Jack Ryan nouvelle cible de Kenneth Branagh ?

Posté par vincy, le 30 mars 2012

Paramount a vite fait de remplacer Jack Bender (Lost, Les Sopranos, Alcatraz). Celui-ci vient en effet d'abandonner le projet de réaliser le nouvel épisode de la franchise Jack Ryan - officiellement pour conflit de planning -  en développement depuis quelques années (voir aussi notre article Jack Ryan mérite-t-il d’être ressuscité?).

Kenneth Branagh reprendrait le projet. Le "switch" s'est fait en une semaine.

Est-ce que cela relance ce projet en gestation depuis des années? Assurément, mais pour quand? Chris Pine est pour l'instant celui qui a été choisi pour être le prochain Jack Ryan. Or, l'acteur tourne Star Trek 2 à partir de septembre. Le scénario n'étant pas complètement convainquant (selon Variety, David Koepp l'a retravaillé), le prochain Ryan se tournerait au mieux début 2013.

Le Shakespearien Branagh, qui confirmerait ainsi son entrée dans le monde des blockbusters en tant que cinéaste, est un choix logique pour le studio qui avait misé sa confiance sur l'acteur-réalisateur pour Thor, énorme budget et gros box office.

4 films ont déjà été réalisés avec 3 acteurs différents dans le rôle de Ryan : Alec Baldwin (A la poursuite d'Octobre rouge, 1990), Harrison Ford (Jeux de guerre, 1992, et Danger immédiat, 1994) et Ben Affleck (La somme de toutes les peurs, 2002). Ils ont respectivement amassé 200 millions de $, 178 millions de $, 216 millions de $ et 194 millions de $ dans le monde.

Mais Paramount, qui possède les droits d'adaptation, sait également qu'il y a eu 15 livres de Tom Clancy autour de Ryan depuis Octobre rouge (1984) jusqu'à Ligne de mire (2011). Jeux de guerre correspond au 2e volume de la série, Danger immédiat au 4e, La somme de toutes les peurs au 5e. Il manque donc Le cardinal du Kremlin (3e tome de la saga) pour compléter les premiers épisodes.

Pour corser le tout, aucun de ces livres (et donc de ces films) n'est dans l'ordre chronologique du personnage. Ainsi Jeux de guerre se déroule avant Octobre rouge, et suit un autre roman, Sans aucun remords, 6e dans l'ordre de publication.

Tom Clancy a toujours fait quelques allers-retour dans le temps puisqu'entre Jeux de Guerre (1987) et Octobre rouge (1984), il y a aussi Red Rabbit, 11e tome de la série publié en 2003... On ne connaît pas encore le livre qui sera adapté...

Abdellatif Kechiche adapte un roman graphique lesbien

Posté par vincy, le 29 mars 2012

Le réalisateur Abdellatif Kechiche adapte le roman graphique de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude, paru chez Glénat il y a deux ans.

L'héroïne sera interprétée par Léa Seydoux, qui, par conséquent, abandonne sa participation au film de Michel Gondry, L'écume des jours dont le tournage commence dans deux semaines. Seydoux sera remplacée par la québécoise Charlotte Le Bon, ex-Miss Météo loufoque de Canal + (Le grand journal). Face à Seydoux, c'est Adèle Exarchopoulos qui donnera la réplique.

Le bleu est une couleur chaude est l'histoire de Clémentine dont la vie bascule lorsqu'elle rencontre Emma, jeune fille aux cheveux bleus qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir. Grâce à Emma, Clémentine va pouvoir, enfin, affronter le regard des autres.

Ce roman graphique autour de l'homosexualité féminine, sensible et touchant, a reçu plusieurs prix : celui du public au Festival d'Angoulême l'an dernier, le prix Jeune Auteur au Salon de la BD et des Arts Graphiques de Roubaix en 2010, le Prix Conseil Régional au festival de Blois en 2010 et le prix BD des lycéens de la Guadeloupe.

Il s'est pour l'instant vendu à près de 20 000 exemplaires.

Jane Fonda, bientôt en Nancy Reagan dans The Butler ?

Posté par vincy, le 28 mars 2012

La plus démocrate des actrices engagées (pour ne pas dire gauchiste aux USA) incarnera bientôt au cinéma la plus conservatrice (pour ne pas dire réac) des premières dames américaines. Jane Fonda en Nancy Reagan ? Il semble que La dame de fer (Meryl Streep) et Sarah Palin (Julianne Moore) fassent des émules. Il s'agira d'un second-rôle.

Lee Daniels (A l'ombre de la haine, Precious et bientôt The Paperboy) est sur le point de finaliser le développement de The Butler, projet dont la gestation fut longue. Adapté à partir d'un reportage du Washington Post, le film raconte la Maison Blanche vue à travers un Majordome qui servit tous les présidents de Harry Truman (1952) à Ronald Reagan (1986).

Vraisemblablement, Forest Whitaker est sur le point de signer pour interprétera ce serviteur, Eugene Allen, tandis que Liam Neeson serait Lyndon B. Johnson et John Cusack jouerait Richard Nixon.

Il reste à finaliser le financement du projet et trouver un distributeur pour que tout ce casting soit consolidé avant un tournage prévu cet été.

Jane Fonda, deux fois oscarisée, a été vue récemment dans Et si on vivait tous ensemble? de Stéphane Robelin. On l'attend aussi dans Peace, Love & Misunderstanding, de Bruce Beresford, avec Elizabeth Olsen et Catherine Keener.

Rappelons enfin que Nancy Reagan, alias Nancy Davis, toujours vivante, née en 1921, a été comédienne dans des films comme Le portrait de Jennie, Ville haute, ville basse, ...  Le sommet de sa carrière s'est étalé entre 1948 et 1958.

Hunger Games : les origines d’un phénomène annoncé

Posté par vincy, le 19 mars 2012

Hunger Games sera-t-il le nouveau Twilight? C'est ce qu'espère le studio Lionsgate.

A l'origine une trilogie littéraire pour la jeunesse, comme Twilight, vendue à 30 millions d'exemplaires dans le monde (dont 340 000 en France), principalement aux USA pour le moment. Et les ventes s'accélèrent ces derniers mois : le succès entraîne le succès. Le film sort simultanément cette semaine dans presque tous les pays, à l'exception de l'Afrique du Sud, du Vietnam, de l'Italie et de l'Espagne.

Entre jeux du cirque façon Gladiateur, reality-show et monde apocalyptique style 1984, Hunger Games évoque une Amérique détruite par ses excès et son mépris de la planète. Suzanne Collins, 50 ans, scénariste pour la TV (notamment pour des séries destinées aux chaînes jeunesse), a commencé à publier The Hunger Games en 2008, en se fondant sur le mythe de Thésée et du Minotaure : "tous les neuf ans, on envoyait une phalange de jeunes garçons et filles dans un labyrinthe mortel combattre le Minotaure". Elle y a ajouté les émissions de téléréalité et les reportages de guerre, qui font partie de notre univers visuel. Grâce à elle, on a oublié les magiciens et les vampires. Ni fantasmagorique, ni mélodramatique, Hunger Games est avant tout un reflet d'une civilisation en déclin, absorbée par la dévalorisation et la déshumanisation des images. On peut comprendre que cela séduise les adolescentes accros à la télé, au web et à leurs smartphones. Avec un triangle amoureux qui rappelle aussi bien Harry Potter que Twilight.

Le phénomène a rapidement pris avec 1,5 million d'exemplaires vendus en Amérique du nord durant sa première année.

Lionsgate acquiert immédiatement les droits pour l'adapter. Collins co-écrit elle-même le scénario avec le réalisateur Gary Ross (Pleasantville, La légende de Seabiscuit).

Entre temps, Hunger Games devient le roman le plus vendu sur Kindle en livres numériques. Le magazine Time en fait l'une des 100 personnes les plus influentes de 2010, année de parution du troisième tome.

Collins n'en était pas à son coup d'essai puisqu'elle avait déjà écrit une autre série (de 2003 à 2007), The Underland Chronicles (en France, la saga est traduite sous le nom de Gregor et a commencé à être publiée cet hiver).

Hunger Games en France est édité chez Pocket Jeunesse depuis 2009. A cela s'ajoutent de nouveaux ivres autour du film depuis quelques semaines : Le guide officiel illustré du film, Le guide des Tributs, La saga Hunger Games décryptée, Le guide officiel du film, Le Monde de The Hunger Games. L'éditeur français a misé pleinement sur cette sortie au cinéma en associant les campagnes marketing des livres avec ceux du film ; un concours sur Facebook, jusqu'au 2 avril, permet de gagner des places de cinéma, des posters et autres produits dérivés.

Hunger Games, devenue la série favorite des adolescents américains, est ainsi devenu le film le plus attendu du moment : des centaines de salles de cinéma affichent déjà complet grâce aux pré-réservations en ligne. Le box office de démarrage serait supérieur à celui de Twilight. On parle d'un box office supérieur à 70 millions de $ sur les trois premiers jours d'exploitation.

L'héroïne du film est interprétée par la très douée Jennifer Lawrence (nommée à l'Oscar pour Winter's Bone et vue l'an dernier dans Le Complexe du Castor et X-Men Le Commencement). De quoi changer son statut à Hollywood si le film cartonne au box office.

D'autant que le studio a déjà commencé le développement de la suite (pour une sortie en 2013) et du troisième volet (espéré d'ici 2015).

Le Salon du Livre de Paris : le cinéma en vedette

Posté par vincy, le 15 mars 2012

Cette année, le Salon du livre de Paris, qui ouvre ses portes demain vendredi, fait une place au cinéma. "Du livre au film" reflète une tendance de plus en plus structurelle : les films font vendre les livres dont ils sont l'adaptation. Surtout, depuis quelques années, les écrivains préfèrent les adapter eux-mêmes. Philippe Claudel, David Foenkinos, Frédéric Beigbeder ou encore Virginie Despentes sont à la fois en librairie et sur les affiches de leurs films.

Depuis 4 ans, le salon du livre organisait les Rencontres SCELF des droits audiovisuels où producteurs et éditeurs passaient une journée en séances de speed dating.

Mais cette année, le Salon du livre a décidé de parler de cinéma autrement qu'aux professionnels. Plusieurs rendez-vous destinés au grand public vont permettre de mieux comprendre comment on passe de l'écrit à l'écran. Cette année, suprême bonus, les Comics arrivent pour la première fois Porte de Versailles avec une exposition des super héros de DC Comics. A cela s'ajoute les Mangas en grands invités de l'année, avec l'anniversaire de Naruto.

Demandez le programme!

Vendredi 16 mars

14h : Littérature jeunesse au cinéma et cinéma dans la littérature jeunesse.

15h30 : Autour du manuscrit Le Quai des brumes de Prévert.  Retour sur la genèse d'une création à travers le manuscrit d'un film.

16h : Ecrire pour le cinéma en Outre-mer.

16h30 : Présentation du film d'animation Aya de Yopougon, d'après la bande dessinée de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. Sortie du film cet été.

17h30 : remise des prix Animeland (meilleurs oeuvres japonaises)

19h : Ecrire des livres, écrire des films, avec Delphine de Vigan.

Samedi 17 mars

14h30 : Les interprètes du roman, avec Morgan Sportès et son adaptateur Richard Berry, mais aussi le scénariste Julien Rappeneau (Cloclo) et le cinéaste Jérôme Salle (Largo Winch).

16h : Master Class : L'adaptation, du livre au film

16h30 : Grand débat autour du Marsupilami, star de la BD européenne

17h30 : Grande rencontre avec David Foenkinos (La délicatesse)

18h30 : Grande rencontre avec Frédéric Beigbeder (L'amour dure 3 ans)

Dimanche 18 mars

12h : Présentation du film Le Petit Prince, la planète Libris.

12h30 : Grande rencontre avec Milena Agus et Nicole Garcia (Le mal de pierre)

14h30 : Présentation des Adieux de la Reine (en salles le 21 mars) avec Benoît Jacquot et Chantal Thomas.

15h : L'argent des autres, du roman à l'écran (nouvelles aides, écriture de scénario, ...)

16h30 : Le roman "idéal" pour le cinéaste, avec Jean Becker, Serge Joncourt et Jean-Christophe Grangé.

Lundi 19 mars

14h : Raconte-moi le cinéma : François Truffaut, pour les enfants de 8 ans et plus.

Pierre Schoendoerffer (1928-2012) : le dernier combat

Posté par vincy, le 14 mars 2012

Pierre Schoendoerffer, 83 ans, est mort dans la matinée de ce mercredi 14 mars, des suites d'une opération à l'hôpital militaire de Percy à quelques kilomètres de Paris. Grand reporter, écrivain, cinéaste, sa carrière polymorphe est centrée sur la grande histoire : la guerre, et la décolonisation.

Témoin d'événements sanglants et violents, il a voulu les restituer avec justesse et vérité que ce soit dans l'écriture ou l'image. Observateur à distance, artiste individualiste, il était pourtant au coeur du XXe siècle.

Membre fondateur des César, académicien aux Beaux-Arts dans le collège du cinéma, récipiendaire de multiples honneurs militaires et culturels, Pierre Schoendoerffer a filmé les combattants, entre grandeur et décadence.

Cela vient de son enfance. Adorateur de Joseph Kessel, qu'il rencontrera à Hong Kong, et de Joseph Conrad, cet ancien cancre s'embarque sur un bateau suédois à la sortie de l'adolescence. Ce garçon auvergnat rêve d'aventures et de grand large. Après la Baltique, il s'engage en 1952 au service cinématographique des armées, où il fait ses débuts de caméraman en Indochine. Il apprend le cinéma en filmant la guerre durant trois ans. En 1954, il est fait prisonnier par le Viêt Minh à Diên Biên Phu, passant quatre mois en captivité. Il transcrira l'expérience de cette défaite française ça dans son film Diên Biên Phu (1992), fresque puissante et brutale.

Une fois libéré, il quitte l'armée et devient reporter photographe pour le magazine Life. 4 ans plus tard, il adapte La Passe du diable, roman de Kessel, à l'écran. Il s'agit de sa première réalisation. L'année suivante, il adapte un roman de Pierre Loti, autre romancier du voyage, avec Le pêcheur d'Islande.

Mais c'est en 1963 que Schoendoerffer se fait un nom. Il écrit La 317e section qu'il adapte deux ans plus tard pour le cinéma. Jacques Perrin et Bruno Cremer donnent corps à cette guerre d'Indochine, dans l'ombre de la seconde guerre mondiale pas si lointaine. Déjà il pose les fondations de son oeuvre : les sacrifices inutiles de la chair à canon, l'honneur de l'armée, les illusions saccagées, la dureté des combats. Ses films sont aussi documentaires que fictifs, francs et humains. Prix du scénario à Cannes, 45 ans plus tard, il s'agit toujours du film symbolique sur la guerre d'Indochine.

En 1967, il réalise un documentaire, toujours sur le Vietnam, La section Anderson, où l'on suit une troupe de soldats américain en pleine guerre. Oscar à Hollywood. Puis il y aura une longue absence au cinéma. Il écrit en 1969 L'adieu au Roi, qui sera transposé au cinéma 20 ans plus tard par John Milius, prix Interallié.

En 1976, il écrit un autre roman, Le Crabe-tambour. Grand prix du roman de l'Académie française, le livre croise les guerres de décolonisation (Indochine, Algérie). Il réalise le film un an plus tard, inspiré de la vie du Commandant Pierre Guillaume, avec Jean Rochefort, en officier austère proche de la retraite, et Claude Rich. 6 nominations aux César (dont film et réalisateur), dont trois prix : acteur (Rochefort), second-rôle masculin (Dufilho), photo.

5 ans plus tard, il filme L'honneur d'un capitaine, avec Jacques Perrin et Nicole Garcia,de nouveau un portrait de soldats, durant la Guerre d'Algérie. Toute cette filmographie a fait de Schoendoerffer une icône de l'Armée comme de l'extrême droite, rôle qu'il refusait obstinément. Lui préférait se voir en contributeur d'un récit de l'Histoire de France contemporaine, réveillant les mémoires et affrontant les sujets tabous.

La guerre et l'humanité, voilà son oeuvre. Un homme d'honneur, pudique, tourmenté, nostalgique que le goût des horizons lointains a mené à l'horreur des émotions intimes. L'homme en gros plan dans des situations extrêmes où la vie de chaque des personnages est en jeu. Un cinéma hanté, lucide, réaliste, prenant tous les risques, voulant flirter avec ses souvenirs atroces.

Loyal et fidèle, cet ancien combattant détestait les artifices et faisait l'éloge de la liberté. Sa caméra héroïsait des hommes à son image. Des individus défaits. Comme pour vouloir se prouver qu'il n'avait pas subit son calvaire indochinois en vain. Il préférait l'universalité de son propos à la récupération politique. De même sa condition d'artiste, d'artisan selon lui, sublimait son passé militaire.

En 1981, il écrit son avant-dernier roman, Là haut (le dernier date de 2003, L'aile du papillon), qui deviendra son dernier film, en 2004. Bruno Cremer, Jacques Perrin et Claude Rich retrouvent leur cinéaste d'autrefois. Il utilise d'ailleurs des images de ses précédents tournages avec ces comédiens pour des flash backs dans cette histoire qui revient en Indochine, période post-coloniale. Un film testament.

Jean Giraud (Moebius) rejoint les étoiles de ses mondes fantastiques (1938-2012)

Posté par vincy, le 10 mars 2012

Figure emblématique de la bande dessinée, Jean Giraud, alias Moebius, est mort des suites d'une longue maladie dans la matinée du samedi 10 mars. Il avait 73 ans.

Côté 9e art, on lui doit deux séries mythiques - le Lieutenant Blueberry et John Difool/L'Incal - et des albums qui ont marqué l'histoire de l'art illustré comme Arzach ou Major Fatal / Le Monde du garage Hermétique. En 50 ans, le cofondateur de Métal hurlant aura inventé des univers parallèles, des mondes fantasmagoriques, des histoires poétiques et métaphysiques qui marqueront l'imaginaire de nombreux créateurs, y compris cinématographiques. Honoré partout (il est l'un des rares français à être entré au Hall des célébrités des prix Will Eisner, les Oscars de la BD aux USA), sollicité par tous (Stan Lee lui commanda un épisode du Surfeur d'Argent, Van Hamme lui offrit la réalisation du 18e tome de XIII), réalisant pochettes de disques, couvertures de romans et même des jaquettes de DVD, Moebius était devenu une marque autant qu'une petite entreprise à lui tout seul. Il voulait bousculer cette France mal remise de la seconde guerre mondiale, de la décolonisation. La science-fiction lui permettait d'ouvrir les yeux sur un futur utopique comme le Western dépeignait une réalité peu sympathique.

Ambitieux à ses débuts, panthéonisé sur la fin, Moebius se sentait à l'étroit en France. Il tenta ainsi l'aventure américaine en s'installant à Los Angeles dans les années 80 et en collaborant avec Hollywood dès les années 70. Cela commence avec une expérience avortée : le Dune d'Alejandro Jodorowsky en 1975. En 1979, il entre par la grande porte en participant à la conception artistique d'Alien, le huitième passager de Ridley Scott, qui avouera la grande influence de Moebius pour les décors de Blade Runner. Il effectue le même travail pour l'univers électronique de la première version de Tron en 1982 puis en 1987 pour Les Maîtres de l'Univers. On lui doit aussi la création du monde imaginaire de Willow, de Ron Howard, en 1988. Il collaborera avec James Cameron en 1989 pour Abyss. En 1996, Warner Bros fait appel à son talent pour développer l'aspect visuel et celui des personnages de Space Jam. Une consécration exceptionnelle pour un français en Amérique qui trouve son écho dans un cinéma français plus frileux en la matière. Luc Besson l'enrôle pour la direction artistique du Cinquième élément en 1997.

Ses BD ont aussi été adaptées au cinéma : Mathieu Kassovitz réalise un court métrage à partir de Cauchemar blanc en 1991. Jan Kounen échoue artistiquement à rendre vie à Blueberry dans Blueberry, L'expérience secrète, avec Vincent Cassel dans le rôle titre, en 2004.

Mais Moebius, fasciné par le cinéma, tenté par l'aventure d'un long métrage, aura aussi écrit, produit. Les maîtres du temps, de René Laloux, en 1982, est une adaptation d'une de ses BD dont il a lui-même écrit le scénario en plus de superviser la direction artistique. En 1989, il coécrit une histoire conceptualisée par Ray Bradbury puis scénarisée par Chris Columbus, Little Nemo, un film d'animation dont il assura aussi la conception artistique.

En 2003, il initie une série télévisée animée à partir de sa BD culte, et considérée par beaucoup comme révolutionnaire dans le genre, Arzak.

Enfin, en 2010, pour sa grande rétrospective à la Fondation Cartier de l'art contemporain, il écrit et réalise lui-même La Planète Encore, un court métrage animé, adapté de sa BD Le Monde d'Edena - Les Réparateurs. Il nous laisse ainsi frustré de ne jamais avoir vu un long métrage signé de lui, après nous avoir évadé dans des lieux irréels et pourtant si familiers.

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site officiel de l'artiste

Au Cartoon Movie, Enki Bilal présente Animal’Z

Posté par vincy, le 7 mars 2012

Dans le cadre du Cartoon Movie, à Lyon, Enki Bilal va présenter son projet d'adaptation d'Animal'Z, une BD qu'il a publié en 2009. Il veut faire son film avec un mélange d'animation et de prises de vues réelles. Demain, il présentera des esquisses de son projet aux professionnels présents au Forum, afin de trouver des financements.

Animal'Z raconte l'histoire d'un monde déréglé climatiquement où l'eau potable est devenu précieuse et où les individus sont obsédés par leur survie. L'écosystème est bouleversé : les tortues marines volent, le Pic du Midi jouxte l'Himalaya, le Mer Baltique est devenue un désert. Seuls quelques eldorados isolés ont réussi à préserver un semblant d'ordre social. Ils ne peuvent être rejoints que par la mer, unique et immense... Le détroit D17 est l'un de ces passages.

"L'idée de départ était de partir de l'album, de lui rester fidèle, mais en s'octroyant la liberté d'un glissement de l'écriture vers quelque chose de plus cinématographique, de lui donner un côté 'westernien'" explique l'auteur-réalisateur. Le scénario est coécrit avec Oliver Roth. Il n'y a pas encore de version définitive du script et le storyboard est tout juste en préparation.

Bilal réaliserait ainsi son 4e film. En 2004, il avait déjà adapté sa trilogie Nikopol avec Immortel (Ad Vitam), en mélangeant images de synthèse et acteurs réels. Il a toujours évoqué sa déception à l'égard des images en 3D, malgré le joli succès du film. Ce regret de ne pas pouvoir donner vie à ses dessins et ses univers le pousse à faire une pause cinématographique : il se concentre sur la peinture, la BD et même le théâtre.

Animal'Z semble le motiver à revenir derrière la caméra. Il ne manque pas d'idées. Un film monochrome où la couleur ne surgira que pour symboliser l'espérance des Hommes. Une oeuvre hybride car ce ne sera pas un dessin animé mais un mix de prises de vues réelles, d'animation en 2D et 3D.

Le film sera produit par Gazato Films. Le producteur et Bilal sont à Lyon pour chercher des moyens, pas seulement financiers mais aussi techniques, humains, technologiques. Ils ont déjà confié la préparation au Pôle Magelis, à Angoulême. Le casting devrait être international. Pour le producteur, "l'adaptation d'Animal'Z répond de cette philosophie et de l'intention de son auteur à poursuivre l'expérimentation hybride dans sa démarche artistique en associant le graphisme, la peinture et la prise de vue réelle. Une démarche de « ciné-peintre »."

Bilal a souvent refusé d'animer ses BD.  "La principale de ces raisons étant la nature même de mon graphisme, avec sa part de réalisme nécessitant une animation sans faille". De plus, il avoue que "la texture peinte que je souhaitais conserver ne correspondait pas aux techniques traditionnelles d'animation 2D. Réduire mon dessin à un simple trait cerné m'excitait peu." De ces frustrations naît alors une ambition. "Il s'agit dans ce cas, de faire « bouger » de la manière la plus naturelle, le dessin au crayon noir et les textures pastel qui caractérisent le travail particulier de l'album Animal'Z. Le récit, volontairement linéaire (...) étant à mon sens un atout supplémentaire pour la cohérence de ce projet."

John Carter : un monstre de 250 millions de $ qui a mis 80 ans à naître

Posté par vincy, le 6 mars 2012

John Carter a 100 ans. Le personnage a été créé par le père de Tarzan, Edgar Rice Burroughs (1875-1950), à l'occasion du Cycle de Mars (11 tomes). Pour la première fois, un héros était envoyé dans l'Espace. Mélange de fantastique et de science-fiction, la série littéraire a évidemment inspiré tous les cinéastes du genre, de Georges Lucas à David Lynch en passant par James Cameron.

Il aura donc fallu attendre 100 ans pour voir ce héros sur grand écran. Un temps incroyablement long.

Disney espère pourtant en faire une franchise, même si les experts hollywoodiens craignent un crash à la Watchmen. Le studio, aidé par les équipes de Pixar, a confié la réalisation à un surdoué du dessin animé pour enfants, Andrew Stanton (Wall-E, Le Monde de Nemo) comme Paramount avait laissé Brad Bird (Les indestructibles) revisiter Mission : Impossible.

Les deux studios ont d'ailleurs en commun d'avoir voulu faire John Carter. Car depuis 80 ans, Hollywood cherche à adapter la saga martienne, malgré un engouement de moins en moins important pour elle. Le Cycle de Mars n'a jamais été un best-seller. Il s'agit plutôt d'une série culte avec ses quelques fans. Pourtant Disney voulait y rester fidèle.

En 1931, Bob Clampett essaie de passer des Looney Tunes à une première version, animée, de John Carter. 20 ans plus tard, c'est Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes) qui veut produire une première version cinématographique. Disney acquiert les droits des livres et dans les années 80, elle propose à John McTiernan de réaliser une première adaptation, avec Tom Cruise dans le rôle principal. Mais le studio ne parvient pas à aboutir le projet. Paramount obtient alors les droits et propose dans les années 2000 à plusieurs réalisateurs (dont Robert Rodriguez et Jon Favreau) de s'y atteler. Avec un budget prévisionnel de 100 millions de $, le studio hésite et abandonne. Finalement Disney récupère les droits et lance la machine, enfin. Le tournage débute en 2010.

Un marketing défaillant qui met en péril la franchise possible

Le studio mise gros. Le film a coûté 250 millions de $ à produire. Et on y rajoute 100 millions de $ de frais de marketing d'après Variety. Selon les premières estimations, le box office de son week-end de sortie en Amérique du nord, vendredi prochain, serait de 25 à 30 millions $. Ce qui n'est pas assez pour ce genre de films. Au mieux, il finirait aux alentours de 100 millions de $... D'où la stratégie de le sortir simultanément sur 51 territoires, pour frapper fort dès les premiers jours. Seuls le Japon et la Chine seront épargnés par ce déferlement.

Disney s'apprête donc à perdre de l'argent. Mais quelques erreurs de promotion n'ont pas arrangé les choses. John Carter of Mars est devenu depuis quelques mois John Carter, qui ne signifie rien au public et le rend difficile à vendre. D'autant que ce titre oublie l'importance du rôle féminin, et donc le public potentiel des femmes, que le premier livre mentionne (Une princesse de Mars). Autre erreur : le studio a préféré ne pas montrer des extraits du film ou un teaser lors du très médiatisé Comic Con, réservant la primeur au congrès de Disney, D23. Depuis janvier, le marketing a donc décidé de mettre les bouchées doubles : Superbowl, compte Twitter pour le réalisateur, conférence TED sur le numérique, interviews promotionnelles en rafales. Les critiques sur les réseaux sociaux ne sont pas si mauvaises mais le buzz reste négatif.

Cependant, Disney, Stanton et son scénariste Michael Chabon travaillent déjà sur une suite. Il faut juste que le film fasse mieux que 250 millions de $ dans le monde. Sinon, le fiasco sera lourd financièrement à gérer.

Omar Sy remplace Jamel Debbouze dans L’Ecume des jours

Posté par vincy, le 3 mars 2012

Intouchable, a priori. Le roman culte de Boris Vian, L'écume des jours, est réputé inadaptable autant que sacré. Cette description d'une relation amoureuse absolue qui rétrécit jusqu'à l'étouffement n'a été transposée au cinéma qu'une seule fois : en 1968, par Charles Belmont, avec Marie-France Pisier, Jacques Perrin, Sami Frey, Alexandre Stewart et Bernard Fresson.

Michel Gondry a décidé de s'y attaquer. Le projet a été annoncé fin 2011. On imagine le film aussi visuel que romantique. Il a déjà fait ses preuves dans ce style de bricolage. L'un des cinéastes français les plus côtés à Hollywood a réuni la fine fleur du cinéma français. Romain Duris retrouvera Audrey Tautou (ils ont tourné ensemble L'auberge espagnole, Les poupées russes) dans les rôles de tourtereaux (Colin et Chloë), accompagnés de Gad Elmaleh et Léa Seydoux.

A l'origine Jamel Debbouze devait être de la partie. Son rôle - celui de Nicolas - sera finalement interprété par Omar Sy, césarisé la semaine dernière comme meilleur acteur. Autant dire, sollicité, plus cher, et poids lourd du box office.

Le tournage débutera le 10 avril, pour 15 semaines.

Boris Vian a publié L'écume des jours en 1947.