3 raisons d’aller voir le documentaire « 8, avenue Lénine »

Posté par vincy, le 13 novembre 2018

L'histoire: Salcuta Filan et ses deux enfants, Denisa et Gabi. Une famille rom roumaine qui vit en banlieue parisienne depuis 15 ans. Alors que de nombreux responsables politiques ne cessent d’affirmer que les Roms ont “vocation à rentrer chez eux”, Salcuta fait la preuve que la France et l’Europe ont la capacité de les accueillir dignement et que lorsque c’est le cas, il n’y a plus de « question rom ». Car en tant qu’Européenne, Salcuta a choisi. Et chez elle, c’est ici, en France.

Un autre regard. C'est clairement énoncé dans le documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun: les roms, tziganes, gitans sont les populations les plus rejetées en Europe. Les deux réalisatrices, en filmant une mère et ses deux enfants durant quinze années, proposent de voir une famille roumaine s'intégrant progressivement à Achères près de Paris. De la caravane en bidonville au premier appartement, de sa solidarité syndicale avec les collègues à l'engagement citoyen et politique, c'est bien un processus d'intégration qui est filmé, loin des préjugés. Il faut dire qu'entre les discours politiques qui accentuent la méfiance et l'exclusion, l'image du Rom véhiculée par le cinéma et la télévision depuis des décennies (au mieux un mendiant, au pire un voleur) et le repli sur soi dans tous les pays, ce peuple européen n'est bien accueilli nulle part, même en Roumanie.

"On est tous racistes, on est élevés comme ça. C’est le travail d’une vie que de se libérer des idées préconçues. D’être capable non plus de regarder la vie “d’une Rom”, mais celle d’une femme, européenne, une mère, fière et courageuse, qui cherche simplement à construire une vie meilleure pour elle et ses enfants" rappellent les réalisatrices.

Une femme touchante. Salcuta est en effet un personnage qui nous happe: tenace, déterminée, digne, chaleureuse. En la voyant s'épanouir dans ce qui devient son pays, la France, le spectateur est dans une sorte de "time-lapse" qui illustre la vie de 25000 Roms en France . C'est une immigrante européenne qui a respecté les lois de libre circulation et qui s'installe dans un pays de l'Union comme l'Europe l'y autorise. Mais par-delà les discours politiques, on voit bien dans ce film que Salcuta doit se battre en permanence contre une administration qui la marginalise et un Etat qui la stigmatise. Il faut quelques citoyens et élus très engagés - une solidarité rassurante en ces temps individualistes - pour permettre à Salcuta et sa famille d'avoir une chance de vivre "mieux" loin de ses racines. Au fil du récit, cette combattante emporte l'adhésion.

Un temps retrouvé. Quinze ans pour filmer un (morceau) de vie. C'est assez rare mais ce "genre" de challenge est de plus en plus stimulant pour les cinéastes et les documentaristes. Il était une fois une jeune femme Rom qui arrive en territoire hostile et grisâtre.... A la fin elle est heureuse et a 6 petits-enfants! C'est presque un conte de fée, avec un roi débonnaire (communiste) et une marraine bienveillante, où les années et les saisons n'ont aucune importance: le temps, comme les territoires, n'ont pas d'autres frontières que celles inventées par l'humain. On remonte le Danube spatialement, les années s'écoulent temporellement. Mais ce temps étiré donne une force singulière à ce film humble et motivé. Cette intensité propre aux films qui ne trichent pas grâce à l'authenticité sert de socle à l'ensemble, morceau brut de réalité. Cette humanité universelle et cette temporalité si spécifique permettent au documentaire de nous laisser avec un mélange de sentiments rassurant et serein, de ceux qui nous font croire que tout n'est pas perdu pour vivre ensemble.

Ta mort en shorts : six courts métrages pour apprivoiser la grande faucheuse

Posté par MpM, le 31 octobre 2018

En partenariat avec l'agence du court métrage et le magazine Bref, le studio Folimage a réuni six courts métrages d'animation autour du thème commun de la mort, pour un programme à destination des pré-ados (à partir de 11 ans) permettant d'aborder les questions liées au décès et au deuil. Pour ce voyage pas tout à fait comme les autres, ce sont des films aux univers et aux techniques variées qui nous proposent de faire le grand saut tantôt avec humour, tantôt avec poésie.

Pour ouvrir le programme, il fallait une oeuvre attachante et profonde qui oscille entre gravité et légèreté. Effet réussi avec Pépé le morse de Lucrèce Andreae (César du meilleur court métrage d'animation en 2018),  dans lequel une famille en deuil effectue un drôle de pèlerinage sur la plage.  Entre ironie et émotion, dérision et mélancolie, le film parle de la façon dont chacun surmonte le sentiment de perte. L'incursion du fantastique ajoute une note douce-amère magistrale qui permet aux personnages, comme aux spectateurs, de laisser s'exprimer leurs émotions.

Mon papi s'est caché de Anne Huynh (inédit) est dans un registre plus attendu, celle de la relation complice entre un enfant et son grand-père. Plusieurs scènes montrent la complicité joyeuse qui les unit, et notamment des jeux de cache-cache prémonitoires. En voix-off, le vieil homme évoque sa mort prochaine, et demande au petit garçon de prendre le relais pour s'occuper du jardin. L'esthétique (le film est réalisé à la craie grasse) évoque la peinture impressionniste, faisant la part belle aux sensations et aux émotions enfouies.

On arrive alors dans le passage le plus sombre du programme, avec un mélodrame assumé, l'adaptation du célèbre conte d'Andersen, La petite marchande d’allumettes, par Anne Baillod et Jean Faravel. La petite héroïne évolue dans des teintes grises et tristes, au milieu de panneaux publicitaires faussement joyeux qui s'animent mécaniquement et sans chaleur. Les seuls moments heureux sont ceux des visions du passé, permises par chaque précieuse allumette. La mort attendue de la fillette devient métaphoriquement une séquence de retrouvailles avec sa grand-mère bien-aimée qui vient la chercher depuis l'au-delà, et lui permet de quitter sans regret un monde où rien ne la retient.

Pour contrebalancer la profonde tristesse qui se dégage de ce film, on enchaîne très vite avec un autre qui en prend le contre-pied, Chronique de la poisse d'Osman Cerfon, ou l'histoire d'un homme poisson qui porte malheur, et provoque des catastrophes mortelles, mais souvent grotesques, en chaîne. Ces morts volontairement ridicules et anecdotiques suscitent chez le spectateur plus de moquerie que de compassion, mais peuvent aussi laisser relativement indifférent. C'est le problème de l'humour noir : lorsqu'il n'est pas assez savamment dosé, il finit par tourner court.

Mamie de Janice Nadeau nous ramène du côté de l'émotion, avec le récit intime, à la première personne, d'une jeune femme qui se souvient de sa grand-mère, et du manque absolu de complicité entre elles. On comprend au fil du récit que c'est la mort de son mari qui a laissé la vieille dame désespérée, incapable de toute chaleur humaine. La simplicité du trait et de l'animation traditionnelle renforcent la délicatesse d'un récit qui demeure ténu, mais sensible.

Enfin, Ta mort en shorts s'achève sur une oeuvre ultra-colorée et pop, Los dias de los muertos de Pauline Pinson, une version courte et légère de Coco. Le jour de la fête des morts, dans un petit village mexicain, les défunts reviennent d'outre-tombe pour visiter les vivants. Pour son premier "retour" depuis sa mort, une mauvaise surprise attend Gonzalo : alors qu'il s'attend à un véritable festin, sa femme le met au régime. Un film qui dédramatise la mort en permettant aux vivants de renouer avec leurs chers disparus, et qui célèbre les plaisirs bien terrestres de la nourriture. Soit l'épilogue parfait pour cette tentative d'apprivoiser la grande faucheuse et, à défaut, de s'en moquer suffisamment pour la rendre tout à coup beaucoup moins effrayante.

________________

Ta mort en shorts
En salles à partir du 31 octobre

3 raisons d’aller voir Quién te cantará

Posté par vincy, le 24 octobre 2018

Le pitch: Lila Cassen, ancienne star de la chanson des années 90, prépare son grand retour sur scène. Mais un accident la rend alors amnésique. Avec l'aide de Violeta, sa plus grande fan et imitatrice, Lila va apprendre à redevenir qui elle était.

Une atmosphère mystérieuse qui rappelle Lynch, De Palma, Hitchcock. Sur cette plage espagnole, le climat est brumeux, grisâtre, pas vraiment chaleureux. Et en ville, c'est la nuit qui règne. Carlos Vermut a plongé son nouveau film dans un faux huis-clos (une villa isolée sert de noyau aux différentes strates du film). L'héroïne est amnésique depuis qu'elle a été retrouvée sur la plage, inconsciente. On s'interroge tout au long du film : thriller, drame psychologique ou film noir. La réponse n'est pas si évidente puisque le film contourne chacun de ces genres tout en les assumant.

Une histoire d'identités qui se troublent au fil du récit. Une chanteuse célèbre "à la retraite" qui est amnésique. Une autre qui la "copie" dans une boîte de nuit. Sans oublier l'ombre de la mère. Le film tient sur un phénomène d'usurpation: la fille qui reprend les chansons de sa mère, l'imitatrice qui devient plus réelle et même meilleure que l'original. Dans ce jeu d'échanges et cet échange de "je", on comprend vite qu'à défaut d'être qui on est, on peut devenir quelqu'un d'autre. Une femme peut en cacher une autre... On retrouve ici ce qui semble être la "patte " du cinéaste, après son film La nina del fuego: l'instabilité psychologique, la manipulation et la confusion des identités. Le réalisateur a voulu écrire une "histoire de mimétisme, de mémoire, de métamorphose : comment à force de vouloir ressembler à une personne et de courir après une chimère, on finit soi-même par devenir un fantôme. Le fantôme de sa vie, en somme."

Des actrices et des chansons qui rappellent les films noirs d'Almodovar. Najwa Nimri (20 centimètres, Les amants du cercle polaire, la méthode) en ex-star paumée et Eva Llorach (#Realmovie, La nina de fuego) en mère dépassée et artiste frustrée, sont les deux héroïnes, qui peuvent être étonnement ressemblantes, de ce film. On peut y ajouter Carme Elias dans le rôle de la manageuse/amie, et Natalia de Molina dans le rôle de la fille instable. Un quatuor qui dévoile différentes facettes de la femme, mais surtout qui reflète diverses composantes du courage féminin (et par conséquent, de leur vulnérabilité aussi). On rajoute à ça la B.O. élégante et vénéneuse d'Alberto Iglesias, compositeur attitré d'Almodovar et, en effet, on sent bien l'influence du maître espagnol sur Vermut.

Trois raisons d’emmener les enfants découvrir « Bamse au pays des voleurs »

Posté par MpM, le 24 octobre 2018

Pendant les vacances, rien de tel qu'une sortie au cinéma en famille ! Grâce au distributeur Malavida, on peut découvrir en salles cette semaine une petite gourmandise scandinave idéale pour les enfants à partir de 3 ans : Bamse au pays des voleurs de Christian Ryltenius, dans lequel l'intrépide Bamse, l'ours le plus fort du monde, doit faire face à une coalition de voleurs prêts à tout pour réaliser leurs méfaits en paix.

Un personnage culte

Si Bamse au pays des voleurs est inédit en France, le personnage est pourtant culte dans son pays, la Suède, où il a vu le jour en 1966 sous la plume de Rune Andréasson, dans une bande dessinée rapidement suivie de six dessins animés en noir et blanc diffusés à la télévision. Face au succès jamais démenti, Bamse revient dans une nouvelle série en couleur de sept épisodes intitulée Bamse l’Ours le plus fort du monde, en 1972-73. Il est également le héros de son propre magazine (depuis 1973) et d'un parc à thèmes (depuis 1998). En 2014, il devient enfin une star de cinéma avec Bamse au pays des voleurs de Christian Ryltenius. Le film, qui arrive cet automne sur les écrans français, est le film d’animation suédois le plus vu au 21e siècle.

Une ode au vivre-ensemble

Si Bamse se montre redoutable quand des ennemis menacent la tranquillité du village, il prône également le droit à une seconde chance. C'est ainsi que plusieurs villageois sont en réalité d'anciens voleurs et bandits qui se sont amendés grâce à lui. Lorsque Reinard Fox, le grand méchant du film, réussit à convaincre tous les anciens criminels de reprendre du service, il menace alors directement les principes de vivre-ensemble et de réconciliation de Bamse. Le petit ours, accompagné de ses amis, devra donc à la fois arrêter le chef de bande, et convaincre les autres que son amitié n'était pas factice, et qu'une vie en harmonie est toujours possible. Par ailleurs, dans le village de Bamse, toutes les espèces vivent en bonne intelligence, loin de tous préjugés.

L'équilibre entre la force et l'intelligence

On pourrait croire que Bamse au pays des voleurs est une apologie de la force brute, puisque le héros tire ses pouvoirs du "miel du tonnerre" de sa grand-mère qui fait de lui "l'ours le plus fort du monde". Pourtant, lorsqu'il est privé de son précieux nectar, Bamse n'est pas pour autant démuni. Il se démène en effet sans compter pour sauver sa grand-mère ainsi que le village, et ramener les voleurs sur le droit chemin. Il use pour cela de la ruse, et peut compter sur l'aide de ses amis, notamment les inventions brillantes de Carapace. Finalement, ce sera d'ailleurs l'intervention in extremis de sa fille, la jeune et courageuse Marianne, qui permettra de retourner la situation. Ce sont donc la solidarité, l'amitié et l'intelligence qui triomphent du traître, menteur et mégalo Reinard Fox.

-------

Bamse au pays des voleurs de Christian Ryltenius
En salles à partir du 24 octobre

3 bonnes raisons d’aller voir RBG de Betsy West et Julie Cohen

Posté par wyzman, le 10 octobre 2018

A l'heure où l'Amérique se remet à peine de la nomination de Brett Kavanaugh au poste de juge assesseur de la Cour suprême, Betsy West et Julie Cohen dévoilent leur documentaire enflammé sur la désormais légendaire Ruth Bader Ginsburg. Le lien ? A 85 ans, elle siège encore à la Cour suprême !

1. C'est un film nécessaire. Si Ruth Bader Ginsburg est aujourd'hui une figure majeur de la pop culture, cela n'a pas toujours été le cas. Avant de devenir juge à la Cour suprême des Etats-Unis, elle s'est battue pour l'égalité hommes-femmes et toutes formes de discrimination. Véritable force de la nature, Betsy West et Julie Cohen rappellent à travers leur documentaire comment celle que l'on nomme désormais "Notorious RBG" (en référence au rappeur The Notorious B.I.G.) a construit un précieux et incroyable héritage juridique rempli de cas de de jurisprudence. Plus qu'un témoignage sur le passé d'une figure importante de la justice américaine, RBG fait la part belle à l'intelligence et la timidité d'une femme qui s'est battue pour que les femmes puissent accéder à toutes les institutions, soient payées autant que leurs collègues masculins ou encore que les hommes puissent également toucher une pension en cas de décès de leur épouse pour éduquer leur(s) enfant(s). Alors que Cour suprême se fait de plus en plus conservatrice, Ruth Bader Ginsburg est désormais perçue comme "le dernier rempart anti-Trump".

2. C'est extrêmement instructif. Si pour certains Ruth Bader Ginsburg est la "Simone Veil américaine", force est de constater que RBG ne fait pas que se consacrer à l'incroyable destin de cette femme. RBG présente également les changements qui ont touché voire complètement bouleversé le visage de l'Amérique. Comme le rappelle Betsy West, celle qui a été nommée à la Cour suprême par Bill Clinton est souvent comparée à Thurgood Marshall, l'avocat qui a plaidé pour la cause noire dans l'affaire Brown v. Board of Education, qui a notamment permis la déségrégation dans les écoles publiques. Pendant 98 minutes donc, Ruth Bader Ginsburg mais aussi ses proches et ses supporteurs défendent une idée simple : la Constitution doit tous nous défendre. Et si ce n'est pas le cas, c'est qu'il faut la changer ! Des années d'études de la future juge à Cornell, Harvard puis Columbia jusqu'à ses apparitions "surprises" dans quelques opéras, RBG rend hommage au travail des juristes et démontre le manque d'intelligibilité de certaines lois.

3. C'est rempli d'amour. Figure aujourd'hui adorée par des millions d'Américains qui ne manquent pas d'acheter et de partager mugs, t-shirts et carnets à son effigie, le parcours de Ruth Bader Ginsburg aurait été bien différent si elle n'avait pas croisé la route de Martin G. Ginsburg (Marty pour les intimes). Progressiste et féministe à une époque où c'était à la femme de suivre l'homme au gré de ses promotions, Marty a fait passer sa carrière (voire sa vie) après la carrière brillante de son épouse. Voilà sans doute pourquoi Betsy West et Julie Cohen ont tenu à donner un coup de projecteur à leurs plus de 50 ans de mariage. Naissances, déménagements, promotions, ascension, cancers... RBG ne laisse rien de côté et présente les Ginsburg pour ce qu'ils étaient : un #PowerCouple moderne dont l'Amérique elle-même ne savait pas qu'elle avait besoin.

Bonus : c'est extrêmement drôle ! Des petites phrases de Marty au sketchs du Saturday Night Live consacrés à Ruth Bader Ginsburg en passant par les confessions de ses enfants ainsi que de ses anciennes camarades de classe, RBG nous ferait presque oublier le sérieux de son personnage principal ou le fait que cela fasse plus de 25 ans qu'elle siège à la Coup suprême !

Dinard 2018: Quatre actrices légendaires sans filtre dans Nothing Like a Dame

Posté par vincy, le 28 septembre 2018

Roger Mitchell (Coup de foudre à Notting Hill), grand habitué du Dinard Film Festival, est sélectionné cette année hors-compétition avec un documentaire, Nothing Like a Dame.

Quatre actrices légendaires s'installent dans un cottage britannique. Pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de la résidence de Sir Laurence Olivier et Lady Joan Plowright, par ailleurs anoblie au titre de Dame. C'est la plus ancienne d'entre elle, à 88 ans. Cette immense comédienne de théâtre, aux rares apparitions à Hollywood (Les 101 Dalmatiens, Last Action Hero, Les chroniques de Spiderwick) a été une fois nommée aux Oscars et deux fois gagnante aux Golden Globes.

A 84 ans, Dame Eileen Atkins, outre les planches londoniennes, a brillé dans Equus en 1977, mais aussi dans des films comme Wolf, Retour à Cold Mountain, Gosford Park, The Hours ou récemment Paddington 2.

Mais le réalisateur met davantage en lumière les deux autres comédiennes, elles aussi nées sur scène après la seconde guerre mondiale. Elles aussi pas forcément des canons de beauté quand elles étaient jeunes. Sans doute parce que le grand public les connait davantage. Dame Maggie Smith, 83 ans, amie et membre de la troupe de Laurence Oliver et de Joan Plowright, a eu de beaux rôles sur grand écran (Mort sur le Nil, Chambre avec vue, Hook) avant de devenir incontournable grâce à son second-rôle dans Sister Act. On la voit aussi dans Gosford Park (comme Atkins), Nanny McPhee et le Big Bang, Indian Palace et évidemment dans la saga Harry Potter en Minerva McGonagall. Un Oscar et cinq autres nominations, 3 Golden Globes et dix nominations: un beau palmarès. Mais finalement c'est Violet, comtesse douairière de Grantham, qui, durant 52 épisodes de Downton Abbey, la rend immortelle. Série dont elle a le coffret et qu'elle n'a toujours pas vue! De loin, elle balance les meilleures répliques.

Et il y a le cas de Dame Judi Dench, 83 ans aussi. Deux films film ont changé sa vie en 1995 et 1997, respectivement un James Bond (GoldenEye, où elle créé un M iconique dans 6 épisodes de la franchise) et La dame de Windsor qui va l'abonner aux rôles de reines. Avant la comédienne avait fait beaucoup de théâtre et de télévision (y compris une sitcom). C'est l'un des rares cas d'école où un/une artiste est devenu mondialement célèbre après ses 60 ans. Avec Smith, elle tourne aussi Indian Palace. Avec Smith et Plowright, elles sont à l'affiche de Un thé avec Mussolini. Tout se croise. Dench devient avec Helen Mirren, la comédienne "senior" la plus demandée à Hollywood (les trois autres "filles" du Docteur Mitchell en plaisantent d'ailleurs), tournant avec Burton, Eastwood, Frears, Branagh, Fukunaga, Marshall... récoltant au fil de sa carrière un Oscar (et six nominations) ainsi que deux Golden Globes (et 9 nominations). Avec humilité, elle prend son rôle de "reine" du quartet sans jamais le revendiquer.

Quartet harmonieux

Voilà donc quatre grandes comédiennes partageant leurs souvenirs personnels et leurs parcours professionnels, leur jardin secret et leurs peurs, malgré la mémoire défaillante, la vue déclinante, l'ouïe peu fiable. Un mélange de sérieux et d' inside jokes, de gravité et de dérisions, d'humour anglais et d'élégance intime, de franchise et de connivence. Tout est bienveillant, même si parfois c'est superficiel et léger, comme le Ruinart servi à la fin. Elles peuvent être théoriciennes du jeu et du théâtre comme elles peuvent se rappeler leurs 400 coups.

Il y a des moments franchement hilarants. On comprend qu'elles ont été connectées toute leur vie, par le travail (films ou pièces ou partenaires en commun) comme par l'amitié extra-professionnelle. Si on rit, c'est bien parce qu'elles nous divertissent. Mais au-delà des anecdotes et des archives rares déterrées, ou encore de l'admiration portée par le cinéaste Roger Mitchell sur ces quatre grandes "drama-queens", on retient finalement l'essentiel: des vérités sur ces déesses de l'illusion.

Si ici, elles sont de drôles de Dames, sans filtre et très expressives, elles s'interrogent toujours et encore sur les moyens de rendre le vrai en faisant du faux. Le jeu plutôt que le je. Comme si toute leur vie, elles n'avaient voulu que tendre à ce but: être une autre en restant en soi-même.

3 bonnes raisons d’aller voir Hostile de Mathieu Turi

Posté par kristofy, le 26 septembre 2018

Le pitch: Dans un monde en ruine après une catastrophe inconnue, l'espèce humaine tente de se reconstruire. Les survivants ne sortent que la journée car la nuit venue d’étranges créatures sortent pour chasser. Juliette est la seule à oser s’aventurer près des villes. Un jour, sur le chemin du retour, elle perd le contrôle de sa voiture. Lorsqu'elle reprend connaissance, elle est blessée, coincée dans son véhicule, et… IL FAIT NUIT.

Dans le désert personne ne vous entend crier, surtout la nuit quand s'approchent d'étranges créatures ! Malgré les apparences Hostile n'est pas un film d'horreur, l'ambiance survival est plus un décor car le vrai sujet du film est son personnage central. C'est une femme seule dans les/ses ténèbres, avec ce qui lui arrive maintenant et aussi ce qui s'est passé avant.

Hostile est un film de genre français : Julia Ducournau avait un peu réveillé le film de genre français avec Grave depuis Cannes jusqu'aux Césars. Cette année 2018 voit arriver dans les cinémas d'autres films de ce type en français : par exemple les zombies de La nuit a dévoré le monde en mars (avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant) ou un brouillard qui étouffe l'Humanité Dans la brume en avril (avec Romain Duris et Olga Kurylenko). Si le projet comporte un peu de violence ou du sang on sait que trouver un financement pour le produire ou un distributeur et des salles de cinéma ensuite (surtout si il y a une interdiction aux moins de 16 ans) s'avère un parcours du combattant. Un contexte qui incite à une coproduction internationale et à tourner en langue anglaise : comme Coralie Fargeat avec Revenge en février, Pascal Laugier avec Ghostland en mars, ou Xavier Gens avec Cold skin et The Crucifixion. Et comme Mathieu Turi avec son premier long-métrage (justement parrainé par Xavier Gens). Ce Hostile tourné en anglais entre New-York, Paris et le Maroc, et avec comme héroïne principale Brittany Ashworth a déjà été remarqué aux festivals fantastiques de Sitges et de Neufchâtel, et Mathieu Turi se révèle être un cinéaste prometteur.

Mon nom est Juliette, et j'ai survécu à l'apocalypse. Vous croyez que j'ai eu de la chance ? C'est faux...

Hostile est un film post-apocalyptique : Ce n'est pas la fin du monde, mais presque. Quelque chose s'est produit, notre société de confort telle qu'on la connait n'existe plus, l'Humanité est en train de disparaître, les quelques survivants luttent pour rester en vie. La situation est devenue classique autant au cinéma avec le succès du dernier Mad Max Fury Road qu'à la télévision avec la série Walking dead. Dans cette histoire Juliette est une survivante, elle doit lutter contre la faim et la soif, supporter une jambe cassée, et combattre d'étranges créatures qui surgissent la nuit !

Hostile c'est aussi une love-story : C'est bien connu que seul l'Amour pourrait sauver le monde, l'Amour est d'ailleurs Le Cinquième élément qui peut sauver la planète pour Luc Besson. C'est toute l'originalité de Hostile : l'histoire est celle de Juliette aujourd'hui qui se retrouve en mauvaise posture et seule (enfin presque) dans la nuit. Mais il y a différents flashbacks dans le passé (celui que l'on connaît, avant la catastrophe): Juliette était déjà dans une situation de lutte dans sa vie au moment où elle a rencontré un bel et sombre inconnu qui veut la séduire. Cette romance aura diverses répercussions dont le souvenir pourrait l'aider dans ce nouveau combat pour survivre dans la nuit...

3 bonnes raisons d’aller voir L’Ombre d’Emily de Paul Feig

Posté par wyzman, le 26 septembre 2018

Après Spy et SOS Fantômes, le réalisateur américain Paul Feig semble avoir retrouvé toute sa superbe. La preuve avec L'Ombre d'Emily !

1. L'histoire vaut son pesant d'or. Adapté du roman Disparue de Darcey Bell, L'Ombre d'Emily raconte comment Stephanie Smothers (Anna Kendrick), mère de famille accro à son vlog, enquête sur la disparition soudaine de sa nouvelle meilleure amie, la mystérieuse Emily Nelson (Blake Lively). Veuve, Stephanie gère seule son fils tandis qu'Emily, également mère, s'occupe comme elle peut entre son travail de directrice des relations presses d'une grande marque de mode et son mari, le très séduisant Sean Townsend (Henry Golding). Thriller bourré d'humour et dopé à la sauce Desperate Housewives, L'Ombre d'Emily peut être perçu comme le pendant fun de Gone Girl.

2. Le casting est un heureux mix. Célèbre pour ses participations aux sagas Twilight et Pitch Perfect, Anna Kendrick semble ici avoir trouvé un rôle à la hauteur de son talent. Le personnage qu'elle incarne, l'adorable Stephanie est à la fois douce et revêche, docile et imprévisible. Un mélange qui détone surtout lorsqu'on la met face à une Blake Lively (Gossip Girl)  absolument parfaite en femme du monde blasée par sa propre superficialité. Ajoutons à cela Henry Golding, l'acteur le plus cool du moment depuis son passage dans Crazy Rich Asians et cela donne un trio de choc aussi glamour qu'improbable.

3. La bande originale est à tomber par terre. On ne le dira jamais assez : le succès d'un film peut tenir à sa promotion. Et force est de reconnaître que de ce côté-là, Lionsgate et Metropolitan ont bien fait les choses. Trop absorbés par les looks audacieux et absolument parfaits de Blake Lively, nous aurions presque pu passer à côté des pépites dont regorge la bande originale. Cœur de Pirate, Françoise Hardy, Brigitte Bardot, Serge Gainsbourg, Zaz, Jacques Dutronc... Ils sont tous de la partie !

3 bonnes raisons de voir Line of Fire de Joseph Kosinski

Posté par wyzman, le 15 septembre 2018

Disponible en e-Cinéma depuis ce mercredi Line of Fire (Only the Brave en VO) est sans l'ombre d'un doute le film inspiré de faits réels à ne pas manquer cette semaine.

1. L'histoire vaut le détour. En juin 2013, les Granite Mountain Hotshots, une unité de pompiers d'élites, doivent combattre un gigantesque incendie qui menace les environs de Yarnell, une commune située en Arizona. Ecrit par Ken Nolan et Eric Warren Singer, le scénario fait évidemment la part belle aux scènes de bravoure mais permet surtout une immersion au sein de cette unité. Line of Fire nous en apprend davantage sur le quotidien de ces pompiers d'élite, sur les rapports qu'ils entretiennent entre unités ainsi qu'avec avec les forces de l'ordre. Sans spoiler, une fois arrivé au générique de fin, on ne peut que vous garantir que vous aurez envie de croquer la vie à pleines dents.

2. Le casting est dément. Si vous avez lu la presse cette semaine, vous n'êtes pas sans savoir que la tête d'affiche n'est autre que le très prolifique Josh Brolin. Longtemps considéré comme has been, il est redevenu bankable. Ainsi, après des incursions dans True Grit, Old Boy, Sicario et Avengers : Infinity War, on le retrouve dans Line of Fire en chef taciturne et exigeant. Un rôle de composition qui lui va à merveille. A ses côtés, il peut compter sur une Jennifer Connelly toujours impressionnante de magnétisme, un Miles Teller surprenant et un Taylor Kitsch agaçant au point d'en devenir touchant. Ensemble, ils donnent corps et vie à ce drame aux 38 millions de dollars de budget.

3. Le spectateur reste bluffé. Loin d'être recommandable aux plus jeunes, Line of Fire ravit par sa capacité à alterner scènes dramatiques et action survitaminée. Certains le trouveront dur dans ses propos (laissez une vingtaine d'hommes ensemble pendant plusieurs semaines et le respect disparaît) tandis que les autres, dont nous faisons partie, ne garderont qu'en tête cette claque qu'ils se sont prises. Épique et didactique durant les séquences liées aux incendies ou aux entraînements, Line of Fire n'en demeure pas moins un drame basé sur une catastrophe naturelle. Vous ne le terminerez pas indemne !

3 bonnes raisons d’aller voir Miracle à Santa-Anna de Spike Lee

Posté par wyzman, le 30 août 2018

Enfin disponible en salle, Miracle à Santa-Anna de Spike Lee vaut le détour. Une semaine après la sortie de BlackKklansman, le réalisateur prouve une fois de plus qu'il est l'un des meilleurs portraitistes que l'Amérique ait connus.

1. C'est un Spike Lee inédit. Tourné à l'automne 2007, Miracle à Santa-Anna n'est sorti qu'hier dans les cinémas français. La raison ? Un désaccord financier entre TF1, Spike Lee et la société de production italienne On My Own. En dépit de leur accord contractuel, TF1 aurait refusé de distribuer le film sur les marchés internationaux, affirmant que Spike Lee a réalisé une oeuvre qui n'était pas celle promise. Il aura fallu plusieurs années et le coup de poker de Splendor Films pour pouvoir enfin savourer cette pépite au cinéma.

2. L'histoire est géniale. De nos jours, aux Etats-Unis, un Noir américain à la veille de sa retraite abat un autre homme avec un pistolet allemand. Durant la fouille de son appartement, la police découvre la tête d'une statue italienne d'une très grande valeur, perdue à Florence durant la Seconde guerre mondiale. Enfermé dans un asile, l'homme en question finit par raconter à un journaliste l'histoire de cette tête ainsi que la sienne. Complexe et profonde, l'histoire de Miracle à Santa-Anna doit toute sa richesse à l'oeuvre dont elle est adaptée, le roman éponyme de James McBride.

3. Le casting est impressionnant. Film de guerre certes, Miracle à Santa-Anna raconte en outre le désespoir qui a gagné des milliers d'hommes lors de la Seconde guerre mondiale. Les historiens ne sont pas d'accord sur certains aspects du film (y avait-il vraiment des collaborateurs à Santa Anna, village de Toscane ?) et au moment de sa sortie américaine, le public a boudé le film car les films de guerre devenaient trop nombreux. Mais par chance, Spike Lee a fait appel à toute une brochette de stars pour porter son projet. De John Turturro, à Joseph Gordon-Levitt en passant par Kerry Washington, Derek Luke et Walton Goggins, tous semblent avoir un rôle à la mesure de leur talent !