Cinespana 2016 : Jonas Trueba triomphe avec La reconquista

Posté par MpM, le 10 octobre 2016

La reconquista

Trois ans après avoir dominé la 18e édition du festival Cinespana avec son film Los Ilusos, Jonas Trueba triomphe à nouveau cette année avec son nouvel opus, La reconquista, qui a remporté trois des prix remis par le jury de Serge Avedikian, dont le plus prestigieux, la Violette d'or du meilleur film.

Il s'agit du cinquième long métrage du cinéaste, qui raconte comment deux adultes, Manuela et Olmo, se retrouvent comme ils se l’étaient promis quinze ans après avoir vécu leur premier amour d’adolescents. Le temps d’une soirée, ils revivent leur histoire et s'interrogent sur le passage du temps.

Le reste du palmarès répartit récompenses et mentions entre les six autres films en compétition, avec notamment un double prix pour La decisión de Julia de Norberto López Amado : meilleur musique et meilleure photographie, et le prix du public pour A puerta abierta de Marina Seresesky.

A noter également que c'est No cow on the ice, parcours initiatique en Suède d'Eloy Domínguez Serén, qui est sacré meilleur documentaire tandis que Jota Aronak repart avec le prix Meilleur nouveau réalisateur pour son premier long métrage Ira qui interroge les notions de justice et de sanctions.

 

Le palmarès complet

Violette d'or du meilleur film
La reconquista de Jonas Trueba

Meilleur réalisateur
Jonas Trueba pour La reconquista

Prix d'interprétation féminine
Marta Lado pour Sicixia de Ignacio Vilar
Mention spéciale
Aura Garrido pour La reconquista de Jonás Trueba

Prix d'interprétation masculine
Francesc Garrido pour La adopción de Daniela Fejerman
Mention spéciale
Àlex Monner pour La propera pell de Isaki Lacuesta et Isa Campo

Meilleur scénario
Carles Torras et Martín Bacigalupo pour Callback de Carles Torras

Meilleure photographie
Juan Molina Temboury pour La decisión de Julia de Norberto López Amado

Meilleure musique
Pedro Navarete pour La decisión de Julia de Norberto López Amado

Prix du public
A puerta abierta de Marina Seresesky

Prix du meilleur documentaire
No cow on the ice d'Eloy Domínguez Serén

Prix Nouveau réalisateur
Jota Aronak pour Ira

Meilleur court métrage
Bus story de Jorge Yúdice
Mention spéciale
I said I would never talk about politics de Aitor Oñederra

Cinespana 2016 : Alex de la Iglesia et Xavier Cugat se partagent la soirée d’ouverture

Posté par MpM, le 30 septembre 2016

Mi gran noche

Traditionnellement, le Festival Cinespana qui commence ce soir propose deux ambiances pour sa soirée d'ouverture. Cette année, les spectateurs auront le choix entre une comédie caustique signée Alex de la Iglesia, Mi gran noche, et Sexo, maracas y chihuahuas de Diego Mas Trelles, un documentaire haut en couleurs sur le musicien catalan Xavier Cugat, star d'Hollywood où il fut chef d'orchestre sur de nombreux tournages.

Dans Mi gran noche (My big night), le trublion du cinéma espagnol s'attaque à la télévision à travers l'interminable tournage d'une émission de fin d'année durant laquelle les différentes personnalités en présence rivalisent d'ego, jusqu'à ce que la situation dégénère hors de tout contrôle. Une nouvelle farce délirante et ironique par le réalisateur de Balada Triste et Les Sorcières de Zugarramurdi. Une belle avant-première que les fans ne manqueront pas, d'autant que le film n'a toujours pas de date de sortie en France...

Portrait chaleureux d'un artiste hors normes

Autre film, autre style, Sexo, maracas y chihuahuas nous emmène sur les pas d'une véritable star de la musique catalane, Xavier Cugat, le seul Espagnol à avoir eu quatre étoiles sur le Walk of Fame de Hollywood Boulevard. Comme l'indique son titre, ce documentaire plein de couleurs et de musique revient sur le parcours exceptionnel de Cugat qui fut amené à travailler avec les plus grandes stars, de Rudolph Valentino à Charlie Chaplin, en passant par Rita Hayworth, Franck Sinatra ou Woody Allen.

A grands renforts d'images d'archives, d'interviews de Cugat lui-même et d'extraits de films, le documentaire retrace le parcours étonnant de cet artiste complet surnommé le "roi de la rumba" en raison de son inspiration éminemment cubaine (il vécut à Cuba de 4 à 18 ans), et qui fit également carrière en tant que caricaturiste. Que l'on soit familier ou non du personnage, c'est par ailleurs l'occasion de se replonger dans l'âge d'or hollywoodien du cinéma muet et de revisiter un demi-siècle de cette musique "tropicale" (comme il aimait à la surnommer lui-même) qu'il a exporté aux quatre coins du monde jusqu'au début des années 70.

Au fond, que l'on soit plutôt jeu de massacre dans les coulisses de la télévision ou portrait chaleureux d'un artiste hors norme, les deux propositions sont une excellente manière de commencer cette nouvelle édition du plus grand festival européen de cinéma espagnol qui, comme à son habitude, réserve de belles découvertes, surprises et moments de convivialité.

Cinespana 2016 sous le signe de la résistance

Posté par MpM, le 27 septembre 2016

Cinespana 2016Pour sa 21e édition qui se tiendra du 30 septembre au 9 octobre, le festival Cinespana se place d'emblée sous le signe de la résistance. Celui qui est devenu la plus importante manifestation d'Europe consacrée au cinéma espagnol (hors Espagne) a en effet dû faire face cette année à une baisse de subvention de 30 000 euros, soit 10% de son budget annuel.

"Ce festival ne peut perdurer que grâce aux subventions publiques, aux partenaires privés, aux donateurs mais aussi au bénévolat", rappellent Françoise Palmerio-Vielmas et Patrick Bernabé, présidente et vice-président du festival, dans le dossier de presse de la 21e édition. "Cette diminution de ressources a des conséquences sur le fonctionnement du festival. L’ensemble de ses pôles a dû s’adapter difficilement à cette nouvelle situation."

Malgré tout, grâce aux relations qu'il a tissé au fil des années, et à la solidarité de nombreux partenaires, Cinespana parvient à proposer une édition 2016 à la hauteur des précédentes, avec un nombre égal de films répartis entre compétitions fiction, documentaire, "nouveaux réalisateurs" et courts métrages, Panorama du cinéma espagnol contemporain, hommage (en sa présence) à l'acteur Sergi Lopez, focus sur le producteur catalan Paco Poch, hommage posthume au réalisateur Miguel Picazo, rencontre avec l'écrivain Paul Preston, coup de projecteur sur le cinéma des îles Baléares, regard sur le cinéma basque, cycles "Politique et société" et "Voir et revoir", sans oublier diverses rencontres et avant-premières.

Le public toulousain aura ainsi la chance de découvrir avant tout le monde quelques films attendus comme Mi gran noche, le nouveau film d'Alex de la Iglesia, La mort de Louis XIV d'Albert Serra (en présence du réalisateur) ou encore Beyond Flamenco de Carlos Saura, mais aussi les nouveaux films d'habitués de Cinespana comme Jonas Trueba (La reconquista), récompensé en 2013 pour Los Ilusos et Ignacio Vilar (Sicixia), récompensé en 2015 pour A esmorga.

Une édition qui fait donc le pari de poursuivre coûte que coûte son engagement militant en faveur d'une cinématographie ibérique fragile, souvent indépendante, qui doit se battre pour exister. "Mais qu’en sera-t-il en 2017 ?" s'interrogent à juste titre les organisateurs. Une seule solution dans l'immédiat pour assurer l'avenir de Cinespana : s'y ruer en masse dès l'ouverture ce vendredi 30 septembre !

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21e édition de Cinespana
Du 30 septembre au 9 octobre 2016 à Toulouse
Informations et horaires sur le site de la manifestation
Cinespana sur Ecran Noir depuis 2007

Le festival Cinespana fait appel au financement participatif pour survivre

Posté par MpM, le 1 juillet 2016

C'est le plus important festival de cinéma espagnol d'Europe (en dehors d'Espagne) avec plus de 120 films projetés chaque année depuis 1996. Or Cinespana, dont la 21e édition est prévue à Toulouse du 30 septembre au 9 octobre prochain, est menacé par une baisse drastique de ses subventions. "Ces dernières années, nos subventions ont diminué de façon conséquente et la baisse de budget est à chaque édition plus grave. A tel point que l’existence du festival est remise en cause", expliquent les organisateurs.

Pour l'édition 2016, c'est en effet à une baisse de 30 000 euros que doit faire face la manifestation. D'où l'idée de faire appel au financement participatif. "Nous avons réussi à réaliser 10 000 euros d'économies mais nous avons atteint un seuil et il nous faut encore rassembler 20 000 euros. En attendant de trouver de nouveaux mécènes pour 2017, nous avons besoin de votre soutien", écrivent les organisateurs sur le site de la campagne.

Il s'agit donc de récolter 20 000 euros d'ici le 13 juillet, afin d'assurer notamment le financement du sous-titrage et des frais d'invitations de cinéastes espagnols venus présenter leur film. Parmi les contreparties proposées, on retrouve bien évidemment des places lors du festival 2016, mais aussi des bons pour des assiettes de tapas, un livre de photos ou encore un apéro-rencontre avec un invité. A mi-parcours, environ 25% de la somme nécessaire avait été récoltée.

Amoureux de l'Espagne, cinéphiles ou simples spectateurs, oncompte sur vous pour sauvegarder cet incontournable rendez-vous toulousain qui attire chaque année environ 28 000 spectateurs !

Cinespana 2015 : Tout sur Marisa Paredes

Posté par MpM, le 15 octobre 2015

Marisa Paredes

Pour souffler sa 20e bougie, le festival Cinespana avait une invitée de choix, la comédienne Marisa Paredes, qui était présente à Toulouse pour la deuxième fois de sa carrière. Souriante, disponible et d'une grande simplicité, l'actrice fétiche de Pedro Almodovar a d'abord rencontré la presse lors d'une conférence décontractée avant de proposer une masterclass pleine d'émotion devant une salle comble. Florilège de ses propos.

Cinespana

Pour moi c'est le festival le plus chaleureux, surtout parce que c'est dédié au cinéma espagnol. Je crois qu'il y a peu d'argent mais que, par contre, il y a beaucoup d'âme. J'étais venue en 2007 et j'avais toujours eu envie de revenir. Toulouse, c'est pour nous les Espagnols un endroit qui est très important par rapport à tous les réfugiés qu'il y a pu avoir par le passé, tous les gens qui ont été accueillis si chaleureusement, pas comme maintenant où les réfugiés fuient et ne savent pas trop comment s'en sortir.

Film préféré

J'ai des scènes ou des moments préférés de différents films. Jamais un seul. Dans tous, je trouve qu'il y a quelque chose qui aurait pu être meilleur, qui aurait pu s'affiner. Je suis très critique dans mon travail. Et puis choisir, c'est comme répondre à la question "qui tu préfères, ton papa ou ta maman ?". Du point de vue de l'acteur, chaque film est la conséquence du précédent.

Personnages

Marisa ParedesJe crois que tous les personnages nous laissent quelque chose à l'intérieur. On l'oublie mais on le voit à l'écran ! Des choses bonnes, des choses mauvaises, et c'est un peu dans l'introspection, dans la recherche de ces personnages qu'on découvre des choses sur soi-même qui étaient cachées.

Beaucoup de personnages m'ont marqué. Certains sont plus connus que d'autres par le public. Evidemment, Talons aiguilles a été mon lancement au niveau mondial. La fleur de mon secret, qui va passer ce soir, n'est peut-être pas le plus connu du public mais c'est un de ceux qui m'a le plus marqué. Et il y en a d'autres, bien sûr.

Je ne sais pas pourquoi on me confie toujours des rôles de dure à cuire. Peut-être que je donne cette image... Le public comme les réalisateurs ont une vision des acteurs et des actrices qu'il est difficile de casser. Par exemple le dernier film de Cristina Comencini dans lequel j'ai joué, c'est une comédie, donc je n'ai pas vraiment le rôle d'une ingénue, mais pour le moins c'est un changement.

Je ne veux pas savoir si j'ai des limites et je ne le sais pas. Je crois que si on se met des limites, on ne peut pas passer au-delà. Moi je suis contre les limites.

Le cinéma et son évolution

Le cinéma est le reflet de la société et la société de maintenant n'est pas la même que lorsque j'ai commencé ma carrière il y a 50 ans. Je dis toujours que Pedro Almodovar n'aurait pas pu exister dans la dictature. Moi j'ai commencé mon travail avant, mais c'est avec lui que j'ai commencé à être connue.

Aujourd'hui, le cinéma se fait d'une manière plus libre, avec moins d'argent, mais aussi avec moins de limites. J'ai lu une interview de Dustin Hoffman dans laquelle il dit que le cinéma n'est déjà plus ce qu'il était avant. Il disait ça avec une sorte de reproche et d'amertume. Je ne suis pas Dustin Hoffman, mais je n'ai pas cette nostalgie. Je crois que la société évolue, que les choses évoluent avec des bons et des mauvais moments, et qu'il faut continuer à vivre sans nostalgie.

Le cinéma espagnol n'a jamais eu d'époque dorée. Il y a eu des personnalités fortes mais jamais de moments de gloire. On peut parler de Saura, bien sûr et c'est le roi de tous, de Bunuel... Ce qui est important, ce sont les moments sociaux que traversent les pays. C'est ce que reflète le cinéma.

Le théâtre

Pour moi, le théâtre, c'est la base de l'art. J'ai commencé comme ça ! C'est quelque chose que je n'oublie jamais car ça fait partie de mon âme. L'année passée, j'ai joué au théâtre dans la pièce The Crippled of Inishman. Mais le théâtre c'est tellement fatigant... Surtout la tournée ! J'aime beaucoup le théâtre, je le garde comme une sorte de sanctuaire doré, mais je n'en fais que de temps en temps car c'est trop fatigant.

Madame la Présidente

Quand j'étais présidente de l'Académie du cinéma espagnol [entre 1999 et 2002], le moment dont je suis la plus fière, c'est à la fin du gala, quand tout le monde est venu avec un panneau pour dire "non à la guerre". Ca a été comme une explosion ! Comme si on avait oublié qu'on était en démocratie et qu'on pouvait dire non à la guerre. Bon, après, il y en a qui auraient voulu me couper la tête. C'est après ça que je me suis sentie fière d'être présidente de l'académie. Le parti populaire a puni le cinéma après. Pas seulement le cinéma, d'ailleurs, mais toute la culture. Nous étions l'ennemi. Ils auraient voulu que la culture disparaisse, cela ne les intéressait pas.

Pedro Almodovar

La movida, c'était pour les rebelles ! Comme une tribu dont les membres se reconnaissent entre eux. Mais une tribu spéciale, car on était tous singuliers. On avait envie de s'amuser, d'écrire... Pedro [Almodovar] était l'un de ces rebelles. On était de la même génération, on avait la même énergie. Il était très amusant.

On se passait ses films en super 8, entre amis.On voyait déjà à quel point son cinéma pouvait être irrévérenscieux, fou, profane, baroque... Comme le super 8 n'avait pas de son, il faisait lui-même la voix des personnages, et il était très drôle !

Avec Pedro, soit tu vas jusqu'au bout, soit ça ne fonctionne pas. Et quand on rentre dans son travail, c'est très attractif.

Au début, avec lui, tout était plus festif. Mais plus il devenait important, plus il a dû envisager son travail avec exigence. Il étend cette exigence aux acteurs car c'est aux personnages qu'il accorde le plus d'importance. Travailler avec lui, c'est rencontrer les émotions les plus fortes, douloureuses ou très douloureuses, amusantes ou très amusantes. C'est comme s'il te déshabillait complètement pour que tu ailles vers lui totalement dénudée. Plus ou moins...

Pedro n'aime pas l'improvisation car pour lui ce qu'il veut de ses personnages est très clair. Parfois, mais très rarement, il te laisse jouer autre chose...

Pour lui, les femmes sont plus riches, plus complexes. Elles osent montrer leurs sentiments d'une manière plus claire. Pour Pedro, les hommes ne donnent pas autant de couleurs à son monde. Son monde est plutôt féminin.

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«Marisa Paredes Crown Plaza-0057 05» par Pablo Tupin-NoriegaTravail personnel. Sous licence CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Autres photos : MpM

Cinespana 2015 : A cambio de nada remporte la Violette d’or

Posté par MpM, le 12 octobre 2015

Cambio de nada

Le jury du 20e festival Cinespana de Toulouse, mené par Yves Boisset et composé de Caroline Baehr, Gérard de Battista, Dominique Pinon et Coraly Zahonero, a marché dans les pas de celui du festival de Malaga en consacrant A cambio de nada, premier long métrage en partie autobiographique de l'acteur Daniel Guzmán, qui y avait remporté plusieurs prix dont meilleur film, meilleur réalisateur et prix de la critique.

Le film s'attache aux pas de Dario, 16 ans, un adolescent déscolarisé et débrouillard qui multiplie les petites combines pour mener une vie libre. Coincé entre ses parents en instance de divorce qui ne cessent de le prendre à témoin et son "protecteur" beau parleur et roublard qui l'exploite, le jeune homme rêve d'argent facile et de premiers émois sexuels. Entre humour et constat social, A cambio de nada reste sans cesse sur le fil, jouant parfois un peu artificiellement sur la corde sensible et la fausse naïveté de ses personnages.

A noter qu'une fois encore, le jury s'est trouvé en phase avec le public qui a également récompensé A cambio de nada.

Trois autres films de la compétition se partagent les récompenses : A esmorga d'Ignacio Vilar, qui suit trois compagnons de beuverie dans la Galice des années 50, en pleine période de répression. Lorak de Jon Garaño et José Mari Goenaga, mélodrame choral sur le deuil, les rencontres manquées et les destins qui se croisent. Felices 140 de Gracia Querejeta, comédie grinçante sur l'amitié et la jalousie.

Côté documentaire, c'est Cartas a Maria de Maité García Ribot, un voyage poétique dans le passé de la famille de la réalisatrice, exilée après la Guerre civile, qui a été distingué par le jury composé de Philippe Etienne (professeur de cinéma), Hubert Guipouy (directeur adjoint de l’ESAV) et Sandrine Mercier (auteure et réalisatrice).

Le prix Nouveau réalisateur remis par le jury étudiant est quant à lui allé à Arturo Ruiz pour El Destierro, l'histoire tragi-comique d'un étrange trio amoureux pendant la guerre civile.

Le palmarès

Violette d'or du meilleur film
A cambio de nada de Daniel Guzmán

Meilleur réalisateur
A esmorga d'Ignacio Vilar

Prix d'interprétation masculine
Karra Elejalde, Miguel de Lira et Antonio Durán Morris pour A esmorga d'Ignacio Vilar

Prix d'interprétation féminine
Iziar Ituño pour Loreak de Jon Garaño et José Mari Goenaga

Meilleur scénario
Gracia Querejeta et Antonio Moreno pour Felices 140 de Gracia Querejeta

Meilleure photographie
Diego Romero Suárez Llanos pour A esmorga d'Ignacio Vilar

Meilleure musique
Pascal Gaigne pour Loreak de Jon Garaño et José Mari Goenaga

Prix du public
A cambio de nada de Daniel Guzmán

Prix du meilleur documentaire
Cartas a Maria de Maité García Ribot

Prix Nouveau réalisateur
Arturo Ruiz pour El Destierro

Meilleur court métrage
Nena de Alauda Ruíz de Azúa

Mention spéciale
Zepo de César Díaz Meléndez

Cinespana 2015 : El gran vuelo de Carolina Astudillo

Posté par MpM, le 8 octobre 2015

El gran VueloPrix du meilleur documentaire au dernier festival de Malaga, El gran vuelo de Carolina Astudillo fait partie de la sélection « Politique et société » du 20e festival Cinespana, qui propose un regard acéré sur le passé et le présent de l’Espagne. Aux côtés d’œuvres plus ancrées dans l’actualité, traitant de thématiques comme la corruption au cœur du système politique et judiciaire espagnol ou la lutte d’associations engagées contre les expulsions immobilières, El gran vuelo s’avère un étonnant objet cinématographique, à mi-chemin entre la recherche expérimentale, le portrait saisissant et le constat amer des nombreux échecs des luttes politiques passées.

Au centre du film, il y a la mystérieuse Clara Pueyo Jornet, militante du Parti communiste qui prit part à la guerre civile et s’échappa des geôles franquistes dans les premières années de la dictature avant de disparaître à jamais. De cette femme, figure centrale de la résistance en Catalogne à la jonction entre les années 30 et 40, on ne sait presque rien. Très peu d’images subsistent d’elles, et les rares témoignages à son égard sont flous et inconsistants. C’est presque à la rencontre d’un fantôme que part Carolina Astudillo.

Munie d’une poignée de photographies usées et de quelques lettres confisquées, la jeune cinéaste reconstitue dans leurs grandes lignes les années charnières de l’existence de son personnage, détaillant les photos jusqu’à les rendre floues, s’accrochant aux moindres informations distillées dans les documents en sa possession. Sa grande intelligence est d’avoir transformé la faiblesse de son propos (le manque cruel d’éléments) en une formidable idée de cinéma.

el gran vueloPuisqu’elle ne peut montrer des images animées de Clara, elle les suggère en utilisant des films amateurs de l’époque, où d’autres fillettes, puis des jeunes femmes, connaissent les mêmes expériences : première communion, jeux, travail… Le rythme hypnotisant des images, le noir et blanc granuleux, la musique lancinante et parfois même dissonante contribuent à donner de Clara une impression fantomatique et au fond insaisissable. Il faudra, et c’est devenu rare de nos jours, se contenter de ces bribes, et renoncer à savoir ce qu’il est advenu de la jeune femme après qu’on a perdu sa trace.

Carolina Astudillo transforme alors son personnage en allégorie d’une époque et d’un engagement. A travers le portrait en creux de Clara, c’est celui de l’Espagne révolutionnaire des années 30 et 40 qu’elle esquisse. Elle dit l’impossible émancipation féminine, même au sein du mouvement républicain, les difficultés à s’aimer librement dans une société entièrement corsetée par la religion catholique, la guerre qui envahit tout, même les jeux des enfants. Elle propose également une passionnante réflexion sur l’image et l’absence d’image, la manière dont sont filmés les corps en fonction des époques et des milieux : corps niés des bonnes d’enfants, corps faussement glamour des prisonnières…

On ne peut évidemment s’empêcher de dresser un parallèle entre ces luttes d’autrefois et celles d’aujourd’hui, qui font dans une certaine mesure appel aux mêmes instincts. Il y a d'ailleurs quelque chose d’éminemment pessimiste dans El gran vuelo, donnant l’impression que l’engagement personnel est un acte violent et destructeur, souvent mal compris et difficile à mener à bien. C’est l’une des interprétations possibles de la disparition mystérieuse de Clara Pueyo après son évasion réussie de la prison de Barcelone, où elle attendait d’être exécutée. On sent dans ses dernières lettres une usure et une lassitude, presque un renoncement. S’il ne dissipe pas le mystère, ce portrait ténu et audacieux ravive avec justesse et subtilité la mémoire de cette combattante qui a volontairement choisi l'oubli, non par renoncement envers ses idéaux, mais au contraire par fidélité absolue.

Cinespana 2015 : cinq bonnes raisons de ne pas louper la 20e édition

Posté par MpM, le 2 octobre 2015

Cinespana 2015

Il y a deux sortes de gens : ceux qui ont déjà assisté au festival Cinespana et rêvent donc d'y retourner cette année, et ceux qui n'ont jamais pu s'y rendre, et prient pour que cette année soit la bonne. Dans les deux cas, les bonnes raisons ne manquent pas d'aller soutenir le plus grand festival européen de cinéma espagnol hors Espagne qui commence ce soir à Toulouse. Pour achever de convaincre les indécis retardataires, cinq raisons forcément subjectives de faire le déplacement d'ici la clôture samedi prochain.

Soirée anniversaire en compagnie de Marisa Paredes

A Toulouse, on ne fait pas les choses à moitié. Pour sa 20e édition, le festival Cinespana a tout simplement demandé à l'actrice Marisa Paredes de venir souffler les bougies. Elle sera ainsi présente pour une soirée exceptionnelle composée d'une rencontre avec le public et de la projection de l'une de ses nombreuses collaborations avec Pedro Almodovar, La fleur de mon secret. Une soirée avec Marisa, ça vaut tous les gâteaux d'anniversaire, non ?

Projection en plein air de Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar

Pour la première fois, Cinespana organise une projection en plein air, ouverte à tous, dans le cadre prestigieux du donjon du Capitole. Un bonheur n'arrivant jamais seul, c'est carrément le film culte de Pedro Almodovar, Femmes au bord de la crise de nerfs, qui bénéficiera de cette séance exceptionnelle. Inratable.

Soutien au cinéma espagnol

Le cinéma espagnol est l'un des plus dynamiques d'Europe, et en même temps l'un des plus menacés par la diminution des subventions qui a suivi la crise en Europe. Aller à Cinespana, c'est donc s'engager en faveur d'une cinématographie fragile, souvent indépendante, qui doit se battre pour exister. Militer en se faisant plaisir, quoi de mieux ?

Deux films d'ouverture pour le prix d'un

Pour lancer cette 20e édition, ce n'est pas un film qui aura les honneurs de l'ouverture, mais deux ! Au choix, les festivaliers pourront ainsi découvrir la comédie Murieron por encima de sus posibilidades de Isaki Lacuesta ou le documentaire Paco de Lucía, légende du flamenco de Curro Sánchez Varela. Le luxe.

Instantané de la production cinématographique ibérique

Cinespana, c'est des longs et des courts métrages, des fictions et des documentaires, un panorama de films récents et un focus sur des inédits issus de la veine la plus indépendante du cinéma espagnol... en bref, un instantané de la production ibérique contemporaine dans toute sa diversité. L'occasion rêvée de découvrir des cinéastes émergents, d'avoir des nouvelles des artistes confirmés, et surtout de connaître avant tout le monde les tendances, les grands noms et les petites pépites de demain ! Indispensable pour les simples cinéphiles comme pour les professionnels.

Cinespana 2015 : 20 ans de cinéma espagnol, ça se fête !

Posté par MpM, le 19 août 2015

cinespana 2015

Avoir 20 ans, pour un festival, n'est jamais une étape anodine. Mêlant la satisfaction du chemin accompli et le défi de poursuivre inlassablement sa tâche, cet anniversaire signifie forcément la nécessité de continuer à se renouveler tout en restant toujours au service de ce qui fait le cœur de toute manifestation : les films, ceux qui les font, et ceux qui les regardent.

C’est évidemment dans cette optique que se prépare la 20e édition de Cinespana,  Festival de cinéma espagnol de Toulouse, qui se tiendra du 2 au 11 octobre 2015. Et qui dit édition spéciale dit événements spéciaux ! A l'image de la soirée anniversaire qui se tiendra le 3 octobre à la Cinémathèque de Toulouse avec une rencontre autour du métier d’acteur en Espagne et la projection de Murieron por encima de sus posibilidades, une comédie de Isaki Lacuesta.

En parallèle, une projection en plein air au Donjon du Capitole permettra à tous les Toulousains de (re)découvrir Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar dans le décor étonnant du Donjon du Capitole. Par ailleurs, une exposition de photographies intitulée "20 ans de tête à tête" rendra hommage aux nombreuses personnalités venues à Cinespana depuis sa création.

Comme tous les ans, le festival proposera par ailleurs de nombreux rendez-vous incontournables comme la compétition officielle (dont le jury sera présidé par Yves Boisset), une sélection documentaire et courts métrages, un cycle de dix films donnant une vision plurielle de la dictature depuis l’époque franquiste jusqu'à l’Espagne démocratique, une Carte Blanche au Festival Márgenes, une sélection de films proposés par la Cinémathèque de Madrid, un cycle Politique et Société et une rencontre littéraire avec l’écrivain et scénariste espagnol Ignacio Martínez de Pisón.

Un programme riche et foisonnant qui devrait permettre à la fois de célébrer dignement le 20e anniversaire de Cinespana et de rappeler le dynamisme indubitable du cinéma espagnol.

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Cinespana, 20e édition
Du 2 au 11 octobre 2015
Le site de la manifestation

Cinespana 2014 : une 19e édition sous le signe du contraste et de la modernité

Posté par MpM, le 3 octobre 2014

cinespanaOn retrouve chaque année avec plaisir le festival Cinespana qui porte haut les couleurs d'un cinéma comptant parmi les plus intrigants et audacieux d'Europe.

Si, avec l'arrivée de la crise, on s'était inquiété pour la créativité espagnole forcément bridée par les restrictions budgétaires et les difficultés sociales où se retrouvait le pays, la production des deux dernières années nous avait quelque peu rassuré.

Certes, l'industrie cinématographique espagnole se porte mal (il y est de plus en plus difficile de faire un film), mais ses créateurs ont su tirer profit des contraintes économiques pour offrir un cinéma en toute liberté, souvent très ancré dans la réalité contemporaine, et soucieux de renouveler les codes et les cadres.

On en aura la démonstration (efficace) lors de cette 19e édition du Festival toulousain avec notamment la sélection en compétition du très remarqué La belle jeunesse de Jaime Rosales (un portrait sombre des conséquences de la crise qui mêle prises de vue en 16mm et images numériques prises sur le vif ) ou encore du formellement original 10 000 km de Carlos Marques-Marcet (principalement filmé à travers une webcam).

Le reste de la programmation réunit un panorama de films contemporains, une programmation jeune public, un cycle "Sexe, genre et identités", des apéro concerts, une section "Mémoire et politique", une séance consacrée au cinéma de genre, et plusieurs hommages.

Les festivaliers pourront ainsi assister à une Rencontre avec l'actrice Lola Dueñas, à un hommage à la danseuse de flamenco et actrice espagnole Carmen Amaya et une carte blanche thématique ("Cinéastes de l’exil : Madrid, Mexico, Paris") au réalisateur, acteur et critique Luis E. Pares.

Le cinéma espagnol, dans ce qu’il a de plus contrasté, entre innovation et patrimoine, modernité et continuité, posera donc une fois de plus ses valises à Toulouse pour dix jours de projections, rencontres et soirées forcément animées.

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19e édition du Festival Cinespana
Du 3 au 12 octobre 2014
Infos et programmation sur le site de la manifestation