Cannes 70 : El Sur de Víctor Erice, inachevé à jamais

Posté par cannes70, le 30 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-49. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Un des plus beaux films de l’histoire du cinéma en général et de Cannes en particulier, El Sur (Le Sud, Víctor Erice, 1983), est un film inachevé. Il a été présenté en compétition en 1983, à côté d’autres œuvres merveilleuses, telles que L’Argent de Robert Bresson et Nostalghia d’Andreï Tarkovski qui, par ailleurs, allaient recevoir le Grand Prix du cinéma de création ex-aequo, à l’unanimité du jury.

El Sur est un film basé sur le récit homonyme d’Adelaida García Morales, qui raconte la relation entre un père et sa fille, Estrella, dans un petit village au nord de l’Espagne, quelques années après la fin de la guerre civile espagnole. Estrella, adolescente, se réveille un matin en apprenant que son père, Agustín, vient de se suicider.

Mais pourquoi dit-on que c’est un film inachevé ? Víctor Erice répondait à cette question dans un reportage de Televisión Española : « El Sur a eu beaucoup de succès auprès du public et de la critique mais, pour moi, il restera à jamais un film inachevé. On ne s’en rappelle pas toujours quand on en parle mais c’est tellement évident, on ne peut pas le nier ». Le tournage de El Sur commença le 6 décembre 1982 à Ezcaray (La Rioja, Espagne). Le tournage fut soudainement interrompu au bout du 48e jour, alors que la société de production, dirigée par Elías Querejeta, avait prévu 81 jours de tournage.

Que s’est-il vraiment passé ? La société de production avait avancé comme raison majeure le défaut de gestion du budget de la part du réalisateur. Elle prétendait que celui-ci avait trop tourné et qu’elle ne pouvait plus assumer les coûts de production. José Luis Alcaine, chef opérateur de El Sur, contesta ces propos avec une extrême vigueur, lors d’une interview accordée au journal El Mundo en 2012 : « C’est complètement faux. Il s’agissait d’un problème personnel. Erice et Querejeta ne s’entendaient pas bien, et ce dès le début. Erice en a payé le prix fort car la version officielle disait qu’il avait dépensé beaucoup trop d’argent. Ces déclarations lui ont fait du mal ».

Víctor Erice raconte que lors de la deuxième semaine de tournage, Querejeta se présenta sur le tournage pour annoncer que le financement du film, provenant essentiellement de Televisión Española, venait de se compliquer car le nouveau directeur général de la chaîne ne voulait pas assumer les engagements de son prédécesseur, qu’il venait de remplacer. Lors du 48e jour de tournage, Querejeta envoya une lettre à Erice : « On peut faire un film très intéressant avec ce que nous avons déjà tourné. Il nous manque juste la partie plus faible du scénario à tourner, ce n’est donc pas grave si nous ne le terminons pas ». Erice accepta de commencer le montage définitif du film et Querejeta s’engagea à faire aboutir le projet tel qu’il était écrit à l'origine, dès que possible.

Le piège de la sélection cannoise


Le réalisateur, ne voulant soumettre son film à aucun festival de cinéma avant qu’il ne soit complètement terminé, fut surpris de recevoir une invitation de Gilles Jacob pour aller présenter son film au Festival de Cannes 1983. Gilles Jacob serait sorti très ému lors d’une projection du film à Madrid et tenait absolument à que le film soit présent en compétition. Complètement dévasté par cette nouvelle, Erice rédigea une lettre pour annoncer à Jacob qu’il n’assisterait pas au Festival car il considérait que son film était inachevé et ne voulait pas défendre un film qu’il jugeait incomplet.

Cependant, le matin du jour de la projection du film, Pilar Miró, la cinéaste espagnole, alors à la tête de la Direction générale du cinéma, appela Víctor Erice afin de le convaincre de se déplacer. « C’est trop tard », répondit-il. Miró insista : « Va tout de suite à l’aéroport et viens ! ». Lors de la conférence de presse, il ne dit rien sur son désaccord avec son producteur : « Il n’était pas présent et comme il n’était pas présent, je n’avais rien à dire ».

Le bon accueil du public et la critique acheva complètement le rêve d’Erice de finir son projet. Elías Querejeta a toujours utilisé cette bonne réception du film pour défendre sa position et affirmer que le film était très bien comme il était et que « cette histoire d’inachèvement n'intéressait que les intellectuels ». Lire le reste de cet article »

Edito: Une exception française

Posté par redaction, le 30 mars 2017

Juliette Binoche tente une opération grande séduction auprès d'un public populaire et jeune. L'une des rares actrices françaises oscarisées, et la comédienne française de sa génération la plus récompensée dans le monde (Un César pour 9 nominations, deux European Film Awards, et le grand chelem des festivals avec Venise en 1993, Berlin en 1997 et Cannes en 2010) réalise un virage étonnant ce printemps.

Binoche, on a pu admirer ou adorer récemment en Mademoiselle Julie ou en Antigone au théâtre. Au cinéma, elle a brillé chez Godard, Téchiné, Carax, Malle, Kieslowski, Haneke, Boorman, Cronenberg, Dumont, Hsiao-hsien, Gitai, Kiarostami ou Assayas. Une comédienne libre, instinctive, respectée. Juliette fut aussi l'égérie du 63e festival de Cannes. Bref, Binoche, dans l'esprit du public, est une actrice pointue, exigeante mais certainement pas populaire.

Sur le plan des chiffres, sa carrière comporte six-sept succès importants, dominés par deux fresques historiques et romanesques. Une seule comédie se classe dans son box office.

Juliette Binoche opère donc un virage à 180° cette semaine en étant à l'affiche d'un blockbuster américain et d'une comédie française grand public, en plus d'être une des guests de la série TV "Dix pour Cent" (qui sera diffusée à partir du 19 avril sur France 2). Après avoir refusé Jurassic Park et n'être passé que quelques minutes dans Godzilla, Binoche tient enfin un second-rôle étoffé dans une grosse production hollywoodienne. Là encore, elle avait failli passer son tour mais l'univers l'a séduit et le cinéaste Rupert Sanders l'a convaincue, arguant qu'il voulait "une femme authentique, une femme d’émotion". Binoche, malgré son pédigrée, a vu pas mal de films et projets lui passer sous le nez (pour diverses raisons).

En acceptant de faire le grand écart entre une chercheuse expérimentant la cybernétique et une adulescente enceinte tardivement, entre un rôle de "mère" dramatique et celui d'une maman comique (girly et blonde!), elle montre et démontre qu'elle est tout terrain et qu'elle veut plaire. En France, seule Cotillard s'est risquée jusque là à de tels contorsions cinéphiliques, passant de Mal de Pierres à Assassin's Creed à Rock n' Roll, pour prendre ses trois derniers films.

Ce come-back dans le cinéma populaire et ce surgissement sur le petit écran à heure de grande écoute s'accompagne d'une promotion logiquement ciblée sur des émissions comme "Quotidien" (qui a déjà reçu Deneuve, Huppert, ...) ou l'émission de radio de Nagui (et pas celle de Trapenard). Sur les tapis rouges, elle mise sur le glam sexy (décolleté plongeant) plus que sur le chic élégant qu'on imaginerait pour une star quinquagénaire.

On espère que ce triplé printanier permettra aux producteurs et aux réalisateurs de redécouvrir l'une de nos meilleures actrices. Mais une chose est certaine: on est ravi de voir qu'une comédienne de 53 ans (depuis le 9 mars) peut encore être en haut de génériques de films aussi différents, avec des personnages aussi contrastés, alors qu'Outre-Atlantique, toutes ses consœurs se plaignent d'un jeunisme meurtrier, et qu'en France, on range les interprètes dans des cases trop étanches. Binoche, avec Deneuve, Cotillard, Baye, Seydoux et autres, prouve qu'il y a bien une (belle) exception française.

Cannes 70 : quand les documentaires valent de l’or

Posté par cannes70, le 29 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-50. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

On ne peut pas vraiment dire qu'entre Cannes et le documentaire, ce soit une grande histoire d'amour. Le cinéma documentaire est ainsi toujours minoritaire, en sélections officielle ou parallèles, par rapport au cinéma de fiction. Jugez plutôt : en 69 éditions, deux films documentaires seulement ont reçu la Palme d'or. Aujourd'hui, dans le cadre de notre compte à rebours jusqu'au 17 mai, nous allons nous attarder sur ces deux Palmes, sorties à plus de quarante ans d'intervalle.

Le monde du silence : l'avis aquatique

Les images du Monde du silence semblent importantes dans l'imaginaire cinématographique collectif. De par ses images sous-marines par exemple : cela m'a frappé en découvrant il y a peu Opération Tonnerre, sorti 10 ans après le documentaire, mais aux images sous-marines semblables... la présence de James Bond en plus. De par la figure de Cousteau ensuite : le vaillant explorateur des fonds-marins a irrigué La vie aquatique de Wes Anderson, un hommage explicite, et le commandant a même eu droit à son propre biopic, sous les traits de Lambert Wilson, il y a quelques mois (L’Odyssée de Jérôme Salle). Il semble facile de comprendre ce qui a plu au jury à l'époque, tant les images sous-marines capturées par Cousteau et Louis Malle sont encore fascinantes aujourd'hui. Pourtant, de nos jours le film n'aurait sans doute pas reçu le même accueil. Le romancier et cinéaste Gérard Mordillat est d'ailleurs revenu sur le film l'année dernière, le qualifiant de "film naïvement dégueulasse".

En effet, à une époque où nous sommes de plus en plus nombreux à être sensibilisés à la protection environnementale et animalière, difficile de regarder avec autant d'émerveillement qu'en 1956 le film palmé. La flore sous-marine est dynamitée, les requins capturés, les tortues chevauchées. Ce qui est sûr, c'est qu'ici le cinéma, et en particulier le documentaire, dresse un portrait de son temps... Qui sait, peut être qu'un documentaire présenté à Cannes en 2017 soulèvera de vives polémiques en 2077 ! L'autre documentaire palmé, lui, en soulève dès qu'il est récompensé. Mais si avec Le monde du silence on ne critiquait pas la forme mais le propos du film, ce sera le contraire avec Fahrenheit 9/11.

Farenheit 9/11 : Bush Metal Jacket ?

En s'attardant sur la liste des films en compétition, on peut dire que la sélection du Festival de Cannes 2004 avait quelque chose de spécial. En plus de ce Farenheit 9/11, un autre documentaire était à l'affiche, Mondovino, qui jouait apparemment lui aussi sur la provocation, mais on retrouvait aussi deux films d'animations (sur lesquels on reviendra dans quinze jours), Shrek 2 et Ghost in the shell : innocence. Surtout, une ribambelle d'habitués de Cannes, dont certains n'auraient pas démérité une Palme, étaient présents.

A posteriori, la liste semble une réunion d'habitués, ce qui était moins vrai à l'époque. On retrouve deux films français de premier plan (Clean, d'Olivier Assayas et Comme une image d'Agnès Jaoui), un Paolo Sorrentino (les conséquences de l'amour), le Japonais Kore Eda avec Nobody Knows, Wong Kar-Wai avec 2046, un Apichatpong Weerasetakul (Tropical Malady) et un Emir Kusturica (La vie est un miracle). Tant qu'à faire, deux cinéastes coréens devenus phares y étaient (Park Chan-Wook pour Old Boy et Hong Song-Soo pour La femme est l'avenir de l'homme), même les frères Coen - pour leur plus mauvais film, le remake de Ladykillers -, et jusqu'à l'incontournable film-engagé-avec-Gael-Garcia-Bernal (Carnets de voyage). Bref, il y en avait des potentiels films "palmables". Pour autant, cette année-là le jury présidé par Quentin Tarantino a fait le choix du documentaire de Moore. Un choix qui selon le président était avant tout artistique.

Pourtant, difficile de ne pas voir le geste politique accompagnant cette remise de prix. Car le documentaire de Moore est un réquisitoire assumé, et nécessaire dans l'Amérique post-9/11 de Bush. Dans sa forme, le film n'est pas infaillible : on peut ne pas être sensible à la manière qu'a Moore de critiquer la politique de Bush, le ridiculiser était-il le meilleur moyen de le dénoncer ? Idem pour certains raccourcis que le réalisateur n'hésite pas à prendre : il donne par exemple une vision paradisiaque de l'Irak avant l'invasion américaine. Une vision linéaire qu'il a conservée : dans son dernier documentaire, Where to invade next, il dresse les louanges de la politique de pays européens en prenant des exemples loin d'êtres répandus (je n'ai jamais vu de cantines scolaires aussi appétissantes, et encore moins une table entière d'enfants ne connaissant pas le Coca-cola !).

Pour autant, difficile de ne pas saluer le geste de Moore, qui derrière ses actions provocatrices dénonce l'absurdité du comportement de Bush suite aux attentats. On peut aussi se dire que le documentaire permet de toucher un large public grâce à son format. Comme l'explique Youssef Chanine dans les bonus du DVD : "le documentaire avait une valeur essentielle à un moment essentiel".  Mais récompense t-on un film avec la Palme d'Or pour une raison politique, pour son geste ? A la veille de la prochaine édition du Festival, on se rappelle encore de l'octroi de la récompense à Moi, Daniel Blake l'année dernière. Tout comme Farenheit 9/11, c'est plus la dénonciation politique que le cinéma en lui-même qui semble avoir été salué ...

Les deux documentaires à avoir obtenu la Palme d'Or ont donc soulevé des polémiques importantes. D'autres documentaires, et non des moindres, ont été présentés, voire primés, tout au long de l'existence du Festival, ne citons que les moins choquants (sauf rejet inattendu sur leurs sujets) Le Mystère Picasso d'Henri Georges Clouzot, prix spécial du Jury en 1956, la même année que le Cousteau donc, ou encore Woodstock, le documentaire hippie fleuve qui eut droit à sa sélection en 1970. Certains ont suscité, sinon des polémiques, au moins de fortes réactions, ce qui n'est pas si étonnant, un documentaire s'attachant, par essence, à refléter son époque. On ne connaît pas encore les films qui seront présents cette année sur la croisette, mais si un documentaire apparaît lors de l'annonce de la sélection officielle, il s'agira certainement d'une œuvre dont la présence se justifiera par sa capacité à déranger, heurter ou éveiller les consciences de festivaliers parfois éloignés de certaines réalités du monde. L'idée de scandale étant dans l'ADN du Festival, ou au moins de ses commentateurs, que cela passe par le documentaire a quelque chose d'assez réjouissant, non ? Même si depuis Moore, c'est devenu bien rare, le genre étant relégué aux séances hors-compétition.

Nicolas Santal de Critique-Film

Cannes 70 : une palme d’or rime-t-elle nécessairement avec Oscars et César?

Posté par cannes70, le 28 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-51. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Le festival de Cannes propose chaque année les films les plus importants de l'année à venir, et a de ce fait souvent été précurseur des deux grosses cérémonies de cinéma du monde que sont les Oscars et les César. Même si la trame cannoise est très différente du modèle hollywoodien ou de la french touch des César (à Cannes rares sont les films français qui repartent avec la palme d'or), les films palmés s'envolent souvent dans la capitale, avant de se poser délicatement à Los Angeles, catégorie meilleur film étranger au minimum. Petit retour sur les films palmés qui ont brillé aux Oscars et/ou aux César.

Dès le premier festival de Cannes en 1946, l'Oscar n'était pas très loin du palais cannois. En effet, en cette première année Le poison de Billy Wilder, l'histoire du week-end infernal d'un alcoolique, emporte un Grand Prix et un prix d'interprétation masculine pour Ray Milland avant l'Oscar du meilleur film (et du meilleur acteur encore) dans la foulée.

1955 reste une année d'exception. Jusqu'à aujourd'hui encore, le drame Marty de Delbert Mann avec Ernest Borgnine en garçon boucher reste le seul film à avoir remporté la Palme d'or et l'Oscar du meilleur film. Une palme n'est pas une garantie de trophée suprême aux Oscars, comme en témoignent certains successeurs dont La Loi du silence de William Wyler (1957), MASH de Robert Altman (1970) qui se contentera de l'Oscar de la meilleure adaptation ou Conversation secrète de Francis Ford Coppola (1974). Deux ans après ce dernier, c'est au tour du bébé de Martin Scorsese, Taxi Driver, de se voir nommé aux Oscars sans obtenir la statuette. Il est mis k.o par le premier volet de Rocky qui l'emporte dans la catégorie du meilleur film.

En 1980, pour la première – et unique - fois deux Palmes d'or sont citées la même année à l'Oscar du meilleur film. Apocalypse Now de Coppola encore (Palme 1979) et Que le spectacle commence de Bob Fosse (Palme 1980) partagent le même triste sort, battus par le drame du divorce Kramer contre Kramer de Robert Benton. Les deux cinéastes aiment le partage : en 1973, le premier avait remporté l'Oscar du meilleur film pour Le Parrain tandis que le deuxième recevait celui du meilleur réalisateur pour Cabaret. Même leurs Palmes sont partagées, Coppola avec Volker Schlöndorff pour Le Tambour, Fosse avec Akira Kurosawa pour Kagemusha.

Sexe, Mensonges et Vidéo, Sailor et Lula et Barton Fink, trois palmes d'or américaines consécutives (de 1989 à 1991) se contentent elles-aussi de maigres citations. Quant à La Leçon de piano, elle gagne la Palme d'or en 1993 mais aux Oscars, c'est Steven Spielberg qui l'emporte avec La Liste de Schindler.

En 1994, Pulp fiction emporte la palme tout en finesse avec le doigt d'honneur (bien mérité) offert par Quentin Tarantino à l'assemblée peu satisfaite de son sacre avant de se retrouver nommé à l'Oscar du meilleur film l'année suivante. Néanmoins, il ne remportera pas cet honneur hollywoodien, l'Académie lui préférant Forrest Gump. Même manque de chance deux ans plus tard pour le Secrets et mensonges de Mike Leigh qui, a brillé au Festival de Cannes avant d'apercevoir l'Oscar sans l'avoir en 1997. Ce qui arrivera également en 2002 pour le film Le Pianiste de Roman Polanski qui, malgré sa palme, se prend une dérouillée par les talons aiguilles du duo sexy et jazzy de Chicago de Rob Marshall (Oscar du meilleur film en 2003). La malédiction continue sur le délicieux Amour de Michael Haneke en 2012, lui aussi reparti bredouille. Mais Roman Polanski comme Michael Haneke se consolent avec le César du meilleur film.

Parfois, c'est l'inverse qui se produit comme en 2011 avec The Artist qui ne repart de la croisette qu'avec la Palme Dog (prix décerné aux chiens animés ou réels dans les films) et le prix d'interprétation masculine pour Jean Dujardin avant de briller aux Oscars (cinq prix dont meilleur film et meilleur acteur) et aux César (meilleur film et actrice notamment).

Côté César, les lauréats ont encore moins de chance... et pour cause, il n'y a pas que des films de chez nous qui emportent la célèbre palme d'or, du coup le choix des César est plus restreint, si ce n'est dans la catégorie Meilleur film étranger. Rares sont donc les gagnants de la croisette qui brillent également au théâtre du Châtelet. Il faudra d'ailleurs attendre 1987 pour voir un lauréat aux César : Sous le soleil de satan de Maurice Pialat remporte la palme d'or mais se fait coiffer au poteau par Au revoir les enfants de Louis Malle aux César.

Même sort en 2006 pour L'Enfant des frères Dardenne, battu par De mon battre son cœur s'est arrêté de Jacques Audiard, en 2009 pour Entre les murs de Laurent Cantet, pas suffisamment fort face à Séraphine de Martin Provost (César du meilleur film), puis en 2016 avec Dheepan de Jacques Audiard, les votants préférant (ouf) Fatima de Philippe Faucon. À l'inverse le film Elle de Paul Verhoeven emporte le césar du meilleur film et accessoirement celui de la meilleure actrice pour Isabelle Huppert ainsi qu'une tonne de nominations dans le monde, jusqu'aux Oscars. La palme d'or était revenue à Moi, Daniel Blake de Ken Loach.

Toutefois, même si Palme d'or ne rime pas à tous les coups avec Oscar et César, le festival de Cannes a toujours eu du flair, et les films sélectionnés se retrouvent chaque année dans les "tops" de fin d'année et les autres différentes cérémonies nationales (BAFTA, prix Lumières, European Film Awards...) Quels que soient les concurrents de cette année, on sait donc que Cannes les mettra en orbite pour le reste de la saison, et que cette 70e édition donnera une nouvelle fois le ton. Il nous tarde de les découvrir et qui sait, peut-être de les suivre jusqu'au théâtre du Châtelet, puis à Los Angeles.

Cynthia Hamani d'Ecran Noir

« Ciao Italia! »: Le cinéma s’invite dans une exposition sur l’immigration italienne

Posté par vincy, le 27 mars 2017

L'exposition Ciao Italia!, récit d'un siècle d'immigration et de cultures italiennes en France entre 1860 et 1960, s'ouvre le 28 mars au Musée national de l'Histoire de l'immigration. On connaît tous un ami issu aux origines italiennes, sans compter la cuisine (pizza, pasta...) ou des mots italiens devenus courants en Français qui ont imprégné la culture française.

Sur l'émigration des Italiens, l'exposition montre quelques extraits dès le début du parcours: un film de 1915, L'emigrante de Febo Mari, et Toni de Jean Renoir (1935). Le 7e art infuse ainsi tout au long de ce voyage dans le temps, avec un extrait de Thérèse Raquin de Marcel Carne ou l'affiche de Il piccolo vetraio (Les vitriers) de Giorgio Capitani.

A côté de l'exposition, le musée proposera d'ailleurs des projections comme la webserie de Svevo Moltrasio et Federico Iarlori, Ritals et macaronis, ou le documentaire suisse de Pierre-François Sauter, Calabria.

De l'emigrante à la dolce vita

Mais si l'on parle de cette exposition, c'est parce qu'elle s'achève sur une consécration du cinéma. 1960 pourrait symboliser le début d'une époque, ou la fin d'un cycle. Les Italiens en Français sont davantage Français qu'Italiens, la culture des deux pays est reliée par De Gaulle avec le concept de "latinité", les deux peuples sont cousins, les deux nations sœurs. Terminés les commentaires xénophobes, les violences racistes, les sales jobs donnés aux transalpins (on vous recommande de lire la prose ambigüe d'Albert Londres sur le sujet dans Marseille porte du Sud). 1960 c'est Fellini et La dolce vita. L'Italie n'est plus le pays pauvre qui fournit des travailleurs. C'est le pays cool où l'on vit "Plein soleil", sans "Mépris", où "Rome est ville ouverte" et où l'on "Voyage à deux" avec une Vespa ou en cabriolet. C'est Martini et Campari.

Le dernier chapitre de l'exposition est donc consacré au cinéma, avec, en vedette les chanteurs-acteurs Yves Montand et Serge Reggiani, tous deux d'origine italienne, l'affiche de L'avventura produit par le magnat de la presse italien installé en France Cino del Duca, et bien sûr Lino Ventura, qui toujours conservé sa nationalité italienne, star française populaire, que l'on voit rouler des mécaniques "à l'italienne" avec Aldo Maccione dans L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch. L'italianité a longtemps été cette image du macho frimeur sur la plage que Lelouch a filmé comme on cadre un ballet d'échassiers un peu ridicules. Heureusement l'italien c'est surtout Marcello. Mastroianni rejoignant Anita dans la fontaine de Trevi. C'est la dernière image qu'on emporte, même si elle n'a aucun rapport avec le sujet. L'extrait du film démontre que l'Italie et son cinéma, ses artistes, ses millions d'immigrés ont infusé dans nos esprits français.

Cannes 70 : minuit, l’heure du film

Posté par cannes70, le 27 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-52. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Pour les films en compétition à Cannes, les séances officielles se déroulent selon un rituel devenu habituel : le message automatique « mesdames et messieurs veuillez accueillir l’équipe du film » résonne, on les applaudit pendant que le réalisateur et ses talents s’assoient au centre, la grande salle Lumière est plongée dans le noir et l’écran s’éclaire avec le début du film dans un silence sacré… Mais chaque année, il y a quelques séances dites "de minuit" (sur le programme minuit trente, en vrai plutôt 1h du matin… ça fait partie du folklore) pour des films hors-compétition où l’ambiance est différente : le plus souvent Thierry Frémaux est sur scène avec un micro pour présenter l’équipe, on applaudit en sifflant, et, quand le film commence, les noms du générique provoquent encore des applaudissements et des hurlements…

Thierry Frémaux a déjà déclaré que le Festival de Cannes repose sur 4 piliers qui sont les auteurs, le marché, les médias et le glamour ; et que « ces quatre piliers doivent être à égalité ». C’est parfois difficile quand il y a un film roumain, iranien, ou philippin en course, mais cette délicate équation s’équilibre sur l’ensemble des films sélectionnés ; elle est vérifiée aussi pour presque chaque séance de minuit. Un exemple l’année dernière avec Blood Father : retour de Jean-François Richet aux commandes d’un film tourné aux Etats-Unis, présence de Mel Gibson, fin de festival… et résultat , une grosse ambiance au rendez-vous !

Dans ces moments-là, on va non seulement au cinéma mais aussi au spectacle, le public cinéphile (relativement) sage en journée devient aussi agité que celui d’un concert. Alors que pour la sélection en compétition c’est parfois "haters gonna hate", pour les films de minuit c’est plutôt "ceux qui savent, savent". Les films des autres séances se doivent de conquérir le public, pour les séances de minuit  le public est déjà acquis d’avance au film qu’il s’attend à voir. C'est ainsi que, depuis quelques années, avec des thrillers sanglants et des documentaires rock’n’roll, les séances de minuits sont devenues un rendez-vous événementiel à ne rater sous aucun prétexte.

Les séances de minuit c’est rock !


En 2007, le groupe U2 a joué deux titres en live sur les marches juste avant la projection de U2 3D, en fait une captation d’un extrait de concert en relief à voir seulement avec des lunettes 3D. Le documentaire musical est un genre qui s’invite souvent aux séances de minuit. L’année dernière c’est Iggy Pop qui est venu pour le documentaire Gimme Danger qui lui a consacré Jim Jarmush. La chanteuse Amy Winehouse a été trouvée morte à 27 ans, de nombreuses vidéos personnelles ont été retrouvées ensuite pour que Asif Kapadia en fasse Amy à Cannes en 2015 avant de gagner un Oscar du meilleur documentaire. Et c’est justement pour anticiper un éventuel futur succès avec un Oscar que Cannes essaie d’attirer des films sur la musique à minuit, comme par exemple The Sapphires de Wayne Blair en 2012 (mais qui n'aura finalement eu des statuettes qu’en Australie).

Les séances de minuit ça fait peur !


Les zombies c’est la vie, mais c’est injustement mort pour figurer en compétition : alors séance de minuit. En 2004 on découvre ainsi L’armée des morts, c’est non seulement un très bon remake du Zombie de George A. Romero mais aussi le premier film (son meilleur ?) d’un nouveau réalisateur qui allait ensuite se consacrer au blockbuster de super-héros : Zack Snyder. L’année suivante il y aura à minuit un documentaire dont le sujet est justement les films de minuits qui deviennent de plus en plus populaires Midnight Movies : From the Margin to the Mainstream par Stuart Samuels. Mais le souvenir de celui-ci a été en partie éclipsé par l’événement organisé en introduction juste avant : une vingtaine de minutes d’images exclusives de Land of the Dead, le prochain film que tournait justement le père des zombies de retour à la réalisation. Et, cri d'effroi supplémentaire sur la gâteau horrifique, George A. Romero lui-même était présent et est monté sur scène !

Autre pointure du genre depuis son Evid Dead et après sa trilogie Spiderman, voici Sam Raimi invité en séance de minuit en 2009 pour son nouveau film Jusqu’en enfer avec une malédiction démoniaque qui avait bien fait palpiter la salle. Même si son nouveau film est plutôt raté, un grand nom du fantastique sait désormais qu’il pourra être à Cannes à minuit, comme par exemple Dario Argento en 2012 avec son Dracula 3D. 2012 toujours à minuit la claque viendra de Maniac par Franck Khalfoun et Alexandre Aja entièrement en caméra subjective du point de vue du tueur, avec l’équipe était présent William Lustig le réalisateur de l’original 30 ans avant (on espère le revoir encore à Cannes en 2018 pour le remake de son Maniac cop coproduit par Nicolas Winding Refn). Un des meilleurs films de 2016 aura été un film avec des zombies qui a été découvert à minuit à Cannes l’année dernière : Dernier train pour Busan de Sang-ho Yeon, qui a comme qualité bonus de venir de Corée du Sud, grand pays pourvoyeur de films pour les séances de minuit...

Les séances de minuit c’est asiatique !


Le savoir-faire coréen dans le genre thriller place la barre très haut, comme par exemple donc bien entendu ce Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho. En 2008 une autre séance de minuit a vu une longue ovation pour un nouveau réalisateur qui s’est imposé à coups de marteau : Na Hong-Jin avec The Chaser qui aurait d’ailleurs pu bousculer le palmarès s'il avait été en compétition (comme Old boy de Park Chan-wook en 2004). En 2015 ça sera O Piseu (Office) de Hong Won-Chan. Les autres pays asiatiques sont aussi régulièrement en séance de minuit avec certains de leurs réalisateurs les plus connus. En 2010, on découvre par exemple la grande fresque cape et épée Wu Xia de Peter Ho-Sun Chan, en 2013 c’est Blind Detective de Johnnie To et aussi Monsoon Shootout de Amit Kumar. En 2014 la surprise vient du film The Target de Yoon Hong-seung, qui est un dynamique remake du thriller français À bout portant de Fred Cavayé.

Les séances de minuit c’est aussi français !


C’est un reproche que l’on entend pour ces dernières éditions pour les films en compétition de la sélection officielle : il y a trop de films français, et pas les meilleurs. Certains films français tentent des choses dans le cinéma de genre, pas souvent pour le meilleur, mais Cannes se débrouille pour en placer certains en séances de minuit. Ainsi en 2009 on voit Ne te Retourne pas de Marina De Van dans lequel Sophie Marceau prendra l’apparence de Monica Bellucci. L’année suivante en 2010 c’est L’autre monde de Gilles Marchand avec Melvil Poupaud, Louise Bourgoin et Grégoire Leprince-Ringuet et un jeu vidéo mortel. Pour ce qui est du cinéma de genre français, la séance de minuit est presque synonyme malheureusement d’une appréciation de type : "des efforts mais peut mieux faire" (d’ailleurs Gilles Marchand avec Dans la forêt en février 2017 et Marina De Van avec Dark Touch en 2014 ont fait mieux ensuite).

D’autres films ont voulu exploiter sur leur affiche le logo du Festival de Cannes (surtout pour être vendus dans d’autres pays) mais bien qu’étant du genre "séance de minuit", ils n’ont pas pu avoir cette séance de prestige et ont été relégués pour ça en séance spéciale du Cinéma de la Plage (qui ne rend pas service aux nouveaux films) comme en 2015 Les enragés ou en 2010 La meute. Curieusement les séances de minuit sont plutôt bénéfiques à n’importe quel film, sauf aux films français qui semblent eux mieux accueillis en passant par La Semaine de la Critique : comme Grave (dans les salles depuis le 15 mars) l’année dernière ou A l’intérieur en 2007.

Cocorico, il y a quand même chez nous un cinéaste qui a pour particularité d’avoir eu plusieurs films en séance de minuit : c’est Gaspar Noé. En 2015 Love 3D provoque presque une émeute car il y a beaucoup plus de spectateurs présents que de places dans le théâtre Lumière, même à minuit (il n'y avait eu aucune séance plus tôt pour les journalistes, et un surnombre de tickets avaient distribués pour cette séance), en 2002 Irreversible est bien dans la compétition officiellen en course pour la palme, mais a quand-même été projeté à minuit avec quelques personnes qui ont dû en sortir avant la fin (quelques malaises à cause du mixage sonore avec des infra basses, et également dus à la longue scène de viol). Programmer Gaspar Noé à minuit provoque assurément un certain buzz : un buzz bénéfique partagé à la fois par le cinéaste et par le Festival.

On pourrait d'ailleurs mesurer le degré de réussite d’une édition du Festival de Cannes non pas seulement à son palmarès mais pourquoi pas aussi à ses films de minuit, et au buzz qui en est résulté. Alors, qu’en sera-t-il pour Cannes 2017 ?

Kristofy pour Ecran Noir

Le cinéaste tunisien Karim Belhadj arrêté pour « homosexualité »

Posté par vincy, le 27 mars 2017

La SRF (Société des réalisateurs de films) a annoncé ce lundi 28 mars que le cinéaste (engagé) tunisien Karim Belhadj avait été "arrêté le 13 mars 2017, à son domicile, en compagnie d’un homme qui a reconnu avoir eu une relation homosexuelle avec lui." "Sur cette base, le juge d'instruction a ordonné un test anal et a émis un mandat de dépôt contre eux" précise le communiqué.

"Les cinéastes de la SRF sont indignés, condamnent avec fermeté de telles pratiques et appellent à la libération immédiate des deux hommes" et rappelle que "Le test anal ordonné depuis quelques temps par les juges tunisiens est assimilé à un acte de torture."

Selon la SRF, les deux hommes sont actuellement incarcérés à la prison de Mornaguia. "L'article 230 du code pénal tunisien prévoit une peine de 3 ans d'emprisonnement pour les actes de sodomie."

Diplômé de l'institut maghrébin de cinéma (IMC) en 2001, puis de l'école supérieure des études cinématographiques (Essec) à Paris spécialité assistanat à la réalisation. Karim Belhadj a travaillé en tant qu'assistant sur plusieurs courts métrages et spots publicitaires. Après avoir réalisé S.O.S (2011), son premier documentaire, il a sorti son premier court métrage de fiction Case départ en 2012, avec le soutien du ministère de la culture, qui évoque la vie difficile des diplômés de l'enseignement supérieur en Tunisie.

Cannes 70 : quand les seconds rôles prennent le pouvoir

Posté par MpM, le 26 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-53. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Le jury de la compétition officielle mené par Roman Polanski en 1991 reste surtout dans les mémoires par le manque d'enthousiasme affiché par son président pour l'ensemble de la sélection, un incident quasi diplomatique notamment évoqué dans le livre La Vie passera comme un rêve de Gilles Jacob. Barton Fink des frères Coen avait reçu trois prix majeurs, un prix d'interprétation pour John Turturro mais surtout le rare doublé Palme d'or / prix de la mise en scène que Gus Van Sant fut le seul à répéter avec Elephant en 2003 (depuis, ce n'est plus possible).

Ce que l'on retient moins de ce jury 91 est le prix remis exceptionnellement à un second rôle, faisant la fierté de son récipiendaire, Samuel L. Jackson, particulièrement flatté en effet d'être le premier – et le dernier - à recevoir un tel honneur. C'était pour Jungle Fever de Spike Lee où il était Gator, le frère junkie d'un architecte afro-américain tombé amoureux de sa secrétaire d'origine italienne, un rôle écrit pour lui, alors qu'il sortait lui-même d'une cure de désintoxication, déclarant d'ailleurs que sa sobriété fraîchement acquise lui avait permis d'atteindre pour la première fois la vérité profonde d'un personnage qu'il incarnait à l'écran.

Roman Polanski et ses comparses ont récompensé ce comédien alors obscur (déjà âgé de plus de quarante ans) et, comme sublimé par ce coup de projecteur inattendu, il a commencé à attirer les projets et les cinéastes plus ambitieux. Trois ans plus tard, le choix du jury est validé lorsqu'il «explose» sur la scène internationale avec Jules Winnfield, le tueur qu'il incarne dans la Palme d'or Pulp Fiction de Quentin Tarantino et qui lui permettra d'obtenir sa seule nomination aux Oscars jusqu'à présent.

Dans un tout autre registre, si elle n'a pas reçu exactement le même type de trophée, Irma P. Hall en 2004 a elle aussi été honorée «à part» pour Ladykillers des frères Coen où elle est une vieille dame tranquille, dérangée par des escrocs minables qui trépassent les uns après les autres en tentant de lui voler ses économies secrètes. Le «vrai» prix d'interprétation féminine est revenu cette année là à Maggie Cheung pour son interprétation plus active dans Clean, Irma P. Hall partageant étrangement le Prix du jury avec... Tropical Malady d'Apichatpong Weerasethakul ! Un rapprochement étonnant, les aléas des délibérations secrètes d'un jury !

Si Samuel L. Jackson est donc le seul à recevoir un prix du second rôle, il n'est ni le premier, ni le dernier second rôle d'un film à être mis en avant dans un palmarès cannois. Certains l'ont été au sein d'une distribution chorale primée dans sa totalité ou en large partie soit en étant préféré de façon parfois très inattendue à une tête d'affiche plus évidente et considérée comme favorite. Alors qu'on attendait La Reine Margot / Isabelle Adjani, c'est sa vilaine mère, terrifiante, Catherine de Médicis jouée par Virna Lisi qui a séduit le jury. Un succès surprenant, malgré la pertinence du choix, qui valide une belle carrière de quarante ans. Tout sera réparé quelques mois plus tard, lorsqu'elles seront toutes les deux primées aux César, Adjani comme meilleure actrice de l'année, Lisi en second rôle.

La présidente des jurys 1975 - 1995, Jeanne Moreau, a fait coup double. En 1975, Plutôt que de primer Dustin Hoffman alias l'humoriste trash Lenny Bruce dans Lenny, elle choisit sa partenaire Valerie Perrine pour le rôle souvent ingrat de «la femme de». Elle y est certes attachante, drôle, émouvante, mais reste dans l'ombre de l'homme dont on raconte l'histoire. Vingt plus tard, elle récidive avec La Folie du Roi Georges. Comble de l'humiliation pour Nigel Hawthorne, grand nom du théâtre et du petit écran britannique, qui a enfin trouvé le rôle de sa vie sur grand écran. Malgré sa performance impressionnante en roi au bord de la sénilité, il monte sur scène le soir du palmarès pour récupérer le trophée de son épouse à l'écran Helen Mirren, déjà primée onze ans ans auparavant pour Cal. Doit-on déceler dans ces deux choix une forme de soutien aux épouses malmenées par les grands qui les ont fait souffrir dans leur quête de grandeur ?

Quelques troupes d'acteurs ont également été honorées, à commencer par les distributions masculine et féminine intégrales du soviétique Une grande famille d'Iossif Kheifitz en 1955, récit édifiant sur la gloire du travail en communauté. Le jury de Wong Kar Wai en 2006 honora les troupes masculine de Indigènes de Rachid Bouchareb et féminine de Volver de Pedro Almodóvar, ce dernier permettant notamment d'honorer la discrète Chus Lampreave, qui fut longtemps le porte-bonheur du cinéaste, toujours pour des petits rôles, certains plus marquant que d'autres. Ce prix-là, pour un rôle à la limite de la figuration, était bien généreux. Jean-Louis Trintignant reçoit en 1969 le prix pour son rôle de juge intègre et sec dans Z de Costa-Gavras malgré un temps de présence limité à l'écran. Quarante ans plus tard, Christoph Waltz, membre de la troupe de Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, est lui aussi primé à Cannes. Dans son cas également, il y a un avant et après Cannes. Il est devenu l’un des acteurs non américains les plus actifs dans le cinéma américain.

En 2002 puis l'année suivante en 2003, Kati Outinen pour L'Homme sans passé d'Aki Kaurismäki puis Marie-Josée Croze dans Les Invasions barbares de Denys Arcand sont préférées à leurs partenaires masculins Markku Peltola et Rémy Girard aux arcs dramatiques plus riches.

Loin d'être né avec Samuel L. Jackson, le phénomène est ancien. En 1952, Lee Grant pour son rôle de voleuse à l'étalage dans Histoire de détective de William Wyler reçoit l'un des premiers prix d'interprétation féminine. Son personnage, magnifique et joliment interprété, est surtout le candide témoin de la crise morale vécue par Kirk Douglas dans un récit resserré sur quelques heures centrales de la vie d'un petit commissariat et de son meilleur inspecteur.

Aucun temps de présence minimum n'est imposé au jury du Festival de Cannes pour honorer les comédiens qui ont ainsi pu imposer avec plus ou moins de réussites un acteur présent dans peu de scènes ou potentiellement noyé dans une distribution, avec des choix agréablement surprenants et parfois bien plus mérités que les acteurs plus centraux à l'intrigue. D'autres jurys auraient pu faire ce même type de choix, et honorer, pour ne citer qu'un exemple marquant, Vlad Ivanov, l'avorteur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours devenu acteur majeur du cinéma roumain (Dogs et Baccalauréat l'an dernier) comme international (Snowpiercer de Bong Joon-ho). Cette année-là, c'est un autre interprète peu connu qui remporta le prix, pour Le bannissement d'Andrey Zviagintsev. Mais Konstantin Lavronenko, lui, tenait le premier rôle.

Pascal Le Duff de Critique-Film

Cannes 70 : quinze réalisateurs passés par la Cinéfondation

Posté par MpM, le 25 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-54. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Depuis presque 20 ans, la Cinéfondation du Festival de Cannes révèle, aide et accompagne de jeunes cinéastes venus du monde entier (voire notre article d'hier). Certains d'entre eux sont devenus des "habitués" presque incontournables sur la Croisette et dans les grands festivals internationaux, d'autres ont encore beaucoup à prouver. Tous apportent un regard personnel et singulier qui offre de nouvelles perspectives au cinéma mondial. La preuve par quinze, avec quinze cinéastes issus de l'un ou l'autre des programmes de la Cinéfondation dont on suit (et suivra à l'avenir) le parcours avec beaucoup d'attentes, et d'espoir.

Ciro Guerra (Né en 1981, Colombie)
Après plusieurs courts métrages, Ciro Guerra réalise son premier long en vidéo noir et blanc en 2004 (La Sombra del caminante). Trois ans plus tard, il est sélectionné par l'atelier de la Cinéfondation avec son projet Los Viajes del viento (Les Voyages du vent). Le film, présenté à Un certain regard lors du Festival de Cannes 2009, révèle aux yeux du monde ce jeune cinéaste formaliste et enchanteur.

Il sera de retour sur la Croisette en 2015 avec L'Etreinte du serpent, romanesque road movie en pirogue qui repart avec le prix CICAE de la Quinzaine des Réalisateurs puis vaut à Ciro Guerra une nomination à l'Oscar du meilleur film étranger. On peut aisément imaginer que son histoire d'amour avec Cannes ne s'arrêtera pas là.

Jessica Hausner (née en 1972, Autriche)
En 1996, Jessica Hausner se fait remarquer avec son court métrage Flora primé à Locarno. Trois ans plus tard, son moyen métrage Inter-view (portrait d'êtres décalés et solitaires) a les honneurs de la Cinéfondation d'où il repart avec une mention spéciale. La jeune réalisatrice affirme son ambition de "décrire le déséquilibre et l'arbitraire", obsession que l'on retrouve dans son premier long métrage, Lovely Rita, sélectionné à Un certain regard en 2001.

Elle reviendra quatre fois par la suite : deux fois en sélection officielle (toujours à Un Certain regard) avec Hotel (2004) et Amour fou (2014) et deux fois en tant que membre du jury : de la Cinéfondation et des courts métrages en 2011 et du Certain regard en 2016. En parallèle, elle travaille sur les projets des autres au sein de la maison de production Coop 99 qu'elle a fondée avec d'autres talents autrichiens.

Juho Kuosmanen (né en 1979, Finlande)
Fort de deux sélections par la Cinéfondation et d'une à Un certain regard, Juho Kuosmanen peut s'enorgueillir d'un sans faute, puisque chacun de ses passages sur la croisette lui a valu un prix. En 2008, il remporte le 3e prix de la Cinéfondation avec son court métrage Signalisation des routes (Kestomerkitsijät) puis remet le couvert deux ans plus tard avec Taulukauppiaat qui remporte le premier prix de la Cinéfondation.

De retour en 2016 avec son premier long métrage, le cinéaste finlandais séduit le jury d'Un certain regard présidé par Marthe Keller et repart avec le Prix principal de la section. Dans un noir et blanc classieux, Olli Mäki raconte un épisode célèbre de l'histoire de la boxe finlandaise. Biopic qui ne dit pas son nom, il joue sur le décalage du personnage et des situations pour dresser un portrait mi-mélancolique, mi-humoristique qui flirte avec le feel good movie. Aki Kaurismaki ayant annoncé dernièrement sa volonté de mettre un terme à sa carrière de réalisateur, on peut se consoler en se disant que la relève est d'une certaine façon assurée.

Nadine Labaki (née en 1974, Liban)
A la résidence de la Cinéfondation (9e session en 2004-2005), Nadine Labaki, par ailleurs actrice et productrice d'émission, prépare son premier long-métrage, Les voleuses. Finalement réalisé en 2006, sous le titre Caramel, il sera sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2007, et deviendra le plus grand succès international du cinéma libanais.

En 2011, la fable douce amère Et maintenant on va où est présentée à Un certain regard. La réalisatrice participe ensuite au film collectif Rio, I love you (2014) avant de s'éloigner quelque peu des plateaux de tournage. En 2016, elle réapparaissait d'ailleurs sur la liste d'opposition Beirut Madinati (Beyrouth ma ville) lors des élections municipales.

Joachim Lafosse (né en 1975, Belgique)
Après un passage à Locarno avec Tribu, à Angers avec Ça rend heureux et à Venise avec Nue propriété, Joachim Lafosse est sélectionné à l'atelier de la Cinéfondation en 2005. Il y accompagne Elève libre, oeuvre majeure dans sa filmographie, qui sera présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2008.

Il reviendra en 2012 avec A perdre la raison (Prix d'interprétation féminine Un Certain Regard Ex-aequo) et en 2016 avec L'Economie du couple (Quinzaine des Réalisateurs). Les chevaliers blancs, sélectionnés à San Sebastian en 2015, lui vaut quant à lui la coquille d'argent du meilleur réalisateur en 2015. On est impatient de le retrouver sur la Croisette, en lice pour la Palme d'or.

Nadav Lapid (né en 1975, Israël)
Nadav Lapid fait partie des rares cinéastes à avoir été sélectionné deux fois à la Cinéfondation : d'abord en 2004 pour le film collectif Proyect gvul, puis en 2006 avec son film de fin d'études La Copine d'Emile. L'année suivante, il développe son premier long métrage Le policier dans le cadre de la résidence de la Cinéfondation avant d'être choisi pour l'atelier 2008. Le film sera récompensé d'un Prix spécial du jury à Locarno en 2011.

Son long métrage suivant, L'Institutrice, ainsi que son moyen métrage Journal d'un photographe de voyage, seront présentés en séances spéciales lors des éditions 2014 et 2016 de la Semaine de la Critique. Un profil très cannois qui devrait lui permettre de revenir prochainement en Sélection.

Lucrecia Martel (née en 1966, Argentine)
Une fois n'est pas coutume, Lucrecia Martel est une "cinéaste cannoise" découverte... à Berlin. Son premier film, La cienaga, est effectivement en compétition à la Berlinale 2001, où il reçoit le Prix Alfred Bauer. Dès l'année suivante, la cinéaste rejoint la résidence de la Cinéfondation qui lui permet de développer La Niña Santa. Le film sera en compétition à Cannes en 2004.

Lucrecia Martel revient ensuite en 2006 (elle est membre du jury des longs métrages) puis en 2008, avec La femme sans tête. Ses admirateurs espèrent la retrouver sur le tapis rouge cette année, avec son nouvel opus Zama adapté du roman d'Antonio Di Benedetto, mais ils devront renoncer à l'idée d'une sélection en compétition, puisque le film est coproduit par le Président du jury, Pedro Almodovar.

João Paulo Miranda Maria (né en 1982, Brésil)
Si João Paulo Miranda Maria n'en est qu'au tout début de sa carrière, il est indéniable que des fées cannoises se sont penchées sur son berceau. En 2015, il produit et réalise Command action, un court métrage singulier suivant un jeune garçon dans un marché de rue, qui est présenté à la Semaine de la Critique. L'année suivante, son film La Jeune fille qui dansait avec le diable, sur une jeune fille issue d'une famille très religieuse en quête de sa propre forme de salut, est sélectionné en compétition officielle des courts métrages et remporte une mention spéciale du jury.

Enfin, alors qu'il vient d'achever un autre court, Meninas Formicida, qui pourrait à nouveau être invité sur la Croisette, il a rejoint début mars 2017 la résidence de la Cinéfondation pour poursuivre l'écriture de son premier long métrage, Memory house. Difficile dans ces conditions d'imaginer que l'on n'ait pas rapidement de ses nouvelles. En mai 2018 ?

Kornel Mundruczo (né en 1975, Hongrie)
L'histoire entre Cannes et Kornel Mundruczo remonte à 2004, lorsque le court métrage Kis Apokrif n°2 est sélectionné à la Cinéfondation. Le jeune réalisateur hongrois, déjà auréolé d'un Léopard d'argent à Locarno pour son premier long Pleasant day en 2002, reviendra ensuite avec chacun de ses longs métrages. Ce sera d'abord Johanna (Un certain regard, 2005), une version contemporaine et musicale de la Passion de Jeanne d'Arc, puis Delta (Compétition, 2008) qu'il a écrit dans le cadre de la 7e résidence de la Cinéfondation.

Suivront Tender Son - The frankenstein project (Compétition, 2010) et White God (Un certain regard, 2014). Ce dernier lui vaudra d'ailleurs les honneurs (mérités) du Grand Prix Un certain regard. Depuis, on attend avec fébrilité son prochain opus.

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Cannes 70 : place aux jeunes avec la Cinéfondation !

Posté par cannes70, le 24 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-55. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Lorsqu'on pense à Cannes, on a souvent en tête l'image d'un Festival d'"habitués" qui auraient la "carte" et qui réapparaîtraient d'année en année dans une sélection ou une autre. C'est oublier bien vite que certains de ces "habitués" ont été des réalisateurs débutants révélés par le Festival. Mais c'est surtout ignorer l'important volet cannois consacré à la recherche, la découverte et l'accompagnement de nouveaux talents, et que l'on résume assez vaguement par le terme "Cinéfondation". Derrière cette appellation se cachent en réalité trois programmes distincts qui créent à eux-seuls une importante pépinière de talents.

Films d'école


L'aspect le plus connu est celui de la Sélection de la Cinéfondation qui présente chaque année pendant le Festival de Cannes entre quinze et vingt courts métrages d'école venus du monde entier, de la Bosnie-Herzégovine au Vénézuela en passant par l'Egypte, Singapour ou l'Australie. Depuis sa création par Gilles Jacob en 1998, cette section a accueilli plus de 320 films issus d'une centaine d'écoles.

« La Cinéfondation est un extraordinaire espoir pour nous tous, parce qu’elle veut dire que le cinéma a un avenir. Dans la vingtaine de films qui sont visibles à Cannes et qui arrivent du monde entier, je suis sûr qu’il y en a trois ou quatre qui vont nous révéler de grands cinéastes. Alors on sème pour l’avenir, et c’est le but de notre Cinéfondation. Elle s’impose déjà et on attend qu’elle devienne la pépinière des nouveaux talents. Rien ne compte plus pour moi aujourd’hui » expliquait Gilles Jacob en 2003 au site cineuropa.org.

Presque quinze ans plus tard, on a suffisamment de recul pour confirmer que la Cinéfondation a vu éclore depuis sa création une jolie vague de nouveaux réalisateurs passionnants à suivre, de Claire Burger à Nadav Lapid en passant par Deniz Gamze Ergüven ou Emmanuelle Bercot, tous sélectionnés avec leur film d'école, et qui depuis ont eu les honneurs d'une ou plusieurs sélections, d'une caméra d'or (Claire Burger, pour Party girl), de plusieurs César (un pour Claire Burger, deux pour Deniz Gamze Ergüven) et, en ce qui concerne Mustang, d'une nomination à l'Oscar du meilleur film étranger.

Ecriture en résidence

En parallèle, la Cinéfondation propose une résidence destinée aux jeunes réalisateurs en cours d'écriture d'un premier ou deuxième long métrage de fiction, à raison de deux sessions (de quatre mois et demi) par an. Parfois surnommé la "Villa Médicis du cinéma", ce programme créé en 2000 a déjà aidé plus de deux cents cinéastes, dont environ 60% ont pu tourner leur film. Tous sont choisis en fonction de leur parcours (courts métrages ou premier long) et de la qualité de leur projet.

Par exemple, le Srilankais Vimukthi Jayasundar a été sélectionné à la résidence en 2003 avec La Terre abandonnée qui lui a valu la caméra d'or lors de sa sélection à Un certain regard en 2005. Michel Franco a lui écrit Après Lucia (son deuxième long) lors de son passage à la résidence. Le film a ensuite remporté le Prix Un certain regard en 2012.

Dernier exemple frappant, c'est à la résidence que Laszlo Nemes a développé Le Fils de Saul, qui a ensuite gagné le Grand prix (Cannes 2015) et l'Oscar du meilleur film étranger (2016).

Projets à accompagner

Enfin, l'atelier de la Cinéfondation sélectionne, chaque année depuis 2005, une quinzaine de projets de longs métrages. L'idée est d'accompagner les réalisateurs (débutants ou plus confirmés, comme Tsai Ming-Liang sélectionné en 2007 avec son 10e film car il ne parvenait pas à financer son projet par ailleurs) dans l'élaboration pratique de leur projet, qu'il s'agisse de coproduction ou de simple recherche de financement. Cela passe concrètement par des rendez-vous organisés avec des producteurs, des distributeurs et des Fonds d'aides.


Depuis ses débuts, l'Atelier a permis le développement de 186 projets, dont 145 sont terminés et 14 sont actuellement en pré-production. Parmi les plus emblématiques, on retrouve Elève libre de Joachim Lafosse (ensuite sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs), Milk de Semih Kaplanoglu (sélectionné à Venise et annonciateur de Miel qui gagna l'Ours d'or à Berlin en 2010) ou encore Augustine d'Alice Winocour (sélectionné à la Semaine de la Critique et nommé au César du meilleur film).

Le pari est donc gagné pour la Cinéfondation, qui a réussi en moins de vingt ans à devenir un acteur incontournable dans la découverte, le suivi et l'accompagnement de nouveaux réalisateurs. Et demain ? En 2009, Georges Goldenstern, directeur de la Cinéfondation,  avouait envisager d'autres pistes pour parfaire ce travail de défrichage : "Je souhaiterais que d’autres initiatives apparaissent dans le but de continuer à aider les réalisateurs. J’ai des idées (la production, la distribution, le script doctoring, …), mais je ne sais pas encore laquelle suivre." expliquait-il à Format Court. Presque dix ans plus tard, il reste toujours beaucoup à inventer pour permettre aux nouvelles générations d'accéder au devant de la scène.

Mais puisque le sujet est vaste, rendez-vous demain ! A J-54, on vous parlera plus précisément de quinze réalisateurs passés avec succès par la Cinéfondation.

Marie-Pauline Mollaret pour Ecran Noir