Annecy 2018 : des longs métrages d’animation qui dressent un certain état du monde

Posté par MpM, le 22 juin 2018

Cette édition 2018 du Festival d'Annecy aura redit avec efficacité et panache le dynamisme et la belle diversité du cinéma d'animation mondial, qui s'adresse à tous les publics et explore tous les genres cinématographiques. Côté longs métrages, la tendance principale était clairement à un cinéma fort et engagé, voire politique, qui regarde en face les réalités de son époque comme celles du passé. La guerre et la violence étaient ainsi omniprésentes à l'écran, du conflit israélo-palestinien à la guerre civile en Angola, en passant par l'Afghanistan des Talibans et le Cambodge des Khmers rouges.

Ce sont d'ailleurs ces deux propositions qui ont emporté l'adhésion du jury et du public. Sur un mode assez classique, Funan de Denis Do, qui a reçu le Cristal du meilleur long métrage, et Parvana de Nora Twomey, qui a fait le doublé prix du Jury et prix du Public, racontent de manière linéaire et simple le quotidien dans un régime d'ordre totalitaire.

Vivre sous un régime totalitaire


Dans Funan, le réalisateur s'attache à un couple, déporté par le régime, qui se retrouve séparé de son fils. Contraints aux durs travaux des champs, malmenés par les cadres du nouveau régime, sous-alimentés, et sous surveillance permanente, les personnages se battent pour leur survie en même temps que pour retrouver leur fils. C'est l'occasion d'un plongée toute en nuances dans la vie de ces déportés privés de tout : on découvre la cruauté et la bêtise de cadres qui se raccrochent à des idéaux fallacieux de pureté et d'égalité absolue, l'inhumanité d'un système qui nie toute individualité, puis contamine insidieusement victimes comme bourreaux, l'impuissance de tous, la nécessité de survivre coûte que coûte... N'étant jamais à charge, si ce n'est contre le système lui-même, le film montre à la fois les gestes cachés de solidarité (deux cadres aident fugacement le couple de protagonistes, les membres de la famille essayent de rester soudés) et l'impossibilité de cette solidarité dans un contexte où se joue, à chaque instant, la survie de chacun, et où il devient tout à coup acceptable d'accepter un viol (parce que le violeur peut fournir de la nourriture) ou de ne pas venir en aide à une enfant (parce qu'elle est la fille d'un des bourreaux).

Il s'agit de l'histoire vraie de la famille du cinéaste, qui s'est attaché, on le sent, à retranscrire toutes les nuances d'une réalité complexe. Là où on aurait pu craindre une certaine forme de complaisance ou de misérabilisme, il préfère la sécheresse narrative de l'ellipse et une mise en scène très ample qui fait la part belle aux vastes paysages comme aux très gros plans sur les visages, et surtout les yeux, de ses personnages. Le regard voilé de cette mère séparée de son enfant se suffit à lui-même, et l'absence devient une forme de fantôme présent à chaque scène, même quand il n'est pas question du petit garçon. Le cinéaste a aussi tenu à ne pas transformer l'histoire douloureuse de ses proches en une matière à suspense facile. Il limite donc ses effets dans une écriture très sobre qui se contente de raconter, au jour le jour, les moments les plus prégnants de ces destins tragiques, où la douleur des uns ne prend jamais le pas sur celle tout aussi réelle des autres.

Parvana, adapté d'un roman de Deborah Ellis, s'attache aux pas d'une petite fille contrainte de se déguiser en garçon à la suite de l'arrestation arbitraire de son père. Le stratagème, bien que risqué, est le seul moyen pour elle d'assurer la subsistance de sa mère, de sa soeur et de son petit frère, confinés à la maison car le régime taliban interdit à une femme de sortir seule dans la rue. Une fois ce postulat de départ posé, le film patine un peu dans une forme d'auto-complaisance à l'égard des exactions commises et des obstacles qui s'amoncellent sur le chemin de la petite fille. On sent parfois le regard occidental qui force le trait et adopte un ton manichéen destiné à mieux dénoncer les absurdités du régime.

Même la très belle idée du film, celle de raconter en parallèle, sous forme de conte, le combat qui se joue entre Parvana et ses ennemis, est plombée par des maladresses d'écriture (notamment la mère qui ne cesse de réclamer la suite de l'histoire) qui alourdissent tout. C'est pourtant cette partie, réalisée dans une forme de "papiers découpés" numérique, qui est de loin la plus amusante et la plus riche, débordant d'une fantaisie et d'une légèreté qui font défaut au reste. Malgré tout, et même si les bons sentiments n'ont jamais fait les bons films, on ne peut qu'applaudir sur le fond, à savoir un discours engagé sur la culture, l'éducation et l'art comme remèdes contre l'obscurantisme, et le rappel nécessaire du travail qu'il reste à accomplir dans le domaine des droits des femmes.

Questionner le conflit israélo-palestinien


Autre sujet d'actualité brûlant, la situation au Moyen Orient était également au centre de plusieurs longs métrages.  Projeté en compétition, Wall de Cam Christiansen est l'adaptation d'un monologue du dramaturge David Hare, qui s'interroge sur les répercussions du "mur de sécurité" construit autour de l'état d'Israël.  Le documentaire nous emmène sur ses pas, de Jérusalem à Ramallah et Naplouse, montrant concrètement les effets du "mur" sur la vie quotidienne des Palestiniens.

David Hare se met ainsi beaucoup en scène : assis seul sur un banc en train de discourir sur les origines du mur, en pleine conversation avec ses amis israéliens qui se sentent honteux, ou arrêté à un checkpoint avec son chauffeur palestinien, sans raison aucune. Chaque séquence (filmée en prise de vue réelle, puis rotoscopée, ce qui donne une image assez laide sans que l'on comprenne exactement l'intérêt de ce traitement) est l'occasion de dénoncer les absurdités induites par cette barrière infranchissable, et de mettre l'état israélien face à ses contradictions. Sur le fond, le film est assez captivant, notamment lorsqu'il nous amène à Naplouse, "capitale de la pauvreté" que les Israéliens ont rendu quasiment inaccessible, ou qu'il se lance dans une démonstration ironique sur les bienfaits supposés du mur après avoir vu un portrait de Saddam Hussein sur le mur d'un café (il fallait effectivement un mur pour se protéger des gens qui affichent ce genre de choses, déclare-t-il avec malice, avant de feindre le doute : et si c'était la construction du mur qui les avait amenés à se radicaliser de la sorte ?).

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Have a nice day de Liu Jian enfin au cinéma !

Posté par MpM, le 20 juin 2018

Have a nice day de Liu Jian revient de loin ! Il y a un peu plus d'un an, ce long métrage d'animation qui se déroule dans une petite ville du sud de la Chine soudainement en émoi suite au vol d'un sac rempli de billets, était subitement déprogrammé du festival d'Annecy où il était en compétition. A l'époque, les organisateurs avaient précisé dans un communiqué que la décision leur avait été "imposée", déplorant "les pressions officielles qui ont fait en sorte que [le festival] ne soit pas en mesure de présenter ce film remarquable".

Parce qu'Annecy rendait justement hommage à l'animation chinoise, la sélection d'Have a nice day dérangeait Pékin,  alors même que le film figurait en compétition officielle à Berlin en février 2017, et avait été présenté au marché du film à Cannes en mai, puis dans plusieurs festivals européens comme Utrecht et Zagreb.

Tout est donc rentré dans l'ordre, et on peut découvrir Have a nice day sur grand écran dès ce mercredi 20 juin, ce dont on se réjouira. Le film est en effet un portrait au vitriol d'une société chinoise qui marche sur la tête, dont on comprend qu'elle ne suscite pas franchement l'enthousiasme des autorités chinoises. Liu Jian y croque avec cynisme les travers d'un pays obsédé par l'argent et le paraître, prenant ses citoyens en étau entre des désirs tout faits et leurs aspirations réelles.  Un sac rempli de billets devient ainsi l'objet de la convoitise de tous les personnages qui croisent sa route, et provoque une suite de catastrophes et de drames qui servent de prétexte pour révéler les rêves et les espoirs de chacun : aider sa petite amie victime d'une opération de chirurgie esthétique ratée, se marier, s'installer à la campagne, financer ses inventions...

Des rêves si simples, si modestes qu'ils en sont presque tristes, et donnent à voir mieux que de longs discours l'échec du miracle économique chinois. Liu Jian situe en effet son intrigue dans un village des faubourgs d’une petite ville du sud de la Chine que les vagues de rapide urbanisation et d'industrialisation ont transformé brutalement, témoignant des changements que connaît une partie du pays. Le film s'inscrit ainsi dans la lignée d'un certain cinéma chinois contemporain (on pense notamment à I am not Madame Bovary de Feng Xiaogang sorti l'été dernier, ou bien sûr à A touch of sin de Jia Zhang-ke en 2013) qui entremêle humour noir et satire sociale, cinéma de genre et fable désenchantée, et donne de la Chine une vision à la fois grotesque et déshumanisée qui, forcément, ne plait pas spécialement aux principaux intéressés, mais captive le reste du monde.

Gary Oldman, Meryl Streep, Antonio Banderas vont-ils tourner pour Steven Soderbergh ?

Posté par wyzman, le 19 juin 2018

C'est sans aucun doute l'un des projets dont on devrait énormément entendre parler prochainement. Selon Deadline, Gary Oldman, Meryl Streep et Antonio Banderas s'apprêtent à tourner The Laundromat, un film réalisé par Steven Soderbergh traitant directement du scandale des Panama Papers.

Un scandale porteur

Développé autour du script de Scott Z. Burns, lui-même inspiré de l'ouvrage de Jake Bernstein (Secrecy World: Inside the Panama Papers Investigation of Illicit Money Networks and the Global Elite), il se murmure que The Laundromat atterrira prochainement dans le catalogue toujours grandissant de Netflix.

Et comme le rappelle très justement Deadline, ce n'est pas la première fois que Netflix s'intéresse au scandale des Panama Papers. Il y a deux ans, le géant du streaming a acquis les droits du livre Le secret le mieux gardé du monde : le roman vrai des Panama Papers écrit par les journalistes allemands Frederik Obermaier et Bastian Obermayer. Ce projet est toujours en cours de développement. John Wells le produit.

Pour rappel, le scandale a éclaté en avril 2016 lorsque plus de 11 millions de documents contenant des informations confidentielles et d'ordre financier sur des centaines de milliers de sociétés offshore ainsi que leurs actionnaires ont fuité. Nommé en référence aux Pentagon Papers - que Meryl Streep connaît bien - , les Panama Papers auraient été fournis par un whistleblower anonyme et non rémunéré. C'est cette histoire que racontera le film produit par John Wells. Pour ce qui est du film de Steven Soderbergh, aucune information supplémentaire n'a été donnée au cours du mois qui s'est écoulé.

Julien Rappeneau réunit François Damiens, André Dussollier, Ludivine Sagnier dans Fourmi

Posté par wyzman, le 19 juin 2018

Après avoir marqué les esprits avec son premier long métrage Rosalie Blum (2015), le scénariste Julien Rappeneau a enfin pu reprendre le chemin des plateaux de tournage.

Un projet original

Selon nos confrères du Film français, le tournage de Fourmi, son nouveau projet, a débuté il y a une dizaine de jours. Adapté du roman graphique espagnol Dream Team de Mario Torrecillas et Artur Laperla (Editions Literatura Randhom House), Fourmi est d'ores et déjà présenté comme une comédie dramatique sur les relations entre un père et son fils. Déjà producteur de Rosalie Blum, Michaël Gentile produit Fourmi via sa société The Film. D'après ses dires, "le script est drôle et très émouvant, dans une veine de Billy Elliot à la française à travers l’histoire d’un garçon qui va inventer un énorme mensonge pour sauver son père". C'est tout ce que l'on saura concernant l'histoire.

En revanche, côté distribution, il semble que Julien Rappeneau soit parvenu à recruter du très beau monde. Fourmi devrait en effet être porté par François Damiens (toujours à l'affiche de Mon Ket), André Dussollier, Ludivine Sagnier, Laetitia Dosch et Sébastien Chassagne. Toujours selon Le Film français, le budget final de Fourmi s'élève à 6 millions d'euros tandis que The Film était jusqu'à il y a peu toujours en discussion côté distribution.

Murder Mystery : Dany Boon tourne avec Jennifer Aniston et Adam Sandler pour Netflix

Posté par wyzman, le 18 juin 2018

Très bavard, Dany Boon s'est laissé aller ce matin même à quelques savoureuses déclarations ce matin au micro de Stéphane Boudsocq, à l'antenne de RTL. Après avoir fait passer sa carrière cinématographique avant le reste, l'acteur-réalisateur de La Ch'tite famille fera prochainement son retour sur les planches.

Un programme chargé

Il jouera en effet dans "Huit euros de l'heure", une pièce écrite par Sébastien Thiery et au cours de laquelle il pourra compter sur Valérie Bonneton. Dans cette histoire autour d'un couple qui subit en même temps qu'elle tous les malheurs qui arrivent à sa femme de ménage, Danny Boon retrouvera sa partenaire de Eyjafjallajökull. A partir du 11 janvier 2019, 80 représentations exceptionnelles de "Huit euros de l'heure" auront lieu au théâtre Antoine à Paris.

Par la suite, l'acteur de 51 ans sera visible sur tous les écrans ! Eh oui, il s'apprête à tourner dans une grosse production signée Netflix. Dans Murder Mystery, un couple (Jennifer Aniston et Adam Sandler) part en lune de miel en Europe. Ils retrouvent témoins d'un meurtre. Si peu d'infos sur son rôle ont fuité jusque-là, Dany Boon assure qu'il ne s'agira pas d'un "Français méchant". Nous voilà rassurés !

Et comme il ne s'arrête jamais, le comédien n'a pas manqué d'évoquer Le Dindon, le nouveau film de Jalil Lespert (d'après la pièce de George Freydeau) dont le tournage aura lieu cet été. Dans cette comédie, Dany Boon pourra compter sur l'inégalable Guillaume Gallienne ! Tout un programme.

Cabourg 2018 : Raoul Taburin, de Sempé à Benoit Poelvoorde

Posté par kristofy, le 18 juin 2018

Le Festival du Film de Cabourg a donné un Prix coup de cœur au dessinateur Sempé, le créateur de la bande-dessinée Raoul Taburin qui a été adaptée en film : avant sa sortie le 31 octobre, on a ainsi pu le découvrir en avant-première !

Sempé, le nom d'artiste de Jean-Jacques Sempé, est connu pour avoir inventé et dessiné un petit garçon prénommé Nicolas. Durant les années 60, il développera avec ce personnage des petites histoires tendres et drôles avec René Gosciny comme scénariste : c'est le début du succès du célèbre Le petit Nicolas. Plusieurs recueils de cette bande-dessinée ont été transmis de génération en génération pour le faire devenir un héros intemporel, et cinquante après sa création sur papier il a été transposé sur le grand écran de cinéma.

En 2009, Laurent Tirard réalise Le petit Nicolas avec Kad Merad et Valérie Lemercier dans les rôles des parents, puis une suite en 2014 avec Les vacances du petit Nicolas. Sempé sera pour toujours relié à cet enfant mais ses dessins représentent un champs bien plus vaste : des dessins de presse en rapport avec l'actualité, et une centaine de couvertures pour le magazine américain New Yorker, et surtout 26 albums de bande-dessinée avec d'autres nouveaux personnages et d'autres histoires humoristiques où il s'amusait autant de sa jeunesse que du présent. Sempé a vécu diverses aventures avec ses crayons, mais aussi avec ses vélos ! Un de ses premiers jobs adolescents est livreur à bicyclette, quand il habitait à New-York il se déplaçait beaucoup à vélo...

En 1995 parait le livre Raoul Taburin qui a été maintenant transposé en film : si quelqu’un s’y connaît en roulements à billes, pignons, dérailleurs, c’est bien Raoul Taburin, marchand de cycles à Saint Céron. Sa réputation est telle qu’en ville on ne dit plus un vélo, mais un taburin. Il a la chance d’être également heureux en ménage avec Madeleine. Pourtant, Raoul Taburin cache un terrible secret que personne ne connaît : il n’a jamais su tenir en équilibre sur un vélo... C'est un imposteur malgré lui qui risque d'être découvert à partir du jour où le photographe Hervé Figougne arrive dans le village pour y photographier ses habitants, et il souhaite faire le portrait de Raoul Taburin sur un vélo...


Raoul Taburin s'est tourné l'année dernière dans la Drôme, sous l'impulsion du réalisateur Pierre Godeau qui voulait mettre en scène cette adaptation, et avec le scénariste Guillaume Laurent (c'est un univers un peu "améliepoulainesque"). A l'écran, Taburin est Benoit Poelvoorde, sa femme Susanne Clément, son père Grégory Gadebois, et Figougne Edouard Baer...

Pour cette toute première projection publique, presque toute l'équipe du film était à Cabourg : Benoit Poelvoorde, Edouard Baer, Guillaume Laurent, Pierre Godeau, et Sempé bien entendu.

Pierre Godeau : « Quand on a envoyé le scénario on a reçu des réponses 'oui' beaucoup plus rapidement que d'habitude, parce que c'était indiqué que c'était une adaptation des dessins de Sempé. Benoit Poelvoorde a dit 'oui' très vite car c'est un grand fan des dessins de Sempé, il connaissait déjà presque tout de lui. C'est un univers de bienveillance entre la fable et le naturalisme, alors il y avait des passerelles possibles pour adapter cette bande-dessinée en film. Faire un film d’époque sans époque ça m’a beaucoup plu.»

Sempé : « Je suis proche du personnage de Taburin dans le sens où je ne sais pas très bien dessiner, alors que je suis dessinateur. Je pensais que cette bande-dessinée était inadaptable, mais maintenant je suis délicieusement ravi par le film. »

Cabourg 2018 : Grand Prix pour Ága de Milko Lazarov et Swann d’or pour Mektoub my love d’Abdellatif Kechiche

Posté par kristofy, le 17 juin 2018

Cabourg, amours toujours... glamour et humour. Ce 32e Festival du Film de Cabourg a été une nouvelle fois un succès avec des salles pleines de spectateurs (à Cabourg autant qu'à Dives-sur-mer et Houlgate, car le festival est en expansion) et du soleil, l'occasion de découvrir certains films passés par Berlin ou Cannes mais aussi de nombreux films films français en avant-première, et la venue de talents comme Olga Kurylenko, Anaïs Demoustier, Mélanie Thierry, Vincent Lacoste, Eric Judor, Benoît Poelvoorde...

"Le romantisme littéraire et cinématographique place le romanesque au cœur des récits et permet ainsi quelques échappées belles loin du réel, loin des villes, loin des deuils...." : ces mots d'accueil du festival se sont révélés prémonitoires pour certains films récompensés au palmarès. Le jury présidé par André Téchiné a préféré l'exigence de Ága de Milko Lazarov (qui nous fait découvrir le mode de vie d'une communauté iakoute) plutôt que l'évident Rafiki sur une histoire d'amour lesbienne au Kénya. Le public, lui, a voté pour l'émotion de Monsieur de Rohena Gera (une réalisatrice indienne dont c'est le premier film), qui raconte les espoirs d'une domestique à Bombay, plutôt que pour la légèreté du Guy de Alex Lutz. Leurs regards se sont ainsi portés particulièrement vers le continent asiatique, comme pour étancher une véritable soif de découverte.

Pour ce qui du Swann d'or honorant le film le plus romantiques de l'année, la récompense a été justement décernée à Abdellatif Kechiche (entouré de ses comédiens Roméo De Lacour, Ophélie Bau, Shaïn Boumedine, Hafsia Herzi) et son évocation sublime des jeunes élans amoureux avec Mektoub my love : canto uno sorti en mars. On espère d'ailleurs la suite Mektoub my love : canto due vers fin novembre, après une probable sélection à Venise.

Le palmarès

- Swann Coup de coeur : au dessinateur Sempé, en particulier pour sa bande-dessinée Raoul Taburin adaptée en film par Guillaume Laurent au scénario et Pierre Godeau à la réalisation, avec Benoit Poelvoorde et Edouard Baer.

- Grand Prix du Jury : Ága de Milko Lazarov, sortie à venir le 7 novembre
- Prix de la Jeunesse : Joueurs de Marie Monge, sortie le 4 juillet
- Prix du public : Monsieur de Rohena Gera, sortie prévue le 26 décembre

- Swann d’Or du meilleur film : Mektoub my love : canto uno d’Abdellatif Kechiche
- Swann d’Or du scénario adapté d'une oeuvre littéraire : La Douleur d’Emmanuel Finkiel
- Swann d’Or de la meilleure actrice : Mélanie Thierry dans La Douleur d’Emmanuel Finkiel
- Swann d’Or du meilleur acteur : Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste dans Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré
- Swann d’Or de la Révélation féminine : Clémence Boisnard dans La Fête est finie de Marie Garel-Weiss
- Swann d’Or de la Révélation masculine : Anthony Bajon dans La Prière de Cédric Kahn

- Meilleur court-métrage : Bye bye les puceaux de Pierre Boulanger
- Meilleure actrice court-métrage : Yafa Abu Hijleh dans Bye bye les puceaux de Pierre Boulanger
- Meilleur acteur court-métrage : Jamil McCraven dans Bye bye les puceaux de Pierre Boulanger

Par ailleurs les Prix Premiers Rendez-Vous qui récompensent les débuts à l’écran d’une actrice et d’un acteur dans un  premier grand rôle ont été donné à Laëtitia Clément dans Luna d’Elsa Diringer et à Shaïn Boumedine dans Mektoub my love : canto uno d’Abdellatif Kechiche.

Annecy 2018 : le cinéma engagé triomphe avec Funan et Parvana

Posté par MpM, le 17 juin 2018

A l'issue d'une captivante semaine de compétition, le jury "longs métrages" du Festival d'Annecy 2018 a fait le choix d'un palmarès engagé, voire politique, qui récompense deux des films les plus attendus de l'année : Funan de Denis Do (Cristal), et Parvanna, une enfance en Afghanistan de Nora Twomey (Prix du jury, mais également prix du public). Le premier se déroule sous le régime des Khmers rouges au Cambodge et raconte à la fois le quotidien des travailleurs forcés, exilés dans les campagnes, et la lutte désespérée d'un jeune couple pour retrouver leur fils de 4 ans, retenu loin d'eux dans un autre camp. Il faudra malheureusement attendre le 13 mars 2019 pour découvrir cette belle fresque sensible, jamais tire-larmes, qui mêle avec finesse la tragédie intime et les horreurs de l'Histoire, et qui s'inspire de la propre histoire de la mère du réalisateur.

Parvana, adapté d'un roman de Deborah Ellis, se déroule en Afghanistan sous le régime taliban. Il met en scène une petite fille, Parvana, contrainte de se déguiser en garçon pour avoir la possibilité de sortir dans la rue et subvenir aux besoins de sa famille. On y sent un regard occidental qui force parfois le trait sur les innombrables obstacles se mettant sur la route de la petite fille, et adopte un ton un peu manichéen manquant de souplesse et subtilité. Reste le discours engagé sur la culture, l'éducation et l'art comme remèdes contre l'obscurantisme, et le rappel nécessaire du travail qu'il reste à accomplir dans le domaine des droits des femmes.

Stylistiquement, les deux films sont relativement classiques, proposant, pour Funan, de magnifiques plans larges sur les champs et les rizières où se déroule l'intrigue, et, pour Parvana, un paysage plus urbain, assez réaliste, mais également un univers plus délicatement naïf grâce au conte servant de fil rouge au film, illustré par des personnages en "papiers découpés" et des décors plus oniriques.

Une mention a par ailleurs été attribuée à La casa lobo de Cristóbal León et Joaquín Cociña, un film singulier, réalisé avec des marionnettes, qui raconte l'étrange séjour d'une jeune fille nommée Maria dans une maison qui ne cesse de se transformer, comme répondant à ses attentes. Tout à tour contemplatif et inquiétant, poétique et anxiogène, ce premier film chilien frappe notamment par son esthétisme qui joue sur la transformation et la déconstruction. Les personnages et les lieux se modifient ainsi sous nos yeux, laissant voir les matériaux qui les constituent, et ne cessant de se réinventer formellement.

La compétition de courts métrages a quant à elle permis de mettre en lumière les films Weekends de Trevor Jimenez remarqué à Clermont-Ferrand (Prix du jury et prix du public), Cyclistes de Veljko Popovic (mention du jury), une fresque colorée sur des cyclistes fantasmant sur les charmes de l'une de leurs voisines, et Egg de Martina Scarpelli, qui reçoit le prix du premier film. Il s'agit du récit à la première personne d'une jeune femme frappée d'anorexie.

Enfin, c'est le très délicat Bloeistraat 11 de Nienke Deutz qui remporte le Cristal. Tourné dans une grande simplicité de moyens (un décor minimaliste et une maison en carton qui tourne sur elle-même, révélant qu'il n'y a rien autour, et des personnages en celluloïd, dont les contours sont dessinés au crayon, et au travers desquels on voit en transparence), le film montre le délitement sourd de l'indéfectible amitié entre deux fillettes qui sont en train de muer en jeunes filles.

Hélier Cisterne réunit Vincent Lacoste et Vicky Krieps dans l’adaptation de De nos frères blessés

Posté par wyzman, le 15 juin 2018

Selon les informations de nos confrères du Film français, le réalisateur de 37 ans Hélier Cisterne a trouvé les deux acteurs principaux de son second long métrage : Vincent Lacoste et Vicky Krieps.

Un mélodrame attendu

Après avoir réalisé de multiples épisodes du Bureau des légendes, Hélier Cisterne s'intéressera cette fois au roman De nos frères blessés de Joseph Andras paru chez Actes Sud en 2016 et lauréat du Goncourt du premier roman la même année. Hélier Cisterne aurait d'ailleurs déjà trouvé sa co-scénariste en la personne de Katell Quillévéré, auteure de Suzanne et Réparer les vivants.

L'histoire de De nos frères blessés se déroule en 1956 à Alger. Fernand Iveton (Vincent Lacoste) est arrêté dans son usine après avoir été accusé d'y avoir posé une bombe. C'est à ce moment-là que la vie de sa femme (Vicky Krieps) bascule puisqu'elle est désormais associée à un traître qu'elle refuse d'abandonner dans la tourmente. En parallèle démarre une plongée dans les souvenirs de ce couple.

Produit par Justin Taurand des Film du Bélier, De nos frères blessés sera distribué en France par Diaphana, déjà à l'œuvre sur Girl de Lukas Dhont et Cold War de Pawel Pawlikowski. Vincent Lacoste est actuellement à l'affiche de Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré tandis que Vicky Krieps, la révélation de Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, sera prochainement aux côtés de Claire Foy dans Millénium : Ce qui ne me tue pas.

Little Bee : Julia Roberts rejoint le casting de l’adaptation d’Amazon

Posté par wyzman, le 15 juin 2018

Il y a quelques heures seulement, Deadline a révélé que Julia Roberts était sur le point de tenir l'un des deux rôles principaux de Little Bee, l'adaptation cinématographique entreprise par Amazon du roman de Chris Cleave également connu sous le nom de The Other Hand.

Un projet important

Le webzine américain rapporte en outre que l'actrice et scénariste Kathleen Robertson planche déjà sur le script de ce film à venir. Pour information, Little Bee raconte l'histoire complexe entre une demandeuse d'asile nigériane (Little Bee) et une rédactrice de magazine britannique (Sara O'Rourke jouée par Julia Roberts). Elles se rencontrent durant le conflit pétrolier qui toucha le delta du Niger et finissent par être réunies des années plus tard en Angleterre dans des circonstances mystérieuses.

L'interprète de Little Bee n'a pas été annoncée pour l'instant mais selon les informations de Deadline, Julia Roberts produira également le film par le biais de sa société Red Om Films. L'adaptation de 2009 de Little Bee produite par BBC Films et avec Nicole Kidman dans le rôle de Sarah O'Rourke n'ayant jamais vu le jour, Amazon Studios aura tout le plaisir de développer comme il entend cette aventure plus humaine que politique.

Pour rappel, Kathleen Robertson est l'auteure du scénario de The Possibilities, réalisé par Jason Reitman. De son côté, Julia Roberts était récemment à l'affiche de Wonder. Elle sera bientôt aux côtés de Lucas Hedges et Kathryn Newton dans Ben is Back de Peter Hedges.