3 bonnes raisons de voir McQueen de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui

Posté par wyzman, le 13 mars 2019

En salle dès aujourd’hui, le documentaire McQueen pourrait bien être le plus bel hommage jamais rendu à ce jour au designer écossais décédé en 2010 Alexander McQueen. Voici 3 bonnes raisons de courir le voir !

La naissance d’un mythe. Regard personnel sur la vie, la carrière et le talent de l’enfant terrible de la mode, McQueen retrace les nombreux faits d’armes d’un homme qui, sans toujours y croire, a bouleversé le vestiaire féminin. De sa naissance dans une famille modeste à son suicide survenu la veille de l’enterrement de sa mère en passant par ses folles soirées passées dans des clubs gays, lesbiens ou fétichistes, le film de Ian Bonhôte et Peter Ettegui n’élude rien de la vie aujourd’hui encore fantasmée d’Alexander McQueen. Loin d’être un beau gosse, un dur à cuire ou un modèle de vertu, celui que l’on a longtemps considéré comme l’alter ego de Lady Gaga (période robe de viande) est parvenu à rendre son univers pourtant tortueux presque pleinement accessible. Un exploit que peu de créateurs ont réussi avant et après lui.

Une mise en scène intelligente. Fidèle à son sujet, McQueen regorge d’idées et de fulgurances. Des films de famille, des entretiens façon "confessionnal", des extraits d’interviews filmées et de passages télévisés, des zooms sur des couvertures de presse, des négatifs de photos prises en coulisse, des extraits de défilés… Tout ici est brillamment fait pour que le spectateur se sente particulièrement proche d’Alexander McQueen. A l’image de ces moments presque volés aux proches, loin d’être timides à l’idée d’évoquer cet homme qui, par sa passion dévorante, a marqué leur vie respective. Et pour que le public s’en sorte, Ian Bonhôte et Peter Ettedgui ont même pensé à diviser leur premier long-métrage en cinq parties, 5 "tapes" nommées d’après les collections les plus iconiques d’Alexander McQueen. Une manière pour eux de créer du suspense dans la vie de cet homme. Le tout avec une certaine humilité.

La musique, cerise sur le gateau. En plus d’offrir une plongée déroutante dans la vie d’un créateur jusque-là incompris par le plus grand nombre, McQueen brille et s’envole grâce aux compositions musicales de Michael Nyman. Déjà à l’oeuvre sur Bienvenue à Gattaca et La leçon de piano, le Britannique réussit à sublimer les parties sombres de la vie d’Alexander McQueen (les abus dont il a été victime, sa débauche de stimulants, les vives critiques de la presse) tout en ravivant l’euphorie des coups d’éclat. Plus qu’un documentaire aussi majestueux qu’un biopic historique et coûteux, McQueen est un spectacle audiovisuel sans pareil, un magnifique livre de bord ponctué d'envolées lyriques. Et quand ces dernières ne sont pas directement offertes par Michael Nyman, ce sont les interviewés qui s’en chargent. Ainsi, quand l’un des amis d'Alexander McQueen lâche "Personne n’a découvert Alexander McQueen, il s’est découvert lui-même", l’une de ses collaboratrices réplique : "Il a dit aux mannequins ‘Mettez vos poils pubiens dans la face d’Anna Wintour !’" Un régale .

« Ne croyez surtout pas que je hurle »: un poème introspectif aussi inventif qu’hypnotique

Posté par vincy, le 3 mars 2019

Présenté dans la sélection Forum de la dernière Berlinale, Ne croyez surtout pas que je hurle est un cri qui vient de l'intérieur. Iconoclaste, le film d'une heure et quart ne ressemble à aucun autre. C'est une autobiographie du réalisateur, Frank Beauvais. C'est aussi une observation politique, anthropologique, sociétale, aussi bien de la vie dans un village des Vosges que de celle plus lointaine de Paris et de la France. C'est une déclaration clamée par le cinéaste, entre pamphlet anarchiste et récit intimiste, comme un journal quotidien qu'on lirait à haute voix, en mélangeant ses angoisses personnelles aux colères plus universelles. On y parle aussi bien de la père du père que de la visite d'un célèbre cinéaste portugais, de la solitude extrême que des attaques terroristes, on s'interroge sur le sens de la vie comme sur cette vie qui n'a pas de sens.

Janvier 2016. L'histoire amoureuse qui m'avait amené dans le village d'Alsace où je vis est terminée depuis six mois. À 45 ans, je me retrouve désormais seul, sans voiture, sans emploi ni réelle perspective d'avenir, en plein cœur d'une nature luxuriante dont la proximité ne suffit pas à apaiser le désarroi profond dans lequel je suis plongé. La France, encore sous le choc des attentats de novembre, est en état d'urgence. Je me sens impuissant, j'étouffe d'une rage contenue. Perdu, je visionne quatre à cinq films par jour. Je décide de restituer ce marasme, non pas en prenant la caméra mais en utilisant des plans issus du flot de films que je regarde.

Produit par Les films de Bélier, les films Hatari et Studio Orlando, le film devrait sortir cet automne, distribué par Capricci. C'est à la fois un cri de douleur existentiel et une déclaration d'amour au cinéma. En mixant ces deux angles, Frank Beauvais propose une œuvre qui apparaît comme une nécessité. Le hurlement d'un homme piégé par son époque comme par son quotidien, par son avide besoin de cinéma comme par son obsession d'exprimer son désarroi. Malgré l'aspect crépusculaire - la tonalité vocale comme la signification des mots - et la déprime qui s'en dégage, Ne croyez surtout pas que je hurle révèle une force et une intensité où le destin d'un individu, misanthrope et lucide, perdu et reclus en Alsace, trouve sa place (et un écho très lointain) dans un collectif invisible et une société en plein chaos.

Ne croyez pas que je hurle c'est un film autour du je. C'est je qui parle. C'est je qui voit. Sans aucune pudeur. Une mise à nu textuelle que cet écorché met à distance en se réfugiant derrière les images des autres. C'est pourtant bien grâce à sa forme narrative et visuelle que cet égocentrisme devient poétique, produisant une énergie créative rare et précieuse. C'est un documentaire et, pourtant, on y voit une fiction complètement libre, usant du cinéma tout en cassant les codes. Ce n'est pas une fiction puisque tout ce qui est raconté est réel, même si le verbe est littéraire et les envolées romanesques. Car, en plus, c'est superbement écrit: le texte mériterait d'être publié. Portrait d'un quadra à l'écart de ce monde qui tourne mal et d'une société qui sonne toutes ses alarmes pour nous prévenir des dangers. Enfin, ce n'est pas un film classique puisqu'il n'y a aucun acteur et aucune scène n'a été tournée.

Car l'audace est aussi formelle. Spectateur compulsif, Frank Beauvais a visionné des centaines de films pour combler son ennui, s'évader de l'horreur, remplir sa tête. Du nanar alternatif aux films rares de l'Europe communiste en passant par des classiques japonais. De cette passion absorbante, il a extrait un plan, une image, une séquence. Chaque extrait, parfois très furtif, qu'on ne cherchera pas forcément à reconnaître tant on se laisse bercer par la parole et hypnotiser par l'image, illustre ce qu'il dit. Cette richesse visuelle et cette inventivité qui relie tous les cinémas à son film introspectif est proprement fascinante. A la confusion d'un être s'ajoute la confusion des films. Pourtant tout est linéaire, fluide, limpide. Lui qui sombre dans les films des autres, et perd l'envie d'écrire et de filmer, trouve ici le moyen de créer en se nourrissant d'autres créations. Une anthropophagie du cinéma, davantage qu'une anthologie tant les choix sont partiaux.

Le film est par ailleurs très bien écrit. Non seulement sur la forme, puisqu'il trouve la bonne image qui correspond à ses mots, mais aussi sur le fond parce qu'il raconte une véritable histoire qui s'achève  magnifiquement dans un plan aérien et zen. C'est l'histoire d'un névrosé qui cherche la lumière. Comme c'est le récit d'un cinéaste qui (dé)montre que tout a été filmé (ou presque), puisant dans la vaste histoire du cinéma archivée sur le net ou en dvd, pour livrer une œuvre composite.

On pourrait qualifier ce cinéma d'expérimental. Ce serait réducteur. La narration s'aventure en effet dans quelque chose d'innovant, mais elle reste tenue par un fil conducteur cohérent tant visuellement que dramatiquement. C'est un objet filmique non identifié, singulier. Une autre forme de cinéma qui se sert de la duplication des images fabriquées par d'autres, d'un assemblage hétéroclite de plans déracinés, pour exprimer, traduire un regard personnel et unique. Ne croyez pas que je hurle est un long spleen halluciné (et hallucinant) où rêves et cauchemars s'inspirent exclusivement du 7e art.

Nice girls don’t stay for breakfast : Robert Mitchum à l’honneur dans un film et dans un livre

Posté par MpM, le 27 février 2019

Robert Mitchum, l'inoubliable interprète de La nuit du chasseur de Charles Laughton et des Nerfs à vif de Jack Lee Thompson, a disparu depuis plus de vingt ans, mais demeure encore l'un des acteurs les plus charismatiques de l'histoire hollywoodienne. En cette fin février, les fans, les nostalgiques, les cinéphiles en général mais aussi ceux qui le connaissent mal ont de quoi se réjouir car il est de retour à la fois sur grand écran dans un documentaire riche en images d'archives, Nice girls don't stay for breakfast de Bruce Weber, et en librairie, avec le très beau livre Mitchum X Weber aux éditions La Rabbia.

Le film montre notamment Robert Mitchum au travail, au début des années 90 (il enregistre un album de reprises) et compile différents témoignages auxquels s'ajoutent le récit à la première personne du réalisateur et des extraits de ses films. Bruce Weber, photographe de renom, était en effet parvenu à convaincre Mitchum de se laisser filmer, et de partager ses souvenirs devant la caméra.

Pourtant, on le sent réticent à se livrer. Il est souvent élusif, préférant répondre par une blague, ou un bon mot, que de parler véritablement de lui-même. Le film, parfois, y perd en cohérence, ou donne l'impression de passer un peu à côté de son sujet. Qu'importe, ces images et ces paroles rares sont précieuses, car elles nous permettent de côtoyer, à des années de distance, le vrai Robert Mitchum, à la fois éloigné du cliché du sex symbol, et néanmoins terriblement séduisant et drôle.

Le livre qui accompagne cette sortie, lui, associe les clichés de Bruce Weber, pour la plupart inédits, à différentes images d'archives et coupures de presse, ce qui en fait une mine d'or pour tous les amoureux du cinéma. Photos de films y côtoient portraits et clichés plus spontanés, qui recomposent l'image publique du comédien, entre faux dur et vrai séducteur. Des anecdotes s'y mêlent également, souvenirs de Benicio del Toro ou Johnny Depp, ou encore de Mitchum lui-même.

Avec ce livre, Bruce Weber propose ainsi clairement un bel ouvrage (d'ailleurs publié dans une édition limitée à 1500 exemplaires numérotés) plutôt qu'une biographie ou un livre de témoignages plus traditionnels. Il offre ainsi un panorama riche et fascinant des différents visages de Robert Mitchum, que l'on revisite avec la même fascination qu'à l'époque de l'âge d'or d'Hollywood.

Les funérailles des roses, un inédit intrigant, queer, drôle et cruel

Posté par vincy, le 25 février 2019

Carlotta a sorti cette semaine dans quelques salles françaises un film japonais du regretté Toshio Matsumoto (vidéaste, théoricien, artiste et réalisateur), Les funérailles des roses (en japonais Bara no soretsu). Le film a 40 ans et il est inédit. Ce premier long métrage, récit d'un Oedipe gay tragique dans Tokyo, explore le monde souterrain des travestis japonais, officiant dans des bars chics et bien tenus, et notamment le si bien nommé Genet (en hommage à l'écrivain français). Mais Toshio Matsumoto, avec un cinéma héritier de Bunuel, Godard et Marker, va beaucoup plus loin sur la forme comme sur le fond. Si le fil conducteur suit Peter, jeune garçon qui fuit le domicile matriarcal pour s'émanciper en fille, amoureuse de son employeur, le film est une succession d'audaces narratives, profitant sans aucune limite de sa non-linéarité. Les funérailles des roses mélange ainsi allègrement la chronologie des événements, avec certains enchaînements proches du surréalisme, et s'amuse de manière très libre à flirter avec le documentaire (des portraits sous forme de micro-trottoir face caméra de jeunes tokyoïtes gays) et le cinéma expérimental.

Hybride jusqu'au bout, le film se travestit comme ses personnages. Il est à la fois une étude anthropologique de la culture queer et underground du Japon des années 1960, pas très loin du swinging London côté mode, et fortement influencé par la Nouvelle vague, le situationnisme et l'existentialisme français. Tout en respectant les contraintes de la censure, il y a un côté punk, c'est à dire un aspect de contre-culture dans le film, qui passe aussi bien par la distanciation (on nous montre parfois le tournage même de la scène que nous venons de voir), la dérision (des gags comme du pastiche), l'angoisse psychologique (tous ont peur d'être abandonnés et sont en quête d'affection), le sous-entendu (sexuel), l'horreur (finale, tragique) et surtout, la surprise.

Car le cinéaste ne ménage pas le spectateur en s'offrant des virages inattendus, passant d'un genre à l'autre, de scènes parodiques et rythmées (les rivalités façon western ou kung-fu sont hilarantes) à des séquences plus oniriques où le temps se distord (sous l'effet d'un joint ou de la peur). On est alors fasciné par ce délire maîtrisé, où se croisent bulles de bande dessinée et art contemporain, plans surexposés ou références détournées, qui brouille les codes du cinéma, pour accentuer la folie du personnage principal, et ce réalisme passionnant d'une communauté loin des stéréotypes filmés par le cinéma japonais parvenu jusqu'à nous à cette époque.

Il y a ainsi le film dans le film (y compris l'insertion de courts métrages du cinéastes), le film d'un Tokyo gay, le film d'un duel entre deux concubines, le film d'un jeune gay paumé, le film d'une jeunesse alternative, le film politique, le film comique, le film romantique, le film dramatique et le film psychologique. Les témoignages sont aussi intéressants que cette histoire est intrigante.

Ces funérailles sont parfois bricolées, mais elles gagnent leur dignité: l'œuvre est assurément majeure dans le cinéma LGBT, le cinéma japonais et le cinéma des années 1960. C'est un film engagé, et même activiste, où se mêlent les avant-gardes de l'époque, entre sentiment de révolte et aspiration au changement. Qu'il soit flamboyant, moqueur, érotique, théâtral ou bordélique, le film est transgressif cinématographiquement (il y a longtemps que le queer ne l'est plus tant que ça dans la société). Toshio Matsumoto a finalement réalisé un film dont les héros revendiquent leur place dans la société comme Les funérailles des roses réclament sa place singulière dans le septième art.

3 raisons d’aller voir « La grande aventure Lego 2″

Posté par vincy, le 20 février 2019

Le pitch: Alors que les habitants de Bricksburg coulent des jours heureux depuis cinq ans, une nouvelle et terrible menace se profile à l'horizon : des envahisseurs Lego Duplo venus des confins de l'espace détruisent tout sur leur passage !
Pour vaincre ces redoutables ennemis et rétablir la paix dans l'univers Lego, Emmet, Lucy, Batman et leurs amis devront explorer des mondes lointains et inconnus. Car, ils comprennent vite que ce qui est en jeu c'est leur survi.! L'Armamangeddon menace de les faire disparaître!

Retour vers le sur-moi. Un succès surprise (et un film jubilatoire) en 2014 a conduit la Warner à multiplier les aventures des Legos.: Lego Batman, le film il y a deux ans, puis, six mois plus tard, Lego Ninjago, le film. De quoi surexploiter le filon et assécher la franchise avant même qu'elle ne commence. Cette suite de la première aventure décide de s'amuser, sans profiter de l'effet de surprise du premier épisode, sur de nouveaux terrains de jeu. Cinq ans plus tard, les héros ont grandi, à l'exception d'Emmett, ce gilet orange naïf et sensible. Aussi, quand il est confronté à son propre moi dans le futur, viril et sarcastique, La grande aventure Lego 2, n'est plus seulement un film sur la construction de sa relation avec Lucy, ou le sauvetage de ses amis en territoire hostile, mais bien le questionnement sur le modèle d'adulte que l'on suit, les reniements que nous sommes prêts à faire, la capacité à conserver son vrai moi tout en développant comme il faut son ego. La grande aventure Lego 2 a ce mérite: déconstruire le héros hollywoodien de blockbuster, en préférant le gentil au grand cœur Emmett au beau mâle sans cœur Rex.

"J'étais enfin apprécié" (Green Lantern)

Etude de genres. On ne change pas une formule qui gagne. Les influences et références sont dans quasiment chacun des plans de cette épopée dans la galaxie des Duplo. De Mad Max : Fury Road à Retour vers le futur, des dinos de Jurassic Park à Star Wars,dDe Terminator à Alien, de la SF aux vampires, tout y passe, même la comédie musicale (en dose un peu trop importante, avouons-le, mais cette "pop" participe au cauchemar) et le Magicien d'Oz. On croise même Bruce Willis (époque Die Hard), Marie Curie et Ruth Bader Ginsburg. Il faut vendre ces briques qui peuvent tout faire: des machines à la Transformers comme des mashups de culture populaire, entre un monde post-apocalyptique et celui plus girlie. DC Comics (d'Aquaman à Green Lantern) a quand même la belle part du gâteau (notamment parce que Batman conserve un rôle central et aussi parce que "Marvel ne répond pas à nos appels"). Dans ce film, les Lego (et les Duplo) veulent prouver qu'ils sont unisexes, un jeu fédérateur idéal pour les garçons et les filles, pour les pré-ados comme pour les plus jeunes.

"On vient de la planète Duplo et on vient pour vous détruire!"

Une affaire de famille. Car, à l'instar d'Emmett, les deux joueurs de Lego doivent grandir et chercher ce qu'ils veulent être. Un grand frère ne veut pas jouer avec sa petit sœur. Lui réalise des imbrications évaluées, des mondes fantastiques. Rejetée par son aîné, la gamine invente un univers parallèle très (trop) coloré, peuplé de Lego volés et domptés. Ce qui est en jeu se situe non plus au sous-sol de la maison mais dans la chambre de la gamine. A se disputer tout le temps, les deux enfants sont menacés par les représailles maternelles: en cas de mésentente et de guéguerres, tous les jouets iront dans des boîtes, à jamais. Cela rappelle Toy Story; la péremption des jeux d'enfance. Les Lego et Duplo ont peur qu'on les oublie, victimes d'un conflit qui les dépasse. Cette trame (en prises de vues réelles), qui se concentre en quelques scènes, n'est pas inutile. D'une part il flatte la capacité d'imaginer à partir de jouets physiques (une brique dans le pieds est une souffrance réelle). D'autre part, il rend rationnel ce délire de briques en plastique. Le scénario est classique, le pitch simple. C'est l'aspect sérieux d'un film qui se moque de tout, sauf de la famille, qu'elle soit humaine ou en plastique.

3 raisons d’aller voir Les Drapeaux de papier de Nathan Ambrosioni

Posté par kristofy, le 13 février 2019

Le pitch: Charlie, bientôt 24 ans, mène une vie sans excès : elle se rêve artiste et peine à joindre les deux bouts.
Quand son frère vient la retrouver après douze ans d’absence, tout se bouscule. Vincent a 30 ans et sort tout juste de prison où il a purgé une longue peine. Il a tout à apprendre dans un monde qu’il ne connait plus. Charlie est prête à l’aider. C’est son frère après tout, son frère dont la colère peut devenir incontrôlable et tout détruire malgré lui...

Nathan Ambrosioni, nouveau (très jeune) talent du cinéma français
En France l'une des particularité de notre cinéma est de voir chaque année éclore quantité de premiers films ; c'est réaliser un second ou un troisième film qui est parfois plus complexe...  Les Drapeaux de papier est l'œuvre du très jeune Nathan Ambrosioni : écrit à 17 ans, tourné à 18 ans, et maintenant, à 19 ans, il s'offre une belle sortie dans les salles. C'est déjà son 3ème long-métrage, après deux films qui font peur ) Hostile en 2014 et Therapy en 2016 qui avaient été sélectionné dans plusieurs festival fantastiques (comme le BIFFF). Il a déjà un scénario en cours pour son prochain film ! Après s'être fait la main dans le registre de l'horreur, il change de registre avec ce drame émouvant. La jeunesse de Nathan Ambrosioni est en fait un détail : il raconte là une histoire très adulte d'une famille éclatée avec une belle sensibilité. La caméra s'attache à fixer en gros plan les personnages où à les suivre de manière à ce que l'on soit toujours au plus près deux, et il évite les dialogues pompeux tout en sachant ménager des silences. Le pari des Drapeaux de papier est justement d'avoir su capter et faire parler les différents regards de cette famille... «Dis moi comment faut faire pour être quelqu’un de bien, quelqu’un de mieux?»

Après être sorti de prison, on entre comment dans la vie ?
«La prison c’est long, 12 ans c’est long.» Lui vient tout juste de sortir de prison, il a 30 ans et personne ne l'attend. Alors il va frapper à la porte de sa petite sœur qui à la vingtaine : elle ne l'a quasiment pas vu depuis gamine, c'est presque un étranger. Le frère et la sœur vont devoir s'apprivoiser et apprendre à se (re)connaître et à cohabiter ensemble pour quelques temps. Vincent est sans aucune ressource ni compétence et il va devoir essayer de trouver un travail; du côté de Charlie elle vivote comme elle peut. Avec le délicat sujet de la réinsertion pour le frère, et en creux de l'insertion pour la sœur, le film commence par jouer sur cette subtile relation à la fois de confiance et de défiance entre eux deux. Progressivement les rôles s'inversent. Ce qu'ils se disent et en même temps les non-dits font dessiner une famille qui ne peut se retrouver sans l'ombre de leur père...

La lumière sur Guillaume Gouix et Noémie Merlant
«On est obligé de s’aimer parce qu'on est une famille ?» La caméra filme quasiment tout du long soit le frère soit la soeur, et quelques autres personnages dont le père. Les Drapeaux de papier c'est d'abord un vibrant jeu d'acteur de la part de Guillaume Gouix et de Noémie Merlant, mais aussi de Jérôme Kircher. Il y a beaucoup de gros plans sur les visages et les variations des regards. Le duo frère-soeur entre brutalité et complicité est particulièrement émouvant. Guillaume Gouix s'impose avec une violence contenue prête à surgir et, en même temps, un lâcher-prise où enfin il peut jouir d'être libre. Noémie Merlant est tout à la fois dans la détermination ou la fragilité, dans un rôle plus compliqué à faire exister et où sa présence fait merveille. La puissance du film est justement d'avoir su observer la confrontation de ce duo : c'est avec eux qu'opère toute la séduction de Les Drapeaux de papier.

3 bonnes raisons de voir Ralph 2.0 de Rich Moore et Phil Johnston

Posté par wyzman, le 12 février 2019

Sept ans après le premier volet, le duo de réalisateur-scénariste derrière Zootopie embarque Ralph La Casse dans de nouvelles aventures virtuelles. Mais ce nouvel opus est-il vraiment à la hauteur ? Réponse pas trois !

Disney débarque dans les Internets. Le propriétaire de la salle d’arcade dans laquelle évolue Ralph La Casse décide d’installer le Wi-Fi, ce qui ouvre une nouvelle voie de train dans la gare centrale de la multiprise. Après une fâcheuse mésaventure dans son propre jeu, Vanellope convainc Ralph de s’y rendre et de s’aventurer dans l’Internet. Dès lors, nos deux acolytes découvrent un monde où tout (ou presque) est possible, où le virtuel et la réalité se confondent et où les méchants ne sont pas toujours ce qui ont des looks de bad boys.

Disney joue de son e-influence. Comme le faisait son prédécesseur, Ralph 2.0 prend un malin plaisir à jouer avec les attentes et les présupposés du spectateur. Voilà sans doute pourquoi, contre toute attente, Vanellope se retrouve à conseiller les princesses Disney qui l’ont précédée (Raiponce, Cendrillon, Ariel, Blanche-Neige, Mulan, Jasmine, Pocahontas, Vaiana, Anna, Elsa, etc.) au cours d’une séquence déjà culte. Et quand ils ne fuient pas les Stormtroopers de Star Wars, Vanellope et Ralph La Casse croisent ici et là les stars du Muppet Show ou des films Marvel. Pas peu fière de mettre en scène un univers que l'on côtoie au quotidien sans toujours le comprendre, Disney offre une réflexion métatextuelle sur la place des Amazon, Facebook, Twitter, Snapchat et consorts dans la pop culture actuelle !

Disney le rappelle : les amis c’est pour la vie. Petite perle d’animation nommée aux Oscars, Golden Globes, Criritcs’ Choice Awards et Annie Awards, Ralph 2.0 a le mérite d’être un film très orienté vers les adultes. Il y est certes question d’une simple quête pour Ralph La Casse mais le film de Rich Moore et Phil Johnston bascule très vite du côté du récit d’apprentissage pour Vanellope, un personnage extrêmement bien développé ici. A côté de son rôle de camarade du héros, elle trouve le temps de se muer en princesse des temps modernes prête à suivre sa voix. L’occasion pour les scénaristes Pamela Ribon et Phil Johnston (encore lui) de rappeler à ceux qui l’auraient déjà oublié que les liens d'amitié ne se mesurent pas à coup de likes.

3 raisons d’aller voir Pearl d’Elsa Amiel

Posté par kristofy, le 30 janvier 2019

Le pitch: Léa Pearl s’apprête à concourir pour le prestigieux titre de Miss Heaven. Son entraîneur, Al, espère, grâce à elle, revenir sur le devant de la scène et rien ne pourra les détourner de cet objectif… Mais à quelques heures de la finale, Ben, l’ex-mari Léa débarque avec Joseph, leur enfant, qu’elle n’a pas vu depuis 4 ans.

La découverte du culturisme au féminin
Les films d'action américains ont souvent mis en valeur des héros aux gros bras (citons Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone, Bruce Willis, Mark Wahlberg, Vin Diesel, Dwayne Johnson...) mais peu de films ont aussi mis en scène leurs entrainements de bodybuiding. Si le culturisme au cinéma c'est d'abord Schwarzenegger dans Pumping Iron , il n'y a pas eu grand chose depuis, sauf la comédie No pain no gain de Michael Bay. Le culturisme est aussi présent dans le cinéma français avec les entrainements d'un personnage qui cherche à transformer son apparence et les répercussions sur leur entourage : d'abord en 2002 Jalil Lespert dans Vivre me tue de Jean-Pierre Sinapi, puis François Yolin Gauvin (un champion) dans Bodybuilder de Roschdy Zem en 2014. Et le culturisme féminin ? Voila donc Pearl, avec Julia Föry, véritable bodybuildeuse devenue ici actrice. L'histoire est concentrée presque totalement dans un huis-clos dans un hôtel où se déroule une finale pour un prestigieux titre, avec les derniers préparatifs des différentes femmes en compétition prêtes à exposer leurs corps très musclé à un jury. Les femmes culturistes sont montrées comme des athlètes qui se consacrent au relief bombé de leur musculation avec une discipline très exigeante.

Une personnalité complexe dans un corps hors-norme
Différentes séquences nous feront s'interroger sur une certaine fascination pour ces corps métamorphosés. Ce qui captive le plus est bien l'héroïne Léa Pearl. Pas forcément son corps mais plutôt son visage : ses sourires parfois factices, ses larmes parfois retenues, ses regards qui cherchent parfois une échappatoire. Elle se révèle tenace et confiante face son entraîneur (Peter Mullan) mais aussi hésitante et chamboulée face à d'autres personnes, celles qui la connurent avant le culturisme et qui la retrouvent changée. En particulier ce petit garçon qui la regarde comme elle n'a jamais été regardée... La culturiste s'efface peu à peu pour un émouvant portrait de femme qui s'interroge sur son identité. Léa Pearl existe avec différentes facettes selon qui la regarde dans le film, et pleinement aux regards des spectateurs.

Une mise en scène délicate
La cinéaste Elsa Amiel nous fait s'approcher au plus près des corps transformés, gonflés, dorés de plusieurs femmes culturistes, avec de nombreux gros plans serrés: on y voit la sueur briller sur la peau et le muscle se tendre en dessous. Tout l'environnement du film se déroule dans les coulisses de cet évènement : entrainements, maquillage, photos, alimentation, frénésie en apparence mais aussi solitude et doutes des différents personnages. On y parle d'ailleurs deux langues, le français bien sûr mais aussi l'anglais pour les scènes avec Peter Mullan. Depuis le titre qui scintille de paillettes dorées jusqu'à la musique lounge de Fred Avril, en passant par le décor de la salle du jury, chaque élément du film est comme un papier-cadeau d'une vie fantasmée qui doit se confronter à une autre réalité plus banale. Pearl confronte deux points de vue, celui des culturistes dont la sculpture du corps est une routine et celui d'un enfant curieux sans préjugés sur ces corps différents.

5 bonnes raisons de voir Sorry to Bother You de Boots Riley

Posté par wyzman, le 29 janvier 2019

En salle dès aujourd’hui, Sorry to Bother You est de ces oeuvres qui divisent tant il est inclassable. Voici pourquoi :

Le pitch est génial. Après avoir décroché un boulot de vendeur en télémarketing, Cassius Green (à prononcer "cash is green")  découvre une méthode magique pour gagner beaucoup d’argent. Au moment où sa carrière décolle, amis et collègues se révoltent contre leur propre exploitation. Malheureusement, Cassius semble bien plus intéressé par sa prochaine augmentation. Annoncé comme une comédie, Sorry to Bother You oscille constamment entre la satire anarchique, le thriller politique et le film de science-fiction. Le spectateur rit — beaucoup — mais ne manque pas d’être bousculé voire révolté par certaines scènes.

Le scénariste-réalisateur a mis tout son coeur. Plus connu sous le nom de "Boots Riley", Raymond Riley s'est fait un nom grâce aux groupes The Coup et Street Sweeper Social Club. Très apprécié dans le milieu du hip-hop pour ses textes politiques, le rappeur de 47 ans se mue ici en cinéaste de génie. Sa mise-en-scène rappelle par moments celles de Michel Gondry chez les Français et de Charlie Kaufman chez les Américains. Coloré et sombre à la fois, Sorry to Bother You est un grand film, drôle et effrayant, réfléchi et réflexif, à ranger près des oeuvres de Spike Lee et Stanley Kubrick.

Le sous-texte politique est ahurissant. Sur les conseils du sympathique Langston, Cassius adopte "une voix de Blanc", véritable symbole de l’Amérique actuelle. En effet, pour éviter de se fermer des portes et avoir une chance de réussir dans un pays où le taux de chômage des Noirs est deux fois supérieur à celui des Blancs, le particulièrement fauché Cassius est prêt à tout. Peut-être même un peu trop puisque Sorry to Bother You raconte ici et là comment des minorités sont contraintes d'atténuer certaines de leurs spécificités pour mieux s'intégrer. Running gag qui ne déçoit jamais, les changements de voix sont l’oeuvre d’un doublage réussi. Raison de plus voir Sorry to Bother You en version originale !

Le casting vaut le détour. Pour incarner son héros un peu salaud sur les bords, Boots Riley a fait confiance au génial Lakeith Stanfield (Get Out, Atlanta). Les incontournables Tessa Thompson et Danny Glover incarnent respectivement et avec brio la petite amie arty de Cassius et son collègue pragmatique. Bien que l’on note les présences des hilarants Terry Crews et Steven Yeun, c’est finalement par Armie Hammer que l’on ressort encore plus conquis. En PDG déjanté et cocaïnomane, la star de Call Me by Your Name fait des merveilles.

Le résultat final est passionnant. A la fois drôle, piquant et complètement barré, Sorry to Bother You est la comédie dont nous avions cruellement besoin pour commencer l’année. Indépendant sur le papier mais aussi foutraque qu’un projet trop ambitieux de major hollywoodienne une fois à l’écran, Sorry to Bother You est presque incomparable, une oeuvre que l’on adore ou que l’on déteste mais qui ne peut pas être mise devant tous les yeux. Si vous avez aimé la folie de Get Out, celle de Sorry to Bother You vous fera un bien fou.

3 bonnes raisons de voir The Hate U Give – La Haine qu’on donne de George Tillman Jr.

Posté par wyzman, le 23 janvier 2019

En salle dès aujourd’hui, le nouveau film de George Tillman Jr. est de ceux qu’il ne faut surtout pas rater. Voici pourquoi :

1. Ce n’est pas qu’un film pour jeune adultes. A l’âge de 16 ans, Starr navigue entre ses deux vies, ses deux quotidiens. D’une part, il y a sa famille, ses voisins et ses amis d’enfance, tous noirs. Et de l’autre, les amis qu’elle s’est fait au sein de Williamson Prep., une école préparatoire privée et majoritairement blanche. Mais Starr ne peut empêcher la collision de ses deux mondes lorsque Khalil, son meilleur ami d’enfance, est tué par balles sous ses yeux par un officer de police au cours d’une arrestation loin d’être anodine. Pendant 2h13, la regrettée Audrey Wells donne vie au roman d’Angie Thomas et insuffle à ce qui aurait pu être un simple drame adolescent toute la portée politique dont il a besoin. Particulièrement nécessaire, The Hate U Give peut être vu tel un ode au courage des militants qui dénoncent jour après jour les combats des minorités. Pour ironiser le tout, la phrase #BlackLivesMatter se retrouve prononcée par des lycéens en pleine manifestation militante...

2. Le casting est parfait. On ne le dira jamais assez mais les films et séries destinés aux adolescents souffrent toujours du même problème : les acteurs choisis pour incarner les parents. Dans The Hate U Give, le problème est résolu. Pour porter son film, George Tillman Jr. a choisi des acteurs à la fois connus par le jeune public et reconnus par la communauté noire (coeur de cible de ce beau drame). Regina Hall (Support the Girls) et Russell Hornsby (Fences) incarnent les parents de Starr, brillamment incarnée par l’activiste out Amandla Stenberg. A leurs côtés, on note les présences du rappeur engagé Common, Anthony Mackie (Avengers : Infinity War), Issa Rae (Insecure), KJ Apa (Riverdale), Algee Smith (Detroit) et la nouvelle star de la pop Sabrina Carpenter.

3. La bande originale est aussi bonne que celle de Black Panther. Nommé 7 fois aux prochains Oscars, le film de Ryan Coogler a fait sensation l’hiver dernier grâce au talent du rappeur-producteur Kendrick Lamar. Pour The Hate U Give, l’interprète de "All the Stars" a laissé Def Jam utiliser l’un de ses meilleurs morceaux : "DNA". Mais ce n’est pas tout ! Le label qui produit 2 Chainz, Big Sean et Frank Ocean a décidé d’accoler à Kendrick Lamar les inestimables Pusha T, Tupac, Travis Scott, Logic ainsi que la fameuse Amandla Stenberg. Rien que ça !