Le Prix Claude Chabrol 2019 pour « Jusqu’à la garde »

Posté par vincy, le 22 janvier 2019

Le Prix Claude Chabrol, qui "récompense chaque année un film français sorti dans l’année écoulée dont les qualités cinématographiques font honneur au genre policier" distingue cette année l'excellent Jusqu'à la garde, premier long métrage de Xavier Legrand.
Il succède à Hubert Charuel (Petit paysan), lauréat en 2018, et Arthur Harari (Diamant noir), récompensé en 2017. Le prix sera remis durant le Festival de Beaune du film policier (3-7 avril).

Un beau parcours

Ce "thriller familial haletant", indique le communiqué, sorti il y a un an, est passé par les festivals de Venise, Toronto et San Sebastian. Il a reçu le prix du public aux Festivals de San Sebastien et de Glasgow, le prix de la mise en scène à Macao, le prix du scénario à Miami,  le prix nouveau talent à Palm Springs, le prix de la critique à Sao Paulo. A Venise, il a décroché le prix Luigi de Laurentiis, récompensant un premier film, et le prix de la mise en scène en compétition.

Jusqu'à la garde est quatre fois nommé aux prix Lumières (premier film, réalisateur, acteur, actrice), et a été distingué parmi les 10 films étrangers de l'année du National Board of Review. Il a aussi reçu le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film. En France il a attiré 380000 spectateurs et dans le monde, il a ajouté plus de 230000 entrées payantes.

Jusqu'à la garde raconte le divorce du couple Besson. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive entre ces deux adultes qui perdent la raison. Il est l'un des favoris pour les prochains César.

Le bonheur fait son cinéma à Rueil-Malmaison

Posté par MpM, le 21 janvier 2019

Il faudrait être fou pour refuser l'offre du festival du film de Rueil-Malmaison qui nous propose jusqu'au 27 janvier rien de moins que le bonheur sur grand écran à travers une sélection de films véhiculant "optimisme, valeurs positives et humanisme".

L'occasion notamment de découvrir en avant-première et en présence des équipes des longs métrages attendus comme Nos vies formidables de Fabienne Godet (sortie le 6 mars), Mon bébé de Lisa Azuelos (13 mars), Le mystère Henri Pick de Rémi Besançon (6 mars) ou encore Raoul Taburin a un secret de Pierre Godeau (17 avril).

Plusieurs soirées permettront également de découvrir le premier épisode de la nouvelle série de France 2 Philharmonia avec Marie-Sophie Ferdane et Lina El Arabi ou encore de "rire tout court" avec une sélection de courts métrages "humoristiques".

Enfin, l'invitée d'honneur Danièle Thomson (La bûche, Décalage horaire, Le code a changé...) reviendra sur sa carrière lors d’une discussion avec le journaliste Bruno Cras le vendredi 25 janvier à 20h. La rencontre sera suivie d’un grand-ciné concert sur des extraits de films de Danièle Thompson et de son père Gérard Oury, pour lequel elle fut scénariste sur des films devenus cultes comme Le cerveau, La folie des grandeurs et Les aventures de Rabbi Jacob.

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Le bonheur fait son cinéma, Festival de films de Rueil-Malmaison
Du 22 au 27 janvier 2019

Toutes les informations sur le site de la manifestation

Berlinale 2019: Les 39 films de la sélection Forum

Posté par vincy, le 18 janvier 2019

La 49e sélection Forum de la Berlinale comprend 39 films, pariant sur l'audace plutôt que la perfection selon son communiqué. Des films qui viennent d'Europe, d'Amérique du nord, centrale et du sud, d'Asie et d'Afrique montrent la grande diversité de la sélection.

African Mirror de Mischa Hedinger
Aidiyet (Belonging) de Burak Çevik
Bait de Mark Jenkin
Breathless Animals de Lei Lei
Chão (Landless) de Camila Freitas
Chun nuan hua kai (From Tomorrow on, I Will) de Ivan Markovic et Wu Linfeng
Demons de Daniel Hui
El despertar de las hormigas (Hormigas) d'Antonella Sudasassi Furniss
Erde (Earth) de Nikolaus Geyrhalter
Fern von uns (Far from Us) de Verena Kuri et Laura Bierbrauer
Fortschritt im Tal der Ahnungslosen (Progress in the Valley of the People Who Don’t Know) de Florian Kunert
Fourteen deDan Sallitt
Fukuoka de Zhang Lu
Heimat ist ein Raum aus Zeit (Heimat Is A Space in Time) de Thomas Heise
Kameni govornici (The Stone Speakers) de Igor Drljaca
Kimi no tori wa utaeru (And Your Bird Can Sing) de Sho Miyake
Die Kinder der Toten de Kelly Copper et Pavol Liska
Lapü de César Alejandro Jaimes et Juan Pablo Polanco
Malchik russkiy (A Russian Youth) de Alexander Zolotukhin
Man you (Vanishing Days) de Zhu Xin
Monstri. (Monsters.) de Marius Olteanu
Mother, I Am Suffocating. This Is My Last Film About You. de Lemohang Jeremiah Mosese
MS Slavic 7 de Sofia Bohdanowicz et Deragh Campbell
Nasht (Leakage) de Suzan Iravanian
Ne croyez surtout pas que je hurle (Just Don't Think I'll Scream) de Frank Beauvais
Nos défaites (Our Defeats) de Jean-Gabriel Périot (photo)
Olanda de Bernd Schoch
Oufsaiyed Elkhortoum (Khartoum Offside) de Marwa Zein
The Plagiarists de Peter Parlow
A portuguesa (The Portuguese Woman) de Rita Azevedo Gomes
Querência (Homing) d'Helvécio Marins Jr.
Retrospekt de Esther Rots
A rosa azul de Novalis (The Blue Flower of Novalis) de Gustavo Vinagre et Rodrigo Carneiro
Serpentário (Serpentarius) de Carlos Conceicço
So Pretty de Jessie Jeffrey Dunn Rovinelli
Gli ultimi a vederli vivere (The Last to See Them) de Sara Summa
Une rose ouverte / Warda (An Open Rose) de Ghassan Salhab
Weitermachen Sanssouci (Music and Apocalypse) de Max Linz, Germany
Years of Construction d'Heinz Emigholz

Berlinale 2019: la sélection officielle complétée avec Téchiné, Yimou, Lapid et McKay

Posté par vincy, le 17 janvier 2019

La 69e Berlinale affiche complet. Se sont ajoutés dans le communiqué final les nouveaux films de McKay, Téchiné, Lapid et Yimou. Une compétition resserrée, une sélection variée, quelques grands noms du circuit cinéphile et quelques stars pour le tapis rouge. Le jury de Juliette Binoche va devoir choisir parmi 17 films pour remettre ses Ours. La compétition est très européenne (hormis un film canadien, deux chinois et un mongol). C'est l'étrange géographie de Dieter Kosslick pour sa dernière sélection en tant que patron du festival. Laissant à Cannes et Venise les plus gros morceaux attendus de l'année.

Compétition
Der Boden unter den Füßen (The Ground beneath My Feet) de Marie Kreutzer
Di jiu tian chang (So Long, My Son) de Wang Xiaoshuai
Elisa y Marcela d'Isabel Coixet
Der Goldene Handschuh (The Golden Glove) de Fatih Akin
Gospod postoi, imeto i' e Petrunija (God Exists, Her Name is Petrunya) de Teona Strugar Mitevska
Grâce à Dieu (By the Grace of God) de François Ozon
Ich war zuhause, aber (I Was at Home, But) d'Angela Schanelec
The Kindness of Strangers de Lone Scherfig - film d'ouverture
A Tale of Three Sisters d'Emin Alper
Mr. Jones d'Agnieszka Holland
Öndög de Wang Quan'an
La paranza dei bambini (Piranhas) de Claudio Giovannesi
Répertoire des villes disparues (Ghost Town Anthology) de Denis Côté
Synonymes de Nadav Lapid
Systemsprenger (System Crasher) de Nora Fingscheidt
Ut og stjæle hester (Out Stealing Horses) de Hans Petter Moland
Yi miao zhong (One Second) de Zhang Yimou

Hors-Compétition
L'adieu à la nuit (Farewell to the Night) d'André Téchiné
Amazing Grace d'Alan Elliott – Documentaire
Marighella de Wagner Moura
The Operative d'Yuval Adler
Varda par Agnès d'Agnès Varda - Documentaire
Vice d'Adam McKay – Out of competition

Berlinale Special
ANTHROPOCENE: The Human Epoch de Jennifer Baichwal, Nicholas de Pencier, Edward Burtynsky - Documentaire
The Boy Who Harnessed the Wind de Chiwetel Ejiofor
Brecht d'Heinrich Breloer
Celle que vous croyez de Safy Nebbou
Es hätte schlimmer kommen können - Mario Adorf (It Could Have Been Worse - Mario Adorf) de Dominik Wessely - Documentaire
Gully Boy de Zoya Akhtar
Lampenfieber (Kids in the Spotlight) d'Alice Agneskirchner - Documentaire
El Norte de Gregory Nava
Peter Lindbergh – Women Stories de Jean Michel Vecchiet - Documentaire
Photograph de Ritesh Batra
Watergate - Or: How We Learned to Stop an Out of Control President de Charles Ferguson - Documentaire
Weil du nur einmal lebst - Die Toten Hosen auf Tour (You Only Live Once - Die Toten Hosen on Tour) de Cordula Kablitz-Post - Documentaire

A vos votes pour le 9e Nikon Film Festival !

Posté par MpM, le 10 janvier 2019

La 9e édition du Nikon Film Festival qui a débuté cet automne se poursuit en janvier pour sa deuxième phase, celle du vote des internautes qui ont la possibilité de soutenir leur(s) projet(s) préféré(s) jusqu'au 10 mars. Le principe est toujours le même : réaliser un court-métrage d'une durée inférieure à 2 minutes et 20 secondes avec un thème imposé qui, cette année, est celui du "partage". Le concours est ouvert à tous, et en particulier aux amateurs et aux étudiants.

A l'issue de l'opération se tiendra une cérémonie pour récompenser les meilleurs, avec de nombreux prix à la clef :  Grand Prix du Jury, Prix Canal+, Prix des Médias, Prix de la Mise en Scène, Prix de la Photographie, Prix d’Interprétation Féminine, Prix d’Interprétation Masculine, Prix de la Meilleure Bande Son, Prix des Ecoles, Prix du Public... et également plusieurs récompenses prestigieuses, comme une diffusion dans les cinémas MK2 ou à la télé sur Canal+, une bourse de résidence en partenariat avec le CNC pour développer un futur court-métrage, ou encore du matériel de prise de vue (Nikon, bien sûr).

Le jury chargé de départager les (très) nombreux participants est présidé par Marjane Satrapi, entourée des comédiens Pio Marmaï, Alice Isaaz, François Civil, Louane Emera, et de divers professionnels tels que Pascale Faure, Thierry Chèze, Guillemette Odicino, Elisha Karmitz et Alexandre Dino.

Le Nikon Film Festival propose ainsi sur sa plateforme en ligne plusieurs centaines de courts-métrages à découvrir, à commenter et à soutenir, dans tous les genres et tous les styles : drame, comédie, horreur, documentaire, animation... En attendant de connaître les lauréats, en voici quelques-uns que nous vous invitons à regarder, et bien sûr à partager :

* JE SUIS LÀ, TU M'AS VU ? de Kristofy
https://www.festivalnikon.fr/video/2018/601

* SELFADDICT de Frédéric Murarotto
https://www.festivalnikon.fr/video/2018/485

* JE SUIS GIGI BANG BANG de Maxime Nieto
https://www.festivalnikon.fr/video/2018/119

* JE SUIS TOUT LE MONDE de Margaux Maekelberg
https://www.festivalnikon.fr/video/2018/338

* TON LAPIN de Enya Baroux
https://www.festivalnikon.fr/video/2018/950?rel=0

2018 dans le rétro : nos courts métrages étrangers préférés

Posté par MpM, le 6 janvier 2019

Il est temps d'achever ce tour d'horizon des films qui ont marqué l'année 2018 avec un panorama forcément subjectif des courts métrages étrangers qui nous ont tapé dans la rétine !

Amor, Avenidas Novas de Duarte Coimbra (Portugal)


Amor, Avenidas Novas est probablement la meilleure preuve de la subjectivité totale de l'exercice : ce film étudiant du très jeune Duarte Coimbra n’est peut-être pas ce que l’on a vu de plus abouti en 2018, mais sans aucun doute figure-t-il dans la (courte) liste de ce qui nous a véritablement enthousiasmé au cinéma, tous formats confondus. Un grand film pop, attachant et ludique, qui fait preuve d’un charme et d’une candeur irrésistibles en racontant une rencontre amoureuse comme s’il était le premier à le faire. Entre roman-photo et bluette au kitsch revendiqué, le cinéaste multiplie les clins d’œil cinématographiques, dressant dans un même geste, touchant, singulier et inventif, le portrait d’un jeune homme rêveur et celui d’une ville et d’un quartier. Avec une audace qui ne semble jamais artificielle, il réinvente ainsi les contours du romantisme, et réaffirme la capacité intrinsèque du cinéma à (ré)enchanter la vie.

Between us two de Wei Keong Tan (Singapour)


Dans ce récit sensible à la première personne, le narrateur s'adresse à sa mère disparue pour lui avouer son homosexualité. Les souvenirs remontent, les images se mêlent, les visages se brouillent... ne reste que ce qui ressemble à une tentative fragile de remonter le temps pour effacer le regret des non-dits. Les choix formels (notamment l'utilisation de photos et de pixilation, ainsi que de peinture) permettent de situer le récit à la frontière entre les souvenirs du passé, la réalité du temps présent et ce qui est de l'ordre du rêve ou du fantasme.

Hector Malot - The Last Day Of The Year de Jacqueline Lentzou (Grèce)


Si vous nous lisez régulièrement, Jacqueline Lentzou n’est plus pour vous une inconnue : l'an passé à la même époque, nous vous vantions son précédent film Hiwa sélectionné à Berlin. Celui de cette année, qui était à Cannes où il a remporté le prix découverte de la Semaine de la Critique, diffère formellement, mais confirme le talent et la singularité de la jeune cinéaste. Hector Malot est une drôle de chronique intime qui dépeint par petites touches le portrait d’une jeune fille qui semble toujours un peu à côté de sa vie. La tonalité burlesque des scènes qui se succèdent de manière très libre révèle peu à peu la profonde tristesse du personnage. Cette écriture ténue, détachée des contraintes d’une narration classique, permet au film d’être sans cesse sur le fil, regard doux amer sur un personnage dont la fragilité et la maladresse finissent par ressembler à une forme de grâce.

Lunar orbit rendez-vous de Mélanie Charbonneau (Canada)

La plus jolie comédie romantique de l'année nous vient du Canada, avec la rencontre improbable et jamais mièvre entre une jeune femme déguisée en tampon menstruel et un astronaute un peu paumé. Mélangeant road movie, cinéma burlesque et film sur le deuil, Mélanie Charbonneau déjoue habilement les attentes et propose un récit singulier et doux amer, où sensibilité et humour ne cessent de se faire écho avec une grande justesse, et une grosse dose de sincérité.

Le marcheur de Frédéric Hainault (Belgique)


Le marcheur est un film coup de poing porté par une voix-off dense et habitée dont la diction précipitée trahit l'urgence et la colère. C'est l'histoire d'un homme qui, un jour, a décidé de ne plus se résigner. Qui s'est mis en route et n'a plus jamais cessé d'avancer, de marcher, de contester. Peu importe la complexité de sa pensée politique, peu importe la cause. Le marcheur refuse, en bloc, tout ce qui est injuste et laid, révoltant et insupportable. Il ne revendique rien, si ce n'est ce droit à marcher, et à ne plus courber l'échine. Les choix formels sont à l'unisson de cette démarche, refusant un esthétisme gratuit, une "beauté" qui ne collerait pas avec l'âpreté du ton et du sujet. On est à la fois assommé et conquis par cette oeuvre à la puissance politique concrète et immédiate.

The migrating image de Stefan Kruse (Danemark)


A partir d’images trouvées sur les réseaux sociaux ou utilisées par des organismes publics, le réalisateur danois Stefan Kruse explore la manière dont sont perçus et représentés les migrants et réfugiés et interroge cette surproduction d'images autour de leurs drames intimes. Avec une simple voix off d’une extrême simplicité, Stefan Kruse décortique tour à tour les pages facebook des passeurs qui affichent paquebots de luxe et autres mers caribéennes, les films de propagande institutionnels qui misent sur l’émotion en présentant les gardes côtes comme des super-héros ou les vidéos faites par les médias pour alimenter leurs différents supports, jusqu’à des films en 360 degrés pour la page Facebook du journal ou de la chaîne.

Dans cette profusion d’images, chacune raconte (comme toujours) sa propre histoire,  au service de celui qui les prend ou les diffuse, plus que de celui qu’elle met en scène. C’est d’autant plus saisissant dans le parallèle dressé entre les images prises au Danemark d’un côté par les défenseurs des migrants, et de l’autre par des groupes d’extrême-droite qui les rejettent, chacun pensant détenir une vérité absolue sur les réfugiés. Sous ses airs faussement pédagogiques, le film amène ainsi le spectateur à prendre conscience de ce qui se joue dans chaque image montrée, et à comprendre la stratégie de communication qui accompagne à chaque étape ce que l’on appelle communément la « crise des réfugiés ». Peu importe si l’on donne de la réalité un aperçu parcellaire et orienté du moment que l’on remporte la guerre idéologique, celle des apparences ou tout simplement de l’audimat.

Rapaz de Felipe Gálvez (Chili)


Tourné en format vertical à la manière d’une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, Rapaz immerge le spectateur dans un fait divers filmé sur le vif, au beau milieu de la rue : un jeune homme accusé d’avoir volé un téléphone portable est pris à parti par la foule. Le spectateur assiste comme un témoin parmi d’autres à la montée en puissance de la confrontation. Le récit, dense et tendu, va jusqu'au bout de son dispositif, exploitant sans fioritures l’énergie et le sentiment d’urgence de cette forme contemporaine de cinéma-vérité qui témoigne, avec force et sincérité, des dérives de son époque.

Schächer de Flurin Giger (Suisse)


Construit comme un tableau imposant, ce huis clos au rythme volontairement lent et majestueux plonge le spectateur dans une attente anxieuse et intrigante. Tout, de la musique aux larges plans parfaitement composés, participe à l'aspect clinique et froid d'une narration qui évoque irrémédiablement Haneke, mais sans jamais paraître comme un simple exercice de style "à la manière de". Sa force émotionnelle est à la hauteur de cette beauté formelle qui mène implacablement vers un finale métaphysique et terriblement glaçant.

Le Sujet de Patrick Bouchard (Canada)


Réalisé en volume et en pixilation, Le sujet est une expérience cinématographique intense et complexe qui s'ouvre sur un corps inanimé sur une table de dissection. Patrick Bouchard découpe et sonde le moulage de son propre corps pour une introspection intime sidérante qui révèle d'étranges mécanismes.  L’artiste, face à lui-même, explore ses doutes, ses souvenirs, ses failles, ses espoirs, et parvient peut-être à déterminer ce qui le pousse à créer, ou au contraire l’empêche d’avancer. Dans le même temps, il met à nu la marionnette, cet objet animé dont on se demande souvent si elle a une âme.

Third Kind de Yorgos Zois (Grèce)


Yorgos Zois imagine un récit de science fiction dans lequel la terre est devenue un lieu mystérieux et inconnu, abandonnée depuis longtemps par l’humanité. Lorsqu’un étrange signal semble pourtant y être émis, trois archéologues spatiaux font le voyage retour. Ils découvrent dans les vestiges d’un ancien aéroport tout un pan de l’histoire humaine encore bien vivante. Notre présent actuel devient alors, pour les personnages, un passé obscur à reconstituer. Comme une façon de nous projeter face à l’Histoire et à la manière dont elle jugera notre époque et ses manquements. Toujours aussi formellement virtuose et inspiré, le cinéaste grec transcende son sujet par une utilisation à la fois minimaliste et monumentale des codes du Space opéra.

Torre de Nádia Mangolini (Brésil)


Le récit intime d'une famille se mêle à la grande Histoire dans ce très beau documentaire animé qui donne la parole à quatre membres d'une même fratrie. Par flashs-back successifs, ils tentent chacun à leur tour de reconstituer le portrait de leur père disparu sous la dictature militaire brésilienne, et racontent leur vécu respectif de la période durant laquelle leur mère fut elle-aussi emprisonnée. L'animation permet de combler les vides et les absences, prenant le relais d'une mémoire défaillante ou au contraire insupportable. On est à la fois avec eux, dans le drame privé qui les touche, et face à l'un des pires moments de l'histoire récente, dont l'actualité politique brésilienne nous fait nous souvenir avec plus d'acuité que jamais.

Un jour de mariage de Elias Belkeddar (Algérie)


Le personnage principal d'Un jour de mariage a quelque chose d’un cow-boy solitaire et las traînant élégamment son spleen dans les rues d’Alger. On suit ce voyou en exil dans un récit fragmenté aux allures d’errance existentielle qui se soucie moins de raconter une histoire que de capter des sensations et des ambiances. La chronique est forcément ténue, esquissée à toutes petites touches, mais elle fait preuve d'une sensibilité à la douceur communicative.

III de Marta Pajek (Pologne)


On le sait depuis l'année précédente et le choc ressenti face à Impossible figures and other stories II, Marta Pajek est une réalisatrice surdouée qui excelle dans les films métaphysiques épurés et minimalistes. Qu'il n'existe pas (encore) de volet intitulé I importe bien moins que le bonheur qu'on a eu à la retrouver en sélection officielle à Cannes en 2018 avec ce III qui n'a pas grand chose d'une suite, tout un posant un nouveau jalon dans sa recherche formelle et esthétique. Après avoir invité le spectateur à sonder les méandres de son propre labyrinthe intime, la réalisatrice propose cette fois une drôle de plongée dans le tourbillon de la séduction et de l'amour véritablement charnel en mettant en scène des personnages polymorphes (un homme, une femme, dessinées dans des tons noir et blanc) qui se rencontrent dans un décor dépouillé qui pourrait être celui d’une salle d’attente. Le film nous entraîne alors dans un troublant et intense ballet amoureux aux accents presque cannibales.

A noter enfin que certains films ayant connu une belle carrière en 2018 figuraient déjà dans notre classement 2017 !

Les Arcs 2018: Claire Burger au sommet du palmarès

Posté par vincy, le 21 décembre 2018

La 10e édition des Arcs Film Festival s'achève avec succès - plus de 1500 personnes accréditées, près de 80 longs métrages et 40 courts métrages projetés, plus de 20 000 entrées.

Le palmarès décerné ce soir sacre C'est ça l'amour de Claire Burger. Le film obtient la Flèche de Cristal, le prix le plus important du Festival du cinéma européen, le Prix d’Interprétation Masculine pour Bouli Lanners et le Prix du jury presse.

Mars films le sortira le 27 mars. Dans cette histoire, Mario tient la maison et élève seul ses deux filles. Frida, 14 ans, lui reproche le départ de sa mère. Niki, 17 ans, rêve d'indépendance. Mario, lui, attend toujours le retour de sa femme.

Quatre ans après Party Girl, Claire Burger confirme son statut de cinéaste à suivre. Avec C'est ça l'amour, elle avaitdéjà  reçu le principal prix de la sélection Venice Days à la Mostra de Venise en septembre.

Le Grand Prix du Jury a récompensé Joy de Sudabeh Mortezai. Le film a déjà été sacré à Chicago, Londres, Vienne, après deux prix à Venise. Le public a préféré Smuggling Hendrix de Marios Piperides, qui avait triomphé à Tribeca en avril.

Deux autres films ont été particulièrement distingués. Aniara de Pella Kagerman et Hugo Lilja a été distingué par le Prix d'Interprétation Féminine pour Emelie Jonsson, une mention spéciale du jury presse et une mention spéciale du jury jeune ainsi que le Prix Cineuropa. In Fabric de Peter Stickland a reçu de son côté le Prix 20 Minutes d’Audace et le Prix de la Meilleure Photographie pur Ari Wegner.

Les autres récompenses sont le Prix de la Meilleure Musique Originale a été remis à Bernhard Fleischmann pour L’Animale (de Katharina Mückstein), le Prix du Meilleur Court Métrage est allé à The girl with two heads de Betzabé Garcia (avec une mention spéciale pour Bonobo de Zoel Aeschbacher) et le Prix du jury jeune a été décerné à Mug de Malgorzata Szumowska.

Retour sur le 22e festival de courts métrages de Winterthur

Posté par MpM, le 19 décembre 2018

© Eduard Meltzer / IKFTW

La programmation du festival de Winterthur, que nous avions eu la chance de découvrir en 2017, reflète une qualité spécifique du court métrage : sa capacité à être un formidable terrain d'expérimentation pour les réalisateurs. Cela a conduit le festival à opérer pour sa 22e édition, qui s'est tenu en novembre dernier, des choix formels extrêmement audacieux, notamment dans le cadre de la compétition internationale. Des choix parfois radicaux, qui ont été très largement suivis par le jury international. Celui-ci a en effet de son côté privilégié un cinéma qui appelle à la réflexion, à la fois sur la société et sur le cinéma lui-même. La plupart des films qui figurent au palmarès s'offrent ainsi des libertés avec les formes de narration traditionnelle, et avec l'idée que l'on peut se faire généralement du court métrage, ou d'un film de manière générale.

On pense notamment à cet objet étrange qu'est le lauréat du Grand prix, Bigger Than Life d’Adnan Softic, documentaire expérimental qui raconte comment la République de Macédoine a utilisé le projet d’aménagement de sa capitale (Skopje 2014) pour réécrire l'histoire du pays, et notamment faire de la ville le berceau de l’Europe et des plus prestigieuses civilisations antiques. Le film s'ouvre sur un prologue d'environ 6 minutes qui montre en plan fixe un temple romain sur lequel le soleil se lève. Une voix-off déclame théâtralement, en faisant durer chaque syllabe, une citation de Johann Joachim Winckelmann, considéré comme le théoricien du néoclassicisme et le fondateur de l'histoire de l'art. Cette citation dit en substance que si l'on veut devenir grand, en un mot inimitable, il faut imiter les Grecs.

La suite du film est tout aussi déconcertante, avec sa musique et ses chansons grandiloquentes, ses effets kitschs et sa voix-off ironique, plaqués sur des vues de la nouvelle Skopje, pour décortiquer avec humour le processus de création d'une nouvelle identité nationale. Il est non seulement assez rare de voir un tel film remporter une grande compétition internationale, mais encore plus rare qu'il ne soit pas renvoyé dans une compétition purement expérimentale. Il faut reconnaître que Bigger than life n'a pas peur de jouer avec les nerfs du spectateur, accompagnant la portée politique de son propos d'une recherche formelle appuyée qui souligne l'absurdité de ce qu'il dénonce. Alors que se succèdent les vues de monuments boursouflés, on éclate alors de rire en entendant le chanteur dire d'une voix compassée que Sjopje, elle, est réelle. Le tout sur fond de feux d'artifices.

Autre film primé par le grand jury, A Room with a Coconut View de Tulapop Saenjaroen, Prix d’encouragement de la compétition internationale. Là encore le parti pris de départ est relativement radical. Une intelligence artificielle dont c'est la fonction fait visiter virtuellement une petite ville de l'est du pays à un touriste de passage. Elle répond à ses questions de sa voix robotique toujours enjouée, et plonge le spectateur dans une forme de délire visuel où se mêlent vues touristiques stéréotypées et images absurdes comme collées aléatoirement. Le réalisateur nous pousse à une réflexion puissante sur l'image ("que suis-je en train de regarder ?"), son utilisation et ses interprétations. Un film aussi complexe qu'ironique, qui dans la plupart des festivals de courts métrages aurait atterri en section expérimentale, mais illustre parfaitement la propension de Winterthur à penser le cinéma comme un art global couvrant tout le spectre de la narration et des expérimentations formelles.

Le grand jury a également remis deux mentions spéciales afin de distinguer le court métrage rwandais I Got My Things and Left de Philbert Aime Mbabazi Sharangabo et le film d'animation expérimentale canadien Legendary Reality de Jon Rafman. Le premier observe avec pudeur la veillée funéraire qui réunit quelques amis proches d'un jeune homme décédé. Entre moments de recueillements, conversations à bâtons rompus, lectures et même danses, le film essaye de brosser à la fois le portrait du défunt, un être anticonformiste dans une société corsetée, et de ceux qui l'accompagnent pour cette dernière nuit. A mi-chemine entre le documentaire et la fiction, le film ménage de jolis moments d'émotion, mais peine parfois à approfondir son propos, laissant le spectateur comme à l'extérieur du petit groupe.

Le second est un récit d'anticipation à la première personne créé à l'origine pour une exposition consacrée à Leonard Cohen à Montréal. Le réalisateur Jon Rafman recrée un univers futuriste inquiétant dans lequel le narrateur, enfermé dans une sorte de caisson étanche, laisse son esprit vagabonder, en quête d'un sens à la vie et à l'univers. Le texte est un poème puissant et onirique qui épouse le point de vue multi-temporel du personnage, et l'accompagne jusqu'au royaume de la mort et de la désolation. Incontestablement l'un des films les plus envoûtants qui étaient présentés cette année.

L'une des nouveautés de cette 22e édition du festival est d'avoir choisi d'éditorialiser désormais tous les programmes, y compris ceux de la compétition. Cela permet de mettre en lumière les invisibles liens qui relient les films au sein d'une sélection, d'un programme, et même du festival tout entier. Trois des films récompensés (Bigger than life, I Got My Things and Left et Legendary Reality) étaient ainsi présentés ensemble dans le programme intitulé Around the world, avec Mahogany too de Akosua Adoma Owusu, un film ghanéen donnant une nouvelle interprétation de la styliste Tracy Chambers telle qu'elle fut interprétée par Diana Ross en 1975 dans Mahogany de Berry Gordy et Dios nunca muere de Barbara Cigarroa, une fiction naturaliste suivant une famille mexicaine pauvre se prenant soudain à rêver d'une vie meilleure matérialisée par un logement individuel.

Les autres programmes de la compétition nous invitaient tour à tour à découvrir des films gravitant autour des thèmes Human nature, Prisoners, Promote yourself, Mysterious realities ou encore Sinful. Par exemple, la thématique Prisoners nous amenait d'abord à la rencontre d'un taureau dans l'arène (Tourneur de Yalda Afsah), d'une jeune femme transsexuelle enfermée par ses parents en Georgie (Prisoner of society de Rati Tsiteladze), d'une veuve que les traditions entendent empêcher de vivre sa vie au Népal (Tattini de Abinash Bikram Shah), d'une jeune femme anorexique prisonnière de son propre corps (Egg de Martina Scarpelli) et de trois jeunes hommes fauchés qui acceptent de jouer dans un film porno pour arrondir leurs fins de mois (Self destructive boys d'André Santos  et Marco Leao). Autant d'allégories assez passionnantes d'un monde qui semble multiplier les barrières et les méthodes d'enfermement ou de coercition alors même que tout semble pourtant désormais possible à l'être humain.

Le programme sur la nature humaine donnait lui-aussi une vision complexe et métaphorique de notre époque. Outre All these creatures de Charles Williams, palme d'or du court métrage à Cannes cette année, dans lequel un adolescent tente de reconstituer les conditions particulières de l'effondrement de son père, on y retrouvait notamment le captivant documentaire The migrating image de Stefan Kruse, qui explore la manière dont sont perçus et représentés les migrants et réfugiés à partir d’images trouvées sur les réseaux sociaux ou utilisées par des organismes publics. Avec une simple voix off d’une extrême simplicité, Stefan Kruse décortique tour à tour les pages facebook des passeurs qui affichent paquebots de luxe et autres mers caribéennes, les films de propagande institutionnels qui misent sur l’émotion en présentant les gardes côtes comme des super-héros ou les images faites par les médias pour alimenter leurs différents supports, jusqu’à des films en 360 degrés pour la page Facebook du journal ou de la chaîne.

Dans cette profusion d’images, chacune raconte (comme toujours) sa propre histoire,  au service de celui qui les prend ou les diffuse, plus que de celui qu’elle met en scène. C’est d’autant plus saisissant dans le parallèle dressé entre les images prises au Danemark d’un côté par les défenseurs des migrants, et de l’autre par des groupes d’extrême-droite qui les rejettent, chacun pensant détenir une vérité absolue sur les réfugiés. Sous ses airs faussement pédagogiques, le film amène ainsi le spectateur à prendre conscience de ce qui se joue dans chaque image montrée, et à comprendre la stratégie de communication qui accompagne à chaque étape ce que l’on appelle communément la « crise des réfugiés ». Peu importe si l’on donne de la réalité un aperçu parcellaire et orienté du moment que l’on remporte la guerre idéologique, celle des apparences ou tout simplement de l’audimat.

Il faut également citer dans ce programme un film philippin dans la parfaite lignée des courts métrages qui nous parviennent de cette région : décalé, ironique et absurde, et surtout doté d'une mise en scène à l'élégance folle. Manila is full of men named boy de Andrew Stephen Lee (sélectionné à Venise en septembre dernier) raconte, sur fond de retransmission télévisée des funérailles de Michael Jackson, la quête d'un homme à la recherche d'un fils d'adoption pour impressionner son propre père. Se rejoue alors l’éternelle question du sentiment d’appartenance à une famille ou à un groupe, et de son douloureux corollaire : l’exclusion et l’indifférence. Entre humour doux-amer et cruauté faussement policée, le réalisateur dresse un portrait à peine déformé de cet étrange animal que l’on appelle être humain.

Autre film remarqué, dans le programme Promote yourself cette fois, Le baiser du silure de June Balthazard, un documentaire poétique qui commence comme un épisode d’histoire naturelle autour du silure, un poisson quasi mythique qui vit en profondeur et peut dépasser la taille de l'être humain. Puis les données scientifiques laissent peu à peu place à une réflexion plus philosophique. Le silure, considéré par certains comme nuisible et invasif, apparaît comme le symbole de cet « étrange étranger » qui cristallise les peurs et les fantasmes de l’être humain. Se reflète alors en ce paria des cours d’eau l’histoire ancestrale de notre rapport à l’altérité.

Impossible de faire l'impasse, dans le programme Sinful, sur l'un des films les plus remarqués de l'année, La chute de Boris Labbé, sorte de tourbillon visuel qui emporte le spectateur dans un déchaînement de sensations visuelles comme décuplées par la musique monumentale de Daniele Ghisi. Tout à l’écran semble en perpétuel mouvement : le tourbillon des anges qui fondent sur la terre, l’éternel cycle de la nature, le feu de l’enfer qui engloutit tout sur son passage. Même la caméra s’envole, redescend, nous emmène toujours plus loin dans le panorama sidérant qui prend vie sous nos yeux. Difficile de résumer ou décrire l’ampleur formelle et narrative de ce film-somme qui semble porter en lui toute l’histoire de l’Humanité. Il nous laisse pantelant face à notre propre interprétation, plongés dans un univers de songe et de cauchemar qui s’avère à la fois terrifiant et sublime. Winterthur se devait d’intégrer dans sa sélection cette œuvre complexe et unique qui brouille les notions réductrices d’animation, d’art contemporain et de recherche expérimentale pour ne garder que ce qui compte vraiment : le plaisir pur du cinéma.

A ses côtés, mais dans un genre rigoureusement différent, on a également été séduit par Swatted, un documentaire venu du Fresnoy, qui utilise des vidéos youtube et des images vectorielles issues d'un jeu vidéo pour raconter un phénomène de cyber-harcèlement qui touche les joueurs en ligne aux Etats-Unis : le swatting, consistant à usurper l'identité d'un gamer, puis appeler les secours en son nom en inventant l'histoire la plus sanglante (et la plus crédible) possible afin de faire débarquer le Swat (unité d'élite spécialisée dans les assauts) chez lui, armé jusqu'aux dents.

Ismaël Joffroy Chandoutis mêle témoignages des joueurs et images virtuelles pour mieux montrer la porosité des frontières entre la réalité et la fiction. La violence acceptable et apprivoisée du jeu semble alors déborder brutalement dans le monde réel, le transformant en un lieu hostile et menaçant où la vie des protagonistes est cette fois véritablement en danger. Le film participe ainsi d'une réflexion ultra-contemporaine sur l'incursion d'une violence, jusque-là cantonnée au périmètre de la fiction et des informations télévisées, dans notre quotidien le plus banal : dans la rue, dans une salle de concert, et jusque dans son salon. Non seulement il n'est plus possible de penser la violence comme on en avait l'habitude, notamment en la tenant à distance, mais surtout, il est devenu impossible de penser les images en termes binaires : d'un côté la réalité et de l'autre la fiction. Cette hybridation finit par envahir Swatted, qui nous propose la vision d'un monde entièrement virtuel, comme si on était soudainement incapable de voir la réalité autrement que sous le prisme de la "matrice", semblable à la trame d'un jeu vidéo.

Le programme Reconstructed identities s'ouvrait sur un curieux essai expérimental intitulé Today is 11th june 1993. La réalisatrice Clarisse Thieme y met en scène une traductrice, seule dans sa cabine face à un écran où se déroule un film amateur. Des jeunes gens jouent devant la caméra une forme de fiction fantasmée dans laquelle ils tentent de s'échapper de la ville de Sarajevo assiégée (on est le 11 juin 1993) à l'aide d'une machine à voyager dans le temps. Dans une sorte de boucle temporelle absurde, la scène ne cesse de se rejouer sous nos yeux, les visiteurs du futur finissant immanquablement par rester coincés dans l'époque de la guerre, n'ayant pour seule option que d'envoyer de nouveaux SOS vers le futur. Il s'agit d'un film d'archive conservé dans une collection privée de vidéos amateurs documentant la vie des habitants de Sarajevo pendant la guerre, que la réalisatrice s'est réapproprié dans une démarche d'interrogation du temps présent : nous, spectateurs de cet appel à l'aide venu d'une époque révolue, comment réagirons-nous ?

En clôture de ce même programme, on retrouvait un nom connu, celui d'Apichatpong Weerasethakul. Dans le cadre du programme "3e scène" de l'Opéra de Paris, le cinéaste thaïlandais a réalisé Blue, un énigmatique film dans lequel une femme dort dans la jungle, dans ce qui semble un décor de théâtre. Un ingénieux système de poulie permet à un rideau peint d’alterner deux paysages. Il ne se passe rien si ce n’est cette alternance, et les légers mouvements de la femme qui cherche le sommeil. Jusqu’au moment où l’on croit discerner une flamme s’échapper de son corps.

Cette femme inerte qui se consume sous nos yeux par un habile effet de reflet et de surimpression, qui est-elle ? Quels rêves l'agitent ? Quel fil invisible la relie aux soldats endormis du précédent long métrage du cinéaste, Cimetière des splendeurs ? On ne peut s'empêcher de penser à la Thaïlande, ce pays dans lequel il est interdit de critiquer le roi ou sa famille, impossible de s’exprimer, dangereux de protester. Un pays endormi par la censure, à la beauté de façade, mais qui se consume littéralement de l’intérieur.

Si l'on est véritablement enthousiaste face à cette compétition 2018 de Winterthur, c'est qu'elle répond à l'entêtante question qui nous poursuit de festival en festival : qu'est-ce qu'une bonne sélection ? Il faudrait être naïf pour penser qu'elle réunit simplement les "meilleurs" films (meilleurs selon qui ? selon quoi ?) tant il s'agit en réalité d'une alchimie fragile, de liens invisibles qui se tissent entre les films, d'échos qui se font (ou pas) en nous. Pour sa 22e édition, l'équipe de Winterthur avait atteint cette forme d'état de grâce qui permet à chaque film d'exister par lui-même, de gagner en ampleur au milieu des autres, et d'entrer en résonance avec la vie ou les préoccupations de ceux qui le regardent. Si le regard porté sur notre époque est grave et critique, lourd de questions laissées sans réponses, ce que cette compétition 2018 révèle de l'état du cinéma est en revanche follement enthousiasmant.

Les 9 finalistes encore en course pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère

Posté par vincy, le 18 décembre 2018

Les Oscars ont raccourci les listes dans 9 catégories.

La douleur, film qui représentait la France, n'y est plus, confirmant la "mauvaise" année internationale du cinéma français tous festivals et palmarès confondus. En revanche 6 des 9 films retenus sont passés par le Festival de Cannes, confirmant la force du plus grand festival du monde. 5 d'entre eux étaient en compétition (4 d'entre eux étaient même au palmarès, dont la Palme d'or) et un à la Quinzaine des réalisateurs. Venise impose son Lion d'or ainsi que le film allemand de Florian Henckel von Donnersmarck, déjà oscarisé pour La vie des autres. Le film restant, The Guilty, a été récompensé à Sundance.

Géographiquement, on note deux films latino-américains, trois films européens et quatre films asiatiques. La bataille devrait se jouer entre la Palme d'or, Une affaire de famille, et le Lion d'or, Roma, diffusé par Netflix. Une bataille politique pour les votants en plus d'un choix cinématographique radicalement différent, qui pourrait finalement faire un gagnant, Cold war, du, déjà oscarisé, Pawel Pawlikowski.

Les nominations finales seront dévoilées le 22 janvier.

Birds Of Passage (Colombie), de Cristina Gallego et Ciro Guerra
The Guilty (Danemark), de Gustav Moller
Never Look Away (Allemagne), de Florian Henckel von Donnersmarck
Une affaire de famille - Shoplifters (Japon), de Hirokazu Kore-eda
Ayka (Kazakhstan), de Sergei Dvortsevoy
Capharnaüm (Liban), de Nadine Labaki
Roma (Mexique), d'Alfonso Cuaron
Cold War (Pologne), de Pawel Pawlikowski
Burning (Corée du sud), de Lee Chang-dong

Berlin 2019: un Ours d’or d’honneur et un hommage à Charlotte Rampling

Posté par vincy, le 17 décembre 2018

La 69e Berlinale étoffe son programme avec un hommage et un Ours d'or d'honneur pour l'actrice Charlotte Rampling, qui sera ainsi distinguée pour l'ensemble de sa carrière.

Le 14 février, la comédienne recevra sa récompense honorifique, en accompagnant la projection de l'emblématique Portier de nuit réalisé par Liliana Cavani en 1974.

Avec plus de 100 films à son actif, l'ancienne présidente du jury du Festival de Berlin (en 2006), et Ours d'argent de la meilleure actrice pour 45 ans d'Andrew Haigh (photo) en 2015, film qui lui valu une nomination à l'Oscar, sera "l'icône d'un cinéma non conventionnel et excitant" que Dieter Kosslick souhaite mettre en avant pour sa dernière édition en tant que directeur du festival.

Rampling est assurément l'une des comédiennes les plus distinguées dans le monde, notamment avec une coupe Volpi de la meilleure actrice au Festival de Venise en 2017 avec Hannah. Elle avait aussi obtenu un European Film Award d'honneur en 2015 et deux prix d'interprétation féminine pour 45 ans et pour Swimming Pool de François Ozon en 2003, avec qui elle a aussi tourné Sous le sable, Angel et Jeune et jolie. Le cinéaste revient en compétition cette année avec Grâce à Dieu.

Cosmopolite et éclectique

Révélée en 1964 avec Le Knack... et comment l'avoir de Richard Lester, Palme d'or à Cannes, elle a tourné avec les auteurs les plus prestigieux ou dans des blockbusters internationaux, passant d'un univers à un autre, osant des prises risques iconoclastes ou des personnages troublants et amoraux: Les Damnés de Luchino Visconti, son plus grand succès en France, Zardoz de John Boorman, La Chair de l'orchidée de Patrice Chéreau, Un taxi mauve d'Yves Boisset, Orca de Michael Anderson, Stardust Memories de Woody Allen, Le Verdict de Sidney Lumet, Viva la vie de Claude Lelouch, On ne meurt que deux fois de Jacques Deray, Max mon amour de Nagisa ?shima, Angel Heart de Alan Parker, La Cerisaie de Michael Cacoyannis, Signs and Wonders de Jonathan Nossiter, Spy Game : Jeu d'espions de Tony Scott, Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc, Lemming de Dominik Moll , Vers le sud de Laurent Cantet, Le Bal des actrices de Maïwenn, Life During Wartime de Todd Solondz, Melancholia de Lars von Trier, La Chambre interdite de Guy Maddin , Red Sparrow de Francis Lawrence... Elle vient de terminer le nouveau film de Paul Verhoeven, Benedetta.

Une dizaine de ces films seront diffusés pour son hommage, en plus du documentaire Charlotte Rampling: The Look, Germany d'Angelina Maccarone (2011).

Charlotte Rampling a reçu un César d'honneur en 2011, en plus de quatre nominations. On l'a aussi vue dans des séries comme Dexter et Broadchurch.