Cannes 2018: La Fabrique cinéma s’offre Cristian Mungiu pour ses 10 ans

Posté par vincy, le 29 mars 2018

La Fabrique Cinéma de l'Institut français sera parrainée par le cinéaste et producteur roumain Cristian Mungiu pour sa 10ème édition.

Palme d'or en 2007 pour 4mois, 3 semaines, 2 jours, Prix du scénario et prix d'interprétation féminine pour Au-delà des collines, Prix de la mise en scène pour Baccalauréat , il est l'un des cinéastes de son pays les plus récompensés à Cannes. Il est aussi responsable du festival Les Films de Cannes à Bucarest qu'il a créé, et initiateur du film collectif Contes de l'âge d'or.

"C'est un passeur qui a "un rôle central dans le cinéma de son pays" explique la directrice de l'Institut français Anne Tallineau.

Pour son dixième anniversaire La Fabrique Cinéma a sélectionné dix projets, dont quatre africains, continent souvent à l'écart des circuits de financement. Cinq nouveaux pays présents pour la première fois à la Fabrique : l'Ukraine, la Thaïlande, la République dominicaine, la Côte d'Ivoire et le Tchad.

AU MILIEU DE NULLE PART de Samantha Nell - Fiction 1er long métrage - produit par Bongiwe Selane / Blingola Media (Afrique du sud). Une comédie douce amère sur les conséquences de l'apartheid dans une maison de retraite.

LOUVE de Kiro Russo - Fiction 2ème long métrage - produit par Kiro Russo / Socavon Cine (Bolivie). Une fable fantastique.

LA MEUTE de Andrés Ramirez Pulido - Fiction 1er long métrage - produit par Johana Agudelo Susa / Valiente Gracia (Colombie). L'évasion d'un adolescent d'un camp de redressement en Amazonie pour retrouver sa mère, atteinte d'un cancer.

LA NUIT DES ROIS de Philippe Lacôte - Fiction 2ème long métrage - produit par Ernest Konan / Wassakara Productions (Cote d'Ivoire). Un huis-clos dans une prison où les détenus s'évadent à travers des récits. (photo)

CHEVALIER NOIR de Emad Aleebrahim Dehkordi - Fiction 1er long métrage - produit par Babak Aleebrahim Dehkordi / E.A.D Films (Iran). Deux frères lancés dans une spirale infernale dans les bas-fonds de Téhéran.

ZINDER de Aïcha Macky - Documentaire 1er long métrage - produit par Ousmane Samassekou / Tabous Production (Niger). Un documentaire sur les bandes de cette ville nigérienne infiltrée par les terroristes.

CANDELA de Andrés Farias - Fiction 1er long métrage - produit par Pablo Lozano / Monte y Culebra SRL (République dominicaine). Thriller politique sur la corruption et les addictions au sexe et à la drogue.

DIA (LE PRIX DU SANG) de Achille Ronaimou - FIction 1er long métrage - produit par Faissol Gnonlonfin / Merveilles Production (Tchad). DUne escroquerie interethnique et religieuse autour d'un délit qui n'a pas été commis.

REGRETFULLY AT DAWN de Sivaroj Kongsakul - Fiction 2ème long métrage - produit par Pimpaya Towira / Extra Virgin Company (Thaïlande). Un soldat à la fin de sa vie qui rêve que sa petite fille aille danser en France.

SERAPHYMA de Marysia Nikitiuk - Fiction 2ème long métrage - produit par Igor Savychenko / Kristi Films (Ukraine). Le parcours initiatique d'une adolescente serial-killer à la recherche de sa mère...

En 10 ans, La Fabrique a sélectionné 91 projets et invité 167 réalisateurs et producteurs de 61 pays (dont 23 francophones). Près de 40% des films ont été terminés, 20% sont en tournage. Si les délais entre la présentation à La Fabrique et la diffusion en salles sont toujours longs, ils ont tendance à se raccourcir. Adieu Mandalay de Midi Z avait été sélectionné en 2012 et était sorti en 2016. La Familia de Gustavo R. Cordova avait été sélectionné en 2014 et finalement projeté à la Semaine de la critique en 2017. La même année, Les initiés de John Trengrove, a terminé son parcours dans les salles l'an dernier et avec une nomination aux Oscars cette année. La belle et la meute, sélectionné en 2015, a été retenu à Un certain regard en 2017. La sélection de 2016 a déjà vu un film achevé et deux en tournage.

En étant présent au Pavillon des cinémas du monde, les producteurs et réalisateurs ont ainsi davantage de facilités à obtenir des aides publiques ou privées. Le Pavillon, qui accueille des sessions artistiques et des rencontres professionnelles, proposera de nombreux événements cette année pour célébrer son dixième anniversaire, et notamment une masterclass du compositeur Amine Bouhafa (Timbuktu, La belle et la meute), en partenariat avec la Sacem. L'ensemble de l'opération coûte environ 500000 euros.

L'Institut français est l'unique opérateur culturel transversal à l'extérieur de l'Europe. Outre La Fabrique cinéma, elle intervient sur la diffusion du cinéma français (notamment la diffusion du cinéma européen et l'Education à l'image avec CinEd), la coopération (l'Aide aux cinémas du monde avec 5M€ de budget annuel pour une cinquantaine de projets soutenus, soit 300 films de 76 pays depuis sa création), la Cinémathèque Afrique (1600 films en catalogue, 6000 projections dans 80 pays, et désormais une volonté stratégique de numériser, avec des partenaires, ce patrimoine),

Décès d’Idrissa Ouédraogo (1954-2018): Ouagadougou en deuil

Posté par vincy, le 18 février 2018

Un des grands cinéastes africains est mort dimanche 18 février. Le réalisateur et producteur Idrissa Ouédraogo avait 64 ans, a annoncé l'Union nationale des cinéastes du Burkina dans un communiqué transmis à l'AFP. Réalisateur de dix longs métrages et d'une vingtaine de courts métrages, segments, séries télévisées documentaires, Idrissa Ouédraogo a été récompensé du Prix du meilleur court-métrage au FESPACO (Poko, 1981), du Prix Georges Sadoul (Yam daabo, 1986), d'un Prix FIPRESCI (Yaaba, 1989) et d'un Grand prix du jury au Festival de Cannes (Tilaï, 1990) et d'un Ours d'argent au Festival de Berlin (Samba Traoré, 1992) parmi ses multiples récompenses reçus de Tokyo à Melbourne en passant par Venise ou Milan. Tilai avait aussi été couronné par le Grand prix du Fespaco en 1991.

"Dans les années 90, j'avais montré deux de ses films : Yaaba et Titaï, pas parce qu'il était burkinabé mais parce qu'ils étaient beaux. Hier, Idrissa Ouedraogo a fermé les yeux pour de bon, au moment où se couchait le soleil qui a illuminé son oeuvre" a tweeté Gilles Jacob, ancien Président du Festival de Cannes.

Né le 21 janvier 1954 à Banfora (à l'époque en Haute Volta), et après ses études à l'université de Ouagadougou et à l'Institut africain d'études cinématographiques, Idrissa Ouédraogo a lancé en 1981 sa propre structure de production (Les films de l'Avenir) et entre à la Direction de la Production Cinématographique du Burkina-Faso.

Il poursuit sa formation en Russie puis à l'Idhec (ancienne Fémis) et à la Sorbonne en France. Après plusieurs courts et documentaires, il réalise son premier long, Yam Daabo (Le choix), récit sur l'exil d'un paysan du région pauvre du Sahel et sa part de sacrifices. Il a déjà posé les bases de son cinéma-vérité, mélange de documentaire et d'intimité, où les drames semblent être naturellement intégrés au quotidien. A cette époque, il expliquait: "Je déplore que l'image du tiers monde et de l'Afrique en particulier, véhiculée au cinema, à l'étranger et même par certains cinéastes africains, soit trop souvent exclusivement liée a la misère des hommes. La joie, l'amour, la haine, le combat optimiste qui sont des éléments universels, ne doivent pas être exclus."

Avec Yaaba (Grand-mère), il fait le lien entre un enfant joyeux et une vieille femme rejetée par les siens. Il fait le portrait des us et coutumes de sa région natale. Cette histoire initiatique est là encore l'occasion de montrer ce qui fait l'homme: son courage et sa lâcheté, sa bonté et ses conflits, une forme de bonheur toujours encadrée par un environnement violent.

Mais c'est avec Tilaï qu'il acquiert ses lettres noblesses et devient un cinéaste majeur. Il filme un dilemme tragique: un fils revient dans son village et apprend que son père a pris pour deuxième femme celle qui lui était promise. Entre traditions ancestrales et sentiments éternels, le réalisateur brise plusieurs tabous: le fils va avoir une liaison "incestueuse" avec cette deuxième épouse, autrefois sa fiancée. Le déshonneur atteint toute la famille et le père met fin à ses jours, tandis que l'un des frères est chargé de tuer le "maudit". La transgression est au cœur de ce beau film dont le titre signifie La Loi. Entre silences, soupirs, cris, honneurs et désirs, avec simplicité, Idrissa Ouédraogo continue d'explorer les liens flous qui unissent l'amour et la haine. Les paysages du Nord du Burkina Faso, aussi beaux qu'aride, brutaux que fascinants, étaient le parfait cadre de ses histoires, parlées dans la langue mooré du peuple Mossi. Le réalisateur aimait conserver et transmettre cette authenticité.

C'est ce qui, finalement, est en commun à travers toutes ses œuvres. "C'est un baobab qui s'est effondré", a réagi le comédien burkinabè Gérard Sanou, repris par l'AFP. "Il a raconté la vie de gens ordinaires, plantant sa caméra dans les zones rurales plutôt que dans les villes, il a su rendre la beauté des zones sahéliennes", explique Abdoulaye Dragoss Ouédraogo, cinéaste et professeur d'ethnologie visuelle à l'université de Bordeaux.

"C'était le maestro du cinéma burkinabè. C'est douloureux, une perte inestimable pour nous et pour l'Afrique toute entière", a déploré Rasmané Ouédraogo, l'un des principaux acteurs du film Tilaï. Pour le cinéaste et documentariste burkinabè Michel Zongo, "il a inspiré toute une génération de jeunes cinéastes africains. Il a réussi à partager nos histoires avec le monde".

Samba Traoré, sorti en 1993, coscénarisé avec Santiago Almigorena, s'aventure dans le film noir, où le héros à qui tout semble sourire, a construit son bonheur - un mariage et un bar - après un hold-up. Dès lors, le cinéaste continuera de s'ouvrir à d'autres cadres: les angoisses d'un jeune africain arrivé en France dans Le cri du cœur (avec Richard Bohringer), le rêve d'une vie meilleure pour deux amis du Zimbabwe (Kini et Adams), une fresque historique tragique dans La colère des Dieux, un drame sur les injustices et les inégalités sociales dans Kato Kato, ou encore le film collectif sur les attentats du 11 septembre avec un segment de 11'09'01.

La tragédie était sa matière, qu'elle soit signée d'un auteur antique grec ou de Césaire. Mais on se souviendra aussi de son engagement pour l'Afrique, son aspiration à l'émancipation d'un cinéma subjectif décolonisé. "Aujourd’hui le cinéma africain doit se poser beaucoup de questions sur la manière de faire des films avec les nouvelles technologies pour qu’elles soient compétitives, sur la manière de faire des films qui viennent de nous-mêmes, du fond de nous-mêmes. Quand on regarde tous les films qui sortent, je cherche ce que le continent peut apporter aux autres, surtout au sud du Sahara. Quand j’étais gamin, on me racontait plein de contes, les mythes africains, la mythologie, il y a plein de choses intéressantes que le monde ne connaît pas, et cinématographiquement qui auraient été très belles. Je sais pas si c’est par complexe, et pourquoi on n’arrive pas à donner aux autres quelque chose de vraiment propre à nous, notre passé même historique, la colonisation qui était brutale, sauvage."

"Le cinéma c’est un regard sur les choses, les êtres de la vie, un regard philosophique" disait-il, se désolant que la génération suivante n'ait pas pris le relais et que la sienne soit écartée des plateaux.

Mahamat Saleh Haroun n’est plus ministre de la Culture au Tchad

Posté par vincy, le 9 février 2018

"Primé à Cannes, excellent cinéaste tchadien (L'homme qui crie, Une saison en France) Mahamat Saleh Haroun, vient d'être démis de ses fonctions de ministre de la culture. Il a doté la Bibliothèque nationale, créé un prix littéraire, voulu une école de cinéma. Quelqu'un de bien" a tweeté Gilles Jacob ce matin.

Le cinéaste a en effet donné sa démission, un an après avoir pris ses fonctions de ministre de la Culture et du Tourisme du Tchad. Un décret gouvernemental a officialisé ce départ. Il est remplacé par Djibert Younous, désormais ministre de la Jeunesse, des Sports, de la Culture et du Développement touristique.

Raisons personnelles

Dans un entretien à Jeune afrique, le cinéaste avait déclaré le 28 janvier: "Je ne vais pas laver la mémoire du Tchad, qui est tenace. Et si avec ce régime il y a quoi que ce soit de noir, ce n’est pas mon nom qui va le blanchir. Si le régime et ses dirigeants cherchent à améliorer leur image, cela prouve qu’ils ont pris conscience d’une certaine faiblesse et qu’ils sont dans une démarche constructive. Je fais un travail pour le Tchad et son milieu culturel, et quand, à un horizon pas si lointain, il faudra que je parte pour m’occuper de mes films, je partirai."

Et il est parti. Il "a été appelé à d’autres fonctions", selon un décret lu à la radio nationale, qui ne précise pas les raisons de son éviction. "Je n’ai ni été démis de mes fonctions de ministre de la Culture du Tchad ni limogé. J’ai démissionné pour raisons personnelles. J’ai présenté ma démission au Premier ministre le mardi 6 février à 9h30. Elle a été acceptée jeudi matin" précise-t-il.

Mahamat Saleh Haroun est l'auteur du documentaire Hissène Habré, une tragédie tchadienne, Une saison en France, actuellement à l'affiche en France, et L'homme qui crie, prix du jury au Festival de Cannes en 2010.

Chiwetel Ejiofor tourne son premier film au Malawi

Posté par vincy, le 25 octobre 2017

L'acteur Chiwetel Ejiofor (12 Years A Slave) passe derrière la caméra. Il vient de commencer le tournage de The Boy Who Harnessed the Wind au Malawi. Le primo-réalisateur est également l'un des acteurs du film, adapté du livre de William Kamkwamba et Bryan Mealer. Il s'agit d'un livre autobiographique qui a été publié en France une première fois sous le titre Le garçon qui dompta le vent : témoignage (préfacé par Yann Arthus-Bertrand) en 2010 et une seconde fois sous le titre Une éolienne en Afrique en 2013.

Dans ce livre, William Kamkwamba raconte comment il est contraint d'abandonner ses études parce qu'il doit aider son père aux champs. Mais, alors que la sécheresse frappe sa région, il refuse de renoncer à son rêve d'une vie meilleure. C'est dans une bibliothèque qu'il a l'occasion de lire des livres, en particulier un manuel de sciences qui lui permettra de fabriquer une éolienne capable d'apporter eau et électricité au village. Il décide de construire des éoliennes.

Une actrice française au casting

"Je veux que ce soit un film qui permet aux gens de voir que le Malawi et le reste du monde seront meilleurs pour tout ce que William et ses semblables peuvent apporter quand ils ont les opportunités dont ils ont besoin de toute urgence pour suivre leur propre destinée" explique Chiwetel Ejiofor, qui incarne le père de William dans l'histoire.

Le reste du casting est composé de Maxwell Simba dans le rôle de William, Noma Dumezweni dans celui de la bibliothécaire, Aissa Maiga dans celui de la mère, Joseph Marcell dans le rôle du Chef Wimbe et Lemogang Tsipaqui interprète le professeur.

Cannes 70 : quelle place pour le cinéma africain ?

Posté par cannes70, le 24 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-24. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


L'un des questions récurrentes posées annuellement au délégué général du Festival de Cannes mais aussi aux programmateurs des sélections parallèles (Quinzaine, Semaine et autres) est la sous-représentation du cinéma africain dans la plus grande manifestation de cinéma. Sur un continent marqué par la pauvreté, les guerres, le manque de productions solides ou de soutiens forts des pouvoirs publics (pour le moins), est-il possible de produire et donc ensuite de diffuser des films africains ?

Le sénégalais Ousmane Sembène, dont le film La Noire de… est le premier long-métrage réalisé par un cinéaste d'Afrique noire (prix Jean-Vigo en 1966) disait lui-même face aux questionnements sur la faible représentation du cinéma africain dans les Festivals de Film (Cannes, mais aussi Venise et Berlin) : «C'est à nous de créer nos valeurs, de les reconnaître, de les transporter à travers le monde ; nous sommes notre propre Lumière».

Djibril Diop Mambéty est le premier cinéaste du continent à avoir marqué le Festival de Cannes avec tout d'abord avec un court-métrage documentaire, Contras'City projeté dans la cadre de la première Quinzaine des Réalisateurs en 1969. Ce off de Cannes l'accueillera à nouveau avec Badou Boy, chronique enjouée d'une durée d'une heure de la vie quotidienne dans le Dakar populaire en 1971, puis deux ans plus tard avec son premier long, Le Voyage de la hyène. Ce chef d'oeuvre politique et métaphorique est plus connu aujourd'hui sous son titre d'origine Touki Bouki, redécouvert grâce à la World Fundation et Cannes Classics en 2008.

À travers l'errance d'un couple de jeunes adultes qui rêvent d'un avenir meilleur loin de leur pays natal, le réalisateur questionne une société perdue entre tradition et modernité. Mory, ancien gardien de troupeau, conduit une belle moto avec en figure de proue le crâne d'un zébu, symbole de son ancienne activité. Il propose à sa compagne Anta de prendre le bateau qui part le lendemain pour Paris, déjà eldorado pour de nombreux africains. La relation du couple est moderne, libérée de tout code moral convenu, amoureuse et sensuelle. La forme du récit est aussi libre que ses deux protagonistes qui ne semblent retenus par rien de tangible dans leur pays. Membéty transgresse les règles narratives avec un art maîtrisé du montage et du saut du coq à l'âne, ne cherchant pas la clarté à tout prix mais à faire naître des sensations quasi magiques. Une liberté d'écriture qui inscrit Membéty comme un cousin éloigné de Jean-Luc Godard et un futur grand du cinéma mondial. Ce film a fortement contribué à faire émerger une curiosité pour une cinématographie encore (déjà) balbutiante.

Pour autant, Djibril Diop Mambéty ne s'impose pas comme le représentant de son pays, voire de son continent, mais comme un créateur de formes à part entière, visionnaire mais qui n'a pas pu, hélas, s'imposer avec une longue filmographie. Celui qui croyait à un cinéma africain indépendant produit dans son pays n'a jamais quitté le Sénégal, ni pour aller dans une université de cinéma ni pour trouver de nouveaux financements. Malheureusement, il ne tournera qu'un seul autre long-métrage, vingt ans plus tard : Hyènes, adaptation bouleversante du Voyage de la vieille dame de Dürrenmatt, en compétition officielle en 1992.

Le compositeur Wasis Diop évoquait l'engagement de son frère dans un entretien au site Africiné : «La complicité professionnelle entre Djibril et moi a débuté quand il a eu sa caméra en main. C'était en 1965. Il avait dix-huit ans : un âge précoce dans un pays où le cinéma n'existait pas. J'étais à l'école et je séchais les cours pour l'accompagner dans son aventure. […] Nous étions déjà, très tôt, portés vers des questionnements de lumière, d'ombre, de mouvement, de son, etc. C'est ce qui fait que je suis devenu musicien, grâce à l'écoute de la société, de l'environnement, à l'observation, des quantités de choses, des personnages insolites qui cernaient notre existence». Les deux films sont associés à ses yeux, comme une boucle réunie par un lien invisible : «Touki Bouki et Hyènes c'est exactement la même histoire. Dans Touki Bouki, l'héroïne Anta s'en va, dans Hyènes elle revient à travers le personnage de Linguère Ramatou. C'est une symbiose, c'est une même histoire liée par une toile, je ne dirais pas mystique mais magique dans la création».

Sénégal toujours avec Ousmane Sembene, le premier – et le dernier, jusqu'à présent – cinéaste africain à recevoir le Carrosse d'or attribué par la SRF dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs en 2005. L'année précédente, il remportait le Prix Un Certain Regard à Cannes pour Mooladé, son dernier film, dans lequel il dénonce l'excision dont sont victimes les jeunes filles dans de nombreuses sociétés en Afrique. Il avait dédié son prix «aux mères, femmes qui luttent pour abolir cet héritage d'une époque révolue». En 2015, le documentaire Sembene ! de Jason Silverman et Samba Gadjigo, présenté à Cannes Classics après une projection de La Noire de…, revenait sur cet auteur plus classique sur la forme mais qui a lui aussi exercé une influence majeure.

En 2005 toujours, il donnait une leçon de cinéma sur la Croisette, évoquant sa vocation et son accession à ce métier inaccessible : «J’ai toujours été fasciné par l’image, […] dès l’enfance, entre quatre et six ans. On était avec les grand-mères qui savaient raconter des histoires. Des conteurs, j’ai retenu qu’ils étaient en même temps leurs propres auteurs, metteurs en scène, acteurs et musiciens. […] De la parole, l’image se créait dans ma tête. Et ça a continué pendant toute mon enfance. […]». Je voulais connaître le continent, pas seulement connaître le Sénégal. J’ai fait le tour du continent : à pieds, à dos de chameau, à cheval et en pirogue. Uniquement pour apprendre. Et c’est à partir de ce moment que j’ai passé dix jours sur le fleuve Congo ; on fuyait, c’était à l’époque de Lumumba. Je le dis toujours ; ce que j’ai vu m’a alors fasciné. Et du Congo, alors le Zaïre, j’ai dit : « je vais apprendre le cinéma ». […] En France, j’ai rencontré des hommes à qui je suis toujours redevable : des cinéastes. Je leur ai dit que je voulais faire du cinéma. C’est ainsi que, grâce à leur soutien, Georges Sadoul, entre autres, je me suis retrouvé en Union soviétique [aux studios Gorki de Moscou]. J’avais quarante ans bien sonnés. J’ai laissé enfant et femme pour aller apprendre le cinéma. Qu’est-ce qu’apprendre ? C’est avoir une connaissance de l’autre et de se demander ce qu’on peut ajouter à ce qu’on a appris pendant son enfance. Savoir seulement ce que le maître sait, le maître reste supérieur à vous. Respecter son père, c’est bien mais si vous n’ajoutez rien de nouveau à la maison de votre père, vous êtes toujours en dessous de votre père. Et je suis sûr que ceux qui m’ont enseigné, d’une manière ou d’une autre, seraient d’accord avec moi. J’ai appris à faire des films, mais je dois le faire en conformité avec mon temps et mes émotions. ».

En 1962, il réalisait son premier court-métrage, Borom Sarret (diffusé à Cannes Classics 2013), la journée d'un charretier qui transporte des clients et des marchandises. Lorsqu'un fonctionnaire zélé confisque son outil de travail, il rentre chez lui, sans argent et sans nourriture. Le réalisateur évoquait également sa responsabilité en tant que cinéaste africain, son «double rôle» consistant à s'adresser à deux publics différents en même temps : le public africain et le public international.

Après ces deux pères fondateurs, liés par leur pays d'origine et par leur importance historique en tant que porteurs d'espoirs pour ceux qui espéraient donner une voix à leur pays dans un continent sacrifié dans ce domaine, petit tour d'horizon, bien trop succinct des principaux artistes venus d'Afrique, à commencer par l'un des cinéastes les plus respectés de sa génération : Youssef Chahine. L'égyptien, né en 1926, est venu plusieurs fois en compétition, pour la première fois avec Le Fils du Nil en 1952 puis avec Ciel d'enfer (1954), La Terre (1970) et Adieu Bonaparte (1985) revenu à Cannes Classics en 2016 en version restaurée. Le Destin en 1997 lui permet de recevoir un prix pour l'ensemble de sa carrière. À Un Certain Regard, il présente L'Autre en 1999 et Alexandrie... New York en 2004, La Quinzaine des réalisateurs l'a accueilli avec Alexandrie encore et toujours (1990) et Le Caire raconté par Youssef Chahine (1991). En 2007, il est l'un des réalisateurs du film collectif Chacun son cinéma. Il est membre du Jury officiel en 1983.

En 1987, deux grands noms sont présents simultanément à Cannes. Devenu cinéphile grâce à l'arrivée des films des films de Hollywood dans son village natal dont ceux de John Wayne, le Malien Souleymane Cissé est devenu une autre grande figure de Cannes, recevant le Prix du Jury pour Yeelen (La Lumière). Il est invité à plusieurs autres reprises, en compétition pour Waati (Le Temps) en 1995 puis en séance spéciale avec Min Ye... (Dis moi qui tu es...) en 2009 et Oka en 2015.

Déjà en 1982, il participait à Un Certain Regard avant de rejoindre le jury officiel en 1983 et à celui de la Cinéfondation en 2006. En 2007, il fait partie des cinéastes présents pour le lancement de la World Cinema Foundation, aux côtés de Alfonso Cuarón, Ahmed El Maanouni, Fatih Akin, Gianluca Farinelli (directeur de la Cinématèque de Bologne, voir entretien), Ermanno Olmi, Walter Salles, Martin Scorsese et Wong Kar Wai. : «Les projets arriveront naturellement à la Fondation, il y aura des metteurs en scène qui amèneront des films représentant leur propre culture, l’identité de leur propre pays. […] Cette Fondation représente un grand espoir en Afrique, parce que nous nous rendons compte de tous les problèmes que le continent africain connaît […] Dans beaucoup de pays, il n’y a pas de préservation des films. […] Martin Scorsese est une personne qui a beaucoup d’humanité et une certaine prévoyance. Nous l’accompagnerons dans ce combat, parce qu’il en est de notre survie. Si dans 15 ou 30 ans, nos films ne sont plus visibles, et bien nous n’existerons plus».

Comme plusieurs réalisateurs évoqués ici, il a appris le cinéma dans une contrée lointaine : «L’occasion s’est ensuite présentée pour moi de faire des stages de photographie et de cinéma à Moscou, où je suis resté sept ans. L’adaptation n’a pas été facile… J’ai dû m’adapter au climat et apprendre le russe. Diplôme en poche, j’ai commencé à faire des reportages au Mali et par la suite des films».

Attentif à la transmission du savoir de son métier, il est l'un des fondateurs de l’Union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest (UCECAU) dont l'un des buts est d'aider les jeunes générations à trouver les moyens de devenir cinéastes. Martin Scorsese, pourtant grand cinéphile, n'a découvert le cinéma africain qu'avec Yeelen et s'est donc bien rattrapé depuis en contribuant à la naissance puis à l'essor de la World Cinema Foundation. «Ce film a permis notre rencontre. Il a eu la gentillesse de nous apporter un soutien à la fois moral et logistique formidable. En 2007, il a même passé quatre jours avec nos jeunes à Bamako et en a invités quelque-uns sur son propre plateau de tournage » racontait Cissé au site Daily Movies.

En 1987, le Burkinabé Idrissa Ouedraogo débute à la Semaine de la critique avec Yam Daabo puis obtient le Grand Prix du jury en 1990 avec Tilai et revient enfin avec Kini & Adams en 1997, en compétition. En 1989, Yaaba était à la Quinzaine des Réalisateurs et reçoit le Prix de la critique, Djibril Diop Mambéty faisant d'ailleurs son retour après 17 ans d'absence en signant son making-off, Parlons Grand-mère, où il observe avec humour et poésie les aléas d'un tournage au Burkina Faso.

Dans un entretien au Monde en 2015, il insistait sur l'importance de la maîtrise de L'outil de fabrication : «Le cinéma est un art, il ne consiste pas seulement à raconter une histoire, il est aussi une technique. Pour être compétitif avec le flot d’images qui envahit le monde, il faut l’être d’abord en termes techniques et aussi en terme de récit. […] Ce métier artistique a pour base des études de cinéma comme Abderrahmane Sissako, Souleymane Cissé, Sembène Ousmane et moi-même en avons fait. La formation, la maîtrise de l’outil cinématographique sont très importants. C’est ce qui permet au regard et aux oreilles d’accepter un film. On ne peut pas faire l’économie de la formation professionnelle. […] Un film, c’est de la bonne image et du bon son, c’est tout. A force de ne plus en donner, les salles de cinéma n’existent quasiment plus dans nos pays».

Abderrahmane Sissako a lui aussi étudié le cinéma... à Moscou. Il débute à Cannes avec le court-métrage Octobre à Un Certain Regard en 1993, revient en 1998 avec La Vie sur Terre à la Quinzaine des Réalisateurs en 1998 et En attendant le bonheur le fait revenir à Un Certain Regard en 2002. Bamako est en sélection officielle hors-compétition en 2006 et en 2014 Timbuktu est très remarqué, laissant croire à une présence au palmarès. Il n'en sera rien mais quelques mois plus tard, le film remporte sept César, dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film.

Abderrahmane Sissako inaugure avec Juliette Binoche le Pavillon des Cinémas du Monde en 2009. Il est simple membre du jury Cinéfondation et Courts métrages en 2000 avant d'en être le président en 2015, président de Un Certain Regard en 2003 et membre du jury long-métrages en 2007. premier réalisateur d'Afrique noire nommé à l'Oscar du film étranger avec Timbuktu pourrait lui permettre d'être le premier cinéaste du continent à présider le jury officiel. Peut-être devra-t-il attendre un autre film aussi exposé pour le devenir ? Il est le conseiller culturel du chef d'état Mohamed Ould Abdel Aziz.

Récemment un nouveau cinéaste s'est imposé sur la scène internationale avec Abouna (Quinzaine des réalisateurs, 2002) et Daratt (prix spécial du jury à Venise en 2006). Mais c'est le succès de Un Homme qui crie, prix du jury à Cannes en 2010 qui permet à Mahamat-Saleh Haroun non seulement de poursuivre son œuvre mais aussi d'aider à la visibilité du cinéma dans son pays. Il n'est pas seulement le premier cinéaste de premier plan venu du Tchad : avec le documentaire Bye Bye Africa, en 1999, il signait l'acte de naissance du cinéma tchadien.

En 2013, il revient, toujours en compétition, avec Grigris, non primé par le jury mais qui permet au directeur de la photographie Antoine Héberlé de recevoir le Prix Vulcain de l'Artiste-Technicien, décerné par la C.S.T. Comme souvent avec les cinéastes émergents de pays qui ne le sont pas moins, la direction du festival l'invite à participer à ses jurys et il est ainsi membre de la Cinéfondation en 2014 et de l'officielle en 2011 sous la direction de Robert De Niro (celui de la Palme d'or à The Tree of life de Terrence Malick). Interrogé lors de la conférence de presse du jury le jour de l'ouverture, il revenait sur ce qui s'était passé depuis l'obtention de son prix quelques mois plus tôt. Il annonçait alors qu'il avait été approché par le président Idriss Déby Itno pour créer une école de cinéma mais le projet n'a jamais été mené à terme, comme il l'expliquait en février dernier au Point : «Il a traîné, notamment du fait de l'entourage où tout le monde n'était pas favorable, n'y voyant pas leur intérêt. Et puis, il y a eu la crise, qui sévit encore, ça ne facilite pas les choses».

Vers la fin du festival, dans un entretien à La Croix, il s'exprimait sur l'invitation qui lui avait été faite et comment il avait vécu l'expérience, signalant notamment : «Les jurés sont sélectionnés par le Festival pour leur vision et leur proximité avec un certain cinéma. […] J'ai pris cet honneur, au-delà de ma personne, comme un signal lancé à l'Afrique. Une façon de dire à ceux qui pensent que Cannes ne se préoccupe pas de ce continent que, quand on a des choses importantes à dire, une place leur est faite. Il faut se préoccuper d'être dans cet endroit, se donner les moyens d'y figurer. Tous les cinémas du monde s'y confrontent et viennent acquérir plus de visibilité. À nous aussi de faire bouger les choses. Je me suis retrouvé dans un jury de haute tenue qui a élargi mon horizon et mon regard. J'aime bien les expériences qui me permettent d'apprendre. On est conscient quand on arrive qu'il faut défendre un cinéma exigeant et qui parle au monde. Les discussions, entre nous, m'ont permis de comprendre des aspects que je ne percevais pas bien ou pas toujours. Ce que j'ai vécu comme juré a ressemblé à une sorte d'apprentissage».

L'an dernier il revenait en séance spéciale avec le documentaire Hissein Habré, une tragédie tchadienne. Son prochain film, Une saison en France, qui réunit Sandrine Bonnaire et Ériq Ebouaney, et que l'on espérait sur la Croisette, devrait sortir l'automne prochain. Mahamat-Saleh Haroun a sorti un premier roman en mars dernier (Djibril ou Les ombres portées) et a été nommé ministre du Développement touristique, de la Culture et de l'Artisanat le 5 février dernier. Comme son collègue mauritanien, il lui est reproché d'être trop proche, voire complice, de gouvernements laissant peu de liberté à leur peuple.

En 2012, La Pirogue du sénégalais Moussa Touré est sélectionné à Un Certain regard et poursuit de façon plus didactique que son compatriote Membéty les voyages clandestins de l’Afrique vers l’Europe. Les temps ont changé, le style onirique est délaissé pour un brûlot réaliste et engagé sur l'exil, souvent mortel, des Sénégalais qui espèrent une meilleure vie ailleurs. Le réalisateur voit l'embarcation de son titre comme «une métaphore du pays qui part à la dérive, quand il n’y a plus d’horizon». Interrogé sur ce qu'il attendait du Festival de Cannes, il répondait : «Que le festival de Cannes s'ouvre davantage au cinéma du monde».

Présence forcément limitée en raison du boycott qui a frappé ce pays ségrégationniste avant la libération de Nelson Mandela, l'Afrique du Sud n'a que rarement envoyé des représentants. Skoonheid d’Oliver Hermanus, développé  au sein de la Résidence de la Cinéfondation, est le premier film tourné en afrikaans (la langue des oppresseurs) montré sur la Croisette, à Un Certain Regard en 2011. Son compatriote Oliver Schmitz est lui venu avec Mapantsula (1988), Hijack Stories (2001) et Le Secret de Chanda (2011), toujours à Un Certain Regard.

Parmi les autres réalisateurs de la compétition, au moins partiellement oubliés de nos mémoires, quelques égyptiens : Salah Abou Seif, considéré comme le père du cinéma réaliste égyptien, avec Les Aventures de Antar et Abla (1949), La Sangsue (1956) et Le Monstre, Grand Prix en 1954 ; Kamal El Sheikh avec Vie ou mort (1955), La dernière nuit (1964) et Langage du geste (1973) ; Henry Barakat avec Al Haram (1965) mais aussi le marocain Abdelaziz Ramdani avec Âmes et rythmes (1962) ; le tunisien Abdellatif Ben Ammar avec Une si simple histoire (1970) en compétition et avec Aziza à la Quinzaine des réalisateurs (1980) et l'haïtien Raoul Peck avec L'Homme sur les Quais en 1993, porté par l'impressionnante performance de Toto Bissainthe, la voix du rôle-titre de La noire de... de Sembène. Il est le président de la Fémis depuis 2010. Le français Jacques Baratier avec Goha fait partie de la liste des quelques réalisateurs étrangers en course pour la Palme d'or avec un film tourné sur le sol africain (en Egypte), une fable qui révèle Omar Sharif et Claudia Cardinale. Jean Rouch, qui a souvent encouragé les artistes africains à faire entendre leurs voix, représente en 1976 le Niger avec Babatou, les trois conseils.

Le cinéma africain a heureusement été primé sur la Croisette. Passons sur la Palme d'or officiellement marocaine de Orson Welles pour Othello, la première – et dernière à ce jour – revenant à l'Algérie pour Chronique des années de braise, palme d'or du jury de Jeanne Moreau en 1975. Déjà prix de la première œuvre avec Le Vent des Aurès en 1967, Mohammed Lakhdar-Hamina reste l'un de ces habitués méconnus de Cannes, avec d'autres sélections encore, à commencer par le court-métrage Sous Le Signe de Neptune, en compétition en 1963 et les longs-métrages, en compétition toujours, Vent de sable (1982) et La Dernière Image (1986) avec Véronique Jannot, vedette de la série Pause Café et interprète de la chanson rébus Désir, désir avec Laurent Voulzy. Il a depuis disparu des radars.

Malgré la longueur de ce texte, la question des financements et de l'exposition du cinéma africain reste à creuser en détails. Des tentatives de mettre en avant le continent se sont parfois soldés par des échecs. Ainsi, les Soleils d'Afrique lancés à Cannes en 2004 au Pavillon des Cinémas du Sud, se voulaient les Oscars ou les César de l'Afrique mais l'initiative a rapidement fait long feu. Plus pertinente est l'annonce récente par l'UNESCO de la création d'un partenariat avec la Film Foundation et la Fédération Panafricaine des Cinéastes pour un projet important pour le patrimoine cinématographique africain. Il vise, sur le long terme, à localiser, restaurer et préserver les grands classiques du cinéma africain.

L'Afrique à Cannes en 2017

Va-t-on découvrir le prochain nouveau grand nom du continent africain lors de Cannes 2017 ? Le nombre de représentants est faible, comme toujours ou presque donc, mais en sélection officielle, on retrouve au sein de Un Certain Regard la Tunisienne Kaouther Ben Hania avec La Belle et la meute (Aala Kaf Ifrit) et l'Algérien Karim Moussaoui avec En attendant les hirondelles, un projet soutenu par Alice Winocour, marraine 2016 de la Fondation Gan.

La Quinzaine des Réalisateurs accueille modestement la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni avec I Am Not A Witch ; rien à la Semaine de la Critique ni à l'ACID et la sélection de Cannes Classicss n'a pas encore été dévoilée… mais La Fabrique Cinéma (ex Fabrique des Cinémas du Monde), un événement de soutien à la création organisé par l’Institut français, présentera dix projets dont quatre venus d'Afrique : The Sovereign de Wim Steytler (Afrique du Sud), The Bridge de Hala Lotfy (Egypte), Hawa Hawaii de Amirah Tajdin (Kenya) et The Maiden’s Pond de Bassem Breche (Liban). De futurs talents de la compétition cannoise ?

Pascal Le Duff de Critique-Film

Cannes 2017: La Fabrique Cinéma sélectionne 10 projets

Posté par vincy, le 4 avril 2017

La Fabrique Cinéma (anciennement La Fabrique des Cinémas du Monde), organisé par l’Institut français a annoncé les dix projets de sa sélection pour le prochain Festival de Cannes.

Depuis 2009, La Fabrique des Cinémas du Monde a aidé 148 réalisateurs et producteurs, en provenance de 56 pays, dont 21 pays francophones, pour 81 projets. En 2017, un film de La Fabrique Cinéma a fait l'ouverture de la section Panorama au Festival de Berlin (le Sud-Africain John Trengove), et cinq nouveaux films sont prêts à être distribués en salle et en festival.

On compte six projets de premier film et quatre projets de deuxième film. Un film d'animation et un documentaire complètent huit fictions. Les dix projets seront représentés par 7 productrices, 3 producteurs, 7 réalisateurs et 3 réalisatrices.

Les réalisateurs et producteurs profiteront du Festival de Cannes pour promouvoir leur projet.

The Sovereign, de Wim Steytler et produit par Cait Pansegrouw (Urucu Media) – 1er long métrage (Afrique du Sud) ;
Amanda and caio, de Daniel Ribeiro (photo) et produit par Diana Almeida (Lacuna Filmes) – 2e long métrage (Brésil) ;
Shock labor, de Marcos Diaz Sosa et produit par Maria Carla Del Rio (Marinca Filmes) - 1er long métrage (Cuba) ;
The Bridge, de Hala Lotfy et produit par Mohamed Samir (Day Dream Art Production) - 2e long métrage (Egypte) ;
Hawa Hawaii, de Amirah Tajdin et produit par Wafa Tajdin (Seven Thirty Films)- 1er long métrage (Kenya) ;
The Maiden’s Pond, de Bassem Breche et produit par Jana Wehbe (The Attic) - 1er long métrage (Liban) ;
A Love Of Boluomi, de Kek-Huat Lau et produit par Stefano Centini (Hummingbird Studio) - 1er long métrage (Malaisie) ;
Renaissance, de Andrey Diarra et produit par Awa Traoré (DS Production) - 2e long métrage (Mali) ;
One Summer Day, de Zay Yar Aung (We Ra) et produit par Aiess Alonso (Green Age Film) – 1er long métrage (Myanmar) ;
Nuna: The Last Myth Of The Wamani, de Jimy Carhuas Tintaya et produit par Diego Lòpez Mobilia (Origami Studio) – 1er long métrage (Pérou).

Alain Gomis reçoit son 2e Etalon d’or au Fespaco avec « Félicité »

Posté par vincy, le 5 mars 2017

C'est la félicité pour le cinéaste sénégalais Alain Gomis. Il y a deux semaines, Félicité, son dernier film, avait reçu le Grand Prix du jury au Festival de Berlin. Un Ours d'argent qui couronnait pour la première fois dans l'histoire de la Berlinale un film africain, coproduit par la France (notons quand même que le film sud-africain Carmen de Khayelitsha de Mark Dornford-May est jusque là le seul film africain sacré par un Ours d'or).

Félicité a réussi un beau doublé en remportant l'Etalon d'or hier soir, samedi 4 mars, au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Le film raconte la difficile vie d'une chanteuse de bar de Kinshasa confrontée à la pauvreté, dont le fils vient d'avoir un grave accident de moto.

"C'est un grand honneur de recevoir ce trophée pour la deuxième fois", a déclaré Alain Gomis, quatre ans après son Etalon d'or pour Tey. Jusqu'ici, seul le Malien Souleymane Cissé avait été deux fois primé par l'Etalon d'or dans sa carrière. Il a cependant mis en garde l'assistance: "Le cinéma est en danger" selon lui. "On parle de moins en moins de culture et de plus en plus de commerce" rappelle-t-il. "L'arrivée des grands opérateurs nous aide, mais il est aussi un danger. Il faut lutter pour notre indépendance" affirme-t-il à un moment donné où des multinationales comme Vivendi ou la Fnac investissent en Afrique francophone pour développer des réseaux de cinémas ou de grandes surfaces culturelles.

Chouchou des festivaliers, le film anticolonialiste béninois Un orage africain de Sylvestre Amoussou a reçu l'Etalon d'argent. Au moment où le film (qui n'est pas antioccidental souligne le cinéaste), a été primé, le Palais des Sports à Ouaga 2000 a été plongé dans un noir total. Ce manifeste cinématographique contre l’exploitation du continent africain par des gouvernements et entreprises occidentaux a été de loin le film le plus acclamé de la 25e édition du Fespaco selon les journalistes sur place.

L'Etalon de bronze de la mise en scène a été décerné au film marocain A mile in my shoes de Saïd Khallaf. Le prix d'interprétation masculine est revenu à l'acteur français Ibrahim Koma pour son rôle dans le film malien Wulu, autre film ayant reçu un très bel accueil du public et qui a été également récompensé du Prix Sembene Ousmane. Enfin, le prix d’interprétation féminine a été attribué à l’actrice Noufissa Benchehida dans A la recherche du pouvoir perdu du réalisateur marocain Mohammed Ahed Bensouda.

Entre les frontières: les infiltrés prennent la parole

Posté par vincy, le 11 janvier 2017

Les murs se construisent partout: en Inde, aux Etats-Unis, en Hongrie, au Maroc, au Brésil, en Turquie, en Iran... Et en Israël. Avi Mograbi signe un documentaire percutant sur les immigrés clandestins venus d'Afrique, attendant d'avoir le statut de réfugiés en Israël. Ils sont parqués dans des camps (un comble quand on y pense de la part de l'Etat israélien), entassés en plein désert par centaines. Israël veut les renvoyer chez eux, dans leurs dictateurs ou pays en guerre. Finalement, Entre les frontières pourrait être filmé dans de nombreux pays. Le camp de Holot regroupe des "infiltrés" installés depuiz plusieurs années. Ils ont le droit de travailler, de se déplacer hors-les-murs, mais doivent revenir à chacun des trois appels de la journée.

"L’idée du film m’est venue lorsque j’ai entendu parler de l’histoire d’un groupe de vingt-et-un Érythréens, attrapés à la frontière, et qui avait été refoulés dans le désert égyptien, à l’exception de deux femmes et d’un adolescent qui avaient pu entrer en Israël", se souvient le réalisateur. "Cela m’a particulièrement choqué, parce que je me suis souvenu qu’à l’école, on m’avait appris, comme à tous les petits Israéliens, la façon dont la Suisse avait traité les Juifs arrivant d’Allemagne ou de France. On ne leur a pas accordé l’asile au prétexte que la persécution pour des motifs raciaux ou religieux n’était pas, alors, reconnue. Que ceux qui ont survécu à un tel rejet avant de fonder Israël rejettent aujourd’hui des humains comme leurs parents ou leurs grands-parents ont été rejetés me paraît incroyable".

Sa caméra s'installe ainsi au plus près de ces hommes, désespérés, incompris, mais résolus à ne pas revenir dans leur pays d'origine. "A Tel Aviv, il y a des gens qui disent "on ne veut pas de noirs"" explique l'un d'entre eux. Le cinéaste donne la parole aux exclus. Une seule fois, le réalisateur ose un doute :" des blancs seraient-ils traités pareil en Erythrée?"

Théâtre de l'opprimé

Un texte vient nous appeler les moyens déployés par Israël pour s'en débarrasser: l'objectif notamment législatif est d'inciter ces immigrants à partir d'eux-mêmes puisqu'ils ne sont pas expulsables selon les conventions internationales. Ils s'habituent, parfois se révoltent, vivent leur quotidien. Mais ici, rappelons-le, ce camp se situe dans une démocratie. Certes habitée par des racistes, des hypocrites, des populistes. Mais cela n'explique pas et ne justifie pas les conditions imposées à ces Africains fuyant l'horreur ou la famine.

Pour le film, Avi Mograbi a reproduit le Théâtre de l'opprimé, créé par le Brésilien Augusto Boal dans les années 1970. Avec Chen Alon, ils ont repris cette démarche où une troupe de marginaux ou d'opprimés interprète leur vie. Plutôt que de filmer leur longue migration et leurs multiples privations, le théâtre improvisé entre amateurs devient alors une réplique de leur parcours et de leur calvaire, depuis leur pays d'origine jusque dans les camps. Ces séquences donnent de la vie et de la poésie dans un film essentiellement basé sur le témoignage.

Entre les frontières est un joli réquisitoire contre ces No Man's Land choquants que des pays libres construisent pour mettre à l'écart des êtres. Un No Man's Land peuplé de parias. Le documentaire peut réveiller des consciences assoupies, révolter des humanistes incrédules, interpeller des spectateurs ignorants. C'est déjà ça. Il faudra quand même s'interroger sur cette époque où les capitaux et les armes circulent si facilement d'un pays à l'autre pendant que des Hommes voulant échapper à la mort ou à la misère sont jetés aux oubliettes ou traités comme un bétail en quarantaine.

Un multiplexe Pathé en Tunisie en 2018

Posté par vincy, le 17 octobre 2016

Les Cinémas Gaumont Pathé traversent la Méditerranée. Associés avec le producteur Wassim Béji, Pathé ouvrira son premier cinéma en Tunisie au second semestre 2018. Composé de 8 salles, il sera situé dans le plus grand centre commercial de Tunis, Tunis City, dans le cadre de l’extension du complexe (photo). "Il s’agira de la première ouverture d’un multiplexe en Tunisie" précise le communiqué. Pathé ajoute qu'il y a "d’autres projets d’implantation (...) également à l’étude dans ce pays."

Les Cinémas Gaumont Pathé sont le premier circuit de salles de cinémas en France, aux Pays Bas et en Suisse. Ils sont également présents en Belgique.Au total le réseau exploite 110 cinémas, 1 051 écrans et attire 64,5 millions d’entrées. Wassim Béji est producteur de cinéma via sa société WY Productions, créée en 2004. Il a produit une dizaine de films dont Yves Saint-Laurent, de Jalil Lespert, et le prochain film de Roman Polanski, D’après une histoire vraie, adaptation du roman de Delphine de Vigan, en tournage cet automne.

C'est le troisième réseau français qui investit sur le continent africain. Il y a quelques mois, Vivendi inaugurait sa première salle à Yaoundé au Cameroun. Megarama exploite déjà 4 multiplexes au Maroc (Casablanca, Marrakech, Fès, Tanger), et prévoit d'en ouvrir deux autres (Agadir, Rabat).

Alors que son cinéma renaît, la Tunisie manque de salles. La centaine d'écrans dans les années 1970 s'est réduite comme peau de chagrin. Récemment, le CinéVog ou le CinéMadart ont été relancés. Mais la fréquentation n'a jamais vraiment chuté, dépassant constamment le million de spectateurs annuels.

Festival Ecrans Noir: Les écrans s’allument en Afrique

Posté par vincy, le 26 juillet 2016

La 20e édition du Festival Ecrans Noirs à Yaoundé (Cameroun) s'est terminée samedi. Créé par le réalisateur Bassek Ba Kobhio, l'association Ecrans Noirs, qui organise l'événement, a pour objectif la diffusion des créations cinématographiques de six pays d’Afrique centrale (Cameroun, Gabon, Congo, République démocratique du Congo, République centrafricaine et Tchad) dans un continent qui souffre cruellement d'équipements pour le cinéma.
Cette année, le marocain Hicham El Jebbari a reçu l'Ecran d'or du meilleur film pour Larmes de Satan tandis que le prix du meilleur documentaire a été décerné au français Laurent Chevalier pour La trace de Kandia. La compétition confrontait CEO (Nigéria), Naked Reality (Cameroun), Sans regret, Innocent malgré tout (Cote d'Ivoire), Dealer (Congo), Le Pagne (Niger) et Katutura (Angola). Autant de films qu'on ne verra peut-être pas en France. Au moins CEO a bénéficié d'une avant-première inédite en étant diffusée sur un vol Lagos - Paris de la compagnie Air France (lire aussi le le reportage sur la jet set nigérienne et Nollywood à 10000 m d'altitude sur LeMonde.fr).

Mais si Ecrans Noirs a su s'installer au fil des ans, le problème de la visibilité des films africains perdurent. Manquant de salles, les pays d'Afrique de l'Ouest et du centre compensent avec la vidéo et internet. Youtube se targue d'être le premier diffuseur de films africains et un film qui n'y est pas a peu de chances d'être vu, y compris hors du vaste continent.

Un parc de salles insuffisant mais en progression

Récemment à Yaoundé, le groupe Vivendi a lancé la première de ses salles - Canal Olympia - parmi un grand nombre de cinémas prévus à Conakry en Guinée, à Cotonou au Bénin, à Brazzaville en République du Congo et à Dakar au Sénégal. C'est la première salle au Cameroun depuis 25 ans.
A Libreville au Gabon, il n'existe que la salle du Centre culturel français. A N'Djamena au Tchad, le Normandie n'a rouvert qu'en 2011 après 30 ans de fermeture. Mais les choses bougent. Outre les ambitions de Vivendi, il y a d'autres groupes ou promoteurs qui y voient un futur eldorado. Le cinéma Sea Plaza à Dakar, ouvert en janvier dernier, fait coexister blockbusters et films locaux.
Abidjan compte quelques vraies salles de cinéma, mais en a perdu beaucoup (notamment les légendaires cinémas du quartier de Yopougon). Cependant, le Majestic Ivoire, situé dans l'Hôtel Sofitel, fermé au début des années 2000, a rouvert il y a quelques mois, équipé pour la 3D. Enfin, le Nigéria a engagé un vaste plan de construction de cinémas et dispose de l'industrie la plus structurée (distributeurs, producteurs...).

Depuis le rapport d'Unifrance remis il y a deux ans, les choses ont bougé.

timbuktuUn problème de visibilité que compense en partie Internet

Pourtant, vu le retard pris, les producteurs misent avant tout sur la télévision, la vidéo et le web. Internet est d'autant plus crucial qu'il permet de toucher les expatriés dans le monde entier et surtout de faire connaître à l'international les productions nationales. Car là aussi, hormis quelques cas comme Timbuktu ou Un homme qui crie, peu de films d'Afrique de l'Ouest ou d'Afrique centrale parviennent à attirer des publics européens ou américains, quand ils sont distribués. Grâce à des liens de plus en plus intenses entre la Chine et l'Afrique, l'avenir serait peut-être en Asie: "L’industrie africaine du cinéma est une opportunité unique pour les investissements chinois sur le continent, expliquait il y a un an le professeur Nusa Tukic qui étudie les relations culturelles entre la Chine et l’Afrique à l’université Stellenbosh en Afrique du Sud. Et il existe de plus en plus de films qui prennent la Chine comme décor."

Chine et France

Dans cet article, il était rappelé que de plus en plus de sociétés chinoises investissent dans le secteur de la diffusion en Afrique, à l'instar de Star Times. "Les entreprises chinoises et nigerianes opèrent déjà conjointement des réseaux satellites, avec des signaux numériques de télévision couvrant 84% du continent africain. Le mariage de Nollywood et Chinawood devrait permettre d’alimenter les tuyaux. Certains l’ont bien compris. Le cinéaste Abderrahmane Sissako travaille en ce moment sur un nouveau projet de long-métrage ayant pour cadre la Chine et l’Afrique: « Avant tout une histoire d’amour, explique-t-il. Je veux montrer la mondialisation, la réalité d’un monde qui change. »"

Car hormis les trois grands producteurs du continent - Maroc, Nigéria, Afrique du sud - le cinéma africain souffre d'une dépendance vis-à-vis des aides internationales (et essentiellement françaises et européennes). Le CNC, à travers sa commission "Aide aux cinémas du monde" dispose d'un budget total de 6 millions d’euros. Ce sont surtout des films du Maghreb qui sont aidés. L'an dernier, le CNC a ainsi apporté son aide à Hedi de Mohamed Ben Attia (Tunisie), Ali, la chèvre et Ibrahim de Sherif El Bendary et Clash de Mohamed Diab (Egypte), La Miséricorde de la jungle de Joel Karekezi (Rwanda), Ladji Nyè de Daouda Coulibaly (Mali), Banc d'attente de Suhaib Gasmelbari Mustafa (Soudan), Dent pour dent de Mamadou Ottis Ba et Félicité de Alain Gomis (Sénégal), Indivision de Leila Kilani et Vigile de Faouzi Bensaïdi (Maroc), L'Abattoir de Lahsen hassen Ferhani et Le Fort des fous de Narimane Mari (Algérie).

Reconnaissance

Il y a un peu de lumière au bout du tunnel: le cinéma tunisien et le cinéma égyptien renaissent et sont de nouveau en vedette dans les grands festivals européens. Hedi a ainsi emporté deux prix à Berlin en février (dont celui du meilleur premier film). Des festivals - Marrakech, mais aussi Abu Dhabi et Dubai, permettent de mettre davantage à l'honneur ce cinéma méconnu auprès des professionnels. Et le Fespaco de Ouagadougou reste un événement incontournable chaque année.

En France, des festivals comme le Festival International Des Films De La Diaspora Africaine (en septembre à Paris), le Festival des Cinémas d'Afrique du Pays d'Apt (en novembre) ou Cinemas et Cultures d'Afrique (en mai à Angers) contribuent au rayonnement du cinéma de ce continent.