Sortie DVD : La petite chanteuse de Ladislas Starewitch

Posté par MpM, le 5 novembre 2019

Ladislas Starewitch, cinéaste russe exilé en France, fut un pionnier de l'animation de marionnettes et un précurseur des effets spéciaux réalisés directement devant la caméra. Ses films les plus célèbres (Le rat des villes et le rat des champs, Fétiche mascotte ou encore Le roman de Renard) ont été réalisés en à peine plus d'une décennie, du début des années 20 au milieu des années 30.

Installé à Fontenay-sous-Bois où il installe son propre studio, le réalisateur tourne alors beaucoup (environ deux films par an) et expérimente tout autant. Il poursuit notamment son travail mêlant prise de vues continue et animation, dans des courts métrages réalisés en famille, avec sa fille aînée Irène comme assistante et la cadette, Jeanne, à l'écran, sous le nom de Nina Star. Quatre de ces films (L'épouvantail, Le Mariage de Babylas, La Voix du rossignol, La reine des papillons) ont déjà été édités en DVD en 2013 par Doriane Films. Les trois suivants, La Petite chanteuse des rues (1924), La petite parade (1928) et L'Horloge magique (1928), composent le nouveau programme proposé par l'éditeur sous le titre La petite Chanteuse.

Étrangement, La petite Chanteuse des rues est l'un des films les moins "animés" du cinéaste. On y suit une jeune adolescente (incarnée par Jeanne Starewitch, donc) qui décide de chanter dans la rue en compagnie de son singe pour aider sa mère à payer ses dettes et récupérer la maison dont les a expulsées un usurier plus qu'antipathique. Le fond éminemment social de l'intrigue n'empêche pas une certaine forme d'humour, porté justement par le personnage du singe, tantôt réel, tantôt marionnette animée.

C'est d'ailleurs lui qui finit par sauver la situation en terrorisant au passage le personnage du "méchant". Pris par l'espièglerie du récit autant que par sa dimension tragique, on oublie bien vite que le singe n'est pas toujours réel pour ne voir que ses tentatives audacieuses pour sauver sa maîtresse (et au passage retrouver sa liberté). L'animation est ici entièrement au service du film, destinée à demeurer invisible pour ne pas gâcher le plaisir et l'émerveillement du spectateur.

Moins atypique dans l'oeuvre de Starewitch, La petite parade est au contraire animé à 90%. Inspiré d'un conte d'Andersen (L'intrépide soldat de plomb), il met en scène une danseuse, ses deux soupirants (le Casse-Noisette et un soldat) et le diable, échappé de sa boîte grâce à l'intervention malicieuse d'une poupée de chiffon. Interviennent également des rats et même une sirène. Ce que l'on admire dans ce récit plein de fantaisie au rythme effréné, ce sont les multiples métamorphoses qui y sont présentées, à l'image de ces cigares qui deviennent des danseuses, et du diable qui ne cesse lui-aussi de se transformer devant la caméra, comme autant de tours de magie.

L'autre élément frappant est la vitesse de l'animation, qu'il s'agisse d'une foule de rats attaquant un château-fort ou d'une course poursuite frénétique entre la petite danseuse, le diable déguisé en rat, et un chat valeureux. Le récit semble ainsi ne jamais reprendre son souffle, jusqu'à la conclusion à la fois poétique (deux âmes enfin unies) , morale (la punition du casse-noisettes) et légèrement inquiétante : retourné dans sa cachette initiale, le diable est prêt à sévir à nouveau.

Incontestablement, L'horloge magique est le plus abouti des trois films, et c'est d'ailleurs le plus long. Plusieurs récits s'y mêlent étroitement : la réalité, filmée en prise de vues réelles, le monde de l'horloge, d'inspiration médiévale, et l'univers fantastique de la forêt dans lequel sera possible la rencontre entre la petite-fille de l'horloger et le valeureux chevalier de l'horloge. En plus de la tonalité singulière du récit, qui joue ironiquement avec la vie et la mort de ses personnages ("Réveille-toi, tu vas rater l'heure de ta mort !" s'exclame un personnage), on est frappé par cette horloge monumentale qui semble une allégorie de l'existence. D'autant que lorsque la fillette recule l'heure du destin, les personnages redeviennent de simples figurines que l'on peut jeter par la fenêtre. Certes sauvées d'une mort certaine, elles connaissent l'humiliation d'être des pantins privés de libre arbitre.

Pour réaliser cette histoire ambitieuse aux multiples niveaux de lecture, Starewitch fait une démonstration de sa maîtrise des effets spéciaux, à grands renforts de surimpressions, de rétro-projections et de technique du "cache-contre cache" qui permettent aux créatures de toutes sortes de cohabiter dans un même plan. L'un des passages les plus impressionnants est d'ailleurs celui où Nina rétrécit sous nos yeux puis est hissée, minuscule, dans la main du monstre de la forêt. Il ne faudrait pourtant pas réduire L'horloge magique à un catalogue de prouesses techniques. Au contraire, le spectateur oublie en un instant cet aspect du récit pour se concentrer sur son humour, sa vivacité et son irrévérence. C'est pour cette raison que l'on peut revoir l'oeuvre de Starewitch presque un siècle plus tard, à l'ère du tout numérique, et y trouver un plaisir inchangé : chez lui, le trucage, l'effet spécial et les rouages de l'animation demeurent en permanence au service d'une certaine idée de la poésie et du cinéma de divertissement.

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La petite chanteuse de Ladislas Starewitch, 1924-1928, Doriane Films

Palmarès, films à suivre et animation russe : retour sur la 15e édition de Mon premier festival

Posté par MpM, le 4 novembre 2019

La 15e édition de Mon Premier Festival s'est achevée mardi 29 octobre par l'annonce très attendue du palmarès. C'est le film néerlandais Fight girl de Johan Timmers (sans date de sortie pour le moment) qui a séduit le jury composé d'enfants. Il s'agit de l'histoire de Bo, une jeune fille en souffrance, qui retrouve un équilibre à travers la pratique de la boxe.

Pour la première fois, le jury a également récompensé la meilleure musique de film. Fabien Leclercq (alias Le Motel) a ainsi été distingué pour Binti de Frederike Migom (sans date de sortie) qui aborde à hauteur d'enfants la question des sans-papiers. Le public avait lui aussi la possibilité de voter, et c'est La dernière vie de Simon de Léo Karmann (attendu en salle en 2020) qui a été plébiscité par les jeunes spectateurs. On y suit Simon, 8 ans, un orphelin qui rêve d'être adopté. Mais Simon a un pouvoir secret : celui de pouvoir prendre l’apparence de chaque personne qu’il a déjà touchée.

Le Festival fut également l'occasion de repérer les films à suivre parmi les avant-premières. Pour les plus jeunes, le programme Zibilla ou la vie zébrée raconte avec douceur et humour des histoires d'exclusion qui font toujours écho d'une manière ou d'une autre avec leur vécu. Zibilla, l'héroïne du court métrage principal, est une enfant adoptée qui vient s'installer dans une nouvelle ville. Problème : elle est une zèbre dans un monde de chevaux. Mais c'est en affirmant sa personnalité bien à elle qu'elle viendra à bout des moqueries et des préjugés.

A voir à partir de 5 ans, Le monde animé de Grimault permet de redécouvrir 4 films du maître de l'animation française : L'épouvantail, Le Voleur de paratonnerres, La Flûte magique et Le Petit soldat. Des histoires drôles et subversives dans lesquelles le faible défie systématiquement le fort ou l'autorité, et qui sont un formidable moyen de (re)nouer avec l'oeuvre sautillante, ironique et poétique de Grimault. A redécouvrir sur grand écran dès le 6 novembre, accompagné d'un autre programme, destiné aux plus grands, qui comporte quatre autres films donnant un large aperçu de la palette sensible du réalisateur.

Pour les plus grands (à partir de 8 ans), le festival a également permis de découvrir L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian plusieurs mois avant sa sortie (8 janvier). Le film qui a enchanté Annecy, et dont nous avons déjà eu l'occasion de vous dire le plus grand bien, à la fois en raison de sa sensibilité, de sa fantaisie, et de sa liberté, figure définitivement parmi les incontournables de 2020.

Enfin, Mon Premier festival est toujours l'occasion de se pencher sur une cinématographie particulière, et cette année les jeunes festivaliers étaient particulièrement gâtés puisqu'il s'agissait de l'animation russe ! Ils ont ainsi pu se régaler toute la semaine avec différents programmes de courts métrages, un focus sur le réalisateur Garri Bardine et la (re)découverte de deux très beaux longs métrages : Tout en haut du monde de Rémi Chayé (2016) et La Reine des neiges de Lev Atamanov (1957).

Garri Bardine demeure irrémédiablement l'un des cinéastes d'animation russes les plus captivants de ces trente dernières années. En plus de son humour et de sa fantaisie, flagrante dans l'ode à l'imagination et à l'enfance qu'est La Nounou, dans lequel un petit garçon se crée de toutes pièces une nounou aux nombreux pouvoirs magiques, on est frappé par la manière dont il utilise les conventions de l'animation comme éléments de l'intrigue, notamment en jouant sans cesse sur les matériaux, ou la matière, qui constituent ses personnages.

Dans La Nounou, on assiste à rien de moins que la mise en abyme du processus de création de la marionnette. Dans Le Loup gris et le petit chaperon rouge, ce sont les corps qui s'étirent, s'allongent, se déforment au gré de l'histoire et de ses péripéties, jusqu'à l'explosion finale du ventre du loup. Dans Hop-là badigeonneurs, les multiples accidents provoqués par les apprentis-peintres les obligent sans cesse à se remodeler eux-mêmes. Dans Adagio, allégorie anxiogène sur le rejet de l'Autre et le fanatisme, les personnages sont de simples feuilles de papier pliées, uniformément grises, qui renvoient à une humanité universelle. Il y a ainsi chez le réalisateur une volonté d'améliorer sans cesse la réalité grâce aux artifices de l'animation qui lui permettent d'ajouter des niveaux de lecture complémentaires.

Il faut enfin souligner l'oeuvre d'un autre maître de l'animation russe, Youri Norstein, dont étaient présentés deux courts métrages : Le Héron et la cigogne et Le Hérisson dans le brouillard. On entre avec ces deux films dans l’œuvre particulière du cinéaste russe à qui l’on doit également le magnifique Conte des contes. Dépouillé, dans un registre de couleurs qui se cantonne à un camaïeu de gris, de verts foncés, de marron, de noirs et de blanc, les deux films sont des démonstrations de la finesse et de la poésie mélancolique de Norstein. Dans le premier, un héron et une cigogne ne cessent de se courtiser puis de se refuser, à tour de rôle. Dans le second, un petit hérisson se rend chez son ami l’ourson pour observer les étoiles, mais se trouve pris dans une nappe de brouillard qui rend inquiétant le décor familier.

Dans les deux films, les éléments météorologiques (la pluie dans l’un, le brouillard dans l'autre) influent sur l’ambiance feutrée et intimiste des récits, brouillent l’image, et vont dans le cas du hérisson jusqu’à plonger le spectateur dans une angoisse diffuse. Dans ce dernier, on est par ailleurs émerveillé par le rendu duveteux du brouillard, le travail sur les ombres, et la tension anxiogène créée à partir d’un jeu de « caméra » subjective qui nous met à la place du hérisson, soudain plongé dans un monde flou où tout est menace potentielle. Un conte délicat qui se termine bien mais laisse malgré tout notre hérisson songeur et mélancolique, et le spectateur stupéfait par une telle splendeur.  D'ailleurs, entre les enfants qui assistaient à la projection, et les adultes présents, on ne saurait dire lesquels étaient les plus émerveillés.

Une campagne de financement participatif pour donner vie au roman graphique du cinéaste Rosto

Posté par MpM, le 23 octobre 2019

L'univers du cinéaste néerlandais Rosto, qui nous a quittés en mars dernier, était peuplé de créatures à la fois humaines et monstrueuses hantant des récits en forme de cauchemars éveillés, à l'ambiance singulière et hypnotique. Ses courts métrages forment une oeuvre cohérente et incontournable, dans laquelle la musique de son groupe Thee Wreckers et son roman graphique en ligne Mind my gap (lui-même adapté dans la trilogie qui réunit Beheaded, (The Rise and Fall of the Legendary) Anglobilly Feverson et Jona/Tomberry) jouent un rôle prépondérant. Il avait d'ailleurs eu les honneurs des plus grands festivals, de Cannes (Grand Prix Canal+ à la Semaine de la Critique en 2005 pour Jona/Tomberry) à Ottawa (Grand prix pour Lovely Bones en 2013).

Au moment de sa mort, il travaillait sur un projet central dans son travail : la création d'une version physique de son roman graphique, qu'il souhaitait également adapter en long métrage. L'objet devait être accompagné des chansons de son groupe.

Autour de minuit, société de production et de distribution spécialisée dans l'animation, et fidèle compagnon de route de l'artiste dont il a produit les quatre derniers films (Le Monstre de Nix, Lonely Bones, Splintertime, Reruns) et distribue tous les autres, a décidé de reprendre le flambeau afin de mener le projet à terme.

Rosto avait terminé la maquette des 210 pages du roman graphique ainsi que l’enregistrement et le mixage des 30 morceaux du double album Songs From My Gap. Il s'agit donc d'en finaliser les éléments graphiques et d'en superviser l'édition, ainsi que de créer les différents objets qui les accompagneront comme le DVD/Blu-Ray de sa Tétralogie, un vinyle 33 tours collector (So far, so evil) ou encore un Flipbook inédit, qui sont tous proposés comme contreparties dans le cadre de la campagne participative.

Pour se replonger dans l'expérience exceptionnelle de Mind my gap, (re)découvrir l'oeuvre unique du réalisateur, ou tout simplement contribuer à sa mémoire bien vivante, vous êtes ainsi invités à participer au financement participatif en cours sur le site KissKissBankBank jusqu'à la fin du mois de novembre.

Mon Premier Festival souffle ses 15 bougies avec Léa Drucker et Michel Hazanavicius

Posté par MpM, le 19 octobre 2019

Avec l'arrivée des vacances de la Toussaint, c'est le retour de l'un de nos festivals préférés, celui qui s'adresse aux spectateurs qui ont probablement le plus besoin d'être pris par la main et accompagnés dans l'univers et l'histoire du cinéma, les enfants à partir de 18 mois. Pour sa 15e édition, qui se tient du 23 au 29 octobre, Mon Premier Festival poursuit en effet le travail d'initiation du regard, de partage et de transmission qui en ont fait l'un des rendez-vous incontournables de l'automne.

Cette année, l'accent sera mis sur les liens privilégiés entre littérature et 7e art, à travers une quarantaine de films dont Zazie dans le métro, Croc-Blanc, Jean de la Lune, Le Tombeau des lucioles ou encore La Jeune fille sans mains, mais aussi sur le cinéma d'animation russe (avec notamment le travail des cinéastes Garri Bardine et Youri Norstein mais aussi le splendide Tout en haut du monde de Rémi Chayé).

Parmi les autres temps forts du festival figurent également un focus sur Michel Hazanavicius, invité d'honneur, qui viendra présenter certains de ses films comme The Artist, des films cultes (La Belle et le clochard, Qui veut la peau de Roger Rabbit, OSS 117 : Le Caire, nid d'espions), des ciné-concertsdes rencontres autour des métiers du cinéma, de nombreux ateliers, et les coups de coeur de la marraine de l'édition, Léa Drucker, qui a choisi de montrer La Belle et la bête, Cendrillon et La Petite Taupe.

Pour ce qui est des avant-premières, elles proposent de découvrir avant leur sortie des films attendus comme Le Voyage du prince (le nouveau film de Jean-François Laguionie, en salle le 4 décembre), Marche avec les loups de Jean-Michel Bertrand (15 janvier) ou encore L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian (8 janvier), mais aussi des rééditions, telles que Le monde animé de Grimault (6 novembre) et Le Chien, le général et les oiseaux de Francis Nielsen (6 novembre).

Une fois encore, les vacances de la Toussaint s'annoncent comme les meilleures de l'année !

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Mon premier festival 2019
Du 23 au 29 octobre
Informations et réservations sur le site de la manifestation

Sébastien Lifshitz: des vies et des corps aux cinémas du Centre Pompidou

Posté par vincy, le 4 octobre 2019

Deux fois récompensé par un Teddy Awards et césarisé pour Les invisibles, Sébastien Lifshitz est passé de la fiction aux documentaires (depuis 2012, il ne focalise que sur ce genrre), approfondissant son sujet de prédilection: l'humain à corps, cul, cœur ouverts. Son œuvre sensible, engagée, contemporaine s'intéresse aux gens, en portant un regard bienveillant et défiant les préjugés que l'on peut porter sur eux, leur communauté, leur âge ou leur cadre social. Ceux qui ne sont pas forcément des héros de fiction. Des pudiques qui sont un peu à l'écart de barnum médiatique ou des récits romanesques. Il fait le lien.

Les cinémas du Centre Pompidou lui consacre une rétrospective qui démarre ce vendredi 4 octobre (jusqu'au 11 novembre), avec en bonus l'avant-première en ouverture de son prochain film Adolescentes, un court-métrage de commande, inédit, dans la collection "Où en êtes-vous?" et une exposition de photographies vernaculaires - "L'inventaire infini" - dont il est un grand collectionneur.

Par ailleurs, une masterclasse est prévu le 12 octobre (entrée libre). Parmi les invités, on retrouvera la cinéaste Claire Denis pour Claire Denis la vagabonde, l'artiste Valérie Mrejen pour Il faut que je l'aime,, Bambi (de son vrai nom Marie-Pierre Pruvot), l'artiste de cabaret qu'il a film dans son formidable moyen métrage documentaire Bambi, le philosophe Paul B. Preciado pour présenter le film Wild Side, ainsi qu'Isabelle Fonbonne, fille de Thérèse Clerc, et Paul Guilhaume, chef op des Vies de Thérèse.

Enfin, un catalogue coédité par les Éditions Xavier Barral et les Éditions du Centre Pompidou, rassemblent des textes inédits de Sébastien Lifshitz et Isabelle Bonnet.

18e Fête du cinéma d’animation : des films, des ateliers, des rencontres, et un hommage à Jean-François Laguionie

Posté par MpM, le 3 octobre 2019

C'est avec la projection en avant-première du très attendu J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (en salles à partir du 6 novembre) que s'est ouverte la 18e Fête du cinéma d'animation organisée depuis 2002 par l'Association française du cinéma d'animation (AFCA). Une manifestation qui se poursuit tout au long du mois d'octobre en France et dans 32 pays à travers près de 450 films programmés et une tournée de 5 réalisatrices et réalisateurs. Son but, au-delà de proposer une programmation riche et variée de films d’animation, est bien entendu de sensibiliser les différents publics au cinéma "image par image" qui, on l'oublie trop souvent, préexista au cinéma en prise de vues continues.

C'est en effet le 28 octobre 1892 qu'Emile Reynaud, pionnier du genre, organisa la première projection publique de "bandes animées" au Musée Grévin à Paris. Afin de célébrer ce moment historique dans l'histoire du 7e art, une Journée mondiale de l'animation se tient chaque année le 28 octobre. Par ailleurs, le Prix Emile Reynaud sera quant à lui remis lors d'une soirée spéciale le 25 octobre. Cette récompense, créée en 1977,  est décernée par les adhérents de l'AFCA à un court métrage d’animation français. Parmi les films en lice pour succéder à Je sors acheter des cigarettes d'Osman Cerfon, on retrouve notamment quatre films primés à Annecy : Mémorable de Bruno Collet (Cristal du court et prix du public), Oncle Tomas de Regina Pessoa (prix du jury), Flow d'Adriaan Lokman (mention du Prix André Martin) et Tétard de Jean-Claude Rozec (Prix Fipresci).

La programmation de cette 18e Fête de l'animation s'articule autour de trois thématiques, qui proposent chacune un mélange de longs et courts métrages : En pleine mer (avec notamment La Prophétie des grenouilles et Capitaine Morten et la reine des araignées), La famille dans tous ses états (Ernest et Célestine, Panda, petit Panda...) et Le Chien, meilleur ami de l'homme ? (Croc-Blanc, Le chien, le général et les oiseaux...). Il sera également possible de redécouvrir l'oeuvre de l'invité d'honneur de cette édition, le cinéaste Jean-François Laguionie, qui accompagnera lui-même ses cinq longs métrages lors de plusieurs projections à Paris, mais aussi à Nice et Douardenez. En parallèle, son premier long métrage Gwen et le livre de sable vient de ressortir en salles en version restaurée, ainsi que deux programmes de courts métrages (voir notre actualité du 2 octobre).

Quatre autres réalisateurs participeront eux-aussi à une "tournée" dans toute la France, afin de présenter leur travail et partager leur passion pour le cinéma d'animation. Il s'agit de Lia Bertels (Nuit chérie), Julie Rembauville (Merci mon chien), Nicolas Bianco-Lévrin (Merci mon chien) et Denis Walgenwitz (La mort, père et fils).

De nombreux ateliers (bruitage, papiers découpés...), ciné-concerts et spectacles sont également organisés dans toute la France, ainsi que plusieurs expositions rendant hommage au cinéma d'animation. Enfin, le grand temps fort des 25 et 26 septembre au Carreau du Temple permettra au public d'assister à des projections de courts métrages, à des ateliers de pixilation et de pâte à modeler, et à une masterclass de Jean-François Laguionie autour de son nouveau film Le Voyage du prince.

Les films en lice pour le prix Emile Reynaud 2019

Alien TV d'Eléonore Geissler
Flow d'Adriaan Lokman
Les songes de l'homme de Florent Morin
Mémorable de Bruno Collet
Moutons, Loups et Tasse de thé de Marion Lacourt
Mr Mare de Luca Toth
Oncle Tomas de Regina Pessoa
Tétard de Jean-Claude Rozec

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18e Fête du cinéma d'animation
Jusqu'au 31 octobre
Infos et programme sur le site de la manifestation

Les mondes animés de Jean-François Laguionie

Posté par MpM, le 2 octobre 2019

Alors qu'il s’apprête à fêter son 80e anniversaire ce 4 octobre, Jean-François Laguionie semble n'avoir jamais connu année plus remplie. Après avoir reçu un hommage en juin dernier au Festival du film d'animation d'Annecy, puis avoir été l'invité du Festival de la Rochelle en juillet, il est à l'honneur tout le mois d'octobre dans le cadre de la Fête de l'animation, ce qui l'amènera à accompagner une rétrospective de ses films à travers la France.

En parallèle, trois possibilités de (re)découvrir son travail sont offertes au spectateur, en attendant son nouveau long métrage Le Voyage du prince (le 4 décembre), et le suivant, Slocum, annoncé en 2020. Ce 2 octobre, place donc à la sortie restaurée de son premier long métrage ainsi qu'à deux programmes de courts.

Gwen et le livre de sable

Gwen et le livre de sable est sorti en 1984, réalisé au sein de l'aventure collective et indépendante de La Fabrique, dans les Cévennes. Il s'agit d'un "conte pour tout le monde" réalisé dans une "addition" de dessins animés et de papiers découpés, selon les propres mots du réalisateur. Après le départ des Dieux, les Hommes vivent dans le désert, au milieu d'objets étranges qui ont perdu pour eux toute signification. Leur vie est ponctuée par la chasse aux sortes d'autruches colorées dont ils mangent les plumes et par les apparitions du "Makou", une créature féroce qu'ils craignent plus que tout.

Construit en trois parties, le film est un mélange de récit d'aventures et de voyage initiatique existentiel qui porte sur le monde réel un regard distancié, ironique et moqueur. Jean-François Laguionie, avec le ton qu'on lui connaît, fustige la société de consommation, le poids des religions, la tentation du repli sur soi et l'absurdité galopante de nos modes de vie. Les personnages croisent ainsi des pyramides d'objets à l'abandon, devenus obsolètes ou détournés de leur usage, que les êtres humains appelle "images". Une fourchette gigantesque devient un pont-levis, un enchevêtrement de portes forme un labyrinthe. Quant à la "cité des morts", on y voue un culte très sérieux à un livre trouvé dans le désert, qui n'est autre qu'un catalogue de vente par correspondance plein d'arrosoirs, de caisses à outils et autres perceuses dont le "prêtre" psalmodie avec dévotion les descriptifs.

Si le ton du film est une merveille d'humour et de poésie mêlés, avec notamment une voix-off d'une très grande beauté, son esthétique est tout aussi admirable, avec ses textures douces et ses mille nuances de couleurs dans le ciel. Le surréalisme, et notamment une certaine parenté avec le travail de Dali, affleure dans les paysages où des mannequins démembrés, des téléphones géants, ou encore des lunettes démesurées surgissent quand on ne les attend pas, au beau milieu d'un désert qu'on devine à perte de vue. L'une des très belles idées visuelles du film consiste également à faire se déplacer les personnages sur de hautes échasses qui leur donnent des airs d'oiseaux gracieux et libres, mais on pourrait citer mille autres petits détails (l'horloge-ascenseur, les rêves projetés sur les murs, les lampions-papillons multicolores...) qui offrent au film un univers singulier à la beauté et à la force incomparables.

Il faut absolument voir et revoir Gwen et le livre de sable pour s'imprégner de ces visions, qui sont celles d'un monde nouveau bâti sur les vestiges de notre civilisation. Un futur non pas apocalyptique, mais dans lequel l'être humain apparaît comme finalement libéré d'une partie de ses chaînes, et où la vie (mais aussi l'amour) reprend le dessus sur tout ce qui n'est pas essentiel. A sa manière, légère et décalée, Jean-François Laguionie annonce au fond l'issue qu'il semble appeler de ses vœux : la fin de l'ère des objets au profit du temps de l'humain.

Bas les masques & Les mondes imaginaires

Côté courts, le programme Bas les masques, destinés aux enfants à partir de 6 ans, comporte quatre films réalisés entre 1964 et 1976 : La demoiselle et le violoncelliste (rencontre sous-marine surréaliste entre un musicien et une jeune pêcheuse de crevettes), Potr' et la fille des eaux (une légende celtique sur un pêcheur et une sirène qui veulent gommer leurs différences pour mieux vivre leur amour), L'acteur (les multiples transformations d'un jeune comédien qui joue un vieillard) et enfin Le Masque du diable (la rencontre, un soir de carnaval, d'une vieille femme et du diable, autour d'un jeu de dominos).

On retrouve dans ces films le goût de Jean-François Laguionie pour le jeu des apparences et des faux semblants, les personnages étant souvent différents de ce qu'ils paraissent au premier abord. Il aime lancer de fausses pistes et ménager des retournements de situation. Il propose également en fil rouge, et toujours avec humour, une réflexion sur les masques que chacun porte au quotidien, sur la question de l'âge, et sur le couple et la dualité. Visuellement, on retrouve là-aussi son style posé fait de larges plans fixes et de lents travellings à l'intérieur de l'image, et un goût certain pour les ciels et les fonds sous-marins.

Le deuxième programme, intitulé Les mondes imaginaires, comporte quant à lui trois films en plus des quatre déjà cités. Il y a tout d'abord L'arche de Noé (1967), dans lequel des scientifiques sont à la recherche des vestiges de l'arche mythique. Mais alors que des pluies diluviennes s'annoncent, un vieil ermite répare l'arche, et entreprend de la repeupler. Une variation plutôt joyeuse autour du récit biblique, qui montre notamment les difficultés concrètes rencontrées par le nouveau Noé pour réunir un couple de chaque espèce.

Une bombe par hasard (1969) raconte quant à lui avec ironie l'arrivée d'un vagabond dans une ville désertée par ses habitants. Mais ces derniers, qui se sont réfugiés à distance à cause d'une bombe sur le point d'exploser, l'observent et, ne pouvant supporter qu'il prenne possession de leurs biens, reviennent juste à temps pour sauter avec l'engin. Là encore, c'est la dérision qui l'emporte, mais aussi la fantaisie, avec ce personnage farfelu qui repeint les maisons en rose, et déchaîne le courroux de villageois plus étroits d'esprit.

Enfin, le programme ne pouvait faire l'impasse sur La Traversée de l'Atlantique à la rame, probablement le court métrage le plus connu de Jean-François Laguionie, qui reçut la Palme d'or en 1978. On y suit un jeune couple qui se lance dans la folle aventure de cette traversée de tous les dangers, et qui rencontre en chemin plus d'obstacles (intérieurs) que prévus. Brillante métaphore de la vie de couple, mêlant à égalité la poésie et l'humour, le film brasse les thèmes évoqués dans les autres films, du temps qui passe aux faux-semblants, en passant par une réflexion plus profonde sur l'existence et sur le couple.

Dinard 2019 : Rencontre avec Shane Meadows pour sa série « The Virtues »

Posté par kristofy, le 1 octobre 2019

Qui dit nouvelle œuvre de Shane Meadows dit venue à Dinard, son festival préféré. Twentyfour Seven était en compétition en 1998, Once Upon A Time In The Midlands en avant-première en 2002, Dead Man Shoes a gagné le Hitchcock d’Or en 2004, avant de recevoir un hommage en 2007 avec This Is England, Somers Town fut choisi pour la clôture en 2008. Puis vinrent Le Donk & Scor-Zay-Zee en 2009, le début de la saga télé This is England '86 en 2011 et The Stones Roses: made of stone en 2013.

Cette année Shane Meadows présente sa nouvelle série The Virtues, un drame composé de quatre épisodes (4 x 46 minutes, co-écriture avec Jack Thorne et musique par PJ Harvey) : alors que son ex-femme et son fils déménage vers un autre pays, Joseph replonge dans l'alcool puis décide de quitter l'Angleterre pour aller en Irlande, il veut y retrouver sa sœur qu'il n'a pas vu depuis une trentaine d'années. Le passé destructeur va resurgir...

Le premier épisode se déroule en trois actes (et une séquence de beuverie dantesque) avec une fuite en forme de nouveau départ ; le second épisode permet à Joseph de retrouver sa sœur Anna et l'histoire commence à aborder le cœur du drame ; le troisième épisode s'attache en particulier à mieux connaître les liens et les faiblesses de l'ensemble des personnages, et particulièrement ceux de Dinah et Craigy, et le drame s'intensifie ; enfin le quatrième épisode comporte des révélations et des envies de vengeance...

Le Festival Serie-Mania a déjà doublement primé The Virtues (meilleure série, meilleur acteur). Le jury a justifié ainsi cette double récompense au printemps dernier: "dès la première image, The Virtues vous bouleverse par sa profonde humanité. Magistralement réalisée, écrite et interprétée, cette série est un formidable exemple du pouvoir de la télévision à vous transporter et créer l'empathie. Stephen Graham : sa performance est tout simplement éblouissante. Son portrait brut d'un homme en proie avec son passé et ses propres démons est déchirant."

Ecran Noir: Vous alternez des films pour le cinéma et des séries, deux supports. Comment ou jusqu’où peut-on montrer des scènes avec un contenu de violence, de sexe, d’addiction à l’alcool comme dans The Virtues ? Est-ce quelque chose qui est pris en considération ou vous avez la liberté d’aller aussi loin que vous le souhaitez ?

Shane Meadows : De manière générale la télévision britannique, comme Channel 4, est assez ouverte à l’originalité dans les fictions,. C’est moi qui décide du montage et personne ne me dit de changer quelque chose. Au cinéma on s’imagine une sorte de plus grande liberté, mais le problème  est que les gens y vont en payant un ticket pour le film, et souvent il faut chercher à plaire au plus grand nombre, dont certains qui viennent manger du popcorn. A la télévision les spectateurs ne payent pas pour un film en particulier et n’ont pas forcément cette attente d’être expressément divertis. Peut-être que la télévision convient mieux à mon travail actuel, en particulier pour The Virtues. Je ne me suis jamais senti limité en terme de contenu en travaillant pour la télévision. En fait j’ai même plutôt ressenti une libération car les histoires sur lesquelles je travaille ne peuvent pas être racontée au format film d’1h30.

EN: Avez-vous envisagé à un moment que The Virtues puisse devenir votre nouveau film de cinéma plutôt qu'une série ?

Shane Meadows : Je travaille sur plusieurs idées, et certaines sont pour le cinéma et d’autres pour la télévision. Pour ce projet The Virtues, c’était une histoire qui nécessitait justement 3 ou 4 heures. En fait j’aime ce format de la série de télévision en plusieurs épisodes. On a plus de temps pour approfondir des personnages et les faire respirer, on a plus de temps pour que l’histoire se développe. C’est peut-être paradoxal mais j’aime aussi que les spectateurs attendent 7 jours pour voir la suite avec l'épisode suivant, même si maintenant des diffuseurs comme Netflix ou la BBC diffusent en streaming 10 épisodes d’un coup en même temps. On perd cette attente du prochain épisode et l'imagination de ce qui pourrait suivre, ce qui va avec une série.

EN: On retrouve dans The Virtues deux visages en particulier de votre autre série This is England - Stephen Graham, et Helen Behan que vous avez révélés - dans des rôles très différents...

Shane Meadows : Stephen Graham reçoit beaucoup de propositions ces dernières années. Par exemple il a été demandé par Martin Scorsese dans son dernier film The Irishman. En fait avec Stephen, ça s’est fait naturellement. On se connaît bien et on se fait confiance, et il adore les rôles que je lui propose. Stephen sait tout donner en une prise, il n’aime pas quand il faut refaire une cinquantaine de fois cette prise. Il sait que ça n’arrive pas sur mes tournages. Je sais combien c’est difficile d’être un acteur et mes attentes c’est obtenir quelque chose d’unique, presque instinctif, chose qu’on n’obtient pas avec des répétitions. La nature particulière de ce rôle où il s’agit de retenir ou de se laisser aller à des chamboulements  émotionnels demandait une grande performance. Je savais que Stephen Graham était probablement l’une des rares personnes qui puisse jouer ça avec cette vraie sincérité qui bouleverse les spectateurs. Je ne savais pas que le duo Stephen et Helen Benham pouvait fonctionner, avant de les réunir dans une même pièce. Helen est une actrice qui a un don spécial pour jouer. Je lui avais donné un petit rôle un peu angélique dans This is England mais ce que j’ai vu hors caméra en la connaissant mieux en tant que personne m'a convaincu. D’ailleurs elle est quasiment le contraire du personnage que je lui ai confié dans The Virtues. Helen peut jurer énormément et elle est très drôle. C’est une belle performance de sa part de jouer ici un personnage à l’opposé de sa nature. Dans la série, une des premières scènes ensemble entre Helen et Stephen, dans la chambre, a été comme une masterclass d’interprétation extraordinaire. Cette combinaison Stephen + Helen demandait peut-être un peu de foi de ma part mais c’est devenue un alchimie idéale.

EN: The Virtues est projetée pour la première fois en intégrale à Dinard. Avant deux épisodes avaient été découverts en France lors du Festival Série Mania de Lille où vous y aviez gagné le grand prix du jury et un prix d'interprétation pour Stephen Graham. Que pensez-vous de ce type de festival centré sur des séries de télévision ?

Shane Meadows : C’était génial de recevoir ces prix: ça a donné une exposition à The Virtues à travers des articles de presse, des gens qui n’avaient jamais entendu parler de The Virtues s’y sont intéressé. Je crois qu'il y a des discussions en cours pour que la série soit visible dans plusieurs pays. Lille, qui est une plus grosse ville que Dinard, a un peu le même esprit: c’est organisé par une équipe avec un esprit de famille. Je pense qu’à l’avenir plusieurs festivals auront des sélections hybrides entre des films de cinéma et de télévision et des séries parce que plusieurs cinéastes font des œuvres diffusées par des plateformes de streaming. C'est super que The Virtues soit à Dinard et vu en intégralité dans une salle de cinéma sur grand écran.

EN: C’est le 30ème anniversaire de Dinard, que vous connaissez particulièrement pour y avoir montré tous vos films après y avoir gagné le Hitchcock d'or pour Dead Man's shoes. Cette année en plus d'accompagner The Virtues vous avez aussi la mission de présider le jury des courts-métrages. Dans cette sélection d’une dizaine de courts, y avez-vous vu un prochain Shane Meadows ?

Shane Meadows : C’est une sélection très riche et très intéressante de courts-métrages qu'on a vu. J’ai été vraiment très impressionné par tous. En général dans ce genre de programmes, on y remarque certains courts très brillants et d’autres moins, et on doit discuter avec les autres jurés autour de 3 titres pour choisir le gagnant. Mais là ils étaient tous unique à leur façon. Le débat a été passionnant. Personnellement je ne cherche pas à voir un court qui se rapproche de mon univers ou de mon travail sur des thèmes de société. Je suis plus intéressé par découvrir des talents avec une voix originale. La délibération a été une vraie discussion ouverte, et ces courts étaient d’un haut niveau (ndr : la récompense a été pour un court en animation).

EN : Après This is England 86, This is England 88, This is England 90, est-ce c’est vraiment terminé où peut-on espérer une nouvelle saison sur le devenir de vos personnages ?

Shane Meadows : J’ai dans ma tête une autre saison pour continuer cette série. La suite serait à propos de ces personnages environ 10 ans après, donc au début des années 2000. Ces personnages auraient des enfants mais ils sortiraient encore en rave-party. Cette suite tournera surtout autour de Gadget (Andrew Ellis), de Combo (Stephen Graham) et de Milky (Andrew Shim), et des autres. Je réfléchis à cette nouvelle histoire depuis un moment déjà, on verra quand ça se fera.

EN: Une dernière chose. Après votre documentaire The Stone Roses: Made of Stone vous avez réalisé ensuite un clip pour Liam Gallagher (ex Oasis), c’est quelque chose que vous referiez ?

Shane Meadows : Je suis un grand fan des Stones Roses, et en fait Liam Gallagher est aussi est fan de ce groupe, je l’ai déjà vu aller à leurs concerts. La connexion s'est faite. Réaliser ensuite un clip pour une chanson de Liam a été une super expérience. Liam Gallagher vient juste de sortir un nouveau disque, je referais une vidéo avec lui avec plaisir si j’ai de nouveau cette opportunité (sourire)

Venise 2019: le Lion d’or pour le Joker

Posté par redaction, le 7 septembre 2019

Roman Polanski, Lion d'argent (Grand prix du jury) avec J'accuse, Ariane Ascaride, Coupe Volpi (la douzième pour une actrice française), Sami Bouajila, le trio Jessica Palud, Philippe Lioret, Diastème dans la section Orrizonti: le cinéma français a été honoré à la Mostra de Venise cette année. Mais c'est bien le Joker qui rafle le Lion d'or dans un palmarès éclaté... Même les super-héros peuvent gagner un grand prix prestigieux international, en plus de triompher au box office.

Palmarès Compétition
Lion d'or: Joker de Todd Phillips
Grand prix du jury: J'accuse de Roman Polanski
Meilleur réalisateur: Roy Andersson pour About Endlessness
Meilleure actrice: Ariane Ascaride pour Gloria Mundi de Robert Guédiguian
Meilleur acteur: Luca Marinelli pour Martin Eden de Pietro Marcello
Meilleur scénario: Yonfan pour Ji yuan tai qi hao (No. 7 Cherry Lane)
Prix spécial du jury: La mafia non è più quella di una volta de Franco Maresco
Prix Marcello Mastroianni (espoir): Toby Wallace dans Babyteeth

Palmarès Orrizonti
Meilleur film : Atlantis de Valentyn Vasyanovych
Meilleur réalisateur : Théo Court pour Blanco en Blanco
Prix spécial du jury: Verdict de Raymund Ribay Gutierrez
Meilleure actrice: Marta Nieto dans Madre de Rodrigo Sorogoyen
Meilleur acteur: Sami Bouajila dans Bik Eneich (Un Fils) de Mehdi M. Barsaoui
Meilleur scénario : Jessica Palud, Philippe Lioret, Diastème pour Revenir de Jessica Palud
Meilleur court-métrage: Darling de Saim Sadiq

Prix Luigi De Laurentiis du meilleur premier film (toutes sélections confondues)
You Will Die At 20 de Amjad Abu Alala

Réalité virtuelle
Grand prix du jury: The Key de Céline Tricart
Meilleur contenu interactif: A Linha de Ricardo Laganaro
Meilleure histoire: Daughters of Chibok de Joel Kachi Benson

Venezia Classici
Meilleur film restauré: Extase de Gustav Machatý
Meilleur documentaire sur le cinéma: Parou de Barbára Paz

Venice Days
Prix du public: Un divan à Tunis de Manele Labidi
Label Europa Cinemas: Boze Cialo de Jan Komasa
Prix Edipo Re Inclusion: Boze Cialo de Jan Komasa
Prix Venice Different Smile: My Brother Chases Dinosaurs de Stefano Cipani

Annecy 2019 : focus sur l’animation française 2/2

Posté par MpM, le 20 juin 2019

Le Japon avait beau être à l'honneur cette année à Annecy, c'est pourtant l'animation française qui a brillé de mille feux avec des propositions puissantes et éclectiques, et une démonstration magistrale d'inventivité et de savoir-faire. Tout, de l'esthétique aux sujets, en passant par les modes de narration et les techniques, est venu prouver l'immense vitalité d'un cinéma qui ne cesse d'expérimenter et d'explorer les possibilités infinies de son format.

Pour ce qui est du long métrage, nous avons déjà parlé de la richesse exponentielle d'un cinéma qui semble au firmament, remportant notamment un Cristal bien mérité (J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin) et proposant au parallèle plusieurs films de qualité, dont un chef d'oeuvre, L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian.

Côté courts, la France n'était évidemment pas en reste, prouvant son excellente forme en remportant notamment le Cristal du court métrage. On doit bien avouer que l’on n’est guère amateur de Mémorable de Bruno Collet, mélodrame grandiloquent sur un artiste atteint de la maladie d'Alzheimer. L’idée d’aborder le sujet par le prisme de l’humour n’est pas en cause, mais rend paradoxalement presque chaque "bon mot" attendu, et de fait un peu poussif. Les voix ont d’ailleurs tendance à sonner faux, trop déclamatoires et trop écrites. Enfin, la musique vient sans cesse souligner les effets, quand on aurait eu besoin de distance et de légèreté scénaristique.

Sur le même sujet, on préfère le film étudiant (suisse) Élise de Valentine Moser, qui joue sur une temporalité totalement mêlée pour traduire les sensations d’une vieille dame elle aussi atteinte de la maladie d'Alzheimer. Plus minimaliste, bien sûr, mais parvenant avec beaucoup d’ingéniosité à fusionner fond et forme.

Couronné du prix du jury, Oncle Tomas, la comptabilité des jours a pour sa part toute sa place au palmarès. Coproduction entre le Portugal, la France et le Canada (via l’ONF), le nouveau film de Regina Pessoa est une œuvre extrêmement personnelle, que la réalisatrice narre elle-même à la première personne. Elle y dresse le portrait de son oncle, sorte d’original brisé par la vie auprès duquel elle trouvait refuge dans son enfance.

Mêlant notamment gravure et animation en volume, il prend son temps pour nous cueillir, révélant peu à peu, par petites touches, la palette d’émotions complexes qui infusent la relation ténue entre la petite fille et son oncle. Qu’ils peignent ensemble sur un mur, ou partent en randonnée, le lien qui les unit n’est jamais asséné ou sur-expliqué. La voix-off reste même pudiquement à la surface des choses, laissant le spectateur combler lui-même les silences. C’est cette relative simplicité narrative qui permet au film d’atteindre une telle force d’évocation.
A noter que le film est en ligne jusqu'au 22 juin !

La vie de château, présenté en section télévision, fait incontestablement partie des belles découvertes de cette édition. C’est Clémence Madeleine-Perdrillat (scénariste notamment pour les courts métrages La Chanson et Les Bigorneaux mais aussi réalisatrice du Cow-Boy de Normandie et de Gigot bitume) qui cosigne ce récit ultra sensible (son premier court métrage animé) avec Nathaniel H'Limi dont c’est le premier film. Une première fois sous les meilleurs auspices tant l’histoire de cette petite fille qui se reconstruit lentement après la mort de ses parents est à la fois délicate et bouleversante. Destiné aux enfants à partir de 6 ou 7 ans, il aborde avec pudeur la question du deuil mais aussi, de manière absolument lumineuse, l’idée de ces familles que l’on se choisit. Il offre également au public adulte une double lecture pleine de sensibilité, qui évoque en creux l’un des grands traumatismes nationaux de ces dernières années.

Formellement, le film joue beaucoup sur les échelles (dans les bras de son oncle, la petite Violette fait l’effet d’une poupée qu’il étreint avec une infinie délicatesse) et quelques idées visuelles de toute beauté. On aime notamment la magnifique séquence du feu, durant laquelle les deux personnages se confient l’un à l’autre avec simplicité, alors que des ombres chinoises apparaissent dans les flammes comme pour redonner vie à leurs souvenirs.

Hors palmarès, les (re)découvertes ne manquaient pas. Une nouvelle fois, Je sors acheter des cigarettes d’Osman Cerfon (prix Emile-Reynaud en 2018) a fait mouche. Toujours aussi puissant, même après plusieurs visions, le film demeure l’un des plus importants de l’année écoulée avec son mélange d’humour décapant et de tendresse bouleversante. Jonathan, un adolescent de 12 ans, habite avec sa sœur et sa mère dans un appartement où les placards et les tiroirs dissimulent des hommes qui ont tous le même visage.

Le réalisme brut du début laisse alors peu à peu place à cette métaphore visuelle pour raconter le sous-texte de l’intrigue, et extérioriser les sentiments qui animent le personnage. Ce mélange d’ironie décalée et d’étrangeté est le cocktail idéal pour évoquer l’éternelle recherche d’un père absent, figure à la fois honnie et fantasmée, qui hante au sens propre la vie du jeune garçon.

C'était en revanche la première fois que l'on découvrait Sous la canopée de Bastien Dupriez, qui creuse son sillon en proposant à nouveau un film expérimental qui combine abstraction et propos narratif. Le réalisateur, dont on aimait déjà beaucoup Aérobie et Sillon 672, utilise la gravure sur pellicule et la peinture sur verre pour nous emmener au cœur d'une forêt peuplée de paradisiers multicolores. Au fur et à mesure du film, les beaux oiseaux se muent en taches de couleur qui virevoltent au rythme de la musique envoûtante d'Antoine Zuccarelli, puis semblent se mêler dans une explosion de teintes vives et joyeuses.

Petit à petit, pourtant, l'angoisse sourd. La musique se fait mécanique, le noir et des dégradés de rouge-orangé envahissent l'écran. Quelque chose menace la forêt. On aperçoit furtivement une forme humaine, puis des silhouettes d'arbres qui se tordent et tombent à terre. Des formes et des couleurs en mouvement, qui cherchent bien moins à représenter concrètement qu'à traduire en sensations cette destruction qui est à l'oeuvre sous nos yeux.

Toujours en compétition, on a également été séduit par Tétard de Jean-Claude Rozec, un récit anxiogène qui repose à la fois sur la cruauté enfantine, et sur l'ambivalence des rapports au sein d'une fratrie. La grande sœur ne cesse de raconter à son impressionnable petit frère qu'il est en réalité un enfant-crapaud, échangé avec le véritable bébé, et l'entraîne dans des jeux effrayants au bord d'un marécage. La montée en tension du récit est ainsi assez réussie, alternant humour noir et peurs véritables, jusqu'au déstabilisant dénouement final.

Dans un autre style, L'espace commun de Raphaële Bezin juxtapose des visions de Rome issues de l'imaginaire collectif en collant et mélangeant à l'écran des extraits de films (26 en tout) tournés dans la capitale italienne. Avec le jeu des surimpressions, elle fait parfois cohabiter des images de différentes époques tournées dans un même lieu, donnant à voir de manière simultanée les différences architecturales au fil du temps.

En sous-titres, un texte condense les conversations que la réalisatrice a eues avec des Romains au sujet justement du rapport que la ville entretient avec le cinéma. Le fait que ce texte soit écrit, et non dit en voix-off, lui donne un aspect de vérité universelle, de propos indépassable, qui rend l'expérience réellement fascinante.

Le jongleur de Skirmanta Jakaite est une coproduction avec la Lituanie, dont on a pu voir à Annecy quelques passionnants specimen de cinéma absurde et déroutant. Celui-là ne fait pas exception, avec son récit déconstruit, sa voix off mécanique et monocorde, qui vient parfois doubler ce qui est écrit à l'écran dans une typographie de machine à écrire, et ses saynètes en apparence décousues qui passent d'un personnage à l'autre sans raison évidente.

Tout est d'un gris vibrant, sans cesse troublé par des éclats de rouge ou de vert. On ne sait si on est dans l'au-delà, ou pour la première fois face au monde tel qu'il est réellement. Cette étrangeté brute et implicitement inquiétante nous laisse ainsi dans un état troublé et confus qui renvoie à de vastes interrogations existentielles sur la vie, l'univers et le reste.

Du côté de la compétition étudiante, on s’est également régalé avec des propositions fortes, personnelles, parfois engagées et presque toujours poétiques, qui viennent confirmer l'espoir que l'on peut placer dans l'animation française d'auteur. L'une d'entre elles est Sahara place de Zélie Durand-Khalifat, évocation sensible du grand-père de la réalisatrice et de son projet de film qui ne s'est jamais fait.

Mêlant stop-motion, prise de vue réelles et photographies, c'est une oeuvre incontestablement intime, qui explore une histoire familiale que l'on devine douloureuse, mais en restant toujours sur le fil, à mi-chemin entre le récit personnel et l'écho d'une fiction onirique qui n'a jamais vu le jour.

Baransu d'Alice Lahourcade est quant à lui d'inspiration japonaise. La réalisatrice imagine en effet la rencontre entre deux yokais (des esprits dans la culture nippone) à la fois opposés et complémentaires : l'un chérit les cailloux, qu'il compte une fois par an ; l'autre a pour habitude de les lancer sur les humains pour les éloigner.

Tandis que les deux personnages s'opposent, leur histoire prend vie sur la scène d'un théâtre kabuki. En français, Baransu signifie équilibre, ce qui convient parfaitement à la morale joliment malicieuse de la fable.

Jonathan Phanhsay-Chamson n'est pas exactement un inconnu puisqu'il présentait déjà Les enfants du béton l'an dernier en section films d'études à Annecy. Avec Big boy, il prend une direction nouvelle, moins directement politique et plus introspective. A l'origine de ce nouveau film, il y a un poème à la beauté époustouflante accompagnant les images d'un homme seul dans le désert, en quête de rédemption.

On se laisse envoûter par ce récit initiatique à l'esthétique minimaliste (personnage anguleux stylisé, aplats de couleurs pour les décors) mais à l'onirisme attachant. On est d'autant plus intrigué que le court serait une base pour un long métrage en développement que l'on a absolument hâte de découvrir.

On a également revu avec beaucoup de plaisir Swatted d'Ismaël Joffroy Chandoutis, film hybride qui mêle vidéos youtube et images vectorielles issues d'un jeu vidéo pour raconter le phénomène du "swatting", un acte de cyber-harcèlement consistant à faire intervenir le SWAT armé jusqu'aux dents au domicile d'un gamer en plein streaming.

Au-delà du vrai danger que représentent ces prétendus "canulars", le réalisateur interroge la frontière floue entre réalité et virtuel, donnant la sensation vertigineuse que ce sont les personnages du jeu qui finissent par jaillir, fusils au poing, dans le salon des joueurs.

Enfin, s’il n’était finalement présenté dans aucun sélection à Annecy, il faut dire un mot du lauréat du prix André Martin du court métrage, remis chaque année à l’occasion du festival. Mon juke-box de Florentine Grelier, qui succède à Ce Magnifique gâteau, propose un regard tendre et complice sur la relation qui unit la réalisatrice à son père, grand connaisseur de juke-box. Comme ces machines qu'il affectionne tant, lui-même a mille anecdotes à raconter, démarrant au quart de tour à l'évocation d'un lieu ou d'une époque de sa vie.

Réalisé dans une indéniable économie de moyens, le film a quelque chose d'artisanal qui non seulement lui permet de se rapprocher formellement de son propos, mais qui le rend aussi extrêmement touchant. Sûrement parce que l'on aime tant lorsque le cinéma essaye et expérimente, on se laisse emporter, et même submerger, par ce récit intime qui ne triche jamais.