2017 avril 05 » Le Blog d'Ecran Noir

Edito: No culture!

Posté par redaction, le 5 avril 2017

Il y avait No future comme slogan des Sex Pistols pour scander leur vision nihiliste punk rock. On pourrait clamer No Culture ces temps-ci. Oh il y a de belles intentions comme ce G7 à Florence (la ville d'Inferno, thriller apocalyptique, on dit ça on dit rien) qui a fait une magnifique déclaration aussi neutre que possible, vantant la culture comme le patrimoine afin de faire dialoguer les civilisations. Beau comme l'Antique.

Mais en France, comme aux Etats-Unis il y a quelques mois, comme au Royaume Uni lors de la campagne du Brexit, comme dans la campagne allemande qui se profile, le mot Culture semble si grossier qu'il est caché dans les discours, voire complètement omis. Cacher cette culture que vous ne sauriez voir!

On exagère à peine. Onze candidats briguent l'Elysée. Un débat a eu lieu, retransmis longuement et en direct à la télévision. Sur les onze, quatre ont évoqué la culture, qui n'était même pas un sujet choisi par leurs équipes. L'une a évoqué le patrimoine culturel des français qu'il faut protéger et valoriser, un autre a intégré le cinéma dans un argumentaire sur la fiscalité, un autre encore a préféré faire du name dropping pour montrer que la culture rassemble, et enfin un dernier a eu l'extrême audace d'en faire un pilier de sa conclusion en citant (enfin, après quatre heures de débat) le mot si honteux.

Les enjeux ne manquent pas

Bien sûr, ça énerve tous les "acteurs" du monde culturel. Des institutions, des syndicats ou associations interpellent par courrier, campagnes d'affichage, campagnes virales et autres appels chacun d'entre eux. Où est la Culture, vous qui défendez la République, l'Education, le vivre ensemble, l'émancipation des masses?

Et quand bien même on n'aborderait que l'angle utilitariste (économie, numérique), il y a de sacrés enjeux. Bien sûr, chacun des candidats a placé une ou quelques idées sur le sujet dans leur programme. Mais c'est un peu faible. Au mieux, on ne sait pas comment c'est financé, au pire, c'est flou, voire passéiste. Quid de la concurrence de Netflix, Amazon, Apple, Google face à nos "petits joueurs" (Fnac, Canal +, Orange...)? Quid des cinémas locaux et ruraux, de la chronologie des médias, des quotas de films européens, pour ne prendre que quelques sujets dans l'air du temps? Quid de l'éducation à l'image alors qu'il est toujours compliqué de faire venir des intervenants spécialisés ou d'obtenir le droit de diffuser un film? Quid de tous ces festivals de plus en plus fragiles voire au bord de la faillite quand les collectivités coupent en premier lieu dans l'action culturelle?

Cannabis et culture, même combat

Et on en passe. On a hâte d'entendre le/la prochain(e) Président(e) préciser sa vision lors d'une éventuelle visite au Festival de Cannes. Cannes, le CNC, l'Institut français, Unifrance: autant d'armes bien solides qui font le boulot à la place des politiques. C'est déjà ça. Mais on regrette quand même que personne ne soit fier d'affirmer que la culture française, et notamment le cinéma français, reste vivace, audacieux, varié, séduisant, et populaire. De quoi rassembler au niveau national avec un symbole visible et de quoi en faire un outil de "soft power" pour l'image du pays dans le monde.

C'est comme le cannabis, la culture semble appréciée mais on veut ignorer ses vertus, n'y voyant qu'un vice (combien de voix, ça rapporte la culture? combien de dette ça fabrique?). Au moins elle n'est pas illégale. C'est de la bonne herbe que chacun peut consommer sans modération, une bonne drogue dure conseillée, contrairement à la marijuana, qui est à la cigarette ce que sont les films et séries piratés. Pendant cette campagne, en tout cas, une chose est sûre: la culture du cannabis et la culture tout court ont un trait en commun. Elles n'existent pas. C'est dans ce genre de situations qu'il faut savoir résister, à l'instar de cette initiative du Palais de Tokyo, qui a ouvert un Tumblr pour tous ceux qui veulent avoir une pensée pour la culture.

Cannes 70 : la ronde des prix d’interprétation

Posté par cannes70, le 5 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-43. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Lorsque l'on reçoit un Prix à Cannes, on déclare souvent que c’est une surprise, sans avouer que c’est un rêve depuis longtemps. Bien plus qu’une récompense, c’est une consécration. Par exemple, il y a un acteur français qui avait déjà tourné des dizaines de films sous la direction de Claude Pinoteau, Claude Lelouch, Pierre Jolivet, Benoit Jacquot, Claire Denis, Fred Cavayé ou encore Philippe Lioret, qui avait déjà été nommé 5 fois pour un César du meilleur acteur mais sans jamais l’avoir, et qui à 55 ans est appelé sur scène par les frères Joel et Ethan Coen pour recevoir la Palme du prix d’interprétation : c'était en 2015, pour le film La loi du marché de Stéphane Brizé, et l'acteur Vincent Lindon, très ému, était au bord des larmes. Il a eu ce mot en hommages à ses parents disparus : « Quand je pense que j'ai fait tout ça pour qu'ils me voient, et qu'ils ne sont plus là... », tout en citant une maxime de William Faulkner « Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant. ».

Un Prix d’interprétation au Festival de Cannes c’est la récompense qui fait qu’on est acteur, mais aussi pour d’autres qu’on naît acteur.

Au cours de ces presque 70 éditions, on imagine que les différents jurys ont toujours fait les bons choix lors de leurs délibérations. Pourtant, chaque année, il y a souvent un trio de noms pouvant prétendre à ce Prix, et forcément il y a eu parfois des oublis et des choix controversés. Le saviez-vous ? La chanteuse Cher a eu un Prix d’interprétation pour Mask de Peter Bogdanovich en 1985, Michel Blanc lui aussi pour Tenue de soirée de Bertrand Blier en 1986.

Bien d’autres acteurs et actrices au profil atypique ont reçu cette distinction : la chanteuse Björk rôle principal de Dancer in the Dark en 2000 (dont elle est aussi compositrice des musiques), en 2004 le jeune Yûya Yagira pour Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda (il a alors seulement 14 ans), en 1996 Pascal Duquenne, comédien belge atteint de trisomie, pour Le Huitième Jour (prix partagé avec Daniel Auteuil)…

Parfois, il est difficile de dissocier les deux personnages principaux d’un film : en 1998, ce sont ainsi Élodie Bouchez et Natacha Régnier qui sont distinguées pour La Vie rêvée des anges, en 1999 les amateurs Emmanuel Schotté et Séverine Caneele pour L'humanité de Bruno Dumont (ce qui n'a pas manqué de créer la controverse). Mais il y a aussi des exceptions : en 2015, c’est Rooney Mara qui est primée dans Carol de Todd Haynes, mais sans sa partenaire Cate Blanchett. Même chose pour Tony Leung qui remporte le Prix en 2000 pour In the mood for love, sans Maggie Cheung.

En 2009, parmi le gros casting de stars de Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, c'est un acteur allemand plutôt méconnu à l’international qui est sacré : Christoph Waltz, qui depuis a été propulsé star hollywoodienne en enchaînant les tournages.

Même chose pour cette jeune fille qui se souvient en ces termes de sa première expérience cannoise  : « J'avais 17 ans, je venais d'avoir le bac, c'était mon premier film et, comme il était présenté en fin de festival, tout s'est déroulé en moins de trois jours, j'ai vécu un conte de fées à 200 à l'heure ». La jeune débutante, c'est Emilie Dequenne qui remporte le Prix  en 1999 pour Rosetta de Jean-Pierre et Luc Dardenne, et qui depuis a tourné plus de 25 films.

Rejoindre la légende…

Quel que puisse être l’éventuel succès des films dans lequel il joue, ce qui fait briller les yeux d’un acteur, c’est la couleur dorée d’une statuette, en particulier un Oscar (mais il faut remplir plusieurs critères de présélection) ou bien  sûr une Palme à Cannes (avec son prestige de plus grand festival du monde). Car recevoir un prix d’interprétation sur la Croisette, c'est aussi inscrire son nom au panthéon du cinéma, aux côtés des plus grandes légendes. Imaginez un peu !

Pour les hommes, ont été récompensés Marlon Brando, Paul Newman, Spencer Tracy, Anthony Perkins, Terence Stamp, Jean-Louis Trintignant, Jack Nicholson, Vittorio Gassman, Michel Piccoli, Ugo Tognazzi, William Hurt, Forest Whitaker, Gérard Depardieu, Sean Penn, Peter Mulan, Olivier Gourmet, Benicio Del Toro, Javier Bardem, Jean Dujardin, Mads Mikkelsen, et donc Vincent Lindon… De même, pour les femmes, on compte Michèle Morgan, Bette Davis, Simone Signoret, Jeanne Moreau, Sophia Loren, Katharine Hepburn, Anouk Aimée, Meryl Streep, Irène Jacob, Holly Hunter, Maggie Cheung, Jeon Do-yeon, Charlotte Gainsbourg, Juliette Binoche, Kirsten Dunst

Il y a eu plusieurs fois des prix partagés pour l’ensemble des rôles principaux d’un film et des prix ex-aequo pour deux talents de deux films différents. Mais l'honneur ultime, comme pour la Palme d'or du meilleur film, c'est d'entrer dans le cercle très fermé de ceux qui ont eu l’exceptionnel privilège d’être couronné plusieurs fois : Dean Stockwell (1959 et 1962), Marcello Mastroianni (1970 et 1987), Jack Lemmon (1979 et 1982), Vanessa Redgrave (1966 et 1969), Isabelle Huppert (1978 et 2001), Helen Mirren (1984 et 1995), Barbara Hershey (1987 et 1988), et Isabelle Adjani (double prix en 1981 pour deux films différents).

Prix symboliques

Logiquement, ce sont les membres du jury qui décident du palmarès. Mais il est aussi arrivé que la direction du Festival de Cannes organise la remise d’une Palme d'honneur d'interprétation en hommage à une prolifique carrière. Cette récompense spéciale et symbolique a déjà été attribuée à Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Jane Fonda, Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Léaud.

La Palme d’or étant la récompense suprême de meilleur film, c'est au réalisateur qu'elle est attribuée,  mais son prestige rayonne évidemment sur toute son équipe et ses acteurs. Toutefois, certains jurys ont parfois voulu doubler la Palme d’or avec un Prix d’interprétation, afin de saluer spécifiquement le travail du comédien ou de la comédienne : on se souvient notamment du doublé meilleur acteur et meilleur film pour Charles Vanel et Le Salaire de la peur, Jack Lemmon et Missing, James Spader et Sexe, Mensonges et Vidéo, John Turturro et Barton Fink, Pernilla August et Les Meilleures Intentions, Holly Hunter et La Leçon de piano, Brenda Blethyn et Secrets et mensonges, Émilie Dequenne et Rosetta, Björk et Dancer in the Dark.

En 2013, le jury de Steven Spielberg va plus loin : il attribue la Palme d’or au réalisateur Abdellatif Kechiche et conjointement à ses deux actrices, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos pour La Vie d'Adèle, ce qui lui permet de remettre le Prix d'interprétation à Bérénice Béjo pour Le passé d'Asghar Farhadi. L'année précédente, le jury n'ayant pas jugé bon de souligner le travail de ses comédiens, Michael Haneke avait lui partagé symboliquement la Palme d'or pour son film Amour avec le duo Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, bien qu'ils ne soient pas officiellement nommés au palmarès.

Qu'il s'agisse d'un objectif, d'un rêve inaccessible ou juste d'un fantasme,  recevoir le Prix d'interprétation à Cannes est un couronnement, mais surtout un coup de projecteur qui permet de mettre en lumière le travail d'un acteur ou d'une actrice, quelle que soit sa notoriété ou sa carrière. Au lauréat ensuite de faire fructifier cette récompense, de transformer l'essai ou de s'estimer simplement chanceux d'avoir été honoré ainsi une fois dans sa vie. Il n'y a pas d'obligation de résultat, pas de règle à suivre, juste un espoir. Et une certitude : celle d'avoir été, le temps d'un festival, le ou la meilleur(e) comédien(ne) du monde.

Kristofy pour Ecran Noir

3 bonnes raisons de craquer pour Stratton

Posté par wyzman, le 5 avril 2017

Disponible en VàD dès aujourd'hui et en DVD/Blu-Ray le 3 mai, Stratton est l'un de ses nombreux films dont on ne parlera pas assez mais qui vaut tout de même le détour. Afin de rendre justice à Simon West, le réalisateur, voici 3 bonnes raisons de craquer pour son neuvième long-métrage.

C'est un bon film de série B

Alors que l'on ne parlera aujourd'hui que de Power Rangers, A bras ouverts, Les Schtroumpfs et le village perdu (et avec un peu de chance, Les Mauvaises herbes), Stratton s'offre une sortie en VàD qu'il mérite parfaitement. Centré sur les péripéties de John, un agent des forces spéciales britanniques, Stratton représente tout ce que l'on aime dans les films de série B. Pas de grosse star, pas de gros moyens, pas de grosse promo. Mais cela fonctionne. Car loin d'être le film de l'année, Stratton fait le boulot et s'avère être un bon divertissement pour tous les amateurs de films de lutte anti-terroriste sans prise de tête. Les ressorts scénaristiques sont certes usés, mais peu importe. Simon West s'en sort quand même très bien. Après l'affreux Joker, il parviendrait presque à nous réconcilier avec son cinéma lourdingue - en attendant son prochain blockbuster ?

Le casting vaut le coup d’œil

Qu'on se le dise, les acteurs de Stratton seront difficilement nommés aux prochains Oscars. Eh oui, composé de visages familiers, le casting de Stratton regorge d'acteurs souvent secondaires dans d'autres plus grosses productions. Rôle-titre, Dominic Cooper est passé par Need For Speed et Dracula Untold avant d'atterrir dans Warcraft : Le Commencement l'an dernier. Star de Teen Wolf, Tyler Hoechlin a fait un petit tour par Supergirl avant d'être coupé au montage de Cinquante nuances plus sombres. Connu pour son rôle de Drago Malefoy dans la saga Harry Potter, Tom Felton joue actuellement les seconds couteaux dans la saison 3 de The Flash. Star de Humans, Gemma Chan était récemment à l'affiche des Animaux fantastiques. Enfin, après des apparitions dans 90210 : Beverly Hills : Nouvelle génération et Ma Vie avec Liberace, le visage d'Austin Stowell est venu marquer le Whiplash de Damien Chazelle et le Pont des espions de Steven Spielberg.

Aucune suite n'est requise

A un moment où même les pires films sont envisagés sur le long terme (on ne citera personne, rassurez-vous), cela fait toujours plaisir de voir un film d'action tel que Stratton qui se suffit à lui seul. Largué par sa copine au début du film, John finit par retrouver quelqu'un qui lui plaît vraiment après. Lorsqu'un membre de l'équipe s'en va, un remplaçant entre en scène. Les méchants sont appréhendés. Bref, Stratton nous épargne le sentiment de frustration inhérent aux sagas et se regarde avec un certain plaisir. Plus encore, le film n'a pas pour vocation de faire naître en nous l'envie d'une suite tout en restant agréable. Et c'est désormais si rare dans les "grosses" productions anglo-saxonnes que cela méritait d'être signalé.

Tom Hardy chez Pablo Larrain

Posté par vincy, le 5 avril 2017

Pablo Larrain continue son aventure anglo-saxonne. Après Jackie, le cinéaste chilien réaliserait The True American, avec Tom Hardy en tête d'affiche.

Il s'agit de l'adaptation d'un essai d'Anand Giridharadas, qui se situe au Texas juste après les événements du 11 septembre 2001. Il s'agit de l'histoire vraie de Rais Bhuiyan, immigré musulman et vétéran des forces aériennes de Bangladesh, employé à Dallas et victime d'un citoyen islamophobe qui a tiré sur lui.

The True American: Murder and Mercy in Texas a été publié en 2014. Kathryn Bigelow devait réaliser le film. Elle reste sur le projet en tant que productrice selon Deadline.

Tom Hardy reviendra dans les salles avec Dunkerque de Christopher Nolan, cet été. Pablo Larrain a produit récemment Una mujer Fantastica, de Sebastián Lelio, trois fois récompensé à la dernière Berlinale. Le film sort le 5 juillet en France.