2017 juin 13 » Le Blog d'Ecran Noir

Annecy 2017 : ouverture tonitruante avec Zombillénium

Posté par MpM, le 13 juin 2017

Le 41e Festival du Film d'animation d'Annecy a ouvert ses portes lundi 12 juin avec le film-événement Zombillénium d'Arthur de Pins et Alexis Ducord, inspiré de l'univers créé en bande dessinée par Arthur de Pins, et qui sortira le 18 octobre prochain. Le film s'attache au très antipathique Hector Saxe, contrôleur des normes qui n'a de cesse que de prendre en défaut les entreprises qu'il contrôle. Lorsqu'il s'attaque au parc d'attractions Zombillénium, il découvre une vérité qu'il lui aurait mieux valu ignorer, et doit être éliminé. Il devient alors un zombie contraint de travailler dans le parc pour l'éternité auprès de ses frères d'infortune, vampires et monstres de toutes sortes.

Sur le papier, cette adaptation de la série Zombillénium avait à peu près tout pour convaincre : un univers fort, un humour bien trempé et même un ancrage social permettant de dresser un parallèle entre les travailleurs exploités du parc et ceux du monde réel. Si l'intrigue n'a pas grand chose d'original, elle aurait dû suffire pour proposer un divertissement irrévérencieux et décalé. Malheureusement, il faut reconnaître que le film échoue presque sur toute la ligne pour ce qui est du décalage et de l'irrévérence. Au contraire, il reste bien gentiment dans les clous du blockbuster formaté qui ne veut surtout fâcher personne.

Les monstres sont donc forcément "sympas" ou cocasses, le "méchant" est directement inspiré du personnage de vampire interprété par Robert Pattinson dans Twilight afin de s'autoriser tous les clins d'œil possibles à destination du public-cible, le "gentil" se révèle bien plus cool mort que vivant... Tous sont monolithiques et à peine esquissés, stéréotypes standards, sans relief et terriblement consensuels. L'intrigue, elle, est réduite au plus basique : la découverte de l'univers du parc à travers les yeux du "candide" de service, puis un premier palier pour s'y adapter et un deuxième pour le reconquérir.

Une période de creux pour l'animation française?

Ce qui est étonnant, c'est que le film semble même se critiquer lui-même quand une décision marketing transforme le parc en un univers lénifiant et aseptisé pour plaire au plus grand nombre. Le regard se veut caustique, sans voir qu'il s'agit précisément d'une mise en abime. Car clairement, les réalisateurs ont cherché à plaire plus qu'à étonner ou surprendre. Pour cela, ils ont renoncé à écrire un scénario à la hauteur de leur univers, restant dans une progression ultra classique et surtout très balisée, où on voit chaque rebondissement ou péripétie venir de loin.

Si l'on ajoute à cela une musique perpétuellement tonitruante et une mise en images qui frôle la crise d'épilepsie, à grands renforts d'effets "grand spectacle", on est clairement face à un film boursoufflé qui lorgne du côté des superproductions américaines sans âme au lieu de jouer sur sa singularité. Même si l'on peut admettre que la cible se situe dans une tranche d'âge beaucoup plus jeune, pas sûr que le pari soit réussi : avant un certain âge, les enjeux du film, tels que la notion d'enfer ou l'exploitation des travailleurs, de même que certaines références à la lutte syndicale, seront totalement incompréhensibles. A contrario, passé un certain âge, ce bestiaire horrifique de pacotille apparaîtra comme une vaste blague. Surtout pour des ados nourris aux séries comme The walking dead ou Vampire diaries. Du coup, on a l'impression que Zombillénium est déjà un peu vieillot, voire dépassé, avant même d'être sorti.

Après le grand dynamisme de l'animation française ces dernières années, on traverse inévitablement une sorte de période de creux. Zombillénium est ainsi l'un des rares longs métrages d'animation français prêts pour Annecy, et le seul en compétition. C'est d'autant plus dommage qu'il donne cette vision-là d'une animation nationale généralement plus innovante et audacieuse (on pense à Tout en haut du monde de Rémy Chayé, Phantom boy d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, Louise en hiver de Jean-François Laguionie...). On en aura heureusement un aperçu avant la fin de cette 41e édition avec le merveilleux Grand méchant renard de Benjamin Renner, présenté jeudi en séance spéciale avant sa sortie le 21 juin prochain.

Les Prix Jean Vigo 2017 révélés

Posté par vincy, le 13 juin 2017

Les Prix Jean Vigo 2017 ont été remis dans la soirée du lundi 12 juin au Centre Pompidou par Agathe Bonitzer.

Un Prix Jean Vigo d'honneur a été décerné au cinéaste finlandais Aki Kaurismäki, pour l'ensemble de son œuvre. Largement mérité, ce prix consacre un réalisateur dont le style est identifiable entre tous, "Pour avoir su, entre humour et laconisme, inventer un cinéma social et poétique à nul autre pareil, à la fois enchanté et désenchanté" explique le jury.

Grand prix du jury à Cannes en 2002, Prix Louis-Delluc en 2011, il vient de recevoir en février l'Ours d'argent du meilleur réalisateur à la Berlinale pour son dernier film, L'Autre côté de l'espoir, sorti en mars dernier.

Le Prix Jean Vigo du long métrage a couronné Barbara de Mathieu Amalric, trois semaines après le Prix spécial de la poésie du cinéma dans la section Un certain regard au festival de Cannes: "Un auteur audacieux et intense dont la trépidante carrière d’acteur ne doit pas éclipser l'œuvre ; celle d’un expérimentateur dont le goût du risque lui permet de se renouveler à chaque film" selon le jury. Le film sort en salles le 6 septembre en France.

Enfin, le Prix Jean Vigo du court métrage est revenu à Emmanuel Marre pour Le film de l'été, Grand prix à Clermont-Ferrand et en compétition à Berlin.

Les deux films primés seront présentés en séance exceptionnelle lors du prochain Festival International du Film de Morelia au Mexique en octobre.

Le jury était composé cette année de Bernard Bénoliel, Leila Férault, Charlotte Garson, Véronique Godard, Alain Keit, Jacques Kermabon, Quentin Mével, Jean Rabinovici, José Maria Riba, Marcos Uzal et Gérard Vaugeois. 76 longs et 32 courts ont été visionnés.

Créés en 1951, les Prix Jean Vigo "distinguent l’indépendance d’esprit, la qualité et l'originalité des cinéastes". "Plutôt que saluer l’excellence d’un film, le Prix Jean Vigo tient à remarquer un auteur d'avenir, à découvrir à travers lui une passion et un don. Le “Vigo" n'est pas un prix de consécration mais un prix d'encouragement, de confiance. Un pari."