2010 novembre » Le Blog d'Ecran Noir

Irvin Kershner ne contre-attaquera plus (1923-2010)

Posté par geoffroy, le 30 novembre 2010

Pour des millions de fans, Irvin Kershner est et restera comme l’homme providentiel ayant accepté de signer le meilleur épisode de la saga des Star Wars (l’Empire contre-attaque, 1980, soit l'Episode V)). Artisan habile et techniquement très doué sachant raconter une histoire sans ambages, il débuta sa carrière de cinéaste vers la fin des années 50, précisément en 1958, avec le polar Stakeout on Dope Street. S’il traversa tranquillement les années 60, il fit jouer des acteurs de la trempe des Robert Shaw, Sean Connery, George Segal ou encore Barbara Streisand.

Sa notoriété connue un coup d’accélérateur au milieu des années 70 quand, peu après Les S pions avec Elliot Gould et Donald Sutherland (le joyeux duo du M.A.S.H. de Robert Altman), il réalise un triller fantastique scénarisé par John Carpenter et réunissant la belle Faye Dunaway et le prometteur Tommy Lee Jones, Les Yeux de Laura Mars (1978). Le film triple presque son budget et permet à son auteur d’être choisi par un certain George Lucas qui fut, quelques années auparavant, son élève à la Southern University. Ami et mentor de ce dernier, Lucas n’a pas tardé à réagir dans un communiqué : "Le monde a perdu un grand réalisateur et une des personnes les plus authentiques qu'il m'ait été donné de connaître. Irvin Kershner était un vrai gentleman dans tous les sens du mot".

Ce choix, brillant avec le recul, permet à Irvin Kershner de prouver son immense talent et de réaliser sans doute la meilleure suite du cinéma au côté de The Dark Knight. En un film il devient un cinéaste culte, vénéré comme un dieu, adulé, respecté. Le Space Opéra tient enfin ses lettres de noblesse. Par la suite il tourna peu mais réalisa en 1983 un James Bond dissident (Jamais plus Jamais avec un Sean Connery sur le retour, et sur le départ) et une suite au Robocop de Paul Verhoeven de bonne facture (Robocop 2, 1990).

Irvin Kershner abandonna par la suite l’univers des plateaux de cinéma pour s’adonner à ses nombreuses passions (composition, peinture, photographie…). Un hommage en forme de reconnaissance lui a été rendu quand on lui proposa d’être en 2007 le président du festival Fantastic’Arts de Gérardmer. Ce qu’il accepta pour le plus grand plaisir de ses nombreux fans.

Lullaby : rencontre ratée

Posté par elodie, le 30 novembre 2010

lullabyL'histoire : Sam, libraire le jour et musicien la nuit, perd la femme de sa vie, Joséphine, et de fait, le sens de son existence. Jusqu’à sa rencontre incongrue et quelque peu loufoque avec une jeune femme mystérieuse, Pi, qui devient synonyme de renaissance : pendant que Sam reprend goût à la vie et à la musique, Pi déchiffre la part du mystère qu’elle porte en elle. Une étrange relation se noue entre eux à travers la porte d’une salle de bains… absurdité et beauté des hasards de la vie à New York…

Notre avis : Sur le papier, le scénario de Lullaby pouvait être une bonne idée. Cette rencontre particulière entre Pi (Clémence Poésy) et Sam (Rupert Friend), qui apprennent à se connaitre sans se voir, par l’intermédiaire d’une porte de salle de bain, avait un côté assez original. Mais sur l’écran quelle déception !

Pour son premier long métrage, Benoit Philippon a commis un certain nombre d’erreurs. Tout d’abord avec un film trop long et un scénario qui perd le fil assez vite. Ce va et vient entre les deux personnages qui une fois veulent être ensemble puis la minute suivante se déchirent, s'avère un schéma trop systématique et par conséquent irritant.

Au final, le spectateur reste frustré et perplexe tant de nombreux points essentiels de l’histoire restent flou. Autre problème, la prestation de la charmante Clémence Poésy qui en fait beaucoup trop dans l’émotion. Trop de pleurs, trop de manières qui deviennent insupportables, trop d'excès qui tuent les nuances.

Heureusement la bande originale de Charlie Winston permet de rythmer le film à défaut de donner du tempo au scénario.

James Franco et Anne Hathaway présenteront les Oscars

Posté par vincy, le 30 novembre 2010

Il faut rajeunir l'audience des Oscars? Alors rajeunissons les présentateurs! Adieu les vétérans (Steve Martin et Alec Baldwin l'an dernier), oublions le multi-talents (Hugh jackman, Whoopi Goldberg), les vedettes de la télévision (Jon Stewart) ou les spécialistes du stand-up (Chris Rock, Billy Crystal). Prenons deux des stars de la nouvelle génération les plus "hot" de la décennie passée et les plus connus dans le monde (pour leur physique comme pour leurs succès au box office).

James Franco (Spider-Man) et Anne Hathaway (Le Diable s'habille en Prada) feront un duo inédit : un homme et une femme. L'un est né en 1978, l'autre en 1982. Un bond en avant. Le 27 février ils feront ce qui n'a jamais été fait : un duo paritaire.

Le premier est actuellement à l'affiche de 127 heures, de Danny Boyle, tandis que la seconde donne la réplique à Jake Gyllenhaal dans Love et autres drogues. Hathaway a déjà été nommée à l'Oscar de la meilleure actrice en 2009.

Les Oscars seront décernés le 27 février prochain.

Mario Monicelli se suicide (1915-2010)

Posté par vincy, le 29 novembre 2010

Mario Monicelli, 95 ans, s'est suicidé en se jetant par une fenêtre de l'hôpital San Giovanni de Rome où il était soigné. Né le 15 mai 1915 à Viareggio, en Toscane,il était devenu l'un des maestro de la comédie à l'italienne, tournant avec les plus grandes stars, y compris françaises (Philippe Noiret, Catherine Deneuve, Bernard Blier...).

"La mort ne me fait pas peur, elle me dérange. Cela me dérange par exemple que quelqu'un puisse être là demain et que moi je n'y sois plus. Ce qui m'ennuie c'est de ne plus être vivant, pas d'être mort" confessait-il il y a trois ans.

Il a commencé sa carrière en 1934, passant par tous les métiers : scénariste, co-réalisateur, assistant réalisateur. C'est en mettant en scène la star locale Totò, le "Prince du rire", qui se fera une réputation de cinéaste de films comiques.

On lui doit ainsi Gendarmes et voleurs, Pères et fils, Au diable la célébrité. En 1958, il réalise Le Pigeon (avec Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale), puis l'année suivante, La grande guerre, deux gros succès. De Casanova '70 à Mes chers amis, il vadrouille entre le bon et le navet, y compris des segments de films collectifs. Mes chers amis . Ce dernier, sorti en 1975 a battu les Dents de la mer (en tête au box-office dans le monde entier, sauf en Italie). "Des producteurs d'Hollywood nous ont proposé de travailler ensemble mais aucun de nous ne comprenait un mot de ce qu'ils disaient et tout s'est terminé par un bon repas. On ne les a jamais revus", s'était-il amusé.

Un bourgeois tout petit petit en 1977 prolonge l'état de grâce, en étant sélectionné à Cannes. En 1986, il réalise Pourvu que ce soit une fille, autre gros succès transalpin. Il tournera plus rarement à partir de 1992, ne réalisant que trois films en 15 ans, dont le dernier, Les roses du désert.

Monicelli n'avait rien de réalisateur mineur. Pour un spécialiste des films légers, il avait un lourd palmarès : Lion d'or à Venise (pour La Grande guerre puis l'ensemble de sa carrière en 1991), trois fois Ours d'argent du meilleur réalisateur à Berlin (Pères et fils, Caro Michèle, Le Marquis s'amuse), quatre fois primés par les Césars italiens, les David di Donatello, en tant que metteur en scène, trois fois nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère (Le pigeon, La Grande guerre, la fille au pistolet) et deux fois pour le meilleur scénario (Casanova '70, Les camarades), cinq fois sélectionné en compétition à Cannes (de 1952 à 1985).

Il aura tourné une soixante d'oeuvres, des téléfilms comme des documentaires. Mario Monicelli, proche de la gauche, avait notamment collaboré à un documentaire sur le sommet du G8 à Gênes en 2001, où des centaines de militants alter-mondialistes avaient été blessés dans des affrontements avec la police. En juin dernier, il avait provoqué la colère du ministre de la Culture en appelant
des étudiants à "se rebeller" contre des coupes budgétaires. "Vous devez utiliser votre force pour subvertir, pour protester, faites-le vous qui êtes jeunes, moi je n'en ai plus la force", avait-il lancé à une assemblée d'élèves de l'Institut d'Etat pour la cinématographie et la télévision.

"La génération née à la fin du fascisme a reconstruit le pays, s'est retroussé les manches, était solidaire. Les générations suivantes ont transformé l'Italie en un tas de ruines; tout a été détruit et corrompu. C'est justement ce que raconte Gomorra : un pays cynique et corrompu", déclarait-il à La Stampa en juin 2008.

Chef d’oeuvre de Visconti, Le Guépard ressort en version restaurée : Mort en Sicile

Posté par Claire Fayau, le 29 novembre 2010

“ Si ?nous? voulons ?que ?tout ?reste ?comme ?avant, ?il? faut ?que? tout? change.”

Le Guépard de ?Luchino ?Visconti ressort en? salles, ?DVD? et? Blu-ray ?le? 1er? décembre ?2010 dans une version? remasterisée ?par ?The ?Film ?Foundation (Martin Scorsese), présentée en exclusivité au récent Festival du Film de Rome. Contrairement à la célèbre réplique du film, rien n'a changé, à part la qualité de l'image, vraiment somptueuse. Le film ressort de l'ombre, pour entrer en pleine lumière, 47 ans après, et la magie opère toujours.

Pour ceux qui ne savent pas qui est ce Guépard, voici l'histoire. En mai 1860, lorsque Garibaldi et ses chemises rouges débarquent en Sicile pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le Prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster, lion fatigué), sa famille et le Père Pirrone (Romolo Valli), quittent  Palerme pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède (Alain Delon, beau comme une statue de la Renaissance) rejoint les troupes de Garibaldi. Période troublée qui conduira in fine à l'unification de l'Italie. Le désargenté Tancrède, d'abord chemise rouge puis faisant partie de l'armée, s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale, sublissime), la fille de Don Calogero,  le riche maire de Donnafigata. Contre toute attente, le Prince Salina décide d'arranger leur mariage, se sachant dépassé (vaincu ?) par le temps qui passe et par les événements de la petite et de la Grande Histoire.

Ce film fleuve est l'adaptation d'un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa,  Le Guépard. C'est aussi, sans doute, la réalisation la plus critiquée des 14 films de Visconti. Oeuvre charnière loin d'être damnée, ce septième film a remporté une Palme d'Or à l'unanimité lors du festival de Cannes en 1963.

Trois heures (et quelques) comme un rêve atemporel remises valeur par une image restaurée magnifique.

Une scène de bal légendaire, des dialogues inspirés, drôles ou quasi-philosophiques, la musique somptueuse de Nino Rota, le travail minutieux des couleurs (la séquence la plus symbolique est le visage blanc de poussières des aristocrates  à la messe donnée lors de leur arrivée. On dirait un masque mortuaire... ) : ce n'est pas un film qui se raconte, c'est une expérience à vivre. Et  à revivre, tant le film est complexe, et finement détaillé.

Le travail de restauration lui rend un digne hommage. Il suffit de comparer deux images pour constater l'ampleur de la restauration et le formidable travail qui a été fait. Le Guépard a été restauré en association avec la Cineteca di Bologna, L'Immagine Ritrovata, The Film Foundation, Pathé, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, la Twentieth Century Fox et le Centro Sperimentale di Cinematografia-Cineteca Nazionale. Restoration funding provided by Gucci and The Film Foundation.

« Nous étions les guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ». À méditer.

Toscan : un portrait plus proche du requiem que de l’opéra

Posté par vincy, le 29 novembre 2010

L'histoire : Daniel Toscan du Plantier. Producteur infatigable, notamment de Fellini, Pialat, Antonioni, Scola, Wajda, Deville, auteur de quatre livres, chroniqueur, directeur d’une maison de disques et d’une maison d’édition, président d’Unifrance… Impossible de réduire Daniel Toscan du Plantier à une fonction ou à son image médiatique. A sa disparition, quarante ans de vie par et pour le cinéma et l’opéra s’envolent.  Sous des dehors de baladin flamboyant qui célébrait l’art et la vie comme une fête, l’homme rayonnait par son esprit et son talent pour transmettre sa passion à chacun. En reconstituant à partir de plusieurs centaines d’interviews réalisées sur près de 30 ans le puzzle de cette pensée si fidèle à elle-même, ce documentaire souhaite souligner combien la conviction et l’enthousiasme de Daniel Toscan du Plantier restent décidément indispensables.

Notre avis : Manque-t-il vraiment ? Peu importe : Daniel Toscan du Plantier était une particule noble du cinéma français. Bien sûr, des films se produisent toujours, sans lui. Le cinéma français se promeut toujours à l’étranger, sans lui. La musique classique s’écoute toujours, sans lui. Mais, à l’instar de Claude Berri, il était une sorte d’ambassadeur incontournable, représentatif de toute une époque, un défenseur d’une cinéphilie exigeante, qui elle risque de disparaître.

En voyant le documentaire d’Isabelle Partiot-Pieri, on est touché par la passion, la sensibilité, la détermination, l’engagement de ce Seigneur. Un de ces nababs, aux allures de Dandy, qui ont forgé l’idée qu’un cinéma pouvait être audacieux, que le métier était avant tout un risque, que les Rois étaient les artistes. C’est sans doute cela qui a disparu : une forme d’ambition, une volonté de se protéger, une industrialisation des méthodes. Bien sûr, on imagine bien que l’Homme, qui a toujours été patron de quelque chose, n’était pas un tendre. Il avait aussi quelques fêlures mal cicatrisées, et un attachement sans doute trop subjectif au cinéma, pour ne pas être exposé aux critiques, et même aux jalousies. Fin politique, à la fois affable pour séduire et hargneux pour défendre ses intérêts, il a su se rendre indispensable. Se stariser même. L’ego n’est jamais loin des opportunités.

Mais reconnaissons qu’en domptant un Pialat, produisant Fellini et Wajda et tant d’autres, en alliant l’opéra au cinéma, il fait momentanément taire quelques points de vue discordant sur cette vanité affichée, cette puissance désirée, et même son goût pour le champagne et les paillettes.

Le documentaire ne prend aucun point de vue. Nous sommes dans un portrait, plutôt laudateur, avec de nombreuses interviews du défunt. Visuellement, le film aurait pu aller au-delà de cette image si télévisuelle.  Quelque part, avec cette dimension cinématographique oubliée, il enterre définitivement un homme qui n’aimait que les choses en grand, comme un écran de cinéma, plus grand que la vie, aussi grand que lui.

Il n’y a plus personne pour sauver Leslie Nielsen (1926-2010)

Posté par vincy, le 29 novembre 2010

Leslie Nielsen, acteur canadien né en 1926, est mort à l'âge de 84 ans dimanche 28 novembre. Le public le connaît essentiellement pour ses gaffes et sa maladresse "gaguesque"  des films parodiques (et pour les deux premiers hilarants) de la série des Y-a-t-il un...  Commencée avec le pastiche d'Airport, avec Y-a-t'il un pilote dans l'avion ? (Airplane) en 1980, énorme succès, la saga a continué avec Y a-t-il un flic pour sauver la Reine ? (1988), Y a-t-il un flic pour sauver le président ? (1991) et Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ? (1994). Tous les trois étaient issus de la série télévisée "Police Squad"(1982) dans laquelle il avait créé son rôle de bon flic malgré lui.

C'est le petit écran qui l'avait fait vedette. On l'a vu dans les meilleures séries de son époque, ou les plus représentatives : "Rawhide", "Les incorruptibles", "Le fugitif, "Bonanza", "Les mytères de l'Ouest", "Hawaï Police d'Etat", "Columbo", "M.A.S.H.", "Les rues de San Francisco" ou encore "Kojak", "La croisière s'amuse", "L'île fantastique", "Vega$", Arabesque", et même "Madame est servie".

Au cinéma, le comédien s'était fait connaître dans le film de science-fiction Planète interdite en 1956. Souvent choisi comme le second rôle masculin principal, il joue à l'ombre de Glenn Ford (La vallée de la poudre, La rançon), Charlton Heston (La symphonie des héros), Gene Hackman (L'aventure du Poséidon), Richard Dreyffus (Cinglée) dans on dernier rôle dramatique.

Immense comique, il fera aussi des incursions dans d'autres genres (Creepshaw, le bal des horreurs). Mais à partir des années 90, Hollywood ne l'emploiera que pour ses talents de farceurs avec des films souvent médiocres (pour ne pas dire des navets comme Mister Magoo, Scary Movie 3 et sa suite, ou de nombreux pastiches pour divertir les soirées du samedi.

Séraphine n’est plus un scénario original : rendez à César…

Posté par vincy, le 28 novembre 2010

Flash-back. César 2009. Le prix de la meilleure adaptation revient au grand favori de la cérémonie, Entre les murs, Palme d'or 2008. Celui du scénario original est remis à un outsider, Séraphine, nommé neuf fois au total (le film raflera le César du meilleur film, et un total de 7 César ce soir-là). Martin Provost et Marc Abdelnour vont peut-être devoir rendre leur César du meilleur scénario original car jeudi 25 novembre, le Tribunal de grande instance a condamné pour plagiat le scénariste-réalisateur Martin Provost, ainsi que son producteur.

L'historien Alain Vircondelet, spécialiste de la peintre Séraphine Louis (1864-1942), sujet de sa thèse de doctorat, avait porté plainte, trouvant trop de similitudes avec sa biographie, "Séraphine de Senlis", édité par Albin Michel, qui avait révélé l'existence de cette plasticienne oubliée. Il estimait que le scénario du film étaient "la reproduction servile ou quasi servile" de cet ouvrage publié en 1986, identifiant "35 emprunts".

Certaines phrases, présentes à l'identique dans le livre de M. Vircondelet et dans le scénario de Martin Provost, laissent en effet songeur. Ainsi de ce moment où Séraphine parle de son processus créatif d'essence divine: "C'est comme vous diriez du miel, des liqueurs chaudes". "Il y a quelques phrases regrettables", avait concédé l'aovcat de TS Productions, Maitre Yves-Henri Nédélec, "mais ce n'est pas une contrefaçon de l'oeuvre, car le traitement n'a rien à voir."

Neuf cas précis similaires, parfois au mot près

Mais cela touche aussi des situations : "M. Vircondelet a imaginé Séraphine peignant avec de la terre molle et du sang, une image reprise purement et simplement dans le film: le plagiaire est pris la main dans le sac", donne en exemple Maître Bigot, avocat de l'auteur et de l'éditeur.

Le Tribunal en a relevé neuf. Le jugement fait état de "neuf cas précis pour lesquels, outre la reprise d'éléments biographiques inventés par M. Vircondelet, on note une similitude dans la formulation employée, parfois au mot près, ce qui permet d'exclure la simple réminiscence derrière laquelle se retranchent les défendeurs". "En reproduisant neuf passages de cette oeuvre dans la première version du scénario du film Séraphine sans autorisation préalable, la société TS Productions et M. Martin Provost ont commis des actes de contrefaçon", a-t-elle jugé.

La justice les a condamnés à payer des dommages : 25 000 euros à M. Vircondelet "en réparation de l'atteinte portée à son droit moral d'auteur" et 25.000 euros à Albin Michel "en réparation de l'atteinte à ses droits patrimoniaux". L'auteur et l'éditeur recevront aussi 6 000 euros chacun au titre de frais de justice. Enfin, ils devront publier le jugement dans trois médias. C'est toujours moins que les 600 000 euros de dommages et intérêts réclamés par les plaignants, en se basant sur le succès en salles du biopic. Le film avait séduit 850 000 spectateurs.

Seul le scénario est une contrefaction

Le pire était évité puisque les plaignants avaient demandé l'interdiction du film. Mais le Tribunal a considéré que "seule une version du scénario est contrefaisante, et non le film". Ce qui était la crainte des producteurs qui avaient lancé au moment de l'audience : "C'est un procès de censure, on veut la mort du film".

L'audience avait lieu le 14 octobre. Les accusés s'étaient défendus en citant d'autres sources de travail, d'autres livres, et notamment celui de Wilhelm Uhde, le critique d'art qui découvrit Séraphine Louis.

Pour un "mauvais procès" (ce que dénonçait l'avocat des accusés), ça se termine surtout en sale affaire (pour reprendre une expression chère Yolande Moreau, l'interprète de Séraphine).

Les European Film Awards privilégient les films déjà primés

Posté par vincy, le 27 novembre 2010

Les European Film Awards sont à l'image de l'Europe : une construction qui manque de visibilité et d'unité. Pas étonnant que les films sélectionnés cette année ne soit, une fois de plus, qu'une compilation des oeuvres primées à Venise, Berlin, Cannes ou par des prix nationaux comme les Goyas. D'une part, ce la s'explique par ce que la sélection s'arrête fin août, avant le Festival de Venise de l'année en cours et avant les sorties de l'automne prédestinées aux prix nationaux. D'autre part, il faut que la plupart des films aient été vus d'un maximum de spectateurs européens : or, la distribution sort parfois un film avec des mois de décalage entre sa diffusion dans son pays et l'exportation en Europe. Pour exemple, 12 films nommés cette année ne sont pas encore sortis dans les salles françaises.

En arrivant après tout le monde, la cérémonie ne fait que confirmer la qualité, ou la reconnaissance, de films sortis depuis parfois un an. Pas de quoi créer un effet sur les ventes de DVD ou de les faire revenir en salles. Une mention pour le prestige tout au plus. Mais là encore, ça ne vaut ni un Oscar ni un César/BAFTA/Donatello/Goya... et encore moins un grand prix dans un grand festival.

Le grand favori est le film de Polanski, The Ghost-Writer, qui cumule 7 nominations. Du coup, la France est la puissance dominante avec 16 nominations (en 8 films produits ou coproduits). 15 pays sont représentés au total.

On note aussi la prédominance des films sélectionnés au Festival du film de Berlin.

Cette année, les 23e EFA seront remis le 4 décembre à Tallinn en Estonie. Un prix d'honneur sera remis au musicien Gabriel Yared et au comédien Bruno Ganz.

Les nominés sont :

Miel. Ours d'or à Berlin. Turquie/Allemagne.
Film. Réalisateur (Semih Kaplano?lu). Photographie. Montage. Premier film.

Des hommes et des dieux. Grand prix du jury à Cannes. France.
Film. Photographie.

The Ghost-Writer. Ours d'argent de la mise en scène à Berlin. France/Royaume Uni.
Film. Réalisateur (Roman Polanski). Acteur (Ewan McGregor). Scénario. Montage. Décor. Musique.

Lebanon. Lion d'or à Venise (2009). Israël.
Film. Réalisateur (Samuel Maoz). Scénario. Photographie.

Dans ses yeux. Oscar du meilleur film en langue étrangère. Espagne/Argentine.
Film.

Soul Kitchen. Prix spécial du jury à Venise (2009). Allemagne.
Film.

Carlos, le film. Hors compétition à Cannes. France.
Réalisateur (Olivier Assayas). Montage.

La prima cosa bella. Italie.
Réalisateur (Paolo Virzi).

Le choix de Luna. Compétition à Berlin. Bosnie Herzégovine. (voir Focus sur le cinéma roumain)
Actrice (Zrinka Cviteši?).

Die Fremde. Compétition à Berlin, Meilleure actrice allemande aux German Film Awards. Allemagne. (voir les finalistes du Prix Lux)
Actrice (Sibel Kekilli). Premier film.

Another Year. Compétition à Cannes. Royaume Uni.
Actrice (Lesley Manville). Musique.

Lourdes. Compétition à Venise (2009), meilleur film aux festivals de Varsovie et Vienne. France.
Actrice (Sylvie Testud).

Nothing Personal. Meilleur premier film et prix d'interprétation féminine à Locarno. Pays-Bas/Irlande.
Actrice (Lotte Verbeek). Premier film.

Submarino. Compétition à Berlin. Danemark.
Acteur (Jakob Cedergren).

La Nostra Vita. Prix d'interprétation masculine à Cannes. Italie.
Acteur (Elio Germano).

If I Want to Whistle, I Whistle. Grand prix du jury à Berlin. Roumanie.
Acteur (Goerge Pistereanu). Premier film.

Cellule 211. Meilleur film et meilleur acteur (et 6 autres prix) aux Goyas 2010. Espagne.
Acteur (Luis Tosar). Scénario.

Le Concert. 6 nominations aux César (dont meilleur scénario). France / Russie.
Scénario.

How I Ended this Summer. Prix de la meilleure photographie à Berlin. Russie. (voir le bilan de la compétition berlinoise)
Photographie.

Don Giovanni, Naissance d’un Opéra. Festivals de Toronto et Rome (2009) Espagne / Italie.
Décor.

The Temptation of St. Tony. Festivals de Rotterdam et Sundance. Estonie / Finlande.
Décor.

Kawasaki's Rose. Sélection Panorama à Berlin. République Tchèque.
Musique.

Le premier qui l'a dit. Sélection Panorama à Berlin. Italie.
Musique.

Planète 51. Espagne.
Film d'animation.

Le voyage extraordinaire de Samy. France / Belgique.
Film d'animation.

L'illusionniste. France.
Film d'animation.

La Doppia Ora. Prix du jeune cinéma à Venise (2009). Italie.
Premier film.

Armadillo. Semaine de la critique à Cannes. Danemark.
Documentaire.

Steam of Life. Finlande.
Documentaire.

Nostalgie de la lumière. Hors compétition à Cannes. France/Chili.
Documentaire.

Bernard, ni Dieu ni chaussettes : portrait sensible à (re)découvrir en DVD

Posté par MpM, le 26 novembre 2010

BernardEn partant sur les traces du poète paysan Gaston Couté, Pascal Boucher a rencontré l'un des derniers "diseux" de la Beauce, Bernard Gainier, capable de conter les textes de Couté dans leur patois d'origine. De cette rencontre est né un documentaire bien différent du projet d'origine, dont Bernard, agriculteur retraité et anarchiste, devient le héros bouleversant et irrésistible.

On le suit ainsi dans son quotidien, des répétitions avec le groupe "P'tit crème" à une inauguration officielle où il dit du Gaston Couté, en passant par le travail dans sa vigne, les rencontres avec les copains, et même les dialogues de sourd avec son chat. En tout simplicité, Bernard parle de lui, de ses convictions politiques, de ses journaux intimes méthodiquement tenus année après année, mais aussi, à demi-mots, de sa fatigue et de cette "usure" qui le dévore lentement.

On sent qu'une vraie relation de respect et d'amitié s'est tissée peu à peu entre le réalisateur et son personnage principal. Dans les séquences les plus intimes, Pascal Boucher sait faire oublier sa caméra et s'il le faut, il la détourne ou la coupe. On ne verra ni les larmes de Bernard, ni son désarroi. Au contraire, on retiendra son humour et sa liberté. Quitte à verser une larme de notre côté de l'écran.

Sorti en mars dernier, le film s'offre une deuxième existence dans une très belle édition DVD dont le livret est conçu comme l'un des carnets manuscrits de Bernard. On y trouve différents textes de Gaston Couté (accompagnés d'un lexique !) ainsi que la très jolie dédicace écrite par le réalisateur à son ami Bernard. Sur le DVD lui-même, on découvre des séquences inédites du documentaire mais aussi des images de la venue de Bernard Gainier à Paris à l'occasion de la sortie du film.

Cinéphiles des villes ou des champs, amateurs de poésie ou non, si vous ne savez pas quoi offrir à vos amis pour Noël, pensez à ce portrait sensible d'un homme, d'un poète et d'une manière de vivre qui exhale humanisme et bonne humeur.

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Bernard, ni Dieu ni chaussettes de Pascal Boucher
Avec Bernard Gainier, le "P'tit crème" et le "fantôme" de Gaston Couté.
En DVD depuis le 25 novembre

Plus d'information sur le site des mutins de Pangée