Annecy 2018 : retour sur la sélection courts métrages qui fait une escale au Forum des Images

Posté par MpM, le 26 juin 2018

Comme chaque année, le Forum des images accueille à Paris (mercredi 27 et jeudi 28 juin) une reprise du Festival d'Annecy à travers deux séances réunissant les courts métrages primés, toutes sections confondues, ainsi qu'une sélection opérée par l'agence du court métrage, une carte blanche autour des 80 ans de films d'animation de Disney et la projection en avant-première du Cristal 2018, Funan de Denis Do. L'occasion de revenir sur la sélection 2018 de courts qui demeure, pour certains festivaliers, le véritable clou de la manifestation.

C'est en effet au travers des différentes compétitions de courts métrages (internationale, off-limit, perspectives, films d'école et jeune public), pensées comme un instantané de la création mondiale, que l'on peut se faire une idée précise de l'état de l'animation contemporaine, de ses courants, de ses thèmes et techniques de prédilection, de ses expériences et de ses réussites. Le moins qu'on puisse dire, au retour d'Annecy, est que l'on peut se réjouir de l'inventivité, de l'audace et de la maîtrise dont font preuve aujourd'hui les réalisateurs de courts métrages d'animation. Qu'ils passent ensuite au long, ou non, ne pourrait pas moins importer tant le talent, lui, est d'ores et déjà au rendez-vous.

La large sélection (130 courts) permet une approche à la fois riche et éclectique qui laisse toutes les facettes de l'animation s'exprimer, des techniques les plus "artisanales" aux plus technologiques, des effets visuels les plus sophistiqués à la simplicité la plus épurée. On a notamment croisé des films réalisés en sable ou en poudre, à l'aquarelle, à l'encre de chine, en peinture sur verre, sur un écran d'épingles, avec des figurines duveteuses ou en pâte à modeler, avec des marionnettes, avec des photos, en papiers découpés, en rotoscopie, en prise de vues réelles, en 2D, en 3D...  Cette édition 2018 était d'ailleurs un savant mélange de valeurs sûres et de découvertes réunissant des propositions formelles fortes, parfois philosophiques, des œuvres narratives légères, sensibles ou drôles, et des films plus personnels à la portée universelle.

Contrairement au long métrage, qui cette année se voulait porté sur le réel, engagé et même politique, le format court s'est le plus souvent montré intimiste, pour ne pas dire intime, mettant en scène des expériences individuelles ou abordant des sujets ayant trait au quotidien et aux relations familiales ou amoureuses. Dans cette veine ténue, on retrouve notamment le très beau Week-end de Trevor Jimenez (récompensé par le prix du public et celui du jury, et dont nous vous parlions au moment de Clermont Ferrand), qui évoque avec poésie la "garde alternée" qui conduit un enfant à passer du domicile de sa mère à celui de son père, mais aussi le lauréat du Cristal, Bloeistraat 11 de Nienke Deutz qui montre le délitement sourd de l'indéfectible amitié entre deux fillettes en train de muer en jeunes filles.

On peut aussi citer Vibrato de Sébastien Laudenbach qui, bien qu'il fasse partie d'une carte blanche donnée par l'Opéra de Paris à différents réalisateurs, illustre le monologue sensuel et coquin de la veuve de Charles Garnier, se rappelant avec émotion leurs ébats sexuels dans les moindres recoins du Palais ; Etreintes de Justine Vuylsteker qui revisite avec une infinie délicatesse le trio amoureux femme-mari-amant ou encore Telefonul d'Anca Damian, évocation poétique et surréaliste des parents du narrateur.

Certains films étaient encore plus intimement liés au vécu de leur réalisateur, à l'image de Between us two dans lequel Wei Keong Tan évoque à la fois sa mère disparue et son homosexualité ; Travelogue Tel Aviv, sorte de carnet de voyage du réalisateur Samuel Patthey sur son séjour en Israël ; Guaxuma de Nara Normande dans laquelle la réalisatrice parle de son enfance à la plage, et de sa meilleure amie Tayra ; Tightly wound de Shelby Hadden qui souffre de vaginisme et raconte le parcours du combattant que cela a représenté pour elle ; Egg de Martina Scarpelli, sur un épisode particulier dans la période d'anorexie qu'a vécu la réalisatrice ; Mariposas de Mauricio LeivaCock, Andrés Gomez Isaza, qui aborde le cancer qui a touché la mère de l'un des réalisateurs...

L'autre grand courant de cette sélection 2018 est ancré résolument (et assez classiquement) dans la fiction, et va vers une forme de divertissement plus ou moins assumé, qui parfois n'empêche pas une certaine profondeur. On pense à des films comme La mort père et fils de Denis Walgenwitz et Vincent Paronnaud (dit Winshluss), comédie noire dans laquelle le fils de La Mort se rêve en ange gardien ;  Raymonde ou l'évasion verticale de Sarah van den Boom et son pendant estonien Maria ja 7 pöialpoissi de Riho Unt, qui présentent tous deux une figure féminine (une chouette qui a été chaste toute sa vie dans le premier et une religieuse dans le second) attirée, si ce n'est obsédée, par les plaisirs charnels) ou encore Le chat qui pleure de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol : puni, un petit garçon est contraint de passer l'après-midi avec un homme inquiétant qui lui propose un étrange marché.

Citons encore Animal behavior de Alison Snowden et David Fine (une thérapie de groupe à destination d'animaux aux travers encombrants) ; Mang-ja-ui-sum (Island of the deceased) de Kim Ji Hyeon, dans lequel un homme solitaire prend les yeux des morts pour redonner vie aux cadavres qui l'entourent ; Creature from the lake de Renata Antunez, Alexis Bédué, Léa Bresciani, Amandine Canville, Maria Castro Rodriguez, Logan Cluber, Nicolas Grangeaud, Capucine Rahmoun-Swierczynski, Victor Rouxel, Orianne Siccardi et Mallaury Simoes, une parodie de film d'aventure féministe et délirant ou encore L'homme aux oiseaux de Quentin Marcault, une fable sur le passage du temps et la transmission.

Difficile de tirer autre chose que des tendances générales sur une sélection de 130 films, mais on peut malgré tout relever également quelques films avec une portée plus sociale ou engagée, à l'image de (Fool) time job de Gilles Cuvelier (fable clinique et désespérée sur un homme contraint d'accepter un travail terrifiant pour nourrir sa famille, dont nous parlions déjà ici) ; Happiness de Steve Cutts (satire sur le capitalisme, la surconsommation et le monde du travail), Simbiosis carnal de Rocio Alvarez (une vaste fresque qui relate l’histoire de l'Humanité du point de vue des femmes), Mr Deer de Mojtaba Mousavi (une réflexion désenchantée sur l'absence d'empathie et de solidarité de l'être humain), An Excavation of Us de Shirley Bruno qui raconte l'histoire vraie d'une femme soldat s'étant battue pendant la révolution haïtienne, ou encore Afterwork de Luis Usón et Andrès Aguilar (une parabole sur l'absurdité du travail et de l'existence). D'autres s'intéressaient à la vie d'artistes célèbres, de Charles Bukowski dans Love he said d'Inès Sedan à James Brown et Solomon Burke dans Make it soul de Jean-Charles Mbotti Malolo, ou encore Oskar Kokoschka dans I'm OK d'Elizabeth Hobbs.

Il faut enfin mentionner des œuvres franchement singulières qui se distinguaient avant tout par leur ambition esthétique ou leur portée existentielle, à l'image de la série de 6 films réalisés par John Morena (sur les 52 qu'il revendique en 2017), à la durée très courte, et qui exploitent à chaque fois un concept visuel particulier pour parler d'un sujet "d'actualité" comme la guerre ou le droit des femmes ;  La chute de Boris Labbé (œuvre-somme hypnotique qui convoque à la fois l’histoire de l’art et celle de l’Humanité) ; III de Marta Pajek (une drôle de plongée dans le tourbillon de la séduction et de l'amour véritablement charnel) ; le moyen métrage Ce magnifique gâteau ! de Emma de Swaef et Marc Roels (44 minutes), mélange de cinéma absurde, de satire cruelle sur la colonisation et de poésie décalée ; Garoto transcodificado a partir de fosfeno de Rodrigo Faustini (des images abstraites réalisées à partir de phosphènes - un phénomène qui se traduit par la sensation de voir une lumière ou des taches dans le champ visuel - dévoilent fugacement l'image qu'elle dissimule) ou encore, aussi symbolique qu'introspectif, Le Sujet de Patrick Bouchard, dans lequel un personnage dissèque le corps d'une marionnette à taille humaine qui se révélera être son double.

Autant dire que cette sélection ne manquait ni d'ambition, ni de sensibilité, ni encore de panache, et offre de l'animation un visage que l'on peut juger suffisamment contrasté et éclectique pour être représentatif de la vitalité du genre. Les films programmés donnaient ainsi une vision relativement mature d'une forme de cinéma qui n'a définitivement pas à choisir entre la fiction "grand public" et le reste, faisant joyeusement le grand écart entre les représentations du monde, les styles de récit et les explorations formelles.

Cartoon Movie 2018 : retour sur nos projets préférés

Posté par MpM, le 26 mars 2018

Les 8 et 9 mars dernier se tenait la 20e édition du Cartoon Movie, grand rendez-vous européen des professionnels du film d'animation.  Sur la grosse cinquantaine de projets en cours (sous forme de concept, en développement ou en production) présentés à cette occasion, nous en avons retenus douze dont nous espérons qu'ils atteindront un jour nos grands écrans.

Petit tour d'horizon des longs métrages d'après-demain.

* Allah n'est pas obligé de Zaven Najjar (Special Touch Studio, Paul Thiltges Distributions)


Pour son premier long métrage, le réalisateur, animateur et illustrateur Zaven Najjar adapte Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma, prix Renaudot et Goncourt des Lycéens 2000. Dans un ton très libre, un enfant-soldat du Libéria de la fin des années 90 raconte son quotidien au cœur de la guerre civile. Pensé comme un road movie tragi-comique, le film mettra en scène le garçon et son ami, "féticheur en chef", deux pieds-nickelés pris dans les aléas de l'Histoire.

Le réalisateur a conservé le ton très spécifique du roman, à la fois drôle, émouvant et corrosif, qui permet de filtrer la dureté du contexte, au même titre que le travail réalisé sur l'animation, assez épurée, et constituée notamment de grands aplats de couleurs pastels avec des touches de couleurs vives.

Pourquoi on attend le film
On est assez curieux de découvrir comment le film relèvera le défi de transcrire à l’écran le ton si particulier du roman d'Ahmadou Kourouma, tout en lui apportant une forme de réalité forcément plus frontale du fait de la représentation concrète du contexte de guerre. Avec, à la clef, l'idée d'utiliser l'animation (encore trop souvent considérée comme une forme d'expression à destination du jeune public) pour aborder des événements tragiques et universels.

* Bunuel dans le labyrinthe des tortues de Salvador Simo (The glow animation studio, Submarine)


Le film de Salvador Simo est déjà très avancé, et on a pu en découvrir une dizaine de minutes à Bordeaux. Adapté du livre éponyme de Fermin Solis, il raconte un épisode particulier de la vie du cinéaste Luis Bunuel, le tournage du film Terre sans pain financé avec l’argent gagné à la loterie par son ami Ramon Acin.

Dans une forme assez classique, Bunuel dans le labyrinthe des tortues se concentre sur l’amitié indéfectible entre les deux hommes, et mêle la reconstitution du tournage aux véritables images tournées à l’époque par Bunuel. Ces archives offrent un contre champ frappant au récit et viennent en support à la démonstration de la prise de position de Bunuel contre la société. L’un des défis esthétiques du film est de reconstituer au plus près les lieux de l’époque, et d’incarner les rêves fantastiques de Bunuel dans des séquences que ne renierait pas le surréalisme.

Pourquoi on attend le film
C’est un aspect méconnu de l’œuvre éclectique de Bunuel qu’explore le film. Ce faisant, il revisite sa confrontation avec les réalités sociales les plus cruelles de son pays, et révèle un tournant capital dans l’œuvre du cinéaste.

* La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti (Prima Linea Productions)


Cette adaptation par l'illustrateur et auteur de BD Lorenzo Mattotti du seul roman jeunesse de Dino Buzatti est elle aussi à un stade assez avancé, et on a pu voir à Bordeaux de nombreuses images alléchantes du film qui s'annonce assez spectaculaire, avec pas loin de mille décors différents. Le rendu est assez lissé, avec des personnages relativement minimalistes, mais des paysages grandioses conçus dans de grands aplats de couleurs. Le réalisateur s'est inspiré des illustrations de Buzatti lui-même, et a ajouté au récit deux personnages féminins (les femmes étaient absentes du roman original).

C'est Thomas Bidegain et Jean-Luc Fromental qui se sont chargés de l'adaptation. Le film raconte comment, suite à l'enlèvement de son fils Tonio par des chasseurs, le roi des Ours décide d'envahir la Sicile. Mais Humains et Ours ne sont pas fait pour cohabiter.

Pourquoi on attend le film
En plus d'être une grande fresque pleine de couleurs et de rebondissements, La fameuse invasion des ours en Sicile parle de choses dures et réelles (la guerre, l'intolérance, le vivre ensemble) par le biais du merveilleux, et fait ainsi écho à sa manière à la situation mondiale.

* Le Noël des animaux d'Olesya Shchukina, Camille Alméras, Caroline Attia, Ceylan Beyoglu et Haruna Kishi (Les Valseurs)


Il s’agit d’un programme de cinq courts métrages conçus avec une identité visuelle commune, dans des techniques d’animation artisanales (2D, papiers découpés) et un rendu un peu rétro. Les films auront en commun les thématiques de Noël, des animaux et de l’hiver, dans une tonalité tendre et gaie.

La société Les Valseurs qui est à l’initiative du projet a fait appel à 5 réalisatrices ayant une expérience sur ce genre de techniques et d’univers : Olesya Shchukina, Camille Alméras, Caroline Attia, Ceylan Beyoglu et Haruna Kishi. Le programme est prévu pour Noël 2019.

Pourquoi on attend le film
C’est une jolie proposition de cinéma simple et tendre, mais pas mièvre, à destination des plus petits.

* Raven girl and the mother of the sea de Konrad Nuka Godtfresden (Angel Films)


Au stade du concept seulement, Raven girl and the mother of the sea mêle la mythologie du Groenland à la question fondamentale du changement climatique. L’héroïne est une petite fille qui a le pouvoir de se transformer en animal, et dont la mission est de sauver son village. Celui-ci est en effet menacé par la « mère de l’océan », exaspérée par la surpêche dans ses eaux. Le récit initiatique est ainsi très ancré dans une réalité contemporaine, où les enjeux environnementaux n'épargnent personne.

Pourquoi on attend le film
L’héroïne prise entre le monde moderne et celui des mythes ancestraux est a priori un personnage fort, susceptible d’initier intelligemment le spectateur au monde magique des anciennes légendes.

* The sea Wolf d'Emmanuel Gorinstein (Elda productions, Je suis bien content, Melusine Productions)


Autre adaptation ambitieuse, The sea Wolf s’attaque à un roman moins connu de Jack London (Le loup des mers) qui raconte comment un jeune journaliste enrôlé de force sur un bateau se retrouve en lutte avec son capitaine. À travers leur antagonisme, ce sont deux visions du monde qui s’opposent : d’un côté le respect de la justice et la protection des faibles, de l’autre la tyrannie et la loi du plus fort.

Le long métrage s’annonce comme un récit d’aventures mâtiné de quête initiatique, qui recherche la profondeur et la réflexion en plus du divertissement. Les quelques images présentées trahissent des choix esthétiques forts, entre modélisation 3D minutieuse du bateau et importance donnée aux visages des protagonistes, cadrés de près, comme pour souligner le duel qui s’annonce.

Pourquoi on attend le film
L’univers ultra romanesque de Jack London et le style graphique proposé forment un cocktail intrigant et prometteur.

* Slocum de Jean-François Laguionie (JPL Films)


Ce nouveau projet de Jean-François Laguionie (en parallèle de la suite au Château des singes, Le voyage du prince) s’annonce comme un film intimiste dans lequel les souvenirs de jeunesse du réalisateur serviront de cadre à la dramaturgie. Sur les bords de Marne, après guerre, un homme décide de construire un bateau dans son jardin. Son fils, avec lequel il a une relation complexe, pleine de pudeur et de non-dits, l’accompagne avec enthousiasme dans le projet, tout en découvrant le journal intime de Slocum (premier navigateur à avoir réalisé un tour du monde en solitaire sur un voilier).

Le scénario et l’animatique (maquette visuelle qui synchronise les images du story-board avec la bande-dialogues) se sont construits en même temps que la musique, et l’on a déjà pu découvrir de nombreuses belles images du projet conçu en gouache sur papier, de manière à laisser voir le grain. Jean-François Laguionie lui-même a avoué être de plus en plus attiré par « une image vraie », précisant :« C’est une question d’état d’esprit plus que de technique ».

Pourquoi on attend le film
L’histoire, ténue et intimiste comme c’était déjà le cas dans Louise en hiver, avec lequel Slocum formera d’ailleurs une sorte de diptyque, semble à priori d’une extrême sensibilité, portée par les magnifiques images-tableaux de Laguionie. La poésie sera indubitablement au rendez-vous.

* Unicorn Wars d'Alberto Vazquez (Autour de minuit, Uniko, Schmuby Productions, Abano Productions)


Attention, projet incontournable dans le monde de l’animation pour adultes et jeunes adultes ! Alberto Vazquez, le réalisateur multi-primé de Psiconautas et de Decorado, adapte son court métrage Sangre de Unicorno en un film de 85 minutes réalisé en animation traditionnelle.

Au cœur de la forêt magique, les gentils nounours et les jolies licornes s’entretuent dans une guerre terrible. Deux frères ennemis (des ours), se perdent après avoir échappé à l’embuscade qui a décimé toute leur patrouille. Commence pour eux un voyage réel et intérieur qui va mettre au jour leurs plus lourds secrets.

Pour nous donner une idée de l’ambiance de ce conte plutôt cauchemardesque qui mélange à la fois la religion, la nature et les relations hommes / femmes, Alberto Vazquez a précisé qu’il s’agirait en quelque sorte d’un mélange de Bambi, Apocalypse now et la Bible « trois de [ses] histoires de fiction préférées ».

Pourquoi on attend le film
Déjà parce que l’on a suffisamment aimé les précédents films d’Alberto Vazquez pour être prêt à le suivre sur n’importe quel projet. Mais surtout parce que cette guerre violente entre deux des créatures les plus mignonnes qu’on puisse imaginer est prometteuse en terme de dynamitage de codes, de satire au vitriol et de portrait désespéré de notre époque. Franchement, que demander de plus ?

* Les Voisins de mes voisins sont mes voisins d'Anne-Laure Daffis et Léo Marchand (Lardux Films)


Anne-Laure Daffis et Léo Marchand se lancent dans l’aventure du long métrage en « recyclant » certains de leurs anciens courts (La Saint festin, La vie sans truc...), réécrits et repensés pour s’intégrer dans un tout plus général. Comme dans un film choral traditionnel, quoi qu’à destination des enfants, les personnages (un ogre belge, un magicien qui a perdu les jambes de son assistante, un ingénieur en sudoku coincé dans l’ascenseur avec son chien qui parle...) se croisent et se répondent.

Les réalisateurs sont plus à la recherche de la cohérence que de la beauté, et citent notamment Le père Noël est une ordure en référence. Côté techniques, elles seront toutes mélangées, du collage à la prise de vue continue, en passant par la 3D ou l’animation traditionnelle.

Pourquoi on attend le film
Un long métrage qui devrait être joyeux et foutraque, si l’on en juge par l’existant !

* Le Voyage extraordinaire de Marona d'Anca Damian (Aparte Film, Sacrebleu Productions, Minds meet)


Autre film très attendu, le nouveau long métrage d’Anca Damian (Le voyage de M. Crulic, La montagne magique) s’annonce comme une fresque virtuose et intense portée par l’incroyable inventivité de sa réalisatrice. Le film est raconté à la première personne par son héroïne, une petite chienne qui a connu plusieurs foyers. Il mêlera différentes techniques (2D, 3D, cut-out) et proposera une identité visuelle propre à chacune des trois parties.

On a déjà pu voir quelques extraits du film (attendu pour janvier 2019) qui témoignent de la richesse des univers imaginés par Anca Damian dans une profusion d'inventions visuelles et de propositions formelles. L'une des séquences est notamment un hommage à 2001 Odyssée de l'espace, avec la petite chienne flottant au milieu de la profusion de crêpes fabriquées par son maître.

Pourquoi on attend le film
C'est une oeuvre ambitieuse qui met la barre très haut en terme d'expérimentation formelle, tout en s'adressant à un public familial élargi. Soit la définition de ce que devrait être l'animation jeune public.

* White plastic Sky de Tibor Banoczki et Sarolta Szabo (paprika Films, Salto Film, Artichoke)


Voilà un projet ambitieux et atypique que l’on rêve absolument de voir aboutir : un récit de science fiction sombre et follement romantique qui se déroule dans un univers post-apocalyptique magnifiquement transposé à l’écran dans des décors arides et désolés. En 2220, la terre est devenue infertile, les survivants vivent sous un gigantesque dôme de plastique, et les plantes doivent être cultivées dans des corps humains vivants.

Le couple de personnages principaux s’interroge sur le sens que la vie peut encore avoir dans ces conditions, et se lance dans un road movie en forme de course contre la montre pour sauver la jeune femme, à qui des plantes ont déjà été implantées. Un film qui se veut dans la lignée des grands récits de science fiction sombres et pessimistes sur l’avenir de l’Humanité. Le duo de réalisateurs cherche ainsi à s’inscrire dans la lignée de films tels que Les fils de l’homme pour le contexte, Valse avec Bashir pour l’esthétique (le film utilisera la rotoscopie) et On body and soul pour la formidable histoire d’amour qui unit les personnages principaux.

Pourquoi on attend le film
Les récits de science fiction qui n’hésitent pas à explorer les recoins les plus sombres de l’humanité sont si rares que l’on adhère sans hésiter à ce projet torturé et audacieux.

* Yuku et la fleur de l’Himalaya d'Arnaud Demuynck et Rémi Durin (La boîte,... Productions, Les films du Nord, Nadasdy Films)


Encore au stade du concept, ce projet musical destiné aux plus jeunes est porté par la même équipe artistique que celle qui avait réalisé Le parfum de la carotte. On y suit une famille de souris dont l’héroïne a des pouvoirs musicaux magiques. La partie musicale est déjà conçue, avec des chansons qui devraient faire un carton dans les cours de maternelle, comme le swing de l’écureuil amnésique ou le slam du lièvre bègue.

Pourquoi on attend le film
Avec le très beau duo Arnaud Demuynck (Le vent dans les roseaux, Sous un coin de ciel bleu) / Rémi Durin (De si près, La Licorne...)  à sa tête, le film bénéficie d’emblée d’une longue expérience dans une forme de cinéma jeune public intelligent et audacieux. On est forcément curieux de voir comment leur univers peut s’épanouir sur un format long.

Le Cartoon Movie de Bordeaux met le long métrage d’animation à l’honneur

Posté par MpM, le 8 mars 2018

Cartoon Movie, le rendez-vous européen des professionnels du film d'animation créé en 1999 avec le soutien de Creative Europe - MEDIA, est de retour à Bordeaux pour sa 20e édition. Entre le jeudi 8 et le vendredi 9 mars, ce sont 60 projets en provenance de 22 pays, dont 20 films produits ou coproduits par la France, qui seront présentés devant environ 900 professionnels de l'animation : producteurs, investisseurs, distributeurs, agents de vente, sociétés de jeux vidéos ou encore new media players dans le but d'établir coopérations et coproductions.

Les comédies familiales et films d'aventures pour enfants ont toujours la cote, puisqu'ils représentent 46 des 60 films présents, ce qui laisse malgré tout presque un quart des projets destinés à un public adulte ou adolescent. Vingt et un films sont encore à l’état de concept, six sont en cours de production, 26 sont en cours de développement et sept sont terminés, parmi lesquels Croc-blanc d'Alexandre Espigares qui sortira en salles le 28 mars prochain. Tous cherchent à accélérer le montage financier du projet, nouer des coproductions et coopérations transfrontalières ou simplement intéresser des distributeurs européens et internationaux.

Sont notamment attendus les nouveaux projets d'Alberto Vazquez (Psiconautas, Decorado), Jean-François Laguionie (Louise en hiver, Le Tableau) et Anca Damian (La montagne magique, Crulic), mais aussi l'adaptation par Lorenzo Mattotti du roman jeunesse de Dino Buzzati La fameuse invasion de la Sicile par les Ours, celle d'Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma par Zaven Najjar ou encore celle de Dans la forêt sombre et mystérieuse de Winshluss alias Vincent Paronnaud par l'auteur lui-même et son complice Alexis Ducord.

Sur le papier, on est impatient et curieux de découvrir les longs métrages d'animation qui nous feront rêver dans les années à venir. En pratique, certains ne verront peut-être jamais le jour, ou seront de retour au Cartoon Movie l'année prochaine dans l'attente de passer une nouvelle étape de production. De quoi nous rappeler que l'animation est parfois un travail de très longue haleine (l'un des films  en développement présenté cette année, Kara de Sinem Sakaoglu, avait déjà fait l'objet d'un pitch au Cartoon Movie de 2013, et Croc-Blanc d'Alexandre Espigares y avait vu le jour en... 2006) et surtout un parcours du combattant rendu plus ardu par la potentielle frilosité des décideurs et l'incertitude de l'accueil en salles.

Il faudrait, pour continuer demain à découvrir au cinéma des longs métrages d'animation singuliers et audacieux, commencer par aller voir ceux qui sortent aujourd'hui, et montrer l'adhésion d'une part non négligeable du public à des oeuvres non formatées, voire exigeantes, qui s'adressent à des spectateurs adultes, ou font assez confiance aux enfants pour leur proposer des projets intelligents et éclectiques. C'est un début, mais il a le mérite d'être à la portée de tous.

Le festival d’Amiens récompense La montagne magique d’Anca Damian

Posté par MpM, le 24 novembre 2015

montagne magique

Pour sa 35e édition, le festival d’Amiens a accueilli plus de 57 000 spectateurs sur tout la région pour un total de 300 films projetés. C'est le long métrage d'animation roumain La montagne magique d'Anca Damian qui a reçu la licorne d'or du meilleur film. Il sortira sur les écrans le 23 décembre prochain, et sera distribué par Arizona Films.

Ont également été distingués Crache coeur de Julia Kowalski (prix d'interprétation féminine), Un dia perfecto per volar de Marc Recha (prix d'interprétation masculine), Eva ne dort pas de Pablo Aguero (meilleure réalisation), Parasol de Valéry Rosier (prix du public du long métrage) et Tout ira bien de Patrick Vollrath (prix du public du court métrage).

Quatre prix spéciaux ont aussi été remis : le Prix Fémis à Provas, Exorcismo de Susana Nobre ; le prix des Enfants de la Licorne à Billy e Bully de Wannes Destoop ; le prix de Documentaire sur Grand Écran à Dans ma tête un rond-point de Hassen Ferhani et une mention spéciale à Ce qu’il reste de la folie de Joris Lachaise.

Les invités d'honneur du festival, John Landis (réalisateur, États-Unis) et Rui Poças (directeur de la photographie, Portugal), ont par ailleurs reçu une Licorne d’or pour l’ensemble de leur carrière.

Enfin, le 19e fonds d’aide au développement du scénario, a accordé des bourses aux réalisateurs des projets suivants :

- Perro negro de George Walker Torres (Venezuela)
- Un homme va mourir de Mama Keita (Guinée Conakry)
- Aliyushka dans la cité de fer de Adilkhan Yerzhanov (Kazakhstan)
- Atlas de Jérémy Gravayat (France)