« We the Animals » en tête des nominations des Independent Spirit Awards 2019

Posté par vincy, le 17 novembre 2018

Première rasade de prix américains. Les Oscars du cinéma indépendant ont révélé vendredi soir leurs nominations dans un contexte très ouvert. Si le premier film We the Animals domine les nominations des Independent Spirit Awards (5), Eighth Grade, First Reformed et You Were Never Really Here (double prix à Cannes en 2017) suivent avec 4 citations chacun.

On retiendra d'ailleurs que trois réalisateurs sur cinq sont des réalisatrices dans la catégorie. Pour le reste les Spirit ont été très équilibré entre les "gender" et les genres, les minorités et les âges. On remarquera juste que Blackkklansman de Spike Lee (Grand prix du jury à Cannes) et Come as you are de Desiree Akhavan (Grand prix à Sundance), Destoryer de Karyn Kusama ou encore Beautiful Boy de Felix Van Groeningen sont snobés.

Dans la catégorie film étranger, la Palme d'or affronte le Lion d'or (3 films cannois versus 2 films vénitiens). Et c'est le film européen Suspiria qui remporte le prestigieux Robert Altman Award, qui récompense le/la cinéaste, le(s) directeur(s) de castings et tous les interprètes. Côté business, A24, qui vient de signer un gros deal avec Apple, domine avec 12 nominations (c'est la 3e année consécutive qu'il réussit l'exploit d'être le meilleur distributeur) devant Amazon Studios, Netflix et The Orchard (6 chacun) et Annapurna Pictures (5). Les grands studios sont out et les plateforme de streaming prennent de l'ascendant.

Rappelons que ces récentes années, Moonlight, Spotlight, Birdman et 12 Years a Slave ont tous gagné le Spirit Award du meilleur film le samedi puis l'Oscar le dimanche. Cette année, la course est très ouverte et les studios devraient prendre leur revanche pour les Oscars.

Meilleur film
Eighth Grade
First Reformed
If Beale Street Could Talk (photo)
Leave No Trace
You Were Never Really Here

Meilleur premier film
Hereditary
Sorry to Bother You
The Tale
We the Animals
Wildlife

Meilleur(e) réalisateur/ réalisatrice
Debra Granik, Leave No Trace
Barry Jenkins, If Beale Street Could Talk
Tamara Jenkins, Private Life
Lynne Ramsay, You Were Never Really Here
Paul Schrader, First Reformed

Meilleure actrice
Glenn Close, The Wife
Toni Collette, Hereditary
Elsie Fisher, Eighth Grade
Regina Hall, Support the Girls
Helena Howard, Madeline’s Madeline
Carey Mulligan, Wildlife

Meilleur acteur
John Cho, Searching
Daveed Diggs, Blindspotting
Ethan Hawke, First Reformed
Christian Malheiros, Socrates
Joaquin Phoenix, You Were Never Really Here

Meilleur second-rôle féminin
Kayli Carter, Private Life
Tyne Daly, A Bread Factory
Regina King, If Beale Street Could Talk
Thomasin Harcourt McKenzie, Leave no Trace
J. Smith-Cameron, Nancy

Meilleur second-rôle masculin
Raúl Castillo, We the Animals
Adam Driver, BlacKkKlansman
Richard E. Grant, Can You Ever Forgive Me?
Josh Hamilton, Eighth Grade
John David Washington, Monsters and Men

Meilleur documentaire
Hale County This Morning, This Evening
Minding the Gap
Of Fathers and Sons
On Her Shoulders
Shirkers
Won’t You Be My Neighbor?

Meilleur film étranger
Burning (Corée du sud)
The Favourite (Royaume Uni)
Heureux comme Lazzaro (Italie)
Roma (Mexique)
Une affaire de famille (Japon)

Meilleur scénario
Richard Glatzer, Rebecca Lenkiewicz & Wash Westmoreland, Colette
Nicole Holofcener & Jeff Whitty, Can You Ever Forgive Me?
Tamara Jenkins, Private Life
Boots Riley, Sorry to Bother You
Paul Schrader, First Reformed

Meilleur premier scénario
Bo Burnham, Eighth Grade
Christina Choe, Nancy
Cory Finley, Thoroughbreds
Jennifer Fox, The Tale
Quinn Shephard (Writer/Story By) and Laurie Shephard (Story By), Blame

Prix Robert Altman
Le réalisateur et le casting de Suspiria

Meilleure image
Ashley Connor, Madeline’s Madeline
Diego Garcia, Wildlife
Benjamin Loeb, Mandy
Sayombhu Mukdeeprom, Suspiria
Zak Mulligan, We the Animals

Meilleur montage
Joe Bini, You Were Never Really Here
Keiko Deguchi, Brian A. Kates & Jeremiah Zagar, We the Animals
Luke Dunkley, Nick Fenton, Chris Gill & Julian Hart, American Animals
Anne Fabini, Alex Hall and Gary Levy, The Tale
Nick Houy, Mid90s

Bonnie Award
Debra Granik
Tamara Jenkins
Karyn Kusama

John Cassavetes Award
A Bread Factory
En el Septimo Dia
Never Goin’ Back
Socrates
Thunder Road

Prix des producteurs
Jonathan Duffy and Kelly Williams
Gabrielle Nadig
Shrihari Sathe

Prix Someone to Watch (nouveau talent fiction)
Alex Moratto, réalisateur de Sócrates
Ioana Uricaru, réalisateur de Lemonade
Jeremiah Zagar, réalisateur de We the Animals

Prix Truer than Fiction (nouveau talent documentaire)
Alexandria Bombach, réalisateur de On Her Shoulders
Bing Liu, réalisateur de Minding the Gap
RaMell Ross, réalisateur de Hale County This Morning, This Evening

34 révélations retenues pour les César 2019

Posté par vincy, le 12 novembre 2018

Comme chaque année, il y a des déceptions: les absents (Alice Isaaz, Romain Guillermic, Pauline Lorillard, Anaël Snoek, Jonathan Genet, Alban Lenoir, etc...) évidemment. Mais dans une année particulièrement ouverte pour la prochaine cérémonie, avec aucun favori qui ne se détache clairement, la liste des révélations qui sont proposées aux votants est variée. Mektoub my love, le dernier Kechiche, malgré son échec en salles, squatte 4 spots dans les deux catégories. A genoux les gars, Shéhérazade, Marche ou crève, Le monde est à toi cumulent aussi plus d'une citation dans les deux listes.

Les révélations féminines

Souad Arsane (A genoux les gars)
Ophélie Bau (Mektoub my love: canto uno)
Gelatea Bellugi (L'apparition)
Jehnny Beth (Un amour impossible)
Clémence Boisnard (La fête est finie)
Inas Chanto  (A genoux les gars)
Alexia Chardard (Mektoub my love: canto uno)
Laëtitia Clément (Luna)
Jeanne Cohendy (Marche ou crève)
Lily-Rose Depp (L'homme fidèle)
Kenza Fortas (Shéhérazade)
Lou Luttiau (Mektoub my love: canto uno)
Matilda Lutz (Revenge)
Sarah Perles (Sofia)
Camille Razat (L'amour est une fête)
Diane Rouxel (Marche ou crève)
Souheila Yacoub (Climax)

Les révélations masculines

Idir Azougli (Shéhérazade)
Max Baissette de Malglaive (Monsieur Je-sais-tout)
Anthony Bajon (La prière)
Jules Benchetrit (Au bout des doigts)
Shaïn Boumedine (Mektoub my love: canto uno)
Amir El Kacem (Abdel et la comtesse)
Thomas Gioria (Jusqu'à la garde)
Sofian Khammes (Le monde est à toi)
Roman Kolinka (Maya)
William Lebghil (Première année)
Karim Leklou (Le monde est à toi)
Grégoire Ludig (Au poste!)
Andranic Manet (Mes provinciales)
Félix Maritaud (Sauvage)
Christophe Montenez (Le retour du héros)
Dylan Robert (Shéhérazade)
Ahmed Sylla (Chacun pour tous)

European Film Awards: Cannes domine les nominations (et le cinéma français brille par son absence)

Posté par vincy, le 12 novembre 2018

Samedi, au Festival du film européen de Séville, l'Académie européenne en charge des European Film Awards, a révélé les nominations principales de sa 31e cérémonie, qui aura lieu dans la capitale andalouse le 15 décembre.

On en retient trois axes:

- une domination des films sélectionnés à Cannes. Ce n'était pas forcément évident tant le Festival de Berlin a aligné quelques films forts et surtout celui de Venise l'an dernier qui avait sélectionné quelques œuvres marquantes. Car, c'est l'une des absurdités de cette cérémonie: sont éligibles les films sortis en le 1er  juin 2017 et le 31 mai 2018. Les récompenses peuvent donc primer des films projetés à Locarno ou Venise en 2017, mais pas ceux qui viennent actuellement d'être présentés dans ces Festivals. Il n'empêche: Cannes rules! Les 5 films nommés pour le meilleur film européen étaient en sélection officielle. Et ils récoltent la plupart des autres citations.

- une absence des films français. Même si, grâce aux coproductions, la France est omniprésente dans la liste, c'est une véritable claque infligée au premier cinéma du continent. Pas un seul film français ni un seul talent n'est nommé cette année. Une première qui peut sembler injuste puisque certains films, distingués par la critique ou par les jurys de grands festivals (Jusqu'à la garde, La prière ou encore La douleur) pouvaient légitimement s'y placer.Seul Jean-Pierre Jeunet avec son Fabuleux destin d'Amélie Poulain a remporté le prix du meilleur film européen depuis sa création il y a trente ans. Le seul autre cinéaste français, avec une coprod internationale, a avoir séduit les membres de cette académie est Roman Polanski (The Ghost Writer, 2010). Tout n'est pas perdu grâce aux nominations en comédie et en animation. La France y brille un peu plus.

- un grand écart total entre les films proposés aux membres (des films d'auteurs plutôt exigeants ou aux sujets singuliers) et les films proposés au public votant (des blockbusters de dizaines de millions d'euros comme des films déjà oscarisés). On soulignera alors l'absence de Call Me By Your Name ou de Gary Oldman dans la liste des nommés de l'année (alors que les films sont soumis au vote du public).

Tout cela ne va pas aider à la popularité d'une manifestation dont la visibilité reste réduite.

World Cinema Award
Raph Fiennes, acteur et réalisateur britannique

Meilleur film européen
Border d’Ali Abbasi
Cold War de Pawel Pawlikowski
Dogman de Matteo Garrone
Girl de Lukas Dhont
Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwacher

Meilleur réalisateur européen
Ali Abbasi pour Border
Matteo Garrone pour Dogman
Samuel Maoz pour Foxtrot
Pawel Pawlikowski pour Cold War
Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro

Meilleur actrice européenne
Marie Bäumer pour Trois jours à Quiberon
Halldóra Geirharosdottir pour Woman at War
Joanna Kulig pour Cold War
Bárbara Lennie pour Petra
Eva Melander pour Border
Alba Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro

Meilleur acteur européen
Jakob Cedergren pour The Guilty
Rupert Everett pour The Happy Prince
Marcello Fonte pour Dogman
Sverrir Gudnason pour Borg/McEnroe
Tomasz Kot pour Cold War
Victor Polster pour Girl

Meilleur scénariste européen
Ali Abbasi, Isabella Eklöf et John Ajvide Lindqvist pour Border
Matteo Garrone, Ugo Chiti et Massimo Gaudioso pour Dogman
Gustav Möller & Emil Nygaard Albertsen pour The Guilty
Pawel Pawlikowski pour Cold War
Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro

Meilleur documentaire européen
A Woman Captured de Bernadett Tuza-Ritter
Ingmar Bergman, une année dans une vie de Jane Magnusson
Of Fathers and Sons de Talal Derki
The Distant Barking of Dogs de Simon Lereng Wilmont
The Silence of Others d’Almudena Carracedo et Robert Bahar

Meilleure comédie européenne
Le sens de la fête d'Eric Toledano & Olivier Nakache
Diamantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt
La mort de Staline d'Armando Iannucci

Meilleur film d'animation
Another Day of Life de Raul de la Fuente & Damian Nenow
Cro Man de Nick Park
Parvana de Nora Twomey
Croc-Blanc d'Alexandre Espigares

Meilleur premier film - Fipresci
Girl de Lukas Dhont
One Day de Zsofia Szilagyi
Scary Mother d'Ana Urushadze
The Guilty de Gustav Möller
Those who are Fine de Cyril Schäublin
Touch me Not d'Adina Pintilie

Prix du public
Borg/McEnroe de Janus Metz
Le sens de la fête d'Eric Toledano & Olivier Nakache
Call me By Your Name de Luca Guadagnino
Les heures sombres de Joe Wright
Dunkerque de Christopher Nolan
In the Fade de Fatih Akin
La mort de Staline d'Armando Iannucci
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Victoria & Abdul de Stephen Frears

Funan favori des Emile Awards 2018

Posté par vincy, le 9 novembre 2018

Hier, à Athènes, la sélection des deuxièmes Emile Awards, les "Oscars" de l’animation européenne, a été dévoilée. Les lauréats seront connus le samedi 8 décembre, à Lille.

Au total, 18 prix seront remis. Deux catégories apparaissent pour cette 2e édition: meilleure conception et habillage sonores dans un long métrage de cinéma et dans un film de télévision, ainsi que la meilleure bande originale musicale.

On passe aussi de trois à cinq nommés. Si bien que la liste a presque doublé avec un total de 90 nominations. Cela permet une plus grande diversité géographique. La France reste dominante avec un tiers des nominations si on prend en compte les coprods.

Les nominations des films de cinéma sont liées à leur sortie, du 1er août 2017 au 15 octobre 2018. C'est moins que les 18 mois de la première édition. Ainsi, une partie des films sélectionnés à Annecy font le plein de nominations. On peut aussi noter que deux films qui sortiront au premier trimestre 2019 en France sont sélectionnés  (Funan et Another Day of Life). Funan est d'ailleurs le grand favori de cette édition.

Enfin, le conseil d’administration des EAA a choisi d'honorer Clare Kitson avec un Lotte Reiniger Lifetime Achievement Award. L'auteure et ancienne programmatrice qui a fait de Channel 4 un leader de l'animation donnera une masterclasse à Lille le 7 décembre.

Meilleure réalisation

- Another Day of Life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow (Pologne, Espagne Belgique, Allemagne)
- Capitaine Morten et la reine des araignées (Captain Morten and the Spider Queen) de Kaspar Jancis, Henry Nicholson et Riho Hunt (Estonie, Belgique, Irlande, Royaume-Uni)
- Funan de Denis Do (France, Belgique, Luxembourg, Cambodge)
- Téhéran Tabou de Ali Soozandeh (Allemagne, Autriche)
- Parvana (The Breadwinner) de Nora Twomey (Irlande, Luxembourg, Canada)

Meilleur scénario
- Another Day of Life (Raúl de la Fuente, Damian Nenow, David Weber, Amaia Remirez, Niall Johnson) (Pologne, Espagne Belgique, Allemagne)
- Chris the Swiss (Anja Kofmel) (Suisse, Croatie, Allemagne, Finlande)
- Funan (Denis Do, Magali Pouzol) (France, Belgique, Luxembourg, Cambodge)
- Gordon & Paddy (Janne Vierth) (Suède)
- Téhéran Tabou (Ali Soozandeh) (Allemagne, Autriche)

Meilleur storyboard
- Croc-Blanc (France, Luxembourg)|
- Dilili à Paris (France, Belgique, Allemagne)
- Cro Man (Early Man) (Royaume-Uni)
- Gordon & Paddy (Suède)
- Parvana (The Breadwinner) (Irlande, Luxembourg, Canada)

Meilleure animation de personnage
- Captain Morten and the Spider Queen (Estonie, Belgique, Irlande)
- Cro Man (Early Man) (Royaume-Uni)
- Luis & the Aliens (Allemagne, Luxembourg, Danemark)
- Parvana (The Breadwinner) (Irlande, Luxembourg, Canada)
- Zombillénium (France, Belgique)

Meilleurs décors et design de personnage
- Another Day of Life (Pologne, Espagne, Belgique, Allemagne)
- Chris the Swiss (Suisse, Croatie, Allemagne, Finlande)
- Funan (France, Belgique, Luxembourg, Cambodge)
- Parvana (The Breadwinner) (Irlande, Luxembourg, Canada)
- The Incredible Story of the Giant Pear (Danemark)

Meilleure bande originale
- Another Day of Life (Pologne, Espagne, Belgique, Allemagne)
- Black is Beltza (Espagne)
- Chris the Swiss (Suisse, Croatie, Allemagne, Finlande)
- The Incredible Story of The Giant Pear (Danemark)
- THEOX (Grèce)

Meilleurs conception et habillage sonores
- Another Day of Life (Pologne, Espagne, Belgique, Allemagne)
- Chris the Swiss (Suisse, Croatie, Allemagne, Finlande)
- Funan (France, Belgique, Luxembourg, Cambodge)
- Téhéran Tabou (Allemagne, Autriche)
- La tour (France, Norvège, Suède)

Meilleur court métrage
- Bloeistraat 11 de Nienke Deutz (Belgique, Pays-Bas)
- Egg de Martina Scarpelli (France, Danemark)
- Fest de Nikita Diakur (Allemagne)
- Musical Traumas de Milos Tomi (Serbie)
- Ce magnifique gâteau ! d'Emma De Swaef et Marc James Roels (Belgique, France, Pays-Bas)

Meilleurs décors et design de personnage dans un court métrage
- Cat Days de Jon Frickey (Allemagne)
- (Fool Time) Job de Gilles Cuvelier (France)
- Have Heart de Will Anderson (Royaume-Uni)
- Last Stop is the Moon de Birute Sodeikaite (Pologne, Lituanie)
- The Fruits of Clouds de Katerina Karhankova (République tchèque)

Le Prix Sakharov pour Oleg Sentsov

Posté par vincy, le 26 octobre 2018

Le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie Oleg Sentsov a obtenu hier le Prix Sakharov (du nom du Prix Nobel de la paix russe) décerné par le Parlement européen. C'est la première fois qu'une personnalité issue du cinéma reçoit ce prix dédié à la défense des droits de l'Homme.

Sentsov, symbole de l'opposition ukrainienne à la Russie, a été condamné à 20 ans de réclusion pour "terrorisme" et "trafic d'armes" lors d'un procès jugé "stalinien" par les ONG.  Originaire de Crimée, presqu'île annexée par les russes au mépris du droit international, Oleg Senstov a été l'une des personnalités les plus engagées publiquement contre la Russie. Il prépare son film Rhino quand il décide de s'engager dans un mouvement politique pro-européen en Ukraine.

Le 14 mai dernier, il avait entamé une grève de la faim pour exiger la libération de tous les ukrainiens détenus en Russie. Malgré l'intense pression diplomatique et de nombreuses manifestations de soutien, le président russe Vladimir Poutine n'a jamais cédé. 145 jours de grève de la faim: Oleg Sentsov a annoncé l'arrêt de son jeûne le 5 octobre dernier, de peur d'être nourri de force. Sa santé a été "gravement éprouvée", touchant, notamment le foie, le cœur et le cerveau.

La libération du réalisateur de Gamer n'est toujours pas d'actualité.

D'autant que le Kremlin, en apprenant qu'Oleg Sentsov recevait le Prix Sakharov, a jugé cette décision "totalement politisée". Selon l'AFP, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova, dans une mauvaise foi absolue, a ainsi réagit : "Pourquoi ont-ils choisi Sentsov et pas Savtchenko?", a en référence à la pilote militaire ukrainienne Nadia Savtchenko, emprisonnée en Russie puis libérée lors d'un échange de prisonniers en 2016 avant d'être arrêtée de nouveau dans son pays pour la préparation d'une attaque contre le Parlement.

"Attribuer un prix à une personne reconnue coupable de terrorisme est la dernière étape d'un mépris marqué pour les normes et les lois", a expliqué Piotr Tolstoï, vice-président de la chambre basse du Parlement russe.

Une chose est certaine: Oleg Sentsov ne pourra pas venir chercher le Prix Sakharov cette année.

Les deux sélections pour les Prix Louis-Delluc 2018

Posté par vincy, le 25 octobre 2018

9 films français, dont deux en langue anglaise, ont été sélectionné pour le prestigieux Prix Louis-Delluc, édition 2018. On notera un éclectisme certain dans les genres, du western à la science-fiction, de la comédie au film d'époque.

On soulignera aussi qu'un seul des films, High Life, est réalisé par une femme: Claire Denis avait déjà été sélectionnée en 1994 et en 2001. Cédric Kahn est aussi l'un des rares "habitués" de la liste, puisqu'il avait déjà reçu le Delluc en 1998 pour L'ennui. De nouveau sélectionné, Jacques Audiard a déjà obtenu le Delluc deux fois pour De battre mon cœur s'est arrêté et Un prophète.

On peut enfin remarquer qu'Emmanuel Finkiel, Prix Louis-Delluc du premier film en 1999, est retenu dans la liste cette année avec le candidat français aux Oscars, La douleur.

- La douleur, film français sélectionné pour les Oscars
- Les frères Sisters, Prix de la mise en scène à Venise
- Mademoiselle de Joncquières
- Le grand bain, hors-compétition à Cannes
- High Life
- En liberté, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs
- Plaire, aimer et courir vite, en compétition à Cannes
- La prière, prix d'interprétation masculine à Berlin
- Mes provinciales

Le Louis-Delluc du meilleur premier film devra, de son côté, choisir entre 5 films, là aussi très différents dans leur style et dans leur sujet:

- Jusqu'à la garde, plusieurs fois primé à Venise
- Les garçons sauvages, récompensé à Venise J
- Shéhérazade, primé à la Semaine de la Critique à Cannes
- Sauvage, primé à la Semaine de la Critique à Cannes
- Retour à Bollène

Les lauréats seront révélés le 12 décembre.


Catherine Deneuve, 75 ans, un « Nobel des arts », un Kore-eda et un (très) beau livre

Posté par vincy, le 25 octobre 2018

C'est un peu Japonismes dans la carrière de Catherine Deneuve. L'actrice vient de fêter ses 75 ans à Tokyo avec le Praemium Imperiale dans la catégorie Théâtre et Cinéma, prix considéré comme le "Nobel des Arts", pour couronner plus de 50 ans de carrière. Ce déplacement au Japon coïncide avec le tournage en France du nouveau film de Hirokazu Kore-eda, La vérité.

Pour ce projet qu'il a en gestation depuis une quinzaine d'années, le réalisateur, Palme d'or cette année à Cannes, a débuté les prises de vues depuis une semaine et a libéré l'actrice pour qu'elle aille recevoir son prix. ""J'aime son univers, j'aime la façon dont il traite les rapports des adultes et des enfants", a expliqué l'actrice au cours de la conférence de presse prévue à Tokyo. Deneuve y a détaillé son rôle: "Cette femme que je joue est une actrice avec des qualités, c'est certain, mais avec des défauts assez énormes d'égoïsme, d'égocentrisme et des relations compliquées avec sa fille qui vit aux Etats-Unis". "Evidemment c'est très, très loin de moi donc j'ai vraiment l'impression de jouer un rôle de composition".

"C'est un cinéaste dont j'ai presque tous les films, sur trois-quatre ans, on s'est vu plusieurs fois. Après avoir été au Japon, il est venu pour la soirée qu'on avait donné pour moi là-bas, donc ça nous a rapprochés. J'aime énormément ses films, c'est un univers qui me touche beaucoup. Quand j'ai su qu'il envisageait, peut-être, de tourner un film avec moi j'étais évidemment extrêmement heureuse et surprise lorsque j'ai su que ça se passerait en France" a-t-elle précisé sur RTL.

Le film sortira l'année prochaine. Catherine Deneuve fait face à Juliette Binoche, qui y joue sa fille, pour la première fois. "Kore-eda ne savait pas non plus que j'avais envie de tourner avec Juliette Binoche et que ça ne c'était jamais produit" a-t-elle avoué.

Elle a également confié qu'elle a "un projet de film" dans l'archipel. "Ce serait un film français mais qui se tournerait entièrement au Japon".

Enfin, cette semaine sort chez Gallimard, le beau-livre illustré, Catherine Deneuve, film par film, avec des textes signés Isabelle Giordano. Cet ouvrage passe en revue la carrière de l'actrice, de ses premiers films jusqu'aux prochains (hormis le Kore-eda), en rappelant pour chacun l'importance dans le cinéma ou la carrière de l'actrice, abondamment documenté avec des extraits de presse ou d'interviews de l'époque, des textes de l'actrice issus de ses livres ou des citations de grands cinéastes à son propos, de Truffaut à Scorsese. Un beau cadeau de noël pour les fans, même s'ils manquent cruellement quelques films dans cette hagiographie visuelle. Giordano essaie tout au long du livre d'explorer le mystère de sa fascination, au-delà de la beauté photogénique de la comédienne, et de prouver, sans trop avoir à se forcer, pourquoi elle est un monument du 7e art, qui méritait bien le Praemium Imperial.

Naomi Kawase signera le film officiel des JO de Tokyo

Posté par vincy, le 25 octobre 2018

La cinéaste japonaise Naomi Kawase a été choisie pour réaliser le film officiel des Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Le comité olympique a rappelé que la réalisatrice enrichira ainsi "un héritage de plus d'un siècle de films olympiques, comprenant notamment les documentaires réalisés pour les Jeux Olympiques organisés au Japon" : Tokyo 1964 (Kon Ichikawa), Sapporo 1972 (Masahiro Shinoda) et Nagano 1998 (Bud Greenspan, qui a signé une grande partie des films olympiques depuis 1984).

Elle sera la cinquième femme à réaliser un film officiel, après Caroline Rowland (Londres 2012), Gu Jun (Beijing 2008), Mai Zetterling (pour un des segments de Munich 1972) et Leni Riefenstahl (Berlin 1936).

Pour chaque édition des Jeux Olympiques, le Comité International Olympique, en étroite collaboration avec le comité d'organisation des Jeux, examine les propositions des plus grands cinéastes du pays hôte qui participent à un concours lancé pour la réalisation du film officiel.

"Le réalisateur du film officiel doit illustrer l'expérience des Jeux Olympiques en question sous un angle original et chercher à saisir l'âme d'une édition spécifique des Jeux tout en considérant le contexte social et culturel plus large" rappelle le CIO. "Naomi Kawase a été choisie pour la force de sa proposition qui traduit une compréhension nuancée de la culture japonaise et des valeurs olympiques, ainsi que pour son solide palmarès et sa remarquable réputation internationale" ajoute le communiqué.

"J'espère saisir "l'instant" et tirer pleinement parti de l'attrait du film documentaire et de sa capacité à figer ces moments dans “l'éternité”, et contribuer ainsi à communiquer au monde entier tout l'intérêt des Jeux de Tokyo 2020" a expliqué la réalisatrice, dont le dernier film, Vision (Voyage à Yoshino) , avec Juliette Binoche, sera dans les salles françaises le 28 novembre.

La collection des films olympiques, débutée en 1912, comprend plus de 50 longs métrages, dont ceux signés par Milos Forman, Claude Lelouch, Arthur Penn, John Schlesinger (tous pour Munich en 1972), Im Kwon-taek, Carlos Saura...

Lumière 2018 – Jane Fonda reçoit le 10e Prix Lumière

Posté par Morgane, le 20 octobre 2018

Vendredi 19 octobre, la cérémonie de remise du Prix Lumière a, comme de coutume, eu lieu à l'amphithéâtre de la Cité Internationale de Lyon. Entrent en salle, Jean-Loup Dabadie, Biyouna, Rachid Bouchareb, Tahar Rahim, Rossy de Palma, Lambert Wilson, Vincent Perez, Anne Le Ny, Valeria Bruni Tedeschi, Claudia Cardinale, Marina Foïs... et... la francophile et francophone Jane Fonda!

Soirée aux intonations françaises

Autant pour Tarantino en 2013 la soirée était très américaine avec Uma Thurman, Harvey Keitel, Tim Roth, autant cette année, ceux qui entourent Jane Fonda sont frenchy, tout comme les textes et les chansons qui ont rythmé cette soirée, pour le plus grand plaisir de la militante, qui n'a de cesse de dire à quel point elle aime la France. "C'est ma deuxième maison!"

Vincent Delerm s'installe au piano faisant une reprise bien à lui de Mon manège à moi d'Edith Piaf et faisant reprendre le lalalalala en choeur à toute la salle. Puis c'est à Dominique Blanc d'entrer en scène lisant un extrait du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.:"Entre les deux sexes il n'y a pas encore d'égalité." Le texte date de 1949 et est encore, malheureusement, très actuel.

Les images reprennent le dessus et un extrait du documentaire Women make film de Mark Cousins est projeté, avec les voix de Tilda Swinton et Jane Fonda. Anaïs Demoustier, Suzanne Clément et Anne Consigny donnent leurs voix à des extraits de Ma vie, l'autobiographie de Jane Fonda: "Il faut aussi prendre des risques pour devenir réelle."

Puis Edith Piaf cède sa place à Jacques Brel et sa Quête chantée par Nolwen Leroy.

Enfin, c'est monsieur Constantin Costa-Gavras qui prend le micro pour remettre le Prix Lumière à Jane Fonda. Il l'a connue lorsqu'il était 1er assistant réalisateur de René Clément sur le tournage des Félins en 1964. Il rappelle son talent d'actrice, l'admiration pour son engagement... Et c'est à Jane Fonda de venir sur scène, sautillante, sourire aux lèvres, pleine de rires, dans une tenue qui semble cousue sur son corps! On sent qu'elle est heureuse d'être ici. Elle entonne alors "Ah voilà la quille" que lui a appris Roger Vadim "entre autres choses" nous dit-elle l'œil amusé. Puis elle continue avec la chanson "La rue des Blancs-Manteaux" comme si une fois lancée on ne pouvait plus l'arrêter.

Rien de guindé, tout en naturel, Jane Fonda a vraiment donné du sourire, des rires et de belles anecdotes cinéphiles à cette 10e Edition! Une Jane Fonda lumineuse, des films sublimes, des masterclass intéressantes et un soleil brillant, tout était au rendez-vous pour que cette édition soit réussie!

Mais comme chaque année, 10 jours passent trop vite et le clap de fin a déjà été donné... alors rendez-vous l'année prochaine!

La Cinémathèque française à Paris organise une rétrospective de la filmographie de Jane Fonda du 22 octobre au 5 novembre. L'actrice fera notamment une masterclass le 22 octobre.


Lumière 2018 – Alfonso Cuaron: « Je ne fais des films que pour apprendre à faire le prochain. »

Posté par Morgane, le 17 octobre 2018

Festival Lumière. Mardi 16 octobre. 10h. Le soleil brille encore à Lyon et les gens son déjà dans la file d'attente pour la masterclass d'Alfonso Cuaron qui débutera à 11h.

Une heure plus tard, la salle est comble et Alfonso Cuaron, précédé de Thierry Frémaux, fait son entrée sous les applaudissements!

Alfonso Cuaron et Thierry Frémaux reviennent sur une longue discussion qu'ils avaient eu à Morelia quelques années auparavant. Après Gravity et ses nombreux Oscars, Thierry Frémaux voulait savoir si Alfonso Cuaron était toujours un enfant du Mexique? Au moment de cette discussion Cuaron était sur un tout autre projet, celui d'une histoire intimiste mais qui se passerait il y a 50000 ans. "Je faisais des recherches très poussées en anthropologie et archéologie. J'en ai parlé à Thierry Frémaux mais lui m'a juste dit que c'était le moment de retourner au Mexique (ndlr: il n'y avait pas tourné depuis Y tu mama tambien). J'étais très en colère contre Thierry de ne pas partager mon enthousiasme. Mais cette conversation est repassée en boucle dans mon esprit et j'ai décidé de retourner là-bas et de me poser la question si en effet j'étais encore mexicain. C'était le bon moment!" Aussi, il est retourné au Mexique. Et il s'est lancé dans Roma, un film très personnel, très intime, avec les outils dédiés en général aux grosses productions, qu'il avait appris à manier lors de ses précédents tournages et qui sont pour lui "très appropriés pour un film d'auteur".

Intimité

Concernant la question de l'intime dans chacun de ses films, selon lui, "un cinéaste ne peut pas faire un film sans qu'il soit personnel. Il faut trouver une veine personnelle dans chaque projet, c'est l'enjeu. Dans Y tu mama tambien c'est un récit du passage de l'adolescence à l'âge adulte. Pour moi, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban était une manière de filmer le passage de l'enfance à l'adolescence. Tout comme Gravity. On le voit comme une grosse production mais c'est mon film le plus personnel. J'étais dans le besoin de le faire. La conception même de Gravity a été une succession d'épreuves et d'adversité."

Hollywood

Quant à son rapport à l'Amérique, à cette Californie, à ce Hollywood envahissant comme lui demande Thierry Frémaux, c'est une "période d'évolution du cinéma. C'est passionnant à observer". "Je vois Hollywood comme une industrie et non comme un lieu d'expression des cinéastes du monde entier. Le danger serait de voir Hollywood comme le Saint-Graal avec le risque de lisser et d'homogénéiser ce langage pour rentrer dans le moule d'Hollywood. Je porte cette culpabilité-là car moi-même j'ai recherché cette chimère, j'ai perdu ma voix. Je l'ai retrouvée avec Y tu mama tambien. J'ai aussi par la suite changé ma relation à Hollywood."

Mexique

Et maintenant son rapport au cinéma mexicain. "Ma relation au cinéma mexicain est très complexe. Je suis né dans le Mexique du XXe siècle, sous le joug du nationalisme révolutionnaire qui provoquait chez moi un grand rejet de la culture nationale. Et en même temps c'est une époque où, au cinéma, il y avait une très grande diversité des films projetés et cela a aussi marqué mon enfance. Cette diversité a été ma formation. Mais je me demande si je fais plus un cinéma d'auteur ou un cinéma de cinéphile."

Il revient aussi sur l'admiration qu'il a pour le film Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000 d'Alain Tanner, la situation actuelle du Mexique où il ne vit plus mais où il retourne souvent et replonge dans sa filmographie lorsque Thierry Frémaux lui demande si il a certains regrets à propos de ses films. "Je ne fais des films que pour apprendre à faire le prochain."

Roma/amoR

Une fois qu'il les a tournés il ne les revoit jamais mais il a un excellent souvenir de tournage de La petite princesse. Mais si on parle de films de maturité alors pour lui ce serait le trio Y tu mama tambien, Les fils de l'homme et Roma. "Ce qui pèse au-dessus de ma tête c'est l'ombre des grands hommes. Quand je pense à eux je me dis alors que je serai ravi de faire un jour un bon film."

Et de conclure ces 2h de masterclass avec le film Roma. "Je suis frustré de me dire que le public français ne verra pas Roma dans une salle de cinéma, ce film ayant été pensé avec une ambition visuelle et sonore destinée au grand écran" explique-t-il en justifiant le choix de Netflix comme partenaire évident.

Lion d'or à Venise, le film devrait quand même concourir aux Oscars en étant projeté dans quelques salles américaines. Le cinéaste préfère parler de son tournage plutôt que de cette polémique entre Netflix, les festivals et les exploitants.

"Je donnais des indications contradictoires à chacun des acteurs. Chaque matin je donnais leur texte à certains mais pas à d'autres et je m'entretenais longuement avec chacun. Une fois sur le plateau c'était un vrai chaos! C'était génial car c'était comme la vraie vie!" D'ailleurs il nous révèle que pour une des scènes de Roma (n'ayez crainte je ne spoilerai/divulgâcherai rien) l'actrice principale n'était pas au courant de l'issue de cette scène, ce qui la rend encore plus émouvante. Et pour les seconds rôles, ils ont le métier qu'ils ont dans la vie et pour ainsi dire "ne jouent donc pas"...

Quant au titre du film Roma, c'est le nom du quartier dans lequel il a grandi et dans lequel se situe le film. C'est également le titre provisoire qui avait été inscrit pour lever des fonds etc. "J'avais dit 'ok mettez Roma comme titre provisoire mais on le changera, je n'aime pas du tout'. Et puis finalement on ne l'a pas changé." Puis il continue: "je pourrai également dire que c'est un lien qui m'unit avec Fellini et Rossellini. (il réfléchit) Mais surtout, Roma est l'anagramme de Amor!"