Cannes 2017 : la sélection de l’ACID

Posté par MpM, le 21 avril 2017

Pour ses 25 ans, l'ACID proposera une sélection cannoise élargie du 18 au 27 mai prochain. En comptant la carte blanche à l'association de cinéastes serbes Bande à part (ACID TRIP #1) qui avait été annoncée au début du mois, ce sont en effet 12 films dont 7 premiers longs métrages et un programme de courts qui seront présentés pendant la 70e édition du Festival de Cannes. On compte notamment 5 documentaires et une séance spéciale consacrée au premier long métrage en tant que réalisateur de Vincent Macaigne, Pour le réconfort.

« Il nous faut de nouveau nous tenir devant le cinéma comme des enfants, accueillants et intranquilles, ouverts à la surprise et à la stupeur. La programmation 2017 fait la part belle à ces retrouvailles. Le cinéma que nous aimons sait laisser son scénario être débordé par le réel qu'il invite à sa table.

Il sait faire le choix de partager l'énonciation avec ceux qu'il filme, et n'oublie pas qu'avant les partitions consacrées (fiction et documentaire, vérité et artifice), la mise en scène est affaire d'espace, de rythme et de lumière offerts aux corps pour qu'ils s'inventent comme personnages. Pour permettre à d'autres - à nous - de toucher du regard leur humanité. Il n'est pas à nos yeux, nous cinéastes, geste plus artistique. Plus politique. » ont déclaré les cinéastes programmateurs dans le communiqué annonçant de la sélection.

Font partie de ce comité de sélection : Claudine Bories, Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Patrice Chagnard, Wissam Charaf, Patric Chiha, Philippe Fernandez, Marielle Gautier, Jean-Baptiste Germain, Jean-Louis Gonnet, Ioanis Nuguet, Kathy Sebbah et Idir Serghine.

***Sélection***

L'assemblée de Mariana Otero (documentaire)

Avant la fin de l'été de Maryam Goormaghtigh (documentaire)

Belinda de Marie Dumora (documentaire)

Le ciel étoilé au-dessus de ma tête de Ilan Klipper, avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Alma Jodorowsky, François Chattot, Michèle Moretti...

Coby de Christian Sonderegger (documentaire)

Kiss and cry de Lila Pinell et Chloé Mahieu, avec Sarah Bramms, Xavier Dias, Dinara Droukarova, Carla-Marie Santerre, Aurélie Faula, Amanda Pierre, Noémie Carroué, Samuel Brian, Cassandra Perotin, Eve Cornet, Ilana Bramms, Lisa Perestrelo...

Last laugh de Zhang Tao, avec Yu Fengyuan, Li Fengyun, Chen Shilan

Sans adieu de Christophe Agou (documentaire)

Scaffolding de Matan Yair, avec Ami Smolarchik, Jacob Cohen, Keren Berger, Asher Lax, Jacob Cohen, Keren Berger

***Séance spéciale***

Pour le réconfort de Vincent Macaigne avec Emmanuel Matte, Pascal Rénéric, Laure Calamy, Pauline Lorillard, Joséphine de Meaux, Laurent Papot

***ACID TRIP #1 : SERBIE***

Requiem pour Madame J. de Bojan Vuletic´
L'humidité de Nikola Ljuca

***Courts métrages***

Dos patrias de Kosta Ristic´
Transition de Milica Tomovic´
Sortie de secours de Vladimir Tagic´
A handful of stones de Stefan Ivancic´
If I had it my way I would never leave de Marko Grba Singh

Cannes 2017: l’ACID dévoile son affiche et une nouvelle « sélection »

Posté par vincy, le 3 avril 2017

Double cadeau de la part de l'ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion): d'abord le dévoilement de son affiche pour son édition 2017, signée Sébastien Laudenbach, réalisateur du long métrage d’animation La jeune fille sans mains (nommé aux César, et présenté l'an dernier à l'ACID au festival de Cannes). Ensuite une extension de sa programmation cannoise, "offerte à une association étrangère de cinéastes indépendants impliquée dans les problématiques de diffusion des œuvres et de formation des publics" comme l'indique le communiqué.

L’association de cinéastes serbes Bande à part inaugurera donc ACID TRIP les 19, 20 et 21 mai avec une carte blanche de trois séances (un programme de courts, un long métrage de fiction et un long métrage documentaire).

"En ces temps où les horizons politiques dessinent partout le retour des frontières et des refrains nationalistes, le cinéma a plus que jamais son rôle à tenir : celui de décloisonner les regards, de franchir les lignes, pour cultiver ce que Serge Daney décrivait comme « un sentiment d’appartenance à l’humanité à travers un pays supplémentaire ». Ce sentiment d’appartenance se déploie depuis longtemps dans les films et avec les films. Mais pas seulement. Il s’affine aussi dans la chaîne de solidarité internationale inventée entre ceux qui font les films" précise l'ACID.

Depuis 2015, l’ACID a initié une collaboration avec le Festival du Film d’Auteurs de Belgrade, "dont la programmation est faite depuis 2010 par un groupe de jeunes cinéastes, des auteurs qui ont grandi avec ce festival né en 1984 pendant la guerre en ex-Yougoslavie". De nombreux films ACID ont été programmés et achetés en Serbie et en novembre 2016 les premiers Rendez-vous franco-serbes autour de la production et de la diffusion de films indépendants ont été lancés.

ACID TRIP se fera en partenariat avec ce festival serbe mais aussi l’Institut Français de Serbie, l’Institut Français, le Centre du Cinéma Serbe, le CNC et Cannes Cinéma.

La 25e programmation cannoise de L’ACID sera dévoilée le 25 avril. La sélection la plus "off" du Festival de Cannes se déroulera du 18 au 27 mai.

Festival International du Film Culte : l’originalité finit par payer

Posté par wyzman, le 18 juin 2016

En matière de films culte, l'erreur la plus commune est de croire que c'est le film en lui-même qui est culte. Ici, il n'en est rien ! Le Festival international du film culte n'a pas pour vocation de présenter des films que l'on juge comme cultes (bien qu'il y en ait dans la programmation), mais de faire découvrir des films qui (on l'espère) susciteront un véritable intérêt. Et la deuxième journée du festival a parfaitement illustré cela.

A 10 heures, les plus courageux, ou du moins les plus assidus d'entre nous ont découvert Wonderland, un film d'anticipation écrit par non pas une ou deux personnes mais bien dix réalisateurs ! Présent pour l'occasion, Lionel Rupp (certainement le plus talentueux d'entre eux) a répondu aux questions des festivaliers avec un enthousiasme certain. Prix du jeune public au festival international du film de Locarno, Wonderland et sa tempête du siècle n'ont laissé personne indifférent. A l'inverse de Journal d'un photographe de mariage. Seul moyen métrage dans une sélection de longs, le film de Nadav Lapid a engendré de vrais questionnements sur l'impact du cadre et de la chronologie dans la réussite d'un film.

Dans l'après-midi, l'équipe de Willy 1er a pris le relais. Sélectionné par l'ACID lors du dernier festival de Cannes, ce premier long-métrage a plus que plu aux spectateurs présents puisqu'ils n'ont pas manqué d'aller les féliciter à la fin de la projection. Photos, dédicaces, conseils, Marielle Gautier, Ludovic et Zoran Boukherma et Hugo P. Thomas ont déjà tout de pros. Et pendant que Marie-Anne Chazel présentait Le Père Noël est une ordure, une interview s'imposait. L'occasion rêvée d'évoquer sans détour Xavier Dolan, Zaz et Jane Campion !

Enfin, comme une journée de festival n'est vraiment remplie qu'à partir de quatre films, impossible de ne pas évoquer Toni Erdmann de Maren Ade. D'une durée impressionnante de 2h42, ce drame allemand suit les péripéties d'un père paumé mais surtout facétieux qui s'incruste dans la vie de sa fille, fraîchement installée à Bucarest. Entre choc, gêne et euphorie, festivaliers, invités et jurés ont eu énormément de mal à se contenir !

Cannes 2016: la sélection de l’ACID

Posté par vincy, le 19 avril 2016

Deux documentaires, un film d'animation et sur les 9 films, seulement trois ont un distributeur. La sélection de l'Acid (12-21 mai) fait la part belle aux nouveaux talents avec trois premiers longs métrages et de cinq seconds longs métrages. S'ajoute le nouveau film de Sébastien Betbeder, actuellement en salles avec Marie et les nuafragés.

Isola de Fabianny Deschamps, avec Yiling Yang, Yassine Fadel et Enrico Roccaforte

La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach (animation), avec les voix de Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Philippe Laudenbach, Olivier Broche, Françoise Lebrun, Sacha Bourdo et Elina Löwensohn.

Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne de Jero Yun (documentaire)

Le Parc de Damien Manivel, avec Naomie Vogt-Roby, Maxime Bachellerie et Sessouma Sobere

Sac la mort de Emmanuel Parraud, avec Patrique Planesse, Charles-Henri Lamonge, Martine Talbot et Nagibe Chader

Swagger de Olivier Babinet (documentaire), avec Aïssatou Dia, Mariyama Diallo, Abou Fofana, Nazario Giordano, Astan Gonle, Salimata Gonle, Naïla Hanafi, Aaron N’Kiambi, Régis Marvin Merveille N’Kissi Moggzi, Paul Turgot et Elvis Zannou.

Tombé du ciel de Wissam Charaf, avec Rodrigue Sleiman, Raed Yassin, Said Serhan, George Melki et Yumna Marwan.

Le voyage au Groenland de Sébastien Betbeder, avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca, François Chattot, Ole Eliassen, Adam Eskildsen, Benedikte Eliassen, Mathias Petersen, Judith Henry et Martin Jensen.

Willy 1er de Ludovic & Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas, avec Daniel Vannet, Noémie Lvovsky, Romain Léger, Eric Jacquet, Alexandre Jacques, Robert Follet, et Geneviève Plet.

Cannes 2015 : lettre à Nathan Nicholovitch

Posté par MpM, le 16 mai 2015

Cher Nathan Nicholovitch,

Votre film De l'ombre il y a, présenté à l'ACID, apporte pèle-mêle sur la Croisette le génocide cambodgien, la prostitution enfantine, la transsexualité. Et c'est vrai, ça fait beaucoup pour un seul film. Trop, sans doute. Par moments, vous nous perdez.

Vous expliquez que vous avez voulu élaguer dans le récit comme pour ne garder que des moments, des flashs non reliés entre eux. Cela adoucit la crudité du propos et son aspect didactique, comme pour ne garder que l'essentiel du parcours des personnages. Au risque, parfois, de rendre la compréhension malaisée.

Toutefois, De l'ombre il y a aurait pu être un mélo appuyé, plein de bons sentiments, et vous en faites au contraire un objet cinématographique certes déconcertant et inégal, mais exigeant et retors. Naturellement, on préfère cela. Cette recherche formelle, presque expérimentale. Cette singularité fulgurante. Cette prise de risque dans l'âpreté pour rendre compte de l'indicible, plutôt qu'une œuvre bien foutue et stéréotypée. A sa manière, votre film respire (et transmet) la nécessité impérieuse de raconter coûte que coûte cette histoire. Il emporte nos réticences parce qu'il est une voix faible mais tenace et primordiale dans le vaste silence international sur la question de la prostitution enfantine en Asie et ailleurs.

Il est aussi la tentative inaboutie de réinventer une forme de cinéma qui ne soit ni didactique, ni spectaculaire mais au contraire personnel et intime. Comme un carnet d'impressions ouvert à tous, dans lequel chacun puise au fond ce qu'il veut, et qui devient un outil de partage, d'échanges, voire d'action. Un premier pas sur le long chemin de la construction d'un monde meilleur ?

Cannes 2015: Visions sociales côté Maghreb, l’Acid à l’export, Claire Denis à la Fabrique des Images et Netflix à Next

Posté par vincy, le 4 mai 2015

Dernières nouvelles du front avant la migration annuelle, dans quelques jours, vers le Festival de Cannes...

- La 12e édition de Visions Sociales, dont la marraine est Corinne Masiero (Louise Wimmer, Discount), mettra le cinéma du Moyen-Orient à l'honneur. En partenariat avec le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient et avec l’aide de la biennale Proche-Orient, onze films venus d’Iran, du Liban, de Syrie, du Kurdistan, de Palestine et d’Israël seront présentés en présence des réalisateurs invités.

Visions Sociales diffusera également un programme sept longs-métrages et six œuvres issues du 68e festival de Cannes (ACID, Semaine de la Critique, Quinzaine des Réalisateurs et Un Certain Regard)

- L’Institut français et l’ACID annoncent un partenariat à l'occasion d’une rencontre le 18 mai prochain. L'Institut Français présentera des films sélectionnés par l'ACID dans son réseau et lors de manifestations dont il partenaire. L'ACID sera associé à certaines projections "afin de favoriser les échanges sur les œuvres mais aussi sur la distribution du cinéma indépendant."
Au programme : 2 automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder, La Bataille de Solférino de Justine Triet, Brooklyn de Pascal Tessaud, Les Règles du jeu de Claudine Bories et Patrice Chagnard, Qui vive de Marianne Tardieu, Au bord du monde de Claus Drexel et Je suis le peuple d’Anna Roussillon.

- La 7e Fabrique des cinémas du monde a choisit sa marraine: Claire Denis. La réalisatrice effectuera une Master Class animée par Jean-Michel Frodon au pavillon des Cinémas du monde, dans le village international. Par ailleurs dix projets de longs métrages (sur 124 candidatures) ont été sélectionnés:

1922 de Martin Mauregui – Argentine
Lotus Position de Shu Liu - Chine
Fleur de cactus d’Hala Elkoussy - Égypte
Venice de Rusudan Chkonia - Géorgie
Liberation de Tushar Prakash - Inde
Miguel’s War d’Eliane Raheb - Liban
L’Afrique un vrai cinéma ! d’Haminiaina Ratovoarivony - Madagascar
Tous marins de Miguel Angel Moulet, – Pérou
Playground de Wesam Mousa – Palestine
La belle et la meute de Kaouther Ben Hania – Tunisie

- Enfin, la 2e édition du programme Next (Marché du film) dédié aux cinémas de demain aura comme special-guest le directeur des acquisitions de Netflix, Ted Sarandos. Le débat sera introduit par Thierry Frémaux et évoquera les nouveaux modèles de distribution. Next affiche un programme ambitieux avec une session sur le transmedia, un débat sur le crowdfunding, un atelier Vidéo à la demande, une conférence autour des exploitants innovateurs et un débat sur Les festivals à l'ère du numérique.

Cannes 2015: 9 films pour l’ACID

Posté par redaction, le 21 avril 2015

Les cinéastes réunis au sein de l'ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) ont révélé la liste des 9 films de la programmation cannoise 2015: 5 premiers et 3 seconds longs métrages, 6 films de fiction et 3 documentaires, 7 films sur 9 encore sans distributeur...

"Le choix fut rude parmi toutes ces signatures filmiques habitées du désir d’entrer en résonance avec le spectateur, indispensable partenaire du dialogue sur le monde que le cinéma propose. Qu'il soit observé ou rêvé, déploré ou préfiguré, c’est bien de l’état du monde dont il est toujours question. Interrogé avec la crudité du scalpel, la puissance de l’imagination, et toujours avec générosité - puisqu’il s’agit chaque fois de mettre sur la place publique des questionnements intimes" explique l'ACID dans son communiqué.

Cosmodrama de Philippe Fernandez (France)

Crache cœur de Julia Kowalski (France) - premier film

Gaz de France de Benoit Forgeard (France) - premier film

De l’ombre il y a de Nathan Nicholovitch (France)

Je suis le peuple d'Anna Roussillon (France) - premier film

Pauline s’arrache d'Emilie Brisavoine (France) - premier film

The Grief of Others de Patrick Wang (Etats-Unis)

La vanité de Lionel Baier (Suisse)

Volta a terra de João Pedro Plácido (Portugal) - premier film

L’ACID se déroulera du 14 au 23 mai.

Cannes 2014 : rencontre avec Ioanis Nuguet, réalisateur de Spartacus et Cassandra

Posté par MpM, le 22 mai 2014

Spartacus et CassandraPrésenté dans le cadre de l'ACID, Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet est un documentaire mêlant images prises sur le vif et voix-off très écrites qui viennent donner un contrepoint à ce qui se passe à l'écran.

On y découvre deux adolescents de la communauté rom, Spartacus et Cassandra, qui vivent sous le chapiteau d'un cirque à Saint-Denis. Ils ont été pris en charge par Camille, une très jeune femme qui se bat pour leur offrir un avenir. Le film suit à la fois leur parcours concret (chez le juge, auprès de leurs parents, à l'école...) et leur évolution plus psychologique (entre leur refus de quitter leurs parents et leur désir d'une nouvelle vie à la fin du film).

Ioanis Nuguet, dont c'est le premier long métrage, travaillait sur un projet de long métrage de fiction situé dans la communauté rom lorsqu'il a rencontré les deux protagonistes de son film. Immédiatement, il a eu envie de les filmer.

Ecran Noir : Comment s'est fait la rencontre avec Spartacus et Cassandra et comment est née l'idée du film ?
Ioanis Nuguet : J'ai passé beaucoup de temps sur les terrains roms de Saint-Denis. Pour moi c'était un terrain d'apprentissage. On s'est croisé quelques fois sur ce terrain avec Spartacus et Cassandra. Là un concours de circonstances a fait qu'il y a eu plein d'expulsions en même temps et qu'ils sont arrivés sur le terrain où j'étais déjà et où je filmais des trucs. La rencontre s'est faite là, avec Camille, aussi, qui avait l'idée, et qui l'a fait, d'apporter son chapiteau au milieu d'un bidonville. COmme pour les protéger et avoir un peu une présence particulière. Au départ je voulais faire une fiction à partir de leur vie. Tout de suite il a été question de film, et pour moi c'était évident qu'ils allaient jouer dedans. Et au même moment, j'ai rencontré ce producteur, Samuel XXX qui lui est arrivé sur le terrain au même moment avec l'idée de faire un film à travers des enfants roms. Toutes ces circonstances ont fait qu'un film était évident et rapide. C'est un documentaire qui reprend toute la grammaire du cinéma mais rien n'est fictionnalisé. On avait un peu de temps pour mettre en place les séquences mais c'est ce qui se passe réellement. Tout est filmé au moment où ça se passe, sur une période d'an et quelques mois.

EN : Le film est ancré dans la réalité, et en même temps les pensées des personnages apparaissent en voix-off...
IN : Pendant le tournage, moi j'avais des carnets et je notais. Très tôt, j'avais pensé à leur voix, à cette intériorité. Pour moi, les voix, c'est vraiment de la métaphysique, on a un truc qui va au-delà de ce qui nous est montré. Chaque jour je leur demandais comment ils avaient ressenti les choses. Ils étaient en train d'apprendre à écrire des vers, de la poésie, on les voit faire du rap dans le film. Du coup moi je leur demandais d'écrire sur leur journée, les situations, ce qu'ils avaient pensé. Et aussi, au montage, on a rajouté pas mal de voix sur des séquences. Là, pareil, je leur demandais. Ils ont produit plein de choses. Et après on montait, on enregistrait, on triait ensemble et on faisait des essais jusqu'à arriver à quelque chose qui nous satisfasse. C'était vraiment eux qui écrivaient.

EN : Quelle était l'idée derrière cette démarche ?
IN : C'était une démarche plus formelle. Il y avait l'idée d'ajouter de la distance et surtout de ne pas se coller à ce qui arrive. Au début du film, c'est assez réaliste. On est dans des situations assez oppressantes. Je l'ai cadré en plans très serrés. Au fur et à mesure qu'ils découvrent d'autres perspectives, ça s'élargit. Du coup il y a un sentiment que je trouvais un peu oppressant, donc tout à coup la voix c'était aussi redonner une ouverture au monde. La voix c'est tout ce qui questionne sur "qu'est-ce queje fais ici ?", qui questionne le sens et qui n'est pas uniquement dans l'événement, dans l'accident, dans l'urgence. Au fur et à mesure ces voix prennent de plus en plus d'ampleur jusqu'à constituer une narration à part entière, parallèle, quasiment.

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Cannes 2014 : la sélection ambitieuse de l’ACID

Posté par vincy, le 22 avril 2014

affiche acid cannes 2014Adèle Exarchopoulos est de retour sur la Croisette avec le premier film de Marianne Tardieu : nul ne doute que la présence de l'actrice révélée l'an dernier dans La vie d'Adèle, Palme d'or, mettra un coup de projecteur sur la sélection de l'ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion). D'années en années, les 9 films choisis se font une place de plus en plus belle sous le soleil cannois. L'ACID s'est imposée ainsi comme une autre sélection parallèle, séduisant de plus en plus de critiques et de professionnels. En 2013, des films comme 2 automnes 3 hivers, Braddock America, C'est eux les chiens, La bataille de Solférino, Wajma étaient présentés dans cette sélection. Et avant 2013, Room 514, Noor, Robert Mitchum est mort, Mange ceci est mon corps... avaient donné de l'ampleur à l'événement.
Cette année, avec des premiers films qui étaient aussi pressentis à la Semaine de la critique et à la Quinzaine des réalisateurs, l'ACID frappe un peu plus fort. D'ailleurs, devant l’affluence de ces dernières années, l’ACID double ses séances de 20h : le même film sera projeté simultanément aux Arcades 1 et 2, en présence des équipes.

- Brooklyn, de Pascal Tessaud (France) - 1er film
- Cesta Ven, de Petr Vaclav (Rép. Tchèque)
- Le Challat de Tunis, de Kaouther Ben Hania (Tunisie)
- La fille et le fleuve, d’Aurélia Georges (France)
- Mercuriales, de Virgil Vernier (France) - 1er film
- New Territories, de Fabianny Deschamps (France) - 1er film
- Qui vive, de Marianne Tardieu (France) - 1er film
- Les règles du jeu, de Claudine Bories et Patrice Chagnard (France) - documentaire
- Spartacus & Cassandra, d’Ioanis Nuguet (France) - documentaire - 1er film

Arras 2013 : 3 questions à Sébastien Betbeder pour 2 automnes, 3 hivers

Posté par MpM, le 10 novembre 2013

2 automnes 3 hiversAvant sa sortie en salles le 25 décembre prochain, 2 automnes, 3 hivers de Sébastien Betbeder poursuit sa tournée des festivals. Le film, qui est passé notamment par Cannes, Paris et Londres, est présenté cette semaine à Arras dans la sélection "découvertes européennes".

Jolie découverte en effet que ce film extrêmement singulier qui mêle, souvent dans une même séquence, voix-off, monologues face caméra et commentaires a posteriori sur l'action. Une liberté de ton surprenante et ultra-vitaminée qui fonctionne à plein régime, entre auto-dérision et mélancolie douce amère.

L'intrigue suit plusieurs personnages d'une trentaine d'années au cours de trois années qui bouleversent un peu leurs existences. Il y est question d'amour et d'amitié, mais aussi de musique, de cinéma et d'art en général. Rencontre avec le réalisateur et scénariste, Sébastien Betbeder (photo de gauche, en compagnie de son acteur Bastien Bouillon).

Ecran Noir : Le film est extrêmement référencé. On y parle de Bresson et de Munch, d'Eugene Green et de Judd Appatow...

Sébastien Betbeder : Je tenais à montrer des gens de ma génération, qui ont fait des choix de vie très particuliers, et pour qui la culture est très importante, déterminante, et fait partie prenante de la vie au quotidien. C'est quelque chose que l'on voit très très peu en tout cas dans le cinéma français. Je dis tout le temps cette phrase mais c'est vrai car dans le cinéma américain c'est beaucoup plus assumé. Je trouve ça dommage et triste. A partir du moment où j'avais décidé de monter des gens qui m'étaient proches et qui me ressemblaient, comme mes amis qui vont beaucoup au cinéma et au théâtre, j'aurais trouvé ridicule que cela ne soit pas dans mon film. J'aurais trouvé ça insincère. Et je trouve que souvent dans le cinéma français il y a cette habitude de mettre les références sous le tapis comme si tout venait par le saint esprit, de manière automatique.

EN : Justement, au grand jeu des références, ce sont les vôtres que l'on voit dans le film ?

SB : Je voulais rendre hommage à des auteurs, à des films qui m'ont marqué. Après, ce ne sont pas forcément les films qui m'ont marqué le plus. Judd Appatow, c'est un auteur que j'aime beaucoup, mais ce n'est pas une référence. J'avais besoin qu'il ait sa place dans le film. Durant l'époque dont traite 2 automnes, 3 hivers, Judd Appatow a été un auteur important. Eugene Green aussi, différemment. C'est quelqu'un que je connais personnellement, avec qui j'ai eu des discussions sur le cinéma assez inédites et précieuses, qui ont été très importantes dans la prise de risque que représente le monologue face caméra dans mon film. Après, Alain Tanner, la Salamandre, je l'ai vu très très jeune, j'en avais gardé un souvenir assez diffus. Je l'ai revu quand j'écrivais 2 automnes, 3 hivers, et c'était assez fou comme ça rentrait en écho avec des questions que je me posais par rapport au monde réel, à l'autobiographie même si je n'aime pas beaucoup ce terme, à un film personnel et à ce qu'est l'idée de la fiction. Toutes ces références, c'est plus de la nourriture en fait. Il y a aussi quelque chose que j'aime bien dans le film, c'est quand Benjamin parle de la Salamandre, qui est dans son top 10 et qu'il a découvert grâce à Katia. Et qu'il dise ça, pour moi, ça dit beaucoup plus sur sa personnalité que s'il avait développé des arguments beaucoup plus psychologiques. Rien que de dire ça, pour moi, ça dit énormément. C'est comme dans mes relations amicales. C'est très important pour moi ce qu'écoutent les gens, ce qu'ils aiment.

EN : Dans votre film précédent, Les nuits avec Théodore, il y avait déjà beaucoup de voix-off. Or c'est toujours un peu particulier, l'utilisation de la voix-off dans un film. Pour vous, qu'est-ce que cela apporte, qu'est-ce que cela ajoute ?

SB : C'est marrant parce que de plus en plus je me pose la question à l'envers. C'est-à-dire que j'écris beaucoup et de manière très littéraire, et je trouve que la méthode est intéressante, d'utiliser ce mode de récit qui utilise ce registre de la voix-off, et après, de creuser pour faire advenir des scènes de jeu. J'ai de plus en plus besoin de ce support. Tout à l'heure on parlait de références et de gens qui osaient, eh bien je vais citer un auteur français qui ose beaucoup, en tout cas dans ce travail sur la forme et de l'utilisation de la voix-off en particulier, c'est Alain Resnais. Il a dit dans une interview qu'il dressait des portraits de ses personnages de leur naissance au moment de leur apparition dans le film, même s'il n'écrit jamais ses scénarios. Je comprends totalement ça. Moi j'ai besoin d'écrire beaucoup, pour en dire moins, mais pour que cela soit présent malgré tout. Je pense que c'est présent dans la façon dont je vais filmer mes personnages. Pour moi, la voix-off, c'est une espèce de fondement qui existe de manière multipliée par rapport à ce qui existera dans le film et Les nuits avec Théodore avait été écrit un peu comme ça aussi. En fait, c'est la question de creuser, de garder l'essentiel.