Et si on regardait… The Migrating image

Posté par MpM, le 30 mars 2020

Il figurait parmi nos courts métrages préférés de l'année 2018 : The Migrating image de Stefan Kruse est désormais disponible en ligne ! L'occasion de (re)découvrir cette oeuvre importante qui, à partir de photographies et de vidéos trouvées sur les réseaux sociaux ou utilisées par des organismes publics, explore la manière dont sont perçus et représentés les migrants et réfugiés et interroge cette surproduction d'images autour de leurs drames intimes.

Avec une voix off d’une extrême simplicité, Stefan Kruse décortique tour à tour les pages Facebook des passeurs qui affichent paquebots de luxe et autres mers caribéennes, les films de propagande institutionnels qui misent sur l’émotion en présentant les gardes côtes comme des super-héros ou les vidéos faites par les médias pour alimenter leurs différents supports, jusqu’à des films en 360 degrés pour la page Facebook du journal ou de la chaîne.

Dans cette profusion d’images, chacune raconte (comme toujours) sa propre histoire,  au service de celui qui prend ou diffuse ces vidéos, plus que de celui qu’elles mettent en scène. C’est particulièrement saisissant dans les images prises en parallèle au Danemark, d’un côté par les défenseurs des migrants, et de l’autre par des groupes d’extrême-droite qui les rejettent, chacun pensant détenir une vérité absolue sur les réfugiés.

Sous ses airs faussement pédagogiques, le film amène ainsi le spectateur à prendre conscience de ce qui se joue dans chaque image montrée, et à comprendre la stratégie de communication qui accompagne à chaque étape ce que l’on appelle communément la « crise des réfugiés ». Peu importe si l’on donne de la réalité un aperçu parcellaire et orienté du moment que l’on remporte la guerre idéologique, celle des apparences ou tout simplement de l’audimat.

Et si on regardait… Thee Wreckers Tetralogy

Posté par MpM, le 27 mars 2020

Sorti en salles le 4 mars dernier, le programme Thee Wreckers Tetralogy regroupant 4 courts métrages du réalisateur Rosto a vu comme beaucoup d'autres son exploitation stoppée net par la fermeture des salles de cinémas dix jours plus tard. Excellente nouvelle : à l'occasion de la fête du court métrage, son producteur Autour de Minuit le propose exceptionnellement en vidéo à la demande jusqu'au 31 mars !

Pour les amateurs du cinéma si singulier de celui qui nous a quittés prématurément en mars 2019, comme pour ceux qui le découvriront à cette occasion, c'est une chance inestimable de se plonger dans l’univers si cohérent et foisonnant de l’artiste, peuplé de créatures à la fois humaines et monstrueuses. L’occasion rêvée d’entrer dans son oeuvre tentaculaire composée de films sélectionnés dans les plus grands festivals internationaux (Cannes, Ottawa, Clermont-Ferrand), mais aussi du roman graphique Mind my Gap et de la musique de son groupe The Wreckers, elle aussi disponible en ligne.

La tétralogie réunit quatre films tournés entre 2008 et 2018 (No place like Home, Lonely bones, Splintertime, Reruns, auxquels s’ajoute le documentaire Everything is different Nothing has changed)) qui mettent en scène les membres de The Wreckers dans un trip rock halluciné racontant la mort du groupe originel puis sa renaissance sous une forme virtuelle, Thee Wreckers. Chaque film commence où se termine le précédent, dans un esprit de cadavre exquis mental qui mêle cauchemars éveillés, fantômes, illusions, souvenirs et regrets.

On est ainsi face à une introspection intime dans les méandres d’un passé foisonnant, doublée d'un voyage hypnotique aux confins des “mondes rêvés” de Rosto, cet ailleurs fantomatique et punk où se projette son inconscient, et auxquels la combinaison de différentes techniques (prise de vues réelles, animation en volume, animation 3D) confère une esthétique reconnaissable entre mille. C’est tout simplement passionnant, brutal et sidérant, conduisant le spectateur à cesser de s’interroger sur ce qu’il voit pour profiter pleinement de l’intensité d’une expérience unique. Et pour prolonger la découverte, Autour de Minuit propose d'autres films de Rosto ainsi que des bonus sur sa chaîne youtube.

Et si on regardait… la Fête du court métrage !

Posté par kristofy, le 26 mars 2020

La nouvelle édition de La Fête du court-métrage prévue du 25 au 31 mars c'est maintenant, et c'est un des rares événements qui n'a pas été annulé et qui s'est vite adapté à la pandémie du coronavirus. C'est toujours gratuit et pour tous, mais ça sera sur internet. Rendez-vous sur le portail.lafeteducourt.com pour y visionner, après inscription, autant de films que vous vous voudrez quand vous voudrez, sans sortir de chez vous.

Tout comme le court-métrage qui est le format de film le plus protéiforme, l'organisation de cette manifestation a évolué au fil des années. A l'origine c'était Le Jour le plus Court initié en 2011 à l'initiative du CNC et de l'Agence du court métrage (le 21 décembre, puis durant plusieurs journées un peu avant). Depuis 2016, c'est devenu La Fête du court-métrage (sur plusieurs jours en décembre puis pendant une semaine en mars), toujours sur le même principe : mieux faire connaître le court-métrage au plus grand nombre, en salles de cinéma, au jeune public, à travers des thématiques ou de rencontres...

Cette année encore il y a un programme très riche: les courts incontournables devenus des classiques, huit programmes pour les plus jeunes, une thématique particulière - "Iici et maintenant" -, soit au total plus de 190 films courts à découvrir !

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La Fête du court métrage du 25 au 31 Mars 2020
www.lafeteducourt.com

Et si on regardait… Un chant d’amour

Posté par vincy, le 25 mars 2020

Pour public averti.

Objet rare et donc précieux. Un chant d'amour est l'unique film de Jean Genet (1910-1986), écrivain, poète et dramaturge . Et cinéaste. En 1950, il réalise un court métrage, qui rassemble toutes ses obsessions et tous ses fantasmes, sa poésie et son érotisme.

Le film est visible à partir du portail Open Culture et via You Tube.

Il s'agit d'un film de voyeur. Une prison. Des hommes enfermés dans leur solitude et leurs désirs. Un gardien qui joue de son statut, un brin sadomasochiste sur les bords. La sexualité est à la fois frontale - osée même -, et florale. Phallique et onirique.

La photo noir et blanc sublime cette atmosphère mystérieuse, virile, sensuelle. Un homme danse bite à l'air. Un autre fouraille un slip avec sa main. On inhale de la fumée par un trou entre deux murs. On fait ouvrir la bouche en grand pour y placer un pistolet. Les métaphores psychanalytiques, de la masturbation à la domination, se mélangent aux images de sexes ardents masculins et de rêves évanescents romantiques. Autant de chimères qui se marient aux pulsions.

Car, aussi tendre que désespéré, Un chant d'amour dévoile surtout la souffrance de ces hommes, dans une poésie visuelle qui ne cache rien de leurs tourments. Genet magnifie le mâle dans ce lyrisme brut, avec un montage très découpé et des visages expressifs, hérités du cinéma muet. Il s'agit d'un film sans paroles. Ponctué par des séquences chorégraphiques contemporaines. Passant de la réalité à l'illusion. L'image est l'écrit.

C'est sans aucun doute pour cela qu'il est réussit. La beauté des corps et le sordide du décor ne font qu'un, renvoyant l'homosexualité dans une forme de clandestinité, de secret assumé, de consentement tacite mais inavouable.

Cette passion entre voyous, tendue comme une érection sous un jean, attirante comme des lèvres entrouvertes, douloureuse comme la sentence que l'on craint, est en effet un chant d'amour aux jeux interdits et à l'homoérotisme. Mais pas seulement: à la liberté. Car derrière l'envie de baiser, il y a aussi l'espoir de le faire à l'air libre, dans la forêt, loin des barreaux qui condamnent les invertis.

Et si on regardait… les courts primés du 10e Nikon Film Festival

Posté par kristofy, le 22 mars 2020

En attendant de pouvoir se retrouver devant les grands écrans des salles de cinéma, certains films sont à voir sur le petit écran de chez soi.

Il y avait eu plus de 1200 courts-métrages réalisés pour la 10e édition du Nikon Film Festival. La cérémonie de clôture justement prévue dans une salle (Le Grand Rex) n'a donc pas pu se tenir à cause des mesures adoptées pour l lutte contre la pandémie du coronavirus, mais le palmarès a tout de même eu lieu à distance via internet.

Pour rappel, avec la contrainte d'une durée inférieure à 2 minutes et 20 secondes, il fallait réaliser un court illustrant un thème imposé qui était cette année celui de "génération". C'est l'occasion de (re)voir certains de ces courts-métrages, et en particulier ceux qui ont été récompensés par le jury présidé par Cédric Klapisch, entouré des actrices Ana Girardot et Eye Haïdara, des acteurs Jonathan Cohen et Rod Paradot, des journalistes Guillemette Odiccino et Thierry Chèze, et divers professionnels ciné.

Grand prix du jury, et Prix des médias, Yiorgos : 1967, Yiórgos, 7 ans, vit près d'Athènes et fait parti de ceux dont le rêve est de rejoindre Paris, de faire de grandes études et de voyager. Sans le savoir, il partage le récit d’une génération entière.

Mention spéciale, Je suis désiré : Quand une assistante sociale s’invite à la maison, un couple d’hommes magnifie leur histoire d’amour pour obtenir ce qu’il désire le plus au monde… Ce film met en lumière le désir entre deux garçons avant de progressivement muer vers un tout autre désir. Il porte un regard positif sur la prochaine génération.

Prix Canal+, Pussy Boo : Quand les oreilles attentionnées de Paulette et Roger rencontrent la musique qu'écoute leur petite fille.

Prix de la mise en scène, Black Blanc Beur : "Oh mon frère tu vois pas que j'y suis pas dans Black Blanc Beur ?"

Prix de la meilleure photographie, Lovers : À travers les mots de Roméo et Juliette, amants intemporels, cinq couples de génération et d’origine différentes se disent leur amour au bord de la mer.

Prix meilleure actrice, et Prix meilleur acteur, Spooning : Laure a un coup de blues. Alors, d’un glissement de doigts expert sur son portable, elle se case un cent unième rendez-vous sur une application de rencontres pour ce soir même. Fred, lui, prépare depuis des mois son entrée fracassante sur le marché de la rencontre virtuelle... Le choc s’annonce de taille.

Prix du meilleur son, Nomophobia : Une ado. Une addiction... Une punition. Tiré d'un fait réel survenu en décembre 2019.

Prix des écoles, Les temps modernes : Edouard semble être le parfait stéréotype de sa génération : un jeune homme aux moeurs légères, une dépendance au sexe, et une facilité à ne jamais créer de lien. Mais est-il vraiment ce genre de personnage ?

Prix du public, Je suis une berçeuse : De génération en génération, les violences conjugales restent une réalité au sein de nombreux foyers. Je vous raconte l'histoire vraie d'une femme prête à tout pour préserver son enfant.

Berlin 2020: l’Ours d’or pour l’iranien Mohammad Rasoulof

Posté par vincy, le 29 février 2020

La 70e Berlinale, entre coronavirus menaçant et compétition décevante, s'est achevée. Au moins le public a répondu présent à cette édition, la première de l'ère post-Dieter Kosslick, avec Carlo Chatrian, ex-directeur artistique du Festival de Locarno, qui a transformé la Berlinale en un festival plus pointu (peut-être trop).

Les cinémas latino-américains, italiens et même français (surtout à travers les coproductions ont plutôt brillé dans les différents palmarès qui se sont succédés depuis hier.

C'est un choix politique et courageux d'avoir décerné l'Ours d'or au cinéaste iranien Mohammad Rasoulof. Le réalisateur, primé à Cannes en 2017 pour son film Un homme intègre, a été condamné en Iran le 23 juillet dernier à un an de prison ferme suivi de deux ans d'interdiction de sortie de territoire et d'interdiction de se livrer à une activité sociale et politique. Déjà, en 2011, il avait été condamné à un an de prison et en 2013, l'Iran lui avait déjà confisqué son passeport. Depuis septembre 2017, le cinéaste ne pouvait plus circuler librement, travailler et se rendre à l'étranger.

Malgré les interdictions qui le frappent et à l'instar de son compatriote Jafar Panahi, le réalisateur a pu tourner ce film assez long composé de quatre histoires avec Heshmat, Pouya, Javad et Bahram, quatre personnages face à des doutes et des dilemmes, qui sont incapables de tuer malgré le prix à payer.

10 ans après son Prix d'interprétation masculine au 63e Festival de Cannes pour La nostra vita, Elio Germano est sacré à Berlin. Et 5 ans après son Léopard d'or au Festival international du film de Locarno pour Un jour avec, un jour sans, Hong Sang-soo repart avec l'Ours du meilleur réalisateur. Enfin, la réalisatrice américaine Eliza Hittman, révélée avec Beach rats à Sundance, il y a trois ans, repart avec le Grand prix du jury.

Compétition

Ours d'or: Sheytan vojud nadarad (There Is No Evil) de Mohammad Rasoulof
Grand prix du jury: Never Rarely Sometimes Always d'Eliza Hittman
Ours d'argent du meilleur réalisateur: Hong Sang-soo pour Domangchin yeoja (La femme qui court)
Prix d'interprétation féminine: Paula Beer dans Undine de Christian Petzold
Prix d'interprétation masculine: Elio Germano dans Volevo nascondermi (Hidden Away) de Giorgio Diritti
Prix du scénario: Favolacce (Bad Tales) de Damiano et Fabio D'Innocenzo
Prix du jury : Effacer l’historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Contribution artistique: Le directeur de la photo Jürgen Jürges pour DAU. Natasha de Ilya Khrzhanovskiy et Jekaterina Oertel

Section Encounters
Meilleur film: The Works and Days (of Tayoko Shiojiri in the Shiotani Basin) de C.W. Winter et Anders Edström
Prix spécial du jury: The Trouble With Being Born de Sandra Wollner
Meilleur réalisateur: Cristi Puiu pour Malmkrog
Mention spéciale pour la réalisation: Matias Piñeiro pour Isabella

Sélection officielle

Prix du meilleur documentaire: Irradiés (Irradiated) de Rithy Panh
Mention spéciale du jury documentaire: Aufzeichnungen aus der Unterwelt (Notes from the Underworld) de Tizza Covi et Rainer Frimmel

Prix du meilleur premier film : Los conductos de Camilo Restrepo
Mention spéciale du jury premier film: Nackte Tiere (Naked Animals) de Melanie Waelde

Audi Short Film Award (court métrage): Genius Loci de Adrien Mérigeau
Ours d'or court métrage: T de Keisha Rae Witherspoon
Ours d'argent court métrage: Filipiñana de Rafael Manuel

Section Panorama
Prix du public fiction: Otac (Father) de Srdan Golubovic
- 2e place: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat
- 3e place: Hap (Hope) de Maria Sødahl
Prix du public documentaire: Welcome to Chechnya de David France
- 2e place: Saudi Runaway de Susanne Regina Meures
- 3e place: Petite fille (Little Girl) de Sébastien Lifshitz

Teddy Award
Meilleur film: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat
Meilleur documentaire: Si c’etait de l’amour (If it Were Love) de Patric Chiha
Meilleur court métrage: Playback, Ensayode una despedida d'Augustina Comedi
Prix du jury: Rizi (Days) de Tsai Ming-Lang
Prix du public: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat

Section Generation Kplus (jeunesse)
Meilleur film: Sweet Thing d'Alexandre Rockwell
Mention spéciale: H Is for Happiness de John Sheedy,
Meilleur court métrage : El nombre del hijo (The Name of the Son) de Martina Matzkin
Mention spéciale: El sghayra (Miss) d'Amira Géhanne Khalfallah

Section Generation Kplus (international)
Meilleur film: Los Lobos (The Wolves) de Samuel Kishi Leopo
Mentions spéciales: Mignonnes (Cuties) de Maïmouna Doucouré ; Mamá, mamá, mamá (Mum, Mum, Mum) de Sol Berruezo Pichon-Rivière
Meilleur court métrage: El nombre del hijo (The Name of the Son) de Martina Matzkin
Mention spéciale: The Kites de Seyed Payam Hosseini

César 2020: « Les Misérables » triomphe

Posté par vincy, le 28 février 2020

Florence Foresti a ouvert cette cérémonie pas comme les autres, avec Tchéky Karyo, qui ne s'est pas "rasé depuis Nikita". La 45e cérémonie des "connards, euh des César" a commencé avec un film court où elle parodie le Joker, personnage qui, rappelons-le, tente de faire rire en se croyant fait pour le stand-up.

Comme quoi le cinéma américain est toujours plus inspirant pour les ouvertures de cette soirée annuelle. Mais il fallait bien chauffer la salle depuis que ces César étaient menacés de gel. "Ça va la diversité? Vous vous êtes crus à la MJC de Bobigny. ici, c'est l'élite, on dégage".  Une polémique de moins. "Je suis très heureuse d'être là... enfin non... je suis très courageuse. Elle a bien choisi son année pour revenir la Foresti", balance-t-elle. "On est sur du rire bio".

Brillante, évidemment, elle s'est moquée de l'époque avec son autodérision habituelle (blackface et salut nazi): "Il semblerait que je sois blanche, hétéro, d'héritage chrétien. C'est pas grave!" Mais évidemment on l'attendait sur J'accuse -" douze moments où on va avoir un souci". Et elle s'en est bien sortie, avouons-le. Piquant avec humour Céline Sciamma et son équipe à 80% féminine, loin des objectifs du collectif 50/50. Du coronavirus à la bite de Benjamin Griveaux, toute l'actu y est passée pendant la cérémonie. Jusqu'à se payer l'Académie: "Y a plus de patron, c'est pas une intérim qui va m'arrêter". Jusqu'à rencontrer Isabelle Adjani dans un sketch filmé. Rappelons que Foresti avait fait il y a 5 ans une parodie de la star qui est devenue culte. Et Adjani de jouer les fausses folles, reprenant ainsi le sketch télévisuel de Foresti.

Sandrine Kiberlain a alors ouvert la soirée en tant que présidente. "Heureuse et touchée" d'être présidente de cette cérémonie, "la dernière d'une époque, la première d'une nouvelle", elle a pesé chacun de ses mots et clamé un discours résolument féministe. Un discours très social aussi  "Je crois profondément aux vertus de la crise" affirme-t-elle, citant Victor Hugo, mai 68, mais aussi des films oubliés par les nominations comme Les invisibles, C'est ça l'amour et Tu mérites un amour. Classe.

Moins convaincants, les discours des remettants, trop insistants, maladroits, parfois lourds ou plombants (on ne le dira jamais assez: l'écriture est le parent pauvre du cinéma), ou alors complètement insipides. Dommage parce que ça allait dans le bon sens de l'inclusion et de la diversité. Au final, beaucoup d'intermèdes étaient trop longs et assez vains. Il a fallu attendre deux heures et demi pour passer aux catégories reines. Imaginez notre supplice. Heureusement, il y a eu le bel hommage à Agnès Varda, en chanson, en voix et en images.

La diversité, l'égalité et la mixité étaient pourtant sur scène, notamment avec beaucoup de femmes lauréates (y compris dans les métiers techniques). Les remettants, bien sûr, mais aussi du côté des lauréats avec la belle double victoire Papicha. Ce n'est pas la seule réalisatrice couronnée puisque Yolande Zauberman a été primée côté documentaires, succédant à Agnès Varda et Mélanie Laurent dans cette catégorie essentiellement masculine. Et le court métrage a récompensé une co-réalisatrice (Lauriane Escaffre).
Avec sa nouvelle règle, le César du public a échappé à Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu?, champion du box office, au profit des Misérables de Ladj Ly.

C'est une fois de plus le festival de Cannes qui cartonne avec J'ai perdu mon corps, La belle époque, Roubaix une lumière, Portrait de la jeune fille en feu, Parasite, Alice et le maire, Les Misérables et Papicha parmi les vainqueurs. Il n'y a pas eu de vrais perdants parmi les multi-nommés. C'est même plutôt un palmarès plutôt équilibré. Et de Roschdy Zem à Anaïs Demoustier en passant par Fanny Ardant et Swann Arlaud, les remerciements étaient beaux, les prix mérités.

Mais c'est bien Roman Polanski, récompensé personnellement par deux César dont celui de la réalisation, qui aura fait un bras d'honneur à tous.  On aurait tellement aimé, pour le symbole, que Céline Sciamma, soit distinguée. Les professionnels ont finalement fait de la résistance en séparant l'homme de l'artiste. Mais c'est quand même une provocation ce César pour Polanski (certes pas le premier). Un "symbole mauvais" comme anticipait le ministre de la Cuture. Adèle Haenel en a quitté la salle. Elle qui a tout bousculé, ouvert la voie, donner de la voix aux femmes, aura finalement été humiliée par les votants de l'Académie. D'autres personnes, dont Céline Sciamma, la suivent en criant "Quelle honte !". Un silence glacial paralyse la salle. Florence Foresti balance un "écoeurée" sur Instagram.

Heureusement, le seul vainqueur est un premier film venue de la banlieue, métissé et certes très masculin. Les Misérables, et son petit budget, a été récompensé quatre fois et sacré par le prix meilleur film. Le cinéma français, terre de contrastes et de contradictions...

Palmarès

César du meilleur film : Les Misérables
César de la meilleure réalisation : Roman Polanski pour J'accuse
César du meilleur premier film : Papicha de Mounia Meddour
César du film d'animation (long métrage) : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin
César du film d'animation (court métrage) : La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel
César du meilleur film documentaire : M de Yolande Zauberman
César du meilleur court métrage : Pile poil de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller
César du public : Les Misérables
César du meilleur film étranger : Parasite de Bong Joon-ho

César de la meilleure actrice : Anaïs Demoustier dans Alice et le maire
César du meilleur acteur : Roschdy Zem dans Roubaix, une lumière
César du meilleur second-rôle féminin : Fanny Ardant dans La belle époque
César du meilleur second-rôle masculin : Swann Arlaud dans Grâce à Dieu
César du meilleur espoir féminin: Lyna Khoudri dans Papicha
César du meilleur espoir masculin: Alexis Manenti dans Les Misérables

César du meilleur scénario original : Nicolas Bedos pour La belle époque
César de la meilleure adaptation: Roman Polanski et Robert Harris pour J'accuse, d'après le roman D. de Robert Harris
César de la meilleure musique : Dan Levy pour J'ai perdu mon corps
César de la meilleure photo : Claire Mathon pour Portrait de la jeune fille en feu
César du meilleur montage : Flora Volpelière pour Les Misérables
César des meilleurs décors: Stéphane Rozenbaum pour La belle époque
César des meilleurs costumes: Pascaline Chavanne pour J'accuse
César du meilleur son : Nicolas Cantin, Thomas Desjonquières, Raphaël Mouterde, Olivier Goinard et Randy Thom pour Le Chant du loup

Clermont-Ferrand 2020 : rencontre avec Marion Lacourt, réalisatrice de Moutons, loup et tasse de thé

Posté par MpM, le 17 février 2020

Sélectionné au dernier festival de Locarno, puis auréolé du prestigieux prix Emile Reynaud, Moutons, loup et tasse de thé fut l'une des grandes découvertes de 2019, qui figurait déjà en bonne place dans notre florilège des courts métrages français de l'année.

Sa sélection en compétition nationale à Clermont-Ferrand, d'où ses productrices Nidia Santiago et Edwina Liard (Ikki Films) sont d'ailleurs reparties avec le prix Procirep 2020 du meilleur producteur, est l'occasion de revenir plus longuement sur le film avec sa réalisatrice Marion Lacourt.

Dans un entretien au long cours, elle nous parle de son processus de création particulier, de la technique du multiplans qui donne à cette fable hypnotique des teintes lumineuses et chatoyantes, de dessin sur celluloïd, mais aussi de rituels familiaux, de contes enfantins et de gravure.

A noter que Moutons, loup et tasse de thé est en ligne sur le site d'Arte jusqu'au mois d'octobre 2020, ainsi qu'un making-off qui permet d'en savoir plus sur la conception du film et de voir la réalisatrice au travail.

Ecran Noir : Quelle place occupe le film dans votre parcours personnel ?

Marion Lacourt : C’est mon premier film en tant qu’auteure. Avant, j’ai eu une expérience de film de commande dans le cadre de « En sortant de l’école » [une collection de courts métrages animés consacrés à la poésie], produit par Tant Mieux Prod et diffusé sur France Télévisions. J’avais fait le film Page d’écriture, sur le poème de Jacques Prévert du même nom. C’était mon premier challenge avec la technique du multiplans, et c’est ce qui m’a donné le courage et l’ancrage pour partir dans un projet personnel avec cette technique. Sur Page d’écriture, je n’ai pas eu autant de temps pour le développement que pour Moutons, loup et tasse de thé... .C’est-à-dire pour tout ce qui est purement dessin et recherches sur la palette chromatique. Il y a donc un côté beaucoup plus direct, très flashy, mais qui collait bien avec l’idée de faire un film « pour les petits ».

EN : Pouvez-vous nous parler de cette fameuse technique du multiplans ?

ML : Je travaille avec l’outil banc-titre multiplans : le principe est d’avoir un appareil-photo fixé au-dessus de plusieurs plaques de verre et un rétro-éclairage en-dessous de ces dernières. La lumière remonte à travers mes quatre plaques de verre pour finir dans l’objectif de l’appareil. Sur les trois plaques du bas, j’utilise des encres de gravure dont les pigments attrapent la lumière, ce qui me permet d’avoir ces couleurs justement très lumineuses. Sur la dernière plaque, il y a tout un travail de cernes noirs qui vont définir les contours du décor et des personnages. La majeure partie du temps, les décors sont dessinés directement sur la plaque de verre. Ensuite, en fonction du type d’animation que je veux, je vais soit animer directement sous la caméra, en dessinant au feutre sur ma plaque, image par image, soit je vais passer par une animation plus traditionnelle sur celluloïd.

EN : Qu’apporte le dessin sur celluloïd ?

ML : Il me fallait un support transparent, pour pouvoir poser mes feuilles sur la plaque de verre. C’est pour cela que j’ai utilisé du celluloïd. Dessiner les images sur un support permet un acting plus précis que l'animation directe sur verre. Le celluloïd n’est pas une matière évidente non plus, surtout quand on ne l’a jamais utilisé. Mais c’est aussi ce qui m’a permis de travailler avec d’autres personnes, quatre dessinateurs qui progressivement sont venus m'aider, car sur le banc-titre, j’étais seule du début à la fin.

EN : Et comment se passe l’animation directe sur la plaque de verre ?

ML : L’intérêt de l’animation directe sur le banc-titre, c’est que ça permet de créer de la matière par les résidus subsistant d'une image à l'autre. Chaque fois que je prends une image, j’efface une partie du trait, je le redessine un peu plus loin, et ainsi de suite. Je fais aussi bouger les plaques de couleurs : si je veux plus de blanc, je laisse passer la lumière en « débouchant » une partie de mes trois plaques couvertes d'encre, par exemple. Ces trois plaques de couleurs s’animent donc en fonction de l’animation de la ligne sur la plaque du dessus.

En raison de ma pratique de la gravure, j’ai été très attentive tout au long de la fabrication, à ce qui se passait sur mes plaques de verre quand j’effaçais mes décors d’un plan à l’autre. Souvent, au fil du temps, ça crée des résidus, et il y a là des matières que je n’imaginais pas avant de commencer le film. Par exemple, dans l’univers cosmique, je savais que j’allais faire des nébuleuses au coton-tige, en étalant une encre bleue dans laquelle je ferais des percées de lumière, mais tout le reste, je l’ai trouvé en regardant ce qui se passait lorsque j’effaçait mes plaques. C’est un travail que j’ai fait en amont, en notant à chaque fois comment j’obtenais chaque effet. J’ai beaucoup aimé travailler comme ça.

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Joaquin Phoenix : un court écolo, un long mélo

Posté par vincy, le 12 février 2020


Enfin oscarisé, Joaquin Phoenix vient de terminer à la Nouvelle-Orléans son premier film post-Joker. Le producteur et distributeur A24 a annoncé que l'acteur sera la tête d'affiche du nouveau film de Mike Mills, à qui l'on doit 20th Century Women et Beginners. A24 présentera ce projet provisoirement intitulé C'mon, C'mon au marché du film européen de la prochaine Berlinale

Joaquin Phoenix y interprète un artiste qui doit prendre soin de son jeune neveu précoce. Au cours d'un road-trip à travers le pays, ils vont forger une relation inattendue. Le mélo aborde notamment les problèmes de bipolarité.

Le générique comprendra aussi Gaby Hoffman (les séries Girls, Transparent), le jeune Woody Norman (les séries La guerre des mondes, Poldark), Kenneth Kynt Bryan (la série Claws) et Brandon Rush (Amour, gloire et beauté, Esprits criminels) .

Joaquin Phoenix a aussi tourné depuis le Joker un court-métrage à message écologique, Guardians of Life de Shaun Monson.

Deux projets (en anglais) pour Pedro Almodovar

Posté par vincy, le 11 février 2020

IndieWire a révélé dimanche que le prochain film de Pedro Almodóvar sera un court-métrage, avec Tilda Swinton. L'actrice écossaise conforte son statut d'égérie des grands cinéastes, même l'espagnol, qui a pourtant rarement dirigé des acteurs non hispanophones (Peter Coyote fut l'un des chanceux).

Mieux, le court de Pedro sera adapté de La voix humaine de Jean Cocteau. Ce sera le premier film en langue anglaise pour le cinéaste espagnol. Ce sera aussi un exercice préparatoire pour le long métrage, en langue anglaise, Manuel à l'usage des femmes de ménage, adaptation du livre éponyme de Lucia Berlin, paru en France chez Grasset.

Après le succès de Douleur et Gloire, nommé aux Oscars, aux César, primé à Cannes, sacré aux Goyas, le réalisateur n'a pas trop tardé pour se lancer dans ces deux projets.

Il tournerait La voix humaine à Madrid au printemps. Il s'agirait d'un court-métrage de 15 minutes. Le format court n'est pas étranger au réalisateur puisqu'il en a tourné une douzaine dans les années 1970. Son dernier fut La Conseillère anthropophage (La concejala antropófaga) en 2009, une scène qui prolonge le film Étreintes brisées où Almodovar parodie son propre film Femmes au bord de la crise de nerfs.

La Voix humaine est une pièce de théâtre en un acte de Jean Cocteau écrite en 1928, créée dans une mise en scène de Jean-Pierre Laruy à la Comédie-Française le 17 février 1930. Cette pièce a déjà été transposée au cinéma: En 1948 avec L'amore, de Roberto Rossellini, avec Anna Magnan, et en 1988 avec Codice privato, de Francesco Maselli avec Ornella Muti. Un autre italien, Edoardo Ponti, en a fait un court métrage en 2014, avec la mère du réalisateur, Sophia Loren. Surtout Almodovar s'en était inspiré pour le scénario de Femmes au bord de la crise de nerfs.

Cette pièce a un seul personnage met en scène une femme qui parvient enfin à joindre son destinataire au téléphone, sans doute son amant. C'est l'histoire de leur rupture amoureuse. On sent qu'elle n'est pas simple puisque la femme aime encore l'homme à qui elle parle. Elle a aussi sans doute tenté de se suicider. Almodovar veut modifier le récit en transformant l'enjeu. Dans son court, la femme tenterait de convaincre son partenaire de ne pas se quitter. Tout sera centré sur la femme et son chien, dans un décor fabriqué en studio. Cela permettra au réalisateur de travailler avec Tilda Swinton, qu'il admire depuis longtemps.

Le court-métrage pourrait être présenter à Venise.

Puis il enchainera avec son prochain long métrage. Il a écrit la première version du scénario entre le festival de Toronto en septembre et la saison hivernale des prix. Manuel à l'usage des femmes de ménage aurait déjà ses deux acteurs principaux, mais le cinéaste ne les a pas encore révélés.

Le livre de Lucia Berlin est comme un recueil de nouvelles à travers 43 épisodes de sa vie multiple: élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème vivant dans un loft new-yorkais au milieu des années 50, une alcoolique, qui s'est mariée à un toxico, et une infirmière aux urgences d’Oakland. Elle distille ainsi ses conseils avisés et drôles, tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage.

Le film se tournerait en anglais et en espagnol, entre la baie de San Francisco, le Texas et le Mexique. Ce caprice almodovarien sera sans doute dans la lignée de son film Julieta, adapté de trois nouvelles du recueil Fugitives d'Alice Munro.