Le cinéma moins fédérateur à la télévision

Posté par vincy, le 19 janvier 2020

Dans le Top 30 des audiences de l'année, on ne trouve aucun film. Le sort et les séries dominent le classement annuel. On peut se consoler en constatant malgré tour que le cinéma a été la plus forte audience en 2019 pour des chaînes comme Arte (Impitoyable, 2,3M), W9 (Die Hard 4, 1,6M), NRJ12 (La légende des crânes de cristal, 0,9M), France 4 (Le cinquième élément, 1,4M), CStar (Mariage chez les Bodin's, 0,9M), TF1 Séries Films (L'arme fatale III, 1M), 6ter (La belle et le clochard, 1,2M).

Boon et Sy

Mais aucun film sur aucune chaîne n'a dépassé les 7 millions de téléspectateurs. Dominante comme toujours, TF1 a quand même réussit à séduire entre 5 et 6,7 millions de spectateurs avec 19 films l'an dernier (tous dans la case du dimanche), avec un record annuel pour Bienvenue chez les Ch'tis, juste devant un autre Dany Boon, Raid Dingues, et Intouchables (Omar Sy plaçant aussi Demain tout commence dans le Top 10). Trois rediffusions. Parmi ces 19 films, 11 sont français. Alibi.com est le film en première diffusion qui a le plus cartonné, avec Sully côté américain, en séduisant chacun 6,2 millions de téléspectateurs.

De Funès, Disney et Dieu

Chez les concurrents, La grande vadrouille reste une valeur sûre pour France 2 (4,7M), Pièce montée, avec feu Jean-Pierre Marielle, a cartonné sur France 3 (2,9M, deux fois moins qu'un Capitaine Marleau), et le Roi Lion a été un succès pour M6 (4,7M). C'est du côté de TMC que la performance est la plus notable avec Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?, diffusé en février dernier, juste avant la sortie de la suite: 2,9M de télespectateurs, 13,6% de part d'audience et trois fois plus d'audience qu'habituellement sur cette case.

Ne désespérons pas. Le cinéma place quand même 9 des 100 meilleures audiences de l'année (contre 4 l'an dernier). Et cela ne prend pas en compte Netflix (qui a une audience de 3,5% en moyenne) et Canal +, dont le cinéma est au coeur de leurs offres. Sans oublier que certains films, sur Arte ou France 3, réalisent des performances notables, bien supérieures à leurs entrées en salles.

Douleurs et gloire à l’international pour le cinéma français en 2019

Posté par vincy, le 17 janvier 2020

Unifrance a annoncé les chiffres de fréquentation du cinéma français à l'étranger en 2019. 40,5 millions de spectateurs internationaux ont vu un film produit ou coproduit par la France, soit une légère hausse de 1,25% par rapport à 2018, mais un résultat très éloigné des années fastes. Cela représente un box office cumulé de 244,4M€ de recettes (+3,12%). 721 films français ont été exploités dans les salles étrangères.

Les films en langue française n'ont séduit que 25 millions de spectateurs, le plus faible score depuis 2010. Mais les productions majoritairement françaises représentent 85% des entrées à l'étranger. La comédie et la comédie dramatique sont le genre dominant (31,7% des entrées) devant les thrillers, les drames et l'animation.

Besson premier très affaibli

C'est une fois de plus Luc Besson qui règne sur l'export. Anna a attiré 4,35 millions d'entrées hors de France (un score très faible par rapport à Lucy, 56 millions de spectateurs, et Valérian, 30,5 millions de spectateurs, juste devant Mia et le lion blanc de Gilles de Maistre (4,25M), qui génère trois fois plus d'entrées à l'étrangers qu'en France. Suivent Qu’est-ce qu’on a (encore) fait au Bon Dieu de Philippe de Chauveron (3,3M), Astérix – Le secret de la potion magique d’Alexandre Astier et Louis Clichy (3,13M) et Minuscule 2 – Les mandibules du bout du monde de Thomas Szabo et Hélène Giraud (1,07M).

Une dépendance à l'Europe

L'Europe de l'ouest (Italie, Allemagne, Espagne en tête) reste de loin le principal marché avec 19,1M d'entrées, devant l’Europe centrale et orientale (7,35M) et l’Amérique Latine (4,77M). L’Italie est le pays qui a accueilli le plus de spectateurs pour le cinéma français l’an dernier, devant l’Allemagne et l’Espagne. Désormais, le continent asiatique pèse quasiment autant que l'Amérique du nord. Les Etats-Unis restent le 4e marché, malgré une chute de 18% des entrées, avec 3,17M de spectateurs. Nevada a été le film français le plus vu de l'année.

Un cinéma leader dans les festivals

Par ailleurs, en qualité, on notera que le cinéma français est toujours aussi prestigieux. Selon Unifrance, il occupe la première place dans 5 des 10 manifestations étudiées, devant la cinématographie locale ou les Etats-Unis. En moyenne, sa présence s'élève 19 % des films sélectionnés, soit quasiment 1 film sur 5 proposés par les 10 plus grands festivals internationaux est une production française de financement majoritaire ou minoritaire. Le cinéma français est également très présent au sein des palmarès, comme le prouvent les 14 prix majeurs remportés en 2019.

La France, 4e cinématographie (marginale) sur les plateformes

Enfin, Unifrance a lancé une première étude sur la présence du cinéma français sur 56 plateformes présentes dans 39 territoires l’an dernier. Les films français ne représentent que 2,4% de l’offre de la SVàD, plus importante sur les plateformes locales et régionales que sur celles plus globales comme Amazon ou Netflix. Le cinéma américain squatte 46,2% de l'offre. Le cinéma français reste quand même assez puissant puisque c'est la quatrième cinématographie présente sur les plateformes de SVàD, derrière les films américains, indiens et britanniques.

La Belgique, la Russie et la Corée du Sud sont les pays qui proposent le plus de films français. Par plateformes, ce sont Mubi, BFI Player et Curzon Home Cinema. Netflix, première plateforme SVàD en volume de contenus hexagonaux, est également la seule plateforme globale proche de la moyenne mondiale de films français (2,5 %) contre 1,8 % pour Amazon Prime Video, 1,5% pour HBO Go et pour 0,1 % Disney+.

Juste avant le lancement du 10e MyFrenchFilmFestival, le ministre de la Culture Franck Riester en a profité pour évoquer un rapprochement entre UniFrance et TV France International, qui fusionnerait les deux organismes de promotion de l'audiovisuel français. L'export devient une stratégie essentielle pour la France, avec l'attraction de tournages, en pleine forme.

Soutien à l'export

Le ministre en a profité pour faire des annonces relatives aux soutiens à l’export. "Exporter le cinéma est l'un des grands objectifs de politique publique du CNC et cet axe sera renforcé dans la revue générale des soutiens", actuellement en cours, a indiqué le ministre. "En dépit de fortes contraintes budgétaires", le CNC a ainsi décidé "de reconduire l’expérimentation du fonds de soutien automatique à la promotion internationale des films", qui avait été lancée pour trois ans en 2017. En outre, est aussi reconduite l’Aide à la distribution des films à l’étranger, gérée par UniFrance. "Nous avons besoin de nous développer partout, sur tous les supports et tous les genres. Pour cela, il faut un projet ambitieux sur le fonds comme sur la forme, qui embrasse les moyens d’actions d’UniFrance et de TV France International. Je suis convaincu qu’il faut créer, je ne sais pas si c’est le bon terme, mais une 'maison de l’export' ou bien une 'équipe de l’export' dans nos domaines" a expliqué le ministre.

[2019 dans le rétro] Le triomphe ambivalent de l’animation adulte

Posté par MpM, le 10 janvier 2020

Un regard rapide sur l'année écoulée suffit pour se réjouir de la vitalité du cinéma d'animation en France. Avec 50 longs métrages et 20 programmes de courts, il représente en effet en moyenne plus d'une sortie par semaine, sans compter les ressorties, ce qui témoigne d'une offre riche et diversifiée.

L'animation française s'en sort bien, avec 9 longs métrages, contre 16 pour les Etats-Unis, et 8 pour le Japon. Côté box-office, cette année encore ce sont les blockbusters américains qui dominent : Le Roi lion est en tête avec 10 millions d'entrées, suivi de La Reine des neiges 2 et de Toy Story 4. Le premier film français est loin derrière avec 750 000 entrées (Minuscule 2), tandis que le premier film d'auteur et à destination d'un public adulte, Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, affiche 320 000 entrées. Evidemment, on préférerait que ce soit le contraire, et que l'animation exigeante (et de manière générale le cinéma d'auteur) triomphe dans les salles, au nez et à la barbe des blockbusters et autres sequels en série.

Pourtant, on peut aussi voir le verre à moitié plein et se dire que si l'adaptation du roman de Yasmina Khadra pouvait sans doute prétendre à mieux (n'est-ce pas toujours le cas ?), surtout avec Zabou Breitman, personnalité connue et appréciée du grand public à la co-réalisation, son résultat au-dessus des 300 000 entrées prouve malgré tout qu'il existe un public art et essai susceptible de se mobiliser pour aller voir un long métrage d'animation qui aborde un sujet complexe et difficile (en l'occurence, l'Afghanistan des Talibans). Ce qui signifie qu'un "transfert" de spectateurs amateurs d'art et essai est bel et bien possible entre prise de vue continue et animation.

La question est plutôt de savoir pourquoi le transfert marche dans certains cas, et pas dans d'autres. On pense notamment à Funan de Denis Do, premier long métrage sensible et bouleversant sur la période terrible de la dictature des khmers rouges au Cambodge. Inspiré de l'histoire vraie de la mère et du frère du réalisateur, le film nous plonge sans fard dans le quotidien des camps de travail khmers, et expose toute la complexité d'une situation dans laquelle chacun joue sa vie à chaque instant. Malgré sa force, malgré son sujet, malgré le Cristal du meilleur long métrage à Annecy en 2018, le film n'a pas trouvé son public. Hélas, il est loin d'être le seul.

Et s'il fallait une démonstration plus cruelle encore du fait que la qualité est parfois inversement proportionnelle au nombre d'entrées, il faudrait citer ce qui demeure comme l'un des plus beaux films (tout court) de l'année 2019, Ville neuve de Félix Dufour-Laperrière, malheureusement sorti sur très peu d'écrans, et donc vu par un nombre limité de spectateurs. Ville neuve démontre pourtant autre chose que les injustices grossières du box-office.

Il est l'exemple parfait de ce que les amateurs de cinéma d'animation attendaient depuis longtemps : un long métrage qui bouscule les habitudes, tente des choses d'ordinaire bannies en animation (un long plan fixe sur deux personnages à la fenêtre, des passages abstraits au milieu du récit, un plan-séquence virtuose sur deux personnages qui marchent dans la rue...) et affirme à chaque image que l'animation n'est pas du sous-cinéma. Son histoire de couple qui tente de renouer avec le passé nous touche autant que sa variante en prise de vue continue chez Christophe Honoré dans Chambre 212, l'autre grand film sur le couple de 2019. De la même manière, son aspiration à rapprocher les espaces du rêve, de l’imaginaire, du souvenir, de l’intime et du collectif, nous interpelle et nous interroge. Ville neuve est non seulement un film destiné à un public adulte, mais aussi un film doté d'une incontestable maturité formelle et narrative.

L'autre exemple criant en la matière est bien entendu J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, qui fait lui aussi la démonstration d'une maîtrise formelle peu fréquente. Attention, il ne s'agit pas ici de technique, mais bien de mise en scène, avec un sens du cadre et du point de vue qui dénotent une connaissance millimétrée du langage cinématographique. Une virtuosité qui ne doit pas faire oublier les autres qualités de ce premier long métrage singulier, à commencer par sa mélancolie douce-amère et son émotion sous-jacente. Là encore, Jérémy Clapin déjoue les attentes en proposant, entre deux scènes d'action qui flirtent avec le cinéma de genre, une longue séquence presque statique de dialogue entre les deux personnages principaux, par interphone interposé. Cerise sur le gâteau, même s'il n'a pas battu de record, J'ai perdu mon corps est loin d'avoir démérité au Box-Office, surtout en comparaison avec nos précédents exemples...

Il faut encore mentionner Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simó et Another day of life de Raul de la Fuente et Damian Nenow qui, s'ils nous ont moins enthousiasmés, participent également à ce mouvement général de longs métrages d'animation résolument tournés vers un public plus adulte. De la même manière que le documentaire Zero impunity de Nicolas Blies, Stéphane Hueber-Blies et Denis Lambert (grand succès de festival encore inédit en salles), qui dénonce l'impunité des violences sexuelles dans les conflits armés actuels.

Quelques films, enfin, prennent le parti de s'adresser à un public certes familial, mais tout en offrant un niveau de lecture particulièrement développé aux spectateurs adultes. C'est le cas dans une moindre mesure de La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, et surtout du formidable Voyage du Prince de Jean-François Laguionie, qui aborde sans fard la question des réfugiés et de l'accueil que leur réservent nos sociétés contemporaines bien pensantes.

Et puis, bien sûr, il y a L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian, qui vient tout juste de sortir en salles, mais qui dès sa première projection au festival d'Annecy, montrait lui-aussi les facilités qu'a le cinéma (qu'il soit d'animation ou non) pour s'adresser simultanément à tous les publics. Brillant, splendide et d'une grande intelligence, le film est ainsi à la fois une fresque colorée qui retrace la vie douce amère d'une petite chienne et une réflexion profonde sur le bonheur, et notre incapacité à le saisir, ou même à le reconnaître.

A noter enfin qu'il serait impossible de prétendre à un quelconque tour d'horizon du cinéma d'animation en omettant sa part la plus foisonnante, celle du court et du moyen métrage. Cette année encore, on a vu des films superbes, comme en témoignent nos deux focus sur les meilleurs courts métrages de 2019, qui comptent une dizaine de films d'animation sur les 25 titres cités. Afin de ne pas se répéter, on ne citera donc que deux d'entre eux, qui ont d'ores et déjà marqué durablement les esprits : L'Heure de l'ours d'Agnès Patron et Physique de la Tristesse de Théodore Ushev.

[2019 dans le rétro] Nos courts métrages français préférés

Posté par MpM, le 9 janvier 2020

On poursuit ce tour d'horizon 2019 avec un panorama forcément subjectif des courts métrages français qu'il ne fallait pas rater !

2 ou 3 choses de Marie Jacobson de Anne Azoulay


Marie Jacobson est médecin. Aujourd'hui, elle apprend que c'est à son tour de mourir. Bientôt, d'ici quelques semaines. Entourée par les morts qui lui sont chers, la jeune femme s'évade dans ses souvenirs, se projette dans le passé et l'avenir, vit tant qu'elle le peut, entre refus de sa propre fin et bonheur d'être encore vivante, ne serait-ce qu'un instant.

La comédienne Anne Azoulay signe un premier court métrage bourré d'humour et de tendresse, malgré un sujet plombant et délicat. Avec justesse, douceur et sincérité, elle capte ce qui fait le sel de l'existence, et défie joliment la grande faucheuse.

Le Chant d’Ahmed de Foued Mansour


Sur la trame classique d’une rencontre entre deux personnages qu’a priori tout oppose, Le chant d’Ahmed est un conte sensible et attachant qui s'attache avant tout au facteur humain. Ahmed est employé aux bains douches publics depuis des années et voit la retraite approcher. Pour l'épauler, on lui envoie Mike, un adolescent en délicatesse avec la justice et la société. Le vieil homme consciencieux et le jeune homme qui fait feu de tout bois se découvrent une complicité inattendue, pleine d'humour et de non-dits.

Le secret du film réside dans quelques scènes fortes, finement écrites (notamment celle où Mike rappe devant Ahmed, ou lorsqu'il tente désespérément de ramasser une savonnette à l'aide d'une pince), qui apportent sincérité et justesse au récit, mais aussi une forme d'émotion subtile. On se laisse emporter par ce conte tout en retenue qui n'assène aucun message, mais observe simplement avec bienveillance l'une de ces surprises que réserve parfois la vie.

Electric Swan de Konstantina Kotzamani


La réalisatrice grecque Konstantina Kotzamani (Limbo) a posé sa caméra à Buenos Aires, pour filmer le quotidien dans un immeuble qui vacille sur ses fondations. Tout en haut, ses habitants les plus aisés sont pris de vertige et de nausée. Dans le sous-sol, le gardien craint de se noyer.

Dans des plans ultra-composés et élégants, à la beauté fulgurante, Electric Swan interroge les rapports de classe à travers la géographie sociale de cet immeuble mouvant. Entre dérision, mélancolie et bribes de surnaturel, la critique sociale se mêle à une réflexion plus large sur l'humanité, la solitude et le déracinement.

L'Heure de l'Ours d'Agnès Patron

Dans une prairie aux hautes herbes folles vivent un enfant, sa mère et un homme aux allures de cow-boy. Le couple s'aime, sous le regard de plus en plus exaspéré du jeune garçon. Agnès Patron signe une fresque flamboyante et majestueuse qui raconte, dans des éclats de rouge et de vert sur fond noir, le combat immémorial des enfants pour gagner leur liberté et s'affranchir des adultes.

Dans ce film à la fois minimaliste et spectaculaire, même les herbes qui dansent au rythme du vent sont d'une expressivité folle. Servi par l'exceptionnelle musique symphonique de Pierre Oberkampf, il mêle le souffle épique au récit intime, et emporte le spectateur dans une danse effrénée et tribale qui semble nous ramener aux origines de l'Humanité.

A noter : le film est actuellement visible sur le site d'Arte.

Le jongleur de Skirmanta Jakaite


La Lituanie, coproducteur du film, nous a habitués à un cinéma absurde et déroutant qui ne ressemble à aucun autre. Le Jongleur n'y fait pas exception, avec son récit déconstruit, sa voix off mécanique et monocorde, qui vient parfois doubler ce qui est écrit à l'écran dans une typographie de machine à écrire, et ses saynètes en apparence décousues qui passent d'un personnage à l'autre sans raison évidente.

Tout est d'un gris vibrant, sans cesse troublé par des éclats de rouge ou de vert. On ne sait si on est dans l'au-delà, ou pour la première fois face au monde tel qu'il est réellement. Cette étrangeté brute et implicitement inquiétante nous laisse ainsi dans un état troublé et confus qui renvoie à de vastes interrogations existentielles sur la vie, l'univers et le reste.

Marée de Manon Coubia


Juste avant l'ouverture de la saison de ski, les hommes se réunissent pour préparer les pistes, façonner le paysage et dompter la montagne. Mais cette nuit, la nature sauvage n'est pas prête à laisser l'homme décider pour elle. Antoine, 25 ans, est seul dans sa dameuse. Il fait alors face à l'ambivalence de cette montagne qu'il aime, respecte et connaît. Hypnotisé par sa beauté fulgurante et sa force ancestrale, il se laisse happer par la blancheur fascinante de la neige.

Manon Coubia, qui renoue pour la troisième fois avec l'univers des sommets, propose une parabole minimaliste et fulgurante sur la fragilité de l'être humain face aux éléments naturels dont il sous-estime sans cesse la puissance, non pas concrète, mais spirituelle et presque mystique. Une plongée sidérante dans la beauté de ce qui nous échappe, fortement liée aux mystères de la nuit, de la vie et de la mort.

Mon juke-box de Florentine Grelier


Lauréat du prix André Martin du court métrage, remis chaque année à l’occasion du festival d'Annecy,  Mon juke-box propose un regard tendre et complice sur la relation qui unit la réalisatrice à son père, grand connaisseur de juke-box. Comme ces machines qu'il affectionne tant, lui-même a mille anecdotes à raconter, démarrant au quart de tour à l'évocation d'un lieu ou d'une époque de sa vie.

Réalisé dans une indéniable économie de moyens, le film a quelque chose d'artisanal qui non seulement lui permet de se rapprocher formellement de son propos, mais qui le rend aussi extrêmement touchant. Sûrement parce que l'on aime tant lorsque le cinéma essaye et expérimente, on se laisse emporter, et même submerger, par ce récit intime qui ne triche jamais.

A noter : en lice pour les César 2020, le film est visible en ligne pour une durée limitée.

Moutons, loup et tasse de thé de Marion Lacourt


Juste avant la nuit, les membres d'une famille se préparent au sommeil, chacun avec ses propres rituels. En cachette, un enfant invoque un loup. C'est le début d'un voyage jusqu'aux confins du cosmos.

L'onirisme et l'humour sont les maîtres-mots de cette splendide fable aux teintes lumineuses et chatoyantes, qui joue, en les inversant, avec les figures des contes de notre enfance. Ici, le loup est le confident idéal tandis que la masse des moutons trop identiques finit par être franchement inquiétante. Comme un écrin à cette fable singulière, Marion Lacourt crée un univers à la beauté saisissante, fourmillant d'idées visuelles et d'expérimentations formelles qui en renforcent la puissance hypnotique.

A noter : Le film est actuellement visible sur le site d'Arte.

Sapphire crystal de Virgil Vernier


Virgil Vernier poursuit son travail d'observateur du monde à travers un film hybride qui emprunte tous les codes du documentaire immersif, et nous emmène à la rencontre de la jeunesse plus que dorée de Genève.

Tout est passionnant dans ce vrai-faux travail d'ethnologue, qui capte avec brio l'essence de ces soirées surfaites pleines de conversations creuses, d'argumentations futiles, d'anecdotes transgressives, et de cocaïne à l'or fin. On est à la fois fasciné et étourdi par ce monde si lointain, attiré malgré nous par ses éclats de vanité et d'outrance satisfaite d'elle-même.

Sirki de Boris Labbé


Projet réalisé en collaboration avec la ville de Sapporo, Sirki réunit quatre courts métrages de deux minutes en hommage à la culture Aïnou (population autochtone du Nord du Japon) dont elle reproduit des motifs traditionnels liés à leur vie quotidienne et à leurs croyances.

Boris Labbé y met en oeuvre des éléments récurrents dans son travail, comme la boucle, la prolifération et la métamorphose. On est comme hypnotisé par les "danses" des différentes formes, tantôt concentrées au centre du cadre, tantôt l'envahissant dans un mouvement perpétuel d'extension et de rétraction, au rythme des voix entraînantes et cadencées de la musique Aïnou.

Sous la canopée de Bastien Dupriez


Bastien Dupriez creuse son sillon en proposant à nouveau un film expérimental qui combine abstraction et propos narratif. Le réalisateur, dont on aimait déjà beaucoup Aérobie et Sillon 672, utilise la gravure sur pellicule et la peinture sur verre pour nous emmener au cœur d'une forêt peuplée de paradisiers multicolores. Au fur et à mesure du film, les beaux oiseaux se muent en taches de couleur qui virevoltent au rythme de la musique envoûtante d'Antoine Zuccarelli, puis semblent se mêler dans une explosion de teintes vives et joyeuses.

Petit à petit, pourtant, l'angoisse sourd. La musique se fait mécanique, le noir et des dégradés de rouge-orangé envahissent l'écran. Quelque chose menace la forêt. On aperçoit furtivement une forme humaine, puis des silhouettes d'arbres qui se tordent et tombent à terre. Des formes et des couleurs en mouvement, qui cherchent bien moins à représenter concrètement qu'à traduire en sensations cette destruction qui est à l'oeuvre sous nos yeux.

Un adieu de Mathilde Profit

Un premier court métrage en forme de promesse qui raconte avec simplicité et justesse les dernières heures que passent ensemble un père et sa fille qui part à Paris pour poursuivre ses études loin du domicile familial. Jamais formulée, mais omniprésente, l'imminence de la séparation est dans tous les gestes, tous les regards.

Si l'on est un peu moins sensible aux péripéties du début du film (notamment la rencontre surexplicative avec un jeune homme rencontré sur l'autoroute, ou le personnage caricatural de la propriétaire), la deuxième partie du récit, resserrée autour des deux personnages principaux, est en état de grâce. On aura peu vu l'année passée de dialogues aussi délicats et bouleversants que celui qui se tisse entre le père et la fille, toujours avec cette épure formelle et narrative qui est la marque du film. Quant à l'épilogue (muet), complexe chassé croisé dans les rues de Paris, il dit en quelques plans ce que la pudeur a empêché les personnages d'exprimer.


[2019 dans le rétro] Nos courts métrages étrangers préférés

Posté par MpM, le 8 janvier 2020

Si depuis des semaines, les classements des films sortis en 2019 fleurissent un peu partout dans la presse et les réseaux sociaux, le format court n'y est que trop rarement représenté. D'où l'envie de proposer un tour d'horizon forcément hyper subjectif des courts métrages qu’il fallait absolument voir l'année passée. Pour commencer, voici donc nos courts métrages étrangers préférés !

Acid Rain de Tomek Popakul (Pologne)


En 26 minutes, le réalisateur polonais Tomek Popakul nous fait vivre une immersion effectivement sous acide dans le monde de la nuit, à travers la rencontre entre une jeune fille qui fait la route et un homme étrange au volant d'un mini-bus. Tour à tour peuplée de cauchemars et d’hallucinations, la fuite en avant des deux personnages s’accompagne de vues en caméra subjectives, de couleurs psychédéliques, et d’un travail particulier sur le son pour que tout semble sans cesse faux et inquiétant. Le meilleur bad trip de l'année.

A noter : le film est actuellement visible en ligne.

Are you listening, mother ? de Tuna Kaptan (Turquie)


Une vieille dame est assignée à résidence, obligée de porter un bracelet électronique, mais ne cesse de s'éloigner au-delà de la distance autorisée, provoquant la venue de la police et la multiplication de lourdes amendes à payer. La force du film est de laisser le drame à la porte, latent mais hors champ, pour se concentrer sur les personnages et notamment la très belle relation de complicité qui unit le fils et sa mère. Inattendue, une séquence de danse improvisée vient par exemple éclairer de l’intérieur cette maison dans laquelle les absents occupent une place gigantesque. Un simple carton, à la fin, vient expliquer que l’intrigue est basée sur une histoire vraie, et explique la nature du délit commis par le personnage. Bien sûr cette fin apporte un éclairage tout à fait différent sur le récit, qui se teinte alors d’un discours politique et engagé, et y gagne une profondeur supplémentaire, même si l'on peut déplorer qu’il n’ait pas été possible d’incorporer ces éléments directement à l’intrigue, sans avoir recours à l’effet un peu artificiel de ce texte presque pédagogique.

Daughter de Daria Kashcheeva (République tchèque)


Doublement récompensée au dernier festival d'Annecy, la réalisatrice tchèque Daria Kashcheeva anime elle-même ses marionnettes dans un récit plutôt sombre aux accents réalistes qui met en scène la communication impossible entre une fille et son père. En simulant à l’écran les effets chaotiques d’une prise de vue “caméra à l’épaule”, parfois même en vue subjective, elle place le spectateur au centre de l’action, témoin direct de la relation ratée entre les deux personnages dont les regards peints semblent exprimer toute la douleur du monde.

La Distance entre le ciel et nous de Vasilis Kekatos (Grèce)


Une rencontre impromptue dans la nuit. Des visages cadrés en gros plan qui envahissent l'écran. Des dialogues ironiques et décalés. Et l'un des plus beaux plans de fin que l'on ait vu cette année. La Palme d'or 2019 est un film ténu et intimiste à la simplicité désarmante, à la sensibilité à fleur de peau et au minimalisme assumé, entre provocation, humour et séduction.

A noter : le film est actuellement visible sur le site d'Arte

The Little Soul de Barbara Rupik (Pologne)


Un voyage éblouissant de beauté, d'onirisme et de mélancolie au pays des morts en compagnie d'une petite âme tout juste échappée du corps qui l'abritait. Barbara Rupik travaille sur la texture de ses personnages et de ses décors jusqu'à recréer un univers organique saisissant et sublime, cadre dantesque édifiant pour le récit poétique et bouleversant d'une indéfectible amitié post-mortem.

No History in a room filled with people with funny names 5 de Korakrit Arunanondchai et Alex Gvojic (Thaïlande)


Voilà une oeuvre dense, foisonnante et complexe qui aborde la notion de collectif dans la Thaïlande contemporaine. Dans une esthétique très soignée où se mêlent éclairages au néon et magnifique lumière naturelle, il réunit des séquences qui ressemblent à des performances (à l'image de ces "fantômes" qui assistent à une projection nocturne), des passages plus documentaires et même des images d'actualité, dont le fil rouge est un fait divers médiatisé à travers toute la planète, le sauvetage de treize personnes qui étaient coincés dans une grotte inondée par les pluies. Interrogeant cet événement et ses répercussions, le film dérive sur des croyances ancestrales mettant en scène les nagas, ces créatures mythiques de l'hindouisme, et entame une réflexion plus générale sur le monde animal, tel un poème visuel ultra-contemporain et allégorique.

Nuit chérie de Lia Bertels (Belgique)


Par une belle nuit bleutée d’hiver, une poignée d’animaux insomniaques se croisent. Il y a le Ouistiti qui a peur du yéti, l’ours mélancolique, le loup musicien. Tous veillent sous l’éclat majestueux d’un ciel couvert d’étoiles filantes. Avec son esthétique ronde et douce et son camaïeu de bleus, le récit est plus contemplatif qu’initiatique. À la fois plein de spleen et de douceur. À destination des plus jeunes, mais pas uniquement, il rappelle l’inanité des préjugés et l’importance de ne pas passer à côté des belles choses de la vie : une croisière au clair de lune à dos de baleine, la surprise de surmonter ses peurs, la rencontre avec de nouveaux amis. On est conquis par la simplicité, l'intelligence et la justesse de ce conte jamais mièvre, dans lesquels les personnages sont immédiatement attachants, et les dialogues profonds. Sans oublier une mention spéciale pour la musique déchirante jouée par le loup, et la chanson finale du poète maudit.

Past perfect de Jorge Jacome (Portugal)


Dans un dialogue imaginaire et non dénué d’humour, le réalisateur Jorge Jacome (Flores) interroge le mythe de l’âge d’or et la douleur lancinante de la nostalgie. Past perfect remonte ainsi le temps au gré des souvenirs de son personnage, égrenés dans des sous-titres affichés sur l'image mais privés de voix, tandis que défilent à l’écran des images diverses et foisonnantes : une main qui fouille la terre, un palmier flou, une cassette audio qui prend l'eau...

Adapté de la pièce Play de Pedro Penim, que Jorge Jacome a retravaillée en fonction de ses propres questionnements, le film est également une réflexion sur la difficulté de traduire, en mots, mais aussi en images, la sensation très personnelle que l’on appelle nostalgie.

Physique de la tristesse de Theodore Ushev (Canada)


C'est l'un de nos grands coups de coeur de l'année, dont la critique intégrale se trouve ici. Ce film-somme intime et introspectif, qui frôle les 30 minutes de plaisir cinématographique pur, est réalisé dans une technique d'animation unique que le cinéaste est le premier à mettre au point, celle de la peinture à l'encaustique. Jouant sur la perpétuelle métamorphose de l'image et sur la dualité lumière-obscurité, ce récit poignant raconté à la première personne nous entraîne dans les souvenirs d'un narrateur qui se remémore son enfance et sa jeunesse, tout en évoquant le déracinement et la mélancolie prégnante de ceux qui ne se sentent chez eux nulle part.

Screen de Christoph Girardet et Matthias Müller (Allemagne)



La pluie qui s'abat sur le sol, la neige qui tombe en flocons légers, le sable qui s'écoule inlassablement... Des voix qui se succèdent, impérieuses ou autoritaires : "ouvrez les yeux, écoutez ma voix, vos paupières sont lourdes..." Stimuli lumineux, bruit blanc d'une télé qui ne capte plus de programmes. Les réalisateurs Christoph Girardet et Matthias Müller utilisent des extraits d'images de films qu'ils mêlent aux extraits sonores d'autres films pour réfléchir sensoriellement, par le biais d'une recherche formelle et expérimentale, à l'impact des images sur le corps et l'esprit de celui qui les reçoit. Ils inventent ainsi une forme de séance d'hypnose cinématographique collective forcément hallucinée. Sans trop savoir à quelle expérience on participe (est-on le sujet hypnotisé auquel s'adressent les voix de fiction ou le spectateur réel, incapable de détacher son regard de l'écran ? - l'analogie est aussi forte qu'évidente), on est fasciné au sens le plus fort du terme par cette succession de plans qui nous entraînent toujours plus loin dans la force incommensurable de l'image. On voudrait littéralement que l'écran ne s'éteigne plus jamais, nous permettant de baigner pour toujours dans cette alternance de lumière et d'obscurité capable de nous faire quitter notre corps et voyager bien au-delà des mondes connus sans jamais quitter notre fauteuil.

She runs de Qiu Yang (Chine)


Qiu Yang (Under the sun et A gentle night, Palme d’or du meilleur court métrage en 2017) continue à creuser efficacement le sillon de son cinéma esthétique au classicisme discret. Son film à la beauté formelle édifiante a d'ailleurs sans surprise remporté le Prix du meilleur court métrage lors de la dernière Semaine de la Critique cannoise. On y voit dans des plans composés comme des tableaux à la profondeur de champ quasi inexistante, et où se multiplient les cadres intérieurs à l'image, une jeune gymnaste lutter pour quitter l'équipe à laquelle elle appartient. Visuellement éblouissant.

Volcano : what does a lake dream ? de Diana Vidrascu (Portugal)


L'artiste Diana Vidrascu s'appuie sur des récits et des images de l'archipel des Açores pour interroger les réalités d'un lieu situé sur une zone tectonique en mouvement. A quoi rêve le lac au-dessus du volcan momentanément endormi ? Il se dérobe aux yeux des spectateurs, emporté au son d'une musique lancinante dans des jeux de surimpressions et de projections qui mettent en perspective la géographique et l'histoire de ce petit coin du monde où se manifeste plus qu'ailleurs la volonté toute puissante de la nature. On est comme à l'écoute de ce mystère insondable, yeux écarquillés et sens en alerte.

Wild will d'Alan King (Australie)



Un policier rencontre l’une de ses connaissances dans la rue, trouve son comportement étrange (il est désorienté et ne semble pas le reconnaître), le ramène au poste. C’est là que l’homme révèle sa vraie nature, dans une scène d’une violence inouïe dont on ne voit pourtant rien à l’écran, si ce n’est un reflet flou dans une paire de lunettes posée sur la table. Tout ou presque se joue au niveau sonore, avec des cris et des grognements qui glacent le sang. Mais ce qui est le plus effrayant, c’est probablement le plan qui revient au visage privé de réaction de l'homme, absent à lui-même. Alan King  nous emmène au confins de la monstruosité, dans une dimension parallèle où se révèle brutalement le vrai visage de l’être humain, et réaffirme le cinéma comme art du hors champ.

[2019 dans le rétro] Des minorités moins visibles mais toujours très rentables

Posté par wyzman, le 4 janvier 2020

Année après année, le constat semble sans appel : inclure des personnages joués par des acteurs de couleur permet d’attirer plus de monde en salle ou du moins de diversifier le public. Cette année, malgré l’absence d’énormes blockbusters faussement destinés à des communautés précises comme Black Panther ou Crazy Rich Asians, la diversité à néanmoins payé.

L’Amérique de Disney frappe fort

Si l’on se penche sur le box-office américain, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Produire des films représentatifs, c’est-à-dire respectueux de la diversité de couleurs qui composent les Etats-Unis est porteur. Et ce n’est certainement pas Disney qui dira le contraire. Véritable carton, Avengers : Endgame et son casting multiculturel ont rapporté plus de 858 millions de dollars sur le seul sol nord-américain. Grâce aux acteurs de Black Panther — oui, encore — (Chadwick Boseman, Danai Gurira, Angela Bassett, Letitia Wright, Winston Duke) et aux "cautions diversité" des autres franchises Marvel (Don Cheadle, Zoe Saldana, Anthony Mackie et Tessa Thompson pour ne citer qu’eux), le mega-crossover des frères Russo a atteint son objectif : être le film le plus commenté de l’année.

A mieux y regarder, tous les films Marvel proposent désormais un rôle important à un personnage joué par un acteur de couleur (noir le plus souvent). Dans Captain Marvel sorti quelques semaines avant Avengers : Endgame, c’est Lashana Lynch qui captivait le public. A ses côtés, Samuel L. Jackson continuait d’oeuvrer bien plus sobrement que dans Spider-Man : Far From Home (sorti cet été) où son Nick Fury semblait prendre beaucoup (trop) de place. D’ailleurs, pour continuer à parler de Samuel L. Jackson, c’est bien évidemment son rôle dans Glass de M. Night Shyamalan qui demeurera le moment fort de son année ciné !

Toujours du côté de Disney, impossible de ne pas parler du Roi Lion de John Favreau. En plus d’effets spéciaux ultra-réalistes, le film disposait d’un casting de rêve bien qu'invisible une fois dans la salle : Donald Glover, Beyoncé, James Earl Jones, Chiwetel Ejiofor, Alfre Woodard et Keegan-Michael Key. Autant d’acteurs qui sont devenus un véritable atout marketing, bien au-delà de l’envie de voir la version live de ce film d’animation culte. En parallèle, pour surfer sur la vague africanisante qui a soudainement frappé la pop culture à la fin de cette décennie, la production a eu la bonne idée de laisser à Beyoncé le soin de produire toute une bande originale qui fait la part belle au continent africain. Encore et toujours du marketing de génie !

Mais Le Roi Lion n’est pas le seul remake en live-action à avoir fait du bruit en 2019. Malgré des critiques loin d’être élogieuses, l’Aladdin de Guy Ritchie a su tirer son épingle du jeu, amassant plus d’un milliard de dollars à travers le monde. Comme quoi, le mélange d’inspirations arabes, persanes et indiennes continue d’être porteur. Et ce mois-ci, Disney espérait compter sur Star Wars, épisode IX : L’Ascension de Skywalker pour continuer à prétendre être une multinationale inclusive. Mais le peu de temps à l’écran accordé à l'actrice Kelly Marie Tran n’a pas échappé à la toile !

Dans le reste du box-office américain, on note bien évidemment les très bons scores de Fast and Furious : Hobbs and Shaw (173 millions de dollars de recettes) et Jumanji : Next Level (151 millions). Tous deux portés par Dwayne Johnson, le premier joue à fond la carte des racines polynésiennes de l’acteur tandis que le second était une nouvelle excuse pour mettre ses muscles (saillants) à rude épreuve.

Des films indépendants branchés stars

Mais pour comprendre tout l’intérêt d’une meilleure représentativité dans l’espace cinématographique américain, c’est sans surprise du côté du cinéma indépendant qu’il convient de se tourner. En effet, l’adaptation US d’Intouchables (The Upside) a créé la surprise outre-Atlantique grâce au duo formé par Bryan Cranston et Kevin Hart. The Last Black Man in San Francisco de Joe Talbot et qui raconte l’histoire d’un homme qui veut à tout prix récupérer la maison construite par son grand-père a fait pleurer dans les chaumières tandis qu’Eddie Murphy est réussi à revenir sur le devant de la scène avec le film distribué par Netflix Dolemite is My Name.

Les deux événements « diversité » de cette année s’appelaient sans l’ombre d’un doute Us et Hustlers (Queens en VF). Après Get Out, Jordan Peele a décidé de mettre en scène les traumas d’une famille Noire-américaine avec Lupita Nyong’o et Winston Duke (encore lui !) dans les rôles des parents. La performance de l’actrice l'a rapidement placée sur la it-list des prochaines nominations aux Oscars. Un peu comme Jennifer Lopez, fausse révélation de l’année. La chanteuse d’origine portoricaine en a ébloui plus d'un(e) dans ce film de braqueuses extrêmement sexy. Grâce aux participations de Constance Wu, Keke Palmer, Cardi B et Lizzo, le film est rapidement devenu un must-see pour la génération E!

Le cinéma français peut remercier Cannes

Dans l’Hexagone, le constat est sensiblement différent. Hormis les films déjà mentionnés plus haut, on ne peut qu’être attristé par le faible (et mauvaise) représentation de la diversité dans nos productions "locales". Alors que Green Book de Peter Farrelly et Creed 2 de Steven Caple Jr. ont tous deux passé la barre symbolique du million d’entrées, il faut chercher un moment avant de trouver un film français qui ait réussi cet exploit.

Par chance, l’édition 2019 du Festival de Cannes a relevé la barre. Présidé par  le réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu, ce nouveau cru a été l’occasion de voir de belles surprises. Bien évidemment, la Palme d’or revenue au sud-coréen Parasite était une évidence. Et l’on ne peut que féliciter le 1,6 million de Français qui a laissé sa chance à cette oeuvre complexe et unique en son genre. A côté, le grand prix Atlantique de Mati Diop a permis de faire évoluer les consciences sur les immigrés venus du Sénégal. A l’heure où les extrêmes se font de plus en plus incontournables, une telle oeuvre méritait reconnaissance et visibilité.

A l’instar des Misérables de Lady Ly et Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, Prix du jury ex-aequo cette année. Centré sur l’impact que peuvent avoir les violences policières, le premier est rapidement devenu un sujet de conversation incontournable dans « les banlieues » mais pas que tandis que le second a brillé par son casting arc-en-ciel, véritable révélateur d’une société brésilienne plus hétérogène qu’on ne le pense. Enfin, notons le Prix SACD de la Quinzaine des Réalisateurs remis à Une Fille facile de Rebecca Zlotowski. Porté un duo improbable d’actrices d’origine maghrébine (Mina Farid et Zahia Dehar), cette comédie dramatique était immanquable à la fin de l’été !

[2019 dans le rétro] Le cinéma de genre en quête d’un nouveau souffle

Posté par kristofy, le 4 janvier 2020
C’était quoi le cinéma de genre en 2019 ?

L'année dernière parmi une production pléthorique au niveau international, il y avait tout de même eu une dizaine de films français notables (dont Revenge de Coralie Fargeat, La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher, La Femme la plus assassinée du monde de Franck Ribière...). Les surprises les plus fortes de 2018 en films de genre, de la SF à l'horreur, nous étaient venues en fait des plus grands cinéastes : Guillermo del Toro avec La Forme de l'eau, Steven Spielberg avec Ready player one, Lars von Trier avec The House that Jack built, la version en 3D de Détective Dee: la légende des Rois Célestes de Tsui Hark, et Ghostland du français Pascal Laugier.

Une fois ce souvenir ravivé, force est de constater que pour ce qui est des films sortis en salles en 2019, il y a toujours une belle diversité, mais beaucoup moins de succès populaire qui séduit au delà des spectateurs aficionados de sensations fortes, sauf à quelques exceptions.

Le genre sacré dans les festivals

Le succès d'estime de l'année avec un bouche-à-oreille de la part de ceux qui l'ont vu est sans doute le cauchemardesque Midsommar de Ari Aster. Même si, avec autant de buzz, on s'attendait à un succès bien plus large. Sans doute un excès de vanité et un culte peut-être trop prématuré (le film a été ressenti comme très flippant pour beaucoup, et trop long et navrant pour d'autres).

Bien évidemment on peut toujours compter sur les films coréens à sous-texte politique comme Le Gangster, le flic et l'assassin de Lee Won-tae (passé par le Festival de Cannes), billard à trois bandes efficace. L'année 2019 aura d'ailleurs été marquée par un autre succès plus extraordinaire lié au cinéma de genre mais qui dépasse ce type même de cinéma, un succès d'autant plus extraordinaire puisqu'il a déjoué n'importe quelle prédiction : il s'agit de Parasite de Bong Joon-ho qui a reçu la Palme d'or et attiré en salles par plus de 1,6 million de spectateurs en France (devenant le film à Palme d'or le plus vu depuis 15 ans et le film coréen le plus populaire de l'histoire). Tellement fédérateur, qu'il figure dans le top des favoris de l'année de tout le monde,  avec peut-être bientôt l'Oscar du meilleur film international... A cette Palme d'or, Venise a répondu par un Lion d'or à un autre film "de genre", et le sempiternel combat du Bien contre le Mal si américain, avec Joker de Todd Phillips, qui a su renouveler le film de super-héros.

Le cinéma de genre français se (re)cherche...
Il ne faut pas se le cacher: ce type de film représente un risque financier (un peu moins s'il est en langue anglaise), d'autant plus s'il est soumis à l'interdiction aux moins de 16 ans qui fait peur aux distributeurs et aux exploitants. Pourtant le public est bel et bien là comme le prouve les gros succès de certains films américains prémâchés et formatés (Ça - chapitre 2, Annabelle 3, Simetierre...).

L'embellie de l'année dernière est passée et malheureusement, en 2019, le cinéma de genre français dans les salles était quasiment invisible. Girls with balls de Olivier Afonso a connu une regrettable difficulté avec son distributeur initial et a dû être diffusé sur la plateforme Netflix. En fait, le seul film a être sorti discrètement en salles aura été Tout les dieux du ciel de Quarxx. Pour se consoler il y a eu tout de même une poignée d'autres films qui en s'approchant de certains éléments du genre sont à saluer : le sous-marin en guerre de Le Chant du Loup de Antonin Baudry, efficace, le rite vaudou de Zombi Child de Bertrand Bonello, délirant, et différentes folies meurtrières jouissives dans Le Daim de Quentin Dupieux (avec Jean Dujardin) ou dans Furie de Olivier Abbou, sans oublier le plutôt drôle Rebelles de Allan Mauduit (avec Cécile De France). On en voudrait plus... Pour se regonfler notre égo on peut se dire que le meilleur film de genre de 2018 avait été Ghostland réalisé par le français Pascal Laugier, qui a cartonné à l'international. Et il en est de même encore en 2019 (là encore tourné en langue anglaise) avec le "survival" dans une maison inondée en plein ouragan face à des alligators de Crawl de Alexandre Aja. Cela pourrait changer dans les années qui viennent depuis que le CNC a mis à disposition une aide spécifique aux films de genre. Mais il reste toujours le problème de la diffusion.

Le cinéma de genre américain capitalise ses recettes...
Au global les plus gros succès aux Etats-Unis en millions de dollars sont, comme d'habitude, des suites avec des super-héros. Le cinéma de genre est donc aussi inclus dans cette exploitation d'un univers déjà connu avec diverses suites : Godzilla 2: Roi des monstres, Retour à Zombieland, Happy Birthdead 2 You, et bien sûr Star Wars, épisode IX: l'ascension de Skywalker. Et quand on ne fait pas de suite alors on produit un reboot d'une histoire bien connue mais avec un autre acteur comme le nouveau (et raté) Hellboy de Neil Marshall, et l'ambitieux Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez, qui espérait en faire une trilogie. Parfois le plaisir (coupable) est bien là, mais souvent bien que le spectacle soit plaisant la déception s'invite aussi.

Les grands noms ne font plus recette...
Il y a quelques années certains noms sur une affiche étaient suffisamment vendeur pour remplir les salles, un succès précédent était la promesse d'un nouveau succès, mais ce n'est clairement plus le cas. Il y a eu plusieurs résultats (à divers degrés) très en dessous des espérances des distributeurs, et surtout de celles du spectateurs. C'est le cas pour Gemini Man de Ang Lee avec Will Smith, malgré ses prouesses techniques, Glass de M. Night Shyamalan avec Bruce Willis, alors que le film remplissait son contrat, Ad Astra de James Gray avec Brad Pitt, sans doute trop métaphysique, et The Dead don't die de Jim Jarmusch avec Bill Murray, trop léger. Cette année on a frôlé l'overdose de nouvelles adaptations d'histoires de Stephen King : Doctor Sleep (la suite de Shining), Simetierre (le remake), Ça: chapitre 2 (la suite du remake). Mais King reste une valeur sûre en salles si on en croit le box office des deux derniers.

A noter toutefois que c'est avec le cinéma de genre que l'actrice noire Lupita Nyong'o regagne en popularité depuis son Oscar pour 12 Years a Slave en 2013. Après avoir reçu peu de propositions, elle a su rebondir sur le carton de Black Panther l'année dernière. Cette année, elle était l'héroïne principale de deux films fantastiques, à se battre contre des zombies dans Little monsters (récompensé du Corbeau d'or au BIFFF) et contre son double maléfique dans Us de de Jordan Peele.

Les surprises les plus rafraîchissantes...
Si les gros films, pour généraliser, n'ont pas été cette année à la hauteur des attentes, il y a eu d'autres films plus modestes qui ont été des bonnes surprises (comme chaque année d'ailleurs). Captive State de Rupert Wyat ayant connu un échec aux Etats-Unis est sorti presque inaperçu courant avril tout comme la comédie-phnéomène cultissime Ne coupez pas! du japonais Shin'ichirô Ueda, sortie très discrète aussi de Brightburn: l’enfant du mal de David Yarovesky.

C'est clairement le cinéma nordique qui renouvelle le plus le cinéma de genre, même si il est relativement ignoré, faute d'un manque de diffusion des films : Cutterhead du danois Rasmus Kloster Bro, The Quake du norvégien John Andreas Andersen, The Unthinkable du collectif suedois Crazy Pictures (sorti en dvd), et Border en Suède par le danois Ali Abbasi sorti en salles début janvier 2019 (après une récompense au Festival de Cannes 2018). N'oublions pas le norvégien André Øvredal, qui a réalisé aux Etats-Unis Scary Stories (co-scénarisé par Guillermo Del Toro).

Pour conclure, finissons sur un espoir pour l'année à venir. La nouvelle actrice qui peut prétendre au titre de la 'Screaming Queen' de 2019 est Samara Weaving dans l'attrayant Wedding Nightmare...

[2019 dans le rétro] Des films LGBT : une belle quantité et surtout une bonne qualité

Posté par wyzman, le 3 janvier 2020

Après une année 2018 marquée par des avancées majeures dans la représentation de la communauté LGBT au cinéma, l’année 2019 aura été celle des explorations (plus ou moins) réussies.

Une compétition cannoise très queer

Une fois n’est pas coutume, c’est sur la Croisette que l’on a vu d'excellents films autour de personnages LGBT. A commencer par Douleur et Gloire, le dernier film de Pedro Almodóvar. Pendant près de deux heures, le cinéaste espagnol propose une analyse poussée de ses propres traumas grâce à  l'histoire d’un réalisateur, à la sexualité jamais cachée, qui a connu le succès avant d’être dans l’incapacité physique de tourner des films. L’occasion pour Pedro Almodóvar d’offrir un rôle de premier plan à Antonio Banderas qui a décroché un prix d’interprétation. On se souviendra longtemps de cette scène où le personnage de Banderas enfant tombe dans les pommes en voyant le bel artisan se laver devant lui. Egalement en compétition à Cannes, Roubaix, une lumière était la plus atypique des déclarations d’amour d’Arnaud Desplechin. Cela étant, à l'aide de Léa Seydoux et Sara Forestier, il y dépeint une relation amoureuse lesbienne toxique particulièrement intrigante.

Les véritables moments marquants de la compétition nous ont été offerts par Xavier Dolan et Céline Sciamma. Avec Matthias et Maxime, celui que l’on a très tôt considéré comme un prodige prouve qu’il n’a rien perdu de sa superbe. Après deux films internationaux qui n’ont pas autant convaincus que prévu, Xavier Dolan signe un film personnel sur deux amis d’enfance bouleversés par un baiser effectué pour les besoins d’un film. Véritable drame sur l’éclosion des sentiments, Matthias et Maxime fait partie des films les plus touchants de la filmographie du Québécois.

De son côté, Céline Sciamma n’a pas démérité. Avec Portrait de la jeune fille en feu, elle a complètement retourné la Croisette, offrant aux spectateurs et aux critiques le drame lesbien dans la Bretagne de 1770 qu’ils méritaient. Aussi sentimental et cérébral que Carol de Todd Haynes, Portrait de la jeune fille en feu fait la part belle aux jeux de regards et captive par les performances très authentiques de Noémie Merlant et Adèle Haenel.

La Queer Palm, un gage de qualité ?

Toujours à Cannes, mais hors compétition, il ne fallait pas manquer Rocketman de Dexter Fletcher. Ce biopic consacré au génie créatif d’Elton John donne lieu à de jolies séquences musicales tout en ayant l’allure d’un couteux album souvenir validé par l’artiste lui-même. Loin d’être aussi queer et flamboyant que prévu, malgré quelques allusions sexuelles, Rocketman a bénéficié d’une tournée promotionnelle parfaitement assurée par ses (très beaux) acteurs principaux : Taron Egerton, Jamie Bell et Richard Madden. Du côté d’Un Certain Regard, le drame Port Authority aura fait parler de lui grâce à Leyna Bloom, la première actrice transcengenre et de couleur à être la tête d’affiche d’un film cannois. Centré sur la rencontre entre un jeune homme blanc (Paul joué par Fionn Whitehead) et une danseuse trans noire (Wye), Port Authority vaut le détour pour ce qu’il dit de la masculinité et de la notion de « famille ».

Mais c’est sans l’ombre d’un doute Et puis nous danserons (présenté à la Quinzaine des réalisateurs) que l’on ne cessera jamais de vous recommander. Premier long-métrage LGBT en Géorgie, le film de Levan Akin raconte comment Merab, un danseur de l’Ensemble national géorgien est troublé par l’arrivée dans sa classe d’Irakli, un rival plein de surprises. En s’éloignant du très basique film d’apprentissage sur le coming out, Et puis nous danserons montre avec beaucoup de sérieux la prise d’indépendance un jeune homme rejeté de toutes parts et pourtant loin d’être aussi fragile qu’on ne le pense. Grâce à des séquences dansées hypnotiques et terrifiantes et un acteur principal charismatique, le superbe Levan Gelbakhiani, Levan Akin signe ici le meilleur drame gay de l’année. Rien que ça !


Des pépites trop vite oubliées ?

Disponible sur Netflix depuis le 1 février, Velvet Buzzsaw de Dan Gilroy n’a pas fait couler autant d’encre que prévu. Thriller horrifique de bonne facture, le film s’est révélé un peu trop prévisible pour que la presse l’applaudisse. Et malgré un teasing généreux autour des scènes de sexe de Jake Gyllenhaal, son rôle de critique d’art bisexuel n’était finalement accompagné que de coïts hétérosexuels. Une déception qui a vite fait tomber le projet dans les abîmes d’Internet...

A l’inverse, Boy Erased de Joel Edgerton a su davantage convaincre. Malheureusement, son sujet (la thérapie de conversion forcée d’un jeune homme gay par son père pasteur) pourrait en avoir rebuter plus d’un. Nécessaire et rigoureusement réalisé, Boy Erased jouit d’un casting quatre étoiles (Lucas Hedges, Russell Crowe, Nicole Kidman, Joe Alwyn, Xavier Dolan, Flea, Troye Sivan)  qui vaut tous les visionnages du monde !

En parallèle, Entre les roseaux est la jolie surprise de l’année. En dépeignant l’histoire d’amour d’un étudiant finlandais et d’un réfugié syrien, Mikko Mäkelä a pris tout le monde de court. Ode à peine déguisée à la libération des corps et de l’esprit, Entre les roseaux peut se vanter de disposer d’une photographie et d’une lumière extraordinaires. Ses acteurs principaux Janne Puustinen et Boodi Kabbani sont des raisons supplémentaires de découvrir cette belle découverte.

Des surprises très engagées

Longtemps critiqués pour leur manque d’intérêt pour le cinéma LGBT, producteurs, scénaristes et cinéastes francophones semblent de plus en plus inspirés par une communauté aux mille facettes. Si la télévision commence tout juste à s'en emparer, le cinéma, cette année, a montré qu'on pouvait être populaire et queer. Il ne fallait donc pas louper Les Crevettes pailletées, la comédie déjantée de Maxime Govare et Cédric Le Gallo. Dans celle-ci, Nicolas Gob joue un vice-champion de natation homophobe qui est contraint d’entraîner une équipe gay de water-polo. L’occasion pour les acteurs Alban Lenoir, Michaël Abiteboul, David Baiot, Roman Lancry, Roland Menou, Geoffrey Couët, Romain Beau, Félix Martinez ou encore Pierre Samuel de nous faire rêver et rire au cours de séquences d’anthologie (l’enterrement, really!)

Du côté de la Belgique, impossible de ne pas évoquer Lola vers la mer ou l’un des meilleurs drames jamais réalisés sur la jeunesse trans. Porté par le duo père fille Mia Bollaers/Benoît Magimel, le film de Laurent Micheli montre comment l’incompréhension est souvent à l’origine des pires situations transphobes dans le cercle familial. Plus sensé et sensible mais sans doute moins maîtrisé que Girl de Lukas Dont, Lola vers la mer est un sacré road-movie sur la différence !

C'est autre chose qu'un simple clin d'oeil aux gays et lesbiennes dans Avengers ou Star Wars. Car du côté d'Hollywood, si les gays, lesbiennes, trans, bi sont de mieux en mieux représentés, notamment dans les séries, ils restent absent des gros blockbusters de l'année. A deux exceptions notables, datant de 2018 mais sorties en 2019: le personnage homosexuel de Mahershala Ali dans Green Book, Oscar du meilleur film et Oscar du meilleur second-rôle masculin. Et la reine aux amours invertis dans La favorite, qui a valu l'Oscar de la meilleure actrice à Olivia Colman.

Evidemment, on reste loin du cas de la série "Elite" où le gender fluid domine et où chacun baise qui il veut, sans se soucier des jugements.

[2019 dans le rétro] Des espoirs qui brillent

Posté par kristofy, le 2 janvier 2020

Révélation internationale de l'année : Zazie Beetz
C’est elle la principale révélation de cette année 2019 : les partenaires les plus prestigieux qui lui donnent la réplique à l’écran, plusieurs films dans les festivals de cinéma et sortis en salles, et un immense succès mondial avec Joker ! Son ascension est classique avec quelques rôles dans des séries télé et quelques films, jusqu’au moment où elle s'est retouvée à l’affiche de Deadpool 2 l’année dernière. Depuis elle a reçu des piles de scénarios et surtout des propositions de rôle différentes : 5 nouveaux films ! Cette année on a pu la voir en février dans High Flying Bird de Steven Soderbergh (sur Netflix), puis à la Quinzaine des Réalisateurs dans Wound avec Armie Hammer et Dakota Johnson (diffusé ensuite sur Netflix également). Elle est venue à Venise pour y défendre deux films : Seberg avec Kristen Stewart (qui a une liaison avec un leader du mouvement Black Panther, dont Zazie est la compagne) et Joker avec Joaquin Phoénix (elle est la voisine dont il devient amoureux) qui y recevra le Lion d’or. Elle joue aussi dans Lucy in the sky avec Natalie Portman (dont la sortie a été décalée début 2020). Zazie Beetz était presque partout et surtout dans les bons films...

Révélation féminine en France : Noémie Merlant
Elle avait déjà été nommée dans la catégorie César du meilleur espoir féminin. Malgré plusieurs années d'activité, son nom et son visage restaient méconnus du grand public mais ça a changé en 2019. Cela devrait même valoir à Noémie Merlant une prochaine nomination au César de la meilleure actrice. Même si elle ne gagne pas cette statuette dorée, l’actrice de l’année 2019 fut la sienne. Dans les trois films à l’affiche où elle était l’héroïne, elle a presque éclipsé de son charisme ses partenaires de jeu. Elle a fait briller Les Drapeaux de papier de Nathan Ambrosioni (sorti le 13 février), elle a fait vibrer Curiosa de Lou Jeunet (sorti le 3 avril), et surtout elle a fait enflammer Portrait de la jeune fille en feu , face à Adèle Haenel, de Céline Sciamma.

Révélation masculine en France : Anthony Bajon
Son nom s'est imposé en 2018 pour son rôle dans La Prière de Cécric Kahn avec, au Festival de Berlin, un Ours du meilleur acteur pour ses 23 ans. En coulisses, les gens qui ont travaillé avec lui en font son éloge : Cécric Kahn, Philippe Lioret, Adèle Haenel, Guillaume Canet... Il lui fallait confirmé qu'il était plus qu'un espoir, mais bel en bien en train de devenir un nouvel acteur qui va compter, et c'est en train de se produire. Cette année il a justement partagé l'affiche avec Guillaume Canet dans Au nom de la terre de Edouard Bergeon et c'est lui qui impressionne le plus : le film est devenu un grand succès public (inespéré) avec 2 millions de spectateurs. On y voit ce jeune Anthony Bajon prendre de l'épaisseur et s'imposer naturellement à l'écran. En 2019 il était aussi à l'affiche de Tu mérites un amour de Hafsia Herzi. Il y incarne un photographe en devenir et, là encore il retient l'attention. Anthony Bajon a aussi beaucoup tourné dans des films à venir en 2020 : la série Paris-Brest de Philippe Lioret, il sera dans le prochain Stéphane Brizé Pour le meilleur et pour le pire avec Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, dans La troisième guerre avec Leïla Bekhti et Karim Leklou, et dès ce 8 janvier il a aussi un petit rôle dans Merveille à Montfermeil de Jeanne Balibar.

Meilleur espoir féminin : #NousToutes
Les films dans les différentes sélections du Festival de Cannes cette année ont fait forte impressions jusqu'à être pressenti pour des nominations à un Oscar, et c'est pour certains films aussi un nouveau tremplin pour plusieurs actrices : Emily Beecham (Prix d'interprétation) dans Little Joe de Jessica Hausner, Mina Farid dans Une fille facile de Rebecca Zlotowski, Lyna Khoudri (photo) dans Papicha de Mounia Meddour; tous des films réalisés par des femmes.
Plus important, 2019 aura beaucoup fait évoluer la représentation de ce que à quoi ressemble une grande actrice : ce n'est plus seulement une star avec une imposante filmographie. Les plus grandes actrices de cette année sont des débutantes ou des émergentes, qui ont su porter un film sur leurs épaules malgré ou à cause de leur différence : la culturiste musclée Julia Föry dans Pearl de Elsa Amiel, la petite mexicaine devenue cyborg Rosa Salazar dans Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez, Mélanie Gaydos avec un visage marqué une maladie génétique rare dans Tous les Dieux du ciel de Quarxx, la jeune femme transgenre Mya Bollaers dans Lola vers la mer de Laurent Micheli, et la collégienne de 12 ans Lise Leplat Prudhomme dans Jeanne de Bruno Dumont.

Bravo à elles!

Ceux qui nous ont quitté en 2019

Posté par redaction, le 1 janvier 2020

Etsuko Ichihara

Michel Legrand

Albert Finney

Bruno Ganz

Stanley Donen

André Previn

Luke Perry

Agnès Varda

Seymour Cassel

Bibi Andersson

Jean-Pierre Marielle

John Singleton

Anémone

Jean-Claude Brisseau

Machiko Kyo

Doris Day

Sylvia Miles

Franco Zeffirelli

Édith Scob

Jeon Mi-seon

Pierre Lhomme

Rutger Hauer

Jean-Pierre Mocky

Peter Fonda



Michel Aumont

Charles Gérard

Marie-José Nat

Robert Forster

Robert Evans

Marie Laforêt

Lawrence G. Paull

Danny Aiello

Anna Karina


Claudine Auger

Sue Lyon