Ma première fois : une expérience banale

Posté par Morgane, le 18 janvier 2012

" - Comment tu fais pour toujours tout contrôler?
- Je contrôle pas, j'anticipe. Sinon, tu te laisses surprendre et c'est là que les problèmes commencent."

L'histoire: Sarah, en classe de terminale, première de la classe, contrôle sa vie en tout point sans laisser la moindre chance au hasard. Zach, 20 ans, passe de lycée en lycée dans lesquels il collectionne les renvois plutôt que les bonnes notes. Tout semble donc les opposer, et pourtant...

Notre avis: Pour son premier long métrage, Marie-Castille Mention-Schaar a choisi de prendre deux acteurs inconnus du grand écran (Esther Comar et Martin Cannavo) pour incarner une histoire aux tons autobiographiques. Productrice, puis scénariste (Ma première étoile), et désormais réalisatrice, elle prend la caméra pour filmer une histoire d'amour entre deux adolescents pensionnaires dans les environs de Paris. Mais étrangement, cette histoire aux allures de conte de fée qui devrait être passionnée et passionnelle, n'en ressort que très lisse et sans profondeur. À la fois ancrée dans une certaine réalité tout en paraissant totalement irréaliste, l'histoire ne permet pas au spectateur de s'identifier aux personnages. On reste alors très très loin de Zach et Sarah et de cet amour sublime qui semble les unir.

Rempli de très nombreux clichés (le baiser sous pluie, une lecture dans la neige entourée de bougies, une première fois des plus romantiques...), le film en devient presque drôle, comme si la réalisatrice s'était trompée de registre. Pris au second degré l'effet aurait fonctionné, mais le ton est bien trop sérieux pour qu'on s'aventure sur ce terrain. Du coup, on oscille, on hésite entre rire nerveux et rire franc; quoiqu'il en soit, ce n'est pas du tout l'effet recherché. Tout est appuyé, surligné, ne laissant aucune place à l'interprétation. Même les plans manquent de subtilité.

Cependant, hormis cette histoire d'amour plutôt bancale, certaines scènes restent plaisantes. Notamment celles avec Vincent Pérez, plutôt sympa dans son rôle de beau-père poule, ou encore celles où Zach pète un plomb en compagnie de sa soeur. Mais elles n'empêchent pas le film de s'enliser dans un amour (trop) plein de bons sentiments où les grandes phrases pseudo-philosophiques alternent avec des scènes au romantisme peu crédible. Trop c'est trop, on n'y croit pas un instant. Quand un film à priori romantique en devient drôle, c'est plutôt mauvais signe...

Intouchables : un film « raciste », « réactionnaire », « sarkozyste » élu événement culturel de l’année

Posté par redaction, le 24 décembre 2011

Avec bientôt 15 millions de spectateurs, Intouchables est devenu cette semaine le 3e plus gros succès français depuis 1945, le 5e toutes nationalités confondues, battant Avatar, au passage. Un phénomène qui, logiquement, a été choisi comme l'événement culturel le plus marquant de l'année 2011 (sondage BVA/FNAC/Le Parisien/Europe 1 auprès de 1003 personnes). 52% des Français interrogés l'ont plébiscité.

Il est donc loin devant The Artist, Harry Potter, les Césars pour Des Hommes et des Dieux et Polisse. Le cinéma squatte une bonne moitié des dix premières réponses, laissant un peu de place à la musique, aux expos et reléguant les livres en queue de peloton.

Évidemment, tout phénomène amène une série d'analyses plus ou moins sérieuses, cherchant les causees de cette irrationalité qui dépasse les esprits les plus cartésiens. D'un point de vue cinématographie, on peut y voir une bonne comédie, bien écrite, bien interprétée, mise en scène avec efficacité, sans être médiocre. Intouchables est plus proche de Trois hommes et un couffin que des Visiteurs ou Bienvenue chez les Ch'tis.

Acte 1 : Marcela Iacub accuse le film d'être sarkozyste

Libération a publié deux textes voulant absolument rendre le film abject. Le raisonnement peut tenir, l'équation ne convainc pas. Ainsi Marcela Iacub (lire le texte intégral), qui a décidément un problème dès qu'elle analyse la culture après avoir attaqué prétentieusement l'exposition de Lilian Thuram au Musée du Quai Branly, qualifie le film de "propagande voilée des politiques sociales de Nicolas Sarkozy." Rien que ça. "Le succès de ce film montre à quel point la société française lui reste fidèle sur le fond et pourrait annoncer, mieux que d’autres enquêtes d’opinion, celui de l’actuel président dans les urnes de 2012. Car on sait que si jamais le chef de l’Etat était amené à faire un second mandat, son but sera de rendre chaque œuf volé au lieu d’ouvrir de grands débats afin de savoir qui devrait être considéré comme leur véritable propriétaire." Elle reproche en effet que Philippe/François Cluzet veuille récupérer l'oeuf de Fabergé que lui a volé Driss/Omar Sy. Le vol est certainement pardonnable,le personnage de Cluzet aurait pu en effet transmettre cette valeur à celui de Sy, comme une sorte de redistribution des richesses. Mais aux dernières nouvelles, l'handicapé ne porte pas plainte contre le noir, et ne fait que récupérer un objet qui lui rappelle sa défunte épouse. L'attachement sentimental n'a donc aucune valeur?

Acte 2 : Intouchables, un conte à la Cendrillon réactionnaire

Dans un autre texte (lire le texte intégral), le quotidien dit de gauche, le professeur de philosophie en classes préparatoires (c'est un métier honorable, mais à quand la tribune d'une maîtresse en cours préparatoire?) Jean-Jacques Delfour trouve Intouchables "parfaitement réactionnaire". Pour lui il s'agit de l'histoire de deux saints, "le saint crucifié par sa tétraplégie et l’autre saint qui le sert, crucifié par son milieu de naissance et sa peau, forment un couple sacré, intouchable. Leur rencontre et leur amour sont une rédemption qui les lave de tous leurs péchés : l’arrogance et la hauteur sociale pour l’un, la délinquance et la déchéance pour l’autre. Un film religieux, sans autre Dieu que la richesse qui a permis cette rencontre."

Pour lui, ce film doit son succès public, entre autres, au conte revisité de Cendrillon. "Ce conte misogyne enseigne comment changer sa vie lorsqu’on est une pauvre fillette exploitée. La beauté de cette souillon ne peut suffire : il lui faut une jolie robe, de jolies chaussures, une belle bagnole avec de beaux canassons. Mais cela ne suffit toujours pas, il lui faut de la chance : un prince riche et puissant qui daigne la trouver ravissante et ne point s’émouvoir de sa basse extraction. Le message du conte est simple : l’instruction, la culture, le désir d’émancipation, la révolte sont inutiles ; la beauté cosmétique et le hasard ont seuls quelque puissance."

Nous aurions tendance à le conforter dans son analyse, en ajoutant une donnée : si ce film est bien tel qu'il le décrit, alors il s'agit d'une comédie réaliste. Elle reflète en tous points l'Etat de notre société, la valeur de l'humain dans une civilisation consumériste et matérialiste. On peut s'en désoler, mais c'est ainsi. On taxe la culture à 7% et non pas comme un bien de première nécessité, et ça ne choque personne. On préfère le cinéma aux livres, le people à la critique, la propagande à la réflexion. Intouchables est bien un film symptomatique de notre époque, avec, en bonus, un morale basée sur la confiance en l'autre et la transgressions des barrières sociales. Mieux, Intouchables est un film sur deux minorités qui s'unissent pour retrouver une liberté, une "normalité". Il brise le tabou des handicapés, isolés, et des immigrés de deuxième génération, parqués en banlieue, sans espoir d'ascenseur social, rejetés.

Iacub a tort en expliquant qu'il n'y a pas de redistribution des richesses : le personnage d'Omar Sy trouve un job grâce à un riche un peu illuminé. Delfour n'a pas plus raison. Le personnage d'Omar Sy se met à peindre - c'est bien de la culture, non? - et grâce à son patron, se fait un beau pactole, après avoir vendu une de ses toiles à un avocat méprisable et payant certainement l'ISF.

Acte 3 : Variety n'y voit que des stéréotypes raciaux et sociaux

Avant d'en arriver à notre conclusion, on doit aussi relever la critique du magazine professionnel américain Variety. Son auteur, Jay Weyssberg, estime que Driss  (Omar Sy) est "traité comme un singe de compagnie qui apprend au blanc coincé à s'amuser, en remplaçant Vivaldi par Boogie Wonderland, et en lui montrant comment on bouge sur la piste de danse".  Le journaliste trouve qu'il est "pénible de voir Omar Sy, un acteur joyeusement charismatique, dans un rôle qui se détache à peine de l'époque de l'esclavage, dans lequel il divertit le maître blanc, en endossant tous les stéréotypes raciaux, et de classe."

Intouchables raciste. En plus d'être sarkozyste et réactionnaire. N'en jetez plus.

Intouchables est adapté d'une autobiographie, une histoire vraie. En écoutant les témoignages des deux véritables protagonistes de cette histoire, on se dit que leur vie est incompréhensible pour ceux qui la jugent. Pas l'impression de voir Driss/Abdel Sellou/Omar Sy maltraité et malheureux, même encore aujourd'hui. La fin est d'autant plus ouverte que le personnage d'Omar Sy a la vie devant lui, de l'argent, et s'est sorti de la spirale infernale des Cités sans emploi.

Au delà de tout ce pataquès philosophico-intellectuel, le film est davantage une histoire d'amitié, certes un peu misogyne, qu'un manifeste politique.

Finalement ce n est pas Intouchables qui est raciste reactionnaire et sarkozyste mais bien la France. Le film insuffle en plus un peu d'espoir, de générosité et d'altruisme, pour nous faire croire que ce n'est pas une fatalite.

Le voyage dans la lune, de Georges Méliès : le premier blockbuster de l’histoire du cinéma

Posté par Benjamin, le 14 décembre 2011

Pour moi, tout commence en décembre 2010 lorsque je rencontre Serge Bromberg pour la première fois dans les locaux de Lobster Film à Paris. Je viens lui poser de nombreuses questions sur la restauration des tout premiers films de Chaplin qui viennent de sortir en DVD. Nous discutons un peu. Il me montre une partie de sa collection, quelques bobines de Buster Keaton que j’admire. Et en guise de cadeau, le restaurateur accepte de me montrer sur quel projet fou il travaille d’arrache-pied depuis quelques temps. Il ouvre une boîte et je découvre avec horreur des milliers de petits bouts de pellicule ! C’est Le voyage dans la lune de Georges Méliès, dans une version colorisée inédite (voir notre critique), et Serge Bromberg me dit : « vous verrez, dans quelques mois, ce projet fera du bruit. On en entendra parler partout ! ». Chose promise, chose due. Le film est aujourd’hui restauré au prix d’incroyables efforts et il ressort en salles, accompagné d’un superbe documentaire.

C’est l’histoire d’un voyage dans le temps et aux quatre coins du globe. Un voyage qui débute en 1902, qui passe par Cannes, Londres, Tokyo, New-York et qui fait même un arrêt sur la lune ! C’est une histoire incroyable. Un pari de dingues, de passionnés qui n’avaient qu’une idée en tête : ressusciter le film le plus célèbre de Georges Méliès, l’inventeur du cinéma de divertissement.

Le premier blockbuster de l’histoire du cinéma

La qualification est forcément racoleuse, et pourtant nous ne sommes pas si éloignés de la réalité. Au début du siècle dernier, le cinéma en est à ses balbutiements et c’est la production cinématographique française qui règne en maître dans le monde. Ce sont nos films qui s’exportent aux États-Unis et non l’inverse. Et LE réalisateur de films divertissants de l’époque n’est autre que Georges Méliès, magicien de profession, qui tombe amoureux du cinéma et des possibilités infinies qu’il peut offrir. Dans ses studios de Montreuil, Méliès réalise en 16 ans plus de 500 films et Le voyage dans la lune, tourné en 1902, est un de ses projets les plus ambitieux. L’artiste/artisan aime plonger le spectateur dans des univers féériques et fantastiques. Il nous embarque dans des explorations sous-marines à la rencontre de monstres impitoyables ou bien nous envoie haut dans le ciel parmi les étoiles. Cependant, Méliès, veut aller toujours plus loin ! Il aimerait surprendre toujours plus et livrer LA superproduction de l’époque.

Il décide donc d’aller sur la lune ! Le budget est colossal (10 000 francs), la longueur du film (15 minutes) totalement inédite pour l’époque, et Méliès engage un nombre important de figurants. Bref, les moyens mis en place sont ceux qu’Hollywood peut mobiliser pour un blockbuster d’aujourd’hui.

L’histoire est simple : des scientifiques décident d’être propulsés sur la lune à bord d’une sorte d’obus géant. Là-bas, ils découvrent une nature luxuriante, quoique mystérieuse et quelque peu hostile, ainsi que les « locaux », les Sélénites, qui tentent de les capturer. Heureusement, les aventuriers parviennent à regagner la terre ferme où ils sont accueillis en héros.

Dès sa sortie, le film est un énorme succès. Les forains se l’arrachent et le film est même très fortement "piraté" aux États-Unis. Des copies frauduleuses circulent sur tout le territoire, obligeant Méliès à ouvrir une succursale à New-York pour faire valoir ses droits.

Cependant, et c’est ce qui nous intéresse ici, Méliès veut que le spectacle soit total et pour cela, il veut de la couleur, ce qui coûte cher ! Certaines copies seront vendues en noir et blanc (la majorité), tandis que d’autres seront en couleur (des versions « de luxe »). Et en couleurs signifie, dans le cas du Voyage dans la lune, la dextérité de 400 jeunes filles armées d’un pinceau et peignant chaque case de pellicule une par une, chaque personne ayant en charge une couleur précise. Cela signifie une patience absolue et de longues journées de labeur.

Malgré l’époque et un art encore hésitant, Georges Méliès s’affranchit des limites du réel. Il va sur la lune et met de la couleur sur la pellicule, puisqu’il ne peut la filmer en direct. Et c’est d’ailleurs cela qui donne au Voyage dans la lune son aspect si original et atemporel. La couleur n’est pas une couleur « naturelle », elle est flagrante, voyante, et renforce l’aspect fantastique et féérique du film.

Pour le 150ème anniversaire de sa naissance, Georges Méliès peut se dire que, bien qu’il ait fini dans la pauvreté et dépouillé de ses studios, son cinéma, lui, est toujours présent, et sa féérie parfaitement intacte.

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Le voyage dans la lune est programmé dans les salles françaises à partir du 14 décembre en accompagnement du documentaire Le voyage extraordinaire, de Serge Bromberg, qui explique sa restauration.

Jig : les coulisses des concours de danse irlandaise

Posté par kristofy, le 30 novembre 2011

JIG Ce que le cinéma avait montré de la danse traditionnelle irlandaise pouvait se résumer au film Riverdance. La danse irlandaise ? Au pire on ne sait pas du tout ce dont il s’agit, au mieux on imagine une coutume un peu folklorique…

En réalité, il s’agit d’une chorégraphie avec une suite de sautillements en suspension où les pieds chaussés de claquettes voltigent à un rythme très rapides. Avec le documentaire Jig réalisé par Sue Bourne, vous allez découvrir cette pratique sportive qui, à haut niveau, est dotée d'une compétition très difficile.

A l’occasion du 40e championnat du monde de danse irlandaise qui a eu lieu à Glasgow en mars 2010, on a compté plus de 3000 danseurs venus avec leurs proches. Cet évènement, qui est le point d’orgue d’une année d’entraînement, a été filmé très en amont par la réalisatrice qui nous fait découvrir bien avant ce rendez-vous le portait de différentes danseuses, et danseurs, qui vivent leur passion au quotidien.

Une des forces de Jig est de faire partager l’engouement pour cette danse à des gens qui n’y connaissent rien, et cela de manière à laisser aussi une place à des éléments critiques. Tout d’abord on découvre l’importance de cette danse irlandaise pour certaines petites filles : l’une d’elle veut sautiller même en ayant mal au pieds tandis qu’une autre est constamment jugée par sa maman… On découvre aussi la relation particulière entre un prof ex-champion et son élève qui a la pression pour réussir comme un pro, et un autre danseur métis qui veut par-dessus tout devenir une star.

Très vite, cette pratique se révèle être beaucoup plus qu’un loisir : il s’agit de montrer une performance en compétition. Différents concours permettent de se qualifier pour les championnats du monde, ce qui compte est l’exécution la plus parfaite pour une bonne note des juges. A ce niveau, c’est un grand investissement qui demande disponibilité et finances avec un budget conséquent pour les nombreux déplacements et les costumes (une tenue peut coûter plus de 2000 dollars et servir moins de 5 fois). On voit d’ailleurs des fillettes qui doivent gérer un stress qui n’est pas de leur âge. Qu’il s’agisse des danseuses américaines ou russes, on retrouve tous ceux qui ont été filmés avec leurs proches en route pour ces championnats du monde de Glasgow, et la concurrence est rude…

Jig avait été présenté lors de la clôture du 22e festival du film britannique de Dinard, l’occasion d’une démonstration sur scène dont voici un court extrait :

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JIG de Sue Bourne
En salles le 30 novembre.

Grandpuits et petites victoires : le triomphe de l’humain

Posté par MpM, le 24 novembre 2011

L’histoire : En octobre 2010, en plein conflit social sur la réforme des retraites, le feu des projecteurs s’est tourné vers la raffinerie de Grandpuits, située en Seine et Marne, où une formidable mobilisation s’est organisée sur plusieurs semaines. Olivier Azam s’est rendu sur place pour rencontrer les grévistes et observer de l’intérieur une situation aussi exemplaire en termes de lutte sociale que de riposte du pouvoir.

Notre avis : Documentaire engagé et militant qui s’assume comme tel (de toute manière, Total a refusé de rencontrer le réalisateur), Grandpuits et petites victoires propose une immersion captivante et bouleversante au cœur d’un conflit social représentatif de notre époque. Pour Olivier Azam, c’est ainsi l’occasion de resituer la mobilisation contre la réforme des retraites dans un contexte historique global, mais également de décortiquer les mécanismes utilisés par le pouvoir pour museler une contestation qui dérange (notamment l’intervention de l’état pour venir en aide à une société et des intérêts purement privés). Au passage, il tacle les journalistes qui ont choisi leur camp (incroyable Claire Chazal pour qui les ouvriers ont "heureusement" repris le travail), et n’hésitent pas à s’arranger avec les faits (en annonçant par exemple la fin de la grève avant qu’elle n’ait réellement été votée).

Mais surtout, le film donne la parole aux acteurs de la mobilisation, prenant le temps de comprendre leurs motivations et  leurs aspirations. Il s’attache à l’ambiance qui règne sur le piquet de grève, de la minute de silence organisée en mémoire de la démocratie à la charge des CRS contre les "mutins", en passant par les assemblées de grévistes et les réactions à chaud de chacun. Et ce qui ressort de ces rencontres, c’est avant tout un immense sentiment de solidarité et d’entraide. Entre les ouvriers d’abord qui, malgré leurs dissensions inévitables, se serrent les coudes, mais aussi avec la France entière qui envoie messages de soutien, dons alimentaires et même financiers pour soutenir le mouvement. En tout, la caisse de grève de Grandpuits a reçu plus de 200 000 euros ! Dans la séquence où les grévistes dépouillent le courrier du matin, se lisant les uns aux autres les lettres d’encouragement reçues, leur émotion est si perceptible qu’elle est communicative.

Alors, d’accord, le documentaire n’est pas formellement parfait. La voix-off, notamment, peut finir par déranger, de même que l’aspect extrêmement pédagogique du propos. Mais ce qu’il raconte est si édifiant, l’instantané qu’il livre de la France d’octobre 2010 si saisissant, que l’on reste suspendu à ce foisonnement d’informations, de visages et de faits d’où, paradoxalement, ressort un immense espoir. On comprend alors mieux la tonalité optimiste du titre, mettant en évidence la victoire plutôt que la défaite. Certes, les revendications des ouvriers n’ont pas été entendues. Mais ce qui a triomphé en ce mois d’octobre 2011 est peut-être plus important qu’une avancée sociale spécifique. Car ce qu’on retiendra de cette formidable aventure humaine, ce sont l’engagement et la solidarité, la foi en une action collective, et la persistance de l’espoir qu’il est possible de changer les choses.

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Grandpuits et petites victoires d'Olivier Azam
Au cinéma depuis le 23 novembre

Produit par les mutins de Pangée
Distribué par Les films des deux rives
Découvrir l'histoire du film

À la Une du New York Times : Déclin et fin de l’Empire romain

Posté par vincy, le 23 novembre 2011

N'hésitez pas une seconde et courez en salle : A la une du NY times est un documentaire exceptionnel, par sa qualité et son propos. « Déclin et fin de l'Empire romain » c'est ainsi qu'aurait pu se sous-titrer ce film. Au lieu de cela, le réalisateur Andrew Rossi choisit la devise du journal, depuis 1896 : « Toutes les informations qui se doivent d'être imprimées. » Et effectivement, le New York Times connaîtra-t-il un jour une fin ? Depuis le temps que des Cassandre prédisent sa mort....

Le documentaire se plonge pendant un an dans la rédaction du plus célèbre journal des États-Unis, et disons-le tout net, du monde. S'appuyant sur une généalogie prestigieuse, une histoire hallucinante de profondeur et d'implication sociale, le film soulève à peine un coin du rideau recouvrant cette statue monumentale, à l'heure où Internet vient bouleverser la donne. Andrew Rossi est un habitué des sujets polémiques : Al Jazeera, mariage gay, etc.. mais il s'attaque ici à un sujet aussi vaste qu'un continent : la douloureuse mutation d'un géant de l'information, à l'heure où tout va très vite, et au-delà, la notion-même de pouvoir dans l'information.

Les protagonistes du documentaire semblent des personnages, tant ils sont incroyables : David Carr, ex-junkie, plume brillante et estimée ; Tim Arango, jeune chien fou en partance pour Bagdad ; Brian Stelter, petit jeune gros et chauve, tête pensante majeure de la blogosphère, et Bruce Headlam, chargé de gérer cette crew. On se croirait presque dans le tiers des douze salopards.

Au-dessus de cette brigade, l'ombre tutélaire du journal, qui pèse lourd au moment où les ventes s'étiolent. Comment se placer face à un marché qui se délite ?  Commet réagir face à Wikileaks, qui déverse un flot continu d'informations gratuites, explosives, brûlantes ?  Comment continuer à exercer un métier primordial et fascinant quand la bataille s'est déplacée de la vérité vers la survie ? On reste scotché face à de telles interrogations, liées, on le sent, à des problématiques de premier plan. On retrouve le respect éprouvé devant les équipes d'investigation, de n'importe quel journal,, telles qu'elles sont dépeintes dans Les Hommes du président ou Zodiac. Un très grand film, passionnant sur le IVe pouvoir. Un miroir qui peut prolonger notre fantasme du journalisme. Ou nous renvoyer le reflet d'une époque qui a, plus que jamais, besoin de contre-pouvoirs.

Senna en DVD : sans peur, sans reproche, mais avec régal

Posté par mathilde, le 18 novembre 2011

Le 25 octobre dernier, Studio canal a sorti le DVD-événement du documentaire de Asif Kapadia Senna : sans peur, sans reproche, sans égal. Produit  par James Gay-Ress et Working title (la maison s'attelant pour la première fois à un documentaire), le film se voit comme un roman tragique.

Extraordinaire destin que celui d'Ayrton Senna : pilote de F1 sans égal, mort à 34 ans sur le circuit d'Imola, dont le style fut aussi flamboyant que sa vie. Le film est-il réservé uniquement à un public d'aficionados ? Que nenni, tout amateur de sport, de vie hors du commun ou tout simplement d'humanité, sera  bouleversé par ce récit éternel du héros à la recherche de ses propres limites. De ses premières compétitions de karting à l'adolescence (il est champion d'Amérique du Sud à 17 ans) à ses courses dans l'écurie Lotus en Formule 1 ; de ses conquêtes amoureuses à sa contribution au rayonnement du Brésil, son pays natal ; tout passionne chez cet épris de vitesse et de vie.

Le film s'attarde bien sûr sur la profonde rivalité qui le liait à Alain Prost, au sein de l'équipe Mac Laren, à la fin des années 1980. Cette guerre psychologique que se livrèrent les deux hommes est ici incroyablement rendue, poignante et précise. Ayrton Senna apparaît comme mur, sûr de lui, audacieux, terriblement à part. La fin de cette épopée sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel de sa jeunesse.

La dernière séquence, sur le drame d'Imola, est réellement bouleversante et souligne la tragédie de la perte d'un tel talent. Ce dernier décès, qui amènera la Fédération Internationale de l'Automobile à prendre toute une série de décisions drastiques concernant le renforcement de la sécurité en circuit, est dépeint à la fois avec pudeur et intensité.

Asif Kapadia (The warrior, Far north) s'est résolument orienté vers la pure image d'archive, ainsi que les témoignages des proches, sans fioriture, sans effet narratif appuyé, sans voix off à l'effet suranné... De nombreux plans sont inédits, et intéresseront donc même les connaisseurs du sujet. Les courses sont tellement haletantes, les protagonistes tellement passionnés, que le film devient une sorte de fiction monumentale, dédiés à la vitesse et à la compétition. Se suivent les réflexions et témoignages des proches, de la famille, mais aussi de professionnels du milieu, comme Ron Dennis, Pierre van Vliet, Patrick Tambay, Philippe Alliot.... On comprend sans peine que le film ait reçu le Prix du meilleur documentaire au festival de Sundance 2011.

A noter que le DVD comprend en bonus la Bande-Annonce et un documentaire :  Senna, vu par... . Il sort également en version collector, avec un livre de 128 pages et 140 photos. En tout état de cause, un excellent matériau pour nourrir sa passion ou s'initier à la Formule 1.

The Black Power Mixtape 1967-1975 : mémoires d’indignés

Posté par kristofy, le 16 novembre 2011

Le film The Black Power Mixtape 1967-1975 est un documentaire construit avec des images d’archives inédites qui ont été retrouvées dans les archives d’une télévision de Suède. Le réalisateur suédois Göran Hugo Olsson est à l’origine du montage de ce film, coproduit par Danny Glover et présenté aux Festivals de Sundance, Berlin et Deauville.

Le mouvement 'Black Power' aux Etats-Unis pourrait se résumer rapidement par la lutte des noirs américains contre le racisme (accès aux bus, au logement, à l'université, au travail...) porté par des leaders comme Martin Luther King et Malcolm X. Les principales images de l’époque des télévisions américaines sont plus orientées vers une dénonciation d’activistes provocateurs… Ici, ces images de journalistes suédois font découvrir les revendications 'Black Power' telles qu’elles étaient exprimées durant ces années 70, ce sont des témoignages de ces années troubles. Ces archives ont été compilées dans un montage en 9 chapitres (pour chaque année entre 1967 et 1975), avec, parfois, un commentaire contemporain par certains artistes afro-américains sensibles eux-aussi au 'Black Power' (Erykah Badu, Talib Kweli, Questlove, Melvin Van Peebles).

Le montage chronologique de The Black Power Mixtape 1967-1975 permet de saisir l’évolution d’un mouvement : La lutte pour les droits civiques des noirs est aussi liée à la contestation de la guerre américaine au Vietnam, et aux assassinats de Martin Luther King (et celui de Robert Kenndy) en 1968. Martin Luther King (appelé Dr King) préférait la non-violence d’un mouvement pacifique, Malcom X déplorait que le gouvernement ait trop attendus pour engager des réformes sociales en faveur des plus pauvres, Stokely Carmichael à lui écrit un manifeste du Black Power (il a popularisé l’expression) et le Black Power Party fut le plus radical en vantant le droit de se défendre (avec des armes) face à la violence du racisme…

Le documentaire est riche de plusieurs séquences mémorables qui font entendre les paroles de ces militants. Ainsi Angela Davis est interviewée en prison sur la légitimité d’une organisation armée, et sa réponse <i>« lorsque quelqu'un me demande mon avis sur la violence, je trouve cela incroyable car cela signifie que la personne qui pose cette question n'a aucune idée de ce que le peuple noir a subi »</i> lui fait raconter le quotidien de son quartier en Alabama où des blancs racistes tuaient avec des bombes des familles noires… The Black Power Mixtape 1967-1975 s’intéresse d’ailleurs surtout à Angela Davis et à Stokely Carmichael : ce sont les personnes qui ont été le plus rencontrées par les journalistes suédois. Stokely Carmichael a voyagé en Europe, en France et en Suède, pour propager de ses idées. On apprendra d’ailleurs que le gouvernement américain n’appréciait guère que ces reporters suédois donnent une image positive des activistes -  les médias américains conservateurs évoquaient davantage des troubles et des violences- au point de geler les relations diplomatiques entre les deux pays.

La force de ce documentaire est de réussir à cerner plusieurs années de luttes idéologiques pour la liberté et l’égalité. Les images et les propos sont bien évidement plutôt à charge contre les Etats-Unis (en particulier le gouvernement du Président Nixon).  The Black Power Mixtape 1967-1975 est avant tout un document historique.

Les aventures de Tintin : Spielberg se trouve un nouveau héros

Posté par vincy, le 12 octobre 2011

Un générique qui rappelle Catch me if you can (et une musique aux accents jazzys qui pourraient lui faire écho). Des clins d'oeil à Hitchcock, aux Dents de la mer et même à 1941. Des séquences d'action qui cousinent avec les Indiana Jones. Steven Spielberg, amoureux de Tintin depuis sa plus tendre enfance, n'a pas eu besoin d'aller très loin pour puiser dans les BD d'Hergé tout ce qu'il aime dans le cinéma de divertissement, quitte à démontrer en creux, et cruellement, l'absence de second degré dans l'oeuvre de l'auteur belge.

Les aventures de Tintin - Le secret de la licorne est un divertissement de grande qualité : l'animation est maîtrisée, le motion picture est réussi, les personnages n'ont pas perdu leur personnalité dans la machine formatée d'Hollywood, et ça ne manque pas d'action. Si le premier tiers est porté sur une enquête, si on devine assez bien le scénario,  le film file à toute trombe vers un enchaînement d'action, de poursuites, de confrontations, à défaut de réel suspens.

Cette fantaisie frénétique trouve son summum dans la scène qui commence au Palais de Ben Salaad et qui finit au port. Une fuite en avant qu'il faudra réexaminer en détail : le découpage, typiquement "spielbergien", est une prouesse technologique et renvoie à la fois aux grads films d'actions et aux comédies de l'âge d'or hollywoodien, où on poussait le "gag" toujours plus loin.

Ne serait-ce que pour ces quelques moments, ce Tintin est assez épatant. Même s'il souffre peut-être de sa trop grande fidélité au ton d'Hergé, même si on aurait aimé une lecture plus moderne de ces aventures.

Born to be wild 3D : plus familial que sauvage

Posté par MpM, le 12 octobre 2011

L'histoire : A Bornéo, le Dr. Biruté Mary Galdikas recueille des bébés orangs-outangs orphelins dans un centre spécialisé où ils sont élevés puis lentement réhabitués à la vie sauvage, afin de retourner dans leur habitat naturel. A plusieurs milliers de kilomètres de là, dans la savane kényane, le Dr. Dame Daphne Sheldrick effectue le même travail de sauvetage auprès de jeunes éléphanteaux dont les parents ont été tués par les braconniers.

Notre avis : En choisissant un format volontairement court et spectaculaire (l'Imax permet une image dix fois plus grande que le 35mm traditionnel), les réalisateurs Drew Fellman et David Lickley ont choisi de raconter l'histoire édifiante de Biruté Galdikas et Daphne Sheldrick comme un conte de fées moderne. Exit tout ce qui pourrait choquer un public familial (la réalité sanglante du braconnage, les horreurs de la déforestation, l'avenir incertain des animaux relâchés qui risquent de devenir à leur tour la proie des braconniers...), et place à des bébés animaux forcément adorables, dont tout est fait pour souligner la similitude avec l'être humain.

De ce fait, on est mi enthousiaste, mi frustré par ce documentaire certes pédagogique mais surtout assez biaisé. Enthousiaste, parce que le destin des animaux que l'on suit est touchant. Il faut voir les gardiens s'affairer autour d'eux, tentant de reconstituer toutes les conditions de la vie sauvage. A Bornéo, de jeunes femmes portent des bébés orangs-outangs sur leur dos et les emmènent ainsi d'un endroit à un autre. Au Kenya, les jeunes hommes qui s'occupent des éléphants dorment avec eux pour les rassurer, et enduisent leurs larges oreilles de crème solaire. Pour le spectateur, l'anthropomorphisme est inévitable.

La frustration vient du fait qu'en ciblant les plus jeunes spectateurs, le film fait l'impasse sur les réalités quotidiennes du combat des deux femmes pour faire reconnaître les droits de leurs protégés. On aimerait en savoir plus sur la manière dont les animaux s'acclimatent à leur cohabitation avec l'homme et surtout sur leur retour à la vie sauvage. Le film évite également le sujet des conditions de vie réelle dans la foret indonésienne et dans la savane kényane, et ne dit mot des actions concrètes menées parallèlement au recueillement des orphelins. Alors que Born to be wild aurait pu être l'occasion rêvée pour sensibiliser le public (notamment sur le scandale des plantations de palmiers qui déforestent lentement mais sûrement toutes les surfaces boisées de la planète, pour produire notamment une huile jugée dangereuse pour la santé), il donne l'impression de manipuler son sujet de manière à n'en garder que le rêve et la magie.

C'est donc au spectateur lui-même de mettre à profit cette expérience visuelle et humaine pour se poser les bonnes questions et entamer une réflexion pédagogique sur le rôle de chacun dans le véritable drame vécu par les éléphants, les orang-outangs et tant d'autres espèces menacées. Pour que le formidable combat mené par les deux héroïnes du film puisse un jour s'arrêter de lui-même, faute d'animaux menacés.

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Born to be wild de Drew Fellman et David Lickley
Sortie le 12 octobre 2011
En exclusivité à La Géode