Tour d’horizon des courts métrages présélectionnés pour les César 2018

Posté par MpM, le 25 septembre 2017

On connaît désormais les courts métrages pré-sélectionnés pour les César dans les catégories "meilleur court métrage" et "meilleur court-métrage d'animation". Ils sont au nombre de 36 (24 en prise de vue réelle et 12 en animation), tous choisis par des comités spécifiques constitués de spécialistes du domaine.

Un deuxième tour permettra dans un second temps de déterminer les œuvres véritablement nommées, cette fois par le cortège de votants qui aura la possibilité de les découvrir préalablement sur grand écran ou via les DVD fournis dans le coffret réunissant les nommés.

On retrouve assez logiquement dans les deux listes des films ayant eu une belle carrière en festival et parfois couronnés des prix les plus prestigieux. De manière assez incontournable, il y a par exemple d'anciens sélectionnés cannois (en 2016 ou en 2017, en fonction de leur date de visa) comme La laine sur le dos de Lotfi Achour, Le silence d'Ali Asgari et Farnoosh Samadi, Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia, Decorado d'Alberto Vasquez et Pépé le morse de Lucrèce Andreae. Love de Réka Bucsi, lui,  était à Berlin. Le film de l'été d'Emmanuel Marre a reçu le Prix Jean Vigo. I want Pluto to be a planet again était à Clermont Ferrand et Annecy. L'ogre de Laurène Braibant a été récompensé à Annecy et Grenoble, et ainsi de suite. Tous ceux-là peuvent faire office de favoris, même si les critères de vote demeurent souvent assez obscurs.

Bien sûr, nous avons nous aussi nos chouchous, dont on espère qu'ils figureront dans les listes finales (5 courts métrages et 4 courts métrages d'animation). Ainsi, Noyade interdite de Mélanie Laleu, merveilleuse fable humoristique sur la monétisation à outrance de notre société, et l'ultra moderne solitude des êtres qui ne parviennent pas à y trouver leur place ; La convention de Genève de Benoit Martin, comédie très finement dialoguée qui oppose deux bandes rivales à la sortie du lycée, entre confrontation musclée et recherche de diplomatie (avec un casting de jeunes acteurs époustouflants, ce qui n'est pas peu dire quand on connaît la difficulté à trouver des adolescents qui sonnent juste dans le court métrage) ; Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia, qui porte un regard sensible sur la relation complexe, ténue et intime, entre une mère et son fils devenu chasseur alpin, peut-être sur le point de partir au combat.

Ils pourraient néanmoins être battus sur le fil par des films "à sujet" comme Mare nostrum de Rana Kazhaz et Anas Khalaf (un père syrien prépare brutalement sa fille à la traversée de tous les dangers qui les attend) ou Le silence d'Ali Asgari et Farnoosh Samadi (une petite fille doit traduire les propos difficiles du médecin pour sa mère), sans oublier Le film de l'été d'Emmanuel Marre (déambulation estivale d'un homme paumé qui se prend d'amitié pour le fils d'un ami), ou encore le très classique Marlon de Jessica Palud sur une adolescente qui s'apprête à rendre visite à sa mère en prison.

Côté animation, impossible de passer à côté du nouveau film de Chloé Mazlo, Diamenteurs, qui utilise un matériau intime pour dresser un parallèle sidérant entre le processus qui transforme un diamant brut en pierre ultra formatée, et celui qui fait de même avec les êtres humains. De la même manière, on adore depuis le début l'insolent Decorado d'Alberto Vasquez, qui dévoile un monde effrayant, malsain et dysfonctionnel dans lequel tout n'est que décor et artifice. Sans oublier le très décalé Alphonse s'égare de Catherine Buffat et Jean-Luc Gréco sur un adolescent involontairement en roue libre, le puissant Negative space de Max Porter et Ru Kuwahata, une histoire très simple de connivence entre un père et son fils à travers la confection d'une valise, et Pépé le morse, premier film particulièrement maîtrisé de Lucrèce Andreae, sur une famille confrontée au deuil.

Mais quelles que soient les listes finales (elles seront annoncées le 31 janvier), c'est de toute façon une belle reconnaissance que de figurer dans cette première sélection, qui met la lumière sur le meilleur du court métrage français récent. On ne peut donc que conseiller aux cinéphiles impénitents, amateurs de courts métrages ou simples curieux de regarder les 36 films pour se faire leur propre opinion, et découvrir ainsi les réalisateurs sur lesquels il faut compter.

Les 12 courts métrages d'animation en lice

- A l'horizon d'Izabela Bartosik-Burkhardt
- Alphonse s'égare de Catherine Buffat et Jean-Luc Gréco
- Decorado d'Alberto Vázquez
- Diamenteurs de Chloé Mazlo
- I want Pluto to be a planet again de Marie Amachoukeli et Vladimir Mavounia-Kouka
- L'ogre de Laurène Braibant
- Le futur sera chauve de Paul Cabon
- Love de Réka Bucsi
- Le jardin de minuit de Benoît Chieux
- Mon homme (poulpe) de Stéphanie Cadoret
- Negative space de Ru Kuwahata et Max Porter
- Pépé le morse de Lucrèce Andreae

Les 24 courts métrages en lice

- 1992 Anthony Doncque
- A Brief history of Princess X de Gabriel Abrantes
- Blind sex de Sarah Santamaria-Mertens
- Debout Kinshasa ! de Sébastien Maitre
- Et toujours nous marcherons de Jonathan Millet
- Féfé limbé de Julien Silloray
- Goliath de Loïc Barché
- Goût bacon d'Emma Benestan
- Guillaume à la dérive de Sylvain Dieuaide
- Je les aime tous de Guillaume Kozakiewiez
- La convention de Genève de Benoît Martin
- La laine sur le dos de Lotfi Achour
- Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembre
- Le film de l'été d'Emmanuel Marre
- Le silence d'Ali Asgari et Farnoosh Samadi
- Les bigorneaux d'Alice Vial
- Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia
- Les misérables de Ladj Ly
- Mare nostrum de Rana Kazhaz et Anas Khalaf
- Marlon de Jessica Palud
- Noyade interdite de Mélanie Laleu
- Panthéon discount de Stéphan Castang
- Pas comme des loups de Vincent Pouplard
- Tangente de Julie Jouve et Rida Belghiat

Le box-office estival oublie les LGBTQ

Posté par wyzman, le 23 septembre 2017

Une fois n'est pas coutume, la GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) vient de mettre en ligne un nouveau rapport concernant la visibilité et le traitement de la communauté LGBTQ à travers des œuvres de la pop culture. Cette fois, il est question des films de grands studios sortis cet été, c'est-à-dire entre le 1er juin et le 1er septembre. Et comme vous pouvez vous en douter, le constat est sans appel : les LGBTQ ont encore une fois été oubliés des "gros films".

Le rapport se base donc sur 25 films sortis entre ces dates et les analyse sous le spectre du test Vito Russo. Nommé après l'un des fondateurs de la GLAAD, le test s'intéresse à la présence de personnages LGBTQ, à l'importance donnée à la sexualité du ou des personnages dans chaque film ainsi qu'au poids du personnage LGBTQ au sein de l'intrigue principale. Malgré les sorties de (bons) films tels que Moonlight, Get Out et Les Figures de l'ombre qui ont été des succès critiques et publics, la GLAAD regrette que l'été soit encore un véritable désert pour les projets portés par des personnages issus de la diversité ou de la communauté LGBTQ.

Ainsi, seuls deux films ont réussi le test Vito Russo. Il y a tout d'abord Pire Soirée, une comédie dans laquelle Scarlett Johansson et quatre amies de fac se retrouvent pour une soirée entre célibataires (un flop au box office). Puis vient Do It Like An Hombre, une autre comédie mais cette fois sur un trio d'amis légèrement homophobes qui implose le jour où l'un d'entre eux fait son coming out et tente de changer la mentalité de ses compères. Bien que maladroits et parfois juste offensants, Pire Soirée et Do It Like An Hombre comptent chacun 4 personnages LGBTQ.

Mais le rapport pointe également l'absence cruciale de diversité dans les autres films sortis cet été. De Spider-Man : Homecoming à Dunkirk en passant par Wonder Woman, Baby Driver, La Momie ou encore Hitman & Bodyguard, tous ont échoué au test Vito Russo. Néanmoins, cet échec peut s'expliquer pour certains et en partie par l'intrigue même du film.

A Star Is Born avec Lady Gaga change de date de sortie

Posté par wyzman, le 23 septembre 2017

La nouvelle est tombée il y a quelques heures seulement : le film de Bradley Cooper A Star Is Born ne sortira finalement plus en septembre 2018 mais bien en mai de la même année, le 18 mai pour être plus précis. Le film devait originellement sortir le 28 septembre aux Etats-Unis mais, comme l'indique Variety, une sortie en mai pourrait être bénéfique pour le film de Warner Bros, qui reprend ainsi un créneau porteur pour les drames musicaux (Moulin Rouge) ou les remakes de grands classiques (Gatsby le magnifique).

A Star Is Born pourrait aini profiter d'une projection en avant-première et donc très médiatisée durant le festival de Cannes qui se tiendra justement du 9 au 20 mai. Plus encore, une sortie juste avant l'été permettrait de booster les entrées du musical qui représenterait une bonne alternative pour les cinéphiles lassés des autres blockbusters (Avengers: Infinity War, Star Wars: Han Solo et Deadpool 2).

Pour rappel, A Star Is Born est le troisième remake du film Une étoile est née de William A. Wellman sorti en 1937, puis revu par George Cukor (la version la plus célèbre avec Judy Garland et James Mason, en 1954) et Frank Pierson (avec Barbra Streisand, en 1976).

Le film suit les péripéties d'Ally, une jeune femme qui va réaliser son rêve grâce à l'alcoolique Jackson Maine : devenir une star de la country. Lady Gaga incarnera Ally tandis que Bradley Cooper revêtira les habits de Jackson. Sam Elliott, Andrew Dice Clay et Rebecca Field font également partie de la distribution. Relancée il y a cinq ans, l'idée de ce remake devait réunir Clint Eastwood, Tom Cruise et Beyoncé!

Aucune date de sortie française n'a été dévoilée pour le moment.

Iran: le cinéaste Mohammad Rasoulof privé de passeport et convoqué par la justice

Posté par vincy, le 20 septembre 2017

Grand prix Un certain à Regard à Cannes en mai dernier avec Lerd (Un homme intègre), le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof a reçu une invitation à se présenter devant la justice de son pays après s'être vu confisquer son passeport à l'aéroport de Téhéran, selon une dépêche de l'AFP publiée dans la soirée du mardi 19 septembre.

Depuis ce prix, Mohammad Rasoulof était rentré par deux fois en Iran sans rencontrer de difficultés. Cette fois-ci, il revenait des Etats-Unis.

Vendredi 15 septembre, le réalisateur "a été retenu pendant deux heures à l'aéroport et on lui a confisqué son passeport sans lui fournir la moindre explication", a déclaré à l'AFP Kaveh Farnam, coproducteur d'Un homme intègre. Le film doit sortir le 6 décembre en France, distribué par ARP Sélection. Il vient d'être présenté au festival de Telluride. "On lui a donné une lettre l'invitant à se présenter en personne au parquet chargé des médias et de la culture. Il s'y rendra probablement la semaine prochaine" a ajouté le producteur.

Jamais deux sans trois

On ignore pour l'instant les griefs retenus contre le cinéaste. Déjà, en 2011, il n'avait pas pu quitter le pays pour aller chercher son prix de la mise en scène Un certain Regard pour son film Au revoir, présenté au Festival de Cannes. Quelques mois plus tard, il avait été condamné à un an de prison pour "activités contre la sécurité nationale et propagande", simultanément à la condamnation de Jafar Panahi (six ans de réclusion pour le même motif).

Deux ans plus tard, en 2013, l'Iran avait de nouveau confisqué son passeport alors qu'il devait se rendre dans un festival allemand.

Cette fois-ci, on voit bien ce qui a pu gêner les autorités iraniennes.

Un homme intègre est une histoire dénonçant la corruption et l'injustice dans le pays. Mohammad Rasoulof avait bien reçu l'autorisation de tournage, mais il avait du signer une lettre l'engageant à ne pas faire un film sans espoir. Comme son héros, le cinéaste ne semble pas porter sur le compromis.

Faute d’amour : une oeuvre musicale originale pour accompagner le film d’Andreï Zviaguintsev

Posté par MpM, le 20 septembre 2017

C'est l'un des films les plus remarqués du dernier Festival de Cannes, d'ailleurs couronné du prix du Jury : Faute d'amour d'Andreï Zviaguintsev sort sur les écrans ce mercredi. En parallèle, on peut retrouver depuis lundi dans les bacs sa formidable bande originale composée spécialement pour le film par Evgueni et Sacha Galperine.

La particularité de cette musique est que le réalisateur ne voulait pas que les compositeurs aient vu le film ou en aient lu le scénario avant d'écrire. Ils ont donc dû travailler complètement "en aveugle" proposant leur propre interprétation de l'histoire qu'Andreï Zviaguintsev leur avait simplement racontée au téléphone. Ils n'ont ainsi pu se baser que sur leur propre interprétation du récit et sur les émotions que cela provoquait en eux.

Par exemple, pour composer le morceau 11 Cycles of E, Evgueni Galperine explique qu'il s'est d'abord « imaginé ce qui pourrait se passer dans la tête des parents dont l'enfant a disparu et quand tout leur univers se résume à une seule idée : le retrouver. Une seule idée, donc une seule note, un seul accord, un seul rythme. Je me suis donc mis au travail pour voir si je pouvais faire une musique intéressante avec autant de restrictions et ça a donné au final 11 Cycles of E , le morceau phare du film : son générique de début et de fin. »

Finalement, 4 morceaux (17 minutes) ont été utilisés dans le film, mais 9 titres (30 minutes) figurent dans le disque, comme en prolongement du film dont ils constituent eux-aussi l'univers. C'est d'ailleurs parce que le réalisateur aimait certains morceaux, qui, pour lui, faisaient complètement partie de l’univers de Faute d'amour, sans pouvoir les utiliser dans le film, qu’il a eu l’idée de produire le CD.

Et justement, la musique joue dans Faute d'amour un rôle prépondérant. Délicate et minimaliste, elle complète la mise en scène somptueuse de Zviaguintsev et renforce sa noirceur quasi romantique. C'est donc une vraie chance que de pouvoir découvrir en parallèle du film la totalité de la musique qu'il a inspirée, et qui en renforce la beauté et le mystère.

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3 raisons d’aller voir American Assassin

Posté par wyzman, le 20 septembre 2017

Mercredi dernier, il était impossible de ne pas noter l'abondance de films intéressants à découvrir au cinéma. Aujourd'hui, le choix semble plus évident. Il y a d'une part Ça, la nouvelle adaptation du roman éponyme de Stephen King ; Gauguin, un biopic sur le célèbre peintre incarné par Vincent Cassel ; Mon garçon, le nouveau thriller de Guillaume Canet et Mélanie Laurent… et American Assassin ! Mais pourquoi le film de Michael Cuesta est-il si important ? Voici la réponse.

1. Un scénario couillu. Nouvelle recrue d'une équipe officiant pour le contre-espionnage américain, Mitch Rapp va suivre un rude entraînement mené par Stan Hurley, formateur de la CIA. Face à une vague d'attaques terroristes sans précédent à travers le monde, les deux hommes doivent s'occuper du cas Ghost, un individu aussi dangereux qu'insaisissable ayant pour intention de déclencher une guerre nucléaire. Bien qu'estampillé "action movie pour mecs", American Assassin s'avère vite plus complexe que cela. Et cela se traduit par une séquence d'ouverture complètement folle et émouvante au cours de laquelle le personnage campé par Dylan O'Brien (Mitch) prend toute sa noirceur et son ampleur.

2. Le grand retour de Dylan O'Brien. Star de la série pour ados (mais pas que) Teen Wolf, Dylan O'Brien a été victime d'un grave accident en mars 2016 alors qu'il tournait une de ses cascades pour Le Labyrinthe 3. Résultat : la production du film a été stoppée et la période de convalescence de l'acteur a décalé les tournages de Teen Wolf et d'American Assassin. Et bien qu'on l'ait vu dans Teen Wolf l'hiver dernier, c'est bien American Assassin qui marque le retour de Dylan O'Brien sur les écrans puisque c'est le premier projet sur lequel il s'est rendu une fois rétabli.

3. Un trio sexy à souhait. American Assassin est principalement porté par le duo Dylan O'Brien/Michael Keaton mais la présence de Taylor Kitsch en militaire devenu fou apporte un certain cachet. Habitué des films d'action (X-Men Origins: Wolverine, Battleship, Lone Survivor) l'acteur de 36 ans semble faire le lien entre la nouvelle génération biberonnée aux Transformers et Avengers et une plus ancienne fascinée par les Batman de Tim Burton. Ensemble, ils nous laissent croire que l'Amérique de Donald Trump peut s'en sortir. Un sacré tour de force.

Des rêves sans étoiles, rencontres sensibles dans un centre de détention iranien

Posté par MpM, le 20 septembre 2017

Le documentariste iranien Mehrdad Oskouei a produit et réalisé deux documentaires sur la délinquance de jeunes garçons (Les derniers jours de l'hiver et It's always late for freedom), ce qui l'a naturellement amené à se poser la question du point de vue des jeunes filles. C'est ainsi qu'il a eu l'envie de poser sa caméra dans un centre de détention et réhabilitation pour mineures. Là, il a apprivoisé les jeunes filles présentes, filmant leur quotidien et leur vie au fil des jours, et leur donnant également la parole lors de longs entretiens face caméra.

Son but n'étant en aucun cas la dénonciation d'un quelconque système politique, mais plutôt le questionnement d'un certain "devoir social", Mehrdad Oskouei a fini par obtenir l'autorisation de tourner. Et pour rendre sa démarche la moins "suspecte" possible, il a par ailleurs promis que le film ne serait pas diffusé en Iran. Cette transparence initiale explique probablement la qualité et la force des témoignages qu'il a pu obtenir, de la part de jeunes filles expliquant notamment qu'elles ont été abusées par un membre de leur famille, battues, voire prostituées par des parents drogués mais aussi, parfois, qu'elles se sont révélées elles-mêmes maltraitantes et violentes. La plupart âgées de 16 ou 17 ans, elles ont été arrêtées pour vagabondage, pour vol (parfois à main armée), pour trafic de drogue et même pour meurtre. Certaines sont déjà mariées et ont des enfants. D'autres n'ont plus personnes, ou ne peuvent compter sur leur famille.

Le centre apparaît ainsi moins comme un lieu carcéral que comme un refuge, et l'enfermement comme une procédure de mise à l'abri. Les détenues n'aspirent d'ailleurs pas toujours à leur libération, voire s'effraient de ce retour dans leur famille ou dans la rue. Dans cette attente en forme de parenthèse, voire de pause, le réalisateur prend le temps de les écouter, de les comprendre. Si sa voix, parfois, dissimule mal sa surprise ou son émotion, il ne se met pas en scène, et offre à ses interlocutrices un espace digne et bienveillant qui se refuse à la complaisance. Lorsque la discussion est trop douloureuse, il interrompt la scène, quitte à laisser certains échanges inachevés, presque inaboutis.

Regard intime et personnel

Et que dire des rêves qui donnent leur titre au film ? Sans étoiles, oui, mais aussi souvent sans espoir, sans désir. Quand ils existent. Des rêves sages et minuscules, ou au contraire effrayants. Ce sont sans doute les passages les plus poignants du film, ceux qui font le plus sentir la détresse incommensurable des protagonistes. À quoi pourrait-on bien rêver à 17 ans quand on a déjà vécu toute une vie de souffrance ?

La démarche de Mehrdad Oskouei offre à la fois un regard intime et personnel sur ces destins en lambeaux, et une vision d'ensemble plus théorique qui décortique les mécanismes conduisant un être à tomber dans l'illégalité. On pourrait d'ailleurs se trouver dans n'importe quel pays où il y a de la misère, du désespoir et de la maltraitance, ce qui confère au film une dimension plus universelle que politique, plus humaniste que militante.

On a l'habitude des films venus d'Iran dénonçant l'hypocrisie de sa société et montrant des individus broyés par le système. Ce qui change, avec Des rêves sans étoiles, c'est qu'ici le système n'est plus une appellation un peu vague coupable de tous les maux, mais l'addition d'autres humains dont les mauvais choix, les erreurs, l’indifférence ou la misère ont condamné des enfants à une vie sans espoir. Et face à ce constat, la question n'est plus de savoir quelle est la nature du pouvoir en place en Iran, mais pourquoi cette situation terrible nous semble si familière, quel que soit le pays où on habite.

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Des rêves sans étoiles de Mehrdad Oskouei (Iran)
En salles à partir du 20 septembre

120 battements par minute, candidat français pour les Oscars

Posté par vincy, le 19 septembre 2017

C'était assez logique. Face au poétique Barbara et au satirique Redoutable, le comité de sélection du CNC a choisi 120 battements par minute comme représentant de la France pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

« C’est un film ambitieux, engagé, porté par l’interprétation remarquable d’une nouvelle génération d’acteurs, qui a bouleversé les festivaliers du monde entier, de Cannes à Toronto. Avec 120 battements par minute, Robin Campillo nous offre un film exceptionnel sur un sujet cruellement universel et toujours d’actualité », a déclaré Frédérique Bredin, Présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Coproduit par Pierre Bergé

Le film de Robin Campillo, qui retrace les débuts du mouvement Act-up et le quotidien de jeunes gens atteints du SIDA, dans les années 1990, était un choix logique pour plusieurs raisons. Il a un sujet fort, dramatique, universel. Il est, des trois, le plus populaire avec 610000 entrées en 4e semaine, soit le plus gros succès de l'année pour Memento Films. Il a aussi le plus beau palmarès: Grand prix du jury, prix de la critique international, Queer palm et Prix François Chalais à Cannes, en plus du prix du public au Festival de Cabourg. Il est finaliste des Prix Lux du Parlement européen. Il a été sélectionné à Toronto, Moscou, Melbourne, Helsinki, San Sebastian et sera présenté aux festivals de Londres et New York. Aux Etats-Unis, The Orchard le distribuera à partir du 20 octobre.

Coproduit par Les Films de Pierre (détenue par Pierre Bergé, disparu il y a dix jours), Page 114 (Jacques Audiard), Memento films, FD Production et France 3 Cinéma, 120 battements par minute aura d'abord à passer la première sélection avant d'être "nominable". Pour l'instant, parmi les films candidats, on retrouve plusieurs cannois (Happy End, In the Fade, The Square), le dernier film d'Angelina Jolie (pour le Cambodge) mais aussi des films qui se sont faits remarqués comme Une femme fantastique, Tom of Finland, L'insulte et Fixeur.

« Three Billboards Outside Ebbing, Missouri » triomphe à Toronto

Posté par vincy, le 17 septembre 2017

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri a remporté le très convoité prix du public au festival de Toronto qui s'est achevé ce dimanche 17 septembre. Il succède ainsi à 12 Years A Slave, Le discours d'un roi, Slumdog Millionaire, American Beauty, tous oscarisés, ou La La Land, Room, The Imitation Game, Happiness Therapy, Precious et Tigre et Dragon, tous finalistes aux Oscars.

Une semaine après son Prix du scénario à Venise, le film de Martin McDonagh s'était aussi fait remarqué pour l'interprétation de Frances McDormand, qui semble être promise de nouveau à être nommée à un Oscar (dix ans après sa nomination pour L'affaire Josey Aimes et 20 ans après avoir gagné cette statuette pour Fargo). Woody Harrelson et Sam Rockwell sont aussi au générique de ce polar, programmé pour le 17 janvier 2018 en France. Il raconte l'histoire d'une femme qui déclare la guerre à la police raciste et corrompue de sa ville suite au meurtre de sa fille.

Les deux autres films plébiscités par le public torontois sont I, Tonya, biopic sur la patineuse Tonya Harding, incarnée par Margot Robbie, réalisé Craig Gillespie et Call Me By Your Name, de Luca Guadagnino, avec Armie Hammer et Timothée Chalamet. Cette romance entre un jeune homme de 17 ans et un ami de ses parents lors de vacances d'été sur la Riviera italienne avait été l'un des films les plus remarqués à Sundance en janvier et à Berlin en février.

Côté documentaires, le public torontois a choisi Visages, Villages d'Agnès Varda et JR, présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes.

Parmi les autres prix, Les affamés du québécois Robin Aubert, avec Marc-André Grondin, et Luk'Luk'I de Wayne Wapeemukwa ont remporté respectivement le prix du meilleur film canadien et du meilleur premier film canadien. Le prix FIPRESCI de la critique internationale dans la section découverte a été décerné à l'iranien Ava de Sadaf Foroughi, et dans la section Présentations spéciales à El autor (The Motive) de Manuel Martín Cuenca, d'après le roman de Javier Cercas. Le film est en compétition au prochain festival de San Sebastian.

L'Australien Sweet Country, autre film récompensé à Venise (Prix du jury), a été distingué du prix du jury de la sélection Platform.

La Péniche cinéma menacée de couler

Posté par vincy, le 17 septembre 2017

La péniche Cinéma, soutenue par la maison du court métrage et Shorts TV entre autres, et la péniche Anako sont contraintes de quitter leur quai le 2 janvier 2018 dans le XIXe arrondissement de Paris, situé entre le MK2 Quai de Seine-Loire et le Parc de la Villette. Il y a au total neuf péniches associatives sur ces quais.

La décision est d'autant plus étrange que quatre emplacements supplémentaires ont été créés et que cette zone qui couvre le canal mais aussi le bassin de la Villette est de plus en plus axée sur les loisirs et la culture.

Cette décision est même inquiétante pour la place de la culture associative à Paris. Ces deux péniches installées ici depuis plus de dix ans vont devoir faire place à un projet d’agriculture urbaine avec restauration sur place, et une "péniche-bal" soutenue par le créateur de lieux culturels-festifs "bobos" comme La Rotonde, la Petite Halle de La Villette, les Dock B à Pantin et de la Bellevilloise. La Mairie a lancé l'appel d'offre en mars dernier et cèderait ses amarres pour dix ans en échange de fructueuses rémunérations.

Ce dimanche 17 septembre, une mobilisation conjointe entre les péniches était prévue. Une pétition pour la péniche Cinéma a déjà récolté plus de 10000 signatures, qui s'ajoutent aux 12000 signatures pour sauver la péniche Anako.

Après 10 ans d’exploitation axés sur le quartier, de contraintes administratives rocambolesques où on nous imposait de ne pas faire de bénéfices sous peine d’être virés, lisez donc dans les détails (cf. Marianne du 11 Août 2017 “La Mairie de Paris coule la culture “) ce qu’a décidé la Mairie de Paris : nous virer, nous et la Péniche Anako, au premier janvier 2018 pour mettre à notre place une antenne de La Bellevilloise et à l’emplacement d’Anako, une épicerie flottante appartenant au groupe Carrefour.
J’en appelle à ceux qui ont été diffusés sur ce bateau, y ont été produits, aux écoles de cinéma, aux réalisateurs (trices), aux comédiens (nes), aux Festivals passés par chez nous, à ceux qui sont nés ici et passent maintenant au Forum des Halles, à toutes les associations que nous avons soutenues et/ou reçues gracieusement, à vous Mme Goodall, grande primatologue venue nous rendre visite à plus de 80 ans, aux participants et organisateurs de la Ouishare Fest, du Festival Zéro Wast, aux abonnés du restaurant 100% produits frais que nous avions créé, aux clubbers, aux marié(e)s , aux pacsés, aux hétéros, aux homos, aux riverains, au quartier dans lequel nous vivons depuis 10 ans et où nous nous sentons chez nous.

En fait, le plus gênant dans cette histoire, c'est le changement des règles du jeu. Les péniches sur ces quais devaient être associatives, à but non lucratif. Actives culturellement, ces péniches parvenaient à créer des dizaines d'événements et accueillaient des artistes souvent snobés par les institutions. Désormais, elles sont ouvertes au privé, qui va chercher de la rentabilité, mais qui devront aussi reverser un pourcentage de leurs ventes à la Ville.

Le profit comme seul mobile

On s'étonne ainsi quand le maire socialiste du XIXe arrondissement, François Dagnaud, explique que les projets retenus doivent répondre aux critères suivants (dans Le canard enchainé): "Ouverture sur le quartier et participation aux initiatives locales, valorisation de la voie d'eau et viabilité du modèle économiques." Les deux péniches menacées semblaient répondre à ces critères, mais, sans doute jugées pas assez profitables (en même temps, ça leur était interdit).

La mairie n'a pour l'instant présenter aucune alternative. Des emplois sont menacés, aucun nouveau lieu d'amarrage n'est trouvé. Il reste à savoir si le Conseil de Paris va oser sabrer dans ces symboles culturels au nom du respect de la loi Sapin 2 qui oblige à mettre en concurrence les occupants du domaine public (rien ne les obligeait à changer les modes d'attribution en voulant faire du profit un critère indispensable).

Un recours devrait être déposé. L'affaire devrait se terminer au tribunal. Face à face, la marchandisation d'un espace public gentrifié et deux associations alternatives et populaires déterminées à rester à quai. Touchées mais pas coulées.

Edit : à noter qu'un appel à solidarité a été lancé par Frank Delrieu, responsable de l’association de la péniche cinéma. Il est disponible en ligne sur le site GoFundMe.