2012 mai » Le Blog d'Ecran Noir

G.I. Joe : Conspiration, un report de 9 mois pour éviter un fiasco financier

Posté par vincy, le 31 mai 2012

On ne peut pas dire que c'était le film le plus attendu de l'été. G.I. Joe : Retaliation (G.I. Joe : Conspiration) devait sortir dans le tunnel embouteillé du week-end férié de l'Independance Day, le 29 juin.

En plein Festival de Cannes, la Paramount a annoncé que le film ne sortirait finalement que le 29 mars 2013 aux USA. 9 mois de retard! Pour la concurrence, c'est du pain béni. Le 29 juin, deux comédies, une comédie dramatique et un drame devaient rivaliser avec ce blockbuster d'action. Et dans cette catégorie, seuls deux films sont désormais en mesure de séduire les ados avides de testostérone, d'effets spéciaux et de combats : Prometheus (8 juin) et Abraham Lincoln : Vampire Hunter (22 juin). Si bien que The Amazing Spider-Man, prévu le 6 juillet, pourrait cartonner au delà des espérances de Sony si le public est à ce point sevré en "action-hero".

Mais pourquoi un tel report? A une époque où les dates de sortie sont "réservées" deux à trois ans à l'avance - c'est un peu comme un bébé à naître, sitôt connu la grossesse, on réserve la place en crèche - on pourrait même se satisfaire de voir qu'un film peut se libérer de cette pression calendaire.

Mais la prise de risque semble trop importante pour le studio. Le premier épisode avait été tout juste rentable avec un budget astronomique (175 millions de $ hors marketing) à peine compensé par ses 300 millions de $ de recettes dans le monde. Les critiques ont été exécrables. Et pourtant une suite a été lancée, certes moins coûteuse (125 millions de $).

Officiellement, le studio explique que la production a besoin de plus de temps pour convertir le film en 3D. Car finalement, le film sera proposé en 3D afin de gonfler les recettes. Mais Hollywood doute de  cette simple version des faits. On ne décale pas un film de cette ampleur, avec Bruce Willis, Dwayne Johnson et Channing Tatum, quand on a investit si lourdement dans une campagne marketing dès le Super-Bowl en février. Toutes les affiches étaient prêtes.

Certains avancent que le Spider-Man de Sony l'aurait tué dès son 2e week-end et qu'il était risqué de tout miser sur les premiers jours d'exploitation.

Paramount a donc décidé de transformer G.I. Joe 2 en film 3D, mais aussi de miser en priorité sur le marché international et, surtout, de donner davantage de présence à l'écran à Channing Tatum, plus bankable que les autres comédiens après les succès de Je te promets et 21 Jump Street. A l'origine, son personnage devait mourir dans la suite de G.I. Joe. Il pourrait finalement survivre. De nouvelles scènes sont en tournage.

Troisième blockbuster à être reporté

G.I. Joe : Conspiration n'est pas le seul film à être touché par ce genre de décisions. C'est le troisième report pour un blockbuster de Paramount. World War Z avec Brad Pitt, condamné à retourner de nombreuses scènes, a été décalé de décembre 2012 à juin 2013, et Hansel et Gretel, qui devait sortir en mars, sera finalement en salles en janvier prochain, voulant profiter de la notoriété croissante de sa star, Jeremy Renner (Avengers et le prochain film de la franchise Jason Bourne).

Le résultat de ce décalage va cependant toucher le studio de plein fouet. La Paramount est actuellement la plus petite "major" avec à peine 8% de parts de marché. Son plus gros succès cette année est la re-sortie de Titanic en 3D. The Dictator a été un flop. Et hormis Madagascar 3, il n'a plus aucune grosse sortie prévue cet été. Avant la fin de l'année, il ne pourra compter que sur un autre film d'animation de DreamWorks, un thriller avec Tom Cruise, le nouveau film de Zemeckis et le 4e Paranormal Activity pour se refaire une santé. Paramount en crise? Baisse des budgets, diminution notable du nombre de films produits : le studio apparaît de plus en plus comme fragile. Malgré Transformers, Star Trek et Mission Impossible, la major compte peu de franchises à gros potentiel. Aussi G.I. Joe est vu comme un enjeu stratégique à long terme. Si le deuxième épisode séduit plus largement que le premier, le pari sera gagné.

Cependant l'inquiétude plane sur Hollywood et n'incite pas à l'optimisme. Quand Avengers (dont Paramount touche 8% des recettes) et Hunger Games atteignent des scores stratosphériques, La colère des Titans (301 millions de $ dans le monde), John Carter (282 millions de $), Battleship (281 millions de $), Dark Shadows (172 millions de $) et Ghost Rider 2 (133 millions de $) sont loin d'avoir couverts leurs dépenses. Dans certains cas, ce sont même de lourds fiascos financiers. Ils ont respectivement coûté 150 millions de $, 250 millions de $, 210 millions de $, 150 millions de $ et 60 millions de $ (hors frais marketing et promotionnels). Pas de quoi imaginer des suites quand on perd de l'argent. A cela s'ajoute l'incertitude de Men In Black III, film plus cher que prévu initialement et dont une grosse partie des recettes est ponctionnée par les pourcentages alloués à ses deux stars.

Un four de G.I. Joe : Conspiration entraînerait plusieurs conséquences financières pour le studio, et notamment la perte ou la diminution nette des bonus touchés par les cadres dirigeants. Le décalage de G.I. Joe est aussi une affaire de gros sous. En évitant les pertes éventuelles liées à cette sortie en 2012, Paramount va pouvoir afficher des résultats financiers plutôt bons pour l'exercice fiscal en cours. En revanche, le studio devra se blinder davantage pour 2013. Outre G.I. Joe 2, Hansel et Gretel, World War Z et la suite de Star Trek, Paramount a trois dessins animés DreamWorks et un reboot des tortues Ninja en stock pour l'année prochaine.

Paramount a peut-être médité cette phrase du P-DG de Walt Disney, Robert Iger, après l'échec de John Carter, qui avouait le manque de consistance de nombreux blockbusters de son studio.

Sorrentino retrouve Servillo

Posté par vincy, le 30 mai 2012

Après une escapade irlando-américaine avec Sean Penn (This Must be The Place) et un livre, Paolo Sorrentino tournera son nouveau film dans son pays. La grande bellezza (La grande beauté) sera filmé à Rome, avec son acteur fétiche, Toni Servillo, mais aussi Carlo Verdone et Sabrina Ferilli.

On ne sait rien de l'histoire, coécrite avec Umberto Contaerello, pour l'instant, même si Sorrentino voudrait mettre en avant l'aspect glamour et grotesque de la capitale italienne.

Ce sera le cinquième film du réalisateur avec Servillo. Pour le comédien et réalisateur Carlo Verdone, l'un des acteurs les plus populaires du pays, également star de la franchise à succès Manuale d'Amore, ce sera une première fois. Lui qui s'est souvent dirigé, avait débuté sous l'oeil de Bertolucci, Sordi ou encore Rossetti. Quant à Sabrina Ferilli, autrefois glamour et voluptueuse, actrice engagée fermement à gauche, on l'a vue dans le téléfilm Dalida, où elle incarnait la chanteuse, mais aussi chez Marco Ferreri, les frères Taviani, ou encore chez Paolo Virz, dont Tutta la vita davanti lui rapporta quelques prix d'interprétation.

Le tournage débuterait en août. Les ventes internationales ont débuté lors du dernier marché du film à Cannes.

Cannes 2012 : de la pluie, des morts, des bagnoles et du sexe

Posté par vincy, le 29 mai 2012

Si on ne se concentre que sur la compétition du 65e Festival de Cannes, les tendances de la saison montrent un cinéma où l'amour est désenchanté et la mort une finalité. Après il y a bien sûr quelques variations.

Commençons par la pluie, vedette récurrente de ce Festival qui résista tant bien que mal au déluge. Elle était assez présente dans les films. Dans Moonrise Kingdom, elle est même tempête, entraînant catastrophes sur catastrophes. Dans Cogan, la mort en douce, elle est intermittente, mais on la sent menaçante. Dans le Hong sang-soo, Dans un autre pays, elle s'invite quand elle veut, obligeant à pense au parapluie en sortant, ou en rentrant à l'hôtel. Sans citer tous les films, la pluie coulait sur les vitres, inondait les têtes, faisait monter les eaux. C'est évidemment dans Les bêtes du sud sauvage qu'elle a eut le plus d'impact mais c'était à Un certain regard.

Mais Cannes cette année, c'était surtout une histoire de mort. La Palme d'or à Amour en est le plus parfait symbole, film sur la fin de vie d'un couple qui aspire à mourir dignement. Les morts pleuvaient sur la Croisette. Il n'y a bien que dans Holy Motors où il ressuscitaient. Avec Des hommes sans loi, c'est un carnage collectif, notamment vers la fin, où les flics sont moins forts que les gangsters. Ceci dit, The Paperboy finit aussi dans l'hémoglobine, à coups de gorges tranchées. Dans L'ivresse de l'argent, il y a une pauvre femme qui est retrouvée noyée dans une piscine et son amant qui se suicidera dans son bain. Chez Lozintsa, sans révéler la fin, on peut dire que Dans la brume a une issue fatale. Au-delà des collines de Cristian Mungiu n'est pas plus joyeux avec une femme abandonnée à son sort, pas brillant. Pour Resnais (Vous n'avez encore rien vu), il utilise la mort comme subterfuge scénaristique, mais, il ne faut jamais se moquer de la grande faucheuse... Finissons avec Post Tenebras Lux. Un homme meurt bêtement tué froidement. L'assassin, hanté, perdu, va s'en arracher la tête, geyser d'hémoglobine inclus. Enfin dans Cogan, la mort en douce, tous les coupables sont butés un à un. Au fusil à pompe, au flingue, à bout portant. A côté ou dans une voiture.

Habile transition vers l'autre grande star du 65e Festival de Cannes, la bagnole. Déjà, elle est sur l'affiche officielle, puisque Marilyn y souffle une bougie, à l'intérieur. Voiture de shérif (Moonrise kingdom), caisses vintage d'occase dans Cogan la mort en douce, transport amoureux dans The Paperboy, vieux modèles des années 20 et 30, avec les nouveaux moteurs de l'époque, pour transporter de la gnôle de contrebande dans Des hommes de loi, beaux 4x4 noirs cachant des valises de fric dans L'ivresse de l'argent, lien sur roues entre le centre bourgeois et révolté du Caire et les faubourgs pauvres et politiquement influencés dans Après la bataille... on continue? Kiarostami (Like someone in Love) nous enferme quasiment tout le film dans une voiture avec laquelle on faire le tour de Tokyo, tout en discutant. Même punition chez Cronenberg pour Cosmopolis. Avec son immense limousine blanche, Robert Pattinson y baise, y pisse, y philosophe et se délecte de sa visite médicale, avec toucher rectal apparemment jouissif. La limousine blanche de chez Carax, dans Holy Motors, est une loge de comédien. Un endroit de transformation. Elle y dépose son professionnel à chaque rendez vous avant d'aller se reposer dans un garage avec ses collègues, encore à l'essence. Pour Sur la route, Walter Salles s'est fait plaisir à exhiber ses voitures de l'époque de Kerouac sur la Croisette. Elles en font du kilomètre dans le film, jusqu'à griller les limitations de vitesse et servir de baisodrome (une femme au milieu de de hommes, tous nus...). Nous finirons avec Au-delà des collines. La dernière séquence est dans un panier à salade. L'ultime plan montre une vitre salie par des éclats de neige boueuse.

Reste le dernier thème : le sexe. Sous toutes les formes. Un dépucelage adolescent adorable (Moonrise Kingdom) ou une perte de virginité sans orgasme (Thérèse Desqueyroux), l'orgasme était multiple cette année. Il y a bien sûr la redécouverte des sensations charnelles de Marion Cotillard avec son corps mutilé, dans De rouille et d'os, empalé par Matthias Schoenaerts, plan cul toujours dispo. Pattinson n'est pas en reste avec Binoche dans la limousine (assise sur lui) ou encore une garde du corps qui le tease avec son taser. Kidman offre une séquence à la Basic Instinct, déchirant son collant et simulant une fellation devant un John Cusack se masturbant sans pudeur. Mais The Paperboy, c'est aussi la scène où l'actrice pisse sur Zac Efron et une autre où Matthew McConaughey, cul à l'air s'adonne à ses jeux SM. Il pleuvait peut-être à Cannes, mais la chaleur montait dans la salle. "Holy" Carax s'est amusé à filmer un satire prêt à sauter sur la Beauté, sexe un peu tordu, ni grand ni épais, mais bien raide. De son côté, Im Sang-soo a toujours aimé préférer l'érotisme. Dans L'ivresse de l'argent, une femme de ménage se fait faire un cuni par son patron, tandis que la maîtresse des lieux se venge en "violant" l'assistant de son mari, qui l'honore péniblement. Paradoxalement, on a aussi le droit à une scène de coucherie platonique qui vaut celle, dans Like someone in Love, où la jeune prostituée ne baise pas avec son client. Le sexe est aussi présent sous forme de prostitution colonialiste dans Paradis : Amour. Et dans Post Tenebras Lux, le fantasme est illustré avec une scène d'échangisme (dans un club à Paris) où l'héroïne se fait prendre alors que sa tête frôle les seins lourds d'une autre femme, le tout devant les yeux de son mari. Le couple semble ouvert, excepté lorsqu'elle a la migraine et rejette une sodomie promise. Finissons avec le feu d'artifice de Sur la route. Une enculade homosexuelle dans un motel, une branlette partagée dans une voiture, quelques orgies, du voyeurisme, du sexe éphémère, une simulation de pipe par Amy Adams), des seins, des fesses... tout y passe. Le cul pour défier la mort.

Et l'amour dans tout ça? Il transpirait partout. Dans tous les films. Le cinéma ne raconterait presque que ça... Peu importe la météo, l'âge, le transport ou les corps.

Kiarostami revient en Italie

Posté par vincy, le 28 mai 2012

Après un détour (raté) au Japon avec Like Someone in Love, en compétition à Cannes cette année, Abbas Kiarostami revient en Italie, 2 ans après Copie Conforme qui avait valu le prix d'interprétation à Cannes à Juliette Binoche.

Son prochain film, Horizontal Process, toujours produit par le français MK2, sera son troisième tourné en dehors d'Iran. Le tournage aurait lieu dans la région des Pouilles (dans le sud de l'Italie). Cela fait quatre ans qu'il photographie les paysages de cette région. Il avait révélé son projet en mars lors du Festival du film de Bari, la capitale des Pouilles.

Kiarostami a commencé l'écriture de film, qu'il imagine aussi complexe que l'architecture des villes apuliennes. Le tournage devrait débuter l'an prochain.

Cannes 2012 : Amour, Palme d’or normale pour un palmarès frustrant

Posté par vincy, le 27 mai 2012

=> Tous les prix remis à Cannes cette année.

La cérémonie du 65e Festival de Cannes commençait pourtant bien avec la Caméra d'or pour Les bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin, projeté à Un certain regard. Coup de coeur d'Ecran Noir, nous ne pouvions que retrouver le sourire après un dimanche de rumeurs agaçantes, de spéculations hasardeuses. Heureusement Gilles Jacob twittait et même "twitpicait', Thierry Frémaux faisait un heureux parallèle entre la Palme d'or et Roland Garros, qui débutait aujourd'hui.

Et cette année, la première surprise de ce palmarès était de n'avoir vu aucune Palme d'or d'honneur décernée, et finalement aucun prix du 65e anniversaire, une première depuis sa création en 1982 (ce prix est remis tous les 5 ans).

Le jury était donc sûr et certain : sur les 22 films présentés, seulement 6 allaient se partager 7 prix. On oublie le Audiard, soit. Mais le Loznitsa (prix de la critique internationale) et le Carax (prix de la jeunesse) ? Carax repart donc les mains vides alors même que son film était l'un des plus réussis, les plus audacieux, les plus "amoureux". Un prix aurait été nécessaire pour sa carrière. Au lieu de cela on donne un prix du jury à Ken Loach (qui n'en a pas besoin pour séduire le public tant sa comédie est réjouissante), même si La part des anges méritait d'être au tableau d'honneur (le scénario aurait été plus juste).

Mais le scénario a été remis à celui de Cristian Mungiu, pour Au delà des collines. On reste stupéfaits tant le film a justement une faille, son scénario. Celui-ci tourne autour de la psychologie intime des deux rôles féminins principaux sans jamais aborder frontalement leur lesbiannisme et se perd dans sa dernière heure, dans une histoire répétitive, parfois vide, et mal emboîtée. Le prix d'interprétation féminine pour les deux comédiennes semblait plus évident. Il s'agit du premier film de Cristina Flutur et de Cosmina Statran. Deux prix pour le Mungiu, c'est un de trop.

Heureusement, le jury présidé par Moretti a eu du bon sens en récompensant Mads Mikkelsen d'un prix d'interprétation masculine. Dans La chasse, son jeu subtil prend une dimension presque tragique face aux accusations qui pèsent sur lui. On peut être également content de voir Matteo Garrone remporter son deuxième Grand prix, après Gomorra. Reality était l'un des films les plus intéressants, malgré ses maladresses, de la Compétition. Mais un Grand prix du jury, n'est-ce pas un peu trop haut?

A contrario, la Palme d'or pour Amour de Michael Haneke (qui rejoint le club des double palmés, composé de l'Américian Francis Ford Coppola, du Danois Bille August, du Serbe Emir Kusturica, du Japonais Shohei Imamura et des frères belges Dardenne), est un choix évident. D'autant que Moretti a bien spécifié qu'il y associait Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva "pour leur contribution fondamentale en tant que comédiens". Favori des critiques, ce film épuré et bouleversant nous avait conquis. C'est sans doute l'oeuvre la plus maîtrisée du cinéaste avec La pianiste et Le ruban blanc.

En revanche, on ne peut que contester le prix de la mise en scène pour Carlos Reygadas nous glace. Post tenebras Lux est un film où la forme, incompréhensible, parfois grotesque, écrase un fond, assez banal sous son apparence ésotérique. "Il faut parfois accepter de ne pas tout comprendre et de se laisser porter par les sensations générées par un film" écrivions-nous. Mais l'exaspération nous gagnait face à cette oeuvre aussi opaque qu'égocentrique (partiellement autobiographique, obsessionnelle, et peu généreuse). En soutenant ce genre de propositions, on comprend les louables intentions du jury, qui se doit aussi de défendre le cinéma dans toute sa diversité. Mais dans ce cas, il ne faut pas oublier les cinéastes qui savent allier la forme et le fond (ou le genre), à l'instar d'Anderson, de Loznitsa ou de Carax, pour ne prendre que trois exemples. Reygadas peut toujours ironiser sur les critiques qui n'y comprennent rien : il sera difficile d'inciter les spectateurs à subir une telle purge.

Cependant, tout cela peut se comprendre, a un sens pour ne pas dire une grande cohérence. Les films choisis, hormis le Loach, évoquent tous la mort ou/et la folie de manière parfois radicale ou clinique. La pluie aura donné des idées grises anthracite à ce jury, qui, en passant à côté d'autres propositions plus harmonieuses, a donné une tonalité grave et frustrante à une édition presque aussi bonne que celle de l'an dernier.

Comptez sur nous pour défendre les films que nous avons aimés, même s'ils ne sont pas dans la liste de M. Moretti.

Cannes 2012 : notre palmarès et notre anti-palmarès pour ce bon 65e Festival

Posté par vincy, le 27 mai 2012

Cannes 2012 affiche poster marilyn monroeAvec autant de 4 étoiles que l'année dernière, mais un peu plus de films que nous n'avons vraiment pas aimés, on peut en conclure que la compétition était un peu plus inégale, mais d'un bon niveau dans l'ensemble.

Et on peut même dire que cette compétition était d'un très bon niveau avec des films potentiellement populaires, des oeuvres audacieuses marquantes et des histoires singulières, loin de tout formatage.

Notre palmarès, les favoris des critiques et notre anti-palmarès dans notre chronique cannoise.

Cannes 2012 : la Queer Palm pour Laurence Anyways

Posté par vincy, le 26 mai 2012

La 3e Queer Palm a changé de décor pour sa cérémonie. Après l'étroit Zanzibar (aujourd'hui disparu) pour son édition inaugurale et une plage l'an dernier, c'est sur la terrasse du Magic Garden que le jury, présidé par Julie Gayet, a révélé le gagnant de l'année. C'était The Place To Be samedi soir pour une grande partie des journalistes, ceux qui restaient en tout cas. Une sorte de Grindr en "live". La cérémonie a été rapide, mais tout le monde s'est largement attardé autour de cocktails (le cointreau/jus d'airelles eut beaucoup de succès).

Si le Festival de Cannes n'a pas manqué de personnages lesbiens, gais, bis et trans, assumés ou pas, peu de films en faisaient leur sujet central. Il restait cinq finalistes, cinq films qui ont fait débat pour emporter cette Queer Palm : l'amour lesbien suggéré d'Au delà des collines de Cristian Mungiu, le coup de foudre homo d'Hors les murs de David Lambert, le rapport sadomasochiste d'un journaliste avec sa sexualité dans The Paperboy de Lee Daniels, ou encore les très beaux portraits de gais et de lesbiennes d'un certain âge dans le documentaire Les invisibles de Sébastien Lifshitz.

Le cinquième est le vainqueur. Laurence Anyways, présenté dans le cadre d'Un certain regard, permet à Xavier Dolan de figurer enfin au tableau d'honneur. Il y a deux ans, Les amours imaginaires semblait le favori pour la 1ère Queer Palm. Le culte Kaboom de Gregg Araki avait finalement gagné. Pour succéder au sud-africain Oliver Hermanus (Beauty / Skoonheid), le jury a choisi le jeune cinéaste québécois pour son film épique autour d'un homme qui veut devenir une femme.

Le film a déjà été récompensé par le jury d'Un certain regard qui a décerné un prix d'interprétation féminine à Suzanne Clément.

Il ne reste plus qu'au distributeur MK2 d'afficher la Queer Palm sur l'affiche du film, lors de sa sortie cet été, pour que le message soit clair : il y a des films qui ouvrent les yeux et luttent contre les discrimination, sans être communautariste. Car s'il y a bien une chose qui frappe dans le film de Dolan, c'est le regard que portent les passants et les citoyens sur cet homme transformé en femme. On sent le chemin qu'il reste à parcourir entre le dégoût, le mépris, l'incompréhension, le rejet, le malaise et l'absence de préjugés, l'acceptation et l'intégration.

Mathieu Amalric s’empare du classique Le Rouge et le Noir

Posté par vincy, le 26 mai 2012

Deux ans après Tournée, Mathieu Amalric va repasser derrière la caméra avec une énième adaptation du classique de Stendhal, Le rouge et le noir. Le producteur de la société Les films du Poisson annonce qu'il s'agira du plus important budget pour un film réalisé par le comédien. Amalric écrit actuellement le scénario.

Le film a déjà été adapté plusieurs fois et notamment par l'italien Gennaro Righelli en 1947, par Claude Autant-Lara en 1954 (avec Gérard Philipe et Danielle Darrieux) ou encore par le russe Sergueï Guerassimov en 1976.

Le rouge et le noir, publié en 1830, raconte la vie de Julien Sorel et son entrée comme précepteur chez les Rênal, ainsi que son séjour dans un séminaire. Il migrera à Paris comme secrétaire du marquis de La Mole et son déchirement entre ambitions et sentiments, qui le conduira en prison.

Amalric est deux fois en compétition, comme comédien, cette année à Cannes : Vous n'avez encore rien vu d'Alain Resnais et Cosmopolis de David Cronenberg.

Cannes 2012 : Qui est Kim Kang-woo ?

Posté par MpM, le 26 mai 2012

Ce trentenaire à la beauté animale et sensuelle a simultanément commencé une carrière à la télévision et au cinéma au début des années 2000, apparaissant dans les séries Breathless et Three Leafed Clover et dans The coast guard de Kim Ki-Duk. Ses rôles pour le petit écran lui valent rapidement le surnom de "Mr Right", parce que ses personnages sont honnêtes et consciencieux.

En 2005, Kim Kang-woo a obtenu son premier rôle d’envergure dans The Aggressives de Jeong Jae-eun ; cela lui vaut, ainsi qu’à son partenaire Chun Jung-myung, le prix du meilleur acteur des "Film Critics Awards" de Pusan. Le film suit un étudiant qui s’ouvre au monde en intégrant une bande de virtuoses du roller, dont le chef, incarné par Kim Kang-woo, semble ne pas avoir de limites. L’année suivante, les talents de comédien du jeune homme sont une nouvelle fois récompensés lors du festival international de Turin. Le jury salue sa prestation dans The Railroad de Park Heung-sik, l’histoire de deux inconnus qui partagent leurs souffrances le temps d’une nuit, tandis que le film lui-même reçoit le prix FIPRESCI décerné par la critique internationale.

La carrière de Kim Kang-woo semble désormais lancée. Lui qui s’était battu pour donner une visibilité à The Railroad lors de sa sortie dans seulement dix salles sud-coréennes connaît un important succès commercial avec son film suivant, Le grand chef de Jeon Yun-su, où il est un cuisinier se battant contre son rival pour l’obtention d’un titre prestigieux. Top chef! Il enchaîne alors les rôles avec une belle régularité, s’essayant à des registres variés : les thrillers Rainbow Eyes de Yang Yun-ho et Marine boy de Yoon Jong-seok, le romantique film à sketchs Five senses of Eros, la comédie Ha Ha Ha de Hong Sang-soo ou encore l’œuvre de science fiction Doomsday book de Kim Ji-woon and Yim Pil-sung.

Ajoutant une nouvelle corde à son arc, il est l’un des personnages principaux du nouveau film d’Im Sang-soo, The Taste of money, que le réalisateur lui-même présente comme une "extension" de son film précédant, The Housemaid. Une œuvre qui explore les rapports ambivalents de l’avidité, du désir, du sexe et de l’ambition dans la bonne société sud-coréenne… Tout un programme qui, on l’espère, rendra autant hommage à la plastique de Kim Kang-woo qu’à ses talents d’acteur.

Cannes 2012 : No, Le Repenti et Camille redouble primés à la Quinzaine des réalisateurs

Posté par vincy, le 25 mai 2012

Après le Carrosse d'or remise il y a 8 jours à Nuri Bilge Ceylan, la Quinzaine des réalisateurs a décerné ses prix en prélude à sa soirée de clôture, ce vendredi 25 mai.

Le prix Art Cinema de la CICAE, Confédération Internationale des Cinémas d'Art et d'Essai, a récompensé le film chilien No, qui comptait parmi les grands favoris, notamment pour son potentiel au box office. Le prix apporte une aide à la diffusion à travers une information systématique des 2 000 cinémas adhérents à la CICAE, pour inciter les sociétés de distribution à signer les films repérés et favoriser ainsi leur circulation.
Ce film, basé sur des faits réels, a été réalisé par Pablo Larrain. Avec Gabriel Garcia Bernal en star, le film retrace le parcours d'un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, d’être le fer de lance de la campagne des dirgeants de l'opposition lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale consent à un référendum sur sa présidence en 1988.

L'Algérien Merzak Allouache, avec son drame psychologique Le Repenti, a remporté le Label Europa Cinémas. Le Label mobilise les médias, les exportateurs, les distributeurs, et les exploitants en incitant financièrement ces derniers à programmer le film en première sortie et à le maintenir à l’affiche sur la durée.

Enfin, la réalisatrice française Noémie Lvovsky, avec Camille Redouble (voir notre actualité du 27 octobre 2011), qui faisait la clôture de la Quinzaine, a reçu le Prix SACD pour un film de cette sélection en langue française.