujours avec humour, une réflexion sur les masques que chacun porte au quotidien, sur la question de l'âge, et sur le couple et la dualité. Visuellement, on retrouve là-aussi son style posé fait de larges plans fixes et de lents travellings à l'intérieur de l'image, et un goût certain pour les ciels et les fonds sous-marins.

Le deuxième programme, intitulé Les mondes imaginaires, comporte quant à lui trois films en plus des quatre déjà cités. Il y a tout d'abord L'arche de Noé (1967), dans lequel des scientifiques sont à la recherche des vestiges de l'arche mythique. Mais alors que des pluies diluviennes s'annoncent, un vieil ermite répare l'arche, et entreprend de la repeupler. Une variation plutôt joyeuse autour du récit biblique, qui montre notamment les difficultés concrètes rencontrées par le nouveau Noé pour réunir un couple de chaque espèce.

Une bombe par hasard (1969) raconte quant à lui avec ironie l'arrivée d'un vagabond dans une ville désertée par ses habitants. Mais ces derniers, qui se sont réfugiés à distance à cause d'une bombe sur le point d'exploser, l'observent et, ne pouvant supporter qu'il prenne possession de leurs biens, reviennent juste à temps pour sauter avec l'engin. Là encore, c'est la dérision qui l'emporte, mais aussi la fantaisie, avec ce personnage farfelu qui repeint les maisons en rose, et déchaîne le courroux de villageois plus étroits d'esprit.

Enfin, le programme ne pouvait faire l'impasse sur La Traversée de l'Atlantique à la rame, probablement le court métrage le plus connu de Jean-François Laguionie, qui reçut la Palme d'or en 1978. On y suit un jeune couple qui se lance dans la folle aventure de cette traversée de tous les dangers, et qui rencontre en chemin plus d'obstacles (intérieurs) que prévus. Brillante métaphore de la vie de couple, mêlant à égalité la poésie et l'humour, le film brasse les thèmes évoqués dans les autres films, du temps qui passe aux faux-semblants, en passant par une réflexion plus profonde sur l'existence et sur le couple.

Dinard 2019: 5 questions à l’absolutly fabulous Jane Horrocks

Posté par vincy, le 28 septembre 2019

Membre du jury de Dinard, Jane Horrocks est aussi adorable qu'on pouvait le penser. Créatrice du personnage de Little Voice, énorme succès sur les planches avant de devenir un de ces bijoux du cinéma britannique des années 1990, éternelle Bubble dans la série Absolutly Fabulous, cette anglaise élégante qui ne semble pas vieillir, a fait quelques incursions au cinéma, chez Nicolas Roeg, Michael Caton-Jones, Mike Leigh, Dexter Fletcher... Comme beaucoup de ses compatriotes, elle se désole du Brexit - "Cela ferme énormément de portes. Nous ne sommes plus la grande famille qu’on était. C’est très triste" - mais la fantaisie et la curiosité l'emportent toujours.

Ecran Noir: Vous retrouvez Michael Caton-Jones, avec qui vous avez tourné Memphis Belle en...

Jane Horrocks: On ne compte pas les années (rire). Mais il est exactement pareil qu'à l'époque. C’est le clown de la classe à Dinard. Tout le monde l’aime. Vous savez parfois, quand on retrouve les gens après une longue absence, on peut-être déçu. Mais là ce n’est pas le cas avec lui ! Et puis je suis très bien entourée avec ce jury. J’aime bien être jurée, on sent un peu spéciale, légèrement importante (sourire).

EN: Justement, en tant qu'anglaise et juré, cette compétition reflète-t-elle la société britannique, le cinéma britannique?

JH: On voit des films très variés, certains plus artistiques, d’autres plus conventionnels. Je pense que ça représente le cinéma britannique de façon transversale. Par exemple, nous avons vu deux films sur la jeunesse, l’un sur celle d’aujourd’hui, qui est très juste, et l’autre sur celle durant la seconde guerre mondiale. C’est intéressant en une journée de voir comment cette jeunesse britannique a pu évoluer et comment ils ont été représentés à quelques décennies d’écart.

EN: Vous tournez peu, à peine un film par an. Qu'est devenue "Little Voice" finalement?

JH: Je continue de chanter, j’adore ça. C’est ma passion. Mais je me suis éloigné du personnage que j’ai personnifié dans Little Voice. J’essaie de créer un nouveau personnage à travers les chansons. Je fais beaucoup de théâtre, j’ai créé un festival à Manchester. Sur scène, je créé des pièces, avec un groupe de musiciens. Et c’est ce qui me plaît le plus car j’aime la création originale, plus que des rôles qui ont déjà été joués encore et encore. Pour le cinéma, j'ai fait quelques films que vous n’avez sans doute pas vus en France.

EN: Mais on vous a entendus: Vous avez prêté votre voix à de nombreux films d'animation comme Chicken Run, Garfield, les noces funèbres, et La Fée clochette...

JH: Oui... Je pense que j’ai une très bonne oreille et que ça me permet de créer différentes voix et d’incarner différents personnages dans un large spectre. C'est une des raisons pourquoi on fait appel à moi pour ma voix.

EN: Vous voyez ici des films de votre pays. mais avez-vous l'occasion de voir des films français?

JH: Je ne regarde pas énormément de films. J’ai vu La vie d’adèle récemment, des années après sa sortie. Et j’ai tellement été bouleversée que j’en parle tout le temps, j’ennuie mas amis avec ça ! C’est si bien fait, si bien joué. Ce film va rester avec moi pendant des années et des années.

Sortie DVD : « Le Trésor de l’île aux oiseaux » de Karel Zeman

Posté par MpM, le 24 septembre 2019

Attention, exclusivité mondiale ! La société de distribution Malavida, connue pour son travail sur le cinéma de patrimoine, complète sa collection autour du cinéaste Karel Zeman (déjà forte de sept titres parmi lesquels L'arche de M. Servadac, Voyage dans la préhistoire et Les aventures fantastiques) avec le tout premier long métrage du réalisateur tchèque, Le Trésor de l’île aux oiseaux, qui était resté totalement inédit en France depuis sa sortie en 1952. C’est pourtant un film d’une grande poésie, bourré d’inventivité, qui porte en germe tout le travail de Zeman dans le domaine de l’animation en volume et du mélange des techniques.

Adapté d’un conte d’Emil Frantisek Misek, il raconte sous la forme d’un récit en voix-off comment la découverte d’un trésor fabuleux bouleverse complètement la vie des paisibles habitants de l’île aux oiseaux.

Si le propos respecte les grands principes collectivistes du régime communiste de l’époque (les villageois partagent équitablement les richesses et le travail est la seule clef du bonheur), on n’y sent jamais la moindre tentation propagandiste ou même politique, mais plutôt un regard tendre et amusé sur les travers et les faiblesses de l’être humain.

Karel Zeman adopte en effet les codes du conte oriental, mâtinés de ceux des récits d’aventures, qui lui permettent de jouer sur l’humour des situations (le jeune Ali, rentré bredouille de sa pêche aux perles, utilise par exemple son savoir-faire pour “pêcher” de la nourriture chez les marchands) et le suspense des rebondissements, mais aussi sur l’émerveillement suscité visuellement par certains passages, comme la rencontre avec le riche bateau ou la découverte des joyaux du pirate.

Il mêle par ailleurs l’animation de marionnettes, de papiers découpés et de dessins afin d’ajouter une dimension poétique et parfois presque fantastique (notamment lors des séquences sous-marines) à une narration qui prend le parti de n’être jamais trépidante, pour mieux laisser le spectateur s’abandonner à la rêverie.

---

Le Trésor de l’île aux oiseaux de Karel Zeman, 1952. Malavida.
En DVD à partir du 25 septembre

Le Cartoon Forum 2019 fait le plein de projets pour son 30e anniversaire

Posté par MpM, le 15 septembre 2019

Pour son 30e anniversaire, le Cartoon Forum, unique plateforme de coproduction dédiée aux séries d’animation européennes, accueille 1000 professionnels venus à Toulouse pour découvrir 85 projets en provenance de 24 pays, dont la France (24 pitchs, et 31 en comptant les coproductions), la Belgique (9) et l'Allemagne (7) mais aussi l'Ukraine, la Macédoine, l'Estonie ou encore la Hongrie. Outre les producteurs, investisseurs, distributeurs et acheteurs traditionnels seront présentes cette année plusieurs plateformes SvoD/VoD telles que Netflix, WarnerMedia, Playkids or Hopster TV.

Une part écrasante des projets s'adresse au jeune public : 50% aux 6-11 ans et 29% aux 2-6 ans. Moins de 10% s'adressent à un public d'adultes ou jeunes adultes. Dans la grande majorité, il s'agit également de séries de courtes durées (moins de 11 minutes pour plus de la moitié des séries et seulement 5 "unitaires" de 26 minutes). Côté budget, il y en a globalement pour tous les porte-monnaie, avec 15 projets à moins d'un million d'euros, 44 entre 1 et 5 millions, 31 entre 5 et 9 millions, et 1 projet à plus de 10 millions.

Parmi l'offre foisonnante de projets présentés durant les trois jours du forum, on a d'ores et déjà repéré plusieurs adaptations d'univers connus : une nouvelle série 3D basée sur l’univers du Marsupilami, avec le réalisateur Philippe Vidal (Garfield & Cie, Boule & Bill…) aux manettes ; 26 épisodes de 26 minutes inspirés de l'incroyablement attendu long métrage Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé ; un projet de 50 minutes tiré des bandes-dessinées Hôtel étrange de Katherine & Florian Ferrier ou encore Lip, des Héros Ordinaires (d'après la bande dessinée de Laurent Galandon), première épisode d'une série intitulée "Luttes"

Depuis sa création, le Cartoon Forum a aidé 782 séries d’animation à obtenir des financements pour atteindre plus de 2,7 milliards d’euros. En parallèle, l’animation européenne est devenue leader sur son propre territoire, avec la France et son dynamisme exceptionnel, que cela soit sur le plan de la création comme de la formation, en incontournable figure de proue.
---
Cartoon Forum 2019
Du 16 au 19 septembre

Disney et Disney + misent sur Star Wars, Marvel, des classiques et le jeune public

Posté par vincy, le 26 août 2019

D23. Sous ce nom de code se cache la grande convention des fans du groupe Disney. Après l'annonce du lancement de Disney +, le Comic-con, quelques communiqués officiels, le groupe a dévoilé de nouveaux projets, bandes annonces, photos, qui complètent ainsi un programme destiné à rassurer les actionnaires, les exploitants et mobiliser les fans.

STAR WARS

- Star Wars: L'Ascension de Skywalker. Ce sera bien le dernier épisode de la troisième trilogie et sans doute le dernier opus de la saga commencée en 1977, avant de passer à d'autres combats. J.J. Abrams s'en va chez Warner de toute façon. Le producteur a révélé que ce serait une lettre d'amour à Carrie Fisher. "Le personnage de Leia est vraiment le cœur de l'histoire" a-t-il déclaré, ajoutant qu'ils avaient utilisé entre autres des scènes non utilisées lors du tournage de l'épisode VII. Prévu pour la fin de l'année, le film réunit Daisy Ridley, John Boyega, Adam Driver, Isaac, Kelly Marie Tran et signera le grand retour de Billy Dee Williams dans le rôle de Lando Calrissian.

- Obi-Wan Kenobi. le puissant Jedi reviendra dans une série pour Disney +. Et Ewan McGregor reprendra le costume après l'avoir incarné dans la deuxième triologie. Le scénario est écrit et le tournage débutera l'année prochaine. Le film autour du Jedi tombe donc à l'eau. Conséquence du semi-échec de Solo.

- The Mandalorian. Annoncée depuis longtemps, la série qui sera réalisée par Jon Favreau, avec Pedro Pascal et Diego Luna (vus dans Rogue One) autour de Cassian Andor, sera aussi une série pour Disney +. Elle sera même la série inaugurale de la plateforme!

MARVEL

- Les éternels. Angelina Jolie, Salma Hayek, Kumail Nanjiani, Lauren Ridloff, Brian Tyree Henry, Richard Madden (dans le rôle d'Ikaris, premier personnage gay de l'univers Marvel), Gemma Chan, Barry Keoghan sont de la partie. Mais la surprise est que Kit Harrington, aka Jon Snow dans Game of Thrones, rejoint le casting de la super-production. Sortie en novembre 2020.

- Black Panther 2. C'était le rand absent des annonces du Comic-con. Normal il est prévu pour le 6 mai 2022. Quatre ans après le carton de Black Panther, la suite déferlera sans qu'on sache s'il amorcera la phase V ou s'il sera la conclusion de la phase IV du Marvel Cinematic Universe, après Thor: Love and Thunder (où Tessa Thompson aura le droit à une romance lesbienne a priori), Ryan Coogler l'affirme: "On ne prend pas notre temps, nous essayons de faire les choses bien." Chadwick Boseman sera de la partie.

- Les séries. Anthony Mackie et Sebastian Stan reprendront leur costume de super-héros dans la série Disney + Falcon and the Winter Soldier, où s'ajoute Emily VanCamp (déjà l'agent SHIELD Sharon Carter). Bisha K. Ali écrira et réalisera la série Ms Marvel. Les séries She-Hulk et Moon Knight ont aussi été confirmées.

RÉINVENTIONS

- Cruella. Une réinvention de plus? Pas vraiment. La première image dévoilée du film sur l'affreuse méchante des 101 Dalmatiens, Cruella de Vil, incarnée par Emma Stone, se déroulera dans un Londres punk des seventies. Sorte de prequel pour expliquer sa méchanceté, à la manière de Maléfique. Réalisé par Craig Gillepsie (Moi, Tonya), le film met aussi en scène Emma Thompson, Paul Walter Hauser et Joel Fry. Sortie en mai 2021.

- La Belle et le clochard. Avec les voix de Tessa Thompson et Justin Theroux. Sur le même principe que Le Roi Lion et Le Livre de la jungle, ce classique Disney, réalisé par Charlie Bean (The Lego Ninjago Movie), est prévu pour le lancement de Disney +, le 12 novembre.

- Jungle Cruise. Dwayne Johnson et Emily Blunt seront les vedettes de Jungle Cruise, adapté d'une attraction de Disneyland, à l'instar de Pirates des Caraïbes. Une sorte d'A la poursuite du diamant vert, qu'on espère moins ringard que le résumé de Johnson, qui se voit comme un mec héroïque bottant le cul des méchants et sauvant la fille (certes plus intelligente). Rappelons qu'il est l'acteur le mieux payé du monde.

FAMILLE

- Noelle. C'est la cible principale de Disney +: les enfants et la famille. Parmi les programmes originaux qui seront dès cette fin d'année, sur la plateforme, on trouvera Noelle, film sur la fille du Père Noël, avec Anna Kendrick, entourée de Shirley MacLaine et Bill Hader. A l'origine, le film devait sortir en salles.

- Les Muppets. Kermit, Piggy et compagnie sont de retour aussi sous la forme d'une série de courts épisodes pour Disney +, à partir de 2020. Histoire de conjurer le mauvais sort apr§s l'échec au cinéma de Muppets Most Wanted et à la télévision de la série The Muppets.

- Soul. Un Pixar qui sort en juin en 2020. Le nouveau film de Pete Docter a annoncé son cast vocal: Jamie Foxx, dans le rôle d'un prof de musique qui rêve de jouer au club de jazz The Blue Note, Tina Fey, Daveed Diggs, Questlove et Phylicia Rasha. Le tout avec une BOF signée Jon Batiste, Trent Reznor et Atticus Ross.
Le pitch a été précisé. L'âme du professeur se retrouve séparée de son corps. Il atterrit à un séminaire nommé "You". C'est un lieu étrange où les jeunes âmes reçoivent leur formation, acquièrent leurs passions et leurs personnalités avant d'être envoyées vers des enfants à naître. Sur place, il fera la rencontre de 22, une jeune âme piégée au séminaire depuis plusieurs années.

- Un peu avant, en mars, Pixar présentera En avant (Onward), avec les voix de Tom Holland, Chris Pratt et Julia Louis-Dreyfus, histoire de deux frères elfes adolescents s’embarquent dans une quête extraordinaire pour découvrir s’il reste un peu de magie dans le monde.

- Un peu après, ce sera Raya and the Last Dragon, qui sera en salles en novembre 2020. Réalisé par Ral Briggs et Dean Wellins, ce récit aux influences asiatiques sera centré sur l’héroïne Raya, guerrière solitaire, qui s’allie à une bande de marginaux pour trouver le dernier dragon et restaurer l’harmonie dans le royaume de Kumandra.

Les réalisatrices triomphent à Angoulême

Posté par vincy, le 25 août 2019

C'est un palmarès très féminin que celui du 12e Festival du film francophone d'Angoulême décerné ce soir.

La présidente du jury, Jacqueline Bisset, et son jury ont récompensé un film (d'animation!) réalisé par deux femmes, une primo-réalisatrice et deux fois un film réalisé par une femme, qui repart aussi avec le prix du public.

Ce fut donc le sacre de Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec, avec Les hirondelles de Kaboul (présenté à Un certain regard à Cannes et qui sort le 4 septembre), Valois de diamant et Valois de la musique ; Hafsia Herzi, avec Tu mérites un amour (présenté à la Semaine de la critique à Cannes et qui sort le 11 septembre), Valois de la mise en scène ; et Mounia Meddour, avec Papicha (présenté à Un certain regard à Cannes et qui sort le 9 octobre), Valois de la meilleure actrice, du scénario et du public.

Les Valois ont aussi primé Nina Meurisse, l'interprète de Camille le film de Boris Lojkine et Anthony Bajoin, l'acteur d'Au nom de la terre d'Edouard Bergeon, qui par ailleurs est aussi à l'affiche de Tu mérites un amour.

Palmarès

Valois de diamant
Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec

Valois de la mise en scène
Hafsia Herzi pour Tu mérites un amour

Valois de l’actrice
Lyna Khoudri dans Papicha de Mounia Meddour et Nina Meurisse dans Camille de Boris Lojkine

Valois de l’acteur
Anthony Bajon dans Au nom de la terre d’Edouard Bergeon

Valois du scénario
Mounia Meddour pour Papicha

Valois René Laloux du meilleur court-métrage d’animation
Selfies de Claudius Gentinetta

Valois de la musique
Alexis Rault pour Les Hirondelles de Kaboul d

Valois des étudiants francophones
Adam de Maryam Touzani

Valois du Public
Papicha de Mounia Meddour

3 raisons d’aller voir Le mystère des pingouins

Posté par MpM, le 13 août 2019

Le pitch : Quand des pingouins apparaissent partout dans sa petite ville, semant au passage une joyeuse pagaille, le jeune Aoyama se dit qu’il y a là une enquête à mener. Ce studieux élève de CM1, accompagné de son meilleur ami, enrôle également sa rivale aux échecs et une énigmatique assistante dentaire pour percer le secret des pingouins. Mais ces petites bêtes ne sont que le premier signe d’une série d’événements extraordinaires. Commence alors pour le jeune garçon une aventure pleine de surprises… et de pingouins !

Un auteur plein de fougue Il ne faut pas s'arrêter au résumé du film ni à son esthétique gentillette : Le Mystère des Pingouins est à l'origine tiré du roman Penguin Highway de Tomihiko Morimi, lauréat du Grand Prix Nihon SF 2010 au Japon. Or on doit notamment à cet auteur l'excellent Night is Short, Walk on Girl qui a donné lieu à une adaptation fougueuse et survitaminée par Masaaki Yuasa. L'histoire ? Celle notamment d'une jeune fille qui écume les bars... Si le livre Penguin Highway était lui-aussi plutôt destiné à un public adolescent et jeune adulte, le choix du réalisateur Hiroyasu Ishida et de son studio Colorido est d'en avoir fait une oeuvre tout public. Sans pour autant gommer certains détails savoureux comme l'obsession du jeune héros pour... les poitrines généreuses.

Humour et étrangeté On est durablement séduit par l'intrigue singulière du film, de même que par sa tonalité pétillante, qui ménagent son étrangeté jusqu'au bout. Des monologues totalement décalés du jeune héros, qui ne cesse de se projeter dans l'avenir, avec un sérieux qui pourrait passer pour de la prétention s'il n'était au fond aussi candide, aux péripéties inattendues qui émaillent le récit, on ne cesse d'être surpris et amusé. Là où d'autres auteurs auraient à tout prix cherché à mettre du "fond" et à dramatiser les enjeux, Hiroyasu Ishida joue systématiquement la carte de la légèreté et d'un humour burlesque qui évacue les passages trop ouvertement "mignons" ou au contraire tragiques. Les aspects les plus fantastiques de l'intrigue s'imbriquent assez naturellement dans le reste de l'intrigue, et lui trouvent même un développement logique au symbolisme discret.

Des personnages ambivalents Cela fait du bien de découvrir, dans un film destiné au jeune public, des protagonistes qui ne sont ni des boy-scouts en puissance, ni des stéréotypes. Si le jeune Aoyama paraît au départ trop parfait pour ne pas être ennuyeux, il se révèle au fil de l'intrigue plus ambivalent et profond qu'on ne l'aurait pensé, à travers notamment sa relation ambigüe avec la jeune assistante dentaire, et sa candeur égale face à la fois à ceux qui le harcèlent et à celle qui le courtise. Les deux rôles féminins tranchent eux-aussi avec ceux que l'on voit traditionnellement dans ce genre de films, avec une pré-ado championne d'échecs et passionnée par la théorie de la relativité, et une adulte légèrement immature qui a bien du mal à prendre la vie au sérieux. Deux personnages singuliers qui font également chavirer le coeur du héros, et lui feraient presque perdre sa rigueur scientifique, participant pour beaucoup à l'équilibre tendre et léger du film.