Entre les frontières: les infiltrés prennent la parole

Posté par vincy, le 11 janvier 2017

Les murs se construisent partout: en Inde, aux Etats-Unis, en Hongrie, au Maroc, au Brésil, en Turquie, en Iran... Et en Israël. Avi Mograbi signe un documentaire percutant sur les immigrés clandestins venus d'Afrique, attendant d'avoir le statut de réfugiés en Israël. Ils sont parqués dans des camps (un comble quand on y pense de la part de l'Etat israélien), entassés en plein désert par centaines. Israël veut les renvoyer chez eux, dans leurs dictateurs ou pays en guerre. Finalement, Entre les frontières pourrait être filmé dans de nombreux pays. Le camp de Holot regroupe des "infiltrés" installés depuiz plusieurs années. Ils ont le droit de travailler, de se déplacer hors-les-murs, mais doivent revenir à chacun des trois appels de la journée.

"L’idée du film m’est venue lorsque j’ai entendu parler de l’histoire d’un groupe de vingt-et-un Érythréens, attrapés à la frontière, et qui avait été refoulés dans le désert égyptien, à l’exception de deux femmes et d’un adolescent qui avaient pu entrer en Israël", se souvient le réalisateur. "Cela m’a particulièrement choqué, parce que je me suis souvenu qu’à l’école, on m’avait appris, comme à tous les petits Israéliens, la façon dont la Suisse avait traité les Juifs arrivant d’Allemagne ou de France. On ne leur a pas accordé l’asile au prétexte que la persécution pour des motifs raciaux ou religieux n’était pas, alors, reconnue. Que ceux qui ont survécu à un tel rejet avant de fonder Israël rejettent aujourd’hui des humains comme leurs parents ou leurs grands-parents ont été rejetés me paraît incroyable".

Sa caméra s'installe ainsi au plus près de ces hommes, désespérés, incompris, mais résolus à ne pas revenir dans leur pays d'origine. "A Tel Aviv, il y a des gens qui disent "on ne veut pas de noirs"" explique l'un d'entre eux. Le cinéaste donne la parole aux exclus. Une seule fois, le réalisateur ose un doute :" des blancs seraient-ils traités pareil en Erythrée?"

Théâtre de l'opprimé

Un texte vient nous appeler les moyens déployés par Israël pour s'en débarrasser: l'objectif notamment législatif est d'inciter ces immigrants à partir d'eux-mêmes puisqu'ils ne sont pas expulsables selon les conventions internationales. Ils s'habituent, parfois se révoltent, vivent leur quotidien. Mais ici, rappelons-le, ce camp se situe dans une démocratie. Certes habitée par des racistes, des hypocrites, des populistes. Mais cela n'explique pas et ne justifie pas les conditions imposées à ces Africains fuyant l'horreur ou la famine.

Pour le film, Avi Mograbi a reproduit le Théâtre de l'opprimé, créé par le Brésilien Augusto Boal dans les années 1970. Avec Chen Alon, ils ont repris cette démarche où une troupe de marginaux ou d'opprimés interprète leur vie. Plutôt que de filmer leur longue migration et leurs multiples privations, le théâtre improvisé entre amateurs devient alors une réplique de leur parcours et de leur calvaire, depuis leur pays d'origine jusque dans les camps. Ces séquences donnent de la vie et de la poésie dans un film essentiellement basé sur le témoignage.

Entre les frontières est un joli réquisitoire contre ces No Man's Land choquants que des pays libres construisent pour mettre à l'écart des êtres. Un No Man's Land peuplé de parias. Le documentaire peut réveiller des consciences assoupies, révolter des humanistes incrédules, interpeller des spectateurs ignorants. C'est déjà ça. Il faudra quand même s'interroger sur cette époque où les capitaux et les armes circulent si facilement d'un pays à l'autre pendant que des Hommes voulant échapper à la mort ou à la misère sont jetés aux oubliettes ou traités comme un bétail en quarantaine.

Festival des 3 continents: l’individu dans le chaos du monde

Posté par cynthia, le 28 novembre 2016

Nouvelle journée festivalière qui démarre sous le soleil de Nantes au 38e Festival des 3 Continents. Nous avons voyagé en Egypte et en Turquie mais notre esprit est resté coincé en Chine avec Old Stone (Lao Shi), premier long métrage de Johnny Ma, thriller à l'américaine, bien ficelé jusqu' à son dénouement final à la Nicolas Winding Refn.

Le film s'inspire d'un fait divers accablant qui s'est déroulé à Shanghaï: un homme renverse un individu et décide tout simplement de lui repasser dessus pour l'achever afin d'éviter de payer les frais médicaux de sa victime. Mais, à l'inverse, dans cette macabre histoire, le héros sauve sa victime mais oublie de prévenir au préalable la compagnie de taxi pour laquelle il travaille, ce qui va littéralement lui causer du tort. Obligé de payer les frais médicaux de la victime, Lao Shi bataille avec les forces de l'ordre qui préfèrent recevoir des cigarettes et des fruits plutôt que de remplir un rapport d'accident et tente de retrouver la famille de la victime ainsi que son client bourré, qui a légèrement provoqué la mauvaise conduite du pauvre chauffeur de taxi.

Entre thriller et drame social, nous sommes baladés de minute en minute. L'œil avisé du réalisateur et l'aspect pertinent, prenant et émouvant (on en vient à avoir pitié pour ce héros malgré lui) d'Old Stone nous ont donnés le petit coup de chaud du jour.

Grâce à ce thriller, Johnny Ma, sino-canadien, a remporté le prix du Meilleur premier film à Toronto. Diplômé de la prestigieuse université de Columbia, il s'était fait remarqué avec ses courts métrages dans de nombreux festivals.

Il faut bien dire que le cinéma asiatique est en forme. Mais est-ce la raison pour laquelle les films asiatiques dominent cette cuvée 2016? Pas seulement, nous confirme Jérôme Baron, directeur artistique du festival des 3 continents. Si les films asiatiques sont si présents cette année, c'est parce qu'il s'agit d'un continent extrêmement producteur: "Ils produisent beaucoup de films à l'inverse du continent Africain par exemple." CQFD.

Chercher sa voie

En cette avant dernière journée de compétition, le turc My father's wings de Kivanc Seze nous a aussi séduit. Mondialisée, la ville d'Istanbul s'érige à la verticale avec de nouveaux buildings. Travaillant sur un chantier avec son frère Yusuf, Ibrahim apprend qu'il a un cancer. Le film est centré sur ces deux hommes tiraillés, tout comme leur pays, entre plusieurs voies. Kivanc Seze dresse, dans son premier long-métrage, le portrait calme et lucide de la Turquie d'aujourd'hui et de son évolution. À travers son économie, les questions sociales et les liens amoureux, My father's wings offre une réflexion douce et amère sur un pays torturé.

Question torture, l'étouffant film de Tamer El Said, In the last days of the city propose une sérieuse dose. Avec une mise en scène en dents de scie et manquant de constance, le film dresse le portrait d'un réalisateur perdu entre sa vie et sa ville chaotique, Le Caire, et encombrée. Sans doute parce qu'il est bien trop étouffant, le film échoue à nous passionner.

Festival des 3 continents: la violence de la société par Tetsuya Mariko

Posté par cynthia, le 27 novembre 2016

Depuis le 22 novembre dernier, la ville de Nantes accueille le 38e festival des 3 continents. Créé en 1979, ce festival de cinéma est consacré aux films qui proviennent d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Cette filmographie souvent placée au second plan par d'autres festivals et encore plus marginale dans les salles de cinéma s'offre ainsi un bel éclairage durant une semaine. Certains films présents n'ont jamais été diffusés ailleurs que dans leur pays d'origine et ont été révélés à Nantes.

Le Festival des 3 Continents est très tourné vers l'Asie cette année. C'est au Japon et plus particulièrement vers la jeunesse désenchantée japonaise que nos yeux ont regardé . Avec Destruction Babies de Tetsuya Mariko, notre corde sensible a été mise à rude épreuve. Le film est en compétition.

Sushi Mécanique

Taira jeune japonais, apparemment sans emploi ni famille, cherche la bagarre à tout va au grand désespoir de son petit frère et des gens du quartier. Il enchaîne les attaques et semble prendre du plaisir à se faire tabasser (une forme de masochisme brutal) et à faire saigner les autres. Adulé par un adolescent en quête d’existence, le film se transforme très vite en version nippone d' Orange Mécanique de Kubrick. Si Taira s’attaque à plus fort que lui, son acolyte lui préfère filmer son ami et taper les femmes (tellement plus facile).

Violent et dénonciateur, Destruction Babies montre une génération détruite qui répond à une société minée et conduite par le sentiment de destruction. Un problème présent au Japon et qui se reflète à travers la rage des poings de ce héros perdu et sans âme. Tetsuya Mariko n'en est pas à son coup d'essai. L'un de ses premiers films Les 30 pirates de Mariko (2004) a été sélectionné dans 18 festivals dont celui de Rotterdam. Pro des courts-métrages, son dernier bébé court, Ninfuni (2010), a été sélectionné au festival de Locarno. C'est d'ailleurs à Locarno cette année que Destruction Babies a séduit le jury de la section "Cinéastes du présent" où il a remporté le prix du meilleur nouveau réalisateur.

Les indétrônables Wallace et Gromit au cinéma, en attendant la suite de Shaun le mouton

Posté par cynthia, le 23 novembre 2016

"Il n'y a plus de fromage, Gromit !"

En ce mercredi 23 novembre et parmi toutes les sorties, notre attention s'est arrêtée sur la (re)sortie de nos héros en pâte à modeler préférés: Wallace et Gromit en version remastérisée dans un programme réunissant les trois courts métrages Morph: Selfie, Une grande excusion, Une grand excursion et Un mauvais pantalon. Sortie de la tête de Nick Park et des studios Aardman, la série Wallace et Gromit est apparue en 1989 avec l'épisode Une grande excursion, avant de devenir culte en 1993 avec Un Mauvais pantalon.


Fromage lunaire

Le premier épisode de Wallace & Gromit (et d'une durée de 23 minutes) introduit les personnages principaux dans une aventure loufoque sur la lune. Wallace, inventeur fou de fromage, décide de partir sur la lune avec son assistant Gromit (un chien plus intelligent que lui) car selon la légende la lune est en fromage...lequel? Ils vont le découvrir. Littéralement une dédicace à l'épisode de Tintin sur la lune (la fusée est d'ailleurs un clin d’œil à l’œuvre d'Hergé), cet épisode moins connu du grand public mais adoré des fans, a été remastérisé pour le plaisir des grands et des tous petits.

Nommé à l'Oscar, Une grande excursion aurait pu être bien différent. En effet, Nick Park voulait faire de Gromit un chien doué de parole, mais en voyant que ce joli toutou dit plus de choses en gardant le silence, il abandonne le projet.

Dangerous Pingouin

1993, Wallace et Gromit sont de retour avec un nouvel épisode, Un mauvais pantalon. Drôle, captivant et rangé dans la catégorie chef-d’œuvre de l'animation, Un mauvais pantalon met en scène Wallace, Gromit et un nouveau colocataire, un pingouin lunatique et braqueur de banques (il en a traumatisé plus d'un). Remportant plus de quarante prix internationaux dont un Oscar, cet épisode de 29 minutes est toujours considéré comme le meilleur court-métrage de l'animation britannique. L'épisode se passant pendant l'anniversaire de Gromit, Nick Park le sort le 12 février 1993 date de l'anniversaire de notre toutou favori (désolé Milou). Le journal Daily Telegraph a d'ailleurs rendu célèbre cette date en souhaitant publiquement dans leur journal un bon anniversaire à Gromit, propulsant ces deux héros plus loin que ce que Aardman pouvait imaginer.

Aujourd'hui ces deux chefs-d’œuvre de l'animation regagnent les salles obscures en version remastérisé, de quoi nous émerveiller encore et de patienter avant la suite de Shaun, le mouton, prévue pour très bientôt selon le producteur Peter Lord: "Le public a répondu si favorablement que nous préparons actuellement la suite de Shaun qui sera aussi délirante."

Wallace et Gromit n'attendent plus que vous, alors courez-y et n'oubliez pas vos crackers, votre fromage et votre tasse de thé!

Les Œillades 2016: un week-end avec Jean-Louis Trintignant

Posté par cynthia, le 21 novembre 2016

Annonciateur de belles rencontres, le soleil a alimenté avec douceur ce weekend à Albi. Le festival des Œillades a accueilli, à une journée de faire sa révérence, une pléiade de vedettes dont une légende vivante du cinéma français, Jean-Louis Trintignant. Autant vous dire que la journée a été riche en émotions.

À l'heure du petit-déjeuner, nous avons eu le plaisir de rencontrer l'équipe de Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste, et même si nous n'avons pas été transportés par cette comédie, nous sommes forcés de constater que son réalisateur et son actrice sont adorables, drôles et qu'il fût terriblement plaisant d'échanger quelques mots avec eux.

La bonne humeur de Lucien Jean-Baptiste et Aïssa Maïga

Un jour Ryan Gosling a confié qu'il ne voudrait pas jouer dans un film qu'il réalise afin de se concentrer uniquement sur ses acteurs. Nous avons donc posé la question à Lucien Jean-Baptiste qui lui s'en est donné à cœur joie (ou presque). «C'est difficile de gérer les autres et soi-même, mais si j'ai un conseil à donner à Ryan Gosling, c'est de bien préparer son personnage au préalable et de s'entourer d'une équipe capable de se donner à 150% ...mais aussi de se reposer (rires) !» En interview, Aïssa Maïga et Lucien Jean-Baptiste sont aussi complices qu'à l'écran. D'ailleurs que l'actrice (prochainement sur France 2 dans une saga policière) a qualifié le tournage de «meilleur tournage de» sa vie. «Je rentrais chez moi, toute heureuse de ce tournage, c'était comme si j'étais dans une colonie de vacances!»

Après avoir communiqué leur enthousiasme et leur bonne humeur, le pas léger mais un peu stressé nous a mené à la conférence de presse de Jean-Louis Trintignant.

Trintignant, le sage conteur

Lorsqu'un monstre sacré comme Trintignant arrive à Albi, on ne peut que s'incliner et applaudir. C'est ce que toute l'assemblée a fait avant que l'acteur ne se mette à nous applaudir aussi. Modeste (un peu trop vu son talent), drôle, sage et lumineux, l'acteur de Un homme et une femme et de Z s'est livré avec passion à nous, à nos confrères et à quelques chanceux présents durant sa Masterclass que l'on n'oubliera pas.

L'acteur confie qu'il est devenu franc avec l'âge et, qu'à présent, il dit ce qu'il pense, ce qui permet un entretien magistral à graver dans la roche. Pour son film coup de cœur au festival francophone d'Albi , il a choisit Asphalte de Samuel Bencherit car pour lui "nous sommes sur terre pour essayer de construire quelque chose ensemble" et c'est ce que ce film semble montrer avec fougue et son casting 5 étoiles. Il ajoute qu'il avait le goût du drame auparavant mais que dorénavant, "il faut raconter les choses avec légèreté." "On ne va pas au cinéma pour voir les erreurs de la vie." Réalisateurs, réalisatrices, prenez notes!

Comme à Écran Noir on aime la poésie, on lui a parlé de l'une de ses passions, ce qui lui a donné l'envie de réciter un poème. C'est ainsi que de sa voix rauque, il illumina la salle d'Albi de quelques vers du poète du XIXe siècle, Jules Laforgue.

Trintignant, le monstre sacré

Nous lui avons demandé ce qu'était un bon acteur... Il a rit : "C'est quelqu'un qui a de la chance parce qu'il y en a beau coup qui pourrait être bien mais, on ne sait pas pourquoi, ils sont bien mais ça ne marche pas. Franchement le cinéma c'est un truc vraiment à part. On a une présence au cinéma ou pas. Il y a des très bons acteurs comme un vieux de mon âge, Robert Hirsch. Il a fait un ou deux films mais ça n'accroche pas alors qu'il est très bien au théâtre. Mais alors pourquoi ça n'accroche pas au cinéma ? Moi c'est un peu le contraire. Je crois que je suis meilleur au théâtre parce que je ne me suis jamais vu alors qu'au cinéma on se voit et pourtant je ne sais pas...ça marche bien au cinéma. Moi je préfère faire du théâtre."

Alors on lui pose la question: "dans les années 70, en haut de l'affiche il y avait vous, Delon et Belmondo, qu'est-ce qui vous différenciait de ces deux autres acteurs?" Et il répond humblement: "Enfin il y avait surtout eux, moi je n'ai jamais été une vedette. Mais pour répondre et bien je ne sais pas... tout d'abord j'étais assoiffé de notoriété. Pour être une vedette il faut se penser vedette, il faut penser que ce que l'on fait est supérieur aux autres moi je n'ai jamais pensé ça. Je trouvais Alain Delon plus beau que moi et je trouvais Belmondo meilleur comédien...maintenant...moins (rires)."<

Trintignant à Cannes l'an prochain

Malgré sa modestie, Jean-Louis Trintignant a eu des succès à la pelle. Il affectionne évidemment Un homme et une femme, qui célèbre ses 50 ans cette années: "Parce que ça a été le film français qui a fait le plus de recette dans le monde. Cela a été formidable surtout que c'est un petit film: au départ on était 5 en tous techniciens compris. Et puis il y a eu Ma nuit chez Maud et Le Conformiste".

Non l'acteur n'arrêtera pas malgré ce qu'il veut bien laisser croire. Il veut revenir sur les planches très bientôt et vient de terminer le nouveau film de Michael Haneke. "Je ne fais pas grand chose mais j'ai fait un autre film avec Haneke l'été dernier qui va sortir en octobre et qui va à Cannes au mois de mai je crois. Cela se passe à Calais, on a tout tourné à Calais et c'est l'hisoire d'une famille bourgeoise qui a construit le tunnel sous la manche. Cela se passe à Calais maintenant avec les migrants et le rapport avec cette famille bourgeoise c'est que leurs problèmes stupides de fric ou d'adultère sont en même temps que ceux des migrants qui tentent de survivre. Je joue le patriarche. C'est très beau mais peut-être que ça ne sera pas bien, je ne sais pas."

A jamais et Orpheline

Après cet entretien partagé, nous nous sommes dirigés vers les salles obscures pour le prochain film de Benoît Jacquot, À jamais. Le film, inspiré du roman de Don DeLillo, raconte la traversée schizophrène de son héroïne (Julia Roy, magistrale et un brin Natalie Portman dans Black Swan) qui tente de faire le deuil de l'homme de sa vie. Nous aurions pu être séduits (en particulier grâce à l'actrice) mais les scènes qui s'enchaînent et l'atmosphère pesante ont eu raison de notre dévotion. Dommage.

Nous avons enchaîné avec Orpheline d'Arnaud Des Paillières, un film dérangeant, déceva,t et à la limite du porno/pédophile qui file la nausée. Malgré le casting , on se sent vite mal à l'aise devant ces scènes de sexe crues et glauques qui jaillissent à tout va et sans aucune raison: on a envie de s'arracher les yeux devant les gros plans sur les fesses et les tétons de ces quatre actrices principales (oui, il les a mis à poil les quatre, comme quoi il fallait être réalisateur messieurs) et on a envie de se jeter sous un train devant une intrigue en puzzle qui se veut étonnante mais qui est incompréhensible.

La prostate de Trintignant

Dieu merci Trintignant et sa bonne humeur nous ont exorcisé de ces deux films. Venu présenté le film Z de Costa Gavras, ce grand monsieur s'est installé dans la salle au milieu de tous afin de revoir le film qu'il n'a pas vu depuis 1970. Puis il s'est prêté au jeu des questions-réponses, avec le public cette fois, avant de faire une pause: "je veux faire pipi, je reviens, permettez-moi".
Quelques photos et puis s'en va. La présence de Trintignant aura été l'événement de cette 20ème année du festival des Œillades. Un beau cadeau mutuel (le festival le mérite) dont nous avons pleinement profité. Nous n'oublierons pas et nous y penserons jusqu'à l'année prochaine.

Les Œillades 2016: le Diable est partout

Posté par cynthia, le 19 novembre 2016

Alors que le Festival des Œillades d'Albi a démarré sur les chapeaux de roues cette semaine, il se poursuit avec un grand bol d'air de jeunesse. Les 20 ans du festival se fêtent avec les jeunes, la réflexion et le rire, mais pas seulement. En une journée on aura navigué entre les enfers, l'Arctique et une cité de banlieue. On sera passé du charme envoûtant au délire dégoûtant, d'une belle fable à une comédie stéréotypée, de l'émancipation des femmes au racisme ordinaire.

Après un petit petit-déjeuner devant Ma vie de Courgette (l'un de nos coups de cœur de l'année et déjà 500000 spectateurs dans les salles), c'est un autre film d'animation qui a ouvert la cinquième journée du Festival. La jeune fille sans mains, de Sébastien Laudenbach, est une libre adaptation du conte angoissant des Frères Grimm. Véritable découverte, ce choc visuel n'aurait jamais pu voir le jour sans le cran et la passion de son réalisateur/dessinateur. Une jeune fille se voit offrir au diable par son père contre de l'or. Le Diable la veut sale: son père l'oblige alors à ne plus se laver et en vient à lui couper les mains (trop propre aux yeux du mal). Plein de métaphores telles que l'émancipation sexuelle, parentale et mentale de la femme, La jeune fille sans mains est une plongée dans la modernité. Violent, touchant et parfois très érotique, ce film s'inspire du dessin et des estampes asiatiques. De la première minute et jusqu'à la dernière, il noie le spectateur avec violence et douceur dans un tableau animé de couleurs et de formes laissant planer le mystère en soulevant des tas de questions et d'interprétations possibles: une véritable fable philosophique animée. Sortie le 14 décembre.

Nous avons poursuivi notre voyage avec Le Voyage au Groënland, présenté à l'ACID en mai dernier, d'un de nos chouchous, Sébastien Betbeder. Il s'agit de l'épopée de deux loseurs parisiens dans le froid du Groenland. Thomas et Thomas sont les deux meilleurs amis du monde. Comme tous meilleurs amis ils décident de se faire des vacances ensemble mais pas n'importe où; au Groenland. La raison? Le papa du premier Thomas a logé domicile dans ce lieu enneigé. Si les quarante premières minutes nous captivent et nous font rire aux éclats, le reste du film plombe l'ambiance avec des scènes trop longues et cette volonté trop voyante du "je veux faire vibrer la corde sensible du spectateur". Les scènes finissent par s'enchaîner tel un documentaire de Nat Geo Wild au point de devoir supporter l'abattage d'un ours polaire et le dépeçage d'un phoque (Brigitte Bardot vient de se suicider avec une boîte de Doliprane. On aurait voulu l'aider mais comme on a fait la même chose...). Végétariens et cinéphiles vous êtes prévenus. Sortie le 30 novembre.

Après avoir eu l'estomac dans le crâne, notre cerveau s'est fait la malle très très loin devant le Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste. Un couple noir adopte un enfant blanc et c'est parti pour le film le plus stéréotypé de la sélection. Entre les blagues sur les noirs, les juifs, les gays, les musulmans, les clichés de cité, le personnage de Zabou Breitman raciste au look de Nanny Mcphee et le personnage gros lourd qui se veut drôle (Vincent Elbaz, tristement pas drôle dans le rôle du meilleur pote du héros), nous étions plus accablés que mort de rire. Un genre de Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? inversé légèrement trop prévisible pour séduire. Dommage que la seule scène intelligente entre une fille et son père qui essaye de le rendre tolérant à travers un magnifique discours, ne dure que 2 minutes. Sortie le 18 janvier 2017.

Après une telle journée où le mal s'invite là où ne l'attend pas forcément, il nous tarde de revenir au grande cinéma, avec un certain Jean-Louis Trintignant.

Pierce Brosnan ne suffit plus

Posté par wyzman, le 16 novembre 2016

L'heure est grave. Non, on ne parle pas de Donald Trump ou de la sortie des Animaux fantastiques mais bien de l'ancien James Bond Pierce Brosnan. Son film I.T. vient de sortir en e-cinéma et semble cartonner, mais il n'en va pas de même pour sa carrière. Explications.

Échecs, fours, désastres

Nous pourrions passer un moment à évoquer ce nouveau film, I.T., mais ce ne serait pas pertinent. Comme la plupart des projet dans lesquels l'acteur de 63 ans s'embarque désormais, le résultat n'est pas à la hauteur de nos attentes. Pire, on en vient à se demander pourquoi l'on continue à espérer. Dans I.T., Pierce Brosnan incarne tout de même un PDG de compagnie innovante type Apple qui se retrouve harcelé par un informaticien un brin pervers. Intéressant sur le papier, ce thriller est hautement dispensable. Malheureusement, il en va de même pour la quasi-totalité des films qui incluent Pierce Brosnan depuis 2011…

A l'exception du Dernier Pub avant la fin du monde et No Escape, cet Irlandais pure souche n'est plus en mesure de nous mettre dans tous nos états. Et c'est un drame. Car outre 4 bons James Bond (GoldenEye, Demain ne meurt jamais, Le monde ne suffit pas, Meurs un autre jour), Pierce Brosnan a fait de belles choses. On pense bien évidemment à Madame Doubtfire, Mars Attacks!, L'Affaire Thomas Crown et Mamma Mia! Des films qui, outre leur belle carrière au box office mondial, ont assis son statut de superstar européenne. D'ailleurs, le petit Pierce va recevoir un prix pour sa contribution au cinéma mondial aux prochains European Film Awards. Mais plus le temps passe, plus l'on vient à se dire que ces beaux jours sont derrière lui. Beaucoup de ses films ne sortent même plus en salles en France. A moins que…

Un retour en grâce prévu pour 2017 ?

D'un ennui mortel dans November Man et Survivor, l'ancien 007 a fait le choix, comme beaucoup d'autres, de se tourner vers la télévision. Et en bons sériephiles que nous sommes, nous n'allons pas nous plaindre. En 2017, il devrait ainsi crever le petit écran dans The Son, une mini-série diffusée sur la chaîne cablée AMC (Mad Men, Breaking Bad, The Walking Dead). Adaptation du roman éponyme de Philipp Meyer, The Son raconte les péripéties de trois générations d'une famille texane, de 1850 à nos jours.

Présentée comme un drama familial sur fond de western, The Son pourrait faire de l'ombre à Westworld, le nouveau hit de HBO (Game of Thrones) et devenir par la même occasion l'Eldorado de Pierce Brosnan. A condition qu'il accepte de se lancer à fond dans ce projet et d'abandonner les pistolets et ses tics corporels devenus outranciers. Mais en attendant de connaître la date de lancement de The Son, c'est avec beaucoup de regret que l'on vous conseille de faire l'impasse sur ses prochains films… Vous ne direz pas que l'on ne vous avait pas prévenus !

Voyage à travers le cinéma français, une épopée cinéphilique envoûtante

Posté par vincy, le 12 octobre 2016

A priori un documentaire de trois heures et dix minutes, cela peut faire peur. Pourtant ce Voyage à travers le cinéma français que propose Bertrand Tavernier est époustouflant et mérite qu'on s'y attarde.

Leçons érudites

En tout premier lieu parce qu'il s'agit de véritables leçons de cinéma. Un décryptage érudit de la mise en scène (il faut voir comment on nous explique la manière dont Melville faisait ses champs contre-champs), de l'écriture, du jeu d'acteur (Gabin, sa lenteur et sa maîtrise) mais aussi de la manière dont se fabrique ce 7e art si collectif et si égomaniaque. Et ce jusqu'au défuntes salles de cinéma de quartier qui ressuscitent en citant Luc Moullet. Tavernier nous explique pourquoi telle scène est réussie et comment telle séquence a été concoctée. Le réalisateur joue le rôle d'un professeur qui veut divertir son auditoire, avec des anecdotes (comment est née la gueule d'atmosphère d'Arletty, comment un décorateur transforme Un jour se lève) ou des courriers lus en voix off (Aragon louant l'esthétique de Godard).

Le tout est illustré par des dizaines d'extraits plus ou moins longs, de films classiques ou méconnus. Une odyssée inestimable ponctuée d'interviews et d'archives (dont cette engueulade mémorable entre Belmondo et Melville). "Imaginez que vous êtes au cinéma" annonce Bertrand Tavernier en préambule. Et en effet c'est un film sur le cinéma qui se déroule devant nos yeux. Mais pas seulement.

Les souvenirs personnels de Tavernier et ses choix sélectifs

Et c'est là tout le risque de ce documentaire, présenté en avant-première mondiale au dernier festival de Cannes. Car il faut expliquer sur quel axe le film, presque trop riche, tient en équilibre: d'un côté les souvenirs personnels de Tavernier, qui servent de fil conducteur. L'enfance au sanatorium (dépucelage cinématographique), l'adolescence au pensionnat (frénésie cinématographique), jeunesse active, d'attaché de presse à assistant réalisateur en passant par la défense de Henri Langlois (prise de conscience où cinéma et politique s'entremêlent). De ce point de vue, on pourrait être frustrés. Tavernier ne se dévoile pas tant que ça, et à quelques exceptions, il ne partage que des faits assez neutres qui ne sont que les étapes de sa vie.

De l'autre côté, ce voyage dans le temps n'a rien d'exhaustif, ce qui peut également être frustrant. Si la liste des cinéastes cités est longue, le film se concentre sur quelques personnalités et un certain style de cinéma. On peut imaginer plusieurs "voyages", similairement thématiques. Il le faudrait tant on reste parfois sur sa faim quand il fait d'abondantes références à Bresson, quand il flirte avec Autant-Lara, quand il éclipse des Clouzot, Verneuil ou Clément.

Fantômes et légendes

Une fois le cadre et le scénario posés, et le parti-pris assumé, le documentaire enchaîne les chapitres. Chacun est suffisamment long pour ne pas être superficiels: Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin, la musique de film (Jaubert, Kosma), Eddie Constantine, les productions de Beauregard, la bande Truffaut-Chabrol-Godard-Varda, Edmond Gréville, Jean-Pierre Melville, et Claude Sautet. Tavernier ne masque pas ses émotions: il admire sans pudeur et avec sincérité. Il est tombé dedans quand il était petit. Le cinéma qu'il fait renaître a un air de famille, avec Belmondo, Ventura, Piccoli... Il y a quelques femmes: Bardot, Moreau, Schneider, qui achève ce marathon cinéphile en s'en allant vers un hiver incertain.

Il réunit ainsi les fantômes et les légendes. Convoque les génies (qui peuvent aussi être indignes). Car il ne cache pas les zones d'ombres, ceux qui ont eut des comportements dégueulasses, les sales caractères d'êtres jamais mythiques, égratigne le scénariste Melville et le lâche Renoir. Voyage à travers le cinéma français est une aventure aussi humaine qu'humaniste. Tavernier propose un panorama d'un certain cinéma français, classique, même si toujours moderne, et assez masculin, mais il s'agit avant tout d'une série de portraits de ceux qui ont marqué le 7e art mondial, ces ambassadeurs de l'exception française.

Point de vue et images d'un monde

Car, finalement, ce que l'on retient est ailleurs. A l'image, par les films et les cinéastes/comédiens choisis, Bertrand Tavernier nous "enferme" dans une période, des années 1930 aux années 1970. Le noir et blanc domine. C'est Hôtel du nord, La grande illusion, Casque d'or, Le doulos, La bête humaine, Le jour se lève, Les 400 coups, Cléo de 5 à 7, Classe tous risques... Ça n'est ni une compilation, ni une anthologie, c'est un point de vue subjectif, amoureux, enthousiasmant d'un passionné de l'art cinématographique dans toute sa "variété", que ce soit des combats à mains nues de Constantine ou du regard de Signoret.

Or, ce voyage étourdissant est avant tout un voyage dans le temps. Un tableau de la France, celle du Front populaire, de l'Occupation, de l'après-guerre, des trente glorieuses. On voit évoluer, de Becker à Sautet, un pays, sa société, son peuple et ses métiers. Pas surprenant alors de constater que ce sont des films éminemment français qui ont été sélectionnés dans ce portfolio de prestige. On y parle de camembert, on y chante la Marseillaise, les putes sont belles et romantiques, ... Un voyage romanesque, plus balzacien que flaubertien. On y plonge comme dans un feuilleton social mais jamais vraiment dramatique..

Finalement, à l'instar des films de Melville, tout semble irréel et atemporel. Une déclaration d'amour teintée de nostalgie. Un cinéma français qui est capable de mettre "les larmes aux yeux".

13 courts animés inspirés des poèmes de Guillaume Apollinaire en salles

Posté par vincy, le 28 septembre 2016

13 films d'animation, des courts métrages de trois minutes, sont regroupés dans un programme qui sort en salles ce mercredi 28 septembre. Distribué par Gebeka Films, Apollinaire, 13 films-poèmes, est la troisième série de la collection "En sortant de l'école..." diffusée sur France 3. Le poète Guillaume Apollinaire succède à Jacques Prévert et Robert Desnos.

La particularité de cette collection est de confier l'animation à des jeunes diplômés d'écoles comme Les Gobelins, l'EMCA ou La Poudrière. L'éclectisme visuel provient de cette variété de talents, qui utilisent des décors en papier ou en 3D, du stop motion ou de la craie.

La diversité est aussi dans le choix des poèmes. Certains abordent la guerre, d'autres l'amour ou la vie. L'ensemble s'avère assez doux, mélancolique, et néanmoins, guilleret. On comprendra que le programme vise avant tous les élèves de l'école primaire, ceux qui apprennent Apollinaire.

Parmi ces treize courts animés, souvent épurés, il y a forcément des poèmes qui nous séduisent plus que d'autres. A l'instar du modèle indépassable du genre, dans le domaine musical, Fantasia.

Si on devait en garder trois, ce serait Automne de Hugo de Faucompret, où des créatures à la Miyazaki se mélangent à un trait presque impressionniste ; A toutes les dégotes et à tous les dingos, d'Augustin Guichot, habile mélange d'argot qui "slamme" et de comédie musicale jazzy qui ferait écho aux Triplettes de Belleville (c'est aussi le seul film où le personnage s'exprime) ; Ville et cœur d'Anne-Sophie Raimond, tourbillon absurde et un poil déjanté qui évoque l'univers de Jacques Tati, et qui réussit une transposition moderne du poème.

Notre préféré reste Carte postale de Fabienne Wagenaar, en papier découpé et stop motion. L'inventivité et la singularité de l'animation est proprement cinétique, à la fois sobre et ludique, sublime et juste, s'appuyant sur une écriture visuelle ingénieuse.

Mais les neuf autres courts méritent aussi le détour: du naïf et allégorique Pont Mirabeau au pictural Bestiaire (Dali n'est pas loin), en passant par les objets de Je me souviens ou de l'onirique Oiseau qui chante. Histoires sans paroles, mais accompagnées des belles voix de Yolande Moreau, Pascal Greggory, Thibault Vinçon et Sylvain Despretz, ces films-poèmes peuvent nous replonger en enfance mais surtout ils offrent un regard nouveau sur des textes que l'on a plus récité que compris. C'est la force de l'animation et de la poésie: il n'y a aucune limite à l'imaginaire. Et les deux combinés permettent de donner un nouveau sens au poèmes et de révéler des futurs talents de l'animation.

Lettre à Xavier Dolan

Posté par wyzman, le 21 septembre 2016

Cher Xavier,

Avec toi, c'est toujours la même chose. A chaque passage à Cannes, tu fais un malheur. Certains t'adorent, d'autres te détestent. Mais rares sont ceux qui, après avoir vu l'un de tes films, se disent "Mouais… Bof… Ça passe !" Il y a deux ans, Mommy faisait le job comme personne. Je m'en souviens comme si c'était hier. Tu étais partout, tout le monde te citait, tu allais gagner. Jusqu'à la dernière minute, tout le monde te voyait remporter la Palme d'or… Et puis finalement non. Ce n'est pas grave. Ton nouveau bébé, Juste la fin du monde, est la preuve que ton meilleur film (à ce jour !) allait sortir deux ans plus tard.

Alors oui, nombreux sont ceux qui t'ont reproché et vont continuer à te reprocher la mise-en-scène de cette adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce. Mais on s'en fiche. Comme tout metteur en scène, tu t'es approprié l'oeuvre de J.-L. L., quitte à la modifier légèrement. C'est tant mieux. En modernisant un peu le tout, tu m'as donné envie de découvrir le travail de ce dramaturge. Et ce n'était pas gagné d'avance. Comme avec Tom à la ferme à l'époque, il est évident que ton nouveau film va diviser et déranger. N'est-ce pas ce que les grands artistes sont censés faire ? En n'allant là où tu n'étais pas franchement attendu, tu nous as prouvé (si c'était nécessaire) que tu étais seul maître de ta carrière. Et je ne te remercierai jamais assez pour cela.

Dramatique au possible et sincèrement prenant, Juste la fin du monde m'a réconcilié avec ma famille (j'y reviendrai plus tard) et avec cette belle et grande famille du cinéma français. Parce que cela mérite d'être dit : ton casting cinq étoiles est une merveille. Oui, l'interprétation de Léa Seydoux risque d'en agacer certains. Oui, Nathalie Baye aurait dû forcer encore un petit peu le trait. Mais en face, impossible de résister au jeu de Gaspard Ulliel (un bonheur qui mérite une nomination aux César), de Marion Cotillard (plus juste que la justesse elle-même) et de Vincent Cassel (parfait au possible).

Parce que tous tes acteurs sont incroyables, je suis d'autant plus content que tu n'aies pas lésiné sur les gros plans. Si pour certains spectateurs et internautes, ce n'est que du cadrage, pour moi, cela a fait toute la différence. Et ne me lance même pas sur ces regards qu'Ulliel et Cotillard s'échangent ou sur tes ralentis ! En mettant en scène et de manière brillante mais osée une pièce de théâtre essentiellement basée sur les non-dits, tu as réussi un véritable exploit. Et au cas où tu ne le saurais pas, tu es officiellement l'un des meilleurs réalisateurs de cette décennie et de notre génération.

Mais assez parlé de ton excellent travail (tu méritais plus qu'un Grand Prix, ça reste entre nous), parlons maintenant de moi et de toutes les personnes qui vont aller voir ou revoir ton film dès aujourd'hui. Évoquons brièvement tous ceux qui vont être pris par les tripes, songer à leur famille pendant de longues minutes et se baisser sur leur siège de cinéma pour pleurer discrètement. Car oui, Juste la fin du monde est d'une telle beauté que j'en ai pleuré. Bon d'accord, j'ai pleuré devant chacun de tes films, mais celui-ci m'a vraiment laissé en PLS pendant plusieurs heures. D'ailleurs, je ne m'en suis toujours pas remis. D'où cette lettre.

Après avoir vu Juste la fin du monde, j'ai presque changé d'avis sur les repas de famille. Presque. Je les déteste toujours autant parce que tout le monde semble y être en pleine représentation, mais je les tolère davantage. J'y communique et y partage également plus. Avec la puissance d'un électrochoc, ton nouveau film m'a fait comprendre que ce sont ces petits moments passés autour d'une table qui font les familles et pas juste les liens du sang.

Alors merci. Merci pour ces 95 minutes absolument flamboyantes. Merci d'être toujours toi-même (talentueux, franc, sensible et parfois mal compris). Merci de partager ton regard sur le monde et ta maturité avec le public (même les purs haters). Mais plus encore, merci de ne jamais avoir cédé sous la pression des critiques.