3 bonnes raisons de voir Line of Fire de Joseph Kosinski

Posté par wyzman, le 15 septembre 2018

Disponible en e-Cinéma depuis ce mercredi Line of Fire (Only the Brave en VO) est sans l'ombre d'un doute le film inspiré de faits réels à ne pas manquer cette semaine.

1. L'histoire vaut le détour. En juin 2013, les Granite Mountain Hotshots, une unité de pompiers d'élites, doivent combattre un gigantesque incendie qui menace les environs de Yarnell, une commune située en Arizona. Ecrit par Ken Nolan et Eric Warren Singer, le scénario fait évidemment la part belle aux scènes de bravoure mais permet surtout une immersion au sein de cette unité. Line of Fire nous en apprend davantage sur le quotidien de ces pompiers d'élite, sur les rapports qu'ils entretiennent entre unités ainsi qu'avec avec les forces de l'ordre. Sans spoiler, une fois arrivé au générique de fin, on ne peut que vous garantir que vous aurez envie de croquer la vie à pleines dents.

2. Le casting est dément. Si vous avez lu la presse cette semaine, vous n'êtes pas sans savoir que la tête d'affiche n'est autre que le très prolifique Josh Brolin. Longtemps considéré comme has been, il est redevenu bankable. Ainsi, après des incursions dans True Grit, Old Boy, Sicario et Avengers : Infinity War, on le retrouve dans Line of Fire en chef taciturne et exigeant. Un rôle de composition qui lui va à merveille. A ses côtés, il peut compter sur une Jennifer Connelly toujours impressionnante de magnétisme, un Miles Teller surprenant et un Taylor Kitsch agaçant au point d'en devenir touchant. Ensemble, ils donnent corps et vie à ce drame aux 38 millions de dollars de budget.

3. Le spectateur reste bluffé. Loin d'être recommandable aux plus jeunes, Line of Fire ravit par sa capacité à alterner scènes dramatiques et action survitaminée. Certains le trouveront dur dans ses propos (laissez une vingtaine d'hommes ensemble pendant plusieurs semaines et le respect disparaît) tandis que les autres, dont nous faisons partie, ne garderont qu'en tête cette claque qu'ils se sont prises. Épique et didactique durant les séquences liées aux incendies ou aux entraînements, Line of Fire n'en demeure pas moins un drame basé sur une catastrophe naturelle. Vous ne le terminerez pas indemne !

3 bonnes raisons d’aller voir Miracle à Santa-Anna de Spike Lee

Posté par wyzman, le 30 août 2018

Enfin disponible en salle, Miracle à Santa-Anna de Spike Lee vaut le détour. Une semaine après la sortie de BlackKklansman, le réalisateur prouve une fois de plus qu'il est l'un des meilleurs portraitistes que l'Amérique ait connus.

1. C'est un Spike Lee inédit. Tourné à l'automne 2007, Miracle à Santa-Anna n'est sorti qu'hier dans les cinémas français. La raison ? Un désaccord financier entre TF1, Spike Lee et la société de production italienne On My Own. En dépit de leur accord contractuel, TF1 aurait refusé de distribuer le film sur les marchés internationaux, affirmant que Spike Lee a réalisé une oeuvre qui n'était pas celle promise. Il aura fallu plusieurs années et le coup de poker de Splendor Films pour pouvoir enfin savourer cette pépite au cinéma.

2. L'histoire est géniale. De nos jours, aux Etats-Unis, un Noir américain à la veille de sa retraite abat un autre homme avec un pistolet allemand. Durant la fouille de son appartement, la police découvre la tête d'une statue italienne d'une très grande valeur, perdue à Florence durant la Seconde guerre mondiale. Enfermé dans un asile, l'homme en question finit par raconter à un journaliste l'histoire de cette tête ainsi que la sienne. Complexe et profonde, l'histoire de Miracle à Santa-Anna doit toute sa richesse à l'oeuvre dont elle est adaptée, le roman éponyme de James McBride.

3. Le casting est impressionnant. Film de guerre certes, Miracle à Santa-Anna raconte en outre le désespoir qui a gagné des milliers d'hommes lors de la Seconde guerre mondiale. Les historiens ne sont pas d'accord sur certains aspects du film (y avait-il vraiment des collaborateurs à Santa Anna, village de Toscane ?) et au moment de sa sortie américaine, le public a boudé le film car les films de guerre devenaient trop nombreux. Mais par chance, Spike Lee a fait appel à toute une brochette de stars pour porter son projet. De John Turturro, à Joseph Gordon-Levitt en passant par Kerry Washington, Derek Luke et Walton Goggins, tous semblent avoir un rôle à la mesure de leur talent !

5 bonnes raisons d’aller voir Equalizer 2

Posté par wyzman, le 17 août 2018

Quatre ans après le premier Equalizer qui avait ravit la presse et le public, Antoine Fuqua et Denzel Washington rempilent pour une nouvelle et périlleuse mission de Robert McCall. Voici 5 bonnes raisons d'aller voir cette suite sombre et spectaculaire.

1. C'est un bon divertissement d'été. Quatre ans après les événements du premier film, Robert McCall est toujours un agent des services secrets américains à la retraite. Reconverti en chauffeur Lyft (le concurrent d'Uber), McCall est contraint de reprendre les armes après que sa "seule amie" Susan Plummer a été retrouvée morte dan un hôtel de Bruxelles. Elle était sur la piste d'une organisation particulièrement douée pour camoufler des meurtres. Si le pitch ne révolutionne pas le genre du film d'action, force est de reconnaître que l'on apprécie fortement ce récit où les méchants finissent par être punis.

2. Denzel Washington est parfait en chauffeur le jour, justicier la nuit. Les plus réticents diront que notre papy cinématographique préféré tourne en rond dans cette suite mais il n'en est rien. Cette décennie, il a simplement décidé d'enchaîner les blockbusters où il joue les action hero (Le Livre d'Eli, Sécurité rapprochée, Equalizer) et les drames à Oscars (Fences, Flight, L'Affaire Roman J.) Ces contrastes lui réussissent et dans Equalizer 2, il s'avère encore plus convaincant que dans le premier volet. Son personnage pleure toujours la mort de sa femme et le décès de sa vieille amie pourrait bien le faire avancer plus qu'on le pense !

3. Les scènes de combat valent le détour. On ne le dira jamais assez mais une scène de combat n'a d'intérêt que si elle est bien chorégraphiée, utile à l'intrigue globale et parfaitement interprétée. Avec Denzel Washington et la réalisation d'Antoine Fuqua, tous ces critères sont ici réunis. Qu'il s'agisse de venger une amie assassinée de sang froid ou une jeune stagiaire violée, Denzel Washington donne de sa personne et on ne peut qu'apprécier cela. A 63 ans, l'acteur oscarisé pour Glory et Training Day ne saute peut-être pas en parachute comme Tom Cruise dans le dernier Mission : Impossible mais il n'a clairement rien à lui envier.

4. Ashton Sanders est de la partie. A seulement 22 ans, cet acteur américain est déjà une star. On l'a découvert l'an dernier dans le sublime Moonlight et depuis, son visage ne cesse de nous hanter. Absolument parfait en adolescent noir qui tente d'apprivoiser ses désirs et son homosexualité, il nous a plus qu'émus. Dans Equalizer 2, il campe un adolescent aux mauvaises fréquentations mais à la créativité certaine. Un rôle en forme de continuité. En plus d'avoir fait une apparition dans Straight Outta Compton, il sera prochainement à l'affiche de Captive State de Rupert Wyatt, Native Son de Rachid Johnson et All Day and a Night de Joe Robert Cole !

5. L'humour nous donne envie d'un troisième volet. Interviewé par Le Parisien, Denzel Washington a préféré calmer les ardeurs des journalistes concernant une suite. Mais c'est sans doute parce que ce second volet alterne à merveille les moments de réflexion brumeuse et les piques comiques que l'on ne peut s'empêcher d'imaginer un ultime chapitre qui nous montrerait Robert McCall heureux et pas simplement serein après avoir réglé leurs comptes aux méchants. On ne spoilera personne en affirmant que notre réplique préférée demeure : "- Putain mais t'es qui ? - Ton père. Ta mère te l'a juste pas dit !"

Trois bonnes raisons d’aller voir Capitaine Morten et la reine des araignées de Kaspar Jancis

Posté par MpM, le 15 août 2018

Morten rêve de prendre le large à bord de La Salamandre, avec son père le Capitaine Vicks, mais il doit rester à terre chez l’autoritaire Annabelle. Avec son complice Stinger, Annabelle veut s’emparer du bateau, persuadée qu’il cache un trésor de pirates. Pour déjouer leurs plans, Morten va être entraîné dans une aventure fantastique. Réduit à la taille d’un insecte par un magicien farfelu, c’est dans le monde de la Reine des araignées qu’il va devoir conquérir ses galons de capitaine.

Adaptation évidente


Kaspar Jancis est un metteur en scène, compositeur et scénographe estonien qui a obtenu le Cartoon d’or du meilleur court-métrage d’animation européen avec son film Crocodile en 2010. Capitaine Morten et la reine des araignées, qui est son premier long métrage, mais aussi son premier film en stop motion, est l'adaptation d'un livre pour enfants qu'il avait écrit en 2010 et pour lequel il avait également composé une musique.  Devenu un best-seller, l'ouvrage est populaire auprès du public estonien, et a notamment été décliné en une émission de radio. Assez logiquement, Nukufilm a ensuite eu l'idée de l'adapter pour le cinéma, dans une version qui mêle l'animation classique de marionnettes à des images de synthèses utilisées notamment pour les éléments liquides comme l’eau.

Conte joyeusement cruel


Le cinéma pour enfants ne nous a pas franchement habitués aux bizarreries qui émaillent Capitaine Morten. Alors que l’intrigue se veut au départ presque réaliste (un petit garçon, malheureux parce que son père est toujours en voyage, se rêve capitaine à son tour), de nombreux éléments cocasses ramènent l’histoire du côté du conte étrange et cruel : les marins transformés en beignets, la chrysalide qu’on laisse mourir de faim, le jeune garçon sans cesse humilié... La dureté de certains personnages (et leur transformation soudaine en insectes) accentue cette sensation d’un imaginaire enfantin déformé et irrévérencieux. Il est extrêmement plaisant de voir ainsi bousculée la mièvrerie gentille de la plupart des œuvres jeune public, sans pour autant traumatiser le spectateur.

Poésie de l’étrange


Lorsque le film bascule dans le monde fantastique miniaturisé des insectes, l’étrangeté est brusquement érigée en règle absolue. Comme l’existence de Morten, le film prend alors un tour plus inquiétant mais aussi plus poétique. Ces insectes anthropomorphes voguant à l’aventure sur une étendue d’eau gigantesque pour eux à quelque chose de profondément onirique qui contamine la tonalité du récit. L’absurde et le bizarre prennent alors possession de l’intrigue, permettant au film d’affirmer sa singularité, et aux jeunes spectateurs de se découvrir prêts pour des aventures moins conventionnelles, et donc forcément plus amusantes.

3 bonnes raisons d’aller voir Détective Dee : La légende des Rois Célestes

Posté par kristofy, le 7 août 2018
Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués terrifie l’Empire de la dynastie des Tang. Alors que l’impératrice Wu est placée sous protection, le Detective Dee part sur les traces de ces mystérieux criminels. Sur le point de découvrir une conspiration sans précédent, Dee et ses compagnons vont se retrouver au cœur d’un conflit mortel où magie et complots s’allient pour faire tomber l’Empire…

C'est le nouveau film de Tsui Hark !
A la fois en tant que producteur que réalisateur le très prolifique Tsui Hark travaille sur plusieurs films par an et alterne les genres entre comédies et polars, et surtout films d'action à base de sabres et de kung-fu. Sa signature devient peu à peu synonyme de débauche d'effets visuels et de surenchère gigantesque : Zu, les guerriers de la montagne magique, la saga Il était une fois en Chine, Green Snake, Dragon Gate: la légende des sabres volants, Journey to the West: The Demons Strike Back... En 2010 Tsui Hark présente Détective Dee: le mystère de la flamme fantôme avec Andy Lau au Festival de Venise et c'est un événemen. Ce succès amène une suite Détective Dee 2: La légende du Dragon des mers en 3D, avec dans le rôle Mark Chao plus jeune puisqu'il s'agit en fait d'un préquelle, qui dépasse plusieurs records au box-office chinois.
Ce 3e opus Détective Dee : La légende des Rois Célestes peut tout à fait être regardé sans avoir vu les deux autres films. Cette sortie dans les salles de cinéma françaises est un double événement ! Cette fois, l'attente est moins longue : on peut le découvrir sur grand écran en même temps que les fans chinois (il vient de sortir là-bas le 27 juillet). Profitons de cette chance. Ensuite Détective Dee : La légende des Rois Célestes sera à l'affiche dans différents formats au choix : en 2D, en 3D et même en 4Dx dans certaines salles.

Des séquences en 3D extravagantes et ludiques.
Depuis quelques années les progrès des techniques d'effets spéciaux (cgi, gyroscopie, 3D...) sont tels que l'imagination n'a guère plus de limite puisque sur l'écran, prises de vue réelles et incrustations numériques fusionnent de plus en plus. Alors que les blockbusters américains bourrés super-héros ne cessent de se ressembler, l'alternative pour le spectaculaire est désormais du côté de l'Asie avec par exemple en Inde le diptyque de La Légende de Baahubali et bien entendu en Chine avec Monster Hunt et sa suite, avec The Thousand Faces of Dunjia de Yuen Woo-Ping ou encore Legend of the Naga pearls.

La dernière fois que l'on a vraiment été époustouflé par un film en 3D, c'était justement par l'incroyable bataille navale de Détective Dee 2 : La légende du Dragon des mers. Pour ce nouveau film, la 3D n'est plus seulement un élément de plaisir visuel, ici les effets 3D sont plus directement des éléments de narration. Ici, différents comploteurs utilisent des subterfuges presque surnaturels pour défier l'empire. Les illusions sont gigantesques et destructrices, les combats virevoltants et les armes voltigent volent en direction des yeux. Oui, Détective Dee : La légende des Rois Célestes 3D est le spectacle le plus dingue de l'année.

Detective Dee, ce héros pas comme les autres...
Bien avant que l'occident (re)découvre les films d'arts-martiaux en costumes en 2000 avec Tigre et Dragon, déjà précurseur en 1983 avec Zu, les guerriers de la montagne magique, Tsui Hark avait pour ambition de mêler culture historique chinoise avec scènes d'actions  spectaculaires. Dans cette même veine, Tsui Hark réalisera la saga Il était une fois en chine avec Jet Li ou plus récemment Seven Swords avec Donnie Yen et La bataille de la Montagne du Tigre avec Tony Leung. Le personnage de cinéma Detective Dee es une figure chinoise très populaire, connue sous plusieurs noms. Sa première aventure en film est en partie inspirée par les romans du Juge Ti d'après un livre du Di Gong An qui traduisait d'autres livres en chinois à propos de Di Renjie...
En fait, il s'agit du vrai juge Di Renjie qui durant le 7e siècle a servi sous le règne de l'impératrice Wu Zetian, 1300 ans avant de devenir ce héros de cinéma Detective Dee. D'ailleurs le point commun des 3 films est justement les différents rapports entre Dee et cette impératrice. Il est selon le moment un allié sur lequel on se repose ou un conseiller dont on se méfie. Son sens de la déduction et son habileté à enquêter en font une sorte de  Sherlock Holmes chinois. Durant le générique de fin de Détective Dee : La légende des Rois Célestes il y a quelques images qui annoncent d'autres événements à suivre : ce sera l'occasion de revoir le premier film Détective Dee: Le mystère de la flamme fantôme de Tsui Hark, ou même de découvrir ce personnage autrement à travers les romans (disponibles en français) de Robert Van Gulik ou de Frédéric Lenormand...

Trois bonnes raisons d’aller voir Happiness road de Hsin-Yin Sung

Posté par MpM, le 1 août 2018

Découvert hors compétition à Annecy, Happiness road est le premier long métrage de la réalisatrice taïwanaise Hsin-Yin Sung. A la fois joyeux et profond, mélancolique et drôle, il s'adresse plus particulièrement à un public d'adultes ou de jeunes adultes, ce qui n'est malheureusement pas si fréquent dans le monde de l'animation.

Son héroïne est en effet une jeune femme qui vit aux Etats-Unis et revient à Taïwan, son pays natal, à l'occasion du décès de sa grand-mère. Ce retour aux sources génère à la fois de nombreux souvenirs issus de son enfance et de son adolescence, mais aussi des interrogations sur ce qu'est sa vie, et ce qu'elle souhaite désormais en faire.

Si le film est plein de nuances et de détails qui le rendent intrigant et précieux, trois raisons principales en font une des sorties incontournables de l'été :

Une vision sans fard de la famille


Dans sa lecture la plus évidente, Happiness road est avant tout une histoire de famille, qui s’intéresse aux liens plus ou moins forts en fonction des époques qui nous unissent à nos parents. Parfois tendre, parfois cruel, le film montre comme les parents apparaissent tour à tour comme des héros ou des embarras, des personnes dépassées que l’on ne veut plus écouter ou au contraire des soutiens indispensables. Bien que la narration ne soit pas linéaire, on reconstitue l’évolution des sentiments de Tchi pour ses parents, et le mouvement de balancier qui la ramène finalement vers eux. À cela s’ajoutent le personnage haut en couleur de la grand mère facétieuse et complice, la « petite bande » de la jeune fille qui lui sert de « famille choisie », les enfants de sa meilleure amie Betty... La réalisatrice observe avec finesse l’immense malléabilité de ces rapports humains toujours en mouvement.

Une fable introspective


La partie la plus intéressante du film, et probablement la plus ambitieuse, est la dimension introspective de l’histoire. Le jeu des temporalités et des correspondances ramène sans cesse le personnage à s’interroger sur sa vie, ce qu’elle en fait, ce qu’elle en attend, ce qu’elle veut changer... À tous les âges, Chi rêve d’un avenir meilleur. Mais c’est dans l’époque contemporaine que ses interrogations prennent le plus d’acuité. À un peu plus de quarante ans, elle est à nouveau à la croisée des chemins, indécise sur la direction qu’elle devrait prendre, comme elle semble l’avoir été une partie de sa vie. La manière dont le film se refuse d'asséner des réponses ajoute à la mélancolie entêtante de cette plongée intime qui éveille forcément des échos chez le spectateur, quel que soit son parcours.

Quarante ans d’histoire taïwanaise


Happiness road se déroule sur une vaste période de temps, entre la prime jeunesse de l’héroïne au début des années 80 et la période contemporaine. Le récit intime est donc étroitement lié à l’histoire sociale et politique de Taiwan, et notamment à son ouverture progressive au monde après la mort de Tchang Kai Chek en 1975. Même si cela n’est jamais souligné, on reconnaît dans le film des temps forts de la démocratisation du pays comme les premières élections en 1996. On assiste aussi à plusieurs vagues de manifestations réclamant la démocratie et la fin de la loi martiale. Le personnage du cousin Weng (poursuivi pour avoir lu un livre interdit) permet également d’aborder la question de la censure et de la répression politique. Enfin, le rêve américain de l’héroïne (qui fait pendant à celui de sa copine Betty, dont le père est un soldat américain qu'elle n'a jamais connu) interroge à sa manière le rapport des Taïwanais à leur île et la voie empruntée par chacun pour trouver à la fois la liberté et le bonheur.

3 raisons d’aller voir The Guilty

Posté par vincy, le 18 juillet 2018

The Guilty, thriller danois de Gustav Möller, est l'histoire d'une femme kidnappée qui contacte la police. Mais la ligne est coupée. Le policier qui a reçu l'appel ne peut compter que sur ses intuitions, son imagination et le téléphone: chaque son peut avoir son importance pour sauver son interlocutrice.

De multiples récompenses. Prix de la critique au Festival de Beaune, prix du public et de la jeunesse à Rotterdam, prix du public à Sundance, ce film danois a déjà fait parler beaucoup de lui depuis janvier. Et si c'était le polar "sleeper" de l'été, ce succès inattendu qui survient chaque année à la même période? Il y a en effet tous les ingrédients pour captiver l'audience en 85 minutes chrono. Le film peut d'ailleurs faire penser à l'excellent Buried de Rodrigo Cortes. Un huis-clos (unité d'espace) anxiogène et suffocant. Mais, en filmant en temps réel (unité de temps), le cinéaste s'offre une deuxième contrainte, qui rappelle Victoria de Sébastien Schipper. Deux formes de cinéma qui donnent à une histoire banale son aspect fascinant.

Palpitant. Pas besoin de beaucoup d'effets pour nous faire palpiter. On ne peut pas dire que The Guilty soit un film d'esbrouffe. Il a cette épure et cette austérité toute scandinave. C'est le scénario, jusqu'au dénouement, qui produit la meilleure énergie à ce film immersif qui stimule notre propre imagination. Nous sommes le flic. Nous cherchons aussi à savoir ce que nous avons entendu, compris, deviné. Non exempt de sueurs froides et de suspens, le polar a un autre atout majeur, techniquement: le travail sur le son est d'une précision millimétrée. Au passage, le cinéaste rappelle que le cinéma est un art de l'illusion fondé sur des techniques accentuant au moins deux sens: la vue et l'ouïe.

Hors-champ. C'est peut-être là ce qu'il faut retenir du film. Le spectateur interagit avec l'histoire parce que l'essentiel du récit se déroule hors-champ, c'est-à-dire dans ce qu'on ne nous montre pas. Ainsi quand la victime appelle, on sent bien la frénésie qu'il y autour d'elle. Pourtant, nous ne voyons que le visage propret du policier dans son centre d'appel. Au contraire du son qui est analysé, décrypté, décodé, l'image est laissée à notre imaginaire. Un peu comme lorsqu'on nous lit une histoire. Chaque bruit a son importance et nous projette un monde nouveau. C'est maîtrisé, tendu, efficace. Sous son apparence manipulatrice, The Guilty est surtout psychologique, voire mentale. Pour le spectateur.

La Rochelle 2018: Fanny et Alexandre, le décor et l’imaginaire

Posté par Martin, le 12 juillet 2018

Fanny et Alexandre (1982) est, à juste titre, considéré comme le film testamentaire d’Ingmar Bergman, dont on célèbre les 100 ans de la naissance et qui, à cette occasion, a eu l'honneur d'une grande rétrospective au Festival du Film de la Rochelle.

Film de 3 heures – dont la version télévisée en fait 5 – il résume, théorise et diffracte à la fois la vie et l’œuvre du cinéaste suédois. Sa vie, on peut la lire dans son délicieux texte autobiographique (Laterna magica) qui fait la part belle à l’imagination du jeune Bergman : il définit d’abord son lien avec les autres sous les auspices du mensonge et du jeu. Il s’étonne d’ailleurs quand ses parents et ses amis ne goûtent pas son plus beau mensonge – il fait croire à l’école qu’il a été vendu à un cirque. Son œuvre est connue pour l’analyse poussée des rapports humains dans des milieux troubles, où la folie et la violence guettent toujours, que ce soit au sein du couple, da la famille ou du monde (l’ombre du nazisme). Contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Fanny et Alexandre n’est pas l’analyse du rapport entre la sœur et le frère – ce que sera davantage Cris et chuchotements par exemple – et d’ailleurs Fanny prend nettement moins de place dans le récit qu’Alexandre. Si le point de vue est nettement celui du jeune garçon, sa sœur est néanmoins son auditrice privilégiée, et c’est en cela qu’elle est centrale, devenant celle qui entre dans les récits d’Alexandre : elle y croit. Dans le cinéma de Bergman, la vraie famille, c’est celle avec qui l’on crée un imaginaire collectif et donc bien souvent avec qui l’on monte sur scène – gens du cirque, du théâtre, montreurs d’ombres. Ainsi, la dramaturgie comme la scénographie du film pourraient se résumer à la façon de passer d’un monde à l’autre, de la dureté du réel aux puissances de l’imaginaire. Fanny et Alexandre se partage en trois parties qui chacune crée un espace propre, aux cloisons bien différentes.

La première partie marque le règne des rideaux. Le film commence d’ailleurs par le visage de l’enfant derrière un petit théâtre de marionnettes. On le découvre donc depuis une scène miniature comme si l’on était invité dans les coulisses. La famille a un théâtre, et le père, la mère, la grand-mère d’Alexandre sont des acteurs et, si on ne les voit pas jouer, leur maison devient une grande scène, délimitée par les tentures. Les portes, toujours encadrées de rideaux, sont grandes ouvertes, et l’espace poreux, comme le montre bien la scène de la danse, une farandole qui fait passer les personnages dans toutes les pièces. Cette porosité n’est pas que physique, elle est aussi sociale puisque les employés du théâtre sont invités à la même table, ou que la servante est acceptée sans difficulté comme amante d’un oncle, puis mère de son enfant. La fluidité de tous ces passages se traduit autant par les amples mouvements de caméra que par les liens qui se tissent entre les êtres : quand l’un s’essouffle en pleine danse, c’est son frère qui meurt deux scènes plus tard. Le voile recouvre le corps, et le paradis, celui d’un imaginaire collectif heureux, est à jamais perdu.

Dans la seconde partie, les tentures rougeoyantes font place à des murs blancs et nus. L’austère maison du pasteur, nouveau père des deux enfants, est une épure glaçante, aux portes lourdes, aux fenêtres grillagées. L’enferment est là encore aussi physique que symbolique. Dans une scène inoubliable, Alexandre est frappé par son beau-père, puni par ce qu’il ment… mais, au fond, ment-il ? L’enfant a inventé un conte de princesses enfermées qui se seraient échappées par la fenêtre et seraient mortes noyées. Mais les filles du pasteur sont effectivement mortes noyées, et n’est-il pas en train de raconter sa propre histoire, lui qui ne peut sortir de cette maison devenue prison ? Alexandre transforme ses sentiments réels en histoire, car il est doué du gène familial, contrairement au pasteur qui, lui, nie toute possibilité de fiction. Comment sortir de cet enfer, quand les lois – de Dieu et des hommes – l’interdissent ? Ce n’est pas la logique des événements qui permet aux enfants de s’échapper mais plutôt un vrai tour de passe-passe scénaristique qui fait basculer le film dans l’imaginaire : un ami de la famille débarque avec sa malle magique et embarque littéralement le frère et la sœur. Ils ne sortent pas par une porte, mais plutôt par la force de la pensée, la pensée qu’ils sont soudainement invisibles au fond de ce coffre. Quand le magicien l’ouvre, le pasteur n’y voit que du feu. Il n’y a rien.

La troisième partie bascule donc avec ce coffre – qui est aussi d’une certaine manière le cercueil du père, donc y entrer est la plus grande des transgressions. Les enfants atterrissent dans un atelier de marionnettes. Ce nouveau décor est la concrétisation du rapport à l’imaginaire, et les règles de la physique y sont défiés : quand Alexandre cherche les toilettes la nuit, il entre par une porte de placard et ressort immédiatement par une autre. C’est un univers clos sur lui-même, comme un monde en miroir. Le garçon se heurte à deux frères dont l’un est androgyne (dualité au sein du dédoublement). Il n’y a plus d’entrée ni de sortie, pas de fenêtre donc pas de jour ni de nuit, mais seulement des coulisses et un monde entre deux. Ce passage nécessaire dans les entrailles de la création rend Alexandre apte à poursuivre la quête du père, celle d’un créateur. Quand il retourne dans la maison familiale, la mère et la grand-mère décident d’ailleurs de reprendre le théâtre et de remonter ensemble sur scène, comme un retour au temps béni d’avant. Un retour vraiment ? Impossible d’effacer la mort du père, les deux bébés nés entre-temps, les traces des coups, reçus par le corps et l’âme d’Alexandre et dans le regard de Fanny, la traversée du monde des marionnettes…

A la fin, le film peut, à la manière d’A la recherche du temps perdu quand le narrateur comprend que l’objet de sa littérature sera la vie que nous venons de lire, recommencer, éternellement raconté par Alexandre, derrière son petit théâtre, qui tire le rideau et rejoue pour nous la plus belle des fictions.

Trois (bonnes) raisons d’aller voir L’envol de Ploé au cinéma

Posté par MpM, le 11 juillet 2018

L’hiver islandais approche. Pour les pluviers, le temps de la migration vers le sud a sonné. Mais par un malencontreux concours de circonstances, Ploé ne peut pas s'envoler avec eux. Il doit alors tenter de survivre jusqu'au retour des siens au printemps prochain... tout en évitant Shadow, le terrible vautour qui est le cauchemar de tous les animaux de l'île.

Récit initiatique... mais pas que


On le sait, le récit initiatique est la tarte à la crème des films d’animation pour enfants, et d’une partie du cinéma pour adultes également. Ici, certes le petit Ploé apprend-il à faire son deuil et panser ses blessures, ainsi qu’à retrouver confiance en lui et en ses capacités à voler, mais ce n’est finalement pas l’enjeu principal du film, qui consiste plutôt en un survival parfois hard core (pour des enfants de 6-7 assez terrorisés à l’idée que le héros se fasse bouffer, gèle sur place, ou meurt tout simplement de faim) source de nombreuses scènes d'action spectaculaires et de gags survoltés.

Nos moments préférés ? La très amusante séquence de sauvetage de Byron, prisonnier d'un renard gourmet, par une troupe de souris ne manquant pas d'imagination ; les mésaventures du chat malchanceux, incapable de croquer le moindre petit oiseau ; et bien sûr le combat final contre le méchant Shadow, qui n'en finit plus de survivre.

Un vrai bon méchant


Le film n’hésite pas à adopter un ton parfois cruel, dénué de mièvrerie, et propose donc un méchant savoureux, le terrible Shadow, un faucon stratège et sans pitié dont le seul but dans la vie semble être de dévorer toujours plus de pluviers. Non seulement il est véritablement effrayant, mais en plus il est suffisamment intelligent pour ne jamais tomber dans les pièges qui lui sont tendus.

Cela en fait un adversaire redoutable qui permet au film de jouer sur le niveau de stress du spectateur tout en multipliant les rebondissements. L'enjeu principal du film, au-delà de la survie du personnage principal, devient alors clairement une alliance collective contre le terrible prédateur.

L'Islande, officiellement élu le plus beau pays du monde


L'envol de Ploé est un projet islandais, produit et réalisé par des Islandais. L'île figure donc en majesté dans le film, qui rend hommage à la fois à ses paysages à couper le souffle, à sa faune éclectique et à son climat parfois extrême. Au détour du voyage, on admirera par exemple une aurore boréale de toute beauté, des montagnes glacées, des plaines désolées, et même des sources chaudes naturelles. Ploé est un pluvier doré, petit oiseau migrateur cher au cœur des Islandais, pour lesquels il est le symbole du retour des beaux jours.

Il rencontre notamment un lagopède, étrange oiseau passé expert en camouflage (ses plumes deviennent entièrement blanches en hiver, afin de passer inaperçu dans la neige), un élan, et bien sûr des sternes arctiques, célèbres pour leur agressivité à l'égard des promeneurs s'approchant un peu trop de leurs nids. Il ne manque que des macareux, quelques vues de volcans et les célèbres paysages lunaires islandais pour avoir le sentiment de visiter le plus beau pays du monde sans quitter son fauteuil.

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L'envol de Ploé de Arni Asgeirsson
En salles le 11 juillet

3 raisons d’aller (re)voir JSA de Park Chan-wook

Posté par kristofy, le 27 juin 2018

En ce moment la France se redécouvre une nouvelle passion pour le foot à travers la Coupe du monde à la télévision. Dans les bars où avec des amis, on partage une certaine ferveur pour les joueurs de l'équipe de France : certains évoquent la célèbre année 1998 où la France est devenue championne du monde quand d'autres étaient trop jeunes à cette période... Il s'est passé le même genre de phénomène au début des années 2000 au cinéma : une nouvelle vague de cinéastes de Corée du Sud déferlait et leurs films sortaient dans nos salles de cinéma avec succès.

C'est en fait Park Chan-wook est qui est devenu le pionnier de cette nouvelle vague coréenne avec JSA (ses films suivants Old boy, Thirst, Mademoiselle feront frissonner ensuite le Festival de Cannes...). JSA avait d'ailleurs reçu en France plusieurs récompenses de l'ex Festival asiatique de Deauville avant d'être disponible dans un beau coffret DVD, mais n'avait pas connu la belle sortie au cinéma qu'il méritait. C'est désormais - enfin! - chose faite : le film arrive sur les grands écrans, dans une version restaurée 4K.

- la reconnaissance du cinéma sud-coréen : Après l'impact du film d'action Shiri en 1999 (avec Choi Min-sik et Song kang-ho, stars en devenir notamment chez Park Chan-wook...), il y avait eu cet autre "plus gros succès du cinéma coréen" (du moment) : JSA de Park Chan-wook, avant l'invasion des Kim Ki-duk, Kim Jee-woon, Bong Joon-ho, Ryu Seung-wan, Na Hong-jin... Leur influence va peu à peu s'étendre sur tout le cinéma mondial.  Avec Old boy, Park Chan-wook est couronné d'un Grand Prix du jury de Quentin Tarantino à Cannes, Kim Ki-duk sacré Lion d'or à Venise par le jury de Michael Mann pour Pieta, la romance ado My sassy girl a été l'objet d'un remake américain (réalisé par le français Yann Samuell), tout comme Old Boy, Bong Joon-ho fut le premier a être coproduit par des américains pour Snowpiercer le Transperceneige et Okja, le thriller de psychopathe-qui-donne-des-coups-de-marteaux est devenu un genre de plus en plus violent avec The Chaser et J'ai rencontré le diable... Qu'il s'agisse du film catastrophe à grand spectacle (The tower, The last day, Pandémie, The Tunnel...) ou de film de combats en costumes d'époque (2009:Lost memories, Le roi et le clown, The Admiral:Roaring Currents...) le savoir-faire coréen tend à surpasser les productions américaines. Et tout a commencé symboliquement quand un large public sud-coréen a fait de JSA un énorme succès (près de 6 millions d'entrées en 2000).

- l'actualité de la frontière entre Corée du Sud et Corée du Nord : La péninsule coréenne a subi plusieurs occupations étrangères de son territoire (par les japonais, les soviétiques, des américains...) et depuis 1945 la Corée a été divisée en deux pays devenus ennemis. Au début de l'année 2000, JSA, de par son succès, est l'une des premières oeuvres qui fait de cette frontière non seulement un élément de décor déterminant mais qui envisage aussi une possible réunification des deux pays en guerre dans le futur... Justement cette année 2018 révèle à quelques mois d'intervalles deux autres films sur ce sujet de division/réunification des deux Corées : Gongjak, the spy gone north qui était en séance de minuit à Cannes et In-Rang: Jin-Roh, la brigade des loups de Kim Jee-woon. La politique a depuis rattrapé la fiction en avril  la poignée de main historique entre le dirigeant du Nord et celui du Sud, puis en juin la rencontre entre celui du Nord avec son ex-ennemi le président des USA en prélude a une éventuelle dénucléarisation de la péninsule : le fin de la guerre ? Justement dans JSA, film d'anticipation qui rappelle que la réalité rejoint parfois la fiction, il s'est passé quelque chose dans la zone commune de sécurité (la Joint Security Area) à la frontière qui divise les deux Corée : des soldats de l’armée nord-coréenne sont retrouvés morts, et le coupable serait un soldat du sud. Cet incident provoque une crise diplomatique majeure entre les deux pays, que s'est-il vraiment passé ?

- Park Chan-wook, l'esthète du suspense : Le cinéma coréen se réinvente aux yeux du public international chaque année avec des nouveaux cinéastes qui s'imposent (dernièrement Yeon Sang-ho par exemple avec Le dernier train pour Busan). Ils sont surtout trois à sortir à tour de rôle film sur film pour réécrire les codes du thriller tout en les alliant avec le divertissement et/ou la démesure pour ce qui concerne Kim Jee-woon et Bong Joon-ho. Park Chan-wook semble plutôt explorer encore et encore les multiples facettes du suspense. Presque toute sa filmographie est portée par des complots dont on découvre les rouages au fur et à mesure du montage qui alterne flashbacks et faux-semblants : JSA, Sympathy for mister Vengeance, Old Boy, Lady Vengeance, Thirst ceci est mon sang, aussi son film américain Stoker, Mademoiselle... Le sens de la virtuosité de Park Chan-wook s'est affiné de plus en plus mais déjà ce JSA porte comme une empreinte séminale de son oeuvre à venir. Par exemple en jouant avec la temporalité et une chronologie éclatée. Deux répliques sont d'ailleurs particulièrement symboliques : “notre travail n’est pas de savoir qui mais pourquoi ?” et “ici on préserve la paix en cachant la vérité”. Le film JSA est justement porté par une manipulation et une dissimulation, entre soldats ennemis et leurs supérieurs. Que s'est-il vraiment passé et quelles seront les conséquences ? A votre tour de mener l'enquête, à partir du mercredi 27 juin dans les salles de cinéma.