Nord : Bienvenue chez les Samis!

Posté par Claire, le 9 mars 2010

nord.jpg“- Tu as un fils de quatre ans…”

L’histoire : Jomar Henriksen, ancien skieur professionnel, travaille comme employé sur les pistes. Il ne veut désormais plus entendre parler du ski et néglige les tâches qu’on lui a confiées. Il passe son temps à fumer, à boire et surtout à ne rien faire.Un jour, un ancien copain se présente chez lui et lui annonce qu’il est le père d’un enfant qui vit avec sa mère dans le nord du pays. C’est le moment ou jamais de tourner le dos à cette existence vide. Commence ainsi un voyage avec sa motoneige ponctué de rencontres loufoques et d’aventures insolites. (in DP)

Prix FIPRESCI au 59 e festival international du film de Berlin.

Notre avis : Ce Nord se situe dans le Royaume enneigé de la Norvège, et fait du hors pistes dans le monde du cinéma. Un premier long métrage de fiction confectionné avec soin par  Rune Denstad Langlo, documentariste chevronné.

En route pour le Nord! Plus que les dialogues, le scénario ou le rythme au style réaliste, la vérité et la beauté du film se trouvent ailleurs : dans la mélancolie des paysages et le climat extrême près du cercle polaire. Le réalisateur a eu la bonne  idée de réaliser un  Norway  of  life  road movie (oui, mais à défaut de route, il y a la motoneige et le ski…), ce qui nous dépayse en soi.

Anders Baasmo Christiansen. L’autre bonne idée est le choix de l’acteur pour le personnage de l’anti-héros. ABC, plus simple à écrire, ressemble à un ours mal léché, surmonté d’une tête de bébé lunaire . C’est l’un de seuls acteurs professionnels du film. Il est parfait dans le rôle de Jomar, qui se met toujours dans des situations incroyables pour mieux réjouir le spectateur. Par exemple, il brûle deux refuges (par inadvertance ?). Oublie ses lunettes de protection, se retrouvant donc aveuglé par la réverbération sur la neige … Quand  il n’a pas les yeux bandés, son regard est hébété par l’incompréhension ou l’alcool   … Jomar ne crache pas sur l’alcool et testera une méthode originale pour se soûler (scène qui nous laisse encore bouche bée). En cassant sa motoneige, il manquera aussi de se faire tuer par des militaires en plein exercice. Absurde et loufoque.

Un Norway of life bien rude imbibé d’alcools. En comparaison, les nordistes décrits par Galabru dans Bienvenue chez les Chtis paraissent bien sobres et chaleureux. S’il se trouve bizarre et dépressif, Jomar réalise qu’il existe encore plus mélancolique et seul que lui dans ce trou du cul du monde. Ce voyage initiatique aux rencontres bien incongrues (le vieux Sami qui vit en ermite avec sa motoneige enchaînée à sa cheville) rappelle même le Fargo des frères Coen.

Et  à la fin ? Il va mieux ? Sans dévoiler l’intrigue,  on pourrait penser que tous ces individus croisés en chemin vont transformer l’asocial et  immature Jomar… Ou pas ! Chacun  y ira de son interprétation. Ce n’est pas dans les dialogues minimalistes qu’on trouvera une vérité. Un no hero, no buddy  movie, épuré et drôle, malgré quelques longueurs et un scénario qui parfois se relâche.

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site internet du film

Alice au pays des merveilles : dès le titre, nous étions trompés…

Posté par vincy, le 2 mars 2010

alicewonderland_blog.jpg Premières impressions à la sortie de la première projection française d’Alice au pays des merveilles, de Tim Burton. On est presqu’étonné que Disney ait collé sa marque à un film aussi noir, et parfois trash  (trois scènes sont vivement déconseillées aux plus jeunes). On est tout aussi surpris que cette suite au dessin animé de 1951 s’intitule Alice au pays des merveilles tant elle visite le monde des horreurs. Burton reprend bien les personnages mais revisite complètement l’histoire, en la transposant des années plus tard, dans un “Wonderland” devenu “Underland”, détruit par une guerre entre deux Reines - la méchante et la gentille.

Cette immersion dans les enfers a une énorme qualité : le cinéaste s’est approprié le conte de Lewis Carroll. Il l’a fait sien, et en a irrigué tous ses thèmes et ses codes visuels. C’est aussi la limite. Burton se complaît dans son univers esthétique (perfectionniste et riche comme d’habitude), s’amuse avec des décors virtuels et maîtrise les mouvements et la vitesse de ses créatures. Mais le scénario manque de rigueur et fait perdre parfois le rythme ou la tension nécessaires. Surtout, les personnages manquent de substance et s’avèrent tout aussi “virtuels” que cet Underland. Il n’y a bien qu’Alice qui apporte un peu d’humanité…

Le film passe finalement à côté de son sujet et de son enjeu. Belle parabole de la force de l’imaginaire, il s’oublie à tout expliquer et à donner une réalité à cette évasion de l’esprit. On est davantage contrarié par le manque d’intensité lors des séquences cruciales.

Le 3D, de son côté, se révèle inutile. Burton n’a fait aucun effort pour que son film ait du relief. Une machine efficace mais loin de ses premiers contes fantastiques.

Une Education. Raisons et sentiments à retrouver en livre

Posté par kristofy, le 25 février 2010

J’ai tant à vous montrer…“.

Une éducation est sorti en salles mercredi 24 février. L’histoire de Jenny, élève brillante, qui se prépare à intégrer Oxford. Sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu’elle va tout remettre en cause. Dans un monde qui se prépare à vivre la folie des années 60, Jenny va découvrir la vie, l’amour, Paris, et devoir choisir son existence.

Ce film immédiatement attachant où une histoire particulière a une portée universelle est réalisé par la danoise Lone Scherfig qui avait déjà montré avec Wilbur et surtout avec Italian for beginners combien elle savait filmer ses personnages. L’histoire est celle des souvenirs de Lynn Barber (une journaliste) scénarisés par Nick Hornby. Hornby fut professeur avant d’être journaliste puis romancier et scénariste. De nombreux livres ont déjà été adaptés en film comme Haute Fidélité, A propos d’un gamin (About a Boy). Vous pouvez les retrouver en poche chez 10-18, aux côtés d’autres romans : Carton jaune, La bonté mode d’emploi, 31 songs, Vous descendez?, Slam et, à venir Juliet nue.

Une éducation sort dans la même collection. Il s’agit du scénario du flm. 192 pages pour 6 euros 50. Une belle leçon de cinéma, par ailleurs citée à l’Oscar de la meilleure adaptation.

Vous pourrez revivre la transformation de la chenille en papillon, l’adolescente en jeune femme, qui s’ouvre aux autres et au monde. Une Education déjà remarqué au festival de Sundance avec notamment un prix du public ; c’était aussi un coup de cœur lors de sa découverte au Festival britannique de Dinard; enfin il est en lice pour les Oscars avec plusieurs nominations dont celle de la meilleure actrice, Carey Mulligan, qui fient de recevoir le prix de la meilleure actrice (et pas Meryl Streep). Elle est la belle révélation de ce film, transportant ce personnage de Jenny avec une subtilité confondante de naturel, tantôt naïve ou ingénue impossible de ne pas être sous le charme. Carey Mulligan est d’ailleurs en passe de devenir la nouvelle coqueluche de Hollywood, depuis elle a déjà tourné devant les caméras de Jim Sheridan, Mark Romanek ou Oliver Stone.

On pourra reprocher à la réalisatrice Lone Scherfig un académisme un peu trop sage, mais au moins elle s’est attachée à servir au mieux cette histoire illuminée par la surprenante/séduisante Carey Mulligan. Une Education ressemble à une leçon de cinéma populaire et réjouissant avec sa belle élégance teintée d’une légère irrévérence. Ce genre de scénario qu’on ne sait pas écrire en France : charmant et généreux.

Thérapie de couple : l’île de la tentation

Posté par vincy, le 23 février 2010

therapie de couples«- On dirait un fond d’écran. »

L’histoire : Quatre couples d’amis embarquent pour une croisière très spéciale sur une île polynésienne. Le couple à l’origine du voyage a décidé de se rendre à l’Eden, une station balnéaire de luxe avec thérapie en guise d’activités “ludiques”, comme dernier recours pour sauver leur mariage. Les trois autres s’apprêtent à profiter des multiples trésors qu’offre ce petit coin de paradis : mer turquoise, plage de sable blanc, jet-ski, spa dernière tendance, etc. Mais ils vont vite se rendre compte que leur participation au programme très original de thérapie de couples que propose l’Eden n’a rien d’optionnel. Soudain, leurs vacances au tarif de groupe ne semblent plus une si bonne affaire que ça.

Notre avis : Ce genre de comédie est casse-gueule pour tous ceux qui ne se sentent pas dans la cible. Sur l’affiche américaine, le couple black a été gentiment effacé. Indispensable au scénario, moins pour aguicher le spectateurs. On s’entend, vu le profil des couples, la segmentation est claire : couples, hétéros, plutôt caucasiens, assez bon niveau de vie, entre 30 et 45 ans. Même le générique qui retrace l’histoire du couple à travers l’histoire de l’audiovisuel est hétéro-centré et ne débute, d’ailleurs que lorsque le cinéma est né. Avant le couple n’avait peut-être pas besoin de thérapie.
Premier constat : les Américains ne tournent pas ronds. Ils téléphonent en voiture, sans kits mains libres. Ils font des Power Points élaborés pour expliquer la faillite du sentiment amoureux. Ils s’endettent pour du carrelage ou une moto.
Le film n’est pas plus carré. La musique vient appuyer l’émotion avec des violons pour bien nous faire comprendre que le moment est dramatique.  On cherche encore les scènes drôles. Tout est si calculé que le film ne révèle aucune surprise. Les personnages sont stéréotypés : les rationnels, les « nomraux » (en vedette), les paumés, les inadaptés… Une sitco long format.
Quelques bonnes situations ne se dépassent jamais à case d’une réalisation qui ne pousse jamais le bouchon assez loin. Comédie très sage, aux scènes déjà vues, on ne s’intéresse pas aux « malheurs » bien anodins de ces couples cherchant à rallumer la flamme au milieu d’un paradis (en l’occurrence Bora Bora, c’est pas low cost).
Seule la séquence de yoga se démarque avec tout ce qu’il faut d’homophobie pour nous faire rire de ces mâles crétins complètement soumis à leurs femmes névrosées.
C’est un peu Friends sans les gags, avec une bonne gueule de bois conjugales. Mais la juxtaposition des chapitres ne forment pas un film mis bout-à-bout. Le manque de profondeur empêche le film de nous embarquer. Et puis franchement, aller si loin pour boire de la Budweiser… la thérapie aurait pu avoir lieu ailleurs. 
L’happy end généralisé rend le film encore plus factice sans un zeste de réalisme psychologique. A défaut de gags terriblement absents.

La Tisseuse : un canevas inachevé

Posté par kristofy, le 23 février 2010

latisseuse.jpg “- Je ne veux pas attendre la mort à la maison.

L’histoire : Lily est ouvrière dans une usine de tissu. Entre un travail difficile, un mari qui ne la comprend pas et son jeune fils, elle se sent coincée dans un quotidien terne et sans surprise. Quand elle apprend qu’elle est gravement malade, Lily décide de tout plaquer et part à la recherche de son premier amour. 

Notre avis : Le réalisateur Wang Quan-An et l’actrice Yu Nan avaient été découvert avec Le mariage de Tuya qui tutoyait le chef d’œuvre, d’ailleurs récompensé de l’Ours d’Or du Festival de Berlin en 2007. Le cinéaste et sa belle comédienne refont de nouveau équipe pour La Tisseuse, mais avec un changement de direction. Après les étendues désertiques mongoles, direction la ville et ses habitants chinois. On y découvre une femme qui a perdu le goût de vivre au milieu de d’entreprises qui ferment, son petit garçon lui redonne à peine l’envie de s’accrocher. La lumineuse Yu Nan interprète une femme qui s’éteint car elle se sait condamnée par une grave maladie. Ni son mari ni son petit garçon ne semblent suffire pour la raccrocher à une vie dont elle est lasse. Alors elle va partir en voyage en direction de son premier amoureux dont elle n’a plus de nouvelles depuis dix ans…

La Tisseuse est autant une évocation de changements industriels en Chine que le parcours d’une femme qui se rend compte qu’elle aurait pu connaître bien plus de bonheurs. Wang Quan-An fait sentir différentes transformations des paysages chinois où l’idéologie communiste a progressivement laissé le terrain à l’économie de marché: une usine garde le souvenir de traditions russes, une imprimerie est démolie dans un quartier en reconstructions modernes. Mais le réalisateur aborde surtout le thème délicat du bilan de sa vie quand on sait qu’elle va se terminer sans avoir été accomplie comme on l’aurait souhaité. Il nous montre un personnage de femme qui abdique devant son avenir et qui regarde en arrière sur ses pas. Cependant ce personnage joué par Yu Nan toute en résignation silencieuse ne montre guère d’émotions et on peine à éprouver de la compassion pour elle.

La Tisseuse était un film attendu mais force est de regretter d’être un peu déçu, à voir tout de même en attendant Apart Together la prochaine réalisation de Wang Quan-An tout juste récompensé pour son scénario à Berlin.

Percy Jackson: que la foudre nous foudroie si on n’a pas vu plus nul!

Posté par Benjamin, le 18 février 2010

percyjackson.jpg

Humeur. Que dire de Percy Jackson, voleur de foudre ? Que dire de cette nouvelle production réservée aux ados qui marchent sur les pas d’Harry Potter du Monde de Narnia et compagnie ? Quelle est sa valeur ? Surpasse-t-il ses semblables ou convient-il seulement aux mangeurs de popcorn boutonneux ?

Les réponses sont extrêmement simples et il est inutile d’écrire une longue tirade pour avancer le fait que Percy Jackson est le parfait reflet d’un cinéma de plus en plus dominant dans nos salles obscures (près de 500 000 spectateurs en France en 8 jours). Un cinéma qui prend parfois l’allure d’une maladie et qui gangrène les esprits de nos jeunes ados. Percy Jackson est un jeune homme dont la coupe de cheveux et le style vestimentaire branchés ne doivent pas cacher son profond mal-être. Non, Percy Jackson n’a pas connu un violent traumatisme durant son enfance. Non, il n’a pas essuyé les dures épreuves de la vie. Percy est en réalité le fils de Poséidon ! Rien que ça et en moins de deux, le voilà catapulté dans un camp pour « demi-dieux » ou chacun délaisse son iPod et ses Converses pour une armure en cuire et une épée ébréchée faut-il y voir un problème phallique?). Durant sa quête et affublé de deux acolytes (un « noir » forcément drôle et un brin « rappeur » et une jeune femme belle mais farouche, aucun clichés, non,non), il affrontera alors les monstres mythologiques les plus emblématiques : du Minotaure jusqu’à Méduse en passant par l’Hydre de Lerne. Une bonne révision avant le remake du Choc des Titans (en avril).

Alors Percy Jackson a-t-il une qualité quelque part ? Dans le scénario aucune, puisque le film suit une trajectoire des plus rectilignes avec toutes les demi-heures une scène d’action pour tenir en haleine le spectateur et avec, bien entendu, un final qui se veut à la fois haletant et spectaculaire. Seulement, tous ces évènements sont prévisibles et les effets spéciaux (parfois terriblement mal faits) n’arrivent pas à relever le niveau. En fait, il faut bien comprendre que Percy Jackson est un produit de consommation qui reflète à la perfection le pathétique de ce cinéma pour ados. Certains auront beau se cacher derrière le discours historico-mythologique, ce n’est qu’une façade. On abaisse le niveau de qualité pour qu’il soit plus accessible au spectateur au lieu de forcer celui-ci à s’élever. Et dire qu’on râlait après Troie. Du coup, le colis livré est bas de gamme. Le plus honteux certainement est le fait d’utiliser les références mythologiques pour les transformer en problèmes d’ados : « je suis mal dans ma peau parce que mon père est un Dieu et je n’ai jamais pu le rencontrer ». Mon Dieu, que l’existence est dure et impitoyable pour ses jeunes gens si beaux, si exceptionnels. Mais le spectacle est plus dur encore pour le pauvre spectateur… Ah non, il y a erreur. Le spectacle sera certainement un ravissement pour le spectateur de ce film qui ne verra peut-être pas la supercherie.

Peut-être que les films comme Percy Jackson n’ont pas lieu d’être. Comme un hot-dog consommé dans la rue. Mais, en perdant l’exigence, en ramollissant au maximum les capacités du consommateur, c’est le cinéma qu’on réduit à sa plus simple expression industrielle et c’est l’art que l’on perd.

Travelling : Délices d’Istanbul et Fatih Akin en digestif

Posté par Morgane, le 17 février 2010

Dernière journée de festival, dernières projections, derniers visionnages, derniers coups de coeur…

Après une matinée consacrée aux courts pour enfants, je me dirige de nouveau vers le Théâtre National de Bretagne et sa salle Louis Jouvet dans laquelle je vais passer le reste de la journée. Au programme, L’Oeuf (Yumurta) de Semih Kaplanoglu -2007-, Des temps et des vents de Reha Erdem -2007- et, pour clore la journée et le festival, l’avant-première de Soul Kitchen de Fatih Akin qui sera dans les salles le 17 mars 2010.

L’oeuf de Semih Kaplanoglu

Yusuf, parti vivre à Istanbul, retourne dans son village à la mort de sa mère. Il rencontre alors Ayla, la jeune fille qui s’occupait de sa mère mais qu’il ne connait pas. Le film est donc l’histoire de cette rencontre et repose entièrement sur cette dernière. Yusuf retourne à ses racines et reprend contact avec sa vie passée. Chronique rurale, le film est intéressant par la peinture qu’il en dresse, à la fois conte où la vie s’écoule lentement et portait d’un homme en mal de repères. Le film laisse tout de même transparaitre quelques faiblesses, notamment ses longueurs et lenteurs qui dote parfois le film d’une certaine lourdeur.

Des temps et des vents de Reha Erdem

Après My only sunshine -2008- vu hier, c’est le deuxième film que je découvre du réalisateur. Ici encore il se penche sur ce douloureux passage de l’enfance à l’adolescence et plusieurs ponts font la jonction entre ses deux films (l’homme qui tousse à l’ouverture des temps et des vents fait écho au grand-père malade de My only sunshine tout comme les deux figures des jeunes filles ont de nombreuses similitudes). Ici, on suit le parcours de trois jeunes adolescents (deux garçons et une fille) qui se retrouvent confrontés à l’autorité des adultes. Chacun réagit alors différemment à celle-ci et tente d’y survivre à sa manière. Colère, tristesse et rage s’entremêlent dans cette fable poétique où la nature tient une place prépondérante. Cette dernière est d’une beauté incroyable, magnifiquement filmée par Reha Erdem. Elle fait partie du quotidien des trois enfants qui l’ont apprivoisée, l’aiment et la chérissent (plusieurs plans magnifiques montrant tour à tour les enfants endormis au creux d’un élément naturel). Un film d’une grande beauté.

Soul kitchen de Fatih Akin, Prix spécial du Jury à la Mostra de Venise en 2009

On retrouve ici un tout autre genre de cinéma, beaucoup moins ancré dans la Turquie même et pour cause, Fatih Akin place son film à Hambourg. Zinos, patron du restaurant Soul  Kitchen, essaie de garder la tête hors de l’eau. Le restaurant coule peu à peu, son amie est partie vivre à Shangaï et son frère, taulard en semi-liberté, lui demande de l’embaucher. Ce qui ressort du dernier film de Fatih Akin c’est principalement son extraordinaire bande-son (n’oublions pas que le réalisateur est également musicien) et son humour. Sur fond de musique électrique and soul et de péripéties faisant sombrer de plus en plus Zinos, Fatih Akin s’attache à l’humour et à la cocasserie des situations (la superbe scène de Zinos chez le chiropracteur en est une parmi tant d’autres). Mais derrière cet humour se cache tout de même une réalité assez sombre sur une situation économique et sociale parfois difficile et délicate. Vous pourrez retrouver notre critique du film sur le site Écran Noir lors de sa sortie en salles.

Chant des mers du Sud : hymne au vivre ensemble

Posté par MpM, le 16 février 2010

Chant des mers du SudL’histoire : Ivan le Russe et Assan le Kazakh sont voisins. Un jour, la femme d’Ivan donne naissance à un enfant étonnamment brun et bridé, et le conflit éclate entre les deux familles. Des années plus tard, chacun des deux hommes éprouve le besoin de partir à la recherche de ses racines.

Notre avis : Sélectionné et primé dans de nombreux festivals internationaux (Pusan, Nantes, Rotterdam, Vesoul…), ce Chant des mers du Sud délicat et cocasse s’avère une fable humaniste sur la nécessité de dépasser les différences ethniques pour vivre en bonne harmonie. Comme souvent avec le cinéma venu d’Asie centrale, l’histoire semble passer par bien des digressions qui sont autant de détours et de circonvolutions empêchant au film d’aller droit au but. Pour l’apprécier malgré tout, il faut se faire à ce mélange des genres, symbolisme et didactisme, drame et comédie, et à cette lenteur étudiée, patiente, qui mène toujours quelque part mais à son rythme, et avec son cheminement propre.

Même la structure, extrêmement archétypale, rend aux premiers abords l’intrigue complexe et peu avenante. Comme si chaque personnage, chaque situation, chaque geste même, ne servait qu’à illustrer avec force le propos de Marat Salut, mais n’existait pas pour lui-même. Il s’en dégage alors une impression de lourdeur, un manichéisme qui rend le film maladroit, légèrement sentencieux. On n’est pas loin de la démonstration pontifiante, heureusement contrecarrée par le regard bienveillant et amusé que le réalisateur porte sur cette société où tout finit toujours par tourner à la farce.

L’illustration du fameux Chant des mers du Sud en animation de papiers découpés, les plans contemplatifs sur les vastes plaines, les passages hauts en couleur entre le chef du village et son chauffeur allemand nous immergent dans l’ambiance burlesque de ce village kazakh dont on ne saurait vraiment prétendre qu’il est typique… mais qui participe à ancrer l’intrigue dans l’univers du conte décalé plus que du réalisme. Grâce à ce petit brin de fantaisie, cet appel au vivre ensemble et à l’ouverture aux autres ne manque indéniablement pas de charme.

Reprise : Rue Cases-Nègres, une Martinique douce-amère

Posté par Claire, le 16 février 2010

ruecasesnegres.jpgL’instruction est la clé qui ouvre la deuxième porte de notre liberté.”

 Synopsis: Martinique, années 30. Le jeune José vit avec sa grand-mère dans un extrême dénuement. Pour eux, comme pour tous les autres Noirs de la “Rue Cases-Nègres”, l’existence est très rude puisque les seules ressources proviennent de l’exploitation des champs de canne à sucre…qui appartiennent aux Blancs. Si l’esclavage a été aboli, la dépendance économique le remplace. C’est dans cet univers aride que grandit José, sous l’œil bourru mais ô combien lucide et tendre de sa grand-mère, dont les principes d’éducation plutôt rigides n’ont qu’un but : armer au mieux son petit-fils pour lui permettre d’affronter l’avenir,  un avenir qu’il ne pourra conquérir qu’en comptant exclusivement sur lui-même. D’après le roman de Joseph Zobel.

Notre avis :Le cinéma est fait pour ce genre de film initiatique où la vie d’un pays est décrit à travers les yeux d’un enfant. Après la vision de ce film, la canne à sucre a un goût amer, mais le message s’avère positif : avec un peu d’intelligence et beaucoup de travail, on peut se sortir de la misère, sans pour autant renier ses origines, ses racines ou sa famille. Un  premier long- métrage coup de maître pour Euzhan Palcy (qui n’a jamais fait mieux depuis), récompensé par plus de  17 prix à travers le monde entier (notamment le Lion d’or à Venise) avec les soutiens de François Truffaut et Robert Redford tombés sous son charme.

Mention spéciale pour la défunte Darling Legitimus, “Miss Darling”, épatante et touchante en grand-mère courage dont ce sera le dernier rôle après 50 ans de cinéma. Sans oublier les jeunes interprètes de José (Garry Cadenat) et son copain  mulâtre Léopold (Laurent Saint-Cyr). Aujourd’hui le film peut paraitre  un brin classique et académique dans sa forme , mais le fond reste -hélas- d’actualité, notamment avec les troubles qui ont agité la Martinique l’an dernier et la polémique récente sur l’absence de diversité dans le cinéma français.

Essentiel pour comprendre que notre identité nationale française ne se résume pas aux gaulois et à la chrétienté. Universel, atemporel, il s’adresse à toutes les générations.

Berlin 2010 : le Sharunas Bartas nouveau est arrivé

Posté par MpM, le 16 février 2010

20105896_2_popup1.jpgCeux qui ont vécu une fois dans leur vie l’expérience Sharunas Bartas (Corridor, Few of us, Seven invisible men) s’en souviennent à jamais, tant chaque film de ce réalisateur lituanien est une expérience sensorielle et humaniste dont on sort bouleversé. Chez lui tout est dépouillement et contemplation, perception aigüe de l’existence et acuité des sens. Ses personnages n’ont pas besoin de parler pour s’exprimer, et ses histoires se passent d’intrigue, de rebondissements, de fioritures. On est comme face au cours d’une rivière, brut et sauvage.

D’où l’immense surprise face à son nouvel opus, Indigène d’Eurasie (présenté en section Forum de la Berlinale), un polar noir qui nous entraîne de la France jusqu’en Russie, sur les pas de Gena, un Lituanien impliqué dans divers trafics. Sombre et désenchanté, le film observe la globalisation morose d’un monde où tous les lieux se ressemblent et où les êtres sont condamnés à une solitude émotionnelle qui les tue à petit feu. L’humanisme, ici, se mue en une sorte d’autopsie d’humanité, dénuée de chaleur ou de compassion.

L’utilisation des codes du polar semble avoir permis au cinéaste de trouver un langage cinématographique non moins ambigu, mais plus accessible qu’autrefois. Pourtant, bien qu’il s’agisse probablement de son œuvre la plus “abordable” (pleine de dialogues, de suspense et de rebondissements), c’est aussi celle qui semble la plus désespérée. La plus fondamentalement éloignée de son cinéma bienveillant et abrupt.

Interrogé sur ce changement radical de style, Sharunas Bartas botte en touche. “J’ai vieilli“, déclare-t-il en préambule. Avant d’expliquer qu’il faut passer par différentes étapes avant d’arriver au film suivant. “On ne peut pas sauter plusieurs étapes d’un coup. C’est une progression.” On n’en saura pas plus, et c’est peut-être le plus beau paradoxe du cinéaste que de conserver son mystère avec son film le plus limpide.