2015 mai » Le Blog d'Ecran Noir

Disney débranche la suite de Tron

Posté par vincy, le 31 mai 2015

Il n'y aura pas de troisième épisode pour Tron. Officiellement Disney invoque un calendrier trop chargé. Pour l'instant le studio considère que son agenda de sorties est rempli jusqu'en 2018. Pas de place pour Tron 3 donc.

Le projet est donc reporté sine die. La décision a surpris, d'autant que Tron Legacy avait réussi à récolté près de 400M$ au box office dans le monde, 28 ans après le premier opus. Selon un cadre de Disney, repris par The Hollywood Reporter, "le feu vert n'a jamais était donné, même si nous développions le projet".  Pas question d'investir davantage si aucune date de sortie n'est possible avant 3 ans.

Pourtant, le projet était assez avancé si on en croit le magazine professionnel. Les repérages autour de Vancouver étaient faits et les contrats avec le réalisateur Joseph Kosinski et les acteurs Garrett Hedlund et Olivia Wilde confirmés.

Tron a donc été la victime collatérale d'une stratégie de franchise tout azimut: Pirates des Caraibes 5, Alice au pays des merveilles 2, les reboots du Livre de la Jungle, Peter le dragon, La belle et la bête, Dumbo, deux à trois Marvel et deux dessins animés par an.

Michael Nyqvist vient au secours d’Audrey Fleurot dans un premier film

Posté par vincy, le 30 mai 2015

Michael Nyqvist (le méchant de Mission: Impossible Ghost protocol et surtout la star de la trilogie Millenium), Audrey Fleurot (Intouchables, Sous les jupes des filles), Eriq Ebouaney (Case départ), Pascal Elbé et François-Xavier Demaison formeront le drôle d'attelage du premier film de Nathalie Marchak, L'amour qu'il nous faut.

Selon Cineuropa, le film est inspiré de faits réels vécus par la cinéaste. L'histoire est celle d'une avocate française en voyage d'affaire à Tanger. A 40 ans, l'envie d'être maman se fait pressante. Aussi, quand une clandestine nigériane lui dépose son bébé à la peau blanche durant son sommeil, l'avocate décidera de partir, avec l'aide d'un médecin humanitaire, pour rechercher la mère.

Nathalie Marchak a été comédienne, au théâtre et au cinéma (Les Parisiens de Claude Lelouch), avant de partir à New-York suivre la formation en mise en scène et réalisation de l’Université de New-York. Elle est lauréate d’une bourse du mérite "C.V. Starr" attribué par l’Université de Harvard récompensant l’écriture du scénario de son film. Elle a également travaillé en tant qu'assistante de production et directrice artistique sur des moyens et long-métrages.

Le tournage, entre la France et le Maroc, commencera à la fin de l'année. Le film sera distribué par Sophie Dulac Distribution.

Le Maroc censure Much Loved sans avoir vu le film: appel à soutien et pétition pour défendre la liberté d’expression

Posté par vincy, le 30 mai 2015

Comme nous vous l'annoncions plus tôt cette semaine, le film Much Loved de Nabil Ayouch, présenté à la dernière Quinzaine des réalisateurs, a été interdit d'exploitation au Maroc, suite à un climat de violence et d'agressivité sur les réseaux sociaux autour du réalisateur et de son actrice principale au Maroc. Cette décision a soulevé un vent de contestation du côté de la profession.

Much Loved raconte l'histoire de Noha, Randa, Soukaina, Hlima et d'autres femmes qui vivent d’amours tarifés dans le Marrakech aujourd'hui. Ce sont des prostituées, des objets de désir. Joyeuses et complices, dignes et émancipées dans leur royaume de femmes, elles surmontent la violence d’une société marocaine qui les utilise tout en les condamnant.

Le gouvernement marocain a annoncé lundi que le film serait interdit de projection au Maroc. Pour le gouvernement marocain, il comporte un "outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine". "Cette interdiction encourage les pires attaques des courants conservateurs marocains envers le film, Nabil Ayouch et Loubna Abidar faisant l’objet de menaces de mort sur les réseaux sociaux", souligne l'appel à soutien diffusé sur le site de la SRF.

Près de 80 cinéastes et producteurs ont dénoncé cette censure: Stéphane Brizé, Claire Burger, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Arnaud Desplechin, Pascale Ferran, Costa-Gavras, Yann Gonzalez, Mahamat-Saleh Haroun, Michel Hazanavicius, Agnès Jaoui, Laurent Cantet, Pascale Ferran, Costa-Gavras, Michel Hazanavicius, Rithy Panh, Pierre Salvadori, Riad Sattouf, Volker Schlöndorff, Céline Sciamma, Bertrand Tavernier et Rebecca Zlotowski figurent parmi les "premiers signataires" de ce texte.

"De tous temps, le cinéma a eu vocation à montrer la réalité sous tous ses aspects. De toute évidence, ce film sur le milieu de la prostitution à Marrakech montre une réalité que les autorités marocaines refusent de regarder en face. Pourtant cette réalité niée ne sera modifiée en rien par cet acte de censure délibérée.
Alors que le Maroc accueille de très nombreux tournages français et internationaux et que se tient à Marrakech annuellement un grand festival de cinéma, nous condamnons cette interdiction avec la plus grande fermeté.
Nous nous associons à l’Union des Réalisateurs Auteurs Marocains et au large courant de solidarité qui s’est levé autour du cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch et de son film, pour dénoncer l’obscurantisme et les violentes atteintes à la liberté que cette interdiction constitue : atteinte à la liberté d’expression, atteinte à la liberté du metteur en scène d’exposer son travail, atteinte à la liberté des spectateurs qui ne peuvent avoir accès au film dans les salles de cinémas marocaines.
"

Par ailleurs déjà plus de 400 personnes ont signé la pétition initiée par l'actrice principale du film Loubna Abidar sur Avaaz.org.

"Nous, artistes, intellectuels, créateurs, journalistes et acteurs dans différents secteurs de la société, déclarons notre attachement à la liberté de pensée, d’expression et de création en tant que droit garanti par la constitution marocaine et les conventions internationales. Nous appelons les spécialistes et l’ensemble des amateurs à se ranger du côté de la critique constructive et élever le niveau du débat loin de la diffamation et l'incitation à la haine qui s’appuient sur de prétendus arguments moraux sans considération aucune ni à la liberté d’expression ni de création dans les domaines de la production intellectuelle et esthétique" explique la pétition, qui ajoute : "Aucune tutelle sur la création, aucune prohibition de la créativité! Par la même occasion, nous désavouons la décision illégale impartiale et apriori prise par le Ministre de la communication d’interdire la diffusion du film dans les salles de cinéma au Maroc."

Stupéfait, Edouard Waintrop, directeur de la Quinzaine des réalisateurs, s'est exprimé en rappelant, qu'à l'évidence, "ce film sur la prostitution à Marrakech montre une réalité que les autorités marocaines refusent de voir. Cependant ce déni de réalité ne devrait pas amené à un acte délibéré de censure."

Le plus ironique dans cette histoire est que le réalisateur du film a expliqué à Variety qu'aucun des cinq membres de la Commission de censure n'avait vu le film et que lui-même n'avait pas encore demandé un visa de sortie au ministère. La décision a été prise suite à la diffusion de deux extraits sur Internet, qui ont entraîné un flot de commentaires et de critiques sur les réseaux sociaux.

Pierre Deladonchamps a les Yeux au ciel pour Philippe Lioret

Posté par vincy, le 29 mai 2015

Annoncé dans La Presse et sur le compte twitter de la société de production d'Item 7 et confirmé par Cineuropa, Philippe Lioret tourne actuellement son nouveau film, Les Yeux au ciel (anciennement Un garçon), entre la France et le Canada. Ce 8e long métrage du réalisateur de Je vais bien, ne t'en fais pas et de Welcome réunit un casting franco-québécois avec Pierre Deladonchamps (L'Inconnu du lac, Une Enfance de Philippe Claudel et Eternité de Tran Anh Hung), Gabriel Arcand (Congorama, Le démantèlement) et Marie-Thérèse Fortin.

Il s'agit de l'adaptation très libre du roman de Jean-Paul Dubois, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, Les Yeux au ciel raconte l'histoire d'un Français récemment divorcé, en charge de son fils et qui apprend que son père, d'origine québécoise, qu'il n'a jamais vu, est décédé. Il assiste aux funérailles de l'autre côté de l'Atlantique et rencontre toute une partie de sa famille, dont ignore tout. Le livre est paru en France aux éditions de l'Olivier en 1999.

Le tournage s'achèvera en juillet. Le film sera distribué par Le Pacte.

Cannes 2015 : Kung Fury, le court-métrage phénomène

Posté par kristofy, le 29 mai 2015

A Cannes, chaque année, un film fait office de clou du spectacle : il y a quelques jours, c'était Love 3D de Gaspar Noé, en 2014 Les nouveaux sauvages, en 2013 Only God forgives, en 2012 Maniac... Dans le même genre, les courts-métrages aussi sont à la fête avec La biffle de Jean-Baptiste Saurel en 2012, Le quepa sur la vilni ! de Yann Le Quellec en 2013 ou La Contre-allée de Cécile Ducrocq en 2014.

Cette année, le court-métrage qui a secoué la croisette est Kung Fury du prodige suèdois David Sandberg (31 ans), qui en est le scénariste-réalisateur-acteur, sélectionné à La Quinzaine des réalisateurs.

Ce court Kung Fury est désormais à découvrir gratuitement sur internet, le moyen de diffusion choisi par David Sandberg pour le faire connaître. C'est d'ailleurs en partie grâce à internet que le film a pu être produit : après une campagne de crowfunding faisant appel au financement par des internautes, ils ont été plus de 17000 contributeurs à lui apporter plus de 600 000 dollars ! Ce court est devenu sa plus belle carte de visite pour réaliser un long-métrage, et bien entendu le projet est déjà dans les rails (pour peut-être une séance spéciale l'année prochaine à Cannes ?) !

En attendant, il vous invite à un retour vers les années 80 : Détective à la police de Miami et adepte des arts martiaux, "Kung Fury" entreprend un voyage dans le temps depuis les années 80, son objectif : tuer Adolf Hitler alias "Kung Führer". Un problème technique va le conduire jusqu’à l'époque Viking...

Tilda Swinton chez Marvel?

Posté par vincy, le 28 mai 2015

Ce serait une belle prise pour Marvel. Tilda Swinton est en négociations finales pour rejoindre Benedict Cumberbatch dans le rôle titre sur l'adaptation de Docteur Strange. Le film, qui sera réalisé par Scott Derrickson (L'exorcisme d'Emily Rose, Le jour où la terre s'arrêta, Sinister, Délivre-nous du mal) , doit sortir en novembre 2016. Le tournage est prévu en novembre prochain au Royaume Uni.

Tilda Swinton incarnerait le personnage de l'Ancien, qui, est dans la BD, un homme asiatique. Le rôle a déjà été proposé à Morgan Freeman et Ken Watanabe. Docteur Strange est un neurochirurgien dépravé et sans trop d'éthique qui perd l'usage de ses mains lors d'un accident. Alors qu'aucune opération ne lui rend ses deux mains, il rencontre l'Ancien, guérisseur de l'Himalaya, qui va lui apprendre les sciences occultes et des secrets ancestraux. Strange va alors devenir un super-héros doté de pouvoirs magiques.

En rejoignant ce projet, Swinton continue son parcours iconoclaste, et enrichit sa filmographie de films "fantasy" comme Constantine, Le Monde de Narnia et Le transperceneige. Elle est attendue dans Trainwreck de Judd Apatow, A Bigger Splash de Luca Guadagnino et Hail, Caesar! des frères Coen.

Cannes Ecrans Juniors: Romain et Océanne partagent leurs trois jours de Festival de Cannes

Posté par kristofy, le 27 mai 2015

Le Festival de Cannes polarise l'attention sur les films en Sélection officielle, à La Quinzaine des Réalisateurs et à La Semaine de la Critique; mais d'autres sélections proposent de nombreux films à découvrir. On connaît l'ACID. On connaît moins, Cannes Écrans Juniors, une sélection spécifique qui présentent un intérêt particulier pour des jeunes spectateurs car ils développent des thématiques ou mettent en scène des univers susceptibles de les confronter au monde et aux autres cultures, tout en leur faisant découvrir l’art cinématographique. Cette année, elle était constituée de huit longs métrages internationaux, comme par exemple La Forteresse de Avinash Arun (qui avait déjà reçu un Ours de Cristal et une mention spéciale au Festival de Berlin, et qui sera en salle le 7 octobre).

Plusieurs lycéens venus de Côte d'Azur mais aussi de toute la France ont pu découvrir les films Difret (de Zeresenay Berhane Mehari, Éthiopie), Mateo (de Maria Gamboa, Colombie), Marina (de Stijn Coninx, Belgique), Casa Grande (de Felipe Barbosa, Brésil), Petite sœur (de Sanna Lenken, Suède)... Mais aussi certains films de la Quinzaine des Réalisateurs comme Le tout nouveau testament de Jaco van Dormael, Mustang de Deniz Gamze Ergüven, ou de la Semaine de la Critique comme Dégradé de Tarzan et Arab Nasser, La terra y la Sombra de César Augusto Acevedo (qui a reçu la Caméra d'Or et deux autres prix), Mediterranea de Jonas Carpignano...

Soit une large palette de films très différents qui d'ailleurs sont aussi représentatifs des actions du CNC pour l'éducation à l'image dont la mission vise les jeunes cinéphiles et futurs spectateurs avertis, capables de reconnaître un auteur ou une écriture cinématographique. Parmi ces "juniors", nous en avons rencontré deux élèves du lycée Edouard Belin, à Vesoul, en Franche-Comté, des élèves de 15-16 ans en classe de seconde avec une option Arts Visuels, venus donc quelques jours à Cannes :

Romain : Pour nous des jeunes Vésuliens, venir à Cannes c’est extraordinaire, pouvoir monter les marches c’est exceptionnel, le truc le plus dur c’est de trouver les tickets pour ces séances de gala le soir.

Océanne : Monter les marches c’était un rêve, on en a profité à fond et quand on était assis dans la grande salle, on avait encore du mal à réaliser. On a vu le Pixar Vice-Versa, et on a bien rigolé, il était vraiment bien. On était placé en Corbeille, et on pouvait voir les acteurs. C’est une chance extraordinaire de pouvoir monter les marches parce quand on ne voyait ça qu'à la télé. On se dit qu’on aimerait bien y être, et nous on a réussi à le faire. C’est un cadeau de découvrir le Festival de Cannes

Romain : Monter sur les marches en se disant que des stars sont passées par là, les télévisions partout, on n’en revient pas. On voit tous les flashs qui se projettent sur nous... Notre lycée de Vesoul organise ça depuis sept ans, on aimerait bien revenir pour se dire qu’on a monté les marches plusieurs fois dans notre vie.

Océanne : On a vu le film Marina (qui avait eu le Magritte du Meilleur film flamand) qui nous a vraiment beaucoup touchés; c’est à propos d’une histoire vraie, alors ça apporte encore plus d’émotion. Tout le monde l’a aimé dans notre groupe, on a mis 9 sur 10 de moyenne. On est deux groupes, certains voient deux films par jour et les plus de 16 ans en voient 3.

Romain : On est là trois jours, c’est court, mais on voit tellement de choses... Dans la journée après deux films, on a aussi été à la plage et on s’est même baignés. À Vesoul, il fait un peu frais, ça change. D’habitude on est habillé normalement, en jean-basket. Mais ici avec le costume on est classe.

Oceane : Pour monter il faut porter la belle robe, c’est obligatoire. Nous aussi, on est habillés comme les stars, en fait comme tout le monde est comme ça le soir, c'est très chic. On a eu la chance vite fait de croiser Norman, c’était cool..

Un Français, le film de Diastème, entre menaces, peur et censure cachée

Posté par vincy, le 26 mai 2015

Il y a des sujets qui continuent de fâcher. La liberté d'expression, on l'a vu en début d'année, peut-être meurtrière. La liberté de création continue de déranger. Par exemple, le Maroc a décidé d'interdire la projection du dernier film de Nabil Ayouch, Much loved, présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes: pour le gouvernement du Royaume, il comporte un « outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine ». Ce film traite du problème de la prostitution au Maroc à travers le portrait de plusieurs femmes. La diffusion d'extraits a entraîné de vives réactions à l’encontre du réalisateur marocain et de son actrice principal, Loubna Abidar.

C'était hier. C'était au Maroc.

En France, hormis quelques films critiquant les religions, qui ont subit une censure avant tout économique (refus des exploitants), on ne pouvait pas penser, croire, qu'un film puisse faire peur. Pourtant on a eu des exemples récents avec Timbuktu (lire notre article du 16 janvier), Au nom du fils (lire notre article du 22 avril 2014), sans oublier les affiches de L'inconnu du lac (lire notre article du 10 juin 2013). Et pourtant c'est bien le cas.

Hier, en France, le réalisateur, dramaturge, scénariste et écrivain Diastème a reçu un coup de batte de baseball sur le crâne. Son dernier film, Un Français, qui doit sortir le 10 juin prochain, suscite trop de réactions violentes, semble-t-il.

"Ils ont peur"

Sur son blog, Diastème écrit que le distributeur [Mars films] vient d'annoncer à sa coproductrice "que les 50 avant-premières du film qui devaient avoir lieu dans 50 villes de France le mardi 2 juin sont annulées. Certains exploitants ne veulent pas le film, lui a-t-on dit, ils ont peur. — Peur de quoi ? je lui demande. — Je ne sais pas, elle répond. — Les 50 !? — Ben faut croire…"

"Comme si cela ne suffisait pas, elle m’annonce également que les « plus de 100 salles » prévues par Mars pour la sortie du film se transforment en « moins de 50, et encore, pas sûr… »" ajoute-t-il.

Dans son blog, Diastème raconte qu'un exploitant l'invite à la date qui l'arrange pour présenter son film et en débattre. Mais il n'oublie pas que "deux exploitants, de Toulon et de Lille, quoi qu’aimant beaucoup [son] film, avaient « peur » de le prendre."

De deux craintifs on passe donc à cinquante couards, en une semaine. Diastème entame donc un marathon médiatique: message Facebook aux amis, texte sur son blog, communiqués aux journalistes, passage au Grand Journal. Il explique son film, justifie le titre, mais reste stupéfait que des exploitants refusent un film par "peur". Syndrome Dernière tentation du Christ?

Un film nécessaire

En passant de 100 à 50 ou 60 copies, le film a peu de chances d'être rentable. "Le film est quasiment mort-né, il ne fera pas d’entrées dans les salles, alors qu’on n’arrête pas de me dire, depuis que les premières projections ont eu lieu, que c’est un film « important », un film « nécessaire », un film « que les gens doivent aller voir », « surtout ici et maintenant », un film avec « un sujet que personne n’a jamais traité », un film avec une « actualité » et un « engagement » – grandes valeurs cinématographiques ne dit-on pas depuis hier soir ?"

Jusqu'au dernier moment, il avait été pressenti pour être sélectionné à Cannes. Il aurait été intéressant, en contrepoint à la vision Fox News du Audiard, d'avoir un film comme celui de Diastème, à la Quinzaine par exemple, où il avait toute sa place.

Un film de paix sur un repenti

"J’ai raconté l’histoire d’un homme qui se débarrasse de la violence et de la haine en lui. C’est un film de paix. Un film de cinéma. Et ce que je reçois, depuis quelques semaines, n’est que violence et haine, guerre, et ce n’est pas du cinéma…" C'est un film anti-FN, certes, mais c'est avant tout le parcours sur près de trois décennies et des poussières de Marco, qui cogne les Arabes et colle les affiches de l'extrême droite. Mais, malgré lui, toute cette haine va l'abandonner. Il va devoir se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu'on a en soi. C'est le destin d'un salaud qui va tenter de devenir quelqu'un de bien.

Et donc ce pitch fait peur. Mais pas seulement, le film a été interdit aux moins de 12 ans. Cette censure a forcément un impact économique et limite le nombre de salles. Pourquoi un tel film subit une telle censure? Parce qu'il fait le lien entre les deux France, "celles qui se crachent à la gueule, “Travail Famille Patrie” d’un côté, “Liberté Égalité Fraternité” de l’autre." Dérangeant, vraiment?

Diastème rappelle que "c’est un film de fiction, avec des personnages fictifs, c’est un film de cinéma, pas un film de skinheads – le côté “skinheads”, ce ne sont que les 25 premières minutes, et le film fait 1h40, se déroule sur vingt-huit ans ; non, ça n’a rien à voir avec American History X, mais alors rien du tout, le contraire, à la limite Alan Clarke, Shane Meadows – mais personne ne connait Alan Clarke, Shane Meadows."

Une campagne de haine

Mars, le distributeur de film, vient d'envoyer un communiqué de presse, et confirme le climat agressif autour du film: "Depuis plusieurs semaines, le film de Diastème, Un Français, fait l'objet, sur les réseaux sociaux, d'une spectaculaire campagne de haine attisée par des commentaires violents, agressifs, menaçants autour de sa bande-annonce." Selon Mars, le film n'a pas été déprogrammé avant sa sortie et aucune avant-première n'a été annulée.

Pour le distributeur, la sortie prévue initialement sur une centaine de copies (un minimum aujourd'hui pour exister) a été ramené à 60 "afin d'optimiser au mieux chaque copie et de valoriser chaque salle diffusant le film."

Mars explique également que les cinémas contactés pour organiser des avant-premières et débats "n'ont pas donné suite à cette proposition". La raison officielle: complexité de mettre en place un événement aussi particulier, nécessitant des précautions (sécurité etc...)". Donc il y a bien une peu diffuse ...

Et en effet, le distributeur ne dément pas le climat créé autour du film par "certaines personnes aussi anonymes que mal intentionnées".

Une société menacée

Remerciant les nombreux exploitants courageux qui soutiennent Un Français, Mars persiste à vendre le film comme une oeuvre "nécessaire dans toute son authenticité". "Que cette chronique d'un extrémiste repenti puisse donner des boutons à certains qui y voient un signe de lâcheté en dit long sur les menaces pesant sur notre société." On ne dirait pas mieux.

"La diffusion de ce film constitue un acte militant fort dans la simple liberté de l'expression artistique et citoyenne".

Alors, n'y aura-t-il que seulement soixante salles qui défende cette liberté d'expression et qui auront le courage de diffuser Un Français?

Cannes 2015 – L’instant (pas) glam’: Le flop 10 du Tapis rouge

Posté par cynthia, le 26 mai 2015

Parce que Cannes ce n'est pas que du glamour et des paillettes, même si les Top Models et starlettes de télé ont de nouveau conquis le tapis rouge, écrasant souvent de leur notoriété éphémère les comédiens et comédiennes, faisons un retour sur dix moments gênants ou surprenants de cette 68e édition.

10. Rhabille-moi si tu peux

Les aléas du direct sont souvent des sacrés moments gênants, Julianne Moore et Charlize Theron en ont fait les frais. Magnifique autant l'une que l'autre, les deux actrices oscarisées (Monster pour Charlize, Still Alice pour Julianne) ont eu des problèmes de robe, aux pieds des marches cannoises. Elles ont dû se faire ajuster les tissus devant la caméra. Dommage: elles n'ont pas demandé notre aide!

9. Accrocs et faux pas

Durant ce festival nous en avons eu des fashion faux pas. Tiens tiens, on va jouer nos Cristina Cordula... hum hum (raclement la gorge):  Florence (Foresti), ma chérie mais non! plus jamais la robe volet badminton; non, non, tu as cru que tu étais Marion (Cotillard) ou quoi? Marion justement tu as été manifiak pour le Petit prince, sauf les cheveux: tu as mis trop de gel, ça faisait Fabien Barthez de loin, ça va pas! Laurent (Laffite) non mais la moustache à la façon bûcheron, tu oublies tout de suite, tu n'est pas Vincent Lindon! Xavier (Dolan), mais c'est quoi ce costume avec des croix? Ce n'est plus à la mode tout ça. C'est ton blondinet californien qui t'influence? Ou alors c'est en voyant Miss Koka au Vertigo? Vincent (Macdoom), ma chérie, mais qu'est-ce qui s'est passé avec ta robe? Tu a rencontré un broyeur ma parole! Et toi Sienna (Miller), dernier jour de compét' et tu arrives avec le rideau de cuisine de ta mère!

8. L'amour donne des ailes

Moment gênant certes mais surtout cute: Charlize Theron cherchant son Sean Penn sur le tapis rouge avant de remarquer qu'il était juste derrière elle. L'actrice avait monté toutes les marches sans son homme et a donc fait demi-tour à sa recherche avant de se rendre compte qu'il était en haut des marches à l'attendre (un ninja lorsqu'il se déplace le Sean). Toute gênée, la belle a trottiné à sa rencontre. Oh que c'est beau l'amour!

7. Pas aidée

Emma Stone (juste sublime) avait bien du mal à gravir les marches avec sa longue traîne de princesse. Morte de rire elle indique à son attachée de presse qu'elle n'arrivera jamais à monter les marches. Cette dernière lui répond d'un geste brusque qu'elle va les monter toutes seules ces foutues marches. Pauvre Emma, si mignonne et naturelle.

6. Sobre

Vincent Rottiers, venu présenté Dheepan (Palme d'or 2015), a répondu aux questions des journalistes d'une façon un peu spéciale. D'une manière simple, directe et très familière au point de déstabiliser la journaliste (c'est elle le flop). Mais, cette fois-ci, il n'était pas ivre (quelques jours avant Cannes, il avait fait un peu parler de lui suite à une soirée très arrosée).

5. Talons or not?

La polémique des talons a fait beaucoup de bruit sur la Croisette cette année. De nombreuses invitées se sont plaintes d'avoir été jetées comme des espadrilles après l'été parce qu'elles ne portaient pas de "hauts" talons. Thierry Frémaux a vite démenti la chose sur son compte Twitter. Il n'empêche que rares sont celles qui sont venues à plat au festival cette année. Coïncidence? Ou juste l'idée de savoir garder de la hauteur?

4. Tapis Jam

De nombreux embouteillages sont survenus sur le tapis rouge cette année, la faute aux selfies (interdits pourtant). Le plus gros a été crée par le clan Jackson. Le père se prenait en photo toutes les cinq minutes, ce qui a provoqué un bouchon digne d'un wagon du métro de la ligne 13. Il faut dire que le best-seller de l'année, c'était la perche à selfie. Faute de pluie, les vendeurs de rue n'avaient pas besoin de fournir des parapluie: la perche à selfie a compensé le manque.

3. Les malheurs de Sophie

Sophie Marceau a une nouvelle fois alimenté la polémique, liée à ses choix vestimentaires. En effet, une certaine robe fendue jusqu'au nombril a laissé entrevoir sa culotte, ce qui a créé un véritable buzz (à croire qu'il n'y a pas plus dingue sur la croisette). La belle a essayé de se rattraper tant bien que mal avec un pantalon ou en montant les marches une main au niveau de l'entre jambes. En tout cas, grâce à elle, les rédactions parisiennes étaient aux anges. C'est vrai ça: rien à faire d'un film hongrois ou d'un casting chinois: pour le clic rien ne vaut les gaffes de Sophie.

2. Media crash

Les journalistes présents sur les marches cette année n'ont pas franchement été au summum de la perfection (un peu comme les tenues des stars). Confondre Zoé Saldana avec le mannequin Liya Kebede, ne pas savoir le titre du dernier film d'Angelina Jolie dont Jack O'Connell est la vedette ou encore se couper la parole entre eux, les journalistes Canal était plutôt moins que plus. Côté humour, on leur conseille un stage au Jamel Comedy Club. Et côté culture, un peu plus de temps dans les salles de cinéma que dans les fêtes de plage.

1. Le gros rateau

Il y a pas mal de nuages ce jour-là sur la Croisette, le vent était faible mais le soleil n'était pas présent. Didier Allouch, journaliste talentueux et si sympathique, a goûté au vent made in USA. Il a profité du fait que Charlize Theron se fasse rhabiller (lire point 10) pour lui poser une question, mais cette dernière ne lui a même pas décroché un regard. Pire encore lorsqu'il s'est tourné vers son compagnon Sean Penn, le journaliste n'a récolté qu'un regard emplit d'indifférence et de noirceur (dont seul Penn a le secret). Gros moment de solitude donc sur le tapis rouge. On a eu froid pour lui et on lui aurait bien offert notre veste. Enfin, ce n'est pas pire qu'aux Oscars où les stars américaines ne veulent jamais répondre aux micros tendus par Canal +.

Le Fils de Saul: 4 prix à Cannes et l’adoubement de Claude Lanzmann

Posté par vincy, le 26 mai 2015

le fils de saul

Le distributeur Ad Vitam est l'un des grands vainqueurs du 68e Festival de Cannes avec deux prix pour Paulina (Grand prix Nespresso de la Semaine de la Critique, Prix FIPRESCI des sections parallèles), deux prix pour The Assassin (Prix de la mise en scène, prix Cannes Soundtrack), un prix pour Mustang (Label Europa Cinema). Et, record du Festival, 4 prix pour Le fils de Saul, premier film de Laszlo Nemes: Grand prix du jury, Prix FIPRESCI de la compétition, Prix François Chalais et Prix Vulvain de la CST pour le son.

Prévu dans les salles françaises pour novembre prochain, Le fils de Saul, produit par Films distribution, et déjà acquis pour les Etats-Unis par Sony Pictures Classics qui veut en faire un oscarisable, aurait pu être sujet à polémique. Mais Cannes, encore plus cette année, n'avait pas goût à la polémique. Deux films hués en projection presse et aucune passion, même pour le sulfureux Love de Gaspar Noé. Désormais tout est évacué en un tweet souvent excessif à la sortie de la salle. Au milieu de cette apathie, on aurait pu s'attendre à des débats de fonds, des échanges argumentés virulents autour de quelques oeuvres comme Dheepan ou Le fils de Saul, ne serait-ce que par leur sujet.

35mm argentique

En d'autres temps, Le Fils de Saul aurait fait s'écharper les festivaliers autour de son histoire: en octobre 44, à Auschwitz-Birkenau, Saul Ausländer, membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolés du reste du camp, devant aidé les nazis dans leur plan d'extermination, au sein même des crématoriums et des chambres à gaz, sait qu'il n'a pas d'autre choix que de s'évader: sinon, il sera, comme ses camarades, exécutés. Le procédé cinématographique est puissant: Saul est quasiment de tous les plans, au premier plan même. On devine les atrocités de cette industrie à la chaîne de la mort, mais l'image est constamment floue en arrière plan. On voit sans voir. Laszlo Nemes ne voulait pas que son film soit beau, ni séduisant, ni un film d'horreur. Saul devait être notre unique lien, à nous spectateurs: il ne fallait pas dépasser ses capacités de vision, d'écoute et de présence. "Nous avons voulu utiliser la pellicule argentique 35 MM [dont il a fait l'éloge en recevant son Grand prix dimanche dernier] et un processus photochimique à toutes les étapes du film" explique-t-il pour justifier sa démarche. Il a utilisé un format restreint, un objectif de 40 mm, plutôt que le scope.

Les rouleaux d'Auschwitz

"Je ne voulais pas montrer l'horreur de face, ne surtout pas reconstituer l'épouvante en entrant dans une chambre à gaz tandis que les gens y meurent". Ce qui n'empêche pas Saul, et nous avec, d'y rentrer pour débarrasser les corps, nettoyer, effacer les traces. Laszlo Nemes a eu l'idée du Fils de Saul, lors du tournage de L'Homme de Londres, de Bela Tarr, dont il était l'assistant réalisateur. A l'occasion d'une semaine "off", il achète un livre, Des voix sous la cendre, édité par le Mémorial de la Shoah (disponible en France au Livre de poche). Plus connu sous le nom des "rouleaux d'Auschwitz", ce recueil de textes écrits par des Sonderkommando, retrouvés enterrés et cachés, décrivent le quotidien et l'organisation du camp, les règles de fonctionnement et les tentatives de résistance.

Pour Lanzmann, Nemes a inventé quelque chose

En commençant à travailler sur son scénario, avec Clara Royer, il a lu d'autres témoignages et a revu les séquences sur les Sonderkommando dans Shoah de Claude Lanzmann, oeuvre somme et référence. Lanzmann a souvent eu la parole très critique vis-à-vis des films qui s'attaquaient à l'Holocauste. A commencer par La Liste de Schindler de Steven Spielberg. Dans un entretien à Télérama, Lanzmann s'explique: "J'aime beaucoup Steven Spielberg et ses films mais quand il a réalisé La Liste de Schindler il n'a pas suffisamment réfléchi à ce qu'était le cinéma et la Shoah, et comment les combiner. Le Fils de Saul est l'anti-Liste de Schindler. Il ne montre pas la mort, mais la vie de ceux qui ont été obligés de conduire les leurs à la mort. De ceux qui devaient tuer 400 000 personnes en trois ou quatre mois."

Lanzmann refuse son image de juge-arbitre sur le cinéma et la Shoah: "Je ne suis pas un excommunicateur, ni un type qui condamne d'avance. On propose au festival de Cannes un film hongrois sur les commandos spéciaux d'Auschwitz, je n'ai aucune raison de ne pas le voir." Ne tarissant pas d'éloges sur le réalisateur du Fils de Saul, il affirme que "László Nemes a inventé quelque chose. Et a été assez habile pour ne pas essayer de représenter l'holocauste. Il savait qu'il ne le pouvait ni ne le devait. Ce n'est pas un film sur l'holocauste mais sur ce qu'était la vie dans les Sonderkommandos. (...) Ce que j'ai toujours voulu dire quand j'ai dit qu'il n'y avait pas de représentation possible de la Shoah, c'est qu'il n'est pas concevable de représenter la mort dans les chambres à gaz. Ici, ce n'est pas le cas."