Les nominations aux European Film Awards 2019

Posté par vincy, le 9 novembre 2019

Les nominations des 32e European Film Awards ont été annoncé ce samedi 9 novembre au Festival du film européen de Séville en Espagne. Quelques catégories avaient été dévoilées en amont depuis la fin de l'été. La remise des prix aura lieu à Berlin le 7 décembre, avec un Prix pour sa contribtion au cinéma mondial à Juliette Binoche et un Prix Européen de la meilleure série de fiction pour Babylon Berlin.

Si les films sélectionnés à Cannes constituent l'essentiel des sélectionnés, quelques films présentés à Berlin et à Venise (2018 autant que 2019) sont en bonne position. Le cinéma français est cité dans les principales catégories. Il reste quelques catégories (techniques) mais aussi honorifiques (prix européen pour l'ensemble d'une carrière, prix Eurimages de la co-production) à connaître.

Meilleur film européen
J'accuse ; Les misérables ; Douleur et gloire ; System-Sprenger : La favorite ; Le traitre

Meilleur réalisateur
Pedro Almodovar (Douleur et gloire) ; Yorgos Lanthimos (La favorite) ; Marco Bellocchio (Le traitre) ; Roman Polanski (J'accuse) ; Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu)

Meilleure actrice
Viktoria Miroshnichenko (Beanpole) ; Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu) ; Trine Dyrholm (Dronningen) ; Helena Zengel (System-Sprenger) ; Olivia Colman (La favorite)

Meilleur acteur
Jean Dujardin (J'accuse) ; Levan Gelbakhiani (Et puis nous danserons) ; Antonio Banderas (Douleur et gloire) ; Pierfrancesco Favino (Le traitre) ; Ingvar E. Sigurdsson (A white white day) ; Alexander Scheer (Gundermann)

Meilleur scénariste
Pedro Almodovar (Douleur et gloire) ; Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu) ; Marco Bellocchio, Ludovica Rampoldi, Valia Santella & Francesco Piccolo (Le traitre) : Robert Harris & Roman Polanski (J'accuse) ; Ladj Ly, Giordano Gederlini & Alexis Manenti (Les Misérables)

Pas encore dévoilés:

  • Meilleure photo
  • Meilleur montage
  • Meilleurs décors
  • Meilleurs costumes et maquillages
  • Meilleur son
  • Meilleure musique
  • Meilleurs effets visuels

Meilleur documentaire
For Sama ; Honeyland ; Putin's Witnesses ; Selfie ; La Scomparsa du mia madre (La disparition de ma mère)

European Discovery - Prix Fipresci

Aniara de Hugo Lilja, Pella Kågerman ; Atlantique de Mati Diop ; Blind Spot de Tuva Novotny ; Irina de Nadejda Koseva ; Les Misérables de Ladj Ly ; Ray & Liz de Richard Billingham

People's Choice Award - Prix du public

Border de Ali Abbasi ; Cold War de Pawel pawlowski ; Dogman de Matteo Garrone ; Les animaux fantastiques; les crimes de Grindelwald de David Yates ; Girl de Lukas Dhont ; Heureux comme Lazzaro d'Alice Rohrwacher ; Mamma Mia! Here We go again d'Ol Parker ; Douleur et Gloire de Pedro Almodovar ; Le grand bain de Gilles Lellouche ; Parvana de Nora Twomey ; La Favorite de Yorgos Lanthimos ; Les enquêtes du département V: Dossier 64 de Christopher Boe

Prix de la comédie

Ditte & Louise de Niclas Bendixen ; Tel Aviv on Fire de Samej Zoabi ; La Favorite de Yorgos Lanthimos

European University Film Award - Prix des étudiants

Et puis nous danserons de Levan Akin ; Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Stugar Mitevska ; Piranhas de Claudio Giovannesi ; Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma ; Benni de Nora Fingscheidt

Prix de l'animation

Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo ; J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin ; L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damina ; Les hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

Prix du court métrage

Dogs barking at birds de Leonor Teles ; Reconstruction de Jiri Havlicek et Ondrej Novak ; The Christmas Gift de Bodan Miresanu ; Les extraordinaires mésaventures de la jeune fille de pierre de Gabriel Abrantes ; Watermelon Juice de Irene Moray

Les 13 films sélectionnés pour les deux Prix Louis-Delluc 2019

Posté par vincy, le 30 octobre 2019

8 films et 5 premiers films sont lancés dans la course du prestigieux prix Louis-Delluc. les lauréats seront connus le 9 décembre. On remarque dans cette liste quelques habitués et quelques nouveaux venus. Mais surtout pas mal de films sélectionnés à Berlin et à Cannes. Ainsi l'Ours d'or, Synonymes, et le Grand prix du jury, Grâce à Dieu, de la Berlinale, tout comme le film de Téchiné présenté en séance spéciale, sont de nouveau en compétition face à 4 films sélectionnés à Cannes (en compétition, hors-compétition, Un certain regard et à la Quinzaine). Et côté premier film, on retrouve une œuvre expérimentale Ne croyez surtout pas que je hurle (Berlin), un film d'animation J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (Grand prix de la Semaine de la critique à Cannes) et Atlantique de Mati Diop (Grand prix du jury à Cannes).

Etonnament, Les Misérables, candidat français aux Oscars et prix du jury à Cannes, est absent des deux catégories.

Signalons enfin que Cavalier et Téchiné sont les seul de la liste à avoir déjà reçu le Louis-Delluc (Cavalier en 1980 et Téchiné en 1994). Mais Rebecca Zlotowski a déjà été récompensée du Louis-Delluc du premier film (en 2010). Desplechin, Ozon et Dumont tenteront une fois de plus, en grands habitués de la sélection, de décrocher (enfin) le prix.

Louis-Delluc

Etre vivant et le savoir d’Alain Cavalier
Grâce à Dieu de François Ozon
Synonymes de Nadav Lapid
Une fille facile de Rebecca Zlotowski
L’angle mort de Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard
Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin
L’adieu à la nuit d’André Téchiné
Jeanne de Bruno Dumont

Louis-Delluc du Premier film

Vif-argent de Stéphane Batut
Ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis
Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais
J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin
Atlantique de Mati Diop

Un record de 93 films candidats à l’Oscar du meilleur film international

Posté par vincy, le 8 octobre 2019

93 films sont en course pour l'Oscar du meilleur film international (nouvelle dénomination de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère). Une liste de semi-finalistes (10 films) sera dévoilée le 16 décembre tandis que les nominations finales  tomberont le 13 janvier 2020. le successeur de Roma sera connu le 9 février.

- Le précédent record datait d'il y a deux ans avec 92 films. L'an dernier, 87 films avaient tenté leur chance. Le Ghana, le Nigéria et l'Ouzbékistan concourent pour la première fois.

- Parmi les favoris, on note la présence de nombreux films cannois comme Parasite, Douleur et Gloire, Les Misérables, It must be Heaven, Atlantique, Les siffleurs, Le traître, La vie invisible d'Euridice Gusmao, And then we danced et Papicha, malgré l' interdiction de projection dans son pays, ce qui aurait du le disqualifier et en fait, finalement, une exception.

- Le Japon présente un film d'animation, une première depuis Princesse Mononoke, et le Royaume Uni ose un film Netflix du comédien Chiwetel Ejiofor.

- Si l'on dénombre aussi pas mal de primo-réalisateurs, on peut aussi remarquer que le truchement des coproductions permet à des pays comme la Belgique, le Luxembourg ou le Royaume-Uni justement de présenter des films qui sont davantage latino-aémricain, israélien ou africain, respectivement.

- De toute cette liste on retiendra aussi que seul Pedro Almodovar a déjà obtenu cet Oscar, pour Tout sur ma mère en 2000.

La liste

Afrique du sud: Knuckle City de Jahmil X.T. Qubeka
Albanie: The Delegation de Bujar Alimani
Algérie: Papicha de Mounia Meddour
Allemagne: System Crasher de Nora Fingscheidt
Arabie Saoudite: The Perfect Candidate de Haifaa Al Mansour
Argentine: Heroic Losers de Sebastián Borensztein
Arménie: Lengthy Night de Edgar Baghdasaryan
Australie: Buoyancy de Rodd Rathjen
Autriche: Joy de Sudabeh Mortezai

Bangladesh: Alpha de Nasiruddin Yousuff
Biélorussie: Debut de Anastasiya Miroshnichenko
Belgique: Nuestra Madres de César Díaz
Bolivie: I Miss You de Rodrigo Bellott
Bosnie-Herzégovine: The Son d'Ines Tanovic
Brésil: La vie invisible d'Euridice Gusmao de Karim Aïnouz
Bulgarie: Ága de Milko Lazarov

Cambodge: In the Life of Music de Caylee So et Sok Visal
Canada: Antigone de Sophie Deraspe
Chilie: Spider de Andrés Wood
Chine: Ne Zha de Yu Yang
Colombie: Monos de Alejandro Lande
Corée du sud: Parasite de Bong Joon Ho
Costa Rica: The Awakening of the Ants de Antonella Sudasassi Furniss
Croatie: Mali de Antonio Nuic
Cuba: A Translator de Rodrigo Barriuso et Sebastián Barriuso
Danemark: Queen of Hearts de May el-Toukhy
République Dominicaine: The Projectionist de José María Cabral

Equateur: The Longest Night de Gabriela Calvache
Egypte: Poisonous Roses de Ahmed Fawzi Saleh
Espagne: Douleur et gloire de Pedro Almodóvar
Estonie: Truth and Justice de Tanel Toom
Ethiopie: Running against the Wind de Jan Philipp Weyl
Finlande: Stupid Young Heart de Selma Vilhunen
France: Les Misérables de Ladj Ly
Géorgie: Shindisi de Dimitri Tsintsadze
Ghana: Azali de Kwabena Gyansah
Grèce: When Tomatoes Met Wagner de Marianna Economou

Honduras: Blood, Passion, and Coffee de Carlos Membreño
Hong Kong: The White Storm 2 Drug Lords de Herman Yau
Hongrie: Those Who Remained de Barnabás Tóth
Islande: A White, White Day de Hlynur Pálmason
Inde: Gully Boy de Zoya Akhtar
Indonésie: Memories of My Body de Garin Nugroho
Iran: Finding Farideh de Azadeh Moussavi et Kourosh Ataee
Irlande: Gaza de Garry Keane et Andrew McConnell
Israël: Incitement de Yaron Zilberman
Italie: Le traître de Marco Bellocchio
Japon: Weathering with You de Makoto Shinkai

Kazakhstan: Kazakh Khanate. The Golden Throne de Rustem Abdrashov
Kenya: Subira de Ravneet Singh (Sippy) Chadha
Kosovo: Zana de Antoneta Kastrati
Kirghizistan: Aurora de Bekzat Pirmatov
Lettonie: The Mover de Davis Simanis
Liban: 1982 de Oualid Mouaness
Lituanie: Bridges of Time de Audrius Stonys et Kristine Briede
Luxembourg: Tel Aviv on Fire de Sameh Zoabi

Macédoine du nord: Honeyland de Ljubo Stefanov et Tamara Kotevska
Malaisie: M for Malaysia de Dian Lee et Ineza Roussille
Maroc: Adam de Maryam Touzani
Mexique: The Chambermaid de Lila Avilés
Mongolie: The Steed de Erdenebileg Ganbold
Monténegro: Neverending Past de Andro Martinovi
Népal: Bulbul de Binod Paudel
Nigéria: Lionheart de Genevieve Nnaji
Norvège: Out Stealing Horses de Hans Petter Moland
Ouzbekistan: Hot Bread de Umid Khamdamov

Pakistan: Laal Kabootar de Kamal Khan
Palestine: It Must Be Heaven de Elia Suleiman
Panama: Everybody Changes de Arturo Montenegro
Pays-Bas: Instinct de Halina Reijn
Pérou: Retablo de Alvaro Delgado Aparicio
Philippines: Verdict de Raymund Ribay Gutierrez
Pologne: Corpus Christi de Jan Komasa
Portugal: The Domain de Tiago Guedes
République Tchèque: The Painted Bird de Václav Marhoul
Roumanie: The Whistlers (Les siffleurs) de Corneliu Porumboiu
Royaume-Uni: Le garçon qui dompta le vent de Chiwetel Ejiofor
Russie: Beanpole de Kantemir Balagov

Sénégal: Atlantique de Mati Diop
Serbie: King Petar the First de Petar Ristovski
Singapour: A Land Imagined de Yeo Siew Hua
Slovaquie: Let There Be Light de Marko Skop
Slovénie: History of Love de Sonja Prosenc
Suède: And Then We Danced de Levan Akin
Suisse: Wolkenbruch’s Wondrous Journey into the Arms of a Shiksa de Michael Steiner
Taïwan: Dear Ex de Mag Hsu et Chih-Yen Hsu
Thaïlande: Krasue: Inhuman Kiss de Sitisiri Mongkolsiri
Tunisie: Mon cher enfant de Mohamed Ben Attia
Turquie: Commitment Asli de Semih Kaplanoglu

Ukraine: Homeward de Nariman Aliev
Uruguay: The Moneychanger de Federico Veiroj
Vénezuela: Being Impossible de Patricia Ortega
Vietnam: Furie de Le Van Kiet

Les 3 finalistes du Prix Lux 2019

Posté par vincy, le 23 juillet 2019

Ils étaient 10 il y a quelques semaines, ils ne sont plus que trois. Deux coproductions françaises sauvent l'honneur. Mais cette année, le Parlement européen a retenu trois films très différents. Le lauréat sera révélé le 27 novembre.

Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska. Le film nord-macédonien avait reçu le prix du jury œcuménique à la dernière Berlinale.

El reino de Rodrigo Sorogoyen. Le thriller espagnol a récolté 7 Goyas cette année dont meilleur réalisateur, scénario, acteur et second-rôle masculin.

Cold Case Hammarskjöld de Mads Brügger. Le documentaire danois a été récompensé du prix du meilleur réalisateur à Sundance.

3 raisons d’aller voir « Bixa Travesty »

Posté par vincy, le 26 juin 2019

[Le pitch] Bixa Travesty est le portrait électrisant de Linn da Quebrada (site officiel), artiste à la présence scénique extraordinaire qui réfléchit sur le genre et ose affronter avec un rare panache le machisme brésilien. Le corps féminin trans comme moyen d’expression politique.

Un personnage de cinéma. Le documentaire de Claudia Priscilla et Kiko Goifman, récompensé aux prestigieux Teddy Awards, mais aussi à Biarritz et à Chéries Chéris, met en scène Linn da Quebrada, artiste charismatique qui s'affranchit des étiquettes et des genres et utilise son corps (féminin) trans comme arme politique dans un pays encore dominé par le machisme et subissant une forte recrudescence des actes homophobes et transphobes. Linn est magnifique, drôle, enragée, directe, provocatrice, révolutionnaire, réfléchie. Ce qui pourrait passer pour un ego trip devient une guerre pour que nous soyons tous égaux. Sa manière d'être à la fois drama queen, ultra-queer, chanteuse énervée et voix engagée (posée) la rend aussi attachante que séduisante. Elle peut ainsi être déchaînée avec un icro et décalée quand elle se fait opérer d'un cancer. A cela s'ajoute, Jup, éternelle complice. Un duo parfois hilarant, à la Laurel et Hardy, complémentaire et revendicateur. Accessoires, perruques et maquillages font le reste : autant de moyens d'affirmer sa différence pour qu'il n'y ait plus de norme dogmatique.

Un pamphlet engagé. Face à la haine, à un gouvernement appelant à la violence contre les LGBT, au repli sur soi constaté un peu partout, le documentaire fait office de tract en images contre le machisme, le racisme, le sexisme et l'homophobie. Salutaire, cette prise de parole, qui n'est pas didactique, partage l'existence et l'expérience d'une combattante, qui n'hésite pas à utiliser sa musique ou Canal Brésil, pour partager sa vision ouverte et tolérante du monde. Linn da Quebrada ne mâche pas ses mots mais sait aussi conquérir ses audiences. En interpellant l'humaniste qui est en nous, en constatant la méconnaissance globale de son monde, elle projette les spotlights sur les trans et les minorités opprimées, sur la condition des femmes et sur la difficulté d'être respecté en tant qu'être humain. Bixa veut dire pédé. Terme choc qui affronte un monde où cette expression est surtout devenue une insulte pour les intolérants ou les ignorants.

Un film punk-attitude. Du slam et du rock au look, de la liberté de ton à l'intimité des plans, Bixa Travesty est un cri qui vient de l'intérieur mais qui hurle fort. Du sexe comme propagande et des paroles comme pistolets. En fusionnant les genres sexuels - on se fout de l'inclusif, du pronom personnel. Elle est il et il est elle. Le documentaire déconstruit nos préjugés et ouvre nos yeux sur des territoires flous, illustrant ce fameux et récent concept du "genderfluid". Filmé dans la durée à la fois immersif et observateur, à l'écoute et haut-parleur, ce film n'agressera que ceux qui veulent garder leurs œillères et rester sourds à cette déclaration de liberté et de fraternité prônée par Linn (et ses gants d'argent).

Amazing Grace: la résurrection d’Aretha Franklin

Posté par vincy, le 5 juin 2019

En janvier 1972, Aretha Franklin enregistre un album live dans une église intimiste du quartier de Watts à Los Angeles. Le disque de ce concert mythique, Amazing Grace, devient l'album de Gospel le plus vendu de tous les temps, consacrant le succès de la Reine de la Soul.

Un film inédit et maudit

Ce docu-concert date de 1972. Il a été sauvé et achevé en 2010. Mais la chanteuse a traîné le film en justice pour de sombres histoires de droits, l'empêchant ainsi d'être diffusé. Jusqu'à la mort d'Aretha Franklin en août dernier, Amazing Grace était entre les mains des avocats, agents, managers, juges et autres intermédiaires. A l'origine, Sydney Pollack (16 Oscars au total) filme durant deux nuits dans une église d'un quartier défavorisé et essentiellement afro--américain  de Los Angeles une performance de la chanteuse. Cet enregistrement (sur deux jours) sonore et cinématographique aboutit à un disque et à un docu dont les rushs cumulent 40 heures de durée. Mais le montage s'avère impossible techniquement et la Warner décide d'abandonner le projet. Pollack revient alors à la fiction, et ne retournera plus aucun documentaire. Il n'abandonne pas pour autant: il se remet en contact avec Aretha Franklin dans les années 1990. C'est le producteur Alan Elliott qui décide au milieu des années 2000 de finir le travail en achetant les droits à la Warner et en recevant l'accord en 2008 de Pollack, qui est en phase terminale.

Ce qui n'était pas possible dans les années 1970 le devient avec les progrès du numérique: la synchronisation du son et de l'image est enfin possible à partir des rushs. Quand une bande annonce sort en 2010, la chanteuse lance une procédure pour empêcher la sortie du film, considérant qu'elle ne l'a pas validé. Acharnée, elle poursuit les festivals, comme Telluride, qui veulent le diffuser. Il est quand même présenté à Toronto en 2015. Lionsgate accepte de le distribuer. A ce moment là, Aretha Franklin est prête à signer le contrat (1 million de dollars). Mais elle ne le signe pas. Elle aime le film mais elle veut aussi plus d'argent. Concord remplace Lionsgate, et propose la même somme. Elle ne signe toujours rien. Malade, et énervée par l'histoire, elle donne finalement son accord avant son décès. Le film a finalement été présenté au Festival de Berlin en février.

Bénédiction et chansons

Il aura fallu 46 ans pour voir ce concert de gospel au New Temple Missionary Baptist Church de Los Angeles. Si voir un concert (enfin deux ici) au cinéma est toujours une expérience étrange, complètement passive, on peut au moins revoir avec plaisir Aretha et son génie prendre tout l'espace de cette église et partager ses saintes paroles à un public presque en transe. Pour ceux qui ont déjà vu une messe avec des chants gospels, ce ne sera pas forcément une surprise. Même si les caméras de Sydney Pollack parviennent, hors-champs ou par des plans de coupe à surprendre un choriste ou une fervente croyante dans un délire inattendu. Assurément cette grande idole avait une étonnante grâce quand elle chantait. Elle le prouve, malgré la chaleur et la transpiration. Elle maîtrise chacune des variations, sait monter quand il le faut, semble vivre les paroles et vibrer par la musique. Nul besoin de nous faire croire à la Vierge Marie ou prier sans confesser ses hypocrisies, sa voix était divine. Quelque part il y a cette voix surnaturelle, venue des cieux, qui revient à la vie. Ce n'est pas seulement la résurrection d'un film qu'on croyait cloué dans les archives, c'est celle aussi d'une chanteuse hors du commun, dont la voix revient ainsi à nos oreilles, comme si elle avait chanté hier. C'est une bête de scène, sans gesticulations, qui s'expose. Passionnée, elle donne un spectacle à la fois intime (dans cette église) et généreux (elle sait qu'elle passe à la postérité avec les caméras et les enregistreurs autour). Elle en avait conscience puisqu'elle interrompait parfois la chanson pour refaire une prise, sans se soucier des fidèles.

Intense, ce film, accouché dans la douleur, devient, post-mortem, un documentaire à la gloire de la Reine de la Soul. Il y a quelque chose de l'ordre du mythe. Avec cette déesse du R&B. Si on peut regretter que le film ne soit pas enrichi de son aventure cinématographique incroyable, si on peut reprocher la distance que l'écran de cinéma impose, on demeure ébloui par cette force vocale qui faisait d'Aretha Franklin une immense interprète, à la fois chef d'orchestre des musiciens et des choristes et au service des chansons et de la musique.

Pluie d’hommages pour Agnès Varda

Posté par vincy, le 30 mars 2019

Le décès d'Agnès Varda a entraîné de nombreuses réactions de par le monde. A commencer par cette photo de son fils Mathieu Demy sur Instagram, avec un simple "maman!" en guise de légende.

Les chaînes publiques ont bouleversé leurs programmes des prochains jours pour rendre hommage à cette pionnière qui su prendre les vagues, nouvelles, en amont. Arte,qui lui avait consacrée une soirée il y a deux semaines en diffusant son dernier film Varda par Agnès, diffusera son film le plus connu, Cléo de 5 à 7, mis en musique par le regretté Michel Legrand, dimanche 31 mars à 9h30. La chaîne franco-allemande a aussi prévu de montrer Sans toit, ni loi, son plus grand succès, avec Sandrine Bonnaire, lundi 1er avril à 13h35, et son documentaire fondateur Les plages d'Agnès à 20h55 le même jour.

France 2 proposera dimanche 31 mars à 20h40 la pastille D'Art d'art, où l'artiste-photographe-plasticienne avait choisi de commenter l’œuvre des Nymphéas bleus de Claude Monet. Le lundi 8 avril, Stupéfiant! rediffusera l'interview croisée entre Agnès Varda et JR par Léa Salamé, enregistrée il y a deux ans. La chaîne France 5, ce même 8 avril, diffusera le documentaire Jacquot de Nantes, portait de l'enfance de Jacques Demy réalisé par Varda en 1991.

L'émotion a parcouru tout le monde du cinéma, des Oscars à Marrakech. Le Festival de Cannes, qui lui avait décerné une Palme d'or d'honneur en 2015, a éprouvé une "Tristesse immense. Pendant près de 65 ans, le regard et la voix d’Agnès Varda ont habité le cinéma avec une inventivité intacte. La place qu’elle y occupait est irremplaçable. Agnès aimait les images, les mots et les gens. Elle est de ceux dont la jeunesse ne s’éteint pas."

Sur RTL, Thierry Frémaux a témoigné "Qu’elle était immense, c’est quelqu’un qui a fait de son passage sur cette terre, quelque chose d’inestimable." "Elle a inventé quelque chose qui n’appartenait qu’à elle" explique-t-il, ajoutant qu'elle va "nous manquer beaucoup". Rebelle et irréductible, vénérée aux Etats-Unis, Cannes devrait lui rendre hommage cette année. Thierry Frémaux rappelle qu'elle "a été celle qui a dit on peut être une artiste, une femme, une citoyenne, être une réalisatrice. Ça va être à la fois facile de s’en inspirer tellement c’est riche, et difficile de la remplacer."

Gilles Jacob lui a dit adieu sur Twitter: "Varda est partie, mais Agnès sera toujours là. Intelligente, vive, douce, spirituelle, rieuse, cocasse, inattendue comme l'est son œuvre. Ses films de quat'sous sont notre trésor. Un trésor national: celui de l'esprit français."

Le Festival de Berlin, qui venait de lui rendre hommage en février avec une Berlinale Camera, a souligné que "Le monde du cinéma a perdu une grande artiste. Ses œuvres courageuses étaient marquées par un style volontaire, où elle se détachait des conventions et des dramaturgies prédéfinies".

Côté César - elle avait reçu un César d'honneur en 2001 -, on fait l'éloge d'une "très grande dame, une pionnière et une icône de la Nouvelle Vague dont elle fut l’une des rares réalisatrices. Une immense artiste qui se passionnait et exprimait sa créativité sous de multiples formes. Elle était aussi une femme incroyable… comment ne pas succomber à ce caractère, ce franc-parler, ce look, cette modernité, qui ont toujours fait d’elle une personnalité tant honorée de par le monde ?!"

Macha Méril, récente veuve de Michel Legrand et qui a joué dans Sans toit ni loi, confie, toujours sur RTL: "Je me dis qu’une femme pour réussir une carrière pareille, il faut être une sorcière, il faut être terrible. Il faut avoir une autorité extraordinaire. On l’appelait la grand-mère de la Nouvelle Vague."

La vedette de Sans toit, ni loi, Sandrine Bonnaire, évoque dans Libération: "Ce qui me fascinait chez elle c’est qu’elle était très baroudeuse, elle l’a été jusqu’au bout, et tenace, et digne. Il y a deux jours encore elle était consciente qu’elle allait s’éteindre, mais avait une force mentale absolument merveilleuse. Elle a été une femme libre jusqu’au bout, dans sa manière de faire ses films, de les produire, d’être rebelle face à un système un peu trop codé."

Autre actrice qui a collaboré avec Varda, Jane Birkin, sa star de Kung Fu Master et de Jane B par Agnès V: "Elle avait une telle résistance qu'on l'imaginait éternelle" explique l'artiste à l'AFP. "Elle avait un côté assez bulldozer et aussi un côté fragile. Je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi curieux qu'elle. Elle avait une très grande connaissance de l'art."

Julie Gayet, qui avait trouvé son premier rôle dans le cinéma d'Agnès Varda, pleure la réalisatrice: "Mon Agnès tu vas me manquer terriblement, un vide énorme... Ma maman de cinéma. Toi qui m'a tout appris. Je suis sans voix, pas envie de parler à tous ces journalistes qui me demandent ce que je pense de toi. De ton insolence, de ta pertinence, de ta pugnacité, de ta vivacité, de ton cinéma. Toi qui te battais pour un cinéma exigent, différent, indépendant, artisanal... et familial."

Même ceux qui n'ont pas forcément travaillé avec elle, comme Guillaume Canet ou Emma de Caunes, y vont de leur post sur les réseaux sociaux. Isabelle Adjani a envoyé un texte au Figaro: ""Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages." (Les Plages d’Agnès) ....du vent, le vent qui coule dans les veines des actrices et des acteurs. Inspiration? Non! Plutôt une expiration sans fin qui souffle sur tes plages dont les grains s’envolent pour créer des images fragiles mais éternelles, des images qui ne se prennent pas au sérieux mais qui prennent au sérieux ce qu’elles donnent à voir. Une plage sur laquelle les rouleaux de la nouvelle vague repeignent tous les jours la mer en bleu? C’est bon de pouvoir se sentir absurde sans se sentir stupide. Merci Agnès."

JR, en pleine installation au Louvre, a posté une photo sur Instagram, tous deux déguisés en astronautes, avec comme légende " "A toi, mon étoile filante où que tu sois...", en anglais. Et on a pu voir une silhouette de Varda, une photographie cartonnée en taille réelle de l'artiste, s'envoler avec des ballons colorés dans le ciel parisien...

Car la mort d'Agnès Varda a aussi fait réagir les médias, les festivals (de Tribeca à Toronto), les institutions (cinémathèques et musées d'art contemporain), et les artistes internationaux. La réalisatrice américaine Ava DuVernay sur Twitter ("Merci Agnès [en français dans le texte]. Pour vos films. Pour votre passion. Pour votre lumière. Elle rayonne") comme Barry Jenkins, réalisateur oscarisé pour Moonlight, , qui a partagé son émotion: "Le travail et la vie étaient fusionnés pour cette légende. Elle aura vécu à fond tous les moments de ses 90 années." Madonna sur Instagram et Twitter, a posté une photo souvenir où les deux femmes sont sur la place de la République à Paris: "Adieu à l'une de mes cinéastes préférées, Agnès Varda. Toujours un esprit curieux, créatif, enfantin jusqu'au dernier moment".

Martin Scorsese a fait savoir de son côté que "Chacune de ses remarquables photos faites à la main, si joliment équilibrées entre documentaire et fiction, ne ressemble à aucune autre - toutes les images, toutes les coupes… Quelle œuvre elle a laissée derrière elle: des films grands et petits, ludiques et durs, généreux et solitaires , lyrique et inflexible… et vivant."

Sur Facebook, Antonio Banderas lui dit adieu en la remerciant pour "cette nouvelle vague, fraîche et éternelle". Nandita Das, jurée avec elle la même année au Festival de Cannes, évoque une "immense perte".

Claude Lelouch se souvient qu'elle "a été la première à faire des films qui ont influencé la Nouvelle Vague. (...) Elle a fait de ce métier un métier aussi important pour les femmes que les hommes. Elle a toujours été dans les bons combats."

Plus officiel, la présidence de la République a aussi réagi. Emmanuel Macron, soulignant son esprit libre et espiègle, voit en elle une "Immense cinéaste, photographe et plasticienne" qui "va terriblement manquer à la création française."

Frank Riester, ministre de la Culture, s'est dit "Bouleversé, accablé, endeuillé: ces sentiments qui accompagnent la certitude que nous venons de perdre l'une des plus grandes artistes de notre époque."

Frédérique Bredin, Présidente du CNC, lui a évidemment rendu hommage: "Généreuse, joyeuse, profondément humaine, Agnès Varda a illuminé nos vies par ses films d’une folle inventivité. Elle a inventé un cinéma onirique et radical qui a changé l’histoire du cinéma et des Arts. Ce qu’elle a apporté à travers ses œuvres, ses combats pour la condition des femmes, est inestimable. Sa liberté de ton, sa curiosité insatiable, son audace, sa vitalité exceptionnelle, son humour sont et seront une leçon de vie pour tous."

La Maire de Paris, Anne Hidalgo, rappelle qu'elle "vivait rue Daguerre, dans le 14e arrondissement, depuis plus de soixante ans. Elle y était arrivée comme jeune photographe, à la recherche d’un atelier d’artiste. Elle en fit sa maison, y vécut avec Jacques Demy. Elle ne l’a plus jamais quittée, jusqu’à ses derniers instants. (...) Agnès Varda avait mille visages, elle était d’une complexité et d’une richesse rares (...). Son œuvre, de femme humaniste et engagée, a marqué toute une génération et continuera longtemps à nous inspirer."

La rue Daguerre, dans le 14e... Les fleurs s'y amoncellent depuis hier. Le siège de Ciné-Tamaris, maison de campagne en plein Paris où s'empilent les souvenirs des films de Demy et Varda. Serge Moati, documentariste, affirme que "La rue Daguerre est en deuil, le cinéma français aussi, ainsi que tous les cinéphiles du monde: la grande, la très grande Agnès Varda est morte ! Mais ses chefs d’ œuvre resteront à jamais en nos cœurs!"

« Ne croyez surtout pas que je hurle »: un poème introspectif aussi inventif qu’hypnotique

Posté par vincy, le 3 mars 2019

Présenté dans la sélection Forum de la dernière Berlinale, Ne croyez surtout pas que je hurle est un cri qui vient de l'intérieur. Iconoclaste, le film d'une heure et quart ne ressemble à aucun autre. C'est une autobiographie du réalisateur, Frank Beauvais. C'est aussi une observation politique, anthropologique, sociétale, aussi bien de la vie dans un village des Vosges que de celle plus lointaine de Paris et de la France. C'est une déclaration clamée par le cinéaste, entre pamphlet anarchiste et récit intimiste, comme un journal quotidien qu'on lirait à haute voix, en mélangeant ses angoisses personnelles aux colères plus universelles. On y parle aussi bien de la père du père que de la visite d'un célèbre cinéaste portugais, de la solitude extrême que des attaques terroristes, on s'interroge sur le sens de la vie comme sur cette vie qui n'a pas de sens.

Janvier 2016. L'histoire amoureuse qui m'avait amené dans le village d'Alsace où je vis est terminée depuis six mois. À 45 ans, je me retrouve désormais seul, sans voiture, sans emploi ni réelle perspective d'avenir, en plein cœur d'une nature luxuriante dont la proximité ne suffit pas à apaiser le désarroi profond dans lequel je suis plongé. La France, encore sous le choc des attentats de novembre, est en état d'urgence. Je me sens impuissant, j'étouffe d'une rage contenue. Perdu, je visionne quatre à cinq films par jour. Je décide de restituer ce marasme, non pas en prenant la caméra mais en utilisant des plans issus du flot de films que je regarde.

Produit par Les films de Bélier, les films Hatari et Studio Orlando, le film devrait sortir cet automne, distribué par Capricci. C'est à la fois un cri de douleur existentiel et une déclaration d'amour au cinéma. En mixant ces deux angles, Frank Beauvais propose une œuvre qui apparaît comme une nécessité. Le hurlement d'un homme piégé par son époque comme par son quotidien, par son avide besoin de cinéma comme par son obsession d'exprimer son désarroi. Malgré l'aspect crépusculaire - la tonalité vocale comme la signification des mots - et la déprime qui s'en dégage, Ne croyez surtout pas que je hurle révèle une force et une intensité où le destin d'un individu, misanthrope et lucide, perdu et reclus en Alsace, trouve sa place (et un écho très lointain) dans un collectif invisible et une société en plein chaos.

Ne croyez pas que je hurle c'est un film autour du je. C'est je qui parle. C'est je qui voit. Sans aucune pudeur. Une mise à nu textuelle que cet écorché met à distance en se réfugiant derrière les images des autres. C'est pourtant bien grâce à sa forme narrative et visuelle que cet égocentrisme devient poétique, produisant une énergie créative rare et précieuse. C'est un documentaire et, pourtant, on y voit une fiction complètement libre, usant du cinéma tout en cassant les codes. Ce n'est pas une fiction puisque tout ce qui est raconté est réel, même si le verbe est littéraire et les envolées romanesques. Car, en plus, c'est superbement écrit: le texte mériterait d'être publié. Portrait d'un quadra à l'écart de ce monde qui tourne mal et d'une société qui sonne toutes ses alarmes pour nous prévenir des dangers. Enfin, ce n'est pas un film classique puisqu'il n'y a aucun acteur et aucune scène n'a été tournée.

Car l'audace est aussi formelle. Spectateur compulsif, Frank Beauvais a visionné des centaines de films pour combler son ennui, s'évader de l'horreur, remplir sa tête. Du nanar alternatif aux films rares de l'Europe communiste en passant par des classiques japonais. De cette passion absorbante, il a extrait un plan, une image, une séquence. Chaque extrait, parfois très furtif, qu'on ne cherchera pas forcément à reconnaître tant on se laisse bercer par la parole et hypnotiser par l'image, illustre ce qu'il dit. Cette richesse visuelle et cette inventivité qui relie tous les cinémas à son film introspectif est proprement fascinante. A la confusion d'un être s'ajoute la confusion des films. Pourtant tout est linéaire, fluide, limpide. Lui qui sombre dans les films des autres, et perd l'envie d'écrire et de filmer, trouve ici le moyen de créer en se nourrissant d'autres créations. Une anthropophagie du cinéma, davantage qu'une anthologie tant les choix sont partiaux.

Le film est par ailleurs très bien écrit. Non seulement sur la forme, puisqu'il trouve la bonne image qui correspond à ses mots, mais aussi sur le fond parce qu'il raconte une véritable histoire qui s'achève  magnifiquement dans un plan aérien et zen. C'est l'histoire d'un névrosé qui cherche la lumière. Comme c'est le récit d'un cinéaste qui (dé)montre que tout a été filmé (ou presque), puisant dans la vaste histoire du cinéma archivée sur le net ou en dvd, pour livrer une œuvre composite.

On pourrait qualifier ce cinéma d'expérimental. Ce serait réducteur. La narration s'aventure en effet dans quelque chose d'innovant, mais elle reste tenue par un fil conducteur cohérent tant visuellement que dramatiquement. C'est un objet filmique non identifié, singulier. Une autre forme de cinéma qui se sert de la duplication des images fabriquées par d'autres, d'un assemblage hétéroclite de plans déracinés, pour exprimer, traduire un regard personnel et unique. C'est un poème moderne, une fleur du mâle, où le ciel est brouillé, où l'on ressent le goût du néant. C'est baudelairien car il y a autant d'horreur que d'extase dans cette métamorphose d'un vampire, reclus dans sa maison aux volets fermés. C'est la Solitude et l'invitation au voyage, le joueur généreux et les yeux d'un pauvre.  Ne croyez pas que je hurle est un long spleen halluciné (et hallucinant) où rêves et cauchemars s'inspirent exclusivement du 7e art.

« Grâce à Dieu » pourra sortir le 20 février dans les salles

Posté par vincy, le 18 février 2019

Grâce à Dieu de François Ozon, Grand prix du jury à Berlin samedi, a été autorisé par la justice à sortir en salles mercredi 20 février, selon les avocats de la défense.

Le réalisateur avait été assigné en référé par l’un des avocats du père Preynat, homme d'église suspecté d’avoir abusé d’enfants dans le diocèse de Lyon, pour obtenir un report de la sortie du film. Le prêtre est suspecté d’avoir abusé de dizaines de jeunes scouts dans les années 1980 et 1990 mais il n’a pas encore été jugé pour les faits qui lui sont reprochés (et filmés comme avérés dans Grâce à Dieu). La date du procès n'est pas encore connue et la présence de messages au début et à la fin du film rappelant l'absence de jugement "suffit à garantir" les droits des présumé innocents.

Selon le juge, "la demande de report n’était « pas proportionnée » à l’atteinte à la présomption d’innocence du père Preynat que pouvait représenter le film."

Quand François Ozon a commencé le tournage du film l'an dernier, tout le monde pouvait penser que le verdict tomberait avant sa sortie. Le litige est dans l'usage des vrais noms de trois présumés innocents. En effet, cette fiction basée sur des faits réels n'a pas modifié le nom de trois "accusés" le cardinal Barbarin, dont le jugement pour « non-dénonciation d’atteintes sexuelles » sera rendu le 7 mars par le tribunal correctionnel de Lyon, le père Preynat et Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon. Tous les autres noms ont été changés.

L'accusation avait demandé que le film sorte après le procès du père Preynat, ce qui retardait de plusieurs mois la sortie du film.

Celui-ci met en valeur le rôle de l’association La Parole libérée. C'est la construction des liens entre les victimes, de la constitution de cette communauté d'hommes abusés sexuellement qui est au cœur de Grâce à Dieu.

Le film devrait sortir dans plus 300 salles, distribué par Mars films.

Synonymes, Ours d’or séduisant et singulier, comme son héros

Posté par vincy, le 17 février 2019

Sacré par un Ours d’or mais aussi par le prix FIPRESCI de la critique internationale, Synonymes repart de Berlin avec un autre titre: c’est le premier film israélien à remporter la récompense suprême berlinoise. Le film sortira en salles en France le 27 mars.

D’un point de vue cinématographique, le choix du jury est assez audacieux. Le film peut paraître déroutant et laisser à distance ceux qui ne rentrent pas dans ce « délire » érudit, allégorique et foutraque. Pourtant, c’est aussi toute sa force: à travers cette épopée romanesque (au sens littéraire du terme) et romantique, Nadav Lapid propose une réflexion sur Israël - qui fera enrager Netanyahu - et un reflet de la France. Il relie affectivement les deux pays avec un triangle amoureux dont les élans et les débats rappellent les films de Godard, Truffaut ou Bertollucci.

Suleiman et Modiano

Synonymes semble être un croisement cinématographique entre un de ces drames burlesques d’Elie Suleiman et une odyssée parisienne de Patrick Modiano. Le film est un mouvement perpétuel, fortement influencé par Blake Edwards, celui des corps comme celui du langage. Apprendre la langue de l’autre pour oublier la sienne et ce qu’elle véhicule.

Dans ce tourbillon de la ville, le réalisateur parvient à faire exister son personnage (Tom Mercier), qui fuit Israël et la guerre, avec son lot de galères pour survivre sans un sou, dans un pays où il ne connaît personne. Il commence en effet le film littéralement à poil, sans rien. C’est un film frontal. Ou le riche côtoie le pauvre, la beauté des âmes coexiste avec la réalité un peu laide, où chacun, pourtant généreux ou aimant, teste ses limites.

Allons enfants de la Patrie !

Mais il réussit surtout à doser subtilement ses déclarations d’amour à la France - tout en s’amusant de ses défauts - et justifier son rejet d’Israël. Si le film a remporté cet Ours d’or, ce n’est pas sans arrière-pensée politique. Alors que l’antisémitisme ressurgit à découvert en Europe, que l’amalgame avec l’antisionisme n’est toujours pas clair pour beaucoup, Nadav Lapid préfère porter sa charge contre l’Etat, et donc le gouvernement en place. Comme nous l’écrivions lors du bilan de la Berlinale, « le personnage principal trouve une succession de qualificatifs allant d’odieux à fétide » pour définir ce pays qu’il renie.


Voilà pour le recto de l’histoire. Il y a aussi le verso. Cette hymne à cette France laïque, « libre, égalitaire, fraternelle ». On peut croire le propos naïf. Le réalisateur prend quand même une certaine distance, notamment dans ces deux séquences où Léa Drucker, agent prosélyte de la République, assène une propagande sur les valeurs républicaines (si souvent meurtries pourtant) et fait chanter la Marseillaise (on notera l’ironie d’entendre un homme ayant déposé les armes clamer le couplet le plus sanglant de cet hymne patriotique). Nadiv Lapid, en sondant le mystère de la beauté de Paris et en cherchant des réponses à son amour pour la France, tend un miroir flatteur de cette nation à un peuple exigeant, pessimiste et blasé qui aurait tendance à vouloir tout saborder régulièrement. « Tu n’as aucune idée de la chance que tu as d’être Français ! »

Maux croisés

Evidemment, Synonymes n’est pas que ça. C’est absurde et cruel, drôle et mélancolique, fou et triste. Le scénario part dans toutes les directions, suivant un personnage papillonnant dans une ville-lumière trop attirante. Ce n’est pas un film porté par une intrigue ou une quelconque rationalité. Il s’agit d’une expérience cérébrale riche de brillants dialogues (ou monologues quand notre bel israélien soliloque les synonymes qui lui traversent l’esprit). Ces montagnes russes, où nous sommes tentés de préférer les excès d’un fou gogolien à ce trio sage à la « Jules et Jim », où nous sommes séduit par l’extrémisme de certaines séquences (la première séance photo humiliante) et frustrés par d’autres qui n’ont pas cette fulgurance.

C’est un Ours qui plaide pour le temps libre et la poésie, pour la paix et l’amour, la lâcheté et le courage. Le film est une allégorie où mythes (Hector dans L’illiade), contes et anecdotes (du grand-père yiddish aux faits d’armes sur le plateau du Golan) se croisent dans une épopée cinématographique très singulière, séduisante et aérienne, loin d’un cinéma formaté.  Un mélange d’Eros et de colère, avec un Apollon défiant Mars. Une histoire d’amour absolu et d’amitié inconditionnelle, après avoir survécu à la trahison et la séparation. « C’est beau, comme l’Antique ».