2018 février 09 » Le Blog d'Ecran Noir

Mahamat Saleh Haroun n’est plus ministre de la Culture au Tchad

Posté par vincy, le 9 février 2018

"Primé à Cannes, excellent cinéaste tchadien (L'homme qui crie, Une saison en France) Mahamat Saleh Haroun, vient d'être démis de ses fonctions de ministre de la culture. Il a doté la Bibliothèque nationale, créé un prix littéraire, voulu une école de cinéma. Quelqu'un de bien" a tweeté Gilles Jacob ce matin.

Le cinéaste a en effet donné sa démission, un an après avoir pris ses fonctions de ministre de la Culture et du Tourisme du Tchad. Un décret gouvernemental a officialisé ce départ. Il est remplacé par Djibert Younous, désormais ministre de la Jeunesse, des Sports, de la Culture et du Développement touristique.

Raisons personnelles

Dans un entretien à Jeune afrique, le cinéaste avait déclaré le 28 janvier: "Je ne vais pas laver la mémoire du Tchad, qui est tenace. Et si avec ce régime il y a quoi que ce soit de noir, ce n’est pas mon nom qui va le blanchir. Si le régime et ses dirigeants cherchent à améliorer leur image, cela prouve qu’ils ont pris conscience d’une certaine faiblesse et qu’ils sont dans une démarche constructive. Je fais un travail pour le Tchad et son milieu culturel, et quand, à un horizon pas si lointain, il faudra que je parte pour m’occuper de mes films, je partirai."

Et il est parti. Il "a été appelé à d’autres fonctions", selon un décret lu à la radio nationale, qui ne précise pas les raisons de son éviction. "Je n’ai ni été démis de mes fonctions de ministre de la Culture du Tchad ni limogé. J’ai démissionné pour raisons personnelles. J’ai présenté ma démission au Premier ministre le mardi 6 février à 9h30. Elle a été acceptée jeudi matin" précise-t-il.

Mahamat Saleh Haroun est l'auteur du documentaire Hissène Habré, une tragédie tchadienne, Une saison en France, actuellement à l'affiche en France, et L'homme qui crie, prix du jury au Festival de Cannes en 2010.

Dix films remarqués au 40e Festival de Clermont-Ferrand

Posté par MpM, le 9 février 2018


Pour qui n’est jamais allé au festival du court métrage de Clermont Ferrand, il faut imaginer une cité en perpétuel mouvement, organisée en nombreux lieux et espaces de projections autour des deux centres névralgiques que sont la maison de la culture et le marché du film.

Ici, on croise des scolaires en file indienne, deux par deux derrière leurs professeurs, des festivaliers acharnés aux yeux un peu cernés d’avoir déjà vu trop de films, des professionnels affairés du monde entier, qui courent d’un rendez-vous à un autre, des réalisateurs qui accompagnent leur film, intimidés ou galvanisés, c’est selon, par l’immense salle Cocteau susceptible d’accueillir 1400 spectateurs... Et que dire de ces longues files d’attente qui se forment toute la journée devant les salles ? On se croirait à Cannes, la neige en plus et l’hystérie et le tapis rouge en moins.

Pour cette 40e édition, environ 450 films étaient présentés, répartis dans les 3 compétitions, les rétrospectives et les différents focus. Certains des films les plus remarqués de 2017 étaient ainsi présentés, à l’image de The burden de Nikki Lindroth Von Bahr (qui a justement reçu le prix du Court métrage de l'année remis par l'association Short Film Conference à Clermont Ferrand), Des hommes à la mer de Lorris Coulon (tout récemment auréolé du prix du meilleur court métrage français 2017 décerné par le Syndicat de la critique), Ligne noire de Mark Olesa et Francesca Scalisi (Grand prix à Winterthur), Une nuit douce de Qiu Yang (Palme d'or à Cannes), Vilaine fille d'Ayce Kartal, Chose mentale de William Laboury, Gros chagrin de Céline Devaux (lion d'or à Venise), Le visage de Salvatore Lista, (Fool)Time Job de Gilles Cuvelier...

Nous avions déjà eu l'occasion de vous dire tout le bien qu'on en pense lors de notre grand bilan 2017 consacré au format court (à lire ici pour les films plébiscités en festival, ici pour les films français et ici pour les films étrangers).

Mais d’autres, plus récents, ou qui n’étaient pas encore parvenus jusqu’à nous, ont à leur tour plus particulièrement retenu notre attention. Petite liste (non exhaustive) de dix films qui ont fait notre festival.

Copa Loca de Christos Massalas


Copa-Loca est une station estivale grecque. Hors saison, il n'y a rien à y faire. Mais Paulina, elle, est toujours prête pour mettre un peu de baume au cœur des habitants. Raconté en voix-off dans un style faussement documentaire, et jouant précisément du décalage entre le récit et l'image, le film est une satire joyeuse et décomplexée dans laquelle le corps exulte quand bon lui semble.

Everything de David O'Reilly


A première vue, nous voilà dans une conférence scientifique à mi-chemin entre la spiritualité new age et la démonstration implacable de l'interconnexion du monde, animée par des extraits sonores enthousiastes et péremptoires du philosophe Alan Watts. Mais très vite on s’interroge non sur ce que l'on entend, mais sur ce que l'on voit, des images semblant empruntées à un jeu vidéo vintage, dans lequel les animaux se déplacent en roulant indéfiniment sur eux-même et où les décors sont si minimalistes qu'ils semblent avoir été conçus par des enfants. Et pour cause, puisque tout le film a été tourné dans le  jeu vidéo Everything, également créé par O'Reilly en 2017, dans lequel on peut littéralement incarner n'importe quel être vivant. Par défaut, le jeu est en mode "autoplay", c'est-à-dire que le joueur n'a rien à faire sinon suivre les péripéties de son personnage sur l'écran. Ce qui le place finalement dans une position de complète impuissance, devenu spectateur de son propre destin. Une idée qui traverse Everything, le film, de part en part, interrogeant à la fois les limites de l'animation elle-même, mais aussi celles du spectateur, du joueur, et par extension, de tout être vivant lancé dans cette absurde boucle infinie que l'on appelle l'existence.

L'intervalle de résonance de Clément Cogitore


Le festival de Clermont Ferrand propose sous forme d'un court métrage construit en trois parties la monumentale installation vidéo présentée par Clément Cogitore au Palais de Tokyo en 2016, dans laquelle l'artiste interroge nos croyances collectives. Mêlant différentes formes d'images très hétérogènes (des plus professionnelles aux plus amateurs), il croise deux récits de manifestations aux origines physiques mystérieuses, la mythologie existant autour de la perception de sons émis par les aurores boréales et l’apparition d’une étrange formation lumineuse en Alaska. D'une très grande beauté formelle, le film est un voyage fulgurant au croisement du fantasme, du rêve, de l'invisible, de la perception et de la rationalité scientifique.

J'attends Jupiter d'Agathe Riedinger


Reposant à 99% sur la performance habitée de l'actrice Sarah-Megan Allouch, J'attends Jupiter est à la fois la chronique naturaliste d'un moment de basculement et le portrait sensible d'une génération nourrie aux rêves de gloire et de célébrité. L'héroïne est ainsi persuadée, lorsqu'elle accède au second tour d'un casting de télé-réalité, que sa vraie vie va enfin commencer. On la voit alors se débarrasser sans état d'âme de tout ce qui composait cette "pré-existence", brossant un état des lieux cruel d'une société qui n'a plus grand chose à offrir à sa jeunesse.

Manivald de Chintis Lundgren


Quand un renard introverti et sous la coupe d'une mère étouffante s'amourache d'un beau loup sexy et pas farouche, cela donne une satire sociale irrévérencieuse et irrésistible. Entre absurdité et ironie, le film joue de son style graphique très classique pour faire passer l'humour et les situations les plus décalées.

Le marcheur de Frédéric Hainault

Le marcheur est un film coup de poing porté par une voix-off dense et habitée dont la diction précipitée trahit l'urgence et la colère. C'est l'histoire d'un homme qui, un jour, a décidé de ne plus se résigner. Qui s'est mis en route et n'a plus jamais cessé d'avancer, de marcher, de contester. Peu importe la complexité de sa pensée politique, peu importe la cause. Le marcheur refuse, en bloc, tout ce qui est injuste et laid, révoltant et insupportable. Il ne revendique rien, si ce n'est ce droit à marcher, et à ne plus courber l'échine. Les choix formels sont à l'unisson de cette démarche, refusant un esthétisme gratuit, une "beauté" qui ne collerait pas avec l'âpreté du ton et du sujet. On est à la fois assommé et conquis par cette oeuvre à la puissance politique concrète et immédiate.

Reruns de Rosto


Le dernier volet de la tétralogie de Rosto autour de son groupe de rock Thee Wreckers est une plongée hallucinée et fourmillante dans les méandres du passé. Le personnage incarné par le réalisateur lui-même est pris dans une sorte de boucle temporelle qui lui permet de se revoir simultanément à différents âges. Dans un montage saccadé et hypnotique, le réalisateur néerlandais interroge les effets du temps passé et des rêves brisés. Comme le bilan punk et trash d'une vie déjà écoulée. On est à la fois sidéré par l'esthétique du film (dans la droite ligne de l'oeuvre du réalisateur néerlandais) et emporté par la profondeur de la réflexion que cela éveille en nous.

Ugly de Nikita Diakur


Ne vous fiez pas au titre, qui dissimule mal un film singulier et joyeux dans lequel un chat fait la connaissance d'une sorte de gourou dans les décombres d'un monde en déliquescence. Tout est rose et bleu, les objets nous assaillent et se multiplient, les décors mutent, l'univers part à vau-l'eau (ou se reconstruit, selon les interprétations), et pourtant on a l'impression d'être devant un feel good movie (sous ecstasy). Le réalisateur a spécialement créé une technologie numérique pour obtenir ces effets de déconstruction et de bizarrerie (le ugly du titre), en exploitant notamment des erreurs générées dans le code, ce qui donne l'impression d'un film où les pixels ont pris le pouvoir,  échappant à tout contrôle humain. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives.

Weekends de Trevor Jimenez


Sans pathos et avec une tonalité très tendre, Trevor Jimenez (qui travaille chez Pixar) raconte la nouvelle existence d'un petit garçon dont les parents viennent de divorcer. Le film le suit tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, dans des activités enfantines basiques, ou d'autres plus singulières, racontant tout en douceur, avec poésie et délicatesse, le temps qui passe et la vie qui change.

Wednesday with Goddard de Nicolas Ménard

Parti à la recherche de Dieu suite à une averse lui donnant envie d'avoir la foi, le personnage rencontrera l'amour, puis le désespoir. Ton décalé, scènes cocasses et humour loufoque sont au rendez-vous de ce Wednesday with Goddard irrévérencieux à souhait. Dissimulée sous une couche de premier degré volontairement simpliste, la quête pour trouver Dieu est notamment une succession de piques à l'égard de la religion (on adore la séquence de l'Eglise) et d'ironie mordante sur l'Humanité.

Homophobie (2): 120 battements par minute n’est pas au goût des orthodoxes en Roumanie

Posté par vincy, le 9 février 2018

Des orthodoxes ont interrompu la projection de 120 battements par minute, Grand prix du jury à Cannes, à Bucarest en Roumanie. Cela s'est passé dimanche soir, le 4 février. Un groupe de jeunes spectateurs cagoulés a manifesté son opposition à la projection dès le début du film, au Musée du paysan roumain, lieu culturel dédié à la figure du paysan roumain connu pour ses choix exigeants.

"Un film sur des homosexuels n'a pas sa place dans le Musée du paysan car le paysan roumain, lui, est chrétien orthodoxe" ont-ils affirmé. Après avoir grimpé sur la scène, ils ont levé des icônes et entonné des chants religieux et l’hymne national. "La Roumanie n'est pas Sodome et Gomorrhe" brandissaient-ils.

Le groupe défend les valeurs millénaires de la nation roumaine. "Je proteste contre cette forme de propagande pro-gay dans un édifice symbole de la spiritualité du paysan roumain, qui n'a rien à voir avec cette idéologie", a déclaré à l'AFP une manifestante, Anda Barbulescu. Hier soir, ils ont également interrompu la projection du film d'Ivana Mladenovic, Soldati. Poveste din Ferentari, une autre histoire d'amour homosexuel entre un anthropologue et un rom. Le film, sélectionné en compétiton à San sebastien en septembre dernier, est sorti cette semaine sur les écrans roumains

La direction du Musée a défendu dans un communiqué sa décision de diffuser des films "sans censurer leur contenu" et rappelé que "la liberté d'expression est l'un des principaux acquis de la démocratie roumaine" depuis le renversement du régime communiste fin 1989.

Depuis 2000, la Roumanie a dépénalisé l'homosexualité. Dans ce pays, les manifestations contre l'avortement ou le mariage pour tous sont souvent suivies par des centaines de milliers de personnes. En 2013, lors d’un événement LGBT, la projection de The kids are all right, film qui raconte l'histoire d'un couple de femmes avec enfants, avait déjà été interrompue.

Homophobie (1): un directeur de festival de cinéma agressé

Posté par vincy, le 9 février 2018

Nicolas Bellenchombre, le président du Festival du film canadien à Dieppe, a été violemment agressé dans la nuit du 3 au 4 février à Dieppe, selon les informations de la presse locale. Lui et son ami Alexis ont d'abord été insultés, puis ciblés par des projectiles, avant de recevoir des coups en entendant des propos clairement homophobes: "PD", "tarlouze", etc... Des coups de poing, des coups au visage, aux jambes.

Nicolas Bellenchombre a finalement été amené aux urgences, souffrant de traumatismes crâniens et d'un sérieux traumatisme psychologique. Il a aussi porté plainte. Les deux hommes sont actuellement recherchés. Ce ne fut pas la seule agression homophobe ce soir là dans la ville normande selon Paris-Normandie qui a récolté le témoignage d'un autre couple, dont l'un des deux a été insulté et frappé par quatre agresseurs.

Il est toujours debout, invitant les dieppois à venir le voir au cinéma Rex le film britannique Seule la terre, hier soir, afin "de lutter contre l'homophobie".

En espérant que le directeur de l'association Ciné Deep, qui organise aussi le Festival Nouvelle Vague, se remette vite: la 5e édition du festival du film canadien se déroulera du 21 au 25 mars.