2014 juin 12 » Le Blog d'Ecran Noir

10 raisons de ne pas louper le 3e Champs-Elysées Film Festival

Posté par MpM, le 12 juin 2014

champs élysées film festivalPour la 3e année consécutive,  les Champs-Elysées se transforment en Croisette certes dépourvue de plage, mais pas de paillettes ou de stars.

Le Champs-Elysées Film Festival investit en effet tous les cinémas de la plus belle avenue du monde pour une semaine au rythme du cinéma franco-américain.

Malgré le beau temps et le foot, ce serait franchement dommage de rater ça. La preuve par dix :

- Quatre invités d'honneur

Agnès Varda, Keanu Reeves, Whit Stillman et Mike Figgis seront à l'honneur pendant toute la semaine. On pourra ainsi revoir Sans toit, ni loi et plusieurs films tournés par Agnès Varda aux Etats-Unis. Keanu Reeves accompagnera le documentaire Side by side de Christopher Kenneally qu'il a produit. Whit Stilman sera là avec Metropolitan, Les derniers jours du disco et Damsels in distress. Enfin, une carte blanche est offerte à Mike Figgis.

- Deux présidents du festival

Jacqueline Bisset et Bertrand Tavernier ont accepté de présider cette 3e édition. L'actrice rencontrera le public à l'occasion de la projection de Riches et célèbres de George Cukor et le réalisateur animera une masterclass.

- La compétition américaine

Neuf longs métrages inédits sont en compétition pour le prix du public et le prix des blogueurs, parmi lesquels American promise de Joe Brewster et Michèle Stephenson (prix spécial du jury à Sundance en 2013) et Rich hill d'Andrew Droz Palermo et Tracy Droz Tragos (Grand prix du jury à Sundance en 2014).

- Les avant-premières hollywoodiennes

Ce sont en tout vingt films américains qui feront leur avant-première pendant le festival. On notera notamment la présence du nouveau Clint Eastwood (Jersey boys), avec Christopher Walken. Seront également présentés National gallery de Frédérick Wiseman, Nos pires voisins de Nicholas Stoller, Triple alliance de Nick Cassavetes, Under the skin de Jonathan Glazer et Anchorman 2 d'Adam McKay.

- Les avant-premières françaises

Le cinéma français n'est pas en reste avec quinze des films les plus attendus de l'été ! On a failli être amies de Anne Le Ny, Maestro de Léa Fazer, Hippocrate de Thomas Lilti, Du goudron et des plumes de Pascal Rabaté, Au fil d'Ariane de Robert Guédiguian, Résistance naturelle de Jonathan Nossiter, etc.

- Les courts métrages

L'autre compétition du Champs Elysées Film Festival, c'est celle des courts métrages français et américains qui seront eux-aussi soumis au prix du public. En tout quatre programmes, dont deux réuniront des films d'école prestigieuses (Columbia, la Fémis, les Gobelins...).

- La soirées des Toiles enchantées

Une soirée caritative est organisée au profit de l'association Les toiles enchantées qui permet aux enfants hospitalisés ou handicapés de découvrir sur grand écran et au moment de leur sortie en salles des films grand public et populaires. Le film projeté à cette occasion sera Bon rétablissement de Jean Becker, avec Gérard lanvin et Jean-Pierre Darroussin.

- Les reprises

Le festival propose à la fois des classiques du cinéma français (La mort en direct, Playtime, Le jour se lève...) et du cinéma américain (Chaînes conjugales, La fièvre du samedi soir, Le jour le plus long...) en version restaurée.

- La soirée spéciale Vendredi 13

Une soirée sous le signe de l'horreur avec la première française de Kiss of the damned de Xan Cassavetes et la version restaurée du classique de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse.

- Les séances jeune public

Les plus jeunes aussi ont droit à leur festival avec l'avant-première prestigieuse de Dragons 2 et la reprise du Peau d'âne de Jacques Demy, suivi d'un karaoké géant.

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Champs-Elysées Film Festival
Du 11 au 17 juin 2014
Informations et programme sur le site de la manifestation

19 grands noms du cinéma européen se mobilisent pour un cinéaste Ukrainien

Posté par vincy, le 12 juin 2014

oleg sentsov19 réalisateurs, acteurs et producteurs européens ont signé hier, mercredi 11 juin, une lettre adressée au président russe Vladimir Poutine pour s'inquiéter du sort du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, détenu en Russie et soupçonné de projets terroristes en Crimée. Parmi eux, de nombreux grands noms du cinéma polonais, ce qui n'a rien d'étonnant puisque la Pologne est aux avant-postes géographique, politique et diplomatique dans la crise qui oppose la Russie et l'Ukraine.

"Selon les informations disponibles actuellement, le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov a été arrêté par les services secrets russes (FSB) dans sa maison de Simferopol le 11 mai et transporté à Moscou où il est détenu dans l'attente d'un procès", explique la lettre publiée sur le site de l'Académie européenne du film. Agustin et Pedro Almodovar, Stephen Daldry, Mike Downey, Agnieszka Holland, Aki Kaurismäki, Mike Leigh, Ken Loach, Wojciech Marczewski, Rebecca O'Brien, Daniel Olbrychski, Antonio Saura, Volker Schlöndorff, Jerzy Stuhr, Béla Tarr, Bertrand Tavernier, Andrzej Wajda, Wim Wenders et Krzysztof Zanussi se disent "profondément inquiets" et ne peuvent "s'empêcher de se demander comment il va et ce que sera son avenir".

"A la lumière de ces faits, nous vous demandons respectueusement de vous assurer de la sécurité d'Oleg Sentsov, de révéler publiquement où il se trouve, de formuler une accusation précise à l'encontre du détenu ou de le libérer, d'engager une enquête complète, rapide et impartiale sur cette arrestation apparemment arbitraire faite par le FSB, afin que tous les responsables en répondent" expliquent-ils.

Le 30 mai, le FSB avait annoncé son intention d'inculper prochainement Oleg Sentsov et trois autres personnes pour "terrorisme", "organisation d'un groupe terroriste" et "trafic d'armes", qui sont passibles de  20 ans de prison.

Le FSB soupçonne ces quatre personnes d'appartenir à des groupuscules paramilitaires d'extrême droite et de projeter la destructions de lignes à haute-tension, d'un pont ferroviaire et d'un mémorial de la Deuxième guerre mondiale selon l'AFP.

Oleg Sentsov, 37 ans, était une figure du mouvement de la place Maïdan qui a contraint le président ukrainien Viktor Ianoukovitch à quitter le pouvoir. En 2012, Sentsov avait présenté son premier long métrage Gaamer au festival du film de Rotterdam et à celui de Sao Paulo. Le film, sorti en 2011 en Ukraine, raconte l'histoire d'un adolescent obsédé par les jeux vidéos.

Tout est faux : premier long métrage incisif cherche distributeur sincère

Posté par MpM, le 12 juin 2014

tout est fauxTout est faux est un premier long métrage fauché mais gonflé, qui capte avec une rare justesse la petite musique absurde d'une époque à bout de souffle. Son personnage principal se heurte partout à des discours vides de sens (le film a été tourné pendant la campagne pour l'élection présidentielle 2012 et est émaillé d'extraits de débats ou d'interventions télévisées), des expressions toutes faites, des mots creux. Lui-même est incapable d’articuler autre chose que des formules vagues : "oui", "non", "d'accord"... Comme si, plus la logorrhée absconse du monde l’envahissait, plus les sons s'étranglaient dans sa gorge.

Jean-Marie Villeuneuve, auteur de plusieurs courts métrages remarqués, dont The cream sélectionné au Festival Chéries, Chéris 2011, fait des films hors système depuis la fin des années 2000. "Pas par volonté", précise-t-il. "Sur certaines choses, oui, parce que c’est sympathique. Mais pour d’autres, j’aurais bien aimé avoir du financement. Il y a des scènes que je m’interdis de tourner parce que je ne peux pas les faire concrètement. Quand tu ne peux pas bloquer une rue, quand tu n’as pas les lumières pour transcender une scène… Ou alors sonoriser un lieu, avoir des figurants… Ca fait beaucoup de scènes dont on se prive, au final."

Un film bourré d'énergie pour un budget de 2000 euros

Ce n’est pourtant pas faute d’écumer les commissions d’aide, de contacter des producteurs et de remuer ciel et terre pour présenter ses scénarios. Le réalisateur peut probablement divertir ses interlocuteurs pendant toute une soirée avec les réponses (surréalistes) qu’il lui est arrivé d’obtenir. De quoi relancer le débat sur la frilosité d’un système français qui refuse de sortir de sa zone de confort. Quoi qu’il en soit, devoir toujours se battre pour imposer ses idées finit par être non seulement usant, mais surtout sclérosant. Beaucoup abandonnent. Jean-Marie Villeneuve, lui, a eu envie de tenter l’expérience du long métrage envers et contre tout.

C’est ainsi qu’est né Tout est faux, tout est fauxauto-financé avec un budget de deux mille euros qui ont principalement servi à restaurer l’équipe (à défaut de les rémunérer) et payer les lumières pour une séquence en boîte de nuit, la steadycam pour les scènes en forêt et le mixage du son. A mille lieux des clichés sur un cinéma amateur forcément bancal, et plutôt dans la lignée des œuvres auto-produites acclamées ces dernières années (Donoma, Rengaine…), le résultat est un film bourré d’énergie, ambivalent et complexe, sorte d’allégorie elliptique et parfois hallucinée de notre incapacité à prendre la parole pour dénoncer l’indécence et le cynisme, ou au contraire défendre ce qui mérite de l’être.

Un long métrage à la fois haletant (à l’image du premier long plan séquence tourné dans la rue, la caméra vissée sur la nuque du personnage principal) et cocasse, drôle et désenchanté. Si l’on s’identifie au personnage central, coincé dans un travail dépourvu de sens, désespérément solitaire au milieu d’individus agressifs ou tout simplement indifférents, privé d’une parole salvatrice ou au moins cathartique, il y a de quoi être sonné. Mais pour autant, Tout est faux raconte aussi la douceur. Celle des mondes intérieurs où il fait bon se réfugier, celle des rencontres, peut-être fugaces, peut-être fantasmées, mais plus réelles que la plupart des échanges machinaux que l’on égrène chaque jour.

Révélation d'un cinéaste

tout est fauxBien sûr, il y a des maladresses, surtout techniques (vous avez essayé de tourner un long métrage ambitieux sans moyens, vous ?), et des partis-pris qui peuvent surprendre, à l’instar du jeu complètement décalé des deux actrices qui semblent comme vues à travers une loupe déformante… mais n’est-il pas facile de faire abstraction de tout cela pour reconnaître du cinéma quand on en voit ? De comprendre instinctivement que l’on a en face de soi un cinéaste à part entière, avec son univers, son style et son ton bien à lui ?

Jusqu’à présent, le déclic se fait un peu attendre. Tout est faux est sélectionné au festival « Les saisons parisiennes » et sera projeté à Saint-Pétersbourg et à Londres. Il est également soutenu par le cinéma parisien St André des arts qui le proposera à partir du 17 septembre dans le cadre de ses "découvertes". Toutefois, aucune sortie "officielle" n’est encore prévue.

C’est vrai, le film ne battra jamais des records de fréquentation, et sans doute ne plaira-t-il pas à tout le monde, en dépit de son propos parfaitement universel. Mais qu’à notre époque, il n’existe pas de producteur assez visionnaire ou de distributeur assez courageux pour lui donner au moins une chance d’exister en salles, ou pour offrir à son réalisateur un passeport pour un 2e film, réalisé cette fois à l’intérieur des circuits traditionnels, est à la fois incompréhensible et tristement symptomatique d'une époque où l'industrie a pris le pas sur l'artistique. Depuis quand n’y a-t-il plus de place, sur les écrans, pour ceux qui aiment et font le cinéma ?

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Tout est faux de Jean-Marie Villeneuve, au St André des Arts à partir du 17 septembre

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