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GOSCINNY ET LE CINÉMA




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 (c) Ecran Noir 96 - 17


Octobre 2017

GOSCINNY ET LE CINÉMA
Idées fixes en mouvement

Goscinny et le cinéma
Exposition du 4 octobre 2016 au 4 mars 2018
La Cinémathèque française (Paris)
Catalogue de l'expo coédité par RMN/La cinémathèque française
Exposition René Goscinny : au-delà du rire au Musée d'art et d'histoire du judaïsme du 27 septembre 2017 au 4 mars 2018
Cycle de cinéma jusqu'à fin novembre
Dialogue avec Alain Chabat ; Le cinéma de Goscinny. Conférence de Frédéric Bonnaud ; « Moi, j'aime pas Lucky Luke ». Spectacle de Stéphanie Cléau, Bruno Podalydès et Blutch

Il y avait tellement de choses à montrer que la Cinémathèque a du se résigner à faire un choix : tout est compacté, chaque mur est occupé, les passages sont étroits quand il y a du monde. L’exposition Goscinny et le cinéma vaut largement qu’on se laisse emporter par ce lien entre le plus brillant des scénaristes BD et le cinéma, à la fois source d’inspiration et d’admiration et déclinaison de son univers.

Car, ce n’est pas la moindre de ces qualités, l’exposition est ludique, parfois interactive, et pédagogique. On apprend énormément tout au long du parcours, que ce soit sur l’histoire des adaptations de BD ou sur les rapports intimes entre le cinéma et les albums qu’il signait.

On s’enthousiasme ainsi à voir des extraits de Ben Hur à côté d’une planche où Astérix et Obélix font une course de char, de Fellini Satyricon à côté d’une planche orgiaque d’Astérix chez les Helvètes, d’une scène de Pacific Express de Cecil B. De Mille à côté d’un train arrivant au milieu du Far West dans un Lucky Luke, Des Rails sur la prairie. Le summum est évidemment la salle consacrée à Cléopâtre. Grandiose, comme l’album promettait de l’être (en référence à la production avec Liz Taylor qui coûta une fortune), les commissaires de l’expo n’ont pas lésiné sur les moyens, décors ou objets. Mais surtout, il faut regarder le mur où sont alignés trois écrans. Le premier est la version de Mankiewicz avec Elisabeth Taylor. Le deuxième l’adaptation en dessin animé de l’album des héros Gaulois. Le troisième est l’adaptation du même album en prises de vues réelles par Alain Chabat. Sur ces trois écrans défilent des images (Alexandrie, la scène du gâteau à gouter, la séquence du bain de la Reine…). Alors on comprend que la BD rend hommage au « péplum » hollywoodien et que Chabat est fidèle à cet esprit parodique.

L'Oncle René

Goscinny et le cinéma c’est une longue histoire finalement. Ce n’est pas étonnant que le cinéma américain soit si présent dans ses scénarios. Lui même disait : « Je crois qu'il faut écrire pour la bande dessinée comme il faut écrire pour le cinéma. »

Dès l’entrée, on peut admirer les portraits de légendes hollywoodiennes croquées par l’auteur (Clark Gable, Spencer Tracy, James Cagney…). Il rêvait d’être Walt Disney (il a même dessiné Mickey et Blanche Neige étant jeune) mais l’Oncle Walt l’a ignoré. Dans la salle Lucky Luke, la parodie et les influences hollywoodiennes (John Ford, évidemment) sont d’ailleurs très frappantes. Touchez la couverture de l’album sur un écran, et vous verrez le lien entre un film et une BD. Un autre écran interactif permet de découvrir qui se cache derrière une caricature dessinée par Morris : David Niven, Mae West, Jack Palance, Gary Cooper…

Un viager profitable

Toutes ses œuvres ont ainsi flirté avec le 7e art (Le Petit Nicolas va d’ailleurs au cinéma comme on le voit sur une planche) et le 7e art lui a bien rendu en adaptant ses héros. René Goscinny a aussi écrit et réalisé quatre longs métrages : Astérix et Cléopâtre (1968), Daisy Town (1971), Les 12 travaux d'Astérix (1976) et La Ballade des Dalton (1978). Il a également écrit des gags pour Bourvil, Le Viager et créer les studios Idéfix, le premier studio d’animation européen, « contre toute rationalité budgétaire ». Les films ont du succès. Mais la mort de Goscinny en 1977 met fin à l’aventure. Néanmoins, il laisse un héritage qui n'en finit plus d'être ultra-profitable depuis 40 ans.

Cinéaste contrarié, scénariste star, l’exposition tente de montrer toutes la palette de son talent (il manque peut-être un peu Iznogoud), de la parodie à l’industrie. Car ça ne rigole pas avec Goscinny. Conscients, avec son associé Albert Uderzo, qu’Astérix est leur « Mickey », ils vont en contrôler tous les aspects. Enorme carton de ventes, ils ont d’abord décliner le héros gaulois en un divertissement télévisuel (1967). La même année un film d’animation, Astérix le Gaulois, sort des Studios Belvision, alors qu’ils n’étaient pas mis dans la boucle par leur éditeur. Une adaptation non autorisée de La Serpe d’or est d’ailleurs détruite après réalisation. Longtemps avant les autres, ils décident de maîtriser toute la chaîne industrielle de leur création culturelle.

Association de bienfaiteurs

L’exposition n’est pas qu’un simple assemblage entre cinéma et BD. La Cinémathèque profite de ce « crossover » pour montrer comment un film d’animation est fabriqué, à chaque étape. Cette richesse prouve bien que « le cinéma est partout chez Goscinny» du Western au burlesque (Buster Keaton) burlesque américain, de De Funès à Gabin, pastichant 2001 L’Odyssée de l’Espace ou s’amusant à imaginer des stars comme Moreau ou Belmondo dans leurs premiers rôles.

«Mes maîtres à panser sont plutôt Laurel et Hardy que Kant et Spinoza». Avec mérite, un César posthume lui a été remis en 1978 pour l’ensemble de son œuvre cinématographique. Un César exposé avant d'arriver à la librairie regorgeant de produits dérivés. Des lauriers et des sesterces que le créateur d’Astérix n’a pas volé. Avé Goscinny, ceux qui vont rire te saluent.

- vincy    


Site de l'exposition  - Goscinny sur Ecran Noir