3 raisons de ne pas aller voir My Little Pony

Posté par wyzman, le 19 octobre 2017

Habitués à voir ces petits poneys en boucle à la télévision, nous avons voulu savoir ce que donnait l'adaptation cinématographique des jouets My Little Pony. Et outre le fait de ne pas être partis avant la fin du film, ce fut sans doute notre plus grosse erreur.

1. Le scénario est aussi palpitant que celui d'Alice de l'autre côté du miroir. Pendant 99 minutes, le spectateur adulte est en effet contraint de voir le méchant roi Storm envahir Canterlot et s'en prendre à au royaume d'Equestria. En danger et voulant secourir les autres princesses du royaume, Twilight part à la recherche de la reine Novo. Cette dernière serait apparemment la seule à pouvoir aider Twilight et ses fidèles amis Spike, Rainbow Dash, Pinkie Pie, Rarity, Fluttersh et Starlight. Vous l'avez compris, dans My Little Pony - le film, il est question de quête, d'amitié et de courage. On a quand même vu plus inédit pour un film d'animation...

2. Le casting est parfait mais on n'en profite pas. Parce que vous irez sans doute voir My Little Pony avec vos enfants, frères, sœurs, cousins, cousines, neveux, nièce ou autre, vous opterez pour la VF et n'aurez donc pas le plaisir de profiter des voix originales de Zoe Saldana en capitaine pirate, Emily Blunt géniale en fausse méchante, Liev Schreiber en affreux vilain ou encore celle d'Uzo Aduba en reine autoritaire. Bref, un sacré gâchis - à moins que vous ne décidiez de lâcher vos proches pour le voir en VO et pouvoir apprécier ce divertissement loin d'être pédagogique mais franchement fun.

3. Sia est loin d'être au top de sa forme. Au cas où vous l'ignoriez, la chanteuse australienne Sia a d'ores et déjà interprété et/ou composé les bandes originales d'Annie, Transparent, Zootopie, Lion et plus récemment Wonder Woman. Mais pour My Little Pony, elle a eu droit à un poney à son effigie, qui est également une immense popstar dans le film mais dont le tube phare ("Rainbow") est une vraie catastrophe. Et cela, malgré ses quelques 11 millions de vues sur YouTube ! Parolière hors norme, Sia semble au plus bas ici, allant jusqu'à chanter un "I can see a rainbow / In your tears as they fall on down" auquel elle ne croit pas non plus...

Festival Lumière 2017 : De John Ford à Jane Campion, il n’y a qu’un pas vers les horizons lointains

Posté par Morgane, le 17 octobre 2017

Ce qu’il y a de formidable au Festival Lumière c’est son éclectisme. On peut embarquer à bord d’un train nous conduisant vers l’Ouest aux côtés de James Stewart et Vera Miles, puis, juste après, se retrouver sur une pirogue accostant sur une plage isolée de Nouvelle-Zélande et patienter avec Holly Hunter et Harvey Keitel que quelqu’un vienne nous chercher. Ou comment faire le grand écart entre deux chefs d’oeuvre du 7ème Art, L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) et La Leçon de Piano de Jane Campion (1993)…

C’est en effet la richesse du Festival Lumière. Cette année on pourra découvrir l’univers poétique et envoutant de Wong Kar-wai, percer le mystère d’Henri-Georges Clouzot, revoir des westerns classiques sélectionnés par Bertrand Tavernier, continuer l’histoire permanente des femmes cinéastes, admirer les sublimes moments du muet, rencontrer Tilda Swinton, Diane Kurys, Anna Karina, Jean-François Stévenin, Guillermo Del Toro, voir ou revoir les grandes projections ou les nouvelles restaurations, découvrir en avant-première Shape of water de Guillermo Del Toro mais également la palme d’or The Square ainsi que les 8 épisodes de la série continuant le Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier…

John Ford réunit John Wayne et James Stewart

C’est Bertrand Tavernier qui nous a fait l’honneur de sa présence tôt ce dimanche matin pour une séance dans la grande salle de l’Institut Lumière. L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) fait partie de sa sélection Westerns Classiques qu’il présente cette année au Festival. Il en a choisi quatorze parmi lesquels La poursuite infernale, La rivière rouge, Le train sifflera trois fois, La chevauchée des bannis
Dans L’Homme qui tua Liberty Valance, John Ford retrouve John Wayne avec qui il a déjà tourné de très nombreux films (La prisonnière du désert, La charge héroïque, L’homme tranquille, Rio Grande…) ainsi que James Stewart avec qui il vient juste de tourner Les 2 cavaliers.

Bertrand Tavernier, friand d’anecdotes, n’en manque pas sur ce film et notamment sur son tournage rappelant que John Wayne, fort reconnaissant envers Ford, qui est un réalisateur très important dans sa carrière, participe au film dès que John Ford le lui demande. Et pourtant il est bien maltraité durant le tournage, Ford n’étant pas tendre avec les vedettes, mais très amical avec le reste de l’équipe. Bertrand Tavernier revient également sur ce chef-d’oeuvre, véritable oeuvre testamentaire de John Ford réunissant de nombreux thème forts et chers au cinéaste tels que la naissance de l’Amérique, la question de l’étranger, des personnages qu’il aime à humaniser et un humour présent tout au long du film (on se souviendra de la mythique scène du steak).

Le trio masculin symbolise cette naissance d’une nouvelle Amérique. On y retrouve Valance (Lee Marvin) qui ne communique que par les coups et son fusil, Stoddard (Stewart), l’homme de loi dont les armes sont ses livres et Tom Doniphon (Wayne) qui peu à peu rangera son arme pour permettre à la loi de prendre le dessus. Et rien que pour le merveilleux duo Wayne/Stewart, le film est un vrai délice auquel s’ajoutent les personnages secondaires que John Ford ne laisse surtout pas de côté comme le superbe personnage de Mister Peabody (Edmond O'Brien), journaliste toujours saoul mais épris de liberté et beaucoup plus profond que ne le laisse penser son rôle au départ. Un magnifique John Ford. « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende! » disait-il.

Jane Campion magnifie Holly Hunter et Anna Paquin

Dimanche après-midi rendez-vous au Pathé Vaise pour la projection du célèbre film de Jane Campion, La leçon de Piano, Palme d’Or 1993. Marina Foïs est présente pour nous parler de ce film qui l’a énormément marquée à sa sortie, principalement Holly Hunter qui, sans dire un seul mot, traduit une palette émotionnelle incroyable.

Le film s’ouvre sur une voix. Une voix off, celle d’Ada, qui pourtant n’en a plus. Le paradoxe s’installe. Holly ne parle plus depuis ses 6 ans et pourtant c’est sa voix qui nous ouvre les portes (et les refermera) de ce sublime film à la fois poétique et tout en puissance et sensualité. Holly parle mais uniquement par le biais de ses doigts sur les touches de son piano qui la suit à l’autre bout du monde jusqu’en Nouvelle-Zelande où elle part vivre avec sa fille chez Alistair Stewart (Sam Neill), homme dont elle ne connaît rien mais à qui son père l’a mariée.

L’univers est hostile. Leur maison se situe dans le bush néo-zélandais où boue et racines ne font plus qu’un et où il faut se déplacer sur des planches si l’on ne veut pas s’enfoncer dans cette boue marécageuse. La jungle, elle, semble animée par les esprits. Alistair a pour voisins des Maoris, certains plus enclins que d’autres à « partager » leurs terres avec les Anglais, et un certain Baines (très belle incarnation de Harvey Keitel), un anglais un peu rustre adopté par les Maori vivant auprès d’eux. À leur arrivée, son mari donne le piano d’Ada à Baines en échange d’une parcelle de terre. Se met alors en place une sorte de jeu malsain dans lequel Ada vend son corps pour peu à peu racheter ce qu’elle a de plus cher au monde : son instrument. Et elle devient alors à son tour l’instrument de Baines.

Jane Campion joue avec les oppositions. Face au carcan du puritanisme anglais dans lequel est enfermée Ada, la réalisatrice montre la liberté des indigènes, leur vie en harmonie avec la nature. Les personnages évoluent et peu à peu les instincts naturels de chacun refont surface. Sensualité, tendresse, bestialité mais aussi la violence primaire que ne peut réfréner Alistair.

Le film, tout en nuances, nous plonge alors au cœur de ce trio amoureux où la passion et le désir sont aux premières loges. Les corps respirent, reprennent vie, remontent à la surface.
Unique élément de langage par lequel s’exprime Ada, la musique envoûtante sublime le film. On ressent à travers les notes de musique qu’elle laisse échapper, notes qui résonnent encore longtemps après que le générique ait signé le mot fin.

3 raisons d’aller voir American Assassin

Posté par wyzman, le 20 septembre 2017

Mercredi dernier, il était impossible de ne pas noter l'abondance de films intéressants à découvrir au cinéma. Aujourd'hui, le choix semble plus évident. Il y a d'une part Ça, la nouvelle adaptation du roman éponyme de Stephen King ; Gauguin, un biopic sur le célèbre peintre incarné par Vincent Cassel ; Mon garçon, le nouveau thriller de Guillaume Canet et Mélanie Laurent… et American Assassin ! Mais pourquoi le film de Michael Cuesta est-il si important ? Voici la réponse.

1. Un scénario couillu. Nouvelle recrue d'une équipe officiant pour le contre-espionnage américain, Mitch Rapp va suivre un rude entraînement mené par Stan Hurley, formateur de la CIA. Face à une vague d'attaques terroristes sans précédent à travers le monde, les deux hommes doivent s'occuper du cas Ghost, un individu aussi dangereux qu'insaisissable ayant pour intention de déclencher une guerre nucléaire. Bien qu'estampillé "action movie pour mecs", American Assassin s'avère vite plus complexe que cela. Et cela se traduit par une séquence d'ouverture complètement folle et émouvante au cours de laquelle le personnage campé par Dylan O'Brien (Mitch) prend toute sa noirceur et son ampleur.

2. Le grand retour de Dylan O'Brien. Star de la série pour ados (mais pas que) Teen Wolf, Dylan O'Brien a été victime d'un grave accident en mars 2016 alors qu'il tournait une de ses cascades pour Le Labyrinthe 3. Résultat : la production du film a été stoppée et la période de convalescence de l'acteur a décalé les tournages de Teen Wolf et d'American Assassin. Et bien qu'on l'ait vu dans Teen Wolf l'hiver dernier, c'est bien American Assassin qui marque le retour de Dylan O'Brien sur les écrans puisque c'est le premier projet sur lequel il s'est rendu une fois rétabli.

3. Un trio sexy à souhait. American Assassin est principalement porté par le duo Dylan O'Brien/Michael Keaton mais la présence de Taylor Kitsch en militaire devenu fou apporte un certain cachet. Habitué des films d'action (X-Men Origins: Wolverine, Battleship, Lone Survivor) l'acteur de 36 ans semble faire le lien entre la nouvelle génération biberonnée aux Transformers et Avengers et une plus ancienne fascinée par les Batman de Tim Burton. Ensemble, ils nous laissent croire que l'Amérique de Donald Trump peut s'en sortir. Un sacré tour de force.

Des rêves sans étoiles, rencontres sensibles dans un centre de détention iranien

Posté par MpM, le 20 septembre 2017

Le documentariste iranien Mehrdad Oskouei a produit et réalisé deux documentaires sur la délinquance de jeunes garçons (Les derniers jours de l'hiver et It's always late for freedom), ce qui l'a naturellement amené à se poser la question du point de vue des jeunes filles. C'est ainsi qu'il a eu l'envie de poser sa caméra dans un centre de détention et réhabilitation pour mineures. Là, il a apprivoisé les jeunes filles présentes, filmant leur quotidien et leur vie au fil des jours, et leur donnant également la parole lors de longs entretiens face caméra.

Son but n'étant en aucun cas la dénonciation d'un quelconque système politique, mais plutôt le questionnement d'un certain "devoir social", Mehrdad Oskouei a fini par obtenir l'autorisation de tourner. Et pour rendre sa démarche la moins "suspecte" possible, il a par ailleurs promis que le film ne serait pas diffusé en Iran. Cette transparence initiale explique probablement la qualité et la force des témoignages qu'il a pu obtenir, de la part de jeunes filles expliquant notamment qu'elles ont été abusées par un membre de leur famille, battues, voire prostituées par des parents drogués mais aussi, parfois, qu'elles se sont révélées elles-mêmes maltraitantes et violentes. La plupart âgées de 16 ou 17 ans, elles ont été arrêtées pour vagabondage, pour vol (parfois à main armée), pour trafic de drogue et même pour meurtre. Certaines sont déjà mariées et ont des enfants. D'autres n'ont plus personnes, ou ne peuvent compter sur leur famille.

Le centre apparaît ainsi moins comme un lieu carcéral que comme un refuge, et l'enfermement comme une procédure de mise à l'abri. Les détenues n'aspirent d'ailleurs pas toujours à leur libération, voire s'effraient de ce retour dans leur famille ou dans la rue. Dans cette attente en forme de parenthèse, voire de pause, le réalisateur prend le temps de les écouter, de les comprendre. Si sa voix, parfois, dissimule mal sa surprise ou son émotion, il ne se met pas en scène, et offre à ses interlocutrices un espace digne et bienveillant qui se refuse à la complaisance. Lorsque la discussion est trop douloureuse, il interrompt la scène, quitte à laisser certains échanges inachevés, presque inaboutis.

Regard intime et personnel

Et que dire des rêves qui donnent leur titre au film ? Sans étoiles, oui, mais aussi souvent sans espoir, sans désir. Quand ils existent. Des rêves sages et minuscules, ou au contraire effrayants. Ce sont sans doute les passages les plus poignants du film, ceux qui font le plus sentir la détresse incommensurable des protagonistes. À quoi pourrait-on bien rêver à 17 ans quand on a déjà vécu toute une vie de souffrance ?

La démarche de Mehrdad Oskouei offre à la fois un regard intime et personnel sur ces destins en lambeaux, et une vision d'ensemble plus théorique qui décortique les mécanismes conduisant un être à tomber dans l'illégalité. On pourrait d'ailleurs se trouver dans n'importe quel pays où il y a de la misère, du désespoir et de la maltraitance, ce qui confère au film une dimension plus universelle que politique, plus humaniste que militante.

On a l'habitude des films venus d'Iran dénonçant l'hypocrisie de sa société et montrant des individus broyés par le système. Ce qui change, avec Des rêves sans étoiles, c'est qu'ici le système n'est plus une appellation un peu vague coupable de tous les maux, mais l'addition d'autres humains dont les mauvais choix, les erreurs, l’indifférence ou la misère ont condamné des enfants à une vie sans espoir. Et face à ce constat, la question n'est plus de savoir quelle est la nature du pouvoir en place en Iran, mais pourquoi cette situation terrible nous semble si familière, quel que soit le pays où on habite.

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Des rêves sans étoiles de Mehrdad Oskouei (Iran)
En salles à partir du 20 septembre

3 raisons d’aller voir Les Grands Esprits

Posté par wyzman, le 13 septembre 2017

Attention, pépite. Comme nous, vous avez noté le choix compliqué que nous imposent distributeurs et exploitants cette semaine. En effet, si l'été fut relativement soft en termes de film français incontournable (à l'exception de 120 battements par minute il est vrai), les choses se corsent aujourd'hui. Car outre Les Grands Esprits, ce 13 septembre sera également marqué par Le Redoutable et Nos Années folles côté frenchy et Mother!, Mary, Barry Seal et Good Time côté ricain. Mais parce qu'au box-office il peut parfois y avoir plusieurs gagnants, voici 3 (bonnes) raisons de courir voir Les Grands esprits, une comédie dramatique comme on les aime.

1. Le pitch est savoureux. La quarantaine bien entamée, François Foucault est un professeur agrégé de lettres au lycée Henri IV, à Paris. A la suite d'événements débutant avec une tentative de séduction foireuse, il se retrouve contraint d'accepter une mutation d'un an dans un collège de banlieue classé REP+. Dès les premières minutes du film, le ton est donné : le comique de situation relève essentiellement du choc culturel que vit François et cela fonctionne à merveille. Petit bourge entouré d'adolescents issus d'une diversité dont il n'entend parler qu'à la radio et dans les journaux, il explore pendant 1h46 les limites d'un système éducatif qui met à l'épreuve la patience des élèves et les nerfs des enseignants.

2. Denis Podalydès est au top de sa forme. On l'avait adoré dans Camille redouble et Neuilly sa mère mais avec le nouveau long-métrage d'Olivier Ayache-Vidal, il se mue en valeur sûre, sympathique et bankable du box-office français. Extrêmement juste et touchant, il incarne ici un homme plus à l'aise avec ses lectures qu'avec les femmes. Et force est de reconnaître qu'il y a chez ce François Foucault quelque chose d'universel, un je-ne-sais-quoi qui devrait rappeler à chaque spectateur un enseignant déjà croisé. Bonus : l'alchimie entre Denis Podalydès et Abdoulaye Diallo est palpable et donnerait presque envie d'une suite !

3. Les dialogues sont autant de punchlines. Une fois n'est pas coutume, un bon film ne peut exister sans un bon scénario. Et dans Les Grands esprits, il y a tout : des traits d'humour, des propos qui appellent à une vraie réflexion, des joutes verbales éreintantes mais stimulantes ainsi que des silences qui font du bien. A l'aise derrière la caméra comme au niveau de l'écriture, Olivier Ayache-Vidal fait mouche. Plus sérieux que Les Profs, moins tire-larmes que Speak mais tout aussi profond qu'Ecrire pour exister, Les Grands esprits mérite toute votre attention. Promis, à la fin de la séance, vous aurez aussi le droit de jurer : "Putain il fait chier avec sa grammaire !"

Venise 2017 : Abdellatif Kechiche, amours et marivaudage avec « Mektoub, my love »

Posté par kristofy, le 8 septembre 2017

C’était en mai 2013 : Abdellatif Kechiche gagne une Palme d’or au festival de Cannes avec La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2, d’ailleurs presque une triple palme puisque les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos remportent aussi chacune ce prix. Puis quelques semaines avant la sortie du film en octobre un curieuse polémique survient au travers d'une interview des actrices: Léa Seydoux aurait dit que le tournage a été horrible et qu’elle ne souhaitait pas refaire un film avec lui. Kechiche piqué dans son ego réplique en disant que Seydoux est une privilégiée d’un système, bref le genre de clash ridicule qui fait le sel des news sur le web, avide de répercuter une polémique. Sachant qu’il filme des longues prises à répétition et qu’il y avait du sexe et des larmes, c’est pourtant assez compréhensible d'imaginer que le tournage était peut-être pénible…

L’orgueil de Kéchiche qui ne supporte peu la critique à propos de son tournage (accompagné des protestations de techniciens…) est blessé. Il va même estimer le film sali, alors que personne n’a désavoué la qualité de cette Palme amplement méritée. Mais le mal est fait. Un seul César (pour Exarchopoulos): sa grande œuvre va se faire humilier à la cérémonie glorifiante du cinéma français par Les garçons et Guillaume à table!, pas vraiment du même niveau.

Mai 2017 : Le nouveau film de Abdellatif Kechiche ne sera pas sélectionné à Cannes, pour cause de problème juridique avec un partenaire financier. Le contrat était de livrer un film mais au final, le cinéaste décide en salle de montage d'en faire plusieurs.

Mektoub, my love (chant 1) vient donc d’être présenté en compétition à Venise.

Est-ce qu’il y a matière à une quelconque polémique? Non, comme pour le film précédent.

Est-ce que Abdellatif Kechiche a toujours le même défaut de parfois trop étirer des séquences sans couper et d’être toujours un excellent directeur d’acteurs ? Oui, le film dure 180 minutes (!) et il aurait sans doute gagné à être raccourci, peut-être d’une vingtaine de minutes. Mais il lui faut vraiment cette longue durée de trois heures pour dérouler toute son amplitude.

Les acteurs, et surtout les actrices, sont encore une fois formidables : en particulier les nouvelles têtes de Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Lou Luttiau, Alexia Chardard, et aussi les déjà connus Salim Kechiouche et Hafsia Herzi (leur deuxième film avec lui).

Est-ce que ce film peut prétendre à un Lion d’or où une autre récompense ? Oui, la fin ouverte de Mektoub, my love (chant 1) constitue bien un film entier et solide, sans suite. Une nouvelle fois Abdellatif Kechiche s’inspire d’un livre, La Blessure, la vraie de François Bégaudeau, qu’il a adapté très librement en changeant les âges, les lieux, l’époque.

Ici, le film débute en 1994 dans la ville de Sète le temps d’un été. Amine arrive de Paris pour des vacances avec sa famille, il surprend Ophélie et Tony en train de faire l’amour, il reste derrière une fenêtre à les regarder avant de sonner pour parler à Ophélie, après le départ de Tony. Alors qu’il y a éventuel projet de mariage avec un militaire, celle-ci avoue qu’elle le voit depuis longtemps. Puis Tony et Amine iront à la plage, ils draguent Charlotte et Céline. Celles-ci vont alors sortir avec eux et leurs amis, Charlotte s’amourache de Tony qui lui va de fille en fille, Céline papillonne entre plusieurs garçons et filles, Amine attire plusieurs filles sans rien faire car il semble aimer quelqu'un en secret… Le film se déroule principalement entre plage, restaurant et boite de nuit. A la bande de jeunes se mélange la génération précédente (mère, oncle, tante…). Abdellatif Kechiche reprend quelques motifs typiques de ses films précédents, par exemple une longue scène de sexe, certains corps sont filmés de manière érotisée (en particulier Ophélie Bau et Lou Luttiau). Comme souvent dans son cinéma, il filme aussi une très longue séquence où les jeunes dansent. Mektoub, my love (chant 1) se révèle être autant un marivaudage de dialogues et de corps qu’un épisode de la chronique d’une famille.

Abdellatif Kechiche laisse paraître une certaine sérénité pour ce nouveau chapitre de sa filmographie : "On a tourné 2 volets, et j’envisage de tourner une 3ème partie après Venise. Dans le prochain film des nœuds dramatiques noués dans celui-ci vont se dénouer. Je suis le producteur de mon film, c’est moi qui décide de sa durée. Mektoub c’est le destin, le destin est souvent lié à l’amour. A part Hafsia et Salim, pour les autres acteurs c’est leur première fois à l’écran. Il y a eu un long processus pour chercher les meilleures actrices pour ce film, et je suis fasciné par leur don. Le tournage a été agréable, fluide, léger. Pour ce qui est de la représentation du corps féminin il n’y a rien de machiste dans mon approche, je montre des femmes fortes, puissantes et libres. Le roman a été une source d’inspiration, et le processus d’écriture a duré très longtemps, j’ai changé des choses mais il n’y a rien d’autobiographique. Les années 90 représentent la fin d’un siècle, pour comprendre le présent c’est important de comprendre le passé. Dans les années 80 et 90 je crois que les gens vivaient de manière plus harmonieuse. J’ai essayé de diluer le discours, si discours il y a. Le film se déroule de manière impressionniste, je préfère qu’on reçoive ce film plutôt que le raisonner."

3 raisons d’aller voir Une famille syrienne

Posté par wyzman, le 7 septembre 2017

Huit ans après Le Jour où Dieu est parti en voyage, le chef-op Philippe Van Leeuw repasse derrière la caméra. Pendant 1h26, il nous présente dans un huis-clos suffocant le quotidien d'une famille devenue atypique, confirmant la bonne forme du cinéma belge. Le film a reçu le Prix du public et le Prix Label Europa Cinémas à Berlin, où il était dans la sélection Panorama. A Angoulême, Une famille Syrienne est reparti avec le Valois de la mise en scène, le Valois du public et le Valois de la meilleure actrice pour Hiam Abbbass et Diamand Abou Abboud.

1. La guerre est invisible mais omniprésente. Dans la Syrie en guerre, une mère, ses enfants et leur grand-père tiennent bon, cachés dans leur appartement. Par solidarité, ils accueillent un couple et leur nouveau-né et tentent de garder espoir. Voilà pour le pitch. Si le film frappe c'est parce qu'avec précision, Philippe Van Leeuw montre la lourdeur d'un conflit. Les personnages attendent, tentent de se contenir et de se soutenir durant cette page de l'histoire qui dure. Intelligemment, le réalisateur belge laisse les soldats et les milices de l'autre côté de la porte, pour nous faire ressentir une promiscuité touchante et terrible à la fois.

2. Le scénario est en béton. On ne le dira jamais assez mais sans un bon scénario, un film ne peut pas être bon. Et avec Une famille syrienne, on frôle la perfection. En effet, si le synopsis du film peut faire redouter un projet dramatique et particulièrement difficile à regarder, il n'en est rien. Une famille syrienne est un drame qui s'intéresse frontalement et honnêtement au calvaire de ceux qui refusent ou ne peuvent pas fuir plutôt qu'aux tenants et aboutissants d'un conflit qui dure depuis maintenant 6 ans. Les dialogues sont justes et les rebondissements bien placés en plus d'être presque toujours imprévisibles.

3. La pédagogie d'Une famille syrienne réconforte. Très réaliste, le second long-métrage du Belge profite d'un véritable créneau : rares sont les films de fiction et européens qui traitent de ceux qui vivent au quotidien la guerre en Syrie. En ne montrant qu'à de petits moments ce qu'est l'enfer de la guerre et en se focalisant sur les épreuves que subissent les civils, Philippe Van Leeuw propose une œuvre didactique et prenante. Happé par cette histoire qu'il finit par s'approprier, le spectateur attend un rebondissement, un signe annonçant une quelconque résolution. Une famille syrienne ne fait jamais dans le larmoyant mais tire son épingle du jeu  par l'efficacité de l'ensemble. Une belle réussite.

Venise 2017 : Guillermo del Toro et les monstres de The Shape of Water

Posté par kristofy, le 1 septembre 2017

Avec The Shape of Water, Guillermo del Toro a retrouvé son génie de conteur d'histoire, qui semblait perdu depuis Le Labyrinthe de Pan, en mélangeant une fois de plus monstre de légende, innocence de l’enfance et cruauté de la guerre. C’était il y a déjà dix ans, depuis les films qui ont suivis, - Hellboy 2, Pacific Rim, Crimson Peak - ont manqué de cette recette magique qui nous plaisait tant. The Shape of Water, en compétition à Venise, renoue avec cette forme de conte merveilleux. On y retrouve une créature légendaire, la bonté de petites gens et la sauvagerie des puissants, avec en prime une romance.

Le film (qui sort en France le 17 janvier 2018) débute avec une longue séquence d’exposition pour nous présenter son héroïne (jouée par la fabuleuse Sally Hawkins) depuis son réveil jusqu’à son lieux de travail : elle vit toute seule, son appartement est au dessus d’une salle de cinéma, elle regarde des comédies musicales à la télévision, et elle est femme de ménage dans un centre de recherche scientifique. On va découvrir qu’elle est muette (une handicapée donc), qu’elle n’a pour seuls amis que son voisin âgé et tout aussi solitaire (Richard Jenkins) - il dessine des affiches dont on ne veut plus (un vieux donc) - et sa collègue (Octavia Spencer) femme de ménage comme elle (noire donc). Soit trois personnes qui sont victimes d’un manque de considération autour d’eux. Le film se déroule en fait aux Etats-Unis de 1962 : il faut être conquérant et avoir comme voiture une Cadillac. C’est l’époque de la ségrégation raciale mais aussi d'une homophobie culturelle (un gérant de restaurant le fera bien remarquer), et surtout c’est la guerre froide entre les américains et les communistes russes…

Guillermo del Toro accroche son récit dans un contexte historique (tout comme Le Labyrinthe de Pan ou L'Échine du Diable qui évoquaient la guerre d’Espagne), un ancrage bien réel pour donner une plus grande force de véracité à son histoire de monstre.

Cette histoire se déroule un jour où notre héroïne doit nettoyer un labo avec des traces de sang au sol et même deux doigts arrachés… Les militaires ont capturé un monstre qui est gardé ici dans le plus grand secret : il s’agit d’une grande créature amphibienne qui vit dans l’eau, avec une tête de reptile et des membres palmés (en fait très proche de L'Etrange créature du lac noir de Jack Arnold). Avec autant de curiosité que de naïveté, elle va proposer à la créature un œuf dur de son déjeuner, puis d’autres avec les gestes de son langage de muette. Elle lui fera même écouter des disques de jazz avec un électrophone... Elle est la seule à considérer la créature comme un être différent, et non pas comme un monstre à étudier comme les militaires. Parmi eux il y a le redoutable Michael Shannon qui après avoir torturé (une pratique de l’armée américaine controversée encore aujourd’hui…) le monstre à plusieurs reprises doit obéir à un général : l’ordre est donner de la tuer pour la faire disparaître. Cependant dans l’ombre œuvre un espion russe dont le réseau est intéressé par les capacités inconnues de la créature (on cherche comment envoyer un homme dans la Lune) et qui voudrait l’étudier de manière plus approfondie : cette femme de ménage muette arrive à communiquer avec le monstre ? La créature devient un enjeu de rivalité entre militaires américains et espions russes, mais en secret, elle devient surtout un séduisant ami pour la femme de ménage… Tandis que le monstre s’humanise progressivement au contact de la bonté de la femme, les hommes autour vont devenir des monstres ennemis prêt à tout.

On pourra bien faire quelques reproches à Guillermo del Toro, en premier celui étonnant d’être ici trop francophile avec un début au look un peu trop Amélie Poulain ou une scène de danse avec claquettes en noir et blanc beaucoup trop The Artist (le seul moment en trop qui aurait dû être coupé), mais bien peu en rapport avec ses nouvelles accentuations : il y a ici un peu de pastiche de film noir, un peu d’érotisme, et même un peu d’humour. The Shape of Water se révèle être une fable de monstre en surface qui révèle en fait la monstruosité de l'Homme en profondeur. C'est surtout un plaidoyer pour la différence, pour ceux qui ne sont pas comme les autres. Les Freaks tiennent ici leur revanche.

Pourquoi Hitman & Bodyguard est le parfait buddy movie

Posté par wyzman, le 24 août 2017

On a malheureusement peu l'occasion d'en parler sur Ecran Noir mais on adore jeter un coup d'œil aux buddy movies. Pour les non-initiés, le buddy movie désigne un genre de films où l'intrigue principale repose sur deux héros souvent très différents. Dans la catégorie buddy movie, on peut ainsi mettre Taxi, Rien à déclarer, De l'autre côté du périph' pour le cinéma français et Bad Boys, Wild Wild West et The Nice Guys pour ce qui est des États-Unis.

Un exemple à suivre

Si l'on vous parle de ce genre cinématographique, c'est parce qu'il vient de trouver un nouveau représentant en la personne de Hitman & Bodyguard de Patrick Hughes, sorti hier en France. Centré sur les péripéties d'un garde du corps (Ryan Reynolds) engagé pour protéger un tueur à gages (Samuel L. Jackson) devant témoigner dans le procès d'un dictateur biélorusse (Gary Oldman), Hitman & Bodyguard est un superbe exemple de "comédie d'action pour potes".

Grâce à un comique de répétition (cf l'expression "motherfucker"), des quiproquos, des joutes verbales sans fin et de l'action bien introduite, le scénario de Tom O'Connor s'avère finalement assez fin - pour ce type de films. Outre les scènes d'action, le scénariste de Fire with Fire parvient à faire la part belle à tous les acteurs présents au casting. Ryan Reynolds est ainsi excellent en garde du corps déclassé tandis que Samuel L. Jackson rayonne en taulard vulgaire et amoureux.

Des qualités indéniables

Plus encore, Hitman & Bodyguard vaut le détour pour ses personnages féminins. Il y a tout d'abord la complexe Amelia (jouée par Elodie Yung) qui donne du fil à retordre au cœur de Michael (Ryan Reynolds). Puis vient Sonia ! Incarnée à l'écran par la superbe Salma Hayek, Sonia est sans conteste le personnage le plus délirant et original de Hitman & Bodyguard. En anglais, on l'appellerait un "scene-stealer" car c'est précisément ce que fait Salma Hayek dans le film. Chacune de ses apparitions est un tel régale qu'elle en éclipse ses partenaires et c'est en cela que le film se démarque des autres cités plus haut. Il n'a pas peur de faire d'un personnage secondaire un élément clé de son intrigue. Et c'est avec beaucoup de joie que l'on accueille ces deux personnages féminins aussi attachants et nécessaires que les deux protagonistes.

Enfin, et parce qu'il s'agit d'un film d'action, impossible de passer à côté des scènes de combat qui sont très bien chorégraphiées et souvent audacieuses. Le réalisateur d'Expendables 3 est parvenu ici à rendre drôle et crédible un accident de la route dans lequel Ryan Reynolds est projeté à travers le pare-brise pour finalement atterrir sur ses pattes. Entre ça et le mémorable combat dans un magasin de bricolage, que demander de plus ?

Ce qu’il faut savoir sur « I am not Madame Bovary » de Feng Xiaogang

Posté par MpM, le 5 juillet 2017

Flaubert en Chine

Le titre international est un peu abusif car dans le roman original de Liu Zhenyun (Je ne suis pas une garce, 2015), il est fait référence à Pan Jinlian qui est un personnage mythologique ayant conspiré avec son amant pour assassiner son mari. Son nom est désormais utilisé en Chine pour désigner une femme indigne, infidèle ou débauchée. L’utilisation du nom d’Emma Bovary est plutôt abusif, dans la mesure où l’héroïne de Flaubert tient plus de la femme fantasque empêtrée dans une vie monotone que de la dévergondée assoiffée de sang.

Fresque ironique

Le film se passe sur plus d'une dizaine d'années et met en scène l'héroïne Li Xuelian qui multiplie les procès pour recouvrer son honneur perdu. A l'origine de l'histoire, il y a un divorce blanc contracté par l'héroïne et son mari dans le but d'obtenir un deuxième logement. Mais l'homme volage en profite pour se remarier avec une autre. Bafouée et meurtrie, Li Xuelian se porte alors en justice pour faire reconnaître qu'il s'agissait d'un faux divorce. Son idée est de se remarier avec son ex-mari puis de divorcer à nouveau, cette fois-ci sans ambiguïté. Son combat est évidemment dérisoire, destiné à plonger le spectateur dans l'étonnant labyrinthe judiciaire chinois.

Satire sociale

Le film accompagne Li Xuelian dans des tribulations judiciaires qui oscillent entre l’absurdité et la farce. La jeune femme remonte en effet la hiérarchie locale (du juge au préfet) pour faire entendre ses doléances, et multiplie les procès et les recours. Ces rouages un peu grippés dévoilent le portrait d'une Chine en pleine mutation judiciaire dans laquelle les responsables sont terrorisés par une simple femme en quête de justice. Le film balance ainsi entre un registre volontairement comique (le harcèlement insidieux de l’héroïne envers les officiels devient une sorte de running gag, et son indéfectible ténacité en est presque comique) et une touche nettement plus sombre quand son acharnement la conduit en prison, et gâche toute son existence.

Cadre rond

En plus d’une esthétique très soignée qui évoque la peinture traditionnelle chinoise, Feng Xiaogang recourt à un cadre circulaire pendant presque la totalité du film. Ce procédé empêche évidemment tout gros plan sur les personnages, et donne le sentiment au spectateur d’être un voyeur observant chaque scène à travers un télescope. Comme l’héroïne, il n'a pas une bonne vision d’ensemble, puisque tout ce qui est hors du cercle lui échappe. C’est uniquement lorsqu’elle parvient à Pékin que son horizon s’élargit (momentanément), et avec lui le cadre.

Fan BingBing

C’est Fan BingBing, aperçue auparavant dans des superproductions chinoises comme Bodyguards and assassins ou Shaolin ainsi que dans l’univers des XMen (Days of future past) qui incarne avec justesse et vitalité le cette Antigone des temps modernes. Le drame qu’elle traverse, et dont on connaîtra seulement à la fin toutes les facettes, atteint physiquement le personnage qui n'est plus que l'ombre d'elle-même à la fin du film.

Récompenses

I am not Madame Bovary a reçu le prix de la critique internationale au Festival de Toronto et le Coquillage d'or du meilleur film ainsi que le coquillage d'argent de la meilleure actrice à San Sebastian. Il a également été distingué par trois Asian Awards dont meilleur film et meilleure actrice et par le Golden horse de la meilleure actrice.