Berlin 2017 : Pères et fils

Posté par MpM, le 13 février 2017, dans Berlin, Critiques, Festivals, Films.

Mr Long

Coïncidence de programmation, après avoir mis l'accent sur de beaux personnages féminins, 67e la Berlinale proposait en ce 4e jour de compétition des histoires de relations filiales. De manière particulièrement évidente dans Helle Nachte de Thomas Arslan, et plus symboliquement dans Mr Long de Sabu.

Helle Nacht

Le premier raconte le voyage en Norvège de Michael, un ingénieur d'une quarantaine d’années, pour assister aux funérailles de son père dont il n’était pas proche. Son fils de 14 ans, Luis, accepte de l'accompagner. Rapidement, on comprend qu'il ne s'agit pas tant pour le personnage principal de se pencher sur son passé que de rattraper le temps perdu avec son propre fils.

Si l'on attend à chaque instant une révélation, ou un rebondissement de taille, c'est en réalité cette unique idée de départ qui guide tout le film. Par petites touches, et sans réel ressort dramatique, Thomas Arslan (Gold) observe simplement la relation maladroite qui lie les deux hommes et se contente d'une récit minimaliste, presque relâché, qui confine vite à l'ennui.

Sur une durée resserrée, et avec une vraie finesse d'analyse, la démarche subtile du cinéaste, consistant à en suggérer le plus possible, pourrait fonctionner. Mais le film reste terriblement superficiel sur ce qu'il est censé décortiquer (les relations entre les deux personnages) et, au lieu de portraits sensibles, offre des explications à l’emporte-pièce sur les raisons qui ont conduit le père et le fils à s’éloigner. Visuellement, le film propose des plans superbes sur la nature norvégienne, si magnifique qu'elle donne implacablement envie d'y aller immédiatement en vacances. Malheureusement, certaines séquences virtuoses sont purement gratuites (le très long plan en camera subjective sur la route de plus en plus dissimulée par le brouillard), et d'autres évoquent un clip de l'office du tourisme norvégien. Rien dans tout cela ne révèle réellement ce qui unit au finale les personnages, et lorsque le film veut nous faire croire dans sa conclusion que quelque chose de crucial a changé dans la relation entre Michael et Luis,  c'est une facilite supplémentaire de scénario.

Mr Long

Chez Sabu, au moins, la relation filiale semble plus intéressante car elle est choisie, et non héritée. Le personnage principal, un tueur à gage taïwanais dont le dernier contrat a mal tourné, est sauvé par un jeune garçon qui n'a pas de père, et dont la mère est une junkie (oui, c'est du lourd). Il se tisse entre les deux personnages un lien d'amitié ténu qui passe principalement par la nourriture. Mr Long, le héros, cuisine pour le jeune garçon, et devient peu à peu le cuistot attitré de tout le voisinage. Mutique et réservé, c'est à travers sa cuisine qu'il s'exprime, et c'est ainsi qu'il noue des relations fortes avec son jeune protégé ainsi qu'avec ses voisins.

Même si cette filiation symbolique n'est pas le motif central de l'intrigue, un mélange de polar sanglant, de comédie décalée et de mélodrame sirupeux, elle permet de structurer le récit en justifiant le changement de vie radical du tueur à gages. Contrairement à Helle Nacht, qui parle abstraitement de filiation, sans vraiment en montrer la réalité, Mr Long rend palpable les petits riens qui connectent un père à son fils.

C'est d'ailleurs l'unique fil directeur d'un récit qui part dans tous les sens à force de trop vouloir en raconter, et qui finit par ressembler à un condensé des pires clichés du polar asiatique, entre scènes d'action bâclées (les méchants attaquent sagement un à un, en file indienne, et à coups de bâtons, quand le héros est armé d'un couteau), misérabilisme patenté (il faut voir le personnage de dealer super méchant qui harcèle la mère du petit garçon) et sentimentalisme facile (l'interminable flash-back sur l'histoire de la mère, notamment). La rédemption par la paternité, ce n'est pas franchement subtil, mais il fallait y penser dans le cadre pourtant ultra codifié du film de gangsters.

On s'aperçoit ainsi que la sélection officielle s’avère pour le moment étrangement moins politique que d'habitude. A la place des gros thèmes de société dont raffole généralement la Berlinale, on trouve des films intimistes, très ancrés sur la cellule familiale, entre portrait et étude psychologique. Comme si, avant de se lancer dans des récits plus engagés, il importait de remettre avant tout l'humain au centre des préoccupations. Un projet qui est au fond éminemment politique.

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