Cannes 2019: le Festival met Agnès Varda en pleine lumière

Posté par vincy, le 15 avril 2019

Flore Maquin / Festival de Cannes

L'image est extraite de La pointe courte. L'affiche rend hommage à Agnès Varda, en pleine lumière, récemment disparue. Le 72e Festival de Cannes s'approche et son visuel est ensoleillé. "Tout en haut. En équilibre. Juchée sur un technicien impassible. Accrochée à une caméra qui paraît l’absorber. Une jeune femme de 26 ans tourne son premier film." Voilà pour le storytelling. "Agnès Varda, l’œil posé sur la plage de Cannes, jeune et éternelle, sera le phare inspirant de la 72e édition !"

Le montage et la maquette ont été assurée par Flore Maquin. On reste dans l'esprit des dernières années, où Godard, avec Piccoli ou Belmondo et Karina étaient célébrés, où la lumière semblait estivale, entre le rouge Cardinale et le sépia Mastroianni. On a quitté les bleus pour des couleurs plus chaudes.

"Nous sommes en août 1954, quartier de la Pointe Courte à Sète. Dans la lumière éblouissante de l’été, Silvia Monfort et Philippe Noiret promènent leur amour fragile parmi les pêcheurs en lutte, les femmes affairées, les jeux des enfants et les errances des chats. Décors naturels, caméra légère, moyens dérisoires : Agnès Varda, photographe au TNP de Jean Vilar, jette avec La Pointe courte (présenté dans une salle de la rue d’Antibes à Cannes pendant le Festival 1955), les prémices d’un jeune cinéma dont elle sera la seule réalisatrice" explique le communiqué.

"Tel un manifeste, cette photo de plateau recèle déjà tout d’Agnès Varda : la passion, l’audace, l’espièglerie. Les ingrédients d’une recette d’artiste en liberté qu’elle enrichira sans cesse. Soixante-cinq ans de création et d’expérimentation, presque autant que le Festival de Cannes, qui célèbre chaque année des regards qui montrent, osent et s’élèvent. Et qui sait se souvenir" précise l'institution qui rend hommage à une pionnière, Palme d'or d'honneur et femme engagée.

Elle fut sélectionnée 13 fois à Cannes, membre du jury, présidente du jury de la Caméra d'or. En recevant la Palme d’honneur, en 2015, elle évoqua "la résistance et l’endurance, plus que l’honneur" et la dédia  "à tous les cinéastes inventifs et courageux, ceux qui créent un cinéma original, de fiction ou de documentaire, qui ne sont pas dans la lumière mais qui continuent."

Pluie d’hommages pour Agnès Varda

Posté par vincy, le 30 mars 2019

Le décès d'Agnès Varda a entraîné de nombreuses réactions de par le monde. A commencer par cette photo de son fils Mathieu Demy sur Instagram, avec un simple "maman!" en guise de légende.

Les chaînes publiques ont bouleversé leurs programmes des prochains jours pour rendre hommage à cette pionnière qui su prendre les vagues, nouvelles, en amont. Arte,qui lui avait consacrée une soirée il y a deux semaines en diffusant son dernier film Varda par Agnès, diffusera son film le plus connu, Cléo de 5 à 7, mis en musique par le regretté Michel Legrand, dimanche 31 mars à 9h30. La chaîne franco-allemande a aussi prévu de montrer Sans toit, ni loi, son plus grand succès, avec Sandrine Bonnaire, lundi 1er avril à 13h35, et son documentaire fondateur Les plages d'Agnès à 20h55 le même jour.

France 2 proposera dimanche 31 mars à 20h40 la pastille D'Art d'art, où l'artiste-photographe-plasticienne avait choisi de commenter l’œuvre des Nymphéas bleus de Claude Monet. Le lundi 8 avril, Stupéfiant! rediffusera l'interview croisée entre Agnès Varda et JR par Léa Salamé, enregistrée il y a deux ans. La chaîne France 5, ce même 8 avril, diffusera le documentaire Jacquot de Nantes, portait de l'enfance de Jacques Demy réalisé par Varda en 1991.

L'émotion a parcouru tout le monde du cinéma, des Oscars à Marrakech. Le Festival de Cannes, qui lui avait décerné une Palme d'or d'honneur en 2015, a éprouvé une "Tristesse immense. Pendant près de 65 ans, le regard et la voix d’Agnès Varda ont habité le cinéma avec une inventivité intacte. La place qu’elle y occupait est irremplaçable. Agnès aimait les images, les mots et les gens. Elle est de ceux dont la jeunesse ne s’éteint pas."

Sur RTL, Thierry Frémaux a témoigné "Qu’elle était immense, c’est quelqu’un qui a fait de son passage sur cette terre, quelque chose d’inestimable." "Elle a inventé quelque chose qui n’appartenait qu’à elle" explique-t-il, ajoutant qu'elle va "nous manquer beaucoup". Rebelle et irréductible, vénérée aux Etats-Unis, Cannes devrait lui rendre hommage cette année. Thierry Frémaux rappelle qu'elle "a été celle qui a dit on peut être une artiste, une femme, une citoyenne, être une réalisatrice. Ça va être à la fois facile de s’en inspirer tellement c’est riche, et difficile de la remplacer."

Gilles Jacob lui a dit adieu sur Twitter: "Varda est partie, mais Agnès sera toujours là. Intelligente, vive, douce, spirituelle, rieuse, cocasse, inattendue comme l'est son œuvre. Ses films de quat'sous sont notre trésor. Un trésor national: celui de l'esprit français."

Le Festival de Berlin, qui venait de lui rendre hommage en février avec une Berlinale Camera, a souligné que "Le monde du cinéma a perdu une grande artiste. Ses œuvres courageuses étaient marquées par un style volontaire, où elle se détachait des conventions et des dramaturgies prédéfinies".

Côté César - elle avait reçu un César d'honneur en 2001 -, on fait l'éloge d'une "très grande dame, une pionnière et une icône de la Nouvelle Vague dont elle fut l’une des rares réalisatrices. Une immense artiste qui se passionnait et exprimait sa créativité sous de multiples formes. Elle était aussi une femme incroyable… comment ne pas succomber à ce caractère, ce franc-parler, ce look, cette modernité, qui ont toujours fait d’elle une personnalité tant honorée de par le monde ?!"

Macha Méril, récente veuve de Michel Legrand et qui a joué dans Sans toit ni loi, confie, toujours sur RTL: "Je me dis qu’une femme pour réussir une carrière pareille, il faut être une sorcière, il faut être terrible. Il faut avoir une autorité extraordinaire. On l’appelait la grand-mère de la Nouvelle Vague."

La vedette de Sans toit, ni loi, Sandrine Bonnaire, évoque dans Libération: "Ce qui me fascinait chez elle c’est qu’elle était très baroudeuse, elle l’a été jusqu’au bout, et tenace, et digne. Il y a deux jours encore elle était consciente qu’elle allait s’éteindre, mais avait une force mentale absolument merveilleuse. Elle a été une femme libre jusqu’au bout, dans sa manière de faire ses films, de les produire, d’être rebelle face à un système un peu trop codé."

Autre actrice qui a collaboré avec Varda, Jane Birkin, sa star de Kung Fu Master et de Jane B par Agnès V: "Elle avait une telle résistance qu'on l'imaginait éternelle" explique l'artiste à l'AFP. "Elle avait un côté assez bulldozer et aussi un côté fragile. Je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi curieux qu'elle. Elle avait une très grande connaissance de l'art."

Julie Gayet, qui avait trouvé son premier rôle dans le cinéma d'Agnès Varda, pleure la réalisatrice: "Mon Agnès tu vas me manquer terriblement, un vide énorme... Ma maman de cinéma. Toi qui m'a tout appris. Je suis sans voix, pas envie de parler à tous ces journalistes qui me demandent ce que je pense de toi. De ton insolence, de ta pertinence, de ta pugnacité, de ta vivacité, de ton cinéma. Toi qui te battais pour un cinéma exigent, différent, indépendant, artisanal... et familial."

Même ceux qui n'ont pas forcément travaillé avec elle, comme Guillaume Canet ou Emma de Caunes, y vont de leur post sur les réseaux sociaux. Isabelle Adjani a envoyé un texte au Figaro: ""Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages." (Les Plages d’Agnès) ....du vent, le vent qui coule dans les veines des actrices et des acteurs. Inspiration? Non! Plutôt une expiration sans fin qui souffle sur tes plages dont les grains s’envolent pour créer des images fragiles mais éternelles, des images qui ne se prennent pas au sérieux mais qui prennent au sérieux ce qu’elles donnent à voir. Une plage sur laquelle les rouleaux de la nouvelle vague repeignent tous les jours la mer en bleu? C’est bon de pouvoir se sentir absurde sans se sentir stupide. Merci Agnès."

JR, en pleine installation au Louvre, a posté une photo sur Instagram, tous deux déguisés en astronautes, avec comme légende " "A toi, mon étoile filante où que tu sois...", en anglais. Et on a pu voir une silhouette de Varda, une photographie cartonnée en taille réelle de l'artiste, s'envoler avec des ballons colorés dans le ciel parisien...

Car la mort d'Agnès Varda a aussi fait réagir les médias, les festivals (de Tribeca à Toronto), les institutions (cinémathèques et musées d'art contemporain), et les artistes internationaux. La réalisatrice américaine Ava DuVernay sur Twitter ("Merci Agnès [en français dans le texte]. Pour vos films. Pour votre passion. Pour votre lumière. Elle rayonne") comme Barry Jenkins, réalisateur oscarisé pour Moonlight, , qui a partagé son émotion: "Le travail et la vie étaient fusionnés pour cette légende. Elle aura vécu à fond tous les moments de ses 90 années." Madonna sur Instagram et Twitter, a posté une photo souvenir où les deux femmes sont sur la place de la République à Paris: "Adieu à l'une de mes cinéastes préférées, Agnès Varda. Toujours un esprit curieux, créatif, enfantin jusqu'au dernier moment".

Martin Scorsese a fait savoir de son côté que "Chacune de ses remarquables photos faites à la main, si joliment équilibrées entre documentaire et fiction, ne ressemble à aucune autre - toutes les images, toutes les coupes… Quelle œuvre elle a laissée derrière elle: des films grands et petits, ludiques et durs, généreux et solitaires , lyrique et inflexible… et vivant."

Sur Facebook, Antonio Banderas lui dit adieu en la remerciant pour "cette nouvelle vague, fraîche et éternelle". Nandita Das, jurée avec elle la même année au Festival de Cannes, évoque une "immense perte".

Claude Lelouch se souvient qu'elle "a été la première à faire des films qui ont influencé la Nouvelle Vague. (...) Elle a fait de ce métier un métier aussi important pour les femmes que les hommes. Elle a toujours été dans les bons combats."

Plus officiel, la présidence de la République a aussi réagi. Emmanuel Macron, soulignant son esprit libre et espiègle, voit en elle une "Immense cinéaste, photographe et plasticienne" qui "va terriblement manquer à la création française."

Frank Riester, ministre de la Culture, s'est dit "Bouleversé, accablé, endeuillé: ces sentiments qui accompagnent la certitude que nous venons de perdre l'une des plus grandes artistes de notre époque."

Frédérique Bredin, Présidente du CNC, lui a évidemment rendu hommage: "Généreuse, joyeuse, profondément humaine, Agnès Varda a illuminé nos vies par ses films d’une folle inventivité. Elle a inventé un cinéma onirique et radical qui a changé l’histoire du cinéma et des Arts. Ce qu’elle a apporté à travers ses œuvres, ses combats pour la condition des femmes, est inestimable. Sa liberté de ton, sa curiosité insatiable, son audace, sa vitalité exceptionnelle, son humour sont et seront une leçon de vie pour tous."

La Maire de Paris, Anne Hidalgo, rappelle qu'elle "vivait rue Daguerre, dans le 14e arrondissement, depuis plus de soixante ans. Elle y était arrivée comme jeune photographe, à la recherche d’un atelier d’artiste. Elle en fit sa maison, y vécut avec Jacques Demy. Elle ne l’a plus jamais quittée, jusqu’à ses derniers instants. (...) Agnès Varda avait mille visages, elle était d’une complexité et d’une richesse rares (...). Son œuvre, de femme humaniste et engagée, a marqué toute une génération et continuera longtemps à nous inspirer."

La rue Daguerre, dans le 14e... Les fleurs s'y amoncellent depuis hier. Le siège de Ciné-Tamaris, maison de campagne en plein Paris où s'empilent les souvenirs des films de Demy et Varda. Serge Moati, documentariste, affirme que "La rue Daguerre est en deuil, le cinéma français aussi, ainsi que tous les cinéphiles du monde: la grande, la très grande Agnès Varda est morte ! Mais ses chefs d’ œuvre resteront à jamais en nos cœurs!"

Adieu Agnès Varda (1928-2019)

Posté par MpM, le 29 mars 2019

Avec le recul, cela semble prémonitoire. Il y a quelques semaines à peine, en février dernier, Agnès Varda était honorée au Festival de Berlin, où elle recevait la "Berlinale Camera" (après un César d'honneur en 2001, un Carrosse d'or en 2010, un Léopard d'honneur en 2014, une Palme d'honneur en 2015, un Oscar d'honneur en 2017...) et présentait son dernier documentaire, Varda par Agnès. Un film qui avait évidemment des airs testamentaires, dans lequel elle prouvait à nouveau quelle formidable guide à l’intérieur de son propre cinéma elle pouvait être.

En alternant des extraits de masterclasses données devant différents publics, des extraits de films et des témoignages face caméra, la réalisatrice y disait tout ce qu'il y a besoin de savoir sur elle, de son engagement, de son féminisme, de son approche documentaire, et pour finir de son profond humanisme, présent à chaque oeuvre, qu'elle soit ou non de cinéma. Agnès Varda ne confiait à personne le soin de parler d’elle-même, et c'est intimidant de se dire qu'aujourd'hui elle nous a définitivement passé le relais.

agnes varda jeune

Que retiendra-t-on d'Agnès Varda ? Des faits, d'abord :

Sa naissance en Belgique le 30 mai 1928 d’un père grec et d’une mère française : elle grandit rue de l’Aurore à Bruxelles, entourée de quatre frères et sœurs. De cette enfance, elle recrée des dizaines d’années plus tard (dans Les plages d'Agnès) une reconstitution sur la plage, avec une installation de miroirs. Des bribes d’histoire, exactement comme les souvenirs. Et quand elle entreprend de revoir la maison de son enfance, elle se refuse à jouer devant la caméra la comédie des retrouvailles. "Le jardin est bien là, mais pas l’émotion", dit-elle simplement. Comme un symbole de ce jardin secret dont il ne nous sera pas donné de forcer l’entrée.

Son histoire d'amour avec Jacques Demy, le compagnon de toujours, le père de son fils Mathieu, avec qui elle a vécu de la fin des années 50 à sa mort en 1990. Dans Les plages d’Agnès, la cinéaste évoque avec beaucoup de tendresse et de retenue la vie auprès de Demy. En filigrane, on sent le vide qu’il a laissé dans cette existence pourtant bien remplie. Elle lui a consacré trois films : Jacquot de Nantes en 1990 ("Jacques en train de mourir, mais Jacques encore vivant", dit-elle simplement), Les demoiselles ont eu 25 ans en 1992 et L’univers de Jacques Demy en 1995. On veut retenir d’eux cette image incongrue mais joyeuse d’un jeune couple courant nu dans un couloir.

Et puis, bien sûr, le cinéma, art vers lequel elle se tourne quand, photographe notamment pour le Festival d'Avignon, elle a "envie de mouvement". Son premier long métrage, La pointe courte, réunit justement deux acteurs du Théâtre National Populaire, Silvia Monfort et Philippe Noiret. C’est un jeune homme nommé Alain Resnais qui monte le film, une chronique réaliste et psychologique sur un couple qui se délite. Avec son manque évident de moyens, son interprétation minimaliste et ses décors naturels, ce coup d’essai annonce dès 1954 les prémices de la Nouvelle vague. Suivent des documentaires, et puis le film phare de la période, Cléo de 5 à 7, déambulation dans Paris aux côtés de Cléo, une jeune femme attendant des résultats médicaux, qui lui vaut une sélection à Cannes.

Sa filmographie éclectique s'étoffe au fil du temps et des envies, des causes à défendre, des questions à poser : fictions, documentaires, installations, expérimentations... En 1965, c'est Le bonheur, pour lequel elle reçoit le prix Louis Delluc et un ours d’argent à Berlin. L’année suivante, elle filme une histoire d'amour entre Catherine Deneuve et Michel Piccoli à Noirmoutier-en-L'Isle (Les créatures). Puis c’est un documentaire collectif avec William Klein, Jean-Luc Godard, Chris Marker, Claude Lelouch, Joris Ivens et Alain Resnais, Loin du Viêt Nam. S’en suit une période "américaine" où elle tourne notamment Lions love, inspiré du mouvement hippie.

A Los Angeles, dont elle tombe amoureuse, elle fréquente Andy Warhol et Jim Morrison. Puis revient à Paris où elle part à la rencontre de ses voisins de quartier (Daguerréotypes en 1975), avant de réaliser l'un des grands manifestes cinématographiques sur la condition de la femme : L’une chante, l’autre pas (1977). En 1985, elle remporte le Lion d’or à Venise avec Sans toit ni loi qui révèle Sandrine Bonnaire en jeune femme sans logis. Dix ans plus tard, on lui demande de réaliser le film sur le centenaire du cinéma, Les cent et une nuits, qu'elle qualifiera avec simplicité de "désastre" dans Varda par Agnès.

En 1999, elle réalise Les glaneurs et la glaneuse, un documentaire sur les as de la récupération, ces glaneurs modernes qui ramassent la nourriture ou les objets dont les autres ne veulent plus, et qu'elle retrouve dans Deux ans après. En 2008, elle réalise un portrait saisissant et drôle avec Les plages d'Agnès, puis ce sera Visages, villages tourné avec JR. Toujours en phase avec son temps (elle tournait en numérique, réalisant elle-même de multiples suppléments pour les sorties DVD de ses films), elle nous semblait indéboulonnable, et même immortelle, avec son éternelle coupe au bol bicolore, son humour, son regard pétillant, et ses films inclassables. Et pourtant elle s'est éteinte ce 29 mars 2019, à l'âge de 90 ans.

Pionnière et touche-à-tout, cinéaste autant qu'artiste, figure du cinéma mondial et symbole d'un cinéma au féminin, Agnès Varda laisse une oeuvre colossale et incontournable qui raconte le XXe siècle et ses combats. On l'imagine désormais sur une plage, lieu qui la définissait le plus selon elle ("Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages."), flânant entre les multiples visages qu'elle a filmés. Malheureusement le dernier plan se finit toujours de la même façon : sur une image fixe où s'écrit le mot "fin".

La pionnière Mag Bodard (1916-2019), productrice de Demy, Godard, Deville, Varda et Bresson, nous quitte

Posté par vincy, le 1 mars 2019

La productrice Mag Bodard est décédée mardi à l'âge de 103 ans, a annoncé jeudi son associé Alain Bessaudou. Pionnière, elle était la première femme productrice française. Née en 1916 en Italie, Marguerite Bodard, communément appelée Maguy, tait plutôt destinée au journalisme, où elle fait ses débuts.

Elle avait commencé sa carrière un échec en 1962 avec La Gamberge de Norbert Carbonnaux (avec son amie) Françoise Dorléac son amie. Quand elle voit Lola de Jacques Demy, elle s'embarque dans le projet fou du jeune réalisateur: un drame musical. Les parapluies de Cherbourg obtient la Palme d'Or et lance la jeune Catherine Deneuve, sœur de la vedette Françoise Dorléac, consacre le musicien Michel Legrand et panthéonise Jacques Demy dans le cinéma français. Avec eux trois, elle produit ensuite Les Demoiselles de Rochefort en 1967 et Peau d’Âne en 1970.

La fondatrice de Parc Films Mag Bodard c'est aussi la productrice de la Nouvelle vague: elle accompagne Agnès Varda avec Le Bonheur en 1965 et Les Créatures en 1966, Robert Bresson avec Au hasard Balthazar en 1966, Mouchette en 1967 et Une femme douce en 1969, Jean-Luc Godard avec Deux ou trois choses que je sais d’elle et La chinoise en 1967, Alain Resnais avec Je t’aime, je t’aime en 1968 ou encore Maurice Pialat avec L’Enfance nue en 1968, Michel Deville avec Benjamin ou les mémoires d'un puceau en 1967, Bye-bye Barbara en 1968, L'ours et la poupée en 1969 et Raphaël ou le débauché en 1970.

Elle suit aussi fidèlement Nina Companez (Faustine et le bel été, L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse Chemise, Comme sur des roulettes, Je t’aime quand même pour le cinéma ; Les dames de la Côte, La grande cabriole et L’allée du roi pour le petit écran). Jusqu'en 2006, elle n'a cessé de faire ce métier avec passion.

"Persévérante, déterminée et moderne, Mag Bodard se vouait intégralement à chaque projet et à son réalisateur, l’aidant par tous les moyens à mener à bien son projet, tel que celui-ci l’avait imaginé. Telle était sa plus grande force, savoir magnifier les artistes et leur donner les moyens d’exprimer tout leur talent" rappelle l'Académie des César en lui rendant hommage.

Agnès Varda lui a dédié un texte, diffusé sur le site de la Cinémathèque française: "Cette petite femme avec sa silhouette de jeune fille et sa tête d'oiseau a pesé lourd dans nos vies de cinéastes." Elle se souvient: "Elle venait peu aux tournages, mais elle faisait impression, toujours accompagnée par un chauffeur, élégante, coiffée, manucurée (elle avait des mains particulièrement jolies). C'est curieux que son apparence délicate soit si présente dans mon souvenir, alors qu'elle avait et qu'elle a toujours une énergie farouche mise au service de ses projets, une obstination à les faire vivre et une énorme capacité de travail."

Berlinale 2019 : cinéma, engagement et féminisme avec Agnès Varda, Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos

Posté par MpM, le 13 février 2019

Agnès Varda est une formidable guide à l’intérieur de son propre cinéma, elle l’a déjà prouvé à plusieurs reprises et notamment en 2008 avec Les plages d’Agnès qui fut présenté hors compétition à Venise. On pourrait peut-être croire qu’à force de faire sa propre exégèse, elle allait finir par se répéter, mais Varda par Agnès (à Berlin en sélection officielle hors compétition) prouve habilement qu’il n’en est rien. La réalisatrice n’a pas son pareil pour livrer une analyse distanciée de son travail, et incorporer à cette analyse une réflexion plus large sur le cinéma et sur la vie en général.

Le film permet par exemple de comprendre le cheminement qu’a suivi sa carrière, de La courte pointe en 1955 à Visages, Villages avec JR en 2017. Elle dresse des parallèles et des ponts entre ses différents projets (installations comprises) et raconte avec humour comment l’engagement politique qui était le sien, couplé à son sens du dispositif cinématographique, l’ont menée à filmer Cléo de 5 à 7 en temps réel  (analyse de séquences à la clef), s'intéresser au mouvement des Black Panthers (Black Panthers) ou faire chanter un répertoire féministe à Valérie Mairesse dans L'une chante, l'autre pas pour que le propos soit "un peu moins raide" tout en exprimant clairement son point de vue sur le droit des femmes à disposer de leurs corps.

La construction, qui alterne des extraits de masterclasses données par Varda devant différents publics, des extraits de films, et des rencontres impromptues avec l'actrice Sandrine Bonnaire ou la directrice de la photo Nurith Aviv, offre à la fois une vivacité de montage et un ton très joyeux. Agnès Varda ne confie à personne le soin de parler d’elle-même, et le fait avec l’autodérision qui la caractérise (concernant par exemple Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma : "un désastre") mais aussi avec le recul permettant de remettre son expérience et son travail dans leur contexte, notamment social et politique.

Avec elle, on revit plus de cinquante ans de luttes et d’interrogations sociétales, ou tout simplement humaines. On se souvient des « glaneurs », des Justes, des veuves de Noirmoutier. On réfléchit à ses côtés à ce que signifie faire du documentaire, ou plus précisément avoir une approche documentaire, même dans la fiction. Comment filmer au plus près et au plus juste. Comment représenter et donner la parole. En quelque sorte commet aborder le monde, quand on se promène une caméra à la main. Mais bien sûr Agnès Varda ne parle-t-elle que pour elle-même, n'étant jamais dans le manifeste mais dans la transmission et l'enthousiasme.

La vidéo au service des droits des femmes


Hasard classique en festival, un autre documentaire montré à Berlin cette année, en compétition Forum, semble faire écho au travail d’Agnes Varda. Il s’agit de Delphine et Carole, insoumuses de Callisto McNulty, qui raconte comment la comédienne Delphine Seyrig et la militante Carole Roussopoulos ont utilisé le format vidéo au service des mouvements de lutte pour le droit des femmes dans les années 70 et 80. A grands renforts d'images d'archives passionnantes et drôles (ah, Maso et Miso vont en bateau, réponse cinglante à un improbable programme télévisé intitulé "l'année de la femme : Dieu merci c'est fini"), le film retrace leur collaboration fructueuse autour de toutes les grandes questions féministes de l'époque, comme l'avortement, la dictature de l'apparence, la prostitution ou de la place des femmes dans le cinéma.

On y retrouve des témoignages et des interventions médiatiques de Simone de Beauvoir, Chantal Akerman, Marguerite Duras, et bien sûr des deux principales protagonistes du documentaire, qui livrent toutes des réflexions d'une brûlante actualité sur leur combat pour obtenir l'égalité des droits. Quand on les entend parler de ce qui n'était pas encore le "male gaze" ou déplorer le manque de moyens concédés aux réalisatrices, quand Jane Fonda raconte qu'on a voulu lui casser la mâchoire pour que ses joues semblent plus creuses ou que Chantal Akerman explique pourquoi il est important de montrer le quotidien des femmes de leur point de vue, on a l'impression que beaucoup de problématiques n'ont pas vraiment changé aujourd'hui.

Reste que le film de Callisto McNulty rend un très bel hommage à l'action de Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos, dont on perçoit au fil des interviews la finesse et l'intelligence, mais aussi l'humour et la ténacité. A une époque où être une femme est encore un handicap dans le milieu professionnel, ou une raison suffisante pour subir harcèlements et "blagues" sexistes, Delphine et Carole, insoumuses s'avère un document historique galvanisant et fédérateur, qui donne envie de reprendre avec fierté le flambeau.

Berlin 2019: les jurys et les quatre hommages de la « Berlinale Camera »

Posté par vincy, le 29 janvier 2019

La Berlinale approche et quasiment tout est désormais révélé. Il restait les jurys et les hommages.

Pour la compétition, la présidente du jury Juliette Binoche (lire notre actualité du 11 décembre) sera entourée du critique américain Justin Chang, de l'actrice allemande Sandra Hüller (Toni Erdmann), du réalisateur chilien Sebastian Lelio (Une femme fantastique), du conservateur au MoMA à New York Rajendra Roy, de l'acteur britannique Trudie Styler (Maniac).

Le jury pour élire le meilleur premier film parmi les 16 proposés par les sélections berlinoises sera composé de l'auteure et journaliste allemande Katja Eichinger, du réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis et de la cinéaste chinoise Vivian Qu.

Pour le prix du meilleur documentaire, qui concerne 17 films des différentes sélections, le jury comprendra la réalisatrice italienne Maria Bonsanti, le réalisateur américain Gregory Nava, et la cinéaste brésilien Maria Ramos.

Par ailleurs, le Festival de Berlin décernera quatre prix hommages avec sa Berlinale Camera: la fondatrice de Independent Filmmaker Project Sandra Schulberg, l'ancien patron de la section Panorama Wieland Speck, la cinéaste française Agnès Varda et le réalisateur allemand Herrman Zschoche. On sait déjà qu'un Ours d'or d'honneur sera attribué à Charlotte Rampling.

Par ces choix, on voit bien que Dieter Kosslick, pour sa dernière année à la tête de la Berlinale a fait le choix d'un festival moins glamour et presque radical, privilégiant ceux qui défendent un cinéma d'auteur parfois pointu. Il sera intéressant de voir si Berlin suit cette voix, comme l'a fait Locarno il y a quelques années, ou décide de revenir dans une compétition plus frontale avec Cannes et Venise.

Les reprises de l’été: Bresson, Bergman, Pollack et Varda

Posté par vincy, le 4 juillet 2018

Journal d'un curé de campagne de Robert Bresson (1951)

L'histoire: Un jeune prêtre que brûle la passion de son apostolat et que ronge, à son insu, la maladie, s'installe dans sa première cure, à Ambricourt, un petit village du Nord. D'emblée, ses paroissiens ne lui manifestent qu'indifférence. Pensant trouver un meilleur accueil au château, il doit bientôt déchanter. Le comte a une liaison avec l'institutrice, et la comtesse vit recluse, révoltée contre Dieu depuis la mort en bas âge d'un de ses enfants. Par jalousie, Chantal, leur fille, pousse le prêtre à intervenir auprès de sa mère. En suivant ce conseil dont il ignore la perversité, le saint homme provoque maints désordres qui aggravent encore son isolement et accroissent ses tourments.

Pourquoi il faut le voir? Ce roman éponyme de Georges Bernanos (l'auteur de Sous le soleil de Satan que Maurice Pialat transposa sur grand écran, ce qui lui valu une Palme d'or) reçu le Grand prix du roman de l'Académie française. Mais la raison de (re)voir ce chef d'œuvre de Bresson est ailleurs. Prix Louis-Delluc et Grand prix à la Mostra de Venise, c'est la quintessence de la filmographie du cinéaste: pas de psychologie, une épure radicale, aucun jugement de valeur, des tourments contradictoires et tout autant de mystères. C'est à la fois austère et envoûtant.

L'œuf du serpent d'Ingmar Bergman (1977)

L'histoire: A Berlin, en novembre 1923, Abel, Juif  étranger dans son pays, apprend un jour que son frère Max  vient de se suicider. Il emménage avec la femme de ce dernier, Manuela, dans un étrange appartement. Derrière le suicide de Max et les multiples bizarreries de l'appartement se cache en fait le terrible Hans Vergerus, un médecin fou, pratiquant des expériences sur l'être humain et assassin méthodique...

Pourquoi il faut le voir? Outre son casting (David Carradine, Liv Ullmann, Heinz Bennent, Gert Fröbe...), il s'agit de l'unique production hollywoodienne du maître Bergman. Une curiosité en soi. Pour la petite histoire, Bergman voulait échapper aux impôts et s'était exilé en Allemagne où il tourna le film, un hommage à Fritz Lang. C'est aussi l'un des films les plus noirs du cinéaste. Sans doute lié à sa dépression de l'époque. Entre un monstre immonde, qui symbolise ce que sera le nazisme, et la métaphore sur le mal, qui pousse l'humain à détruire, cet œuf est avant tout un superbe film sur la paranoïa.

Out of Africa de Sydney Pollack (1985)

L'histoire: Karen Christence Dinesen est une jeune aristocrate danoise qui rejoint le Kenya britannique pour épouser le frère de l'amant qui n'a pas voulu d'elle. Par son mariage, elle devient la baronne Karen Blixen. Elle en vient vite à éprouver un amour profond pour l'Afrique, alors que l'Europe entre dans la Première Guerre mondiale. Elle s'acharne à faire pousser des caféiers sur les terres nues et désolées de sa ferme, dans l'espoir de protéger la tribu africaine qui y vit. Délaissée par son mari volage, Karen s'éprend violemment d'un chasseur farouche, épris d'aventures, Denys Finch Hatton.

Pourquoi il faut le voir? 7 Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, c'est déjà un bon argument en soi. Le duo Meryl Streep - Robert Redford rivalisent en beauté avec les somptueux paysages africains. Mais ce mélodrame, inspiré du roman autobiographique La Ferme africaine de Karen Blixen publié en 1937, fut aussi un énorme succès international. Son ampleur n'est jamais pesante tant le film s'avère délicat, retenu, "moderne" dans son propos. Les émotions sont là mais le film n'est pas un drame classique tant il ne parle que d'humanité. Mais peut-être que la seule belle raison est de revoir cette scène d'avion survolant la savane avec le thème musical sublime et atemporel de John Barry.

L'une chante, l'autre pas d'Agnès Varda (1977)

L'histoire: Deux jeunes femmes vivent à Paris en 1962. Pauline, étudiante, rêve de quitter sa famille pour devenir chanteuse. Suzanne s’occupe de ses deux enfants et fait face au drame du suicide de leur père. La vie les sépare ; chacune vit son combat de femme. Pauline devient chanteuse dans un groupe militant et itinérant après avoir vécu une union difficile en Iran. Suzanne sort peu à peu de sa misère et travaille au Planning familial…

Pourquoi il faut le voir? Le cinéma alerte d'Agnès Varda se met au service d'un film politique et féministe. Politique car il scrute l'évolution de la société française. Féministe, parce qu'il s'agit bien de deux personnages féminins qui doivent exister dans une monde toujours masculin. On est plongé dans une France gaulliste puis giscardienne, celle de la révolution sexuelle, de Mai 68, de la Loi Veil, de la crise pétrolière. C'est une chronique sur la durée dans une période effervescente. Varda n'impose aucun discours. Elle filme comme elle regarde ces femmes qui grandissent et qui luttent.

Quinzaine 50 : un Carrosse pour les réalisateurs

Posté par redaction, le 9 mai 2018

Héritière directe de ceux qui voulaient affranchir le cinéma de ses chaînes en 1968, la Quinzaine célèbre cette année sa 50e édition. L'occasion d'une promenade à son image - en toute liberté, et forcément subjective - dans une histoire chargée de découvertes, d'audaces, d’enthousiasmes, de coups de maîtres et de films devenus incontournables.

En partenariat avec Critique-Film. Retrouvez tout le dossier ici.

Depuis 2002, la Société des Réalisateurs de Films remet un prix spécial en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs. Un prix nommé Carrosse d’or, en hommage au film de Jean Renoir avec Anna Magnani. Si la statuette en bronze représente des personnages typiques de la Comedia dell’arte, c’est bel et bien aux cinéastes que le trophée est remis. À travers le Carrosse d’or, les membres de la SRF veulent « rendre hommage à un cinéaste qui a marqué l’histoire du cinéma, par son audace, son exigence et son intransigeance dans la mise en scène ».

L’occasion, dans le cadre de notre dossier consacré aux 50 ans d’une sélection parallèle souvent aussi intéressante que l’officielle, d’un petit récapitulatif dans l'ordre chronologique des différents récipiendaires. Rappelons que sur les 16 – 17 dès ce mercredi – lauréats du Carrosse d’or, on ne trouve que trois femmes, reflet d’une profession encore très déséquilibrée. Ainsi, lors de conférences qui étaient dédiée au sujet pendant le Festival de l’année dernière, la productrice Claudia Ossard et Isabella Rossellini rapportaient que 25% des cinéastes en France étaient des femmes. Un pourcentage certes bas, mais qui reste un des plus haut à l’international. La SRF a pris soin de récompenser des auteurs de régions cinématographiques variées, de l'Europe à l'Afrique en passant par l'Asie et l'Océanie et l'Amérique du Nord. Bientôt un représentant du cinéma latino-américain ?

2002 - Jacques Rozier


« L’enfant terrible de la Nouvelle Vague » est le premier à recevoir un Carrosse d’or. Une belle reconnaissance, pour un cinéaste qui s’est affirmé dès ses débuts par sa volonté de tourner sans aucun impératif de temps – ni de scénario. Son premier long-métrage, Adieu Philippine, consacré lors de la première édition de la Semaine de la Critique (1962), symbolise peut-être à lui seul sa filmographie. Inspiré par le néoréalisme italien, Rozier est parti tourner en Corse dans des régions inaccessibles en voiture, a pris 12 mois pour en faire le montage, et a dû reconstituer les dialogues, improvisés, après avoir perdu les bandes sonores. Seuls quatre autres longs-métrages suivront en 40 ans, mais en parallèle de nombreuses réalisations pour la télévision. Il a participé à la Quinzaine avec Du Côté d’Orouet en 1971.

2003 - Clint Eastwood

Clint Eastwood qui succède à Jacques Rozier : une belle preuve de la volonté d’éclectisme de la SRF en remettant son Carrosse d’or ! Est-ce bien nécessaire de présenter l’octogénaire ? Acteur dans plus de quatre-vingts longs-métrages, réalisateur de bientôt quarante, Eastwood fait partie de ces monstres classiques qui ne s’arrêtent plus de tourner. Malgré sa longue carrière, la reconnaissance critique arrive tardivement, en 1992 : Impitoyable marque un tournant, mais 25 ans plus tard Clint semble toujours aussi en forme …

2004 - Nanni Moretti

Comme d’autres lauréats du Carrosse d’or (Werner Herzog, Alain Cavalier, Jafar Panahi), Nanni Moretti adore se mettre en scène – ce qu’il fait d’ailleurs dans chacun de ses longs-métrages. Tant et si bien que le personnage fictionnel, exubérant, tend à se confondre avec le réel : alors jury au Festival de 1997, il se bat pour qu’Abbas Kiarostami reparte avec une Palme d’or ex-aequo, ce qui vaut à la présidente d’alors, Isabelle Adjani, de le qualifier de Machiavel. Mais il faut dire qu’avec des œuvres aussi personnelles que Journal Intime ou Aprile, difficile de ne pas s’y attacher ! Et bien qu’il soit l’auteur de nombreuses comédies ironiques, c’est avec le bouleversant La Chambre du fils qu’il reçoit la Palme d’or en 2001.

2005 – Ousmane Sembene

Ousmane Sembène a un parcours passionnant. Il s’est imposé comme le plus célèbre des cinéastes sénégalais, et n’a eu cesse de prendre parti sur des questions politiques et sociales de son pays. Tirailleur sénégalais pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’installe clandestinement en France dès 1946 : adhérent à la CGT et au PCF, docker à Marseille, il va militer contre les guerres coloniales, tout en publiant des romans dans lesquels transparait son engagement. Lors de l’indépendance de ce qui devient bientôt le Sénégal, en 1960, il rentre dans son pays natal et réfléchit à un moyen de célébrer l’Afrique nouvellement indépendante – ce qu’il met en pratique en allant étudier le cinéma à Moscou !

Sa charge politique apparaît dès son premier long-métrage, La Noire de … (1966), premier film entièrement africain de l’Histoire. Célébré en Europe, mais aussi en Afrique où il participe à des Festivals et montre ses films dans des villages sans salles de cinéma, il va cependant devoir affronter plusieurs fois la censure. Une censure sénégalaise, notamment pour la critique tant du catholicisme que de l’Islam dans Ceddo (passé à la Quinzaine en 1977, tout comme Emitai l'avait déjà été en 1972). Mais aussi une censure française, Camp de Thiaroye (1988) étant pratiquement invisible en France, où il ne sort qu’en 1998 – le fait relaté, l’exécution de tirailleurs sénégalais par l’armée française, étant peu glorieux.

2006 - David Cronenberg

Né à Toronto, David Cronenberg commence le cinéma de manière underground dans les années 60 avec des courts-métrages expérimentaux, puis à télévision au début des années 70. S’il se fait remarquer dans cette même décennie avec des films à petit budget mêlant S.-F. et horreur (Frissons, Rage, Chromosome 3), il devient véritablement connu dans les années 80. Des films tels que Scanners, Faux-semblant, ou bien sûr La Mouche vont ainsi permettre à un large public d’associer son nom à une esthétique quelque peu malsaine, fusionnant éléments organiques et mécaniques. La reconnaissance cannoise est assez tardive, mais conséquente : il est ainsi en 1999 président du jury, et certains de ses films seront ensuite présentés en compétition. Et bien que récemment, A dangerous mind, Cosmopolis ou Maps to the stars délaissent l’esthétique citée précédemment, il n’en demeure pas moins un cinéaste fortement psychanalytique, que les cerveaux explosent ou non !

2007 - Alain Cavalier


Après quelques films chargés politiquement et formellement assez « classiques » dans les années 1960, Alain Cavalier se tourne vers un style qui va être de plus en plus épuré. Il se rapproche inexorablement du documentaire, et l’arrivée des caméras vidéo ressemble pour lui à une consécration. Dès le début des années 2000 il ne fait pratiquement plus que des films seuls, avec rarement plus d’une paire d’acteurs, et une caméra DV.

2008 - Jim Jarmusch


Jim Jarmusch commence avec succès sa filmographie. Son « premier film », Stranger than paradise (tourné après son film de fin d'études Permanent vacation), a été découvert à la Quinzaine et y a obtenu la caméra d’or en 1984. Son histoire d’amour avec le Festival continue jusqu’à nos jours, trois de ses films récents ayant été présentés en compétition officielle. Comment caractériser son cinéma ? Peut-être par l’atmosphère hors du temps qui s’en diffuse. Ses personnages dénotent avec leur environnement, comme Forest Whitaker en samouraï du New-jersey dans Ghost dog, les vampires mélancoliques d’Only lovers left alive, ou encore Paterson qui rythme ses journées monotones par des poèmes. Au final, Jarmusch c’est un peu le mélange d’un dandysme lointain cousin de Wes Anderson et d’un blues électrique à la Nick Cave.

2009 : Naomi Kawase


Naomi Kawase n’a réalisé que cinq films lorsqu’elle reçoit, en 2009, le Carrosse d’or – mais elle a remporté le Grand Prix à Cannes deux ans plus tôt, pour La Forêt de Mogari. En 1997, elle recevait déjà la Caméra d'or pour Suzaku, découvert à la Quinzaine. En lui remettant le prix, la SRF et la Quinzaine souligne l’importance d’avoir des cinéastes femmes, surtout au Japon.

Ainsi, la réalisatrice expliquait en 2001 : « Dans l'industrie cinématographique japonaise, réaliser des films est considéré comme quelque chose dont il faut se défausser, ou qu'il faut faire en souffrant – vous êtes supposés perdre les nécessités basiques de la vie au passage. Cette condition, poursuivre un rêve, sans s'économiser, est quelque chose qui serait pardonné à un homme, mais pas à une femme. Cette sorte d'intolérance de la vieille génération est toujours apparente au Japon et c'est toujours une grande barrière à dépasser. » (interview de Naomi Kawase à Rotterdam, citée chez Première).

Et si Naomi Kawase n’a peut-être pas (encore ?) marqué l’Histoire du cinéma, elle s’inscrit tout de même dans celle du Festival du Cannes : présente en compétition en 2011, 2014 et 2017 pour respectivement Hanezu, l'esprit des montagnes , Still the water et Vers la Lumière, elle est aussi membre du jury en 2013 et présidente de la Cinéfondation en 2016 !

2010 - Agnès Varda


Agnès Varda est une des rares femmes ayant participé à la Nouvelle Vague. S’illustrant autant dans les long-métrages de fiction (Cléo de 5 à 7, L’une chante l’autre pas …) que dans les documentaires, comme le récent Visages Villages, elle reçoit depuis le début des années 2000 pléthores de récompenses. C’est donc, entres autres, à une légion d’honneur et un César d’honneur que succède le Carrosse d’or qui lui est remis en 2010.

2011 – Jafar Panahi


Jafar Panahi est peut-être la figure la plus représentative du cinéaste engagé. On peut voir en lui l’héritier d’Abbas Kiarostami, qui a signé le scénario de son Ballon d’or (Quinzaine 1995, Caméra d’Or) et dont il a été l’assistant. Les films de Jafar Panahi ne sont pas de simples brûlots politiques : la critique de la société iranienne, omniprésente, se fait à travers des histoires humaines qui se veulent universelles. Chaque nouveau film de Panahi va avec son lot de complication : dès Le Cercle, en 2000, dont la censure interdit l’exploitation – et fait de même avec des films qui suivent.

En 2009, le cinéaste est arrêté avec sa femme et sa fille pour avoir manifesté, et un film en cours de tournage est annulé par jugement. Incarcéré en 2010, il est libéré après le versement d’une lourde caution, il est menacé de six ans de prison – ce qui se transforme en obligation de rester en résidence surveillée. S’il peut aujourd’hui se déplacer dans le pays (son nouveau film, présenté cette année à Cannes, est d’ailleurs un road-movie), il ne peut le quitter, sous peine de ne pas pouvoir y revenir. Il n'était donc pas présent en 2011 au moment de recevoir le carrosse d'or.

Et si le gouvernement lui a interdit de réaliser des films, il continue pour autant de tourner, se mettant en scène dans ce qu’il présente comme n’étant pas de la fiction – comme dans Taxi Téhéran, pourtant mis en scène avec brio ! La fiction réside peut-être dans l’aventure qui entoure ses films : Ceci n’est pas un film, au titre évocateur, est ainsi parvenu clandestinement au Festival de Cannes, au moyen d’une clé USB cachée dans un gâteau !

2012 - Nuri Bilge Ceylan

Figure clé du cinéma turc actuel, adepte de Tchecov et d’un cinéma contemplatif, Nuri Bilge Ceylan fait partie des habitués du Festival. A l’instar de Jane Campion, son premier court-métrage remporte la palme dédiée au format en 1995, et hormis son premier film (Nuages de mai, 1998), la totalité de ses longs-métrages est présentée en compétition, glanant au passage pas moins de deux Grand Prix du Jury (Uzak et Il était une fois en Anatolie), un Prix de la mise-en-scène (Les Trois Singes), jusqu’à la Palme d’Or pour Winter Sleep.

Sa présence systématique est sûrement à attribuer au fait qu’il constitue un des uniques représentants du cinéma de son pays à l’international ; un pays que sa filmographie nous permet d’admirer sous de multiples facettes. Et si ses films ne sont pas forcément des brûlots politiques, il ne reste pas moins critique envers les dirigeants turcs, dédiant sa palme d’or à « la jeunesse de Turquie, et à ceux d'entre eux qui sont morts au cours de l'année passée [durant des manifestations contre le parti au pouvoir] ».

2013 : Jane Campion

Après deux succès d’estime, le troisième film de la néozélandaise Jane Campion va lui faire une place sur la scène internationale. Avec La leçon de Piano (1993), elle devient ainsi la première – et pour l’instant la seule – femme à recevoir la Palme d’or. La filmographie de Jane Campion est d’ailleurs elle aussi liée au Festival de Cannes : son tout premier court-métrage, An exercise in Discipline – Peel obtient ainsi la palme d’or du court-métrage en 1982 ! En lui remettant le Carrosse d’Or en 2013, la Quinzaine des Réalisateurs semble anticiper sa présidence du jury cannois l’année suivante. Depuis quatre ans, elle s’illustre cependant plus sur petit écran que sur grand, avec la série prisée  Top of the lake.

2014 - Alain Resnais

Alain Resnais s’affirme comme un des plus grands réalisateurs français dès son premier film (dans les faits, son second, mais le tout premier a été perdu) : Hiroshima mon amour, en 1959. A la vingtaine de long-métrages qui suivent, il ne faut pas omettre une trentaine de courts-métrages, dont de nombreux documentaires tels que le poignant Nuit et brouillard. N’oublions pas non plus qu’il s’affirme très tôt en tant que défenseur de la bande-dessinée, à une époque ou le 9e art n’était pas pris au sérieux (grand ami de Stan Lee, il s’est d’ailleurs de nombreuse fois penché sur une adaptation de Spider-man !). Le carrosse d’or qui lui est dédié en 2014 est posthume, venant couronner une œuvre s’étalant sur près de soixante-dix ans …

2015 - Jia Zhang-ke


Le Chinois Jia Zhang-ke, auteur de 12 films en 20 ans, est un cinéaste éminemment politique. Il attribue d’ailleurs son envie de faire du cinéma à un événement marquant de la Chine contemporaine : participant aux larges manifestations de 1989, au nom de valeurs égalitaire et libertaires, il est marqué par la sanglante répression de la place Tian’anmen (qui aurait fait jusqu’à 10 000 morts, et d’innombrables arrestations). Son premier film, Xiao Wu artisan pickpocket (1997) étant sélectionné à Berlin, les autorités lui reprochent d’avoir « influencé gravement les échanges culturels normaux entre la Chine et le monde » (interview publiée dans Libération : https://goo.gl/gRD5xY).

Ses films suivants seront ainsi l’occasion de bras de fer avec la censure ; en cas de potentielle interdiction en Chine, il n’hésite cependant pas à tourner quand même, et à diffuser de manière « underground » - un adjectif parfois accolé à son statut de cinéaste. Heureusement pour lui comme pour nous autres spectateurs, le censure diminue à partir de la libéralisation de la Chine en 2003, bien qu’encore présente. Quoiqu’il en soit, on aura l’occasion de voir cette année en compétition son nouveau film, Les Eternels – et on s’en languit !

2016 - Aki Kaurismaki


Journaliste de formation et cinéphage par passion, le Finlandais cynique a annoncé avoir pris sa retraite après L’autre côté de l’espoir (2017) – même si on connait la propension des cinéastes à sortir de leur retraite. Au finale, ce sont près de vingt films qui forment une filmographie, dont trois trilogies : une du prolétariat, une de la Finlande et celle inachevée, des migrants. Il a été invité à deux reprises à la Quinzaine, avec Shadows in Paradise en 1987 et Tiens ton foulard, Tatiana en 1994.

2017 - Werner Herzog


Non seulement Werner Herzog aime se mettre en scène, à l’instar des cinéastes précédemment cités, mais en plus il crée une véritable légende autour de lui. Au fil de son épaisse filmographie, on retrouve ainsi autant des documentaires que des films de fictions, deux faces totalement complémentaires. Ainsi d’un côté, « dans la vraie vie », il se met en scène au bord de volcans prêts à rentrer en irruption, ou au sommet de monts enneigés, quand il n’est pas directement filmé en train de cuisiner puis de manger sa botte.

Le côté fictionnel est tout aussi impressionnant, pour citer deux de ses films les plus célèbres : dans Aguirre et la colère de Dieu, il part tourner en pleine Amazonie, tandis que pour Fitzcarraldo il fait grimper un bateau sur une colline. Tout un programme donc, Herzog semblant répondre à l’adage Fordien : « écrire l’Histoire, imprimer la légende ». Sa reconnaissance internationale est intimement liée à la Quinzaine : il est venu une fois par an, de 1970 à 1973, avec Les Nains aussi ont commencé petits, Fata Morgana, Pays du silence et de l’obscurité et enfin Aguirre.

Et tout à l'heure, Martin Scorsese rejoindra ce prestigieux club.

Nicolas Santal de Critique-Film

Cannes 2018: Bergman, Besson, Chahine, Hitchcock, Kubrick, Ozu, Rappeneau, Varda et Wilder à Cannes Classics

Posté par vincy, le 23 avril 2018

Des femmes, des cinéastes de légendes, des films qui célèbrent leurs anniversaires: Cannes Classics mettra en lumière toutes les facettes du 7e art.

Alice Guy et Jane Fonda

Be Natural: The Untold Story of Alice Guy-Blaché (Soyez naturel : L’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché) de Pamela B. Green (2018, 2h, États-Unis)
Alice Guy est la première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma. En présence de la réalisatrice Pamela B. Green.

Jane Fonda in Five Acts de Susan Lacy (2018, 2h13, États-Unis)
En présence de Susan Lacy et de Jane Fonda.

Les 50 ans de 2001 : l’odyssée de l’espace

2001: A Space Odyssey (2001 : l’odyssée de l’espace) de Stanley Kubrick (1968, 2h44, Royaume-Uni, États-Unis)
Une Copie 70mm tirée à partir d’éléments du négatif original. Présenté par le réalisateur Christopher Nolan, le film sera projeté en salle Debussy, avec entracte de 15mn, dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968. En présence également de la fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick, et de son coproducteur Jan Harlan.

Orson Welles

The Eyes of Orson Welles (Les Yeux d’Orson Welles) de Mark Cousins (2018, 1h55, Royaume-Uni)
En présence du réalisateur Mark Cousins.

Centenaire Ingmar Bergman

Searching for Ingmar Bergman (À la recherche d’Ingmar Bergman) de Margarethe von Trotta (2018, 1h39, Allemagne, France)
En présence de Margarethe von Trotta.

Bergman — ett ar, ett liv (Bergman – A Year in a Life) de Jane Magnusson (2018, 1h56, Suède)
En présence de Jane Magnusson.

Det sjunde inseglet (Le Septième Sceau / The Seventh Seal) d’Ingmar Bergman (1957, 1h36, Suède)
Numérisation et restauration 4K à partir du négatif original et du mixage final sur bande magnétique.

Cannes Classics

Battement de cœur (Beating Heart) d’Henri Decoin (1939, 1h37, France)
Restauration 2K

Enamorada d’Emilio Fernández (1946, 1h39, Mexique)
Présenté par Martin Scorsese.

Ladri di biciclette (Le Voleur de bicyclette / Bicycle Thieves) de Vittorio De Sica (1948, 1h29, Italie)
Version restaurée pour les 70 ans du film.

Tôkyô monogatari (Voyage à Tokyo / Tokyo Story) de Yasujiro Ozu (1953, 2h15, Japon)
Restauration numérique 4K.

Vertigo (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock (1958, 2h08, États-Unis)
Restauration numérique 4K à partir du négatif VistaVision pour les 60 ans du film. Projeté au Cinéma de la Plage.

The Apartment (La Garçonnière) de Billy Wilder (1960, 2h05, États-Unis)
Restauration numérique 4K à partir du négatif original caméra.

Démanty noci (Les Diamants de la nuit / Diamonds of the Night) de Jan N?mec (1964, 1h08, République tchèque)

Voyna i mir. Film I. Andrei Bolkonsky (Guerre et paix. Film I. Andrei Bolkonsky / War and Peace. Film I. Andrei Bolkonsky) de Sergey Bondarchuk (1965, 2h27, Russie)
Restauration numérique image par image de l’image et du son à partir d’un scan 2K.

La Religieuse (The Nun) de Jacques Rivette (1965, 2h15, France)
Une Restauration 4K d’après le négatif image original. Restauration son à partir du négatif son (seul élément conforme).

Cetri balti krekli (Quatre Chemises blanches / Four White Shirts) de Rolands Kalnins (1967, 1h20, Lettonie)
Scan 4K et restauration numérique 3K à partir de l’internégatif original 35mm et d’un marron afin d’obtenir un master 2K. En présence du réalisateur Rolands Kalnins.

La Hora de los hornos (L’Heure des brasiers / The Hour of the Furnaces) de Fernando Solanas (1968, 1h25, Argentine)
Restauration 4K à partir des négatifs originaux pour les 50 ans du film. En présence de Fernando Solanas.

Le Spécialiste (Gli specialisti / Specialists) de Sergio Corbucci (1969, 1h45, France, Italie, Allemagne)
Version intégrale inédite restaurée en 4K à partir du négatif image original Technicolor - Techniscope et des magnétiques français et italien. Projeté au Cinéma de la Plage.

João a faca e o rio (João et le couteau / João and the Knife) de George Sluizer (1971, 1h30, Pays-Bas)
Restauration 4K à partir du négatif caméra Techniscope 35mm filmé par Jan de Bont.

Coup pour coup (Blow for Blow) de Marin Karmitz (1972, 1h30, France)
Restauration à partir du négatif original en 2K. En présence de Marin Karmitz.

L'une chante, l'autre pas (One Sings the Other Doesn't) d'Agnès Varda (1977, 2h, France)
Numérisation en 2k à partir du négatif original et restauration. Projeté au Cinéma de la Plage. En présence d’Agnès Varda.

Grease de Randal Kleiser (1978, 1h50, États-Unis)
Restauration numérique 4K à partir du négatif caméra original pour les 40 ans du film. Projeté au Cinéma de la Plage. En présence de John Travolta.

Fad,jal (Grand-père, raconte-nous) de Safi Faye (1979, 1h52, Sénégal, France)
Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 16mm. En présence de Safi Faye.

Cinq et la peau (Five and the Skin) de Pierre Rissient (1981, 1h35, France, Philippines)
Restauration 4K à partir du négatif image original et du magnétique français. En présence de Pierre Rissient.

A Ilha dos Amores (L’Île des amours / The Island of Love) de Paulo Rocha (1982, 2h49, Portugal, Japon)
Scan wet gate 4K de deux interpositifs 35mm image et son.

Out of Rosenheim (Bagdad Café) de Percy Adlon (1987, 1h44, Allemagne)
Numérisation et restauration 4K. Projeté au Cinéma de la Plage. En présence de Percy Adlon.

Le Grand Bleu (The Big Blue) de Luc Besson (1988, 2h18, France, États-Unis, Italie)
Restauration 2K. Séance organisée à l’occasion des trente ans de la projection du film en ouverture du Festival de Cannes 1988. Projeté au Cinéma de la Plage.

Driving Miss Daisy (Miss Daisy et son chauffeur) de Bruce Beresford (1989, 1h40, États-Unis)
Restauration 4K à partir des négatifs 35mm originaux image et son.

Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990, 2h15, France)
Numérisation supervisée par Jean-Paul Rappeneau à partir du négatif original et restauration 4K. En présence de Jean-Paul Rappeneau.

Hyènes (Hyenas) de Djibril Diop Mambéty (1992, 1h50, Sénégal, France, Suisse)
Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 35mm.

El Massir (Le Destin / Destiny) de Youssef Chahine (1997, 2h15, Égypte, France)
En avant-première de la rétrospective intégrale à la Cinémathèque française en octobre 2018. Restauration en 4K . Projeté au Cinéma de la Plage.

120 battements par minute triomphe aux Globes de Cristal

Posté par vincy, le 13 février 2018

La 12e cérémonie des Globes de Cristal, qui avait lieu lundi 12 février, a récompensé deux fois 120 battements par minute, de Robin Campillo, en lui décernant les prix du meilleur film et du meilleur acteur pour Nahuel Pérez Biscayart.

Ces prix des journalistes culturels ont aussi distingué Karin Viard pour son rôle dans Jalouse et La La Land comme meilleur film étranger.

Le reste du palmarès couronne, entre autres, Michel Bouquet (meilleur comédien dans Le Tartuffe), Vincent Dedienne (meilleur One Man Show), Priscilla, folle du désert (meilleure comédie musicale), Dix pour cent (Meilleure série télévisée), et The Handmaid's Tale (meilleure série télévisée française).

Un Globe de Cristal d'honneur a été remis à Agnès Varda.

Isabelle Huppert était la présidente de cette édition.