Albi 2017 : Percujam d’Alexandre Messina remporte le prix du public

Posté par MpM, le 27 novembre 2017

Les œillades d’Albi se sont achevées dimanche 26 novembre avec la remise du Prix du public au documentaire Percujam d’Alexandre Messina qui sortira le 4 avril 2018. Dans ce film d’à peine une heure, le réalisateur suit un groupe constitué de musiciens autistes et de leurs éducateurs. Il mêle des images prises sur le vif pendant les concerts ou les répétitions à des témoignages face caméra des artistes. Les thèmes abordés vont ainsi bien au-delà de la musique (et de la maladie) pour proposer à la fois des tranches de vie spontanées et un reflet de leurs préoccupations terriblement simples et actuelles au sujet de l'avenir, de l'amour et d’une vie heureuse.

Si le film est formellement peu imaginatif (et parfois confus), on comprend pourquoi le public a eu envie de plébisciter ce document singulier qui nous fait partager le quotidien, tantôt trivial, tantôt émouvant, de personnalités fortes et attachantes qui viennent nous rappeler à juste titre que les personnes souffrant d'autisme trop souvent laissées en retrait à cause de leur handicap.

La compétition, qui était constituée de 13 films présentés en avant-première pendant le Festival, réunissait par ailleurs de belles propositions. On a notamment été subjugué par La douleur d’Emmanuel Finkiel, adaptation en état de grâce du livre de Marguerite Duras, dans lequel elle racontait les jours ayant suivi l'arrestation de son époux Robert Antelme, à la fin de la guerre, pour faits de résistance. Mélanie Thierry y devient  une allégorie de l’attente, masque de douleur sur le visage, et force intérieure sur le point de se rompre.

Peut-être n’avait-on jamais aussi bien entendu la voix de l’écrivaine que dans les splendides voix-off introspectives qui livrent sans barrière la pensée et les sentiments de celle qui écrit. On est également bluffé par le travail réalisé par le chef opérateur Alexis Kavyrchine qui rend physiquement palpable l'état mental du personnage en jouant sans cesse sur des images fondues et des arrières-plans flous. L'héroïne se retrouve ainsi isolée au milieu de la foule, toute à sa douleur, hors d'un monde qui ne peut plus être le sien. A découvrir absolument en salles dès le 24 janvier.

Autre temps fort, Jusqu’à la garde de Xavier Legrand qui est en quelque sorte la suite du court métrage qui l’avait révélé, Avant que de tout perdre, dans lequel une femme mettait tout en œuvre pour fuir, avec ses deux enfants, un mari violent. Définitivement séparés, les deux époux se disputent la garde de leur fils, Julien, âgé de onze ans. Entre le documentaire brut et le thriller haletant, ce premier long métrage qui a reçu deux lions d'argent à Venise (meilleur réalisateur et meilleur premier film) est une plongée sans concession dans l'univers de la violence conjugale : manipulation, contrition, menaces, utilisation des enfants pour atteindre la mère, propension à se faire passer pour une victime...

On a l'impression d'assister à une lente et irrépressible montée en puissance de la haine et de la colère, sans temps morts ni moments de répit, jusqu'à l'explosion finale qui consiste en une longue et intransigeante séquence d'assaut dans laquelle le simple travail sur les sons (une sonnette qui résonne dans la nuit, puis le silence déroutant, l’ascenseur qui arrive, les coups frappés à la porte...) suffit à générer une angoisse difficilement supportable. Léa Drucker et Denis Ménochet (déjà présents dans le court) sont d'une justesse irréprochable, incarnant avec une subtilité admirable ces deux personnages qui parviennent, malgré les enjeux, à rester dans la retenue et le minimalisme. Un film indispensable qui sortira en France le 7 février.

Enfin, Makala d'Emmanuel Gras, récompensé du Grand Prix lors de la dernière Semaine de la Critique, était lui aussi en lice. Ce superbe documentaire tourné en république du Congo suit Kabwita, un villageois qui fabrique du charbon de bois pour aller le vendre (en vélo) à de nombreux kilomètres de chez lui. Un voyage initiatique épuré et sensoriel qui donne à voir les fragilités de la destinée humaine dans des plans à la beauté hypnotique. A voir en France dès le 6 décembre.

Les films en compétition
La douleur d’Emmanuel Finkiel
Le ciel étoilé au-dessus de ma tête d’Ilan Klipper
Gaspard va au mariage d’Antony Cordier
Luna d’Elsa Diringer
Jusqu’à la garde de Xavier Legrand
Percujam d’Alexandre Messina
La fête est finie de Marie Garel-Weiss
La villa de Robert Guédiguian
Makala d’Emmanuel Gras
Une saison en France de Haroun Mahamat-Saleh
Marie-Curie de Marie-Noëlle Sehr
Corps étranger de Raja Amari
C’est le cœur qui meurt en dernier d’Alexis-Brault

Albi 2017 : rencontre avec Antony Cordier pour Gaspard va au mariage

Posté par MpM, le 24 novembre 2017

En compétition au Festival d'Albi, Gaspard va au mariage d'Antony Cordier est un mélange de comédie romantique et de film de famille qui réunit à l'écran Félix Moati, Christa Théret, Laetitia Dosch, Guillaume Gouix, Marina  Foïs et Johan Heldenbergh. A l'occasion du remariage de son père, Gaspard retourne dans sa famille qu'il n'a pas vue depuis longtemps, et qui gère un zoo. En chemin, il croise Laura, une jeune femme un peu paumée à qui il propose de jouer le rôle de sa petite amie.

Si les motifs ne sont pas très neufs, Antony Cordier les transcende pour proposer une comédie sans cesse surprenante qui évite la caricature pour aller vers une fantaisie pleine de saveur. Les situations sont cocasses, les répliques décalées et le scénario soigné, tandis que la structure en chapitres fait que l'on s'intéresse également à tous les personnages. Il se joue finalement dans ce mélange de conte et de règlements de comptes quelque chose à rapprocher de la fin de l'enfance et de la nécessité d'avancer avec sa vie, quitte à s'éloigner de sa famille. Une conclusion douce amère qui tranche avec l'énorme énergie du récit et de la mise en scène.

En attendant de découvrir le film en salles le 31 janvier prochain, nous avons rencontré Antony Cordier après la projection du film à un public albigeois particulièrement réceptif.

Ecran Noir : Comment est né le film ?

Antony Cordier : La genèse du projet est un peu compliquée. C'est vraiment une constellation de choses. Mais ça s'est fixé à partir du moment où on a eu l'idée, avec ma coscénariste, que cette histoire pourrait se passer dans un zoo. Ca m'a reconnecté avec un livre que je lisais quand j'étais enfant, qui racontait la vie du créateur du zoo de la Palmyre qui s'appelait Claude Caillé. C'était un homme très drôle, totalement autodidacte, pas du tout un intello, qui allait chasser des animaux en Afrique pour les ramener en France et les montrer dans des écoles.

Du coup, ce personnage que j'avais rencontré quand j'ai visité le zoo, parce qu'il était là pour accueillir les visiteurs, a servi d'inspiration pour le personnage de Max qui est joué par Johan Heldenbergh. Et de là est découlé toute la fratrie parce que dans le livre il y avait des photos de ses enfants, on les voyait vivre au milieu des fauves, des loutres, des serpents... On s'est très vite dit qu'il y avait là un univers qui n'avait pas été si souvent traité au cinéma et qui nous permettait d'aborder la famille, la folie de la famille, sous un angle un peu différent. Et du fait du contexte, cette folie allait être mieux acceptée. Comme on est dans un zoo, on peut dire : "on dirait qu'une fille se prend pour un ours", et comme c'est son environnement naturel, on se dit que ça pourrait arriver.

EN : Le "décor" du zoo vous a libéré, en quelque sorte...

AC : On cherche toujours à faire des scènes qui soient un peu marrantes pour le spectateur, et tous les contextes ne le permettent pas forcément. Parfois, on est amené à situer les histoires dans un contexte plus naturaliste. Et là en fait, le zoo, c'est drôle. Les animaux sont drôles. Prenez le tapir, on n'a pas l'impression qu'il existe en tant que tel, c'est comme un collage. C'est surréaliste. Donc le film doit profiter de ça. Par exemple, avec mon chef op', je le poussais à éclairer les scènes comme il l'avait jamais fait. De dire : "tiens, quand on descend dans le vivarium, et si le couloir était violet ? Si y'avait des néons et quand on arrive, la lumière est violette ? Et quand on remonte c'est orange ?" Ce qu'on ne fait pas habituellement, pour rester dans un cadre réaliste acceptable, et là, le fait d'être dans un zoo permet à tout le monde de monter un peu le curseur de l'expressivité.

EN : Et comment on se confronte au thème assez classique du "film de famille" ?

AC : J'aime beaucoup les films de famille, les familles dysfonctionnelles. Ca n'a pas toujours bonne presse d'ailleurs. Il y a beaucoup de films que j'adore : Margot va au mariage (auquel le titre Gaspard va au mariage rend un peu hommage), Elisabethtown de Cameron Crowe. Il y a tout un corpus qu'on a utisé à l'écriture et qui me parlait. Le fait de se confronter, c'était un plaisir. On se disait : ah ! Enfin on va faire un film sur nos familles, sur toutes les conversations qu'on a pu avoir elle et moi depuis dix ans, du genre "ma famille est insupportable, ils pensent que je suis comme ça, ils m'assignent une place et en fait je suis un peu ailleurs..." Tout ça, on pouvait le réinvestir dans le film. Pour nous, le film, c'est ça aussi. Nourri de choses personnelles. Chaque personnage essaye de se débattre avec la place qu'on lui assigne. On dit de Coline que c'est la dingue de la famille : il y a toujours un dingue dans les familles, là, c'est elle. Virgile, c'est le gestionnaire, alors qu'il ne l'est probablement pas. Il a autant de poésie que les autres sauf qu'elle est un peu mise sous l'éteignoir, et lui se débat aussi avec ça. On voit qu'il bout un peu.

EN : Le film fait pas mal de références au conte de fées, et notamment à Peau d'âne...

AC : C'est une des sources d'inspiration pour le personnage de Coline. On peut ne pas y penser quand on la voit. La blondeur de Deneuve, la côté sylphide, et la peau de bête. En plus ce personnage a la logique de Peau d'âne qui essaye d'échapper à son père en se transformant en souillon et en âne. C'est la même chose pour Colline qui essaye échapper au désir pour son frère en devenant un ours qui pue. Elle essaye de devenir le moins désirable possible.

EN : L'autre référence du film, finalement, c'est aussi la comédie romantique !

AC : Oui, complètement. C'est ce plaisir-là que l'on donne au spectateur face à la comédie romantique, de dire "on ne s'aime pas, donc on peut dormir ensemble", et le spectateur se marre parce qu'il voit bien où on va, il a tous les codes. Il y a une forme de jubilation qui est assez plaisante.

Mon premier festival 2017 : une semaine d’aventures en salles obscures

Posté par MpM, le 31 octobre 2017

A chaque édition, on le répète : Mon premier festival est une formidable occasion d'initier les enfants au cinéma sur grand écran, en jonglant avec les styles et les époques, et en profitant des chouettes ateliers organisés en marge des projections. Cette année, nous avons décidé d'aller plus loin en vivant le festival de l'intérieur, en conditions réelles, c'est-à-dire en compagnie d'un jeune cinéphile de 5 ans, cobaye plutôt consentant. Récit d'une semaine d'aventures en salles obscures.

Jour 1


Il est 10h du matin, nous sommes au cinéma L'entrepôt (XIVe), l'un des 14 cinémas partenaires de Mon premier festival. L'accueil est chaleureux dès l'entrée, entre fébrilité et excitation. Dans la salle, ton convivial et complice : "C'est la première séance du festival !" s'exclame la présentatrice. "Au fait, les enfants, vous savez ce qu'est un festival ?". Participation ravie du public, qui réagit au quart de tour aux différentes questions et explications, et fait sagement silence dès que la salle s'éteint.

On a décidé de commencer doucement, avec le très joli programme de courts métrages Neige et les arbres magiques du studio Folimage (sorti en 2015). Le jeune cinéphile aime beaucoup l'arbre qui part en balade, entraînant avec lui une foule disparate, dans One, two, tree de Yulia Aronova. Il est aussi séduit, mais également interpellé, par les Tigres à la queue leu leu de Benoît Chieux, qui provoquent une quantité astronomique de questions ("Mais par où il sort, le chien, quand il est dans l'estomac du tigre ?"). Enfin, Neige fait son petit effet avec ses personnages inuits et son hymne à l'amitié interculturelle.

Jour 2


"Bon, alors, qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui ?" Cette fois, le jeune cinéphile prend les choses en mains, et ouvre son programme de festivalier. "D'accord, on va au cinéma, mais au festival, hein !" Après réflexion, son choix finit par se porter sur Cadet d'eau douce de Buster Keaton et Charles Reisner. Ca tombe bien, la séance (qui a lieu au Chaplin Denfert, XIVe) s'accompagne d'un quiz sur le cinéma muet.

Quiz plutôt ambitieux qui aborde à la fois les spécificités techniques du cinéma muet, ses grands auteurs, le cinéma burlesque, et l'oeuvre de Buster Keaton. Le jeune cinéphile n'a pas l'air d'avoir tout retenu, et pourtant le lendemain on le trouvera en train de pérorer sur Charlie Chaplin. Pas si mal.

Le film, lui, rencontre un immense succès. Dans la salle, les fous rires devant les irrésistibles (et indémodables) gags de Buster Keaton alternent avec les moments d'apnée, yeux écarquillés face aux ravages de la tempête finale. Voilà comment on inculque (très) jeune l'amour du cinéma muet et en noir et blanc !

Jour 3


Le jeune cinéphile est un inconditionnel de Wallace et Gromit, il a donc sursauté en voyant un visuel de Chicken run dans le catalogue : "Regarde maman, on dirait Wallace déguisé en poule". Comme il ne faut jamais laisser passer l'occasion d'emmener un enfant voir un film sur la résistance et la désobéissance civique, ce matin, ce sera donc Chicken run au Luminor Hôtel de Ville (IVe) !

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A l’aventure avec Mon premier festival 2017 !

Posté par MpM, le 21 octobre 2017

Rendez-vous incontournable des vacances de la Toussaint, Mon premier festival est de retour pour une 13e édition placée sous le signe de l'aventure ! La manifestation parisienne invite en effet le jeune public (à partir de 18 mois) à "quitter son cocon, ouvrir ses ailes pour découvrir l’inconnu, affronter les surprises, surmonter ses peurs et vivre des péripéties insoupçonnables", toutes choses rendues facilement possibles grâce à la magie du cinéma.

Concrètement, cela passe par une sélection de 40 films d'hier et d'aujourd'hui comme Le livre de la jungle de Wolfgang Reitherman, Le monde de Nemo d'Andrew Stanton et Lee Unkrich, Les joyeux pirates de l'île au trésor de Iroshi Ikeda, Cadet d'eau douce de Buster Keaton et Charles Reisner, Le chant de la mer de Tomm Moore, Adama de Simon Rouby, Microbe et Gasoil de Michel Gondry ou encore Chicken run de Peter Lord et Nick Park.

Mais l'aventure se poursuit également dans les autres sections du festival, qui proposent un focus sur le cinéma d'Amérique latine, des ciné-concerts, des films cultes, une compétition de dix-sept avant-premières ou films inédits, un hommage au réalisateur Serge Élissalde, des rencontres autour des métiers du cinéma et de nombreux ateliers. La marraine Anaïs Demoustiers a également proposé deux coups de coeur : U de Grégoire Solotareff et Serge Élissalde et Lou et l’Île aux sirènes de Masaaki Yuasa (Cristal du meilleur long métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2017).

Parmi les avant-premières, on choisira au gré des envies une version restaurée d'Alice comédie 2, un programme réunissant 4 courts métrages réalisés par Walt Disney himself entre 1923 et 1927 (sortie prévue le 6 décembre) ; La révolte des jouets d'Hermina Tyrlova et Bretislav Pojar, trois chefs d'oeuvre de l'animation tchèque des années 70 (sortie le 4 avril 2018) ; la reprise du film Le jour où la terre s'arrêta de Robert Wise, oeuvre majeure de la science fiction des années 50 (sortie en version restaurée le 3 janvier) ou encore L'étrange forêt de Bert et Joséphine de Filip Posivac et Bara Valecka, deux films d'animation en marionnettes venus de République tchèque (14 février). De quoi passer indéniablement les meilleures vacances de l'année !

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Mon premier festival 2017
Du 25 au 31 octobre
Informations et réservations sur le site de la manifestation

Venise 2017 : John Woo revient au polar avec Manhunt

Posté par kristofy, le 9 septembre 2017

Le maestro du polar Hongkongais John Woo est de retour avec Manhunt présenté en première mondiale à Venise. D’ailleurs le montage a été terminé juste un peu avant le festival. Est-ce que John Woo va nous éblouir de nouveau avec sa maestria de gunfights et de cascades ? Pour les scènes d’action, on se retrouve en terrain connu. Cette chasse à l’homme nous renvoie aux standards du genre plusieurs dizaines d’années en arrière. L’ensemble est plaisant, mais pas époustouflant.

On adore justement John Woo pour son sens de l’esbroufe des années 80 à Hong-Kong (Les Larmes d'un héros, Le Syndicat du crime, The killer, Une balle dans la tête…) qu’il a su régénérer ensuite aux Etats-Unis (Broken Arrow, Volte-face, Mission impossible 2…) avant de retourner en Chine pour des films d’époque en costumes (Les Trois Royaumes, Le Règne des assassins, Crossing…). Le souhait de beaucoup était de revoir John Woo aux commandes d’un polar comme il en faisait avant (un projet de remake de The Killer est dans l’air), ce vœu est exaucé maintenant avec Manhunt. On aurait aimé qu'il soit satisfaisant.

Un avocat d’une grande firme pharmaceutique est accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis, il est poursuivi à la fois par des tueurs et par un flic. Il va devoir évité d’être tué, protéger une femme qui veut se venger, convaincre le flic qu’il est innocent, et bien entendu contrer les projets de… (tadaaa : une grande firme pharmaceutique). Le scénario de ce genre de polar est connu d’avance (c’est toujours l’ex-employeur). C’est d’ailleurs un remake du Manhunt japonais de 1976 avec l’acteur Ken Takakura, auquel John Woo rend ainsi hommage : "la première fois que je l’ai vu dans des films ça m’a marqué, c’était des histoires de gangsters ou d’évasion de prison. Il avait beaucoup de charisme. Je me suis inspiré de son image pour la personnage de Chow Yun-fat dans Le syndicat du crime et The killer, avec par exemple un long manteau."

La séquence d’introduction où le héros croise par hasard deux tueuses nous met dans l’ambiance avec une fusillade en règle. De plus c’est la première fois chez John Woo que les ‘méchants’ sont des 'méchantes'. Ensuite le scénario est conduit de façon à faire se suivre les scènes d’action attendues : course dans le métro, poursuite en scooter de mer, assaillants sur des motos lors d’un mariage, fusillade dans une maison où le héros est menotté au flic, combat rapproché dans un laboratoire, et bien entendu, OUI!, un envol de colombes ! C'est sa signature.

On y pend certes plaisir mais les autres scènes qui font progresser l’histoire sont laborieuses. Les faiblesses de Manhunt sont d’abord liées à son mode de fabrication, tout se passe au Japon mais c’est une co-production avec un casting panasiatique : l’actrice Qi Wei est chinoise, Ha Ji-won est coréenne, Okammoto Tao est japonaise (auparavant vue dans des films de super-héros américains), Angeles Woo, la fille du réalisateur est aussi présente. Dans les deux rôles principaux masculins le flic est le japonais Masaharu Fukuyama (vu dans les films de Hirokazu Kore-eda mais peu crédible ici, il est surtout un chanteur populaire dans son pays), et le héros fugitif est le chinois Zhang Hanyu (déjà héros pour Tsui Hark et Dante Lam). Cette variété de talents (pour que le film soit le plus exportable possible) est une belle réunion, mais l’ensemble est très inégal ou mal dirigé (avec des moments presque parodiques). Surtout, dans certaines situations, les dialogues sont en japonais ou en mandarin et dans d’autres en anglais sans aucune logique (et les répliques anglaises sont risibles), ce qui provoque des rires involontaires.

John Woo est de retour avec une carte de visite de ce qu’il sait bien faire, espérons que cela lui permettra de nous offrir ensuite un film d’un tout autre calibre.

Venise 2017 : Abdellatif Kechiche, amours et marivaudage avec « Mektoub, my love »

Posté par kristofy, le 8 septembre 2017

C’était en mai 2013 : Abdellatif Kechiche gagne une Palme d’or au festival de Cannes avec La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2, d’ailleurs presque une triple palme puisque les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos remportent aussi chacune ce prix. Puis quelques semaines avant la sortie du film en octobre un curieuse polémique survient au travers d'une interview des actrices: Léa Seydoux aurait dit que le tournage a été horrible et qu’elle ne souhaitait pas refaire un film avec lui. Kechiche piqué dans son ego réplique en disant que Seydoux est une privilégiée d’un système, bref le genre de clash ridicule qui fait le sel des news sur le web, avide de répercuter une polémique. Sachant qu’il filme des longues prises à répétition et qu’il y avait du sexe et des larmes, c’est pourtant assez compréhensible d'imaginer que le tournage était peut-être pénible…

L’orgueil de Kéchiche qui ne supporte peu la critique à propos de son tournage (accompagné des protestations de techniciens…) est blessé. Il va même estimer le film sali, alors que personne n’a désavoué la qualité de cette Palme amplement méritée. Mais le mal est fait. Un seul César (pour Exarchopoulos): sa grande œuvre va se faire humilier à la cérémonie glorifiante du cinéma français par Les garçons et Guillaume à table!, pas vraiment du même niveau.

Mai 2017 : Le nouveau film de Abdellatif Kechiche ne sera pas sélectionné à Cannes, pour cause de problème juridique avec un partenaire financier. Le contrat était de livrer un film mais au final, le cinéaste décide en salle de montage d'en faire plusieurs.

Mektoub, my love (chant 1) vient donc d’être présenté en compétition à Venise.

Est-ce qu’il y a matière à une quelconque polémique? Non, comme pour le film précédent.

Est-ce que Abdellatif Kechiche a toujours le même défaut de parfois trop étirer des séquences sans couper et d’être toujours un excellent directeur d’acteurs ? Oui, le film dure 180 minutes (!) et il aurait sans doute gagné à être raccourci, peut-être d’une vingtaine de minutes. Mais il lui faut vraiment cette longue durée de trois heures pour dérouler toute son amplitude.

Les acteurs, et surtout les actrices, sont encore une fois formidables : en particulier les nouvelles têtes de Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Lou Luttiau, Alexia Chardard, et aussi les déjà connus Salim Kechiouche et Hafsia Herzi (leur deuxième film avec lui).

Est-ce que ce film peut prétendre à un Lion d’or où une autre récompense ? Oui, la fin ouverte de Mektoub, my love (chant 1) constitue bien un film entier et solide, sans suite. Une nouvelle fois Abdellatif Kechiche s’inspire d’un livre, La Blessure, la vraie de François Bégaudeau, qu’il a adapté très librement en changeant les âges, les lieux, l’époque.

Ici, le film débute en 1994 dans la ville de Sète le temps d’un été. Amine arrive de Paris pour des vacances avec sa famille, il surprend Ophélie et Tony en train de faire l’amour, il reste derrière une fenêtre à les regarder avant de sonner pour parler à Ophélie, après le départ de Tony. Alors qu’il y a éventuel projet de mariage avec un militaire, celle-ci avoue qu’elle le voit depuis longtemps. Puis Tony et Amine iront à la plage, ils draguent Charlotte et Céline. Celles-ci vont alors sortir avec eux et leurs amis, Charlotte s’amourache de Tony qui lui va de fille en fille, Céline papillonne entre plusieurs garçons et filles, Amine attire plusieurs filles sans rien faire car il semble aimer quelqu'un en secret… Le film se déroule principalement entre plage, restaurant et boite de nuit. A la bande de jeunes se mélange la génération précédente (mère, oncle, tante…). Abdellatif Kechiche reprend quelques motifs typiques de ses films précédents, par exemple une longue scène de sexe, certains corps sont filmés de manière érotisée (en particulier Ophélie Bau et Lou Luttiau). Comme souvent dans son cinéma, il filme aussi une très longue séquence où les jeunes dansent. Mektoub, my love (chant 1) se révèle être autant un marivaudage de dialogues et de corps qu’un épisode de la chronique d’une famille.

Abdellatif Kechiche laisse paraître une certaine sérénité pour ce nouveau chapitre de sa filmographie : "On a tourné 2 volets, et j’envisage de tourner une 3ème partie après Venise. Dans le prochain film des nœuds dramatiques noués dans celui-ci vont se dénouer. Je suis le producteur de mon film, c’est moi qui décide de sa durée. Mektoub c’est le destin, le destin est souvent lié à l’amour. A part Hafsia et Salim, pour les autres acteurs c’est leur première fois à l’écran. Il y a eu un long processus pour chercher les meilleures actrices pour ce film, et je suis fasciné par leur don. Le tournage a été agréable, fluide, léger. Pour ce qui est de la représentation du corps féminin il n’y a rien de machiste dans mon approche, je montre des femmes fortes, puissantes et libres. Le roman a été une source d’inspiration, et le processus d’écriture a duré très longtemps, j’ai changé des choses mais il n’y a rien d’autobiographique. Les années 90 représentent la fin d’un siècle, pour comprendre le présent c’est important de comprendre le passé. Dans les années 80 et 90 je crois que les gens vivaient de manière plus harmonieuse. J’ai essayé de diluer le discours, si discours il y a. Le film se déroule de manière impressionniste, je préfère qu’on reçoive ce film plutôt que le raisonner."

Venise 2017 : Darren Aronofsky accouche de Mother!

Posté par kristofy, le 5 septembre 2017

Certains films sont attendus parce qu’on se doute qu’ils vont être bien, d’autres sont attendus parce qu’on doute de ce que ça va être. Mother! dont la première mondiale a eu lieu à Venise, est de cette deuxième catégorie. Pour l’occasion Darren Aronofsky, accompagné de ses acteurs, Jennifer Lawrence, Javier Bardem et Michelle Pfeiffer, avait fait le déplacement en Italie. Rappelons qu'Aronofsky a reçu sa plus prestigieuse récompense sur le Lido avec un Lion d'or en 2008 pour The Wrestler.

"Fraichement" reçu - dans le tableau des étoiles de la presse, Mother! est l'un des films le moins aimé -, cette œuvre étrange est bien faite mais le rebondissement vers la fin du récit rend le film plutôt vain. Tout ça pour ça? Chacun sera libre d'interpréter cet épilogue énigmatique.

Darren Aronofsky : "Pour certains de mes autres films comme par exemple Black Swan ou Noé le développement du projet a duré pendant de longues années. J’ai eu une idée que j’ai commencé à visualiser et à entendre, et j’ai écrit l’histoire de Mother! en cinq jours environ. J’ai proposé le rôle principal à Jennifer Lawrence, elle a voulu le jouer, la production s’est faite assez vite. Faire un film c’est pour moi avant tout une histoire que je considère pouvoir filmer d’un point de vue personnel et unique. Il ne faut surtout pas faire un film pour viser un large public, c’est une erreur. Mother! c’est comme un roller-coaster, venez si vous êtes prêt à faire plusieurs tours…"

On n’en dira pas plus maintenant, sauf trois indices pour vous mettre sur la voie de Mother! et de son mystère à découvrir en salles dès la semaine prochaine :

- la bande-annonce peut faire penser à une histoire comme celle de Rosemary's baby de Roman Polanski… Darren Aronofsky aime beaucoup les films de Polanski, comme Repulsion qu’il serait possible de rapprocher de Black Swan. Ici non, ça n’a rien à voir : Mother! raconte une toute autre histoire…

- la bande-annonce indique "du réalisateur de Requiem for a dream et de Black Swan…" Peut-être qu’il s’agit de ses films les plus connus, en plus d'être liés par un trouble de l’identité. Pour être en phase avec le contenu de Mother! ça aurait été beaucoup plus pertinent d’indiquer le titre de deux autres de ses films… En voyant Mother! on pense davantage à Noé et La Fontaine: à cause de la religion, dont le film semble une allégorie...

-Il y a plusieurs affiches du films en circulation, qui sont très différentes… Les affiches sont graphiquement assez réussies, tout en mettant en avant le personnage de Jennifer Lawrence, ou Javier Bardem. Cependant l’une des affiches est particulièrement symbolique du contenu de Mother!... Cette illustration est un gros indice sur le twist final.

Venise 2017: avec Suburbicon, George Clooney explose l’American Dream

Posté par kristofy, le 2 septembre 2017

Quel est le point commun entre George Clooney et les frères Joel & Ethan Coen ? Certes ils ont tourné quatre films ensemble. Mais ils ont aussi un même sens de l’humour sarcastique pour des (anti)héros pris dans une spirale criminelle, et surtout: ils sont amis et ils ont les même amis… C’est ainsi qu’est né le générique de Suburbicon, en compétition au 74e festival de Venise: au scénario, les frères Coen et George Clooney (et son co-scénariste Grant Heslov), et à l’écran Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac (qui ont d’ailleurs tous été dirigés par les Coen), mais aussi Alexandre Desplat pour la musique. Soit une dream team prête à tout pour le 6ème film de George Clooney derrière la caméra. Et c’est jouissif!

Suburbicon est le nom d’une ville idéale des Etats-Unis vers la fin des années 50. C’est même l’incarnation idyllique du rêve américain de cette époque, quand on découvrait le consumérisme, l'électro-ménager et la télévision. Le facteur et bientôt tout le voisinage vont se rendre compte d’un événement déplaisant pour eux : dans une maison vient d’arriver une nouvelle famille pas comme les autres, avec la peau noire. Tout le monde y va de son commentaire négatif et raciste… La maison juste à côté est celle de Matt Damon avec sa femme Julianne Moore (blonde), leur fils et la sœur de son épouse, toujours incarnée par Julianne Moore (mais rousse). Chez eux tout va basculer le temps d’une nuit : deux malfaiteurs se sont introduits chez eux, ils ont été immobilisés et brutalisés, et malheureusement la femme est décédée. Après l’épreuve des funérailles Matt Damon et sa belle-sœur Julianne Moore (la rousse si vous suivez) sont convoqués par la police pour une séance d’identification de suspects arrêtés : ils ne reconnaissent aucun de leurs agresseurs. On ne procède par conséquent à aucune arrestation. Mais leur fils est persuadé que les coupables étaient bien là, devant eux…

Ce début pétaradant va être le point de départ pour une implosion de la famille: mensonges et manipulations vont s’ensuivre à un rythme effréné. Les apparences ne sont pas seulement trompeuses, elles vont être mortelles. On y reconnaît bien l’humour noir particulier des frères Coen, en particulier le ton de leurs films Fargo et Burn After Reading. Alors qu’une machination dérape de pire en pire, pour la maison voisine, celle de la famille noire, les évènements empirent aussi : un mur est construit autour comme clôture, des dizaines de gens viennent les importuner en faisant du vacarme, puis une centaine de ‘citoyens’ fanatiques l'encercle…

Le contexte de la ségrégation raciale a particulièrement retenu l’attention puisque la présentation du film arrive quelques semaines après la dramatique actualité de Charlottesville, où le KKK, les néo-nazis, les suprémacistes blancs et autres groupuscules d'extrême-droite se sont confrontés à des antiracistes, notamment issus du mouvement Black Lives Matter, causant la mort d'une entre eux (Heather Heyer) et en blessant 19 autres.

George Clooney a dû évidemment apporter à Venise un commentaire politique : "Le slogan de Trump ‘Make America Great Again’ est tourné vers l’Amérique de Eisenhower, il s’adresse uniquement à un homme, blanc, hétérosexuel. Il a fallu environ deux ans pour mettre en route la production de ce film et le terminer, on ne se doutait pas que Suburbicon allait être autant en phase avec l’actualité. Oui, c’est un film de colère. Il y a beaucoup d’américains en colère aujourd’hui contre la façon dont le pays est dirigé."

Venise 2017 : Guillermo del Toro et les monstres de The Shape of Water

Posté par kristofy, le 1 septembre 2017

Avec The Shape of Water, Guillermo del Toro a retrouvé son génie de conteur d'histoire, qui semblait perdu depuis Le Labyrinthe de Pan, en mélangeant une fois de plus monstre de légende, innocence de l’enfance et cruauté de la guerre. C’était il y a déjà dix ans, depuis les films qui ont suivis, - Hellboy 2, Pacific Rim, Crimson Peak - ont manqué de cette recette magique qui nous plaisait tant. The Shape of Water, en compétition à Venise, renoue avec cette forme de conte merveilleux. On y retrouve une créature légendaire, la bonté de petites gens et la sauvagerie des puissants, avec en prime une romance.

Le film (qui sort en France le 17 janvier 2018) débute avec une longue séquence d’exposition pour nous présenter son héroïne (jouée par la fabuleuse Sally Hawkins) depuis son réveil jusqu’à son lieux de travail : elle vit toute seule, son appartement est au dessus d’une salle de cinéma, elle regarde des comédies musicales à la télévision, et elle est femme de ménage dans un centre de recherche scientifique. On va découvrir qu’elle est muette (une handicapée donc), qu’elle n’a pour seuls amis que son voisin âgé et tout aussi solitaire (Richard Jenkins) - il dessine des affiches dont on ne veut plus (un vieux donc) - et sa collègue (Octavia Spencer) femme de ménage comme elle (noire donc). Soit trois personnes qui sont victimes d’un manque de considération autour d’eux. Le film se déroule en fait aux Etats-Unis de 1962 : il faut être conquérant et avoir comme voiture une Cadillac. C’est l’époque de la ségrégation raciale mais aussi d'une homophobie culturelle (un gérant de restaurant le fera bien remarquer), et surtout c’est la guerre froide entre les américains et les communistes russes…

Guillermo del Toro accroche son récit dans un contexte historique (tout comme Le Labyrinthe de Pan ou L'Échine du Diable qui évoquaient la guerre d’Espagne), un ancrage bien réel pour donner une plus grande force de véracité à son histoire de monstre.

Cette histoire se déroule un jour où notre héroïne doit nettoyer un labo avec des traces de sang au sol et même deux doigts arrachés… Les militaires ont capturé un monstre qui est gardé ici dans le plus grand secret : il s’agit d’une grande créature amphibienne qui vit dans l’eau, avec une tête de reptile et des membres palmés (en fait très proche de L'Etrange créature du lac noir de Jack Arnold). Avec autant de curiosité que de naïveté, elle va proposer à la créature un œuf dur de son déjeuner, puis d’autres avec les gestes de son langage de muette. Elle lui fera même écouter des disques de jazz avec un électrophone... Elle est la seule à considérer la créature comme un être différent, et non pas comme un monstre à étudier comme les militaires. Parmi eux il y a le redoutable Michael Shannon qui après avoir torturé (une pratique de l’armée américaine controversée encore aujourd’hui…) le monstre à plusieurs reprises doit obéir à un général : l’ordre est donner de la tuer pour la faire disparaître. Cependant dans l’ombre œuvre un espion russe dont le réseau est intéressé par les capacités inconnues de la créature (on cherche comment envoyer un homme dans la Lune) et qui voudrait l’étudier de manière plus approfondie : cette femme de ménage muette arrive à communiquer avec le monstre ? La créature devient un enjeu de rivalité entre militaires américains et espions russes, mais en secret, elle devient surtout un séduisant ami pour la femme de ménage… Tandis que le monstre s’humanise progressivement au contact de la bonté de la femme, les hommes autour vont devenir des monstres ennemis prêt à tout.

On pourra bien faire quelques reproches à Guillermo del Toro, en premier celui étonnant d’être ici trop francophile avec un début au look un peu trop Amélie Poulain ou une scène de danse avec claquettes en noir et blanc beaucoup trop The Artist (le seul moment en trop qui aurait dû être coupé), mais bien peu en rapport avec ses nouvelles accentuations : il y a ici un peu de pastiche de film noir, un peu d’érotisme, et même un peu d’humour. The Shape of Water se révèle être une fable de monstre en surface qui révèle en fait la monstruosité de l'Homme en profondeur. C'est surtout un plaidoyer pour la différence, pour ceux qui ne sont pas comme les autres. Les Freaks tiennent ici leur revanche.

Venise 2017 : William Friedkin et Paul Schrader en crise de Foi

Posté par kristofy, le 31 août 2017

Pour sa première journée, la 74e Mostra de Venise présente deux films qui interrogent la religion : en compétition First Reformed de Paul Schrader ou avoir vraiment la Foi en Dieu devient incompatible avec la folie des hommes ; et hors-compétition The Devil and Father Amorth de William Friedkin où nos croyances sont défiées, qu'on soit d'un côté ou de l'autre... Dans les deux films la religion est soit un boulier soit une béquille face aux faiblesses de l'Homme, mais il s'agit surtout des deux dernières oeuvres de cinéastes cultes...

First Reformed, de Paul Schrader :
Ethan Hawke est un homme d’église qui décide d’écrire un journal intime pendant un an. Il voudra détruire cette forme très personnelle de prière, peut-être parce qu’il sait que sa santé n’est plus bonne. Un jour à l’église Amanda Seyfried, enceinte, lui demande de passer à la maison pour parler avec son mari : un activiste écologiste très pessimiste à propos de l’avenir et des conséquences des changements climatiques, au point de ne pas vraiment souhaiter qu’un enfant naisse pour grandir sans espoir… Le révérend essaie de le réconforter "le courage est la solution au désespoir, la raison n’apporte pas de solution". Le film est composé jusque là uniquement de plans fixes avec deux personnages qui dialoguent ou avec seulement une voix-off. On se demande où tout cela va conduire mais il faut attendre la suite... First Reformed est le dernier film écrit et réalisé par Paul Schrader, célèbre comme scénariste (Raging BullLa dernière tentation du ChristÀ tombeau ouvert, et surtout Taxi driver) et en tant que réalisateur de films poisseux comme Hardcore où l’année dernière Dog eat dog (à Cannes). On s'attend à ce que First Reformed, surtout centré sur la religion dans sa première partie, glisse vers une forme de violence, et c’est ce qui va suivre. Plusieurs éléments vont conduire le révérend de l’église vers une réflexion extrême, la forme du film même évolue avec des plans en mouvements (dont une séquence mystique) et peu à peu c’est un plan mortel qui se met en place… Si les voies de Dieu sont impénétrables, le révérend va vouloir provoquer un choc parmi sa communauté. Pour Paul Schrader : "Une éducation catholique sous-entend que l'on peut être lavé de ses pêchés dans le sang : c'est intéressant ce concept pour un film. L'humanité est certainement un problème pour la planète, peut-être en particulier ma génération." Même si le festival de Venise ne fait que commencer, Ethan Hawke est déjà parmi les favoris à un prix d'interprétation.

The Devil and Father Amorth, de William Friedkin :
William Friedkin réalise là un documentaire sur la pratique de l’exorcisme, une quarantaine d’années après son grand succès  L'Exorciste qui était l’adaptation d’un roman inspiré d’un possible cas en 1949... Lui-même n’avait jamais assisté à ce rituel, et comme il paraît qu’environ 500000 personnes y ont recours chaque année en Italie, William Friedkin y est allé : pour filmer un exorcisme pratiqué par le prêtre Amorth sur une dame qui a fait appel à lui, pour la neuvième fois ! La femme bien que maintenue par des proches s’agite vivement avec un ‘jamais’ d’une voix gutturale quand le prêtre avec sa prière demande à Satan de quitter ce corps... La séquence est longue, trop longue et pénible, et on se demande si Friedkin a l’intention de convertir ses spectateurs avant que sa démarche ne trouve son intérêt dans la seconde moitié de son documentaire : il montre les images filmées de cet exorcisme à différents médecins (neurologue, psychiatre) pour leur demander leur avis : si une tumeur pourrait expliquer un état de délirium, si une éducation religieuse incite à croire qu’on puisse être victime d’une possession démoniaque… William Friedkin a directement interrogé la salle : "C'est tellement facile d'être sceptique. Est-ce que quelqu'un ici est certain qu'il n'y a pas de Dieu ?"
Un bien étrange documentaire dont le contenu autant que la durée (68 minutes) en ferait un élément de bonus pour une nouvelle édition vidéo de L'Exorciste...