Rencontres Henri Langlois 2011 : retour sur les films primés

Posté par MpM, le 20 décembre 2011

rihl poitiers 2011On a beau être habitué à la qualité des films sélectionnés par les Rencontres Henri Langlois de Poitiers, c'est un plaisir toujours renouvelé de découvrir le dynamisme et l’inventivité des tout jeunes réalisateurs contemporains. Il faut dire que la sélection est drastique (cette année, 40 œuvres retenues sur les plus de 1300 reçus), et la concurrence rude. Dans les écoles de cinéma du monde entier, on se bat pour figurer parmi les heureux participants au festival.

Que dire, alors, de ceux qui ressortent vainqueurs de la compétition finale, remportant un (ou plusieurs) prix parmi la petite dizaine qui est décernée ? La première impression, c'est que les différents jurys ont probablement bien travaillés, tant les films primés sortent du lot. Sur les cinq que l'on a pu voir (parmi les 6 qui se partagent les récompenses 2011), pas une seule fausse note. C'est à peine si, parfois, on aurait inversé les niveaux de prix... question de sensibilité subjective plus qu'autre chose.

Chose amusante, sur les cinq films, quatre sont l’oeuvre de réalisatrices, preuve que la relève sera plus homogène que ne l'est l'offre actuelle ! Côté géographie, l'Europe est surreprésentée, avec deux films allemands, un britannique (tourné en Argentine, malgré tout), un polonais et... un russe. Pour sauver l'honneur, le 6e film, un long métrage qui n'était pas présenté lors de la reprise du palmarès à la cinémathèque française, est sud-coréen !

Animation, documentaire, comédie, tragédie... tous les styles ont séduits les jurys, qui ne boudent ni leur plaisir, ni leur conscience politique. Un bel équilibre qui donne un aperçu captivant des préoccupations des jeunes cinéastes. Si l'on devait malgré tout faire un reproche un peu général, ce serait sur la difficulté qu'ont les cinéastes de finir leurs histoires. Souvent, les "chutes" ne sont pas à la hauteur du reste, laissant clairement le spectateur sur sa faim. Mais trêve de généralités et retour sur les cinq films en question.

Reaching out to mama d'Olga Tomenko
Le monde, vu à travers le regard d'une petite fille boudeuse, se pare d'une étrange tonalité fantastique. La jeune réalisatrice distord le réel, rend inquiétant un simple tiroir, et capte la fantaisie cruelle de l'enfance. On est surtout séduit par l'ambiance inconfortable qu'elle parvient à créer, et par le naturalisme saisissant de son actrice.

L'échange de Maria Steinmetz
Un jeune couple se promène fièrement avec un nouveau né. Mais l'enfant est remplacé à leur insu par un bébé troll. De ce conte humaniste en forme d'hymne à la tolérance, la jeune réalisatrice allemande fait une nativité ironique et décalée, en mêlant icônes religieuses et personnages d'heroic fantasy. L'animation, épurée et fluide, apporte une véritable inventivité visuelle au récit, et en renforce l'universalité.

Silent River de Anca Miruna Lazarescu
Dans la Roumanie de Ceaucescu, deux hommes décident de risquer le tout pour le tout : traverser le Danube pour fuir à l'Ouest. Tandis que l'échéance se rapproche, la tension monte, et les obstacles surgissent. On est saisi par l'urgence du propos, qui emprisonne spectateurs et personnages dans un climat de plus en plus anxiogène. Au-delà du récit et de ses conséquences, on ne peut aussi s'empêcher de faire le parallèle avec Welcome de Philippe Lioret, où un jeune homme tentait de traverser la Manche à la nage pour rejoindre l'Angleterre-terre promise. Les époques et les circonstances changent, mais pour les êtres humains qui en sont victimes, le prix de la liberté est toujours aussi dur à payer.

Abuelas d'Afarin Eghbal
Il fallait oser aborder un sujet aussi grave (les enlèvements d'enfants pendant la dictature argentine) dans un film d'animation débridé et fantaisiste. Et pourtant, tout fonctionne à la perfection, des cadres photos qui prennent vie aux jouets qui reconstituent les enlèvements. En voix-off sur ces images presque joyeuses, les témoignages des grands-mères-courage apportent juste l'éclairage nécessaire, sans pathos ni émotions forcée. Malgré une durée réduite (9 minutes), tout est (admirablement) dit.

frozen storiesFrozen Stories de Grzegorz Jaroszuk
Les deux pires employés du mois d'un supermarché froid et anonyme se voient confier une mission étrange : trouver un but à leur existence. Le ton ultra-décalé de cette comédie ironique créée une ambiance à la fois surréaliste et désespérante. Mais surtout, les personnages qui semblent totalement désincarnés sont servis par des comédiens si convaincants (mention spéciale au patron neurasthénique) qu'ils rendent crédibles les situations les plus farfelues.

Rencontres Henri Langlois 2011 : palmarès et clap de fin

Posté par redaction, le 12 décembre 2011

rihl poitiers 2011Les 34e Rencontres Henri Langlois auront particulièrement bien porté leur nom lors de cette édition 2011 ! Cette année, professionnels et amateurs du 7e art se sont en effet réunis dans un esprit de convivialité et surtout de partage pour générer  échanges et débats autour des courts métrages, des leçons de cinémas, des conférences ou encore lors des soirées où l’humeur était au beau fixe. Comme tous les ans, Poitiers s’est ainsi érigé l’espace d’une semaine en un véritable carrefour international des écoles de cinéma, recevant les réalisateurs en compétition, qu’ils proviennent d’Amérique du sud ou d’Europe de l’Est, et incitant son public à découvrir davantage de films provenant d’horizons culturels complètement différents.

Avec des invités d’honneur comme l’illustre réalisateur mexicain Arturo Ripstein, qui a ponctué de sa présence une majeure partie des festivités, ou encore le réalisateur Michel Hazanavicius et le compositeur Ludovic Bource pour leur récent succès The Artist, ces 34e rencontres ont fait plus que jamais le pont entre talents confirmés et en devenir.

Samedi soir, lors de la clôture du festival, le jury composé de Hélène Zylberait, Dante Desarthe, Justin frozen storiesTaurand, Tanel Toom et Stéphane Touitou a donc récompensé le très émouvant et singulier Frozen Stories du Polonais Grzegorz Jaroszuk, également gratifié du prix du public. Le réalisateur offre avec ce court métrage 27 minutes délicieusement grinçantes teintées d’un humour décadent, retraçant la rencontre forcée de deux employés d’un même supermarché menant un quotidien insipide. Dépité de leur incompétence et de leur paresse, le directeur du magasin les sanctionne d’une manière des plus originales : trouver en 48 heures un sens à leurs vies. Un court moment de cinéma, bouleversant de réalisme, et qui happe le public avec ce désarroi que hante la jeunesse du 21e siècle (à l’instar également des générations précédentes) mais ne l’empêche pas d’espérer vivre le bonheur au moins une fois dans sa vie.

Le reste du palmarès fait la part belle à l’Europe de l’Est (boudant la France au passage) et notamment à l’Allemagne, qui place deux films. La Russie cumule quant à elle trois prix pour le seul Reaching Out To Mama d'Olga Tomenko qui repart avec le prix de mise en scène, celui de la Critique française et du jury étudiant.

Pour le public parisien, une partie du palmarès sera repris à la Cinémathèque française le 14 décembre à 20h30. L’occasion de s’offrir un aperçu du meilleur de la toute jeune création cinématographique contemporaine et de goûter a posteriori la fameuse ambiance des rencontres Henri Langlois.
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Le palmarès

Grand Prix du Jury
Frozen Stories de Grzegorz Jaroszuk (Pologne)

Prix Spécial du Jury

L'Échange de Maria Steinmetz (Allemagne)

Prix de la Mise en Scène
Reaching Out To Mama d'Olga Tomenko (Russie)

Prix du Scénario
Silent River de Anca Miruna Lazarescu (Allemagne)

Prix Wallpaper Post
Broken Pieces de Sae-mi Yang (Corée du sud)

Prix Découverte de la Critique Française
Reaching Out To Mama d'Olga Tomenko (Russie)

Mention spéciale du Jury de la Critique Française
Umbral de Matias López (Chili)

Prix du Public
Frozen Stories de Grzegorz Jaroszuk (Pologne)

Prix du Jury Étudiant
Reaching Out To Mama d'Olga Tomenko (Russie)

Prix Amnesty International France
Abuelas d'Afarin Eghbal (Grande Bretagne)

Yanne Yager

Rencontres Henri Langlois 2011 : entretien avec Michel Hazanavicius et Ludovic Bource

Posté par redaction, le 10 décembre 2011

Venus présenter la traditionnelle "Leçon de cinéma" des Rencontres Henri Langlois 2011, consacrée cette année à la musique, Michel Hazanavicius et Ludovic Bource (récemment primé aux European Film Awards) ont accordé quelques minutes aux journalistes. L’occasion de revenir sur l’un des succès de l’année, le film muet The artist.

Ecran Noir : The Artist a dû être un véritable défi pour vous, dans la mesure où le spectateur du 21e siècle a évolué avec l’idée du « parlant ». Cela devait représenter un risque en soi pour ce film où la musique est omniprésente. N’aviez vous pas peur de la manière dont il allait être reçu ?

Michel Hazanavicius : Je n’ai pas vraiment peur en réalité…

Ludovic Bource : Moi si ! (rires) Michel m’a dit : « eh bien écoute, tu va être condamné à l’excellence ! »

MH : Je travaille personnellement plus sur le désir. Si on m’avait forcé à le faire, j’aurais sans doute eu peur. Je n’ai donc pas eu peur car je savais qu’il y avait un beau film à faire quoi qu’il arrive. A tout prendre, je préfère me planter avec un film que j’ai désiré plutôt qu’avec un film qui est le projet de quelqu’un d’autre. La notion de risque reste tout de même très relative. D’abord, il n’y a pas de risque réel ; au pire on fait un mauvais film et voilà ! Mais très honnêtement, je ne serais pas le premier à en faire un... Celui qui a réellement pris un risque, c’est celui qui a investi dans ce projet, à savoir le producteur Thomas Langmann. Et en troisième lieu, je considère qu’il est beaucoup plus « casse-gueule » de faire une comédie romantique aujourd’hui avec des trentenaires qui habitent à Paris que de faire un film muet en noir et blanc.

LB : C’était plutôt un projet qui présentait une part de risque par rapport au temps qui nous était imparti pour être en temps et en heure à Cannes pour le défendre. Ca a été une véritable course. C’est une chose que j’aime : lorsqu’un projet est atypique, ou présente quelque chose qui va me faire évoluer, avancer… Là,  c’était vraiment quelque chose d’extrême.

EN  : Pour la composition du film, vous êtes vous appuyés sur certains artistes ?

LB : Au départ, on s’inspire évidemment du climat général de l’époque. J’ai étudié certaines biographies, éventuellement la vie de certains compositeurs qui ont été influents pendant l’âge d’or du cinéma hollywoodien, en passant par les classiques et les grands compositeurs de l’Europe de l’est. Max Steiner et d’autres notamment qui maitrisaient la symphonie, qui sortaient du style romantique. C’était une ère totalement différente, donc une musique émotionnellement différente. Mais je pense aussi que The Artist n’est pas complètement désuet dans l’image, car certains caractères du film sont assez modernes. Il y a par exemple cette scène incroyable avec le rêve de George Valentin. A cet instant il y a du « sound design » (bruits intra-diégétiques), les gens trouvent ça génial mais à l’époque personne n’a jamais fait ça. Il y a donc plusieurs relectures différentes sur le film, presque actuelles et politiques.

J’ai donc suivi Michel par rapport à sa sensibilité musicale et cinématographique. Pendant plusieurs semaines, j’ai essayé de m’informer, d’ingurgiter des choses et à un moment donné, de m’arrêter, de me mettre au piano et de laisser faire les choses. Sans copier, sans s’influencer de ce patrimoine-là, car j’avais visité presque 50 années de la musique, jusqu’à Bernard Herrmann (musique de Vertigo) qui est en hommage à la fin. Il y a donc forcément un peu de musique contemporaine, parfois même de la pop des années 70 dans les love-thèmes entre Peppy et George.

EN : Vous avez travaillé pour ce tournage à Los Angeles avec des personnalités américaines comme John Goodman et James Cromwell. Comment ont-ils réagi à la lecture du scénario ?

MH : Bien étant donné qu’ils ont acceptés. Goodman a dit oui en 5 min, et Cromwell, qui voulait tout savoir, en deux heures. Il y a deux types de personnes à qui j’ai fait lire le scénario : ceux a qui j’ai demandé de l’argent, et ceux à qui j’ai proposé du travail. Ces derniers ont été ravis car c’est un film qui est très différent, et où ils n’ont rien à perdre.

EN : Tourner ce film à Hollywood, là où le cinéma muet avait connu sa plus grande effervescence, cela du vous procurer un léger pincement au cœur ?

MH : C’est surtout pendant la recherche et la préparation des décors qu’il m’est arrivé de me retrouver dans des endroits incroyables comme le bureau de Charlie Chaplin, les studios de la Ruée vers l’or et des Temps Modernes, la maison de Marie Pickford, des découvertes (toiles peintes de décors) qui avaient servi pour le film Casablanca... Toutes ces choses-là, comme tourner à la Paramount, sont très émouvantes. Après cela, il a fallu tourner le film en 35 jours, ce qui est relativement court, donc les pincements au cœur vous les avez surtout quand vous pensez que vous n’allez pas finir votre journée !

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Propos recueillis par Yanne Yager

Rencontres Henri Langlois 2011 : rencontre avec Arturo Ripstein

Posté par redaction, le 8 décembre 2011

arturo ripsteinInvité d’honneur des Rencontres Henri Langlois 2011, Arturo Risptein s’est présenté en conférence de presse aux côtés de sa compagne et scénariste Paz Alicia Garciadiego. Le réalisateur du Chateau de la pureté, L'Empire de la fortune, La Reine de la nuit, Carmin profond..., véritable monstre sacré du cinéma mexicain, a vite mis les journalistes à l’aise, répondant avec humour et ironie au feu nourri des questions. C’est donc une figure passionnante du 7e art contemporain qui a dévoilé son passé, ses expériences et son appréhension vis-à-vis du cinéma d’aujourd’hui…

Pourquoi les thèmes de la solitude, de la souffrance et de l’enfermement hantent-ils votre filmographie ? Pourquoi avez-vous plus d’aisance avec ces thèmes ? Est-ce pour vous le Mexique qui est comme ça ?
Quand on filme, on ne montre pas de passeport. Ce ne sont pas des films anthropologiques, sociologiques ou politiques. Je ne présente pas de portrait du Mexique. C’est inévitable de parler de ce qui nous entoure, mais l’enfermement et la solitude sont les thèmes auxquels je m’identifie le plus.

Y a-t-il donc un peu de votre solitude et de votre enfermement dans vos films, un peu de votre vécu ?
Je filme pour deux raisons. Par rancune à la réalité et par peur. Les choses qui me font le plus peur sont celles qui m’ouvrent le plus les yeux.

Filmer ces thémes vous a-t-il donc permis de vous guérir de cette peur ? Une sorte d’entreprise cathartique à travers la caméra ?
C’est comme se réveiller des cauchemars. Ils se terminent tôt ou tard et on se sent mieux. Je ne comprends pas comment on fait pour se réveiller tous les jours si on rêve avec une telle férocité. Je mène simplement mes rêves à l’écran. Parler de ces obsessions permet de s’ôter d’un poids sur nos épaules. L’église catholique la inventé, ils appellent ça la confession. Freud faisait la même chose, mais il demandait de l’argent. Les deux guérissent : on parle des choses et elles s’en vont.

A travers votre filmographie, quel message aimeriez vous laissez aux jeunes réalisateurs d’aujourd’hui ?
Aucun. Je leur recommande juste de travailler, et quand ces jeunes cinématographes me demandent des conseils, je leur réponds toujours avec la même phrase : « persister sans avoir d’espoir ».

C’est très pessimiste tout de même ?
Non, en fait c’était Alexandre de Macédoine qui avait cette inscription sur son bouclier. Et il s’en est très bien sorti !

Puisque vous êtes présents dans un festival en France, pouvez-vous nous dire quelles caractéristiques du film français vous plaisent le plus ?
C’est une question très difficile, car très vaste. Le cinéma français a été très important pour moi depuis longtemps. Ca a commencé avec « La Kermesse héroïque » de Jacques Feyder, et bien avant Méliès. C’était très fréquent lorsque je rêvais d’être réalisateur que nous puissions voir un certain nombre de films français au cinéma, notamment ceux de Robert Bresson qui ont été de gros succès ; chose qui est impensable aujourd’hui. On a découvert toute la Nouvelle Vague au Mexique dans les cinémas. Les films français ont donc été fondamentaux pour ma part car ils ont rempli mon regard de merveille. Je me souviens qu’on sortait du cinéma avec mes amis, on discutait passionnément jusqu’à 6 heures du matin, et on se disputait souvent sur ces films. Alors qu’aujourd’hui, plus personne ne se dispute sur les films.
Et comment le pouvez-vous ? Les films américains envahissent désormais tous les cinémas au Mexique. A peu prés 95% des films projetés au Mexique sont américains. Il n’y a pratiquement plus d’autres films, chose qui est regrettable.

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Propos recueillis par Yanne Yager

Rencontres Henri Langlois 2011 : une édition sous le signe de la musique

Posté par redaction, le 5 décembre 2011

rihl poitiers 2011Le TAP (théâtre et auditorium de Poitiers) a redoublé d’efforts, à l’occasion de la 34e édition des rencontres Henri Langlois, pour offrir à son public un large choix de spectacles et d’évènements culturels en tous genres, aboutissant à un programme des plus riches.

Cette année, le Festival concentre une partie de ses activités autour de la musique de film. Ainsi, Karol Beffa, compositeur et pianiste récompensé en 2008 par la SACEM et l’Académie des Beaux-Arts, et Raphaël Imbert, saxophoniste et compositeur d’improvisation, animaient lors de la soirée d’ouverture deux ciné-concerts. L’opportunité pour les spectateurs de se replonger directement au cœur des années 30, et de (re)découvrir de grands classiques du cinéma muet comme Monte là-dessus, de 1923 avec Harold Lloyd, en profitant en live du travail d’improvisation des deux musiciens.

Plus tôt dans l’après-midi, Beffa et Imbert confiaient leurs inquiétudes quant à l’essoufflement de la pratique de la composition d’improvisation sur la BO des films contemporains, et la perdition d’une tradition pourtant indispensable pour préserver l’originalité et la diversité de la musique à l’écran : « En France, la relation à la musique est complètement mise de côté. On est très souvent confrontés dans les écoles de cinéma à une ignorance, un rejet, de cette histoire de la musique. C’est une pratique qui s’est perdue malheureusement.[…] Un bon film peut être gâché par sa musique, mais un mauvais film ne sera jamais sauvé par sa bande son. On peut même aimer un film pour sa musique et ne pas s’en rendre compte. »

Plus tard dans la semaine, la musique sera à nouveau à l’honneur lors de la traditionnelle leçon de cinéma, transformée en leçon de musique, et qui sera animée par le réalisateur Michel Hazanavicius et le compositeur Ludovic Bource, à propos de The artist. Après deux collaborations sur les OSS 117, les deux invités se sont retrouvés pour cet hommage au film muet qui se base justement sur la mise en abime de l’histoire de l’entrée du parlant dans le 7e art : du son, du bruit et de la parole au sein de la vie d’un « art »-iste qui ne vivait que de la réussite du muet.

Dans un genre très différent, la venue d’un autre invité d’honneur, Arturo Ripstein, grand scénariste et réalisateur mexicain, fait également beaucoup de bruit. En effet, ce dernier vient présenter en avant-première son dernier long métrage, Las Razones del Corazon (qui n’a pour le moment pas de distributeur en France). Dans le cadre d’une redécouverte du cinéma d’Amérique Latine, Ripstein sera présent pour accompagner plusieurs œuvres de sa très remarquable filmographie.

Parallèlement, le public poitevin pourra aussi, et surtout, découvrir les 40 films de la compétition de courts métrages. Certains réalisateurs, notamment Olga Tomenko pour Reaching Out to Mama, semblent déjà avoir fait bonne impression lors des premières projections du week-end. Une candidate sérieuse pour figurer dans le palmarès final ? Un peu tôt pour le dire... Mais quoi qu’il en soit, les 34e rencontres Henri Langlois ont, elles, d’ores et déjà gagné le prix de l’édition la plus prometteuse !

Yanne Yager

Rencontres Henri Langlois : The artist fait sa leçon de cinéma

Posté par Benjamin, le 5 novembre 2011

Les Rencontres Henri Langlois de Poitiers ne manquent jamais de nous réserver de bonnes surprises et parviennent toujours à se placer dans la mouvance actuelle.

Après avoir pris au vol le succès de Tournée de Mathieu Amalric, et du "new burlesque", en confiant la soirée d'ouverture 2010 aux plantureuses girls du film, le festival invite en décembre prochain un cinéaste qui fait parler de lui et un film, tout comme Tournée, remarqué à Cannes : The Artist.

En effet, cette année, la traditionnelle leçon de cinéma sera donnée par le compositeur Ludovic Bource et le réalisateur Michel Hazanavicius sur le thème de la musique de films. Ils succèdent à la leçon sur la mise en scène de Nicolas Saada qui lui, avait organisé le tournage d'un court métrage avec Grégoire Leprince-Ringet.

La venue des deux hommes dans la capitale poitevine est particulièrement judicieuse pour ce festival dédié à la recherche entre passé et futur du cinéma. Avec The Artist, ils ont redonné un léger souffle à la grande époque du cinéma muet (et séduit plus d'un million de spectateurs depuis sa sortie en salles), et ils ont essayé d'offrir une réflexion sur le son au cinéma et plus largement sur le cinéma d'aujourd'hui (une mise en miroir avec le muet).

Cette leçon peut donc avoir plusieurs points d'approches, différents angles d'interrogation : quel a été le challenge musicalement parlant de The Artist ? Quelle sera la forme de cette leçon de cinéma ? La musique était souvent le personnage principal des films muets : elle pouvait être une "voix" à part entière. En tout cas, son usage et sa fonction sont très éloignés des B.O.F. actuelles .

Bource et Hazanavicius ont également collaboré sur les deux OSS 117 : la question de la musique de genre peut aussi être posée. Car le grand point fort de cette leçon est de convier un réalisateur (et son compositeur) qui ne cesse de sortir des sentiers battus du cinéma français. Cela ne peut que convenir au festival qui est toujours partisan de l'originalité et qui possède lui-même son brin de folie.

Rendez-vous donc le mardi 6 décembre pour un voyage dans le temps qui risque d'être passionnant. Ecran Noir sera bien entendu de la partie pour cette soirée d'ors et déjà très attendue.

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bande annonce du Festival

L’instant court : La 40e marche, réalisé par Nicolas Saada

Posté par Benjamin, le 8 juillet 2011

Comme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après Little big love réalisé par Tomas Mankovsky, voici l’instant Court n° 40.

Au dernier festival de Poitiers, en décembre 2010, Nicolas Saada avait donné une leçon de cinéma sur le thème de la mise en scène. Et il s’était mis en tête de relever un défi de taille : reprendre une séquence du film d’Hitchcock Les 39 marches, et la tourner en une soirée, en présence du public poitevin (voir notre actualité du 7 décembre).

Aujourd’hui, après plusieurs mois de montage, le résultat est enfin visible sur le site internet du festival. Les internautes peuvent visionner librement ce court métrage d’environ 6 minutes, intitulé La 40ème marche… tout le monde voit la référence ?

Pour le spectateur lambda, il est possible que ce court métrage paraisse des plus classiques : le personnage principal, joué ici par le jeune et talentueux Grégoire Leprince-Ringuet, est en fuite et se réfugie dans une salle de spectacle où se déroule un débat politique. Pris pour un orateur, on le pousse sur scène pour y faire un discours élogieux à propos du candidat présent. Dans la salle, une jeune femme, qui le reconnaît, se lève pour aller prévenir la police… Tout cela en noir et blanc bien sûr.

Mais ce court métrage a une saveur particulière pour tous les spectateurs qui étaient présents dans la salle ce soir là. Tout ceux qui ont assisté et participé au tournage de ce film et qui, aujourd’hui, peuvent en apprécier le résultat.

C’est donc une leçon de cinéma qui trouve sa réponse finale avec le visionnage de ce petit film, car c’est seulement maintenant qu’il est possible de voir quels sont les passages qui ont été coupés, ainsi que les raccords effectués, etc. Toute la mécanique du cinéma apparaît ici pleinement. Car d’ordinaire, le spectateur n’assiste qu’à la projection du film, il ne sait pas combien de prises ont été nécessaires, quels furent les problèmes rencontrés, ni pourquoi tels cadrages et tels emplacements de caméra ont été choisi plutôt que d’autres. Ici, ceux qui ont assisté à l’évènement peuvent se remémorer les commentaires de Nicolas Saada qui expliquait ses choix mais aussi ses contraintes : le temps imparti (trois heures), la foule à gérer et aussi l’espace de la salle de théâtre à maîtriser. Autant d’éléments qu’il était possible d’appréhender ce soir-là.

Il y a donc beaucoup de plaisir et de nostalgie en regardant La 40ème marche. On se reconnaît dans le public. On ressent un sentiment d’appartenance vis-à-vis du film. Nous y avons participé et nous nous remémorons quelle belle expérience ce fut.

Enfin, j’ajouterai que, si Grégoire Leprince-Ringet a déclamé son texte une trentaine de fois, c’est vraiment en visionnant le film que l’on perçoit la finesse et la force de son jeu d’acteur. Le cadrage le sublime, le cinéma met en lumière son talent.

Ne passez pas à côté de cette jolie expérience, d’autant que vous retrouverez également sur le site du festival les coulisses de la soirée en bonus !

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A lire également :
- le récit de cette soirée de tournage
- l'interview de Nicolas Saada

RIHL 2011 : Poitiers met le (jeune) cinéma à la fête

Posté par MpM, le 1 juillet 2011

RIHLDu 2 au 11 décembre prochain se tiendront les 34e Rencontres Henri Langlois, le Festival international des écoles de cinéma qui a pour ambition de découvrir et faire partager chaque année les meilleurs films de la jeune création cinématographique mondiale. Un objectif parfaitement atteint puisqu'on ne compte plus les réalisateurs aujourd'hui confirmés qui sont passés par Poitiers : Pascale Ferran, Noémie Lvovsky, Arnaud Desplechin...

Envie d'écrire votre nom à la suite ? Vous avez jusqu'au 15 juillet pour faire parvenir votre film au festival. La compétition est ouverte  à toutes les œuvres réalisées après le 1er janvier 2010 dans le cadre d'une école (université ou institut) de cinéma et/ou d'audiovisuel, sans critère de genre ni de durée. Rendez-vous sur le site de la manifestation pour remplir le formulaire d'inscription et découvrir la marche à suivre.

Les  films retenus par le comité de sélection composé de professionnels et cinéphiles s'intégreront à un programme riche en événements, parmi lesquels l'une de ces "leçons de cinéma" dont Poitiers a le secret (en 2010, il s'agissait tout simplement du tournage d'un court métrage dirigé par Nicolas Saada), un panorama du cinéma d'Amérique latine et de nombreuses séances de projection exceptionnelles. Sans oublier les rencontres entre cinéastes et spectateurs, qui permettent à chacun de prolonger le plaisir du cinéma. Car Poitiers est avant tout un lieu où tous les points de vue artistiques ont leur place et où le (jeune) cinéma est immanquablement à la fête !

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34e Rencontres Henri Langlois
Du 2 au 11 décembre
Informations sur le site de la manifestation

RIHL 2010 : des films animés dont l’imaginaire n’a rien de figé

Posté par Benjamin, le 13 décembre 2010

L’animation est un genre devenu majeur dans le cinéma actuel avec le succès des films Pixar ou de franchises telles que Shrek ou L’âge de glace mais aussi grâce à l’essor de la 3D. Les Rencontres internationales Henri Langlois l’ont bien compris et ont sélectionné pour cette 33ème édition des courts métrages animés absolument somptueux !

Il faut le dire et ne pas être avare en superlatifs tant la qualité de ces films dépasse celle de simples travaux d’écoles. Nous sommes face à des professionnels qui tiennent une idée, une véritable trouvaille, qui créent un monde qui leur est propre et développent leur propre style. Pas un film d’animation ne ressemble à un autre. Les formes sont aussi variées qu’inspirées. Le sud-coréen Wan-Jin Kim a joué sur la poésie de ses images qui ressemblent parfois à des tableaux pour retracer à la fois l’horreur de la guerre mais aussi la beauté du paysage qui assiste au massacre. C’est l’absurdité de la guerre face à la mort passive de la forêt. Seulement, il est dommage qu’il n’ait pas développé un vrai fil conducteur pour son film et qu’il se laisse emporter par sa créativité picturale.

Cependant, que ce soit les réalisateurs français du Gardien de phare ou l’allemande Verena Fels pour Mobile, c’est l’absence de parole et une durée courte (moins de 10 minutes) qui les caractérise. Le premier se rapproche plus du style de Sylvain Chomet tandis que le second donne vie à un mobile d’enfant pour une histoire à la fois drôle et irrésistible.

Mais deux films d’animation se démarquent nettement des autres dans la compétition. Le premier par son choix artistique brillant et novateur, le second pour son histoire et l’aboutissement de son projet.

Tout d'abord, l’œuvre de Pierre-Emmanuel Lyet qui a eu l’incroyable idée de réduire ses personnages à de simples yeux. Avec Parade, il traduit notre déshumanisation moderne en ne laissant apparaître de notre identité qu’un œil qui sort de l’obscurité. Le reste du corps, noir lui aussi, se fond donc dans le décor. Mais un œil, un corps se détache de ce monde si triste grâce à des « amis » (imaginaires ou non), des êtres de couleur de toutes les formes qui le suivent partout et perturbent ce monde si réglé. L’invention est splendide et par un jeu avec la musique, il nous fait rire sur ce monde hiérarchisé où chacun se cache. Parade est un film qui possède une identité très forte qui lui permet de sortir très largement du lot.

Le second, A lost and found box of human sensation (photo) conforte l’idée que les films d’animation ne sont pas forcément pour les enfants, et il aborde un thème grave, la dépression, le vide qui suit la perte d’un être cher. L’expérience de la maladie et de la mort, la perte des repères. L’incapacité d’avancer après une telle épreuve et puis, doucement, la renaissance, le nouveau départ et les cicatrices qui se forment et que l’on garde sur soi. Les deux allemands Martin Wallner et Stefan Leuchtenberg créent un univers riche, loufoque et varié. Leur film a une forme assez classique mais ils tiennent une histoire solide, leur film a un but (d’autres n’en ont pas et ne sont qu’une succession de plans vident de sens), quelque chose à dire au spectateur. Et puis, tout de même, les deux gaillards ont la chance de s’être offert les services de deux immenses comédiens pour assurer les voix-off. La voix du personnage principal est assurée par Joseph Fiennes et celle du narrateur par Sir Ian McKellen, excusez du peu !

Les films d’animation font preuve d’une véritable présence artistique à Poitiers. Certains optent pour le rire et la tendresse, tandis que d’autres s’orientent sur des sujets plus graves. La vitalité et la diversité en font un cinéma plein de promesses.

RIHL 2010 : le cinéma continue de refléter un monde perturbé

Posté par Benjamin, le 12 décembre 2010

Aux Rencontres internationales Henri Langlois cette année, les réalisateurs font preuve d’un grand engagement politique voire social. Ils abordent des sujets d’actualité difficiles tels que le terrorisme (London Transfer, photo, suédois), l’exclusion des immigrés clandestins (Mort par suffocation, allemand), le retour de la guerre en Irak (Cigarette Candy, américain) mais aussi d’autres sujets comme le viol (Solstice, anglais) ou l’infanticide (Narben im beton, allemand).

A priori, que ces jeunes cinéastes se frottent à des sujets sensibles, cela n’a rien d’exceptionnel mais ils le font bien, en choisissant de très bons acteurs, en donnant à voir soit une grande émotion soit un absurde des plus total.

Le réalisateur de London Transfer, Roozbeh Behtaji, choisit une situation simple, un homme en transit entre deux aéroports cherche des toilettes à tout prix dans Londres. Avec sa valise à la poignée cassée et sa tête de « terroriste », il est difficile pour lui de trouver de l’aide. On le rejette, on se méfie de lui, on le surveille bien qu’il soit suédois. La peur de l’autre, la peur d’une menace qui a été instaurée depuis des années dans beaucoup de pays occidentaux parasitent tout simplement la relation entre les individus. Ainsi, une situation aussi simple que celle de vouloir aller aux toilettes révèle des tensions et des problèmes disproportionnés.

Narben im beton (de Juliane Engelmann) et Solstice (de David Stoddart) choisissent le camp des femmes. Femmes comme être vulnérables et abandonnées qui sont reléguées aux rôles de mère et de réceptacle des pulsions sexuelles de l’homme. Femme au foyer et femme objet. Mais, elles essayent par tous les moyens d’échapper à cette emprise, cela finit souvent tragiquement : suicide, infanticide. Mais il y aura peut-être un jour nouveau qui viendra pour elle, que ce soit dans l’austérité d’une banlieue allemande ou dans les somptueux paysages embrumés d’Ecosse.

Mort par suffocation est l’un des meilleurs films de la compétition parce qu’il a un début et une fin (croyez moi c’est déjà très bien car beaucoup de réalisateurs trouvent une idée de départ mais n’ont aucune idée pour la conclusion !) et un véritable enjeu. Visar Morena, le réalisateur, utilise un sujet déjà bien traité au cinéma, celui de l’immigration (il suffit de voir Welcome de Philippe Lioret en France) mais il parvient à installer une véritable tension - un couple d’immigrés erre dans la rue, la femme enceinte, perd beaucoup de sang, son mari part chercher de l’aide mais se fait arrêter par la police qui ne veut rien entendre - et il réussit à pointer du doigt l’immense fossé entre les autorités et les immigrés. Un homme qui crie, qui résiste, qui fait du grabuge est forcément coupable, une menace qu’il faut vite éradiquée. Mais ce peut être aussi un homme soucieux pour sa femme qui se vide de son sang, seule dans une rue.

Mort par suffocation se finit de la plus tragique des façons. Par son rythme, par ses images, par le jeu des acteurs, par son découpage, le film est une véritable claque. La mondialisation c’est la peur de l’autre et le renfermement sur soi.

Beaucoup des films en compétition à Poitiers cette année ont montré des personnages isolés, abandonnés, délaissés par la société. Un état du monde pas très brillant et une vision quelque peu désespérée du XXIème siècle.