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5 bonnes raisons d’aller voir Equalizer 2

Posté par wyzman, le 17 août 2018

Quatre ans après le premier Equalizer qui avait ravit la presse et le public, Antoine Fuqua et Denzel Washington rempilent pour une nouvelle et périlleuse mission de Robert McCall. Voici 5 bonnes raisons d'aller voir cette suite sombre et spectaculaire.

1. C'est un bon divertissement d'été. Quatre ans après les événements du premier film, Robert McCall est toujours un agent des services secrets américains à la retraite. Reconverti en chauffeur Lyft (le concurrent d'Uber), McCall est contraint de reprendre les armes après que sa "seule amie" Susan Plummer a été retrouvée morte dan un hôtel de Bruxelles. Elle était sur la piste d'une organisation particulièrement douée pour camoufler des meurtres. Si le pitch ne révolutionne pas le genre du film d'action, force est de reconnaître que l'on apprécie fortement ce récit où les méchants finissent par être punis.

2. Denzel Washington est parfait en chauffeur le jour, justicier la nuit. Les plus réticents diront que notre papy cinématographique préféré tourne en rond dans cette suite mais il n'en est rien. Cette décennie, il a simplement décidé d'enchaîner les blockbusters où il joue les action hero (Le Livre d'Eli, Sécurité rapprochée, Equalizer) et les drames à Oscars (Fences, Flight, L'Affaire Roman J.) Ces contrastes lui réussissent et dans Equalizer 2, il s'avère encore plus convaincant que dans le premier volet. Son personnage pleure toujours la mort de sa femme et le décès de sa vieille amie pourrait bien le faire avancer plus qu'on le pense !

3. Les scènes de combat valent le détour. On ne le dira jamais assez mais une scène de combat n'a d'intérêt que si elle est bien chorégraphiée, utile à l'intrigue globale et parfaitement interprétée. Avec Denzel Washington et la réalisation d'Antoine Fuqua, tous ces critères sont ici réunis. Qu'il s'agisse de venger une amie assassinée de sang froid ou une jeune stagiaire violée, Denzel Washington donne de sa personne et on ne peut qu'apprécier cela. A 63 ans, l'acteur oscarisé pour Glory et Training Day ne saute peut-être pas en parachute comme Tom Cruise dans le dernier Mission : Impossible mais il n'a clairement rien à lui envier.

4. Ashton Sanders est de la partie. A seulement 22 ans, cet acteur américain est déjà une star. On l'a découvert l'an dernier dans le sublime Moonlight et depuis, son visage ne cesse de nous hanter. Absolument parfait en adolescent noir qui tente d'apprivoiser ses désirs et son homosexualité, il nous a plus qu'émus. Dans Equalizer 2, il campe un adolescent aux mauvaises fréquentations mais à la créativité certaine. Un rôle en forme de continuité. En plus d'avoir fait une apparition dans Straight Outta Compton, il sera prochainement à l'affiche de Captive State de Rupert Wyatt, Native Son de Rachid Johnson et All Day and a Night de Joe Robert Cole !

5. L'humour nous donne envie d'un troisième volet. Interviewé par Le Parisien, Denzel Washington a préféré calmer les ardeurs des journalistes concernant une suite. Mais c'est sans doute parce que ce second volet alterne à merveille les moments de réflexion brumeuse et les piques comiques que l'on ne peut s'empêcher d'imaginer un ultime chapitre qui nous montrerait Robert McCall heureux et pas simplement serein après avoir réglé leurs comptes aux méchants. On ne spoilera personne en affirmant que notre réplique préférée demeure : "- Putain mais t'es qui ? - Ton père. Ta mère te l'a juste pas dit !"

Les rencontres animées de l’été (5/6) : Boris Labbé, réalisateur de La chute

Posté par MpM, le 17 août 2018

A l'occasion de cette pause estivale, Ecran Noir part à la rencontre du cinéma d'animation. Six réalisatrices et réalisateurs de courts métrages parlent de leur travail, de leurs influences et du cinéma en général.


Pour ce cinquième épisode, nous avons posé nos questions à Boris Labbé, artiste et réalisateur français révélé en 2012 avec Kyrielle, notamment récompensé par une mention spéciale du jury au festival d'Annecy. Ses oeuvres suivantes (Danse macabre, Rhizome, Orogenesis...) ont fait le tour des festivals internationaux.

En mai dernier, son dernier court métrage La chute était présenté en séance spéciale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, puis à AnimaFest à Zagreb (où il a remporté le Grand Prix), à Annecy (Prix Fipresci) et Vila do Conde (Grand Prix). Le film est une oeuvre foisonnante et singulière qui prolonge le travail du réalisateur autour des motifs de la boucle et de la métamorphose.

Inspiré de Dante, dont il est une évocation hypnotique et puissante, il montre un ordre du monde bouleversé par la rencontre entre les habitants du ciel et ceux de la terre. Se mêlent alors des images en perpétuel mouvement et une musique envoûtante et intense qui transforment le film en expérience sensorielle unique.

Ecran Noir : Comment est né le film ?

Boris Labbé : L'idée du film est née pendant que je travaillais sur mon précédent projet Rhizome, alors que je me décidais à plonger pour la première fois dans la lecture de Dante. Cette lecture a vraiment été révélatrice pour moi, c'est évidemment un texte majeur, mais d'un point de vue plus personnel je sentais que mon travail d’animation pouvait avoir quelque chose à faire avec cette oeuvre. L'obsession de faire quelque chose sur L'Enfer est née. Après mûre réflexion, je décidais de ne pas en faire une adaptation directe, il me fallait faire comme un "pas de côté" nécessaire à sa digestion. Cette attitude m'a permis de me libérer de la référence.

EN : Il y a dans le film de nombreuses références picturales et artistiques qui semblent convoquer toute l'histoire de l'Humanité. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

BL : Si je reprends le texte de Dante, son périple se déroule dans une sorte de "structure topographique" renfermant les âmes des hommes ayant vécus dans le passé, classées en fonction de leurs actions sur terre. Chez Dante, toute l'histoire de l’Humanité est convoquée grâce à sa rencontre avec de nombreux personnages célèbres. Dans mon film, je ne m’intéresse pas à l'individu mais plutôt aux mouvements de masse, parsemés de détails évocateurs qui viennent frapper notre mémoire. On n'est pas loin de l'art de la mémoire, cette discipline inventée par les Grecs puis reprise et transformée jusqu'à la Renaissance, fondée sur des "images" et des "lieux".
Pour construire mon film j'ai en effet utilisé de nombreuses références venant de l'histoire de l'art européen. Parmi les artistes clairement cités, je peux nommer Bosch, Bruegel, Botticelli, Goya et Henry Darger.

EN : Pouvez-vous nous parler également de vos choix esthétiques ? Comment se sont-ils faits ?

BL : J'ai choisi de travailler à l'encre de Chine sur papier. Cette technique me permet un travail de matière unique, que l'ordinateur ne pourrait rendre. Mes images sont principalement en noir et blanc avec des niveaux de gris subtils sur fond noir. Je cherchais un rendu lumineux pour les personnages et les décors, pour les rendre électriques et vivants. Le fond noir évoque le vide, la nuit et il donne une sensation proche du cauchemar. Des touches de couleurs vives parsèment l'écran. La couleur sur fond de noir et blanc attire le regard et ponctue l'espace visuel. L’utilisation du rouge vif évoque la vie, les organes, le sang, et donc aussi la mort.
Le style d'animation développé dans le film est assez particulier : à la fois en métamorphose perpétuelle tout en conservant un ordre par répétition. Cela évoque la création, la vie et engage un rapport hypnotique aux images. Le chaos se glisse parfois dans ces paysages animés, créant différentes ruptures dans le film. Ce film est probablement plus cinématographique que mes précédents, pour son travail du rythme, des cadrages, bien qu'on soit loin d'un montage "classique". Pour la musique, j'ai laissé mon ami compositeur Daniele Ghisi donner le meilleur de lui-même. Il a travaillé sa composition musicale à partir d'une base de données existante d’enregistrements de quatuors à cordes, transformés et agencés électroniquement. Le parti pris est fort et rebute parfois certaines personnes, mais nous assumons nos choix, le spectateur n'est pas pris avec des pincettes.

EN : Quel a été le principal challenge au moment de la réalisation ?

BL : Pendant la presque totalité du processus de fabrication du projet, je n'étais pas sûr d'aimer mon film, c'était les montagnes russes émotionnelles. J'ai souvent cru que j'étais en train de rater quelque chose, de passer à côté du projet... C'était difficile de travailler et donner 100% de mon énergie dans quelque chose d'inconnu, je partais vers une exploration qui était nouvelle pour moi et pour laquelle il n'y avait pas vraiment de précédent.
Ensuite, il y avait évidemment des challenges techniques, le travail manuel, le travail d'ordinateur, la gestion de l'équipe, les deadlines... mais heureusement j'étais très bien entouré, l'équipe de production, mes animateurs, stagiaires et techniciens étaient tous supers !

EN : Quel genre de cinéphile êtes-vous ?

BL : Je pense que j'ai une culture du cinéma en général assez moyenne. Il y a beaucoup de classiques que je n'ai pas encore vus, mais je rattrape cette lacune quand je peux. En fait, je ne suis pas un grand "consommateur" de films. Aujourd’hui, le cinéma est lié à la consommation de masse et même si je ne fais pas exception, je prends un peu de distance avec cette tendance. Par contre, lors de moments de recherches personnelles, je peux passer des jours à chercher des petites pépites filmiques que je n'aurais pas encore découvertes. Mes recherches m'amènent souvent vers le cinéma d'avant-garde, cinéma expérimental, art vidéo, mais bien sûr des courts et longs métrages plus "classiques". Donc ma culture cinématographique est assez incomplète et très ciblée je pense. Et malheureusement, je vois beaucoup de choses sur internet en mauvaise qualité... Là où je me rattrape, c'est lors de mes voyages en festivals, je vois beaucoup de films produits chaque année, surtout des courts métrages et surtout de l’animation.

EN : De quel réalisateur, qu’il soit ou non une référence pour votre travail, admirez-vous les films ?

BL : Il y a beaucoup de réalisateurs que j’admire, alors c'est difficile de faire un choix. Mais je vais profiter de la question pour donner un nom presque inconnu en France : José Val del Omar. C'est un réalisateur d'avant-garde espagnol (1904-1992), aussi inventeur de dispositifs radio, dispositifs de projection, de son, et de techniques de filmage. Il a été oublié pendant presque 20 ans. Les jeunes cinéastes espagnols ainsi que de grandes institutions telles que le Musée Reina Sofia de Madrid ont participé à sa redécouverte récemment. Il s’intéressait au cinéma comme forme poétique, proche du documentaire, du film d'avant-garde et des tentatives du "cinéma augmenté". Son travail cinématographique le plus abouti est le "Tríptico Elemental de España", mais il a aussi anticipé les dispositifs d'installation vidéo alors qu'à l’époque peu d'artistes travaillaient dans ce sens. Malheureusement, beaucoup de ses travaux sont inachevés, voire détruits, mais j'admire la démarche de l'artiste pour ces films, pour son rapport complexe au médium cinéma et pour la générosité de sa recherche.

EN : Quel film (d’animation ou non) auriez-vous aimé réaliser ?

BL : J'ai beaucoup de mal à répondre à cette question, car je suis impressionné par beaucoup de films que j'admire mais que je ne me verrais pas réaliser moi-même ! Mais peut-être que je peux citer Canon de Norman McLaren. Il comprend tout ce que j'aime chez ce réalisateur, une certaine simplicité, une vraie sensibilité et un travail théorique sous-jacent. C'est un travail certainement fondateur pour ma pratique.

EN : Comment vous êtes-vous tourné vers le cinéma d’animation ?

BL : A la base, je viens du dessin et des arts plastiques, grâce à une formation aux Beaux Arts. A cette époque, le cinéma ne m’intéressait pas spécialement, en tout cas ça n'était pas une obsession comme aujourd'hui.
Encore aux Beaux Arts, je sentais le besoin d'aller chercher dans de nouvelles directions et je pensais que mon travail pouvait avoir quelque chose à faire avec l'animation. Mon idée était de devenir plutôt vidéaste, je visais plus la salle d’exposition et les installations que la salle de cinéma.
Je suis finalement entré dans une école de cinéma d'animation, dans laquelle j'ai développé des projets hybrides, entre cinéma expérimental et installation.
Ensuite c'est le succès d'un de mes films étudiant en festival qui m'a poussé vers le cinéma : ce film (Kyrielle) m'a permis de rencontrer mon producteur chez Sacrebleu.
Le chemin de mon travail vers le cinéma a donc pris plusieurs années. Aujourd'hui, je me sens plus cinéaste que plasticien, mais l'envie de revenir vers des explorations plus liées à l'espace d'exposition revient régulièrement.

EN : Comment vous situez-vous par rapport au long métrage ? Est-ce un format qui vous fait envie ou qui vous semble accessible ?

BL : Le long métrage n'est clairement pas ma priorité. Mais c'est aussi vrai que cela m’intéresserait de chercher une idée pour faire un film expérimental qui tiendrait sur la longueur, un jour. D'un autre côté, je ne pense pas que cela soit inaccessible. Dans mon cas, il faudrait savoir travailler avec des budgets restreints, ce qui permettrait de garder une liberté artistique et ne pas basculer vers la course aux remboursements du film. Cela dit, je pense que ce genre de projet reste très périlleux et difficile à tenir.

EN : Comment voyez-vous l’avenir du cinéma d’animation ?

BL : Le cinéma d'animation est de plus en plus reconnu, la production et l'industrie augmentant chaque année, ça parait un bon espoir pour l'avenir. Il est clair que nous n'avons pas la même reconnaissance que la prise de vue réelle et je pense que cela va durer encore longtemps malheureusement. De mon côté, je n'aime pas trop faire de pronostics, mon économie personnelle ne me projetant pas plus loin qu'à un an ou deux dans l'avenir... Je suis aussi loin d'être clairvoyant sur l'état de l'industrie du cinéma d'animation pour pouvoir me prononcer. J'espère juste que la production de film d’animation continuera à être florissante, et surtout j'espère qu'il restera encore des libertés aux cinéastes du futur. Parfois, le travers d'une industrie trop productive et trop bien réglée, c'est qu'elle risque de se tourner vers la facilité et le stéréotype. Selon moi, il faudrait ne pas oublier que tout art a besoin de laboratoires et d'espaces de liberté nécessaires au renouvellement. De la formation en école d'art jusqu'à la vie professionnelle, laissons des espaces aux artistes pour la recherche et l'innovation dans leurs domaines respectifs, autant du point de vue technique et conceptuel qu'esthétique.

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Aretha Franklin (1942-2018): Little Prayer & Big Respect

Posté par vincy, le 16 août 2018

C'était, sans aucun doute, l'une des plus belles et des plus grandes voix de la soul, la pionnière, bien avant Whitney, Beyoncé et Rihanna. Lauréate de 11 Grammy Awards en tant qu'interprète R&B, Lady Soul, ou The Queen of Soul, etait une légende avec 75 millions d'albims vendus et des tubes comme Respect, A Natural Woman, Chain of Fools, Spanish Harlem, Think, I say a little prayer, Jump to hit, A Rose is still a Rose, I Never Loved a Man the Way I Love You...  Aucune autre chanteuse n'a eu autant de singles classé dans le Top 100 américain. Elle aura été la première femme élue au Rock'n'Roll Hall of Fame, le panthéon américain du rock et de la musique populaire.

Aretha est morte ce 16 août 2018, à l'âge de 76 ans, d'un cancer du pancréas, après nous avoir enchantés pendant 61 ans de carrière. Femme engagée, diva respectée, monstre sacré, elle n'a fait que deux apparitions au cinéma, dont cette fameuse séquence dans The Blues Brothers, où elle reprend Think. Elle reprendra son rôle de gérante du Soul Food Café dans la suite, Blues Brothers 2000.

Toujours pour le cinéma, elle reprend la chanson des Rolling Stones Jumpin' Jack Flash, utilisée dans la BOF du film avec Whoopi Goldberg. On l'entendra dans un autre film avec Goldberg , Sister Act 2 avec A deeper Love.

Ses tubes sont si indémodables qu'ils ont souvent été utilisés pour le cinéma.

Dans Recherche Susan Désespérément, avec Madonna, qui fête ses 60 ans aujourd'hui, on peut ainsi entendre Respect, tandis que dans Les Affranchis, de Martin Scorsese, c'est Baby I Love You qui est utilisée. Scorsese se servira de Do Right Woman, Do Right Man dans Les nerfs à vif.

Celle qui effectuera une tournée avec Martin Luther King, puis chantera lors de ses funérailles en 1968, sera dans la BOF de Malcom X, avec Someday We'll All Be Free. Dans Ali, c'est la chanson Ain't No Way qui est choisie. Sans oublier dans l'oscarisé Moonlight, où l'on a droit à One Step Ahead.

Respect, on l'entend dans Forrest Gump et Le journal de Bridget Jones, tandis qu  Chain of Fools passe dans Les experts (Sneakers), Michael et L'Affaire Pélican, avec Julia Roberts.

Et justement, si on doit en retenir une seule c'est plutôt l'hommage déridant à son répertoire lors d'une scène de restaurant cocasse, avec la même Julia et des homards, dans Le mariage de mon meilleur ami. Say a little prayer for you Lady.

Mulan : Le tournage du prochain live-action de Disney a débuté

Posté par wyzman, le 16 août 2018

Disney a annoncé la nouvelle en début de semaine : le tournage de l’adaptation en live-action de son classique de 1998  vient de débuter.

Un film particulièrement attendu

Attendu pour le 25 mars 2020 dans les salle françaises, le film de Niki Caro sera tourné entre la Chine et la Nouvelle-Zélande. Le film d'animation tout comme le live-action raconte les aventures légendaires d’une jeune fille courageuse et sans égal qui doit se faire passer pour un homme afin de protéger son pays des Envahisseurs du Nord. Hua Mulan, la fille aînée d’un ancien grand soldat, est aussi vive d’esprit que déterminée. C’est lorsque l’Empereur émet le décret selon lequel un homme de chaque famille doit servir l’Armée Impériale, qu’elle décide de prendre la place de son père malade, Hua Jun, et de se faire passer pour lui, devenant ainsi l’un des plus grands guerriers que la Chine ait jamais connus.

Le scénario de ce blockbuster est signé Rick Jaffa et Amanda Silver tandis que la célèbre guerrière sera incarnée par Liu Yifei, que vous avez pu voir dans la série Once Upon A Time. Elle sera accompagnée sur grand écran de Donnie Yen (Rogue One),  Jason Scott Lee (Tigre et Dragon 2),  Yoson An (En Eaux troubles), Utkarsh Ambudkar (Pitch Perfect), Ron Yuan (Marco Polo) et Tzi Ma (Premier contact).

En 1998, le film d'animation Mulan a rapporté plus de 300 millions de dollars dans le monde, dont 120 aux Etats-Unis. Après les succès d'Alice au pays des merveilles, Maléfique, Cendrillon, Le Livre de la Jungle et La Belle et la Bête, il ne fait aucun doute que le live-action Mulan ravira petits et grands au moment de sa sortie. Enfin, dans la longue liste des live-action de Disney à venir, nous pouvons déjà citer Dumbo (27 mars 2019), Aladdin (22 mai 2019), Le Roi Lion (17 juillet 2019) et Maléfique 2 (27 mai 2020).

Les reprises de l’été: Spike Lee et Mel Brooks

Posté par vincy, le 15 août 2018

Do the right thing de Spike Lee (1989)

L'histoire: À Brooklyn, c’est littéralement le jour le plus chaud de l’année. Mookie, un jeune afro-américain, est livreur à la pizzeria du quartier, tenue par Sal et ses deux fils, d’origine italienne. Chacun vaque à ses occupations, mais la chaleur estivale va bientôt cristalliser les tensions raciales.

Pourquoi il faut le voir? Avant la sortie le 22 août de son dernier film, Blackkklansman, Grand prix du jury à Cannes, il est indispensable de revoir l'un des meilleurs films du cinéaste, un pizza aux saveurs italo-afro-américaine. Ce qui est le plus triste en revoyant cette pépite c'est bien qu'elle est toujours d'actualité. La canicule new yorkaise n'aide pas: la tension grimpe au rythme du thermomètre. Spike Lee évoque déjà la discrimination positive, le whitewashing, le racisme, la violence qui l'accompagne, la brutalité policière évidemment. Déjà il politise son propos avec des citations de Martin Luther King le pacifiste et Malcom X le révolutionnaire. Il questionne la moralité des actes, la justification d'une émeute, et fait dialoguer apôtre de la non violence avec défenseur de la légitime offense. Film controversé pour son message ambivalent et ses dialogues crus (avant Tarantino, Spike Lee avait d'ailleurs abusé du mot Fuck dans ce film), il a quand même récolté pas mal de lauriers dont deux nominations aux Oscars et une sélection en compétition à Cannes. Car, au final, beaucoup considère que c'est le meilleur film du réalisateur. En tout cas son plus fondateur. Peut-être aussi parce que, pour la première fois, un cinéaste afro-américain filmait frontalement le cancer de l'Amérique.

Les producteurs de Mel Brooks (1968)  - sortie le 22 août

L'histoire: Jadis célèbre producteur à Broadway, Max Bialystock est désormais contraint de soutirer de l’argent à de riches octogénaires libidineuses en faisant le gigolo. Un jour débarque le timide et névrosé Leo Bloom, chargé de vérifier ses comptes. Constatant certaines irrégularités, le comptable fait remarquer qu’il y aurait beaucoup d’argent à se faire en montant un spectacle qui s’avérerait être un flop immédiat. Les deux comparses décident de s’associer et tombent sur le projet parfait : une comédie musicale intitulée Le Printemps d’Hitler, écrite par un certain Franz Liebkind, faisant l’apologie du Troisième Reich. Max et Leo sont persuadés qu’ils tiennent là un four assuré. Mais le public sera-t-il du même avis ?

Pourquoi il faut le voir? D'abord parce que c'est toujours un régal de voir un Mel Brooks, d'autant plus que c'est son premier long métrage. Avec son réalisateur inexpérimenté, le tournage connu pas mal de mésaventures. Et pourtant, c'est délirant, déjanté, fou, absurde, hors-limites. Influencé par le Dictateur de Chaplin, il va d'ailleurs très loin avec sa chanson-tube Springtime for Hitler. Pas étonnant que le film ait été censuré en Allemagne. Brooks a par ailleurs obtenu l'Oscar du meilleur scénario pour cette fantaisie parodique où il se moque de l'industrie de l'entertainment, des Nazis et d'une Amérique sans valeurs (il reproduira le même schéma avec le remake de To be or not to be). C'est aussi le plaisir de revoir Gene Wilder dans un de ses plus grands rôles. Le film, aujourd'hui considéré comme l'une des plus grandes comédies américaines, a failli passer à l'as. La première à été un échec. le studio voulait d'emblée s'en débarrasser. Il a fallu que Peter Sellers fasse un peu de pub pour que Les producteurs survive. Malgré tout, les critiques étaient divisées entre ceux qui haïssaient cette proposition et ceux qui l'adoraient. Avec le temps, ce film fou est rentré dans le patrimoine. Et une comédie musicale a été mise en scène à Broadway au début des années 2000. Mel Brooks a écrit une version pour la scène, avec Nathan Lane et Matthew Broderick, qui a tenu 2500 soirs et gagné 12 Tony Awards. Puis il a écrit une adaptation de la comédie musicale de Broadway pour le cinéma, toujours avec Lane et Broderick, et Uma Thurman en bonus, en 2005. C'est hystérique et dingue depuis le début cette histoire...

Trois bonnes raisons d’aller voir Capitaine Morten et la reine des araignées de Kaspar Jancis

Posté par MpM, le 15 août 2018

Morten rêve de prendre le large à bord de La Salamandre, avec son père le Capitaine Vicks, mais il doit rester à terre chez l’autoritaire Annabelle. Avec son complice Stinger, Annabelle veut s’emparer du bateau, persuadée qu’il cache un trésor de pirates. Pour déjouer leurs plans, Morten va être entraîné dans une aventure fantastique. Réduit à la taille d’un insecte par un magicien farfelu, c’est dans le monde de la Reine des araignées qu’il va devoir conquérir ses galons de capitaine.

Adaptation évidente


Kaspar Jancis est un metteur en scène, compositeur et scénographe estonien qui a obtenu le Cartoon d’or du meilleur court-métrage d’animation européen avec son film Crocodile en 2010. Capitaine Morten et la reine des araignées, qui est son premier long métrage, mais aussi son premier film en stop motion, est l'adaptation d'un livre pour enfants qu'il avait écrit en 2010 et pour lequel il avait également composé une musique.  Devenu un best-seller, l'ouvrage est populaire auprès du public estonien, et a notamment été décliné en une émission de radio. Assez logiquement, Nukufilm a ensuite eu l'idée de l'adapter pour le cinéma, dans une version qui mêle l'animation classique de marionnettes à des images de synthèses utilisées notamment pour les éléments liquides comme l’eau.

Conte joyeusement cruel


Le cinéma pour enfants ne nous a pas franchement habitués aux bizarreries qui émaillent Capitaine Morten. Alors que l’intrigue se veut au départ presque réaliste (un petit garçon, malheureux parce que son père est toujours en voyage, se rêve capitaine à son tour), de nombreux éléments cocasses ramènent l’histoire du côté du conte étrange et cruel : les marins transformés en beignets, la chrysalide qu’on laisse mourir de faim, le jeune garçon sans cesse humilié... La dureté de certains personnages (et leur transformation soudaine en insectes) accentue cette sensation d’un imaginaire enfantin déformé et irrévérencieux. Il est extrêmement plaisant de voir ainsi bousculée la mièvrerie gentille de la plupart des œuvres jeune public, sans pour autant traumatiser le spectateur.

Poésie de l’étrange


Lorsque le film bascule dans le monde fantastique miniaturisé des insectes, l’étrangeté est brusquement érigée en règle absolue. Comme l’existence de Morten, le film prend alors un tour plus inquiétant mais aussi plus poétique. Ces insectes anthropomorphes voguant à l’aventure sur une étendue d’eau gigantesque pour eux à quelque chose de profondément onirique qui contamine la tonalité du récit. L’absurde et le bizarre prennent alors possession de l’intrigue, permettant au film d’affirmer sa singularité, et aux jeunes spectateurs de se découvrir prêts pour des aventures moins conventionnelles, et donc forcément plus amusantes.

Locarno 2018: A Land Imagined couronné, le docu de Yolande Zauberman distingué

Posté par vincy, le 12 août 2018

Les femmes sont à l'honneur dans les différents palmarès du 71e Festival du film de Locarno, avec 12 réalisatrices récompensées sur 25 films primés. Le singapourien Yeo Sew Ha a remporté le prestigieux Léopard d'or avec A Land Imagined. Premier film en compétition venu de l'île-Etat de Singapour, ce film social sur la précarité et l'ultramoderne solitude tourne autour d'un immigré chinois recherché par un inspecteur de police. L'œuvre symbolise finalement assez bien ce que Carlo Chatrian, directeur artistique du Festival, expliquait sur cette sélection dont "la recherche esthétique d’une forme en phase avec une réalité qui change rapidement, où les images semblent omniprésentes, racontent un monde où l’homme n’est pas encore la mesure de toutes choses." Aevec les codes d'un polar, une plastique très Wong Kar-wai grâce au chef op japonais Hideho Urata, il signe une critique insidieuse de la réussite "de façade" de Singapour.

M de Yolande Zauberman a reçu le Prix spécial du jury avec un documentaire autour d'un scandale ignoré, ou presque, sur une affaire de pédophilie chez les ultra-orthodoxes de Tel Aviv. La réalisatrice de Moi Ivan, toi Abraham (1993) filme ainsi la confession de Menahem Lang, qui a aujourd'hui 35 ans, et qui fut violé lorsqu'il était enfant par plusieurs hommes de la communauté hassidique à laquelle il appartenait.

Tarde para morir joven de la chilienne Dominga Sotomayor, chronique d'adolescents durant un été 199, a récolté le Prix de la mise en scène. Les deux prix d'interprétations ont été décernés à la jeune roumaine Andra Guti pour Alice T. de Radu Muntean, jeune femme qui cumule les problèmes, à commencer par une grossesse non désirée, et au vétéran sud-coréen Ki Joo-Bong pour Gangbyun Hotel (Hotel by the River) de Hong Sangsoo, mélopée rohmérienne désillusonnée, qui incarne un vieux poète seul dans un hôtel.

Une mention spéciale a été attribué à Ray & Liz de Richard Billingham, film inspiré de sa propre enfance, où il dépeint le quotidien singulier de ses parents, en marge de la société, brisant les tabous sociaux.

Les autres prix

Prix Variety Piazza Grande

Le vent tourne de Bettina Oberli

Section Cinéastes d'aujourd'hui
Pardo d’or: Chaos de Sara Fattahi
Prix du meilleur cinéaste émergent décerné par la ville et la région de Locarno: Dead Horse Nebula de Tarik Aktass
Prix spécial du jury Ciné+: Closing Time de Nicole Vögele
Mentions spéciales: Fausto d'Andrea Bussmann et Rose, personnage de L’époque de Matthieu Bareyre

Signs of Life
Prix du meilleur film: The Fragile House (Hai shang cheng shi) de Lin Zi
Prix de la Fundación Casa Wabi y Mantarraya: Le discours d'acceptation glorieux de Nicolas Chauvin de Benjamin Crotty

Premiers films
Prix Swatch de la meilleure première œuvre: Alles ist Gut d'Eva Trobisch
Swatch Art Peace Hotel: Rugstus miskas (Acid Forest) de Rugil? Barzdziukaité
Mention spéciale: Tirss, rihlat alsoo'oud il almar'i (Erased, ascent of the Invisible) de Ghassan Halwani

Les rencontres animées de l’été (4/6) : Justine Vuylsteker, réalisatrice d’Etreintes

Posté par MpM, le 10 août 2018

A l'occasion de cette pause estivale, Ecran Noir part à la rencontre du cinéma d'animation. Six réalisatrices et réalisateurs de courts métrages parlent de leur travail, de leurs influences et du cinéma en général.


Pour ce quatrième épisode, nous avons posé nos questions à Justine Vuylsteker, cinéaste d'animation française révélée en 2015 avec Paris, l'un des films de la collection « En sortant de l’école » consacrée à Robert Desnos, qui mêlait papier, sable et végétaux.

Après s'être familiarisée avec la technique spécifique de l'écran d’épingles lors d'un atelier donné par la réalisatrice Michèle Lemieux à Annecy, elle a réalisé son premier court métrage professionnel avec cet objet unique et singulier qui permet de travailler directement la matière et de littéralement sculpter les ombres. Le film, bien nommé Etreintes, a fait sa première mondiale à Annecy en juin dernier. Il s'agit d'une oeuvre à l'extrême délicatesse, qui revisite dans un jeu intime et sensuel de noirs, de blancs et de gris, le motif universel du désir et des élans amoureux.

Ecran Noir : Comment est né le film ?

Justine Vuylsteker : Ce film est né d’avoir pu travailler avec un outil comme l’écran d’épingles. C’est en ayant été confrontée à cet instrument, ses possibilités plastiques et son histoire, que la première étincelle, qui a donné ensuite Etreintes, a pu jaillir. On pourrait presque dire que le film est la mise en forme des sensations que j’ai ressenties en travaillant avec l’Epinette, l’extrême sensualité de sa matière, l’ambiguïté de sa force et de sa fragilité simultanées et le sentiment de m’engouffrer dans une temporalité où présent et passé se confondent.

EN : Justement, Etreintes est le premier film réalisé en France avec un écran d'épingles, depuis la disparition de ses créateurs Alexandre Alexeïeff et Claire Parker au début des années 80. Pouvez-vous nous dire quelques mots de cette technique singulière ?

JV : Les écrans d’épingles sont effectivement des instruments rares, fruits de la rencontre d’Alexandre Alexeieff et Claire Parker, qui ensemble, ont passé leurs vies à inventer et perfectionner cette technique si singulière : utiliser des épingles pour pouvoir sculpter leurs ombres, et réussir à animer des blancs, gris, noirs, d’une extrême richesse. Après la mort du couple, il n’est longtemps resté qu’un seul écran en activité, celui qu’ils avaient confié à l’Office national du Film du Canada. C’est grâce à l’initiative du Centre national de la Cinématographie et à l’effort conjugué de Jacques Drouin et Michèle Lemieux, les cinéastes de l’écran montréalais, qu’un autre écran Alexeieff-Parker a pu refaire son entrée dans le paysage de la production d’animation. C’est seulement en 2015, après plusieurs années de restauration, que l’Epinette, dernier écran construit par le couple en 1977, a pu être remis entre les mains de réalisateurs.

EN : L'écran d'épingles impose des contraintes spécifiques. Dans quelle mesure a-t-il influé sur les choix esthétiques et le résultat final ?

JV : Certaines de ces contraintes sont d’ordre pratique, comme le temps de chauffe avant l’utilisation, ou l’ergonomie de travail, éprouvante pour les épaules et le dos, ce qui impose des journées de six heures de manipulation, maximum, sous peine de blessures sur le long terme. Je dirais que les contraintes esthétiques sont plus cachées ; on ne les rencontre qu’en travaillant. J’ai par exemple eu l’effrayante surprise de découvrir au tournage l’impossibilité de réaliser des parfaites verticales, alors que l’un de mes motifs principaux, à l’écriture, était le cadre d’une fenêtre… Mais l’écran ne nous laisse jamais sans solution lorsqu’il nous confronte à l’impossibilité de sculpter ce à quoi l’on avait pensé… alors le cadre rigide est devenu un rideau souple, et le tournage a pu aller de l’avant.

A vrai dire tout est dans ce bout de phrase : « ce à quoi l’on avait pensé ». Les contraintes que l’on dit rencontrer face à l’écran d’épingles, sont bien souvent des contraintes que l’on se crée de toutes pièces, parce qu’on a, en amont, trop projeté en perdant de vue sa matière. Ce sont toutes les choses que j’avais pensées en dehors de l’écran d’épingles qui se sont ensuite révélées infaisables, ou peu intéressantes. L’écran d’épingles a ça de fantastique : on doit construire le film avec et pour lui, sinon c’est implacable, ça ne fonctionne pas. Là où une autre matière courberait l’échine. C’est une très belle leçon que d’avoir dû rester à l’écoute de l’instrument, sans plaquer sur lui des choses qui ne lui correspondent pas.

EN : Quel a été le principal challenge au moment de la réalisation ?

JV : Certainement de travailler avec une structure mouvante, jusqu’à la fin de la fabrication. L’écran d’épingles, par la configuration singulière de tournage qu’il impose, un tête-à-tête réalisateur-matière, a permis de défendre l’idée de ne pas figer le film sous la forme d’un story-board ou d’une animatique, avant même que le dialogue avec l’instrument n’ait commencé. Et même si le travail d’écriture avait été important, et mené dans cette perspective d’improvisation à venir, avancer avec une structure en constante recomposition a été un challenge de tous les jours.

EN : Quel genre de cinéphile êtes-vous ?

JV : Très infidèle au cinéma. Je suis spontanément bien plus attirée par la littérature, la danse, la poésie ou les arts plastiques… alors pourtant que le cinéma est mon médium d’expression. Lorsque ponctuellement je reviens vers les films, c’est souvent très intense, pour ne pas dire boulimique. Je peux ne faire que ça pendant des jours, pour ensuite ne rien vouloir voir pendant des mois. Beaucoup d’inconstances donc, et très peu de mesure !

EN : De quel réalisateur, qu’il soit ou non une référence pour votre travail, admirez-vous les films ?

JV : Michelangelo Antonioni. Et plus que les films, je dirais que c’est la recherche, qui traverse tout son travail et qui se prolonge toujours un peu plus d’un film à l’autre, sans changer d’essence, et sans pour autant se répéter, que j’admire profondément. Il y a d’ailleurs une phrase de lui que je me répétais systématiquement, pendant la fabrication d’Etreintes : "Je déteste ce que je ne comprends pas. S’il y a quelque chose d’énigmatique dans ce que je fais, c’est moi qui me trompe. Le problème est que mes erreurs sont peut-être ce qu’il y a de plus personnel dans mes films." L’erreur comme gage d’honnêteté, alors que la tendance va à l’ultra-perfection, c’est particulièrement inspirant, et émouvant, à lire.

EN : Quel film (d’animation ou non) auriez-vous aimé réaliser ?

JV : Summertime de David Lean.

EN : Comment vous êtes-vous tournée vers le cinéma d’animation ?

JV : Le cinéma d’animation donne la possibilité du travail solitaire. Ce n’est pas une obligation, ni nécessairement une norme, mais c’est une possibilité. On peut faire (les images d’) un film, seul. Et il y a quelque chose là-dedans qui m’attire beaucoup, ou peut-être qui m’est nécessaire. Le silence et la solitude, pour créer. Il y a aussi que le travail de la matière m’est particulièrement cher, et l’animation, c’est exactement ça, de la matière qui s’exprime par le mouvement.
Alors comment j’en suis arrivée au cinéma d’animation ? Par hasard, après avoir vu des oeuvres qui m’ont fait me dire : je veux faire ça ! C’est seulement une fois que j’ai commencé que j'ai réalisé à quel point c’est l’art qui me donne les moyens de mettre le plus justement en forme mon imagination.

EN : Comment vous situez-vous par rapport au long métrage ? Est-ce un format qui vous fait envie ou qui vous semble accessible ?

JV : Pour qui utilise le cinéma comme moyen d’expression, le long métrage, tout ce temps, c’est forcément quelque chose qu’il est difficile de ne pas avoir envie de s’approprier. Mais c’est aussi une énorme responsabilité, que de vouloir remplir tout cet espace, devoir en créer sa densité, sa profondeur, sa structure. Il me semble factice d’envisager le long métrage, pour faire un long métrage. C’est si un projet se forme, qui a besoin de ce temps-là pour respirer et résonner à sa pleine puissance, que la question a seulement raison de se poser.

EN : Comment voyez-vous l’avenir du cinéma d’animation ?

JV : Je crois qu’il y a beaucoup d’avenirs possibles pour le cinéma d’animation. Si aux yeux du grand public, et de la critique, nous sommes longtemps restés dans l’ombre du cinéma de prises de vues continues - en partie à cause de l’étiquette pour enfant posée par l’hégémonie Disneyenne - il y a comme une prise de conscience qui est en train d’opérer, sur ce qu’est, et pourrait être, le cinéma d’animation. Prise de conscience qui peut nous faire espérer l'entrée dans une nouvelle ère, plus adulte, pour cette forme de cinéma. C’est le long-métrage qui porte ici tout l’enjeu de cette métamorphose, puisque le court-métrage est depuis longtemps déjà un formidable lieu de maturité et d’expérimentations. Tous les espoirs sont donc permis, pour le long métrage, et la série d’ailleurs, pour peu que les instances de financements et de diffusion réussissent à s’engager et prendre les « risques » nécessaires pour accompagner cette dynamique vertueuse. Je reste néanmoins sur mes gardes, et ne crierais pas victoire trop vite, parce qu’une telle croissance est évidemment fragile. Il me semble nécessaire d’être vigilant à ce que, dans un tel moment, les exigences artistiques et poétiques réussissent à primer sur les considérations marchandes et financières, si l’on veut véritablement pouvoir dire que le cinéma d’animation est en train de grandir.

Oscars 2019 : L’Académie annonce une petite révolution

Posté par wyzman, le 10 août 2018

Dans un message adressé aux membres, John Bail et Dawn Hudson (respectivement président et directrice générale de l'Académie des arts et des sciences du cinéma) ont annoncé que la cérémonie des Oscars allait subir quelques changements majeurs.
Bienvenue aux blockbusters ?
La première et principale raison du buzz autour des Oscars consiste en la création future d'une catégorie dédiés aux films populaires. Une décision qui a de quoi faire sourire. En effet, depuis plusieurs années, les votants sont vivement critiqués pour leurs choix, autant sur le plan de leur diversité de sujets et de protagonistes que sur leur caractère intellectuel. Malgré les changements déjà effectués sur l'éligibilité des votants, ces derniers demeurent majoritairement blancs, vieux et de sexe masculin.
Un facteur qui, pour certains, explique l'absence récurrente de films populaires et commerciaux parmi les nommés. L'an dernier, la moyenne des recettes générése par les nommés dans la catégorie meilleur film était la plus basse que l'on avait connue depuis 2011. Il va sans dire que la naissance d'une catégorie concentrée sur les blockbusters pourrait rendre la cérémonie plus alléchante pour le public jeune dont les annonceurs manquent cruellement. Mais cette décision a surtout engendré un sentiment de colère parmi de nombreux cinéphiles ces dernières heures. Pour beaucoup, l'Académie envoie ici un message clair : les films commerciaux ne sont pas dignes des récompenses majeures aux Oscars. Un affront !
Et bien que des films tels que Les Gardiens de la Galaxie, Star Wars : Le Réveil de la Force ou encore Suicide Squad aient récemment été récompensés, il s'agissait toujours de prix techniques. Un constat qui a de quoi surprendre lorsque l'on sait que quelques années plus tôt, Titanic et Gladiator repartaient avec les honneurs. La question est dès lors de savoir si ces dernières années, les membres de l'Académie et les votants ne se seraient pas un peu trop embourgeoisés. Cela expliquerait sans doute pourquoi ils préfèrent nommer des films "plus admirés que vus".
Persuadés que les blockbusters et les films commerciaux tuent le cinéma, les votants ont sans doute tout intérêt selon eux à perpétuer un tel entre-soi. Quel a dû être leur choc lorsqu'en 2009 la catégorie phare est passée de 5 à 10 films ! En attendant de connaître les premiers nommés de cette nouvelle catégorie, la direction de l'Académie a tenu à préciser qu'un blockbuster nommé dans sa catégorie pourrait toujours conquérir parmi les meilleurs films.
Faire revenir le public
Afin de redevenir plus attractive aux yeux des téléspectateurs et des annonceurs, l'Académie a également annoncé que la cérémonie ne durerait désormais plus que 3 heures au lieu des 4 presque atteintes lors de l'édition 2018. Pour parer à ce manque de temps, certains prix seront désormais remis pendant les coupures pub. Certains de ces moments seront rajoutés au montage et visibles plus tard. Si cette mesure a du sens, force est de reconnaître que les organisateurs sont dans une impasse.
L'an dernier, les Oscars ont connu leur plus basse audience historique avec "seulement" 26,5 millions de téléspectateurs branchés devant le sacre de The Shape Of Water. On est dès lors très loin des 57,2 millions de curieux pour Titanic en 1997 et des 43,7 millions de cinéphiles pour 12 Years A Slave en 2013. Et comme l'Académie ne fait jamais les choses à moitié, la cérémonie a été avancée de trois semaines, dès 2020. Considérée comme l'ultime cérémonie de remises de prix, les Oscars ont aujourd'hui lieu après d'autres cérémonies tells que les Golden Globes, les Screen Actors Guild Awards et Critics' Choice Awards. Fin d'un suspense pour certains, l'enchaînement donne à beaucoup l'impression que les Oscars ne sont que l'ultime couronnement, un événement plus très attendu car trop prévu et prévisible.
Si les Oscars 2019 se tiennent toujours le 24 février prochain, l'édition 2020 aura donc lieu le 9 février. Dans cette configuration, elle aura lieu avant les Satellite Awards, les BAFTA et les Spirit Awards et pourrait redevenir un moment synonyme de surprises. Il faut néanmoins se demander si la cérémonie parviendra à garder son âme malgré tous ces changements. Devenue particulièrement politique au cours de la dernière décennie, elle pourrait devoir faire face à une nouvelle controverse en cas de non nomination de Black Panther. Le film de Ryan Coogler et Marvel sorti en février dernier est d'ores et déjà donné gagnant dans la catégorie meilleure blockbuster - "une victoire de seconde classe".

Les reprises de l’été: Edward Yang, Takeshi Kitano, Ernst Lubitsch et un film queer culte

Posté par vincy, le 8 août 2018

A Brighter Summer Day d'Edward Yang (1991)

L'histoire: Dans les années 60, Xiao Si'r, jeune adolescent, fils d'un réfugié politique chinois, vit à Taiwan. Comme tous les jeunes gens de sa condition il fréquente les gangs qui se mènent une guerre sans merci.

Pourquoi il faut le voir? Edward Yang transpose ici une histoire vraie aussi dramatique que douloureuse. Le cinéaste taïwannais, né à Shanghaï, est mort à l'âge de 59 ans aux Etats-Unis il y a 11 ans. C'est un cinéaste peu connu a priori, par rapport à ses compatriotes (dont Hou Hsiao-hsien pour le quel il a été interprète et compositeur de la musique du film Un été chez grand père). Pourtant ses 7 longs métrages ont reçu de prestigieuses récompenses à Locarno, Berlin et à Cannes (prix de la mise en scène pour l'ultra sensible Yi Yi en 2000). C'est la jeunesse qui l'intéresse ici dans ce "Roméo et Juliette" violent où des ados paumés cherchent à exister au milieu d'une société moralisatrice. A Brighter Summer Day est considéré comme l'un de ses deux chefs d'œuvre avec Yi Yi. Cette chronique sensible et sociale décrypte (avec une sublime esthétique) aussi le phénomène de groupe, le lien entre père et fils, la vaine révolte de la jeunesse face aux institutions (nation, parents, éducation, culture, etc....). Tout est affaire de lien chez lui, de ces relations qui forgent l'identité malgré soi.

A Scene at the Sea de Takeshi Kitano (1991)

L'histoire: Un jeune éboueur sourd-muet se prend d'une passion obsessionnelle pour le surf. Soutenu par le regard protecteur de sa fiancée, sourde-muette comme lui, le jeune homme progresse, d'apprentissages éprouvants en compétitions harassantes, jusqu'à ce que la mer les sépare.

Pourquoi il faut le voir? Tout le monde connaît Kitano en Yakuza et autres rôles de flics et films de mafias. Mais dans les années 1990, Kitano a été un cinéaste marquant pour ses histoires douce-amère, à l'humour ironique, à la sensibilité palpable, et même à l'émotion débordante. A Scene at the Sea est un tournant, pour ne pas dire un virage dans l'œuvre de "Beat Takeshi". C'est son premier film sans gangsters. Le héros est sourd muet et se réfugie dans la passion du surf. Romantique, le film est aussi naturaliste avec cette mer comme horizon indépassable, ce soleil éclatant, le silence et l'amour comme seuls bruits au chaos environnant. Le plus surprenant finalement c'est qu'il s'agit d'un film en apparence légère et en profondeur sublime. Car ce film sur un exclu de la société est peut-être son plus beau, son plus lumineux, son plus coloré. Il y a quelque chose de californien dans l'air et même de hippie. Kitano n'hésite pas à fustiger l'exploitation, la soumission, les inégalités, l'injustice. Même si le soleil se noircit sur la fin, le bonheur est quand même là, dans une larme et un sourire.

Le lieutenant souriant d'Ernst Lubitsch (1931)

L'histoire: L'empereur du Flausenthurm et sa fille, la princesse Anna, sont en visite à Vienne. Pendant le défilé, le lieutenant Niki lance un sourire à son amie Franzi mais la princesse Anna le prend pour elle. Niki doit l'épouser pour réparer l'offense...

Pourquoi il faut le voir? Un roman de Hans Müller, une opérette (1907) et puis un film, inconnu, d'Ernst Lubitsch. Un film musical avec sa dose de "tubes" de l'époque un peu désuet, avec deux stars: le Français Maurice Chevalier et la future oscarisée (et née en France) Claudette Colbert. Le premier était à son apogée, la seconde à ses débuts de vedette. Ce fut la plus grosse recette de l'année pour la Paramount. Aux débuts du cinéma parlant, Lubitsch expérimentait toutes les possibilités offertes par le son. Le lieutenant souriant a été nommé à l'Oscar du meilleur film. Mais ce qui rend le film précieux, outre la mise en scène déjà virevoltante du réalisateur et son talent pour les duos alchimiques, c'est que le film est rare. A cause d'une sombre affaire de droit d'auteur lié à la version muette de l'opérette au cinéma (Rêve de valse, 1925), le film a longtemps été impossible à projeter ou diffusé puis considéré comme perdu. Il a fallu attendre les années 1990 pour retrouver une copie. L'état de la copie a nécessité un long travail de restauration et il ne fut visible qu'à partir de 2008. Une occasion en or pour découvrir ce joyau joyeux du patrimoine.

Fraise et Chocolat de Tomas Gutierrez Alea (1994)

L'histoire: Dans un quartier de la Havane, David, un étudiant militant du parti communiste est chargé d'enquêter sur les activités transfuges d'un marginal, Diego. Ce dernier, homosexuel et fier de son pays, tombe amoureux de David.

Pourquoi il faut le voir? Alors que Cuba ouvre la voie au mariage entre personnes du même sexe, il y a près de 25 ans, le cinéma cubain nous offrait l'un des plus beaux films "queer" (interprété par des acteurs à la beauté ravageuse). Torride, sensuel, mélodramatique, le film a d'abord été un immense triomphe dans les festivals (9 prix à celui de La Havane, un prix spécial du jury et le Teddy Award à Berlin, le prix spécial du jury à Sundance, un Goya espagnol du meilleur film hispanophone, une nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère). Ce film où se côtoient politique et sexualité a étonnement réussi à franchir les grilles de la censure castriste. Après tout, l'idée de départ est quand même d'espionner un homme, homosexuel et érudit, suspecté comme dissident au régime communiste. Un étudiant militant, hétéro, beau comme un Dieu va en fait devoir s'ouvrir l'esprit et les deux hommes vont apprendre à dépasser leurs préjugés. Ce n'est pas un film gay mais plutôt un film sur la tolérance face à une société rigide. Toute l'histoire tend vers le contact entre les deux hommes: se toucheront-ils enfin? Il n'est pas question de sexe, mais c'est finalement plus pour contourner la censure. Le cinéaste a préféré la parabole. La force de Fraise et Chocolat est finalement d'être un des plus beaux récits sur l'homophobie, évoquant aussi bien la répression des homosexuels que la paranoïa de l'Etat. Malgré cela, sans doute à cause du régime dictatorial de son pays, le cinéaste évite les sujets qui auraient pu fâcher Cuba frontalement.