Daily Cannes: la soirée folle avec Nicole, Catherine, Juliette, Isabelle, Sandrine…

Posté par cynthia, le 22 mai 2017

deneuve kiberlain binoche wilson beart sallette deladonchamps huppert bouchez © vincy thomas / ecran noir

Qui a dit que les lundis étaient synonymes de ras le bol? À Cannes, pas de coup de mou, surtout quand les stars se déplacent en nombre et procurent de l'émotion.

Nicole Kidman la star du lundi

La journée débute par une pléiade de jolies femmes: Nicole Kidman, Elisabeth Moss, Jane Campion et Gwendoline Christie (oui fan de Games of thrones vous pouvez vous exciter) sont venues présenter la mini-série Top of the lake: China girl (disponible sur youtube à petit prix).

Racontant l'étrange sauvetage d'une jeune Asiatique enceinte qui tente de mettre fin à ses jours dans un lac, Jane Campion revient sur le devant de la scène avec un casting quatre étoiles.

Kidman sur petit écran ce n'est pourtant pas la première fois puisqu'elle a brillé aux côtés de Reese Whiterspoon et Shailene Woodley dans la mini-série HBO Big Little Lies. L'Australienne revient à domicile avec son talent inné tout en dominant le grand écran et le red carpet cannois. Deux films en compétition, un autre hors-compétition: c'est le grand come-back de l'Australienne.

En effet, après être venue représenter avec Elle Fanning, How to talk to girls at parties l'actrice est venue aux côtés de Colin Farrell pour le nouveau film de Yorgos Lanthimos (The lobster), Mise à mort du cerf sacré.
"Le film a un côté hypnotique" confie Nicole Kidman à la conférence de presse.

Elle sera de retour demain sur les marches pour le nouveau Sofia Coppola (Les Proies). Et ce n'est pas sa séquence émotion sur le tapis rouge qui va nous faire changer d'avis. Moment émouvant, Nicole Kidman n'a pu retenir ses larmes.

L'hommage à Téchiné

Autre événement ce lundi soir: la brochette de stars françaises sur les marches. Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain sont arrivées ensemble lors de la montée du Lanthimos pour se diriger ensuite dans la grande salle voisine, le Théâtre Debussy. A leurs côtés, un générique de rêve: Lambert Wilson, Elodie Bouchez, Emmanuelle Béart. Dans les rangs derrière: Nicole Garcia, Claude Lelouch, Michel Hazanavicius et Bérénice Bejo, John Cameron Mitchell, Gilles Jacob... Toutes ces personnalités venaient assister à l'hommage à André Téchiné, accompagné de l'avant-première de son dernier films, Nos folles années, où Céline Sallette et Pierre Deladonchamps forment un couple fusionnel singulier. L'hommage a eu lieu en trois temps. Thierry Frémaux avec un court discours présentant les vedettes présentes ; un montage "50 ans de cinéma, 50 ans de passion" où se croisaient tous les films du réalisateur (montage très bien fait et très touchant, par ailleurs) ; le discours d'André Téchiné. Il l'a commencé en rendant lui-même un hommage à son amie, sa muse, celle qui l'a suivi dans pas moins de sept films, Catherine Deneuve. Réellement émue, l'actrice ne retnait pas ses larmes après avoir vivement participé à la standing ovation, perchée sur ses talons en plexiglas. Sandrine Kiberlain à ses côtés lui tenait la main. En s'éclipsant avant la projection, Juliette Binoche lui a lancé un "à bientôt". A la fin de la projection, John Cameron Mitchell, en pantalon zébré ultra-moulant, a joué les midinettes en lui murmurant un "I love you". C'est aussi ça Cannes: une histoire de passion pour le cinéma (Téchiné y a fait naître Binoche et Wilson avec Rendez-vous) et un festival où les stars sont des fans comme les autres.

Le tweet du jour
Le tweet qui a retenu notre attention est celui de @ViggySimmons relatant la perfection de Nicole Kidman... On est tellement d'accord!

Cannes 2017 : André Téchiné et Robin Campillo sélectionnés pour la Queer Palm

Posté par wyzman, le 4 mai 2017

Une semaine pile poil après avoir présenté l'affiche de la 8ème édition, les organisateurs de la Queer Palm viennent de dévoiler la liste des 7 longs-métrages et 6 courts qu'ils ont sélectionnés sur le site de TÊTU, magazine partenaire de l'événement. Créée par le journaliste Franck Finance-Madureira en 2010, la Queer Palm récompense depuis les films célébrant l'altersexualité. Et à en juger par cette nouvelle sélection, Les Vies de Thérèse de Sébastien Lifshitz (lauréat 2016) et Carol de Todd Haynes (lauréat 2015) n'ont qu'à bien se tenir.

Au programme de cette nouvelle édition, on trouvera donc : Coby de Christian Sonderegger, film documentaire proposé par l'ACID sur le changement de sexe de Suzanna, 23 ans ; They en séance spéciale sur un ado qui se cherche ; Marlina the murderer in four acts sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs sur une jeune veuve plus que déterminée à s'émanciper ; Nothingwood, documentaire également présenté à la Quinzaine des réalisateurs sur un cinéaste afghan. Mais ce n'est pas tout ! Il faudra aussi compter sur 120 battements par minute de Robin Campillo en compétition officielle et qui traite de la rencontre entre deux militants d'Act-Up Paris ; Nos années folles d'André Téchiné, en séance spéciale, sur un vrai déserteur (campé par Pierre Deladonchamps) qui a dû se travestir pour survivre ; How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell (hors-compétition), qui raconte les péripéties de trois jeunes Anglais à la fin des années 1970.

Côté courts-métrages, la sélection parrainée par le réseau gay Hornet compte un film français (Les Iles), un israélien (Heritage), un croate (Cherries), un franco-portugais (Mauvais Lapin), un polonais (The best fireworks ever) et un nord-américain (Möbius).

Cette année, le jury de la Queer Palm sera présidé par Travis Mathews et comptera en son sein le journaliste Didier Roth-Bettoni, la réalisatrice Lidia Leber Terki, le directeur du festival de cinéma LGBT de Tel Aviv Yair Hochner et la responsable de programmation de la section Panorama du Festival de Berlin Paz Lazaro.

Victor Lanoux se carapate (1936-2017)

Posté par redaction, le 4 mai 2017

Populaire et attachant, l'acteur Victor Lanoux est mort dans la nuit du 3 au 4 mai à l'âge de 80 ans. Si les téléspectateurs le connaissent avant tout pour son rôle récurrent dans la série "Louis la Borcante", il fut également l'un des comédiens les plus en vogue dans le cinéma français des années 1970 aussi bien dans des polars que dans des comédies, parfois cultes. A partir de 1972 avec L'Affaire Dominici, Victor Lanoux devient une tête d'affiche, passant d'Yves Boisset (Folle à tuer, Dupont Lajoie) à Pierre Granier-Deferre (Adieu Poulet, Une femme à sa fenêtre). Mais c'est Jean-Charles Tacchella qui lui offre son plus beau rôle dans le sensible Cousin, Cousine, trois fois nommé aux Oscars et quatre fois aux César (dont une nomination pour l'acteur).

Cependant, c'est bien dans la comédie de mœurs qu'il va exceller grâce à Yves Robert et son diptyque culte Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, portraits d'hommes faillibles dans une époque résolument féministe, où il incarne un séducteur dont l'assurance s'effrite et la confiance mâle est déstabilisée ("On fait l’amour libre, chacun fait ce qu’il veut. Enfin surtout moi, parce que dans la femme il y a quand même la mère de famille avant tout").

Lanoux jouera pas mal de ce statut d'homme moyen et dragueur. Il essaie pourtant de ne jamais s'enfermer dans un rôle, tournant aussi bien avec Claude Berri (Un moment d'égarement, qui a donné lieu à un récent remake), Gérard Oury (La carapate, joli duo burlesque avec Pierre Richard, son partenaire de cabaret), Jean-Marie Poiré (le vaudevillesque Retour en force), Alain Jessua (l'étrange film Les chiens, avec Depardieu), Peter Kassovitz (le touchant Au bout du bout du banc) n'ont hélas pas forcément été à la hauteur de son talent. Il pouvait jouer les cocus, les papas, des flics (plutôt gradés), les salauds. Lanoux avait la gueule d'un sympathique ou d'une ordure.

Les années 80 ont été plus cruelles avec lui même s'il s'est amusé dans Y a-t-il un Français dans la salle ? de Jean-Pierre Mocky. Il enchaîne les modestes films policiers (Une sale affaire de Alain Bonnot, Un dimanche de flic de Michel Vianey, Canicule d'Yves Boisset, Les Voleurs de la nuit de Samuel Fuller, etc...), souvent partenaire des plus grandes actrices du moment, d'Annie Girardot à Nicole Garcia. Il est plus convaincant quand les auteurs l'emmènent dans des territoires plus troublants à l'instar de Yannick Bellon qui en fait un flic troublé amoureusement par un jeune musicien (La triche), Jean-Loup Hubert qui l'enrôle pour être un ancien virtuose de l'accordéon au chômage (La smala), André Téchine qui lui offre un personnage d'époux (séparé) de Deneuve et père (en conflit avec son fils) dans un drame passionnel (Le Lieu du crime).

Ses derniers films - Le Bal des casse-pieds d'Yves Robert, Les Démons de Jésus de Bernie Bonvoisin et Reines d'un jour de Marion Vernoux - montrent qu'il était ouvert à tous les styles, sans distinction, ce qui aidait sans doute des cinéastes aussi différents à projeter toutes sortes de personnages sur lui, costaud et vulnérable, bourru et charmeur, dur et émouvant.

Métissé de naissance - un père juif tunisien et une mère catholique normande - Victor Robert Nataf a vécu dans la Creuse dès le début de la Seconde Guerre sous le nom de Victor Lanoux. Ancien ouvrier, puis parachutiste et machiniste, il devient comédien en regardant jouer Anthony Quinn sur le plateau de Notre-Dame de Paris. Il suit alors les cours par correspondance proposés par Cinémas du monde et le Conservatoire indépendant du cinéma français.

En 1961, il commence sa carrière sur les planches des cabarets avec Pierre Richard, avec succès, et devient un acteur régulier du Théâtre national populaire (TNP). Il a été aussi metteur en scène de théâtre et a joué jusqu'à la fin du XXe siècle sur scène. En 2007, après un malaise et une opération qui a mal tourné, il devient paraplégique mais s'obstine à vouloir récupérer ses moyens. Il tourne pour la télévision jusqu'en 2015, date officielle de sa retraite.

Cet "artiste du peuple" tel qu'il se définissait était fragile. Il avait récemment tenté de mettre fin à ses jour, fati­gué de souf­frir après deux lourdes opéra­tions de l’aorte. "Quand je repense à Pierre Richard, Barbara et d'autres, c'est une émotion. Parler de ces gens veut dire que je les ai aimés" expliquait-il nostalgique. Il était un peu las mais savait encore se battre pour défendre ses rôles ... S'il n'a jamais chômé, il a quand même sans aucun doute été frustré de ne pas être considéré comme un grand acteur de sa génération, injustement. Lucide, dans son livre, Laissez flotter les rubans, il écrivait "L'attente, disait Giraudoux, c'est un bonheur pour vierges. c'est un bonheur solitaire."

Cannes 2017 : la sélection officielle s’enrichit de Ruben Östlund, Roman Polanski, Barbet Schroeder et quelques autres

Posté par MpM, le 27 avril 2017

Cela avait été annoncé lors de  la Conférence de presse du 13 avril, plusieurs films rejoignent la Sélection officielle du 70e Festival de Cannes.

Il s'agit d'un film  en compétition (The Square du Suédois Ruben Östlund), un film hors compétition (D’après une histoire vraie de Roman Polanski, d'après le roman éponyme de Delphine de Vigan), deux films à Un Certain Regard (dont celui de Santiago Mitre, révélé à la Semaine de la Critique en 2015), deux séances spéciales (consacrées à Barbet Schroeder et Eric Caravaca), et une séance pour enfants, le très attendu long métrage d'animation Zombillénium d'Arthur de Pins et Alexis Ducord qui fera également l'ouverture du Festival d'Annecy au mois de juin.

Le Festival annonce par ailleurs plusieurs événements liés aux célébrations de la 70e édition dont une séance hommage à André Téchiné avec la projection de son nouveau film, Nos années folles, et un événement ciné-concert de Tony Gatlif avec projection de Djam au Cinéma de la Plage.

En résumé, plusieurs films français et européens, un sud-américain et un chinois.

Les ajouts

Compétition
The Square de Ruben Östlund

Hors Compétition
D’après une histoire vraie de Roman Polanski

Un Certain Regard
La Cordillera de Santiago Mitre
Walking Past the Future de Li Ruijun

Séances spéciales
Le Vénérable W. de Barbet Schroeder
Carré 35 d’Eric Caravaca

Séance enfants
Zombillénium d'Arthur de Pins et Alexis Ducord

Le Prix Lumière 2016 pour Catherine Deneuve

Posté par vincy, le 20 juin 2016

Le Prix Lumière 2016 sera remis à Catherine Deneuve le vendredi 14 octobre au Centre de Congrès de Lyon. La star française succède à Martin Scorsese est la première actrice à recevoir cet honneur mais aussi la première femme "lumiérisée"! Jusque là, le seul comédien qui avait été honoré à Lyon (en 2011) était Gérard Depardieu, parmi les autres primés, tous réalisateurs.

Le festival Lumière (8-16 octobre 2016) a voulu rendre hommage à la comédienne "pour ce qu’elle est, ce qu’elle fait, ce qu’elle dit, ce qu’elle joue, ce qu’elle chante et ce qu’elle enchante depuis toujours et pour toujours." A l'aube de ses 60 ans de carrière, le festival du patrimoine cinématographique mettra en lumière les cinéastes les plus prestigieux avec lesquels elle a tourné: Demy, Truffaut, Polanski, Bunuel, Varda, Téchiné, Corneau, Melville, Rappeneau, Jacquot, Oliveira, von Trier, Ozon, Wargnier, de Broca, Desplechin, Satrapi, Scott, Aldrich... La liste est longue.

Martin Scorsese dit à son propos que "C’est une déesse du cinéma." Deneuve "est une actrice exigeante et une star populaire, la muse de grands maîtres et l’accompagnatrice indéfectible des jeunes réalisateurs. Traversant le cinéma français et international avec élégance et intensité, avec une distinction qui n’appartient qu’à elle, dotée de cette voix lointaine si reconnaissable" rappelle le communiqué.

Le mythe garde pourtant la tête froide (et haute): "Je ne travaille pas à ma postérité. Je me sens comme une passagère." Ambassadrice à la préservation du patrimoine cinématographique pour l’Unesco, Palme d'or d'honneur et prix spécial d'interprétation à Cannes, prix d'interprétation à Venise et Berlin, prix David di Donatello de la meilleure actrice, nommée à l'Oscar de la meilleure actrice, deux fois césarisée et douze autres fois nommée, Marianne républicaine en 1985, muse de Yves-Saint-Laurent et égérie de Chanel, elle a reçu des prix pour l'ensemble de sa carrière à Bangkok, Berlin, Dubai, aux European Film Awards, à la Film Society du Lincoln Center, à Hambourg, Montréal, Moscou, Shanghai, Telluride, etc...

Citations
Arnaud Desplechin : « Elle voulait changer le cinéma et sa douce intransigeance a tout bouleversé. Elle a inventé une façon nouvelle de regarder un film et de l’aimer. »

Régis Wargnier : « Son visage est comme un écran qui révèle et qui cache. »

Roman Polanski : « Travailler avec elle est comme danser le tango avec une cavalière farouche. »

André Téchiné : « J’ai appris à voir le monde à la clarté d’une fin d’après-midi d’été, quand les choses prennent leur vraie valeur. Elle est l’émanation de la lumière du soir, de l’étendue et du silence. »

François Truffaut : « D’une apparence romantique et fragile et d’un visage sublime qui suggère une deuxième existence pleine de pensées secrètes, elle crée du rêve et invente du mystère. »

Festival 2 Valenciennes : André Téchiné et Tobias Lindholm reviennent par la grande porte !

Posté par wyzman, le 19 mars 2016

Une chose est sûre, côté fiction, le Festival 2 Valenciennes comblerait de bonheur n'importe quel cinéphile. Comédie sociale (Tout pour être heureux) ou drame psychologique (Colonia), il y a en pour tous les goûts. Et hier, la troisième journée n'a pas manqué de délivrer son lot de bonnes surprises. A commencer par Chala, une enfance cubaine d'Ernesto Danaras. Avec cette histoire de jeune garçon malin et débrouillard livré à lui-même, le réalisateur parvient à montrer un Cuba que l'on ne voit que trop peu, le vrai Cuba, celui que l'on fantasme et qui fait froid dans le dos à la fois. Tout cela à travers les destins de ces deux personnages principaux : Chala et son enseignante Carmela. Le jeune Armando Valdes Freire est impressionnant de justesse, tandis qu'Alina Rodriguez éblouit. Mercredi prochain, à défaut d'aller voir Batman v. Superman, nous vous conseillerons Chala !

La semaine suivante, il ne faudra certainement pas manquer Quand on a 17 ans, le nouveau film d'André Téchiné qui narre le chassé-croisé tumultueux entre deux garçons un brin paumés. Le film a été injustement boudé par le jury à Berlin. Deux ans après L'homme qu'on aimait trop, le réalisateur de La Fille du RER réalise (et co-signe avec Céline Sciamma) un film touchant, au scénario fort et aux dialogues parfaits. Plus encore, son trio d'acteurs principaux est absolument bluffant. Bientôt à l'affiche de Keeper, Kacey Mottet-Klein impressionne. A l'instar de l'alchimie qui existe avec son partenaire Corentin Fila, dont c'est le premier rôle au cinéma mais certainement pas le dernier ! En doctoresse aimante et douce, Sandrine Kiberlain subjugue et devrait attirer en masse. Drame peut-être, Quand on a 17 ans n'en demeure pas moins salvateur et porteur d'espoir.

Et l'espoir, nous avons failli le perdre devant A War de Tobias Lindholm. Déjà auteur du brillant Hijacking, le réalisateur danois retrouve son acteur fétiche (Pilou Asbaek) dans ce drame qui suit le procès instigué à l'encontre d'un militaire qui a donné l'ordre qui a ôté la vie à 11 civils alors qu'il tentait de protéger ses hommes. Intense, passionnant et violent, A War n'a laissé aucun spectateur insensible. Plus encore, dans cette course à l'acquittement, Tobias Lindholm a réussi l'exploit de nous rendre aussi anxieux que la femme du militaire Claus, Maria, incarnée avec brio par Tuva Novotny. En salles le 1er juin, A War vaut largement le détour, et méritait sa nomination pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère,  et il ne serait pas étonnant de le voir repartir avec le Prix du public.

Pour rappel, le festival 2 Valenciennes se termine ce dimanche.

Festival 2 Valenciennes 2016 : une sélection pleine de surprises

Posté par wyzman, le 6 mars 2016

Pour sa sixième édition, le Festival 2 Valenciennes accueille professionnels, passionnés et curieux du 14 au 20 mars. Intéressé par les films venus du monde entier, celui qui remplace le festival du film d'aventures de Valenciennes rend toujours hommage aux œuvres de fiction et documentaires avec des activités parallèles. Après nous avoir fait découvrir des films tels que Take Shelter (2011), Mud (2013), Eastern Boys et Tom à la ferme (2014), le Festival 2 Valenciennes proposera cette année encore une sélection de films tous très attrayants.

Avec Linda Hardy en maîtresse de cérémonie et Diane Kurys et Nathalie Baye en invitées, le festival devrait attirer en masse.  En effet, le programme impressionne et surprend. Les plus jeunes pourront par exemple découvrir les méthodes de travail de Thierry le Portier, dresseur de fauves avant de mater L'Odyssée de Pi quand les plus grands seront sans doute tentés par le Gladiator de Ridley Scott. Côté sélection officielle de films documentaires, Free to Run de Pierre Morath et Royal Orchestra de Heddy Honigmann nous ont déjà mis l'eau à la bouche. Tandis que la compétition côté films de fiction sera marquée par Tout pour être heureux (avec Manu Payet et Audrey Lamy), Colonia (avec Emma Watson et Daniel Brühl), L'Avenir de Mia Hansen-Love , Quand on a 17 ans d'André Téchiné ou encore Demolition de Jean-Marc Vallée !

Avec un peu de chance, nous retrouverons Frédérique Bel, Antoine Chappey, Frédéric Chau et Jean-Pierre Mocky parmi le jury officiel. Rencontres, dédicaces ou master classes, tout a été pensé pour satisfaire la curiosité des festivaliers toujours plus nombreux. En partenariat avec l'Académie de Lille, les Jeunes étoiles 2 Valenciennes proposeront une sélection de 10 court-métrages réalisés par ds élèves en audiovisuel. Et pour les fêtards, notez qu'après la projection du film de clôture (Médecin de campagne avec François Cluzet), vous pourrez venir faire la fête avec nous à l'Ephémère ! On vous le dit, cette sixième édition du Festival 2 Valenciennes est à ne manquer sous aucun prétexte. Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site de cet événement culturel incontournable du mois de mars.

Berlin 2016 : nos pronostics et favoris pour le palmarès

Posté par MpM, le 19 février 2016

Fuocoammare

L'heure est déjà aux pronostics et bilans en vue du palmarès du 66e festival de Berlin qui sera révélé samedi 20 février, après dix jours d'une compétition éclectique et de bonne facture qui a permis de mettre à l'honneur le cinéma dans tous ses états. Premier constat, c'est que là où Cannes entérine le talent en invitant chaque année les plus grands réalisateurs du monde, Berlin essaye de le révéler, de donner une chance aux nouveaux venus ou cinéastes moins réputés, et se concentre pour cela en priorité sur ce que proposent les films sélectionnés plus que sur ceux qui les font, stars et paillettes incluses.

Pour le jury, il ne s'agit donc plus de distinguer le plus "méritant" parmi ses pairs, mais bien de choisir une direction, un type de cinéma, une esthétique, voire un message à défendre, en prenant en compte au-delà des qualités purement  cinématographiques, une notion d'urgence et de nécessité, d'expérimentation ou d'audace. Dans cette optique, bien des choix s'offrent à la présidente Meryl Streep et aux jurés.

Fuocoammare, ours d'or trop évident ?

crosscurrentDans la droite ligne de la tradition berlinoise, l'Ours d'or pourrait aller à l'un des films les plus politiques de la sélection. Un choix logique serait Fuocoammare de Gianfranco Rosi qui aborde avec beaucoup de subtilité le sort terrible des migrants en recherche d'une terre d’accueil. Mais peut-être est-ce trop évident, dans une Berlinale qui a mis continuellement l'accent sur l'aide aux réfugiés. Un Grand prix pourrait alors faire l'affaire, à condition de choisir un ours d'or qui fasse contrepoint.

De notre point de vue, CrossCurrent de Yang Chao serait le choix idéal, mêlant des qualités cinématographiques sidérantes à un propos complexe sur la Chine contemporaine. Ce serait alors le 2e Ours d'or pour un film chinois en l'espace de trois éditions (Black coal, thin ice de Diao Yi'nan en 2014) et le 3e en 10 ans (Le mariage de Tuya de Wang Quan'an en 2007).

Mais ce sont loin d'être les seules options du jury pour les deux plus grands prix. S'il souhaite être radical, il s'orientera vers A Lullaby to the Sorrowful Mystery de Lav Diaz et ses 8 heures de projection-marathon dans un noir et blanc classieux. S'il souhaite être politique, il choisira Mort à Sarajevo de Danis Tanovic et sa vision corrosive de l'ex-Yougoslavie et de l'Europe, ou même Zero days, l'impressionnant documentaire d'Alex Gibney sur le virus Stuxnet et le recours par les Etats-Unis à la guerre virale pour lutter contre le nucléaire iranien... A condition que Meryl Streep n'ait rien contre le fait de se fâcher avec l'administration Obama.

Hedi, prix du scénario du coeur

Le point fort de la compétition cette année hediétait clairement le scénario, et les candidats au prix ne manquent pas. On a une préférence pour Hedi de Mohammed Ben Attia qui raconte l'émancipation d'un jeune homme jusque là étouffé par une famille trop aimante. Avec une subtilité déconcertante, le film évite tous les écueils du drame familial qui tourne au cauchemar pour aller systématiquement vers la lumière et l'espoir.

A côté des sujets plutôt lourds abordés par les autres concurrents, ce premier film tunisien intimiste a quelque chose de l'outsider improbable, et pourtant il est incontestablement la découverte du festival. A défaut du scénario, Meryl Streep pourrait choisir de distinguer l'acteur masculin, le caméléon Majd Mastoura qui arrive à changer de physionomie d'une scène à l'autre, recroquevillé et maladroit quand il est sous le joug de sa mère, ouvert et séduisant quand il est enfin libre.

Quand on a 17 ans d'André Téchiné serait également un choix intéressant de prix du scénario, tant le film vaut par sa finesse d'écriture, là encore toujours plus subtile que son sujet ne le laissait présager. Même chose pour The commune de Thomas Vinterberg qui a par ailleurs l'avantage d'être l'un des films les plus drôles, quoique grinçant, de la compétition, avec l'Avenir de Mia Hansen-Love, lui aussi joliment écrit. Toutefois, les jurés pourraient leur préférer 24 Wochen d'Anne Zohra Berrached, pas vraiment un grand film, mais qui tient un propos intelligent et mesuré sur la difficile question de l'avortement thérapeutique.

CrossCurrent et A Lullaby to the Sorrowful Mystery favoris pour le Prix de mise en scène ?

lullabyLe choix sera sans doute plus facile pour le prix de mise en scène qui devrait en toute logique récompenser l'une des propositions esthétiques de la compétition, à condition que les plus fortes d'entre elles (CrossCurrent de Yang Chao et A Lullaby to the Sorrowful Mystery de Lav Diaz) n'aient pas déjà reçu une récompense plus importante.

Les teintes désaturées du film polonais United states of love de Tomasz Wasilewski ou la construction expérimentale de A dragon arrives de Mani Haghighi peuvent alors être des seconds choix intéressants.

En revanche, il faut espérer que le jury ne tombera pas dans le piège du noir et blanc maniéré d'Ivo M. Ferreira pour Lettres de guerre. A la limite, on préférerait voir distinguée la rigueur stylistique de Jeff Nichols dans Midnight special, même si le film se perd en route.

Isabelle Huppert, Julia Jentsch et Trine Dyrholm en tête

On a vu plusieurs grands rôles féminins juliacette année, et il est possible que la présence de Meryl Streep au jury fasse pencher la balance en faveur d'une des deux cinquantenaires délaissées : celle de l'Avenir de Mia Hansen-Love, incarnée avec humour par une Isabelle Huppert très juste, ou celle de The commune de Thomas Vinterberg, Trine Dyrholm, qui propose une composition plus dramatique.

Julia Jentsch (24 Wochen) serait elle-aussi une candidate sérieuse en femme contrainte à une décision impossible, mais elle a déjà obtenu le prix en 2005 pour son rôle dans Sophie Scholl, les derniers jours. Un doublé à l'horizon ?

Bien sûr, la surprise pourrait aussi venir du casting féminin d'United states of love avec un prix collectif pour les quatre actrices Julia Kijowska, Magdalena Cielecka, Dorota Kolak et Marta Nieradkiewicz.

Pas de favori pour le prix d'interprétation masculine

soy neroCôté acteurs masculins, personne ne se détache vraiment, ce qui laisse la possibilité au jury de mettre en avant un film sur lequel il n'arrive pas à se mettre d'accord. On pense notamment à Johnny Ortiz, le jeune homme déraciné de Soy Nero, à Majd Mastoura pour Hedi, à Amir Jadidi pour A dragon arrives, à Qin Hao pour Crosscurrent, au casting masculin dans sa globalité du film de Lav Diaz, ou même au duo Kacey Mottet Klein et Corentin Fila pour Quand on a 17 ans.

S'ils sont vraiment désespérés, les jurés pourraient toutefois aller jusqu'à se tourner vers des performances pensées pour impressionner comme celles de Brendan Gleeson en résistant au nazisme dans Alone in Berlin de Vincent Perez, de Denis Lavant dans Boris sans Béatrice de Denis Côté ou de Colin Firth et Jude Law, respectivement éditeur de génie et écrivain grandiloquent dans Genius de Michael Grandage.

Mais avant même de connaître les lauréats 2016, on peut d'ores et déjà se réjouir des belles propositions de cinéma découvertes pendant cette 66e édition de la Berlinale, qui viennent rappeler que le cinéma ne se résume pas aux suites, prequels, franchises, comédies décérébrées et autres blockbusters qui se bousculent au box-office à longueurs d'année. Un cinéma engagé (politiquement comme artistiquement), ancré dans son époque, qui propose des pistes de réflexion et d'interrogation au spectateur, et refuse les voies formatées du prêt-à-penser. Contrairement à ce que laissait entendre un titre de la compétition, le cinéphile, lui, n'est jamais seul à Berlin.

Berlin 2016 : le cinéma français dans tous ses états

Posté par MpM, le 16 février 2016

Pour le cinéma français, la Berlinale est une belle vitrine, et même si cela fait 15 ans que l'Ours d'or n'est pas allé à un film français (depuis l'anglophone et londonien Intimité de Patrice Chéreau en 2001), ceux-ci sont toujours présents en nombre dans la compétition ainsi que dans les différentes sections du festival. Les adieux à la reine de Benoit Jacquot avait d'ailleurs fait l'ouverture en 2012.

6 films français en compétition

Pour cette 66e édition, on recense une trentaine de longs métrages français ou coproduits par la France, dont six en compétition et deux en sélection officielle hors compétition. Parmi les prétendants à l'Ours d'or, trois sont des coproductions minoritaires : le désastreux Alone in Berlin de Vincent Perez, adaptation plate du roman de Hans Fallada (Seul dans Berlin) se déroulant en Allemagne nazie pendant la guerre, mais en anglais ; le peu inspiré Soy Nero de Rafi Pitts, qui se passe aux Etats-Unis et en Afghanistan avec des acteurs hispanos rêvant de devenir citoyens américains, et le documentaire italien Fuocoammare de Gianfranco Rosi sur l'île de Lampedusa.

Les films français, ou majoritaires, sont aussi ceux qui présentent le plus de chances d'apparaître au palmarès. Outre Quand on a 17 ans d'André Téchiné dont on a déjà parlé, il s'agit de L'avenir de Mia Hansen-love, un film éminemment français, rempli de citations et de philosophie, qui fait le portrait doux amer d'une femme de 50 ans qui se retrouve soudainement livrée à elle-même et ne sait pas trop quoi faire de cette liberté retrouvée, avec une Isabelle Huppert toujours juste dans la gravité comme dans les séquences plus légères, et de Mort à Sarajevo de Danis Tanovic dont c'est le retour à Berlin après le succès de La femme du ferrailleur en 2013 (Grand prix et prix d'interprétation masculine).

Mort à Sarajevo de Danis Tanovic

Son nouveau film est un pamphlet politique articulé autour de l'anniversaire de l'assassinat par Gavrilo Prinzip de l'archiduc Franz Ferdinand, événement connu pour avoir précipité le monde dans la première guerre mondiale. Reliant l'héritage laissé par Prinzip (criminel ou héros ?) aux horreurs commises pendant la guerre en ex-Yougoslavie, à la pièce Hôtel Europe de Bernard-Henri Lévy (sur l'échec de l'Europe) et aux coulisses d'un hôtel qui part à vau l'eau pour cause de crise économique, il propose un film une nouvelle fois très ancré dans la réalité sociale, économique et politique du pays et qui n'hésite pas à se moquer de lui-même. Il pose également un certain nombre de questions brûlantes sur l'échec de la diplomatie européenne face aux conflits majeurs des 50 dernières années, cette "Europe qui meurt dans tous les Sarajevo d'aujourd'hui" évoquant évidemment l'inextricable situation syrienne.

Autres sections

Hors-compétition, Saint Amour de Gustave Kervern et Benoît Delépine et Des nouvelles de la planète Mars de Dominik Moll sont attendus. En forum et en panorama, ce sont en tout 18 longs métrages qui ont été sélectionnés sous la bannière française, parmi lesquels TheEend de Guillaume Nicloux, Le fils de Joseph d'Eugène Green, Théo et Hugo dans le même bateau de Olivier Ducastel et Jacques Martineau ou encore La Route d'Istanbul de Rachid Bouchareb. Parmi les coproductions, on nota le présence de Baden Baden de Rachel Lang, L'Ange blessé de Emir Baigazin et Les Premiers, les Derniers de Bouli Lanners, déjà sorti en France.

Berlin 2016 : André Téchiné au top avec Quand on a 17 ans

Posté par MpM, le 14 février 2016

Quand on a 17 ans

Cela fait presque dix ans qu'André Téchiné n'avait plus été en compétition à Berlin, depuis Les témoins en 2007. Pour son grand retour, il accompagne Quand on a 17 ans, un long métrage co-écrit avec la réalisatrice Céline Sciamma (Tomboy, Bande de filles), qui raconte les relations complexes entre Thomas (Corentin Fila) et Damien (Kacey Mottet Klein), deux lycéens qui ne cessent de se battre.

Construit comme un triptyque autour des trois trimestres d'une année scolaire, le film prend d'abord le temps de poser son récit, de caractériser les personnages et d'installer des intrigues secondaires qui sont autant de fondations. Il y a bien sûr les deux adolescents que tout semble opposer : l'intellectuel et le costaud, le fils du médecin et l'enfant adopté par des cultivateurs, le gars de la ville et celui du haut de la montagne. Immédiatement, cela fourmille de thèmes et de sous-texte.

Narration limpide et évidente

Il y a également leurs parents (Sandrine Kiberlain en tête, parfaite dans le rôle de cette mère fantasque et joyeuse), que Téchiné inclut largement au récit, prenant le contrepied des habituels films sur une adolescence évoluant dans sa propre sphère, loin du monde des adultes. Il est en cela d'une redoutable modernité, montrant notamment une relation mère-fils harmonieuse et simple qui dynamite les clichés du genre.

Et puis, au fur et à mesure qu'avance le film, le réalisateur continue de nourrir le scénario avec des intrigues parallèles qui tour à tour font écho à l'histoire des deux adolescents, ou lui servent de catalyseur. Cela permet de faire exister les personnages plus secondaires et de garder une grande homogénéité dans la narration qui devient limpide et presque évidente, tout en ménageant surprises, chemins de traverse et rebondissements.

Car si, au départ, on croit voir arriver les grosses ficelles du scénario, on s'aperçoit rapidement que Téchiné neutralise tout ce qui pourrait être outré, se contente de suggérer ce qui est indispensable, et s'amuse avec les attentes du spectateur. Passée une première demi-heure hésitante, le film bascule ainsi dans un mélange d'humour, de douceur et de complicité qui rend la situation de départ éminemment plus subtile qu'elle ne le paraissait au départ.

Corps à corps sensuels

On est alors bouleversé par la manière dont le cinéaste (âgé tout de même de 72 ans) s'approprie les affres de l'adolescence et filme avec grâce leurs corps à corps brutaux, expiatoires et ambigües. Il capte avec une simplicité déconcertante cet aspect purement physique de la relation conflictuelle entre Thomas et Damien qui ont besoin de passer par les coups pour en arriver aux mots. Puis aux gestes d'amour, filmés eux-aussi avec une sensualité spontanée, sans effets ni calculs.

Interrogé par l'AFP sur cette place de l'homosexualité dans son oeuvre (souvent sous un angle très charnel), André Téchiné a la réponse la plus intelligente qui soit : "L'hétérosexualité prend quand même dans les fictions beaucoup de place, donc peut-être qu'on peut aussi laisser un peu de place pour montrer autre chose qui n'a pas l'habitude d'être regardé".

Et d'ailleurs comme souvent, il n'est pas tant question dans Quand on a 17 ans d'homosexualité que de la rencontre amoureuse entre deux adolescents qui s'avèrent être des garçons. Nuance de taille pour un film lumineux qui prend le sujet de l'adolescence à bras le corps mais joue la carte de la retenue, du sens du détail et de la légèreté.