2014 mai » Le Blog d'Ecran Noir

Cannes 2014 : le discours de Xavier Dolan, Palme du coeur

Posté par vincy, le 31 mai 2014

xavier dolan prix cannes 2014Il restera dans les mémoires de festivalier cannois ce discours. Xavier Dolan, à fleur de peau, proche des larmes, l'émotion palpable, a volé la vedette à tous les primés samedi dernier. Prix du jury ex-aequo avec Godard, le benjamin de la compétition du 67e festival de Cannes a livré un discours parfait, touchant, sincère... et viral : la Toile s'est enflammée. Mommy a largement battu Winter Sleep côté twitter. La Palme du coeur plutôt que la Palme d'or.

Voici le "speech" du jeune québécois.

"Je suis désolé je suis très nerveux et ému, donc je vais dire ceci au mieux de ma capacité. L'émotion qui me gagne en contemplant cette salle mythique est bouleversante. Je suis éperdu de gratitude devant la reconnaissance de votre jury, la quantité d’amour aussi qu’on a reçu au cours de la dernière semaine me fait réaliser que c'est vrai : on fait ce métier pour aimer et être aimé en retour. C’est la revanche de nos amours imaginaires. Je vais aller très rapidement. Je voudrais remercier Nancy Grant, ma productrice, Patrick Roy, les Karmitz, les gens chez Diaphana, tout le monde chez E One.
Quel bonheur de travailler avec vous, de me sentir compris malgré mes défauts et mes doutes.

Merci à Thierry Frémaux d’avoir cru en mes films, et surtout d'avoir cru en moi de m'avoir porté de m'avoir confronté, de m'avoir protégé. Merci à Christian Jeune pour son amitié et sa complicité.

Merci à Anne Dorval, à Suzanne Clément, et Antoine-Olivier Pilon, vous êtes des acteurs, mais surtout des créateurs, je vous admire je vous aime.

Je voudrais remercier ma famille mes amis pour leur écoute leur amour. Je suis sûr que j'oublie tellement d'alliés. Je veux profiter de cette tribune pour m’adresser à ma génération et à Jane Campion. En anglais. Le français c'est ma langue première, la plus belle langue au monde pour moi, c'est vrai. Mais je veux que tout le monde m’entende.

Tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais.

D'aussi loin que je me souvienne, La leçon de piano est le premier film que j’ai pu voir quand j'ai demandé à ma belle-mère "Quel film puis-je voir ?". Elle m'a dit La Leçon de piano. C'est un film qui a défini ma vie, ma carrière. Peu de films m'ont autant déterminé que La leçon de piano. Et me retrouvez face à vous, sur une scène... Vous avez écrit des rôles pour des femmes magnifiques, avec de la volonté et une âme... Je n'ai pas terminé...  Des femmes avec une âme, de la volonté et de la force. Pas des victimes, pas des objets. Et je serai très bref. Il me reste quelques noms.

Une note pour les gens de mon âge, les jeunes de ma génération. Ce sont les notes des dernières années dans ce monde de fous. Malgré les gens qui s'attachent à leurs gouts et n'aiment pas ce que vous faites, mais restez fidèles à ce que vous êtes.

Accrochons nous à nos rêves, car nous pouvons changer le monde par nos rêves, nous pouvons faire rire les gens, les faire pleurer. Nous pouvons changer leurs idées, leurs esprits. Et en changeant leurs esprits nous pouvons changer le monde.

Ce ne sont pas que les hommes politiques et les scientifiques qui peuvent changer le monde, mais aussi les artistes. Ils le font depuis toujours. Il n'y a pas de limite à notre ambition à part celles que nous nous donnons et celles que les autres nous donnent. En bref, je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais. Et puisse ce prix en être la preuve la plus rayonnante".

Le discours en vidéo

Karlheinz Böhm (1928-2014), l’acteur de Sissi devenu humanitariste

Posté par vincy, le 30 mai 2014

karlheinz bohmL'acteur autrichien Karlheinz Böhm est décédé à Salzbourg des suites d'une longue maladie jeudi 29 mai à l'âge de 86 ans, selon son ONG "Menschen für Menschen".

Böhm est mondialement connu pour avoir été le partenaire de Romy Schneider dans la trilogie Sissi (1955-1957), où il incarnait l'Empereur François-Joseph d'Autriche. Schneider l'appelait Oncle Karl sur le tournage alors qu'il n'avait que dix ans d'écart.

Né en 1928 dans la ville allemande de Darmstadt d'une mère chanteuse d'opéra et d'un père chef d'orchestre mondialement connu, Karlheinz Böhm est d'abord un acteur réputé pour ses « Heimatfilme », films sirupeux et sentimentaux, où il joue les gendres parfaits, séduisants, élégants et courtois.

Tournant simultanément pour les télévisions allemandes et autrichiennes et dans des coproductions internationales, on le voit aussi aux côtés d'Anouk Aimée dans Nina (1956), Rififi à Tokyo de Jacques Deray (1963), Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse de Vincente Minelli, avec Glenn Ford (1962). Mais c'est avec Le voyeur (Peeping Tom), de Michael Powell (1960), qu'il change réellement de registre. Dans ce "snuff-movie", il y est un jeune homme énigmatique et solitaire, passionné d'image jusqu'à l'obsession.

Dans les années 70, il entre dans l'univers de Rainer Werner Fassbinder avec Effi Briest (1974). L'année suivante, il enchaîne avec Le droit du plus fort et Maman Küsters s'en va au ciel, qui sera son dernier long métrage de cinéma.

Suite à un voyage dans les années 1970 en Afrique qui l'a marqué, Karlheinz Böhm créé l'association "Menschen für Menschen" en 1981. Il avait lancé sa campagne dans une émission populaire du petit écran en interpellant le public : "Je parie qu'il n'y a pas un tiers des téléspectateurs qui feraient don d'un Schilling, d'un Deutsch Mark ou d'un Franc suisse pour venir en aide aux populations du Sahel". Il récolte 1,2 million de Deutsch Mark puis quitte le monde du cinéma et de la télévision, abandonnant son métier d'acteur, en 1983 pour se consacrer à son association, qu'il dirige jusqu'en 2011.

Il se définissait comme citoyen du monde, avait été fait citoyen d'honneur par l'Ethiopie. Grand chevalier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne en 2001, Prix Balzan pour l'humanité, paix et fraternité entre les peuples en 2007, Böhm a connu 4 mariages, dont il a eu 7 enfants, dont Sissi, l'aînée de la fratrie, née en 1955.

Amour sur place ou à emporter: les contraires s’attirent

Posté par cynthia, le 30 mai 2014

"T'es pas fragile toi t'es une berbère des montagnes!"

Adapté d'une pièce de théâtre à succès qui se joue depuis quatre ans, Amour sur place et à emporter réussit sa transposition sur le grand écran. Le synopsis a l'air vu et revu, et pourtant ça fonctionne. Une love story parisienne touchante mais plus compliquée que banale, puisqu'elle est arabe et lui noir. Beaucoup de clichés sont présents (peut-être trop). Mais le choc des cultures et les stéréotypes de la société qui jouent sur leur relation, par exemple, ressortent avec férocité pour mieux dénoncer les amalgames présents chez l'être humain.

Si vous avez vu la pièce, vous ne nagerez pas en eau inconnue car vous retrouverez les deux protagonistes sortis du Jamel Comedy Club, Amelle Chahbi et Noom Diawara. Cette fois, ils ne sont pas seuls à nous faire rire (aux éclats): il y a aussi leurs familles, leurs amis. Mention spéciale malgré tout à Amelle Chahbi, qui est aussi la coréalisatrice de la comédie aux côtés de Tristan Aurouet. Elle renvoie sans problème cette image du couple qui peut s'aimer malgré les différences, maîtrise à la perfection ce sujet et sait comme personne briser les clichés en passant par la moqueries de ces derniers. En tant que comédienne, elle est une révélation qu'on devrait vite revoir sur le grand écran.

De son côté, Noom Diawara, l'un des gendres du phénoménal hit Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? (c'est le dernier arrivant dans la famille) devrait lui aussi recevoir de nombreux scénarios. Loin du jeu théâtral qui l'a fait connaître, il s'avère parfait pour donner un peu de fraîcheur dans la comédie française.

Bien sûr cet humour générationnel, ses blagues tendance ne suffisent pas à combler quelques relâchements, à donner plus de consistance qu'à la pièce. Car, c'est le principal problème du film : un manque de rythme. C'est d'autant plus cruel qu'il s'agit quand même d'une comédie romantique, construite comme une sitcom, avec des punch-lines de stand-up.

Pour le reste, Amour sur place ou à emporter a sensiblement la même approche que le bon Dieu. Les deux films font passer le même message d'amour et de tolérance, tente une fois de plus de montrer que le "vivre ensemble" n'est pas qu'une utopie et que l'intégration n'est pas un mythe. Par les temps qui court, ce genre de message n'est pas inutile.

15 400 photos de Stanley Kubrick en ligne

Posté par vincy, le 29 mai 2014

montgomery clift par stanley kubrick © sk film archives / museum city of new yorkLe SK Film Archives et le Museum of the City of New York ont mis en ligne, à disposition plus de 15 400 photos de Stanley Kubrick.

L'ensemble de l'oeuvre photographique de Stanley Kubrick, qui fut photographe avant de devenir le cinéaste légendaire que l'on connaît, propose des portraits de new-yorkais et des scènes de la vie quotidienne.

Avec son Graflex, acheté par son père pour son treizième anniversaire, il a photographié le monde qui l'entourait. A 16 ans, le magazine Look lui achète pour 25 dollars le cliché d’un vendeur de journaux, abattu de tristesse, alors que les titres annoncent la mort du président Franklin D. Roosevelt. En 1949, il réalise une série de 175 instantanés de Montgomery Clift, pas encore star mais déjà "sex-symbol". L'acteur de 28 ans apparaît au naturel, dans son appartement, les yeux fixant rarement l'objectif.

Car plus intéressant dans cette somme de clichés est bien l'évolution du regard de Kubrick, de plus en plus froid malgré le chaos qui cerne toutes les situations, de moins en moins frontal avec des gens qui fuient l'appareil photo.
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Lire aussi : L'exposition Stanley Kubrick à la Cinémathèque française

Cannes 2014 : les favoris de la Fipresci

Posté par vincy, le 28 mai 2014

Le jury des critiques internationaux (Fipresci) présents au 67e Festival de Cannes a rendu son verdict vendredi dernier.

En compétition, la Palme d'or Sommeil d'hiver de Nuri Bilge Ceylan a été plébiscitée. À Un certain regard, c'est Jauja de Lisandro Alonso qui a séduit. Pour les sélections parallèles - Quinzaine des réalisateurs et Semaine de la critique - Les combattants de Thomas Cailley a remporté leurs suffrages.

De leur côté, les autres membres de la Fipresci présents à Cannes avaient la possibilité de noter les films tout au long du Festival. Si l'on regarde le tableau précis des votes on constate que les goûts des critiques "lambda" sont relativement proches de ceux des jurés. Avec 4,00 de moyenne, le film de Nuri Bilge Ceylan domine de peu Mommy de Xavier Dolan (3,94), Leviathan d'Andrey Zvyagintsev (3,79) et Mr. Turner de Mike Leigh (3,61). Trois films ont été rejetés avec une note inférieure à la moyenne : Captives d'Atom Egoyan (1,65), The Search de Michel Hazanavicius (1,88) et Saint Laurent de Bertrand Bonello (2,06).

Côté Un Certain Regard, la meilleure moyenne (4,40) revient en revanche à White God de Kornél Mundruczó, qui d'ailleurs à reçu le Prix du meilleur film dans cette sélection. Jauja, qui a empoché le prix de la Fipresci, n’atteint que 3,38. Trois autres films - Force majeure (Turist), Amour fou et Le sel de la terre - tutoyaient les scores du gagnant. C'est là toute la différence entre une distinction purement chiffrée et de vraies délibérations.

A noter malgré tout que le vainqueur des sélections parallèles remporte à la fois la meilleure note dans le tableau des critiques et le prix décerné par le jury Fipresci. Là encore, la profession se retrouve.

Toutefois, au-delà de ces constatations, on remarque surtout que les journalistes accrédités sont loin de voir tous les films, y compris en compétition. Un comble.

Leos Carax filme le Penseur de Rodin

Posté par vincy, le 27 mai 2014

La Galerie Gradiva de Thomas Bompard, qui est inaugurée aujourd'hui au 9 quai Voltaire à Paris, a invité Leos Carax pour son ouverture.
Ce nouveau lieu transversal qui présente des pièces majeures de la peinture, de la sculpture, des objets d’art, des livres anciens et des manuscrits, a demandé au réalisateur de Holy Motors de créer quelques minutes de cinéma autour de la sculpture Le Penseur de Rodin.

« Carax est le plus grand poète français vivant. Il ne se passe pas un soir où, en traversant la Seine par le pont du Carrousel, je ne pense pas aux plans magiques des Amants du Pont-Neuf. Je lui ai demandé de filmer le Penseur. Et il a pensé que c’était une bonne idée », raconte le galeriste.

Éclairé par Caroline Champetier, la directrice de la photographie de Holy Motors, ce court métrage, écrit et réalisé par Carax lui-même, sera projeté en avant-première le soir du vernissage, ce 27 mai, à la tombée de la nuit.
Il sera ensuite diffusé sur le site internet de la galerie et les réseaux sociaux.

Les dates de sortie des films en compétition du 67e Festival de Cannes

Posté par vincy, le 26 mai 2014

sommeil d'hiver winter sleep18 films en compétition au 67e Festival de Cannes. 4 sont actuellement dans les salles françaises. 2 n'ont pas trouvé leur créneau de sortie, et pas des moindres puisque ce sont deux des films préférés de la critique comme du public cannois. Mais a priori, d'ici la fin de l'année, hormis un film, les spectateurs pourront découvrir toute la compétition cannoise au cinéma. Sans oublier que de nombreux films parcourront des festivals de cinéma dans toute la France. (MàJ 3 juin 2014)

Déja en salles:

- The Homesman, de Tommy Lee Jones

- Maps to the stars, de David Cronenberg - prix d'interprétation féminine pour Julianne Moore

- Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne

- Adieu au langage, de Jean-Luc Godard (sortie nationale le 28 mai) - prix du jury

A venir :

- 2 juillet: Jimmy's Hall, de Ken Loach

- 13 août: Sommeil d'hiver, de Nuri Bilge Ceylan - Palme d'or

- 20 août: Sils Maria, de Olivier Assayas

- 17 septembre: Les nouveaux sauvages, de Damian Szifron et Still the water, de Naomi Kawase

- 24 septembre: Leviathan, de Andreï Zviaguintsev - prix du scénario

- 1er octobre: Saint Laurent, de Bertrand Bonello et Captives, d'Atom Egoyan

- 8 octobre: Les Merveilles, d'Alice Rohrwacher - Grand prix du jury

- 26 novembre: The Search, de Michel Hazanavicius

- novembre: Foxcatcher, de Bennett Miller - prix de la mise en scène

- 3 décembre: Mr. Turner, de Mike Leigh - prix d'interprétation masculine pour Timothy Spall

Date de sortie non connue:

- Timbuktu, d'Abderrahmane Sissako

- Mommy, de Xavier Dolan - prix du jury

Cannes 2014 : Lettre à… Gilles Jacob

Posté par MpM, le 25 mai 2014

Gilles JacobCher Gilles Jacob,

Voilà, c'est fini. Cette 67e édition du Festival de Cannes se referme (déjà) sur une multitude d'impressions, d'images et d'émotions. Nous avons vécu tant d'histoires pendant ces dix jours. Tant de destins, de coups du sort, d'émerveillement et de drames. De quoi nous accompagner longuement sur nos chemins respectifs.

Et que dire alors des presque 40 ans que vous avez passé dans l'organisation du Festival ? De ces milliers de films qui ont défilé devant vos yeux, des choix sensibles qu'il a fallu faire, des regrets, des amertumes et des immenses joies ?

Avec votre départ, c'est une page primordiale de l'histoire de Cannes qui se tourne. On ne dira jamais assez ce que le Festival vous doit : le Certain Regard, la caméra d'or, la Cinéfondation... et une certaine idée du cinéma mondial. Tout au long de cette 67e édition, notre série "les années Jajacobbi" est ainsi revenue sur ces cinéastes que vous avez révélés et qui nous ont depuis offert des énergies et des fulgurances inoubliables.

Pour nous tous, amoureux de Cannes et du cinéma (qui se confondent), votre départ va laisser un vide immense, incommensurable. La sensation que plus rien ne sera jamais pareil.

Heureusement, vous continuerez à veiller sur le festival de loin, et notamment à travers la Cinéfondation. On vous imagine riant sous cape en découvrant tous les hommages qui vous sont rendus et balayer joyeusement la nostalgie qui nous gagne déjà. Il vous reste plein d'idées, plein d'envies, plein de découvertes à faire et de choses à raconter. On attend désormais le nouveau volume de vos mémoires de Cannes. Et, qui sait, d'autres surprises.

Car comme vous l'avez si bien dit lors de la clôture de la section un Certain Regard, au sujet de cette sélection parallèle qui gagne chaque année en qualité : "on est là pour mettre en question, repousser les limites, inventer inlassablement." Soit ce qui devrait être le but de toute existence.

Aussi, de notre côté, comme vous nous avez exhortés à le faire, nous continuons notre route avec Cannes et avec le cinéma. Et ce faisant, notre vie de festivalier cannois, malgré votre éloignement, passera comme un rêve.

Cannes 2014 : Enfin la palme pour Nuri Bilge Ceylan !

Posté par MpM, le 24 mai 2014

ceylan palme d'or

Quel étrange palmarès ! Alors que depuis plusieurs jours, Mommy de Xavier Dolan était sur toutes les lèvres, c'est finalement le très long (et un peu ennuyeux) Sommeil d'hiver de Nuri Bilge Ceylan qui a reçu la Palme d'or. Probablement Xavier Dolan a-t-il été victime de son très jeune âge, qui l'a exclu d'office d'un grand prix pourtant mérité.

Au contraire, après deux Grands prix du jury (Uzak en 2003 et Il était une fois en Anatolie en 2011) et un prix de la mise en scène en 2008 (Les trois singes), Nuri Bilge Ceylan reçoit enfin la récompense suprême (à l'ancienneté ?). On ne l'avait jamais vu aussi souriant pour recevoir cette 2e palme d'or turque de l'histoire du festival des mains de Jane Campion. A l'annonce de son nom, on a même cru voir le réalisateur pousser un soupir de soulagement, comme s'il craignait de devoir repartir bredouille.

Sommeil d'hiver présente des qualités indéniables, notamment en termes de photographie et de mise en scène. Il livre également une observation aiguë des relations humaines et de leur complexité, surtout dans les rapports de classe ou entre les deux sexes. Une fresque foisonnante dans laquelle le spectateur peur se perdre avec délectation, et dans laquelle il trouvera de nombreux échos universels. En revanche, sa durée (3h16) et son aridité risquent d'en faire l'une des Palmes d'or les moins vues de ces dernières années. A noter également que c'est la deuxième année consécutive qu'un film de plus de 3h remporte la mise.

Plus surprenant, le Grand prix pour l'inconsistant Les merveilles d'Alice Rohrwacher, dont on se demande bien ce que les jurés ont pu lui trouver. Le film ne présente aucune qualité cinématographique particulière et n'aborde pas vraiment de sujet qui pourrait emporter l'adhésion par sa seule force. Pire, on peut y voir un hymne maladroit au protectionnisme et à l'autarcie.

Le reste du palmarès est en demi-teinte. Le prix de la meilleure mise en scène récompense très justement l'évocation inspirée et physique de ce qu'est la lutte, sport sensuel et chorégraphique par excellence, faite par Bennett Miller dans Foxcatcher. La manière dont le cinéaste filme les corps à corps, alliée à son sens du montage, a très justement séduit le jury, de même que sa très sensible direction d'acteurs.

En revanche, le prix du Scénario remit à Leviathan d'Andrei Zvyagintsev couronne plus le sujet du film (une critique très violente de la corruption des élites et de la toute puissance de l'état) que son scénario, cacophonique, où les tonalités sont parfois trop dissonantes pour rendre l’ensemble harmonieux.

Les prix d'interprétation sont logiquement allés aux favoris Timothy Spall, inspiré dans Mr Turner, et Julianne Moore, en roue libre dans Maps to the stars. Il faut reconnaître que les deux rôles semblaient avoir été écrits pour récolter ce genre de prix. On peut être déçu pour Gaspard Ulliel, qui campe un Yves Saint-Laurent plus vrai que nature, reste que Timothy Spall était méconnaissable et saisissant en peintre misanthrope et obsédé par son travail.

Enfin, le Prix du jury allie le doyen et le benjamin de la compétition, ce qui est une très belle image, comme une transmission de relais entre deux pans de l'histoire du cinéma. Les deux lauréats se retrouvent dans leur désir de remodeler les codes formels. Jean-Luc Godard (Adieu au langage) mêle le mashup et l'autofiction, avec une pointe de leçon inaugurale (ou testamentaire) et de recherche expérimentale. A ce titre, il était à 84 ans le plus novateur des cinéastes en compétition. Xavier Dolan, lui, joue avec le cadre et le format de l'image pour raconter une histoire bouleversante et inspirée. Il représente le plus gros regret du palmarès, tant on aurait aimé lui décerner la palme pour ce récit ténu et délicat d'une relation houleuse entre un fils et sa mère.

Mais au moins, Mommy figure au Palmarès, ce qui n'est pas le cas de trois des films que la rédaction d'Ecran Noir avait le plus apprécié. Still the water de Naomi Kawase, est une œuvre complexe et riche, poétique et bouleversante, qui propose un récit universel, compréhensible et atemporel. Une fable écologique limpide et simple qui place la nature au cœur des peurs et des désirs.

Autre grand oublié, le très engagé Timbuktu d'Abderrahmane Sissako, cri silencieux venu d’Afrique sur l’occupation de Tombouctou par des djihadistes. Avec ses idées de cinéma presque miraculeuses (notamment la partie de football sans ballon), le film est à la fois d'une grande poésie et d'une grande force d'évocation, ce qui est loin d'être le cas de la plupart des films primés.

Par ailleurs, Les nouveaux sauvages de Damien Szifron qui mêle un propos politique très fort (notamment sur la corruption et la violence intrinsèque à nos sociétés modernes), un humour dévastateur et un vrai sens de la mise en scène ressortait très clairement de la sélection. Malheureusement, à Cannes, les comédies ont rarement la cote. Comme si lorsque l'on parle du monde, ce qui est le point commun de tous les films primés, il fallait nécessairement le faire avec un certain sens du tragique, ou un sérieux compassé. Ainsi, le palmarès de cette 67e édition a beau essayer d'englober toutes les formes esthétiques et stylistiques, c'est malgré tout l'idée d'un cinéma profond, complexe et parfois hermétique qui l'a emporté.

L’instant Glam: Leila Hatami, Uma Thurman, Adrien Brody…

Posté par cynthia, le 24 mai 2014

Uma ThurmanOyé oyé cinéphiles! Cannes s'est terminé sous une pluie de glamour et d'émotions.

Les stars ont eu une dernière chance pour nous faire rêver avec leur prestance sur les marches. Qui a réussi? Qui peut aller se terrer dans une grotte pendant un an pour se faire oublier? Petit récapitulatif de ce qui s'est passé sur les marches de la cérémonie de clôture du 67eme festival de Cannes.

La tristesse régnait en maître sur le tapis rouge. Cannes, c'est fini, et on est triste comme Leila Hatami qui est arrivée en robe noire et la tête couverte d'un foulard noir lui-aussi. Elle était en deuil et elle le montre.

A l'opposé, Uma Thurman, encore une fois resplendissante dans une robe qui procure de la joie, du blanc cette fois. Elle illuminait le tapis rouge aux côtés de son meilleur ami Quentin Tarantino. La classe incarnée cette femme. On a vu aussi le journaliste Laurent Weil qui a essayé de monter les marches mais a dû faire demi-tour à cause du câble trop court de son cameraman. Zut, cher confrère, tu méritais ta montée, surtout que tu étais classe toi-aussi.

Ce qui n'était pas le cas de la compagne de Timothy Spall, qui est officiellement tombée dans un tube géant de peinture ou a été possédée par un arc-en-ciel. Son mari qui a reçu le prix d'interprétation masculin pour son rôle dans Mr Turner, a dû en avoir mal aux yeux tant sa robe dégageait de couleurs. Juste derrière, l'acteur anglais Adrien Brody, venu remettre un prix, était lui plus beau que jamais en costume noir et nœud de papillon.

Aperçu également sur les marches, Michael Madsen qui s'est prêté au jeu des questions/réponses. L'acteur fétiche de Quentin Tarantino a confié aux caméras de Canal + qu'à Cannes "tout le monde est beau!" Bon c'est sûr, il n'a pas lu ma chronique cannoise, celui-là. Doit-on faire un rappel des catastrophes vestimentaires du festival pour remettre en question ses propos ? Souvenez-vous des tétons joyeux de Julie Gayet, du costume sac poubelle de Mika, de la prestance légume de Robert Pattinson, du style Krusty le clown de Sylverster Stallone, du pyjama de Sharon Stone, sans oublier Nabilla et sa robe... non c'était un drap noir transparent qui laissait voir ses seins vraiment naturels.

D'ailleurs Nabilla sur les marches cette année, c'est incroyable, c'est comme si Kim Khardasian venait assister au Prix Nobel. La brune poupée gonflable représentait la marque d'un célèbre bijoutier présent à Cannes. Comme quoi Promotion canapé n'est pas qu'un film de Didier Kaminka sorti en 1990. Bien écarté Nabilla... euh je veux dire bien joué Nabilla (toutes mes excuses, mes mots ont dépassé ma pensée)!

En revanche, la fashion girl dont on se souviendra, en ce 67 e festival, est sans nul doute Blake Lively. Sublime du début à la fin, l'ex héroïne de la série Gossip girl rendrait lesbienne même Christine Boutin tant elle émane de beauté. Autre bombe atomique qu'on n'oubliera pas de sitôt, Ryan Gosling , bien-sûr, qui mériterait la palme d'or de l'orgasme visuel.

Du glamour, du ridicule, du what the fuck, le festival de Cannes est terminé et nous laisse un doux souvenir rétinien, de quoi fantasmer... pardon, patienter jusqu'à l'année prochaine.