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Avril 2005

LA TOUR DE LA DEFENSE
Tour infernale...

La tour de la défense auteur : Copi, mise en scène : MarcialDi Fonzo Bo
Théâtre MC 93 à Bobigny, du 29 mars au 23 avril 2005
festival d'avignon 2006
reprise dans le cadre du festival d'automne, du 7 au 18 décembre 2006
Réservations : 0141607272

Ca débute comme un film de cinéma... Une musique jazzy (Fever), un générique de stars, et un appartement classe et branché, déco d'époque très "Wallpaper", de cette ère étrange où l'on voulait tutoyer le ciel au dessus des 37 mètres, pour avoir vue sur tout Paris.
Nous sommes le 31 décembre 1976. Réveillon raté d'avance. La fin d'une époque festive, insouciante, entre acide hallucinatoire et sexualité libre. Cet "azimutage" sans règles de la Saint Sylvestre rappel son cousin du Splendid, Le Père Noël est une ordure, final explosif inclus.
Certains font des listes de bonnes résolutions. ici, on tire des bilans. "Aujourd'hui, ça fait 9 mois que nous ne faisons plus l'amour". Le couple mâles, central a priori, va mal. L'un - Marcial Di Fonzo Bo - est styliste, maniéré, solide en apparence, faillible de tout son être. Il le clame. L'autre - Clément Sibony -, plus jeune, subit sa vie de couple, tout en s'épanouissant dans le registre de la ménagère. Le duo a de la difficulté à s'installer, à dialoguer naturellement. mais ils seront vite envahis par les autres... D'autant que l'ambivalent personnage de Sibony, cible amoureuse malgré lui, partage avec la voisine de palier une curieuse attirance pour les jeunes arabes. Ce réveillon réunira ainsi un couple gay déséquilibré, un arabe menteur, un travelo mytho et une femme. La voisine. Une femme, ovni assumé : "T'as jamais rencontré une femme de ta vie? Une vraie femme, hein, celles qui te font chier à mort." C'est elle, herself. Autour de ses dialogues (et ses absences mentales), tout le suspens se construit.
Et rarement, surprise ne fut plus belle : Marina Foïs se glisse parfaitement dans cet univers déjanté, décalé, inquiétant, faussement ludique, certes, un peu daté dans l'observation des moeurs. Ce qui pouvait choquer s'est, heureusement, banalisé. Si tous sont à cran, elle, a dépassé, d'un cran, le seuil de la folie. Tour à tour drôle ou pitoyable, l'actrice nous happe dans ses filets. Et, malgré les quelques baisses de régimes de la pièce ou le délire parfois freiné dans son élan, "Daphné" nous guide jusque dans cette surenchère d'horreurs. Car tout va déraper. Souvent c'est maîtrisé, parfois trop forcé, et enfin, de temps en temps, cela ne va pas assez loin.
Car c'est bien un destin apocalyptique qui nous attend. Une tragédie comédie. Chaos intime qui se dispute avec un big bang extérieur, imperceptible. Tentatives de suicide, morbidité ambiante, regrets nostalgiques, désenchantements, tout révèle un mal être profond. Il faudra du vomi, des saucisses créoles, un serpent gigantesque (et son rat digéré), une mouette idiote qui bouffe du caviar, un crash d'hélicoptère ("C'est insensé il s'écrase n'importe où"), une gamine disparue, bref des éléments incongrus, pour réveiller ces morts vivants. Astuces hollywoodiennes qui fusionnent les sentiments de panique.
L'humour est noir. Tous ces hommes au bord de la crise de nerfs ne savent plus comment prendre de la distance face aux événements. Le sexe n'est qu'un pis allé. Tout le monde nique, sans doute pour évacuer. Et sous la douche, nettoyage façon "corps sain, esprit sain". On sent le désir, enfoui, bien plus destructeur. Celui de cette femme pour un homo, de cet homme marié pour ce jeune arabe, ... Même à poil (sauf l'Américain, mais c'est normal il est puritain), ils ne parviennent pas à déclarer leurs sentiments profonds. Il faut la dynamique de groupe pour que chacun se révèle.
Mais au delà de cette morale amorale et destructrice, trop accrochée à son excès, ses passions, la pièce s'avère surtout mordante et méchante pour ces bourgeois bêtes et snobs. Dans cet univers propret et glamour, accentué par un travail scénographique somptueux (beaucoup de théâtres devraient en prendre de la graine), on les voit se régaler de couilles de serpent et de queue de rat. "J'ai eu la cuisse du rat, je peux avoir du blanc?" Le ridicule ne tue pas, vraiment?
Décadence? Jouissance. Aucune âme n'est à sauver. Cette tour est sans défense, nous renvoyant dans une décennie qui n'est plus du tout la nôtre, habitée par une élite assez contemporaine, hélas. Une forme d'enterrement de première classe par des jeunes comédiens, qui auraient pu regretter cette liberté de moeurs. Ils démontrent plutôt qu'il n'y a aucun remord à avoir. Une bourgeoisie vaine et vide qui joue au milieu d'une banlieue, qui n'a rien à envier de leurs malheurs. Finalement ces seventies ne veulent pas mourir, mais à l'instar de notre héroïne, nous ne sommes pas les assassins : "- Ne me tuez pas!
- Mais c'est toi qui veut te suicider connasse!
"
Un suicide qui reçoit des bravos mérités.
- vincy    


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